Archive for mai 2015

Fralib à Gemenos : la renaissance !

30 mai 2015

Il est des sites industriels menacés de fermeture où les luttes sociales ont tellement défrayé la chronique que chacun les garde en tête, longtemps après que les caméras et les micros des médias s’en soient définitivement détournés. Continental dans l’Oise, Arcelor-Mittal à Florange, Lejaby à Bourg-en-Bresse, Moulinex à Alençon ou, plus près de chez nous, Nestlé à Saint-Menet, autant de jalons dont nous avons écouté jour après jour les revendications des syndicats, les provocations ou le silence des dirigeants patronaux, et les cris de détresse des employés désemparés, parfois acculés à des actes de désespoir pour essayer de se faire entendre.

Rares sont néanmoins les sites qui, comme Lip à Besançon dans les années 1970, ont connu un épilogue heureux avec la reprise de l’activité par les salariés eux-mêmes sous forme de coopérative ouvrière. Fralib, à Gemenos, s’inscrit dans cette tradition et vient d’annoncer sa renaissance après quatre années de lutte !

Des années d'occupation de l'usine, ponctuées de manifestations...

Des années d’occupation de l’usine, ponctuées de manifestations…

Petit retour en arrière pour rappeler l’histoire de cette entreprise, issue d’une société d’importation de thé, créée en 1892 à Marseille par les frères Digonnet. Devenue Société des Thés de l’Éléphant à partir de 1927, elle est rachetée par le puissant groupe anglo-néerlandais Unilever en 1975. Deux ans plus tard, la marque Éléphant est intégrée à la société Fralib (Française d’Alimentation et de Boissons), une filiale d’Unilever qui regroupe également la société Lipton et qui deviendra en 2001 Unilever Bestfoods après l’absorption, entre autres, d’Astra Calvé et d’Amora Maille : un joyeux mélange d’infusion et de moutarde dont l’industrie agro-alimentaire a le secret…

Depuis la fermeture de l’usine du Havre en 1998, l’essentiel de la production du thé et des infusions se fait à l’usine Fralib de Gemenos. Mais le 28 septembre 2010, mondialisation et recherche de la rentabilité obligent, Unilever annonce son projet de fermeture de l’usine de Gemenos et le transfert de sa production en Pologne. C’est le début d’une longue lutte syndicale avec occupation des locaux par ses 182 employés. Le combat durera 3 ans et demi, et par trois fois le plan social concocté par la direction d’Unilever sera annulé par la Justice. Un sérieux encouragement pour les salariés qui restent persuadés que l’activité est viable et mérite d’être poursuivie.

L'éléphant, mascotte des salariés de Fralib, ici à Marseille en octobre 2012

L’éléphant, mascotte des salariés de Fralib, ici à Marseille en octobre 2012

Un accord est finalement signé le 26 mai 2014 avec Unilever qui conserve la marque Éléphant dont elle ne voulait pas se défaire (confirmant ainsi qu’un nom commercial a, aux yeux d’une multinationale de l’agro-alimentaire, infiniment plus de valeur que le savoir faire professionnel de ses employés…) mais qui accepte de céder ses machines pour 1 euro symbolique. Dans sa grande mansuétude et pour se débarrasser de ce dossier gênant, elle accorde même une aide de 19,3 millions d’euros pour le financement de la nouvelle SCOOP (société coopérative de production) baptisée ScopTi (Société coopérative provençale des thés et infusions).

Les 76 salariés encore mobilisés reçoivent chacun une prime de 100 000 euros et 57 d’entre eux choisissent de la réinvestir dans la nouvelle coopérative. Les locaux ont été préemptés par la Communauté urbaine de Marseille pour que le site puisse continuer à les exploiter et Unilever finance la modernisation de la chaîne de production ainsi que des formations, une étude de marché et la création d’une nouvelle marque, le reste de l’enveloppe étant remis sous forme d’une avance de trésorerie pour permettre le redémarrage. Une belle victoire donc pour les salariés de Fralib, largement saluée dans la presse, dont Libération qui titre sur « le temps des reprises »…

Un an plus tard, le 26 mai 2015 à 13h36, les nouveaux coopérateurs de ScopTi viennent de dévoiler aux médias leur nouvelle marque : « 1336 », en référence au nombre de jours de grève avec occupation du site qu’ils ont dû mener pour faire plier le géant de l’agro-alimentaire… Les 7 premiers contrats de travail ont été signés le 11 mai et 22 autres sont prévus d’ici l’été pour relancer la production. C’est l’ancien délégué syndical CGT, Gérard Cazorla, qui est le nouveau président de la SCOOP : tout un symbole ! Un autre ancien délégué CFE-CGC, désormais retraité, présidera lui l’association Force et bon thé dont l’objet sera de soutenir et de faire connaître la coopérative. Montant de la cotisation annuelle pour adhérer à l’association  : 13,36 €, évidemment…

Annonce de la nouvelle marque 1336 à Gémenos le 26 mai 2015

Annonce de la nouvelle marque 1336 à Gémenos le 26 mai 2015

ScopTi espère pouvoir procéder progressivement à d’autres embauches jusqu’à reprendre 51 des 57 coopérateurs mais préfère un démarrage prudent et a opté pour une fourchette de rémunération très resserrée (entre 1500 et 1900 euros en salaire net mensuel), bien éloignée des standards d’Unilever où les écarts de salaires allaient de 1 à 210…

Pour l’année 2015, l’usine se contentera d’ensacher 250 tonnes de menthe, camomille, tilleul et verveine, partiellement importées du Portugal et d’Algérie, pour un chiffre d’affaire évalué à 3,3 millions d’euros. On est bien loin des 6000 tonnes ensachées en 2010 par les 182 employés de Fralib alors sous pavillon Unilever et qui inondait toute l’Europe avec sa production à base d’arômes artificiels. La nouvelle marque 1336 au logo pastel et au slogan révolutionnaire (« éveille les consciences, réveille les papilles ») est plutôt destinée à la vente en grandes surfaces, tandis qu’une partie de la production, entièrement bio et pour l’essentiel issue de produits français (sauf pour le thé) sera commercialisée sous le nom de ScopTi (« engagé sur l’humain, engagé sur le goût »), dans les Biocoop. Dans l’immédiat, l’usine participe aussi à la production de marques distributeurs pour assurer sa rentabilité et vise un quart de ce marché très spécifique.

Nouvelle chaine de production chez ScopTi

Nouvelle chaine de production chez ScopTi

L’objectif est de monter en puissance pour atteindre l’équilibre financier fixé à 9,6 millions d’euros, soit une production d’environ 1000 tonnes a priori d’ici 2019. Mais pour cela, il faudrait relancer la filière de production locale de certaines plantes, largement mise à mal par des décennies de suprématie des arômes artificiels. Ainsi, selon Gérard Cazorla, « Il y a une vingtaine d’années, la production de tilleul des Baronnies se montait à 400 tonnes. Son déclin a commencé au milieu des années 80 quand Fralib a privilégié les arômes artificiels. Elle atteint aujourd’hui une dizaine de tonnes à peine ».

Au delà du simple redémarrage de l’usine de Gemenos, déjà certifiée Ecocert, le projet vise donc une relance des filières de production et de cueillette du tilleul de la Drôme plutôt que de faire venir ces feuilles de Chine où elles arrivent par bateau à Hambourg avant d’être conditionnées à Katowice en Pologne, moyennant un bilan carbone assez déplorable. Les feuilles de thé quant à elles, proviendront d’exploitations centenaires du Vietnam, en cours de certification biologique. D’autres sources d’approvisionnement sont aussi envisagées, en recherchant le meilleur équilibre possible entre qualité des produits, équité envers les producteur et coût final pour le consommateur : une équation difficile à résoudre et qui promet bien des discussions passionnés au sein des nouveaux coopérateurs de ScopTi !…

L.V. LutinVertPetit

 

Iconoclasme, blasphème … Que nous enseigne l’Histoire ?

28 mai 2015

Le terme « iconoclasme » est réapparu à propos des caricatures qui ont motivé les fanatiques auteurs de la récente tuerie de Paris. Mais c’est aussi en référence à cette doctrine qu’ont été détruites les grandes sculptures du Bouddha de la vallée du Bâmiyân par les talibans en 2001 ainsi que des sculptures du musée irakien de Mossoul et qu’ont été dynamités des sites archéologiques en Irak tout dernièrement.

Qu’est-ce que l’iconoclasme ?

C’est une doctrine jadis prônée par les partisans des empereurs byzantins chrétiens (VIIIe et IXe siècles) qui s’opposèrent à l’adoration et au culte des images saintes. Iconoclasme est un terme formé par deux mots grecs, le substantif icône eikôn qui signifie image et « clasme » ou « claste » qui provient du verbe klaô : briser.  Plus tard, au XVIe siècle, le christianisme a encore connu, avec le protestant Jean Calvin une nouvelle période iconoclaste. Cet artisan de la Réforme a ainsi fait recouvrir de chaux les murs des églises et disparaître les statues, les peintures ainsi que les vitraux.

Il convient toutefois de ne pas confondre iconoclasme et aniconisme, ce dernier terme signifiant le rejet de la représentation par des images qui constitue une tradition dans la religion judaïque.

Le refus des idoles est explicite dans la Bible et la Torah (Exode : « Tu ne feras pas d’idole de représentation quelconque de ce qui se trouve en haut dans le ciel, ici-bas sur la terre, ou dans les eaux plus bas que la terre »). Rappelons à ce sujet l’épisode où Moïse retrouve son peuple après avoir reçu les tables de la Loi et le contraint à briser les idoles (Veau d’or).

L’historien des religions Odon Vallet explique que « l’Islam est généralement considéré comme iconoclaste, mais qu’il convient de nuancer tout cela car le Coran ne dit pas un mot des images ». Selon lui, l’interdit est mentionné dans les « hadith », transcriptions de propos prêtés à Mahomet. « On trouve cependant des représentations humaines dans les châteaux du désert jordanien, mais aussi des miniatures persanes qui représentent des visages, y compris celui du prophète ».

Blog187_PhMucemNous en voulons pour preuve cette peinture sur papier intitulée Le Prophète Mahomet et l’ange Gabriel, Téhéran, Iran, vers 1950 de la collection du MuCEM, ainsi qu’un double panneau en bois peint – plus ancien – figurant la famille du prophète, visible dans la même collection.

Sur cette petite peinture, le Prophète Mahomet est représenté entouré de sa famille, dont sa fille Fatima, son cousin germain Ali, mari de Fatima, et leurs deux enfants, Al Hussein et Al Hassan. L’ange Gabriel est figuré à l’arrière plan portant le Coran. Hormis ceux de Fatima qui est voilée, les traits des visages sont traités avec réalisme. L’ensemble se détache sur un fond bleu ciel.

Des éléments textuels : Dieu Tout-Puissant – Muhammad – Fatima – Hossein – Hassan – Ali, sont inscrits dans une forme décorative dont la couleur dorée peut symboliser la lumière.

Le blasphème

Le blasphème est une parole ou un discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. Le blasphème est à distinguer du sacrilège : le premier consiste en paroles, le second en actes.

Caricature du roi Louis-Philippe par Daumier In La Caricature, 1831

Caricature du roi Louis-Philippe par Daumier In La Caricature, 1831

En France, après avoir constitué un délit passible de la peine de mort avant la Révolution, les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 suppriment la notion de blasphème du droit français. Cette position n’est toutefois pas commune à tous les pays européens et elle est toujours en vigueur dans les départements français de l’Est qui relèvent du Concordat.

En France, État laïc, la caricature constitue une manifestation de la liberté de penser, droit dont dispose tout citoyen.

Ce droit à la dérision a été exercé par des artistes dont Honoré Daumier (1808-1879) qui cessera de publier ses caricatures politiques en 1835 après la promulgation de la loi sur la censure dans la presse.

Caricature de Daumier publiée dans Des gens de Justice, 1835

Caricature de Daumier publiée dans Des gens de Justice, 1835

Dernièrement, aux États-Unis, le Metropolitain Museum de New-York a retiré plusieurs œuvres figurant le prophète Mahomet en arguant du souci de ne pas choquer la communauté musulmane.

Extrait de la page web de la revue Première du 20/01/2010

« La direction du musée a affirmé que la monstration de ces images était « à l’étude », l’institution ne voulant pas, de toute évidence, s’attirer l’ire des musulmans intégristes, en particulier des sunnites conservateurs qui condamnent la représentation de tout être vivant, a fortiori celle de Mahomet.

L’interdiction de la représentation de Mahomet n’est en effet pas dogmatique, et varie d’une époque et d’une aire géographique à l’autre. Il est justement du devoir d’un musée à vocation universelle comme le Metropolitan Museum de replacer les œuvres dans leur contexte pour aider à mieux comprendre le monde, ancien et actuel. »

Concomitamment, à Marseille, le MuCEM a choisi d’ouvrir une exposition intitulée Lieux Saints Partagés qui fait le choix de la pédagogie.

Visuel de l'exposition Lieux Saints Partagés au MUCEM (J4 - du 29 avril au 31 août 2015)

Visuel de l’exposition Lieux Saints Partagés au MUCEM (J4 – du 29 avril au 31 août 2015)

Puisse cette initiative nous aider à mieux appréhender scientifiquement et culturellement l’histoire des peuples du bassin méditerranéen.

Michel Motré

Références :

Jean GOUILLARD, « ICONOCLASME  », Encyclopædia Universalis [en ligne]

Jean-Urbain COMBY, « QUERELLE DES IMAGES  », Encyclopædia Universalis [en ligne]

Israël tenté par des mesures d’apartheid ?

25 mai 2015

Lors d’une conférence organisée à Carnoux en septembre 2013, Pierre Stambul, co-président de l’Union juive française pour la paix, avait déjà évoqué la notion d’apartheid pour décrire certains aspects de la politique de colonisation d’Israël.

Carte présentée par Pierre Stambul lors de sa conférence à Carnoux en septembre 2013

Carte présentée par Pierre Stambul lors de sa conférence à Carnoux en septembre 2013

Incontestablement, l’actualité semble malheureusement confirmer son analyse. Le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, a en effet annoncé il y a quelques jours que les milliers de Palestiniens qui viennent chaque jour travailler en Cisjordanie, ne seront désormais plus autorisés à utiliser les bus israéliens pour rentrer chez eux. Il a justifié cette décision en expliquant que cette disposition allait permettre de « mieux contrôler les Palestiniens et de réduire les dangers pour la sécurité ». Une mesure qui rappelle quand même furieusement des pratiques de ségrégation raciale d’un autre temps !

Blog185_PhBus

Les protestations qui se sont élevées de toute part suite à cette annonce ont finalement conduit le premier ministre Benjamin Netanyahu à suspendre pour l’instant la mise en application de cette mesure, initialement annoncée à titre expérimental pour une durée de trois mois à compter du 20 mai 2015. Mais rien ne dit qu’elle ne resurgira pas prochainement tant elle correspond aux exigences des colons israéliens hantés par leurs obsessions sécuritaires.

Soldats israéliens à un arrêt de bus au nord de Jérusalem (photo AFP M. Kahana)

Soldats israéliens à un arrêt de bus au nord de Jérusalem (photo AFP M. Kahana)

Le contexte politique est en effet particulièrement favorable à ce type de disposition depuis que les élections du 17 mars dernier ont donné à la Droite israélienne décomplexée une assez nette victoire avec 67 sièges à la Knesset sur 120. La majorité actuelle compte notamment dans ses rangs le Foyer Juif, parti nationaliste qui milite justement depuis des années pour interdire aux Palestiniens le droit de monter dans des bus israéliens, ce qui explique cette annonce, quelques semaines seulement après la formation du nouveau gouvernement.

Dessin de Plantu, publié dans l'Express (janvier 2012)

Dessin de Plantu, publié dans l’Express (janvier 2012)

En Judée-Samarie, partie de la Cisjordanie colonisée par Israël, des milliers de Palestiniens viennent chaque jour en bus pour travailler. Ils sont pour cela obligés de passer par quatre points de contrôle (Rayhan, Hala, Elyahu et Eyal) où ils subissent de minutieuses vérifications. A leur retour, ils étaient autorisés jusqu’à présent à emprunter les lignes d’autobus israéliennes, ce qui leur permettait de gagner beaucoup de temps sur le trajet de retour. Les nouvelles dispositions qui ont failli être adoptées cette semaine et que les colons israéliens réclament depuis des années les auraient obligés à repartir par le même poste de contrôle qu’à l’aller et en utilisant les mêmes bus.

Cette mesure n’était en réalité pas motivée par des raisons de sécurité car les responsables de l’Armée ont toujours fait remarquer que la présence de nombreux travailleurs palestiniens dans ces bus en partance d’Israël non seulement n’augmentait pas le risque d’attentat terroriste mais au contraire rendait ces cibles peu propices à des attaques. En fait, force est de reconnaître que cette demande des colons israéliens était surtout motivée par des questions de confort, la présence de ces travailleurs palestiniens en grand nombre obligeant à une certaine promiscuité jugée inacceptable. Un député du Foyer juif va même jusqu’à dénoncer un risque d’agression sexuelle de la part de ces passagers palestiniens à l’encontre des femmes israéliennes, y compris sous l’uniforme militaire…

Benjamin Netanyahou, actuel premier ministre d'Israël

Benjamin Netanyahou, actuel premier ministre d’Israël

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu a donc reculé sur ce dossier pour lequel même le président d’Israël avait exprimé des réserves. Il n’en reste pas moins que d’autres mesures discriminatoires s’appliquent à l’encontre des Palestiniens qui ne sont pas autorisés à circuler sur la totalité du réseau routier de Cisjordanie. Cet épisode montre néanmoins que l’État israélien n’est pas totalement insensible aux réactions internationales qui l’ont fait hésiter à s’engager ainsi sur la voie d’un apartheid officiel totalement assumé. D’ailleurs, certains signes montrent que la campagne d’appel au boycot, lancée depuis 2005 par la société civile palestinienne via le site Boycot Désinvestissement Sanctions, ne laisse pas entièrement indifférents les dirigeants politiques israéliens.

L. V. LutinVertPetit

Peut-on encore être en bonne santé sur une planète malade ?

23 mai 2015

C’est à cette question que Gilles NALBONE, directeur de recherche émérite à l’INSERM, a apporté des éléments de réponse devant une assistance attentive et majoritairement féminine réunie lundi 18 mai 2015 en salle Tony Garnier à Carnoux.

Une assistance très attentive à l'écoute de Gilles Nalbone

Une assistance très attentive à l’écoute de Gilles Nalbone

Pour amorcer l’étude de ce sujet crucial, Gilles Nalbone a présenté l’action du Réseau Environnement Santé qui a pour objectif de mettre l’environnement au cœur des politiques de santé. Ses travaux déterminants ont conduit notamment à la loi récente (janvier 2015) interdisant le bisphénol A dans les contenants alimentaires ou encore l’usage du perchloroéthylène dans les pressings à compter du 1er mars 2013.

Quels sont les effets de ces molécules indésirables sur la santé, sachant qu’actuellement la chimie produit plus de deux nouvelles molécules de synthèse chaque semaine et que sur les 140 000 créées, entre 1500 et 3000 posent problèmes ?

Gilles Nalbone à Carnoux

Gilles Nalbone à Carnoux

Fondé sur des études nationales (INSERM, CPAM…) et internationales (OMS), l’exposé s’est d’abord attaché à situer la hauteur des enjeux. Ainsi, un rapport de l’OMS datant de 2004 évalue à plus de 5 millions par an le nombre des décès prématurés (avant l’âge de 65 ans) dus à l’exposition à des produits chimiques toxiques et un rapport de 2012 mentionne que plus de 7 millions de personnes décèdent chaque année à cause de la pollution atmosphérique.

Ces constats, mesurés sur 15 ans, mettent en lumière l’incidence de l’environnement sur la santé des citoyens avec l’accroissement dramatique (+ 86 % en 15 ans) des affections de longue durée dont une augmentation de 60 % des cancers, de 160 % des diabètes de types 1 et 2, et de 135 % des A.V.C. invalidants ; l’obésité a été multipliée par 2 sur la même période et concernant les troubles de la reproduction, on note qu’en 50 ans, la qualité du sperme a diminué de 50 % !

Les causes de cette évolution aux coûts humains et sociaux très importants ne sont pas dues qu’aux seuls facteurs génétiques, ni seulement à un meilleur dépistage ou au simple vieillissement de la population. Comme le démontrent plusieurs études internationales conduites notamment sur des populations japonaises émigrées à Hawaï et, en Scandinavie, sur de vrais jumeaux, il existe une incidence différentielle de l’environnement sur la santé avec une augmentation très sensible des cancers.

Parmi les facteurs de cette aggravation, le rôle des perturbateurs endocriniens (PE) est déterminant et attesté. Pourquoi ? Ces PE envoient des signaux chimiques qui interviennent sur le fonctionnement des hormones. Il en existe plusieurs catégories :

– les PE persistants présents dans les pesticides tels que le DDT, les PCB (polychlorobiphényles) dont le pyralène présent dans les transformateurs, et les métaux lourds (mercure, cadmium, plomb, nickel…), auxquels on ajoute les persistants bio-accumulables dont la dioxine ;

Epandage de pesticides (photo D. Charlet / AFP)

Epandage de pesticides (photo D. Charlet / AFP)

– les peu ou moyennement accumulables dans l’organisme dont le bisphénol A et les parabènes présents dans les produits cosmétiques, ainsi que le dangereux Distilbène (diéthylstilbestrol), puissant produit œstrogène aux effets transgéniques délétères sur plusieurs générations.

L’exposition aux PE peut-être aérienne (respiration), dermique et/ou interne (absorption d’aliments) mais il n’existe pas d’immunisation contre ces molécules aux effets dangereux. Si on admet classiquement en médecine que c’est la dose qui fait la nocivité des molécules, on sait depuis les années 1980 que, pour ce type de produit, c’est la période de contamination qui fait le poison avec des facteurs aggravants, notamment pour les bébés depuis le stade du fœtus jusqu’à la petite enfance, et des effets cumulatifs. Le caractère sournois de ces molécules se traduit par l’enregistrement de délais importants entre l’exposition et le déclenchement de maladies.

Selon une étude de 2015, le coût annuel des effets des perturbateurs endocriniens en Europe serait de 157 milliards d’euros et en France, pour la seule pollution chimique, l’évaluation du coût induit est compris entre 4 et 5 milliards d’euros ! En France, on comptabilise ainsi, du seul fait de la pollution atmosphérique, 45 000 décès par an dont environ 1000 dans l’agglomération marseillaise.

Alors comment limiter l’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé?

Si dépister c’est bien mais souvent trop tard, prévenir est bien plus efficace ! A défaut de pouvoir agir efficacement sur l’environnement, réduire l’exposition aux P.E. c’est déjà contribuer à réduire les risques.

Comment alors réduire son exposition aux polluants ?

Au quotidien, en cuisine …

Barbecue à cuisson verticale

Barbecue à cuisson verticale

– en se nourrissant de produits issus de la culture biologique, produits localement et de saison,

– en choisissant des aliments peu gras, notamment pour la viande et le poisson,

– en privilégiant les bocaux de verre aux conserves en boîtes métalliques,

– en évitant de réchauffer des plats au four à micro-ondes dans des barquettes en plastique,

– en limitant l’utilisation d’ustensiles de cuisine avec revêtements anti-adhésifs,

– en privilégiant pour les barbecues, des chauffages verticaux qui ne carbonisent pas les graisses.

dans la maison …

– en aérant fréquemment les pièces pour éviter la pollution intérieure,

– en renonçant aux pesticides et autres produits désherbants de type Roundup qui constituent des facteurs de risques majeurs pour les professionnels et les autres (cf. étude INSERM 2013),

– en choisissant des produits cosmétiques sains (On pourra consulter le site noteo afin d’évaluer la qualité d’une très large gamme de produits d’utilisation courante).

et, de manière générale :Ph_Fitnes

– en évitant l’alcool et le tabac,

– en pratiquant une activité physique régulière.

Pour conclure et avant que s’engage un temps d’échange fort nourri avec l’assistance, Gilles Nalbone a insisté sur le fait qu’il est urgent d’agir pour protéger les générations futures. En effet, si l’on constate actuellement une augmentation de l’espérance de vie en bonne santé pour les générations nées jusqu’en 1930-1940 dont les parents – nés entre 1890 et 1920 – avaient été peu exposés aux polluants, on observe déjà pour ceux qui sont nés depuis les années 1950, une baisse sensible de l’espérance de vie en bonne santé en Allemagne et aux USA, et une inflexion en France. Ce constat n’est d’ailleurs pas sans conséquence dans le débat concernant l’âge de départ à la retraite !

Ph_DessinRigueurLa question de l’interdiction des produits toxiques a soulevé celle de l’action des lobbies auprès des élus de la République qui, pour certains, omettent qu’ils sont les représentants du peuple et qu’ils se doivent d’œuvrer pour garantir sa santé.

C’est enfin autour du verre de l’amitié que s’est poursuivi le dialogue avec Gilles Nalbone que nous remercions pour son intervention passionnante bien qu’assez alarmante !

MM

Sites à consulter :

www.sante-environnement-travail.fr

http://reseau-environnement-sante.fr

http://www.noteo.info/

Film à revoir : Erin Brockovich de Steven Soderbergh (2000)

Pour information, le support de la présentation communiqué par Gilles Nalbone : Diaporama_18mai2015

Affichage grandiose et information discrète

22 mai 2015

Les automobilistes qui empruntent quotidiennement la route départementale en venant d’Aubagne ne prêtent plus guère attention à l’immense panneau de la Société Nationale Publicité Communication, situé à l’entrée de Carnoux, qui annonce depuis de nombreux mois la poursuite de l’ « embellissement » du cœur de la cité. En effet le béton s’impose maintenant avec fierté, mais avec une esthétique qu’il faut valoriser… comme on peut ! Le transfert des commerces a commencé. Bref, le projet de ville se poursuit !

Blog184_PhPanneauMais un ajout minime à ce grandiose « visuel », sous forme d’une affiche de couleur jaune en format A3, ne peut qu’intriguer l’automobiliste qui n’a guère la possibilité de stopper son véhicule pour prendre connaissance du contenu de cet affichage sauvage collé sur le support à l’aide d’une large bande autocollante. Comment est-ce possible que la vigilance de la police municipale ait été mise en défaut après l’épisode de l’an dernier qui a vu la municipalité interdire du jour au lendemain toute affiche apposée sur la commune ?

Pour en avoir le cœur net il faut arrêter son véhicule un peu plus loin et, à pied, rebrousser chemin pour lever le mystère. C’est d’un pratique pour le citoyen vigilant, avide d’information !

Mais au fait, que nous dit cette affiche ?

En s’approchant du pied du panneau d’affichage, on découvre enfin le contenu d’un message intéressant, quoiqu’éminemment discret. Il s’agit d’un avis préfectoral concernant l’annulation de l’ouverture d’une enquête publique déjà évoquée ici, portant sur les demandes des sociétés Altéo et Aluminium Péchiney en vue de mettre un terme aux rejets solides de boues rouges en mer au 31 décembre 2015 et d’autoriser le rejet des effluents liquides issus du process de fabrication à compter du 1er janvier 2016. Cette enquête avait été prévue au printemps 2015, puis annulée suite aux révélations de  l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, qui remettaient largement en doute l’innocuité de ces rejets sur la faune marine locale.Blog184_PhAffiche

On peut prendre connaissance de l’arrêté préfectoral complet ici. On apprendra ainsi que le maire de Carnoux est chargé de l’exécution du présent arrêté. Cela signifie probablement que l’information doit être faite en direction de la population par voie d’affichage, mais qui ira lire à pareil endroit cet improbable affichage ? Pourquoi donc cet affichage on ne peut plus officiel ne figure t-il pas en bonne place à l’entrée de la mairie ?

Affichage à Carnoux : la discrétion avant tout !!

Le lieu choisi pour communiquer l’information préfectorale est pour le moins… saugrenu ! Le mystère reste à éclaircir : s’agit-il d’une erreur ? Est-ce le geste irresponsable d’un agent qui n’a pas trouvé d’emplacement plus adapté pour coller la dite affiche ? Comment le maire de Carnoux peut-il accepter cet affichage sauvage, mais néanmoins légal et dûment estampillé «  constaté par un huissier de justice »  ? Une enquête sommaire révèle que cette affiche ne figure ni sur le seul et unique panneau d’affichage municipal, ni dans le hall de la mairie, ni même dans la vitrine défraîchie et très discrète où les plus curieux des Carnussiens peuvent se faire une petite idée des décisions prises lors du dernier conseil municipal.

Tout ceci confirme, une fois de plus, que la ville de Carnoux ne dispose manifestement pas assez de place pour son affichage municipal ! A quand de véritables panneaux d’affichage conformes aux exigences légales pour une commune de 7 000 habitants ?

Squoten

Petit rappel : conférence du CPC ce soir !

18 mai 2015

AfficheConfNalbone_A4coulAujourd’hui lundi 18 mai 2015 se tiendra à Carnoux-en-Provence une nouvelle conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Déjà annoncée ici, cette conférence, ouverte gratuitement à tous, sera animée par le professeur Gilles Nalbone, directeur de recherche émérite de l’INSERM, sur le thème « Environnement et santé : comment être en bonne santé dans un monde malade ? ». Spécialiste des perturbateurs endocriniens et des pollutions par les particules fines, il tentera de répondre aux questions que chacun se pose face au risque sanitaire que fait peser notamment la pollution atmosphérique, en particulier dans notre environnement métropolitain largement dégradé, mais aussi d’autres risques plus insidieux et moins connus auxquels nous sommes confrontés, souvent à notre insu. Un thème qui devra intéresser de nombreux Carnussiens ! Rendez-vous donc ce soir à 18h30 dans la salle Tony Garnier pour en apprendre davantage !

Caroline Fourest, pasionaria de la liberté républicaine…

16 mai 2015

S’il est un nom qui provoque des réactions contradictoires, c’est bien celui de Caroline Fourest, journaliste et essayiste, abonnée des médias audio-visuels, de France-Inter à C dans l’air, et qui déclenche bien des passions. « Cheval de Troie ou Jeanne d’Arc ? » selon l’expression du blogueur Achille1 qui rappelle que ces deux figures emblématiques périrent dans les flammes et qui met en garde la journaliste de se brûler à son tour au feu des médias à force de surexposition…

Il suffit de se promener sur la toile pour découvrir à quel point elle attise les haines et se fait honnir aussi bien par une partie de la Gauche qui la taxe d’islamophobie que par les milieux catholiques traditionalistes qui lui reprochent son féminisme ou par les islamistes qui l’accusent d’intolérance, elle qui milite au contraire, avec beaucoup de mesure et d’humanité pour que des mamans voilées aient le droit d’accompagner leurs enfants dans les sorties scolaires en dépit de la loi sur l’interdiction du voile à l’école et qui ne ménage pas ses efforts de médiatrice en cas de conflit entre lycéennes provocantes et chefs d’établissement rigides…

Blog183_PhFourest1Née en 1975 à Aix-en-Provence, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales, Caroline Fourest a débuté sa carrière comme journaliste et s’est fait renvoyer du magazine étudiant Transfac pour lequel elle avait infiltré une secte évangéliste, car jugée trop militante. Depuis, ses combats n’ont pas varié, en faveur du féminisme, de l’anti-racisme et de la laïcité, ce qui l’a amenée à se frotter aussi bien à l’extrême-droite qu’à tous les milieux intégristes religieux, catholiques comme musulmans.

Un combat dangereux qui l’a conduite à subir plusieurs agressions violentes, notamment en 2012 où elle a été sévèrement prise à partie par des militants enragés de l’association intégriste Civitas alors qu’elle suivait pour un reportage une manifestation des Femens. La revue Prochoix, qu’elle a fondée en 1997 et dont elle est rédactrice en chef s’est justement donnée pour mission de « défendre les libertés individuelles contre toute idéologie dogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste » : tout un programme qui résume bien les valeurs qui sous-tendent son engagement militant.

Ancienne journaliste à Charlie Hebdo, l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs de ses ex-collègues et amis, ne pouvait bien évidemment pas la laisser indifférente. Surtout au vu des réactions de certains qui n’ont pas tardé à laisser entendre qu’au fond les caricaturistes de Charlie Hebdo l’avaient bien cherché et qu’on ne se moque pas impunément des valeurs religieuses millénaires.Blog183_PhSkyNews L’hypocrisie des médias anglo-saxons en particulier l’a fortement touchée, elle qui s’est retrouvée censurée en direct par la chaîne britannique Sky News pour avoir seulement voulu montrer à l’antenne la couverture de Charlie Hebdo afin de la commenter aux téléspectateurs.

C’est cette réaction qu’elle a tentée d’expliquer dans son dernier ouvrage qui vient de paraître, quelques mois après les attentats de janvier 2015. Intitulé « Éloge du blasphème », cet essai, édité chez Grasset, est un véritable plaidoyer en faveur de la laïcité à la Française qui heurte tant les milieux fondamentalistes, qu’ils soient américains, israéliens ou saoudiens… Elle y dénonce en particulier le puritanisme des outils à diffusion planétaires que sont You Tube, Twitter ou Facebook, qui, sous la pression des États et des grands organisations religieuses, traquent impitoyablement toute photo de torse féminin dénudé et toute critique jugée blasphématoire envers les pratiques religieuses, mais laissent se diffuser largement les appels à la haine des jihadistes et autres fondamentalistes.

Blog183_PhLivreElle s’y inquiète aussi du fait que la conception même de la laïcité en France serait désormais fragilisée, avec une recrudescence des attaques contre ceux qui la défendent. Ce ne sont pas seulement les dessinateurs de Charlie Hebdo qui sont menacés physiquement pour avoir osé faire figurer Mahomet dans leurs caricatures, mais aussi de nombreux intellectuels et leaders religieux de toutes confessions voire des universitaires dont le seul crime est de vouloir réfléchir à la place du voile dans les établissements scolaires ou au conflit israélo-palestinien. « Les figures emblématiques de la laïcité ne peuvent plus parler en public sans crainte d’être assassinées ou de faire courir un risque aux autres. Pas une semaine n’est passée depuis l’attentat sans que l’on s’inquiète pour l’un des nôtres. […] A l’enterrement de Charb, chaque rangée finissait par des agents de sécurité. […] Les démocraties auront-elles les moyens de protéger ceux qui défendent la liberté ? ».

Delacroix, Die Freiheit fuehrt das Volk - Delacroix / Liberty leading the People - Delacroix, La liberte guidant le peuple

De vraies questions qui interpellent le citoyen habitué à vivre dans un monde où le respect des libertés individuelles est considéré comme un acquis intangible alors qu’il relève d’un éternel combat. Un livre courageux et engagé, d’une grande lucidité, qui mérite d’être lu par tous ceux qui sont attachés à un vivre ensemble ouvert et démocratique !

L. V. PetitLutinVert

Le premier adjoint de Marseille dans la tourmente ?

14 mai 2015

Blog182_PhAfficheDepuis les dernières élections municipales de mars 2014, Dominique Tian est devenu le premier adjoint au maire de Marseille et, à ce titre, le successeur potentiel de Jean-Claude Gaudin à la tête de la seconde ville de France. En dehors de quelques cyclistes marseiIlais un peu excessifs dans leur jugement et qui n’hésitent pas à détourner ses affiches de campagne pour se moquer de son manque d’empressement à développer les pistes cyclables en ville, le personnage n’est pas forcément très connu à l’extérieur de la cité phocéenne. Il est pourtant aussi depuis 2002 député UMP, suite à la nomination au Ministère de la santé de Jean-François Mattei dont il était suppléant.

Réélu en 2007 et 2014, son rôle à l’Assemblée Nationale est resté assez discret en dehors de ses prises de position virulentes contre l’aide médicale d’État, une prestation sociale permettant de prendre en charge les dépenses médicales d’étrangers en situation irrégulière et sans ressources résidant en France, mais aussi de certains ressortissants français (principalement des enfants). Son acharnement à vouloir supprimer cette aide médicale aux plus vulnérables, instaurée en 2000 par Bernard Kouchner, l’avait conduit à déposer pas moins de cinq amendements en 2010 pour rendre son accès payant et durcir de manière drastique les conditions d’accès à cette mesure.

Blog182_Dessin3Son seul autre fait d’armes notable remonte au 29 juin 2011, date à laquelle il a présenté un rapport sur la lutte contre la fraude sociale, évaluant le montant global de celle-ci à environ 20 milliards d’euros par an dont l’essentiel concerne les prélèvements, autrement dit les cotisations, plus que les prestations. Ce rapport est en tout cas un violent réquisitoire contre le laxisme de l’État et des organismes sociaux qui fermeraient les yeux face à ce manque à gagner au lieu de renforcer les contrôles et de mener une lutte efficace contre les fraudeurs de plus en plus audacieux et organisés.

Une telle soif de justice honore le rapporteur de ce rapport au vitriol qui appelle de ces vœux un renforcement des moyens de contrôle pour lutter plus efficacement contre ce fléau de la fraude sociale qui plombe les comptes de la Nation. Blog182_Dessin1

A un degré moindre cependant que la fraude fiscale. Pour cette dernière, un autre rapport parlementaire, publié en octobre 2013 et co-signé par le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan et le communiste Alain Bocquet, évoque en effet plutôt un montant de l’ordre de 60 à 80 milliards d’euros par an, c’est à dire davantage que les 53 milliards de recette annuelle de l’impôt sur les sociétés et bien plus que les 45 milliards d’euros que représente chaque année le montant du remboursement des intérêts de la dette française (chiffres établis pour l’année 2014 selon le site de statistiques Planetoscope) ! Au niveau européen, le montant global de l’évasion fiscale est d’ailleurs évalué à 2000 milliards d’euros, des chiffres qui donnent le tournis…

Blog182_Dessin2Heureusement pour lui, le député marseillais Dominique Tian ne semble pas s’être laissé allé à donner, sur ce terrain de la fraude fiscale, la même leçon de morale que sur celui de la fraude aux cotisations sociales. Car le voilà à son tour pris la main dans le pot de confiture, épinglé par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, qui avait été créée à la suite du scandale de l’affaire Cahuzac et qui épluche une par une les déclarations de patrimoine des parlementaires… Après ses petits camarades Aymeri de Montesquiou (UDI), Serge Dassault (UMP) et Patrick Balkany (UMP), c’est donc au tour de Dominique Tian de se voir reproché d’avoir « omis » de déclarer des avoirs détenus à l’étranger.

Extrait d'un article paru dans La Provence du 14 mai 2015

Extrait d’un article paru dans La Provence du 14 mai 2015

Le 17 avril dernier, un communiqué de la Haute autorité faisait ainsi état d’ « un doute sérieux quant à l’exhaustivité, l’exactitude et la sincérité de sa déclaration de situation patrimoniale adressée en mai 2012 ». Le Parquet de Paris a aussitôt été saisi du cas de Dominique Tian, soupçonné de déclaration de patrimoine mensongère. Contacté par Médiapart, le député des Bouches-du-Rhône reconnaissait d’ailleurs détenir un compte en Suisse sur lequel aurait été dissimulé au fisc pas moins de 2 millions d’euros, ainsi d’ailleurs qu’un hôtel à Bruxelles…

Blog182_PhArroseurRappelons au passage que l’auteur d’une fraude fiscale commise via l’ouverture d’un compte auprès d’un organisme établi à l’étranger encourt une peine pénale qui peut aller jusqu’à 7 ans d’emprisonnement, assorti d’une amende de 2 millions d’euros… Voilà qui fait pour le moins désordre et affaiblit considérablement la valeur morale des accusations portées par l’élu marseillais à l’encontre des petits fraudeurs aux prestations sociales. Encore une belle illustration de l’histoire de l’arroseur arrosé…

L.V. PetitLutinVert

Métropole Aix-Marseille : le dessous des cartes…

11 mai 2015

PhCouvertureJBPrésident du Conseil de développement de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) de 2008 à 2014, Jacques Boulesteix fait partie de ces acteurs locaux qui se sont fortement impliqués en faveur d’une structuration de l’aire métropolitaine marseillaise. Le livre qu’il vient de publier, aux éditions de l’Aube, constitue à ce titre un témoignage très instructif et passionnant des coulisses de cette pièce de théâtre aux accents pagnolesques qui se joue sous nos yeux depuis des années et qui devrait voir émerger enfin, au 1er janvier 2016 si les échéances sont respectées, la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence.

Intitulé très justement « Entre peur et raison », cet ouvrage analyse avec beaucoup de lucidité les forces antagonistes qui rendent si difficile la constitution de cette nouvelle métropole. Rien n’est binaire en matière de structuration d’un territoire aussi vaste et complexe que celui de la future métropole qui englobera 1,8 millions d’habitants répartis dans pas moins de 93 communes, et on conçoit bien que cela ne peut se faire en un jour. Pourtant, force est de constater que l’un des principaux freins à cette rationalisation de la gouvernance territoriale vient des élus locaux eux-mêmes, dont la frilosité et le conservatisme étriqué font peine.

Manifestation d'élus contre le projet de métropole (photo © R. Beurrier / Wostock/Press/Maxpp)

Manifestation d’élus contre le projet de métropole (photo © R. Beurrier / Wostock/Press/Maxpp)

De ce point de vue, le livre de Jacques Boulesteix est édifiant ! Les saillies qu’il a relevées dans la presse montrent à quel point les élus locaux ont recouru à l’outrance et à la caricature pour rejeter ce projet dont ils craignent avant tout une dépossession de leur pouvoir. L’astrophysicien, ancien directeur du pôle de compétitivité Optitec, s’est même fait historien pour exhumer, dans les archives, des discours du député d’Aix-en-Provence à l’Assemblée constituante de 1789, dont les propos à l’égard de Marseille, rappellent étrangement ceux que n’hésite pas à tenir la maire actuelle Maryse Joissains ! Il faut reconnaître aussi, comme l’analyse très bien Jacques Boulesteix, que certains des protagonistes, Jean-Claude Gaudin en tête, ont tout fait pour agiter le chiffon rouge sous le nez des adversaires de la Métropole, mettant d’abord en avant la nécessité d’une solidarité avec Marseille, plus pauvre que sa périphérie, alors qu’elle doit supporter les charges de sa fonction de ville centre…

Inversement, ce livre insiste sur le rôle clé qu’ont joué pour faire avancer ce dossier, et ceci depuis des années, les nombreux acteurs de la société civile, universitaires (le combat pour une université unique y est notamment rappelé avec force détails édifiants…), opérateurs économiques, ou simples citoyens regroupés en association ou comité de quartiers. Tous constatent les blocages persistants qui entravent les déplacements urbains et interurbains, le développement anarchique de l’urbanisation et des zones d’activité, l’absence de vision globale en matière de développement économique avec un terrible déficit d’emplois qualifiés, autant de handicaps majeurs pour un territoire qui ne manque pourtant pas d’atouts grâce notamment à ses installations portuaires et son emplacement privilégié, ses espaces naturels préservés et un dynamisme indéniable en matière de recherche-développement.

Un des enjeux de cette future métropole qui se dessine sous nos yeux, comme le rappelle le sociologue Jean Viard dans sa préface, sera de constituer enfin un cadre dans lequel chacun puisse trouver sa place, en gérant de manière intelligente et équilibrée les diversités culturelles et économiques qui caractérisent pour l’instant ce territoire où chacun à tendance à se replier sur soi. Le défi de la métropole sera de préserver ce souci légitime d’identité locale dans un espace plus ouvert, structuré de manière plus rationnelle, pour favoriser la vie quotidienne de chacun, à l’heure où le travail, les études, les loisirs se font rarement dans la commune où l’on réside, ce qui suppose une gestion du territoire sur une échelle plus adaptée.

Le préfet délégué en charge du projet métropolitain, Laurent Théry (photo © F. Moura)

Le préfet délégué en charge du projet métropolitain, Laurent Théry (photo © F. Moura)

Pour cela, tout reste encore à faire et ce livre identifie les différents obstacles qu’il faudra surmonter un à un. Certes, il se lit d’abord comme un témoignage, vu de l’intérieur, de toutes les étapes qui ont été nécessaires pour faire évoluer les esprits et finir par faire inscrire le projet de métropole dans la loi de modernisation de l’action publique territoriale promulguée le 27 janvier 2014. Une véritable saga même, avec une galerie d’acteurs locaux croqués avec gourmandise et dont on découvre au fil des pages le rôle qu’ils ont joué dans ce dossier conflictuel et controversé. Déclarations outrancières, manœuvres dilatoires, alliances contre-nature, retournement de veste, arguties juridiques et politique de la chaise vide, toute la panoplie a été largement utilisée et on suit avec délectation le récit des débats autour du projet de loi et ses rebondissements ultérieurs.

Première conférence métropolitaine au Silo le 21 décembre 2012 (photo © Aller-Retour)

Première conférence métropolitaine au Silo le 21 décembre 2012 (photo © Aller-Retour)

Car rien n’est encore fait et Jacques Boulesteix explique comment le même Jean-Claude Gaudin a usé de toute son expertise de vieux briscard de la politique pour d’abord faire adopter le projet de loi sur la métropole et ensuite venir le détricoter à l’occasion de la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République, encore en discussion. On arrive ainsi au paradoxe que la future métropole Aix-Marseille-Provence, non seulement verra le jour avec retard sur celles de Lyon, Nice, Lille, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Toulouse, Strasbourg, Rennes ou Rouen, toutes opérationnelles depuis le 1er janvier 2015, mais de surcroît sera moins intégrée que ses consœurs puisque les six intercommunalités qui la constituent conserveront une part de leurs prérogatives en prenant le nom de « conseils de territoires », avec maintien des élus en place. La future métropole sera ainsi la seule à pouvoir faire son Plan local d’urbanisme (PLU) à l’échelle des anciennes intercommunalités, avec même une disposition permettant à une commune de s’opposer à ce PLU intercommunal s’il ne lui convient pas. Une victoire pour les élus locaux qui tiennent, pour des raisons électoralistes, à conserver ce pouvoir sur le droit du sol, mais un recul évident pour la cohérence de l’aménagement du territoire à l’échelle métropolitaine.

Il en est de même pour le mode de désignation des élus de la future métropole : Jacques Boulesteix plaide pour un mode d’élection au suffrage direct, garant de la responsabilisation des élus et rappelle au passage que trois-quart des Français seraient d’ailleurs favorables à une élection des présidents d’intercommunalités au suffrage direct, mais rien n’est encore réglé de ce point de vue, les élus restant de toute façon en place jusqu’en 2020…

Blog181_CarteAMP

Quel avenir alors pour la future métropole ? Jacques Boulesteix appelle clairement de ses vœux une mise en place dynamique et ambitieuse au service de la population, dans un esprit de démocratie participative qui permet de mobiliser les intelligences et les bonnes volontés individuelles dans le sens de l’intérêt général. Mais il n’exclut pas non plus une métropole a minima, qui ne serait qu’une couche supplémentaire du millefeuille, n’apportant que complexité et immobilisme, ce qui conforterait nombre d’élus dans leur méfiance viscérale. Une chose est sûre, l’émergence de la métropole ne se fera pas du jour au lendemain. Ce ne sera pas le remède miraculeux à tous les maux du territoire ni, espérons-le, le monstre technocratique que redoutent (ou font mine de craindre) nombre d’élus locaux. Entre peur et raison, il reste un peu de place pour l’espoir…

L. V. LutinVert

Changement climatique : les lycéens précurseurs

9 mai 2015
Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Jacques Chirac à Johannesburg en 2002

Le défi du changement climatique prend de l’ampleur. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » reconnaissait déjà Jacques Chirac lors du sommet de la Terre à Johannesburg. C’était en 2002 et depuis la situation n’a fait que s’aggraver.

Un récent rapport publié en mars 2015 par le ministère de l’écologie et intitulé « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises » met notamment l’accent sur un des aspects du dossier, à savoir l’inexorable montée du niveau des océans. Quasiment stable avec un taux moyen d’élévation de 0,5 mm/an au cours des 3 derniers millénaires, cette élévation atteint désormais 3,2 mm/an depuis 1993, sous l’effet combiné de la dilatation thermique de l’eau et de la fonte des glaciers et des calottes glaciaires. La différence paraît minime mais cela pourrait néanmoins se traduire par une augmentation du niveau de la mer de l’ordre de 80 cm d’ici 2100, ce qui est loin d’être anodin pour certaines zones littorales fortement peuplées. De fortes disparités régionales sont constatées mais l’impact de cette élévation du niveau moyen des mers se traduit par un risque accru de submersion marine et d’érosion côtière. Les conséquences de ce phénomène peuvent être assez lourdes comme le montrent le bilan de la tempête Xynthia en 2010 (avec une cinquantaine de décès à déplorer) ou l’ampleur du recul du trait de côte qui a atteint une vingtaine de mètres sur plusieurs sites en Aquitaine lors des seules tempêtes de l’hiver 2013-14 par exemple.

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Le front de mer de Lacanau pendant la tempête (mars 2014) photo ©J. Lestage

Et bien entendu, les variations du niveau des mers ne sont que l’une des multiples manifestions de ce changement climatique global qui est maintenant observé depuis plusieurs années. Les scientifiques ont largement alerté sur le sujet mais il reste maintenant à en tirer les conséquences pour tenter d’en limiter autant que possible les effets et s’y adapter au mieux. C’est là le rôle des décideurs politiques et c’est manifestement le maillon le plus faible de la chaîne car celui qui a le plus de mal à raisonner au delà du court-terme !

Blog172_PhLogoCOP21Après une série d’occasions ratées de parvenir à des accords globaux sur le sujet, vital pour notre survie à long terme, le prochain sommet mondial qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année est présenté par certains comme celui de la dernière chance. Cette 21ème Conférence des parties de la convention-cadre des Nations-Unies sur le climat, COP 21 de son petit nom, s’est en effet donné pour objectif (très ambitieux…) d’adopter le premier accord universel contraignant en vue de contenir en deçà de 2 °C l’augmentation moyenne des températures.

La France, pays hôte de ce prochain sommet, est sensée montrer l’exemple avec l’adoption de la loi de transition énergétique qui fixe comme objectif de réduire d’ici 2030 de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre et de 30 % sa consommation d’énergie fossile, tout en augmentant à 32 % sa part d’énergies renouvelables. Et pour faire bonne mesure, la France s’engage aussi à réduire d’ici 2050 de 50 % sa consommation totale d’énergie et de réduire de 75 % (par rapport à 1990) ses émissions de gaz à effet de serre.

Nul ne sait encore ce qu’il ressortira de ce prochain sommet des Nations-Unies à Paris mais une répétition générale de cet événement vient d’avoir lieu, le 6 mai 2015 au Bourget, jouée par des lycéens issus de 14 établissements d’Ile de France qui viennent de tenir leur propre COP 21. Cette simulation en vraie grandeur a été coorganisée par la DRIEE, une direction régionale des services de l’État rattachée au ministère de l’écologie, et par l’Éducation nationale, avec le soutien de la région Île-de-France.

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 - photo ©P. Devernay

COP 21 au Lycée du Bourget le 6 mai 2015 – photo ©P. Devernay

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

Un participant aux négociations, investi dans son rôle

L’affaire a été préparée durant toute l’année scolaire dans chacun des lycées qui participent à l’évènement et qui se sont familiarisés peu à peu avec les réalités du réchauffement climatique, les enjeux en cause et surtout les stratégies en présence. Chaque lycée représente la délégation d’un pays et a donc préparé avec soin ses arguments en tenant compte de la réalité socio-économique et politique du pays en question, afin d’être en mesure de défendre sa position lors du jour J. Accompagnés de leurs professeurs, certains sont allés jusqu’à rencontrer les conseillers diplomatiques dans les ambassades pour peaufiner leurs arguments !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Prendre la parole devant les ministres : un exercice intimidant !

Cet intense travail de préparation portait aussi naturellement sur la capacité à s’exprimer en public, avec aisance et conviction, dans un cadre qui, sans être celui où se tiendra la véritable conférence des Nations-Unis, n’en est pas moins intimidant, en présence des ministres Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem. Le résultat est assez bluffant et les ministres elles-mêmes se sont dites impressionnées par la qualité des débats et des argumentaires comme on peut le constater sur la vidéo diffusée sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

Cop21-Logo-1ACertes, le résultat de ces « négociations » n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions affichées puisqu’il débouche sur un accord en vue de réduire à seulement 2,8 °C le réchauffement global d’ici 2030 (ce qui est en deçà des ambitions affichées à ce jour) et à 1 m l’élévation du niveau des mers. Mais ce résultat n’en est pas moins réaliste si l’on considère, comme l’ont fait les lycéens, les positions intransigeantes de certains États. Ainsi le Canada qui exclut obstinément toute réduction de ses émissions de gaz à effets de serre liées à l’exploitation des schistes bitumineux, ou la Chine qui refuse catégoriquement toute contrainte environnementale qui réduirait sa croissance économique, ou encore l’Arabie Saoudite qui conditionne sa participation à un éventuel Fonds Vert à un juste retour financier en sa faveur…

Bref, les positions des uns et des autres étant ce qu’elles sont, cette répétition générale ne fait que confirmer à quel point il sera difficile d’obtenir fin 2015 un accord à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes collectivement confrontés…

L . V . PetitLutinVert

Environnement et santé : une nouvelle conférence du CPC

5 mai 2015

Aujourd’hui, 2 décès sur 3 dans le monde sont le fait des maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires ou respiratoires, cancers, troubles neuro-comportementaux, maladies neuro-dégénératives, diabète…). Par exemple, en France, en 15 ans, les cancers ont progressé de 60 %, le diabète de 160 %, les AVC invalidant de 135 %, l’obésité de 100 % et les problèmes d’infertilité ne cessent de croître. La progression alarmante de ces maladies ne peut s’expliquer par les seuls facteurs classiques habituellement avancés qui sont ceux du vieillissement de la population, d’un meilleur dépistage et de la génétique. Notre environnement, au sens large du terme (mode de vie, profession, milieu familial, alimentation, pollutions généralisées, ondes électromagnétiques…) en est en grande partie responsable.

C’est en tout cas la thèse que développe le Réseau Environnement Santé et que viendra nous exposer son correspondant local, Gilles Nalbone, directeur de recherche émérite de l’INSERM, lors d’une prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien, lundi 18 mai 2015 à 18h30 en salle Tony Garnier à Carnoux-en-Provence.

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En effet, le développement de la chimie et des technologies depuis environ 70 ans a considérablement impacté notre environnement en affectant tous les compartiments de notre vie (alimentation, air, eau…). Mais cette réalité est encore largement niée par la plupart des instances sanitaires.

Parmi les polluants chimiques auxquels nous sommes exposés quotidiennement, souvent à notre insu, une catégorie pose de réels problèmes sanitaires : ce sont les perturbateurs endocriniens (PE), c’est-à-dire des substances capables de perturber les régulations hormonales. Quels sont-ils ? Comment agissent-ils ? Où se cachent-ils ? Quels sont leurs effets ?

Ph_DessinCancerAutant de questions auxquelles tentera de répondre Gilles Nalbone qui montre que ces molécules défient les lois de la toxicologie classique et que certaines populations sont plus à risque comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. Au-delà des dégâts sanitaires, c’est aussi le financement de notre système de santé qui en pâtit. Les coûts sanitaires des PE sont estimés à au moins 157 milliards d’euros en Europe, soit 1,2 % du PIB européen !

En attendant que la réglementation nous protège de façon durable des PE, des solutions existent. Nous verrons que nous pouvons au niveau individuel réduire sensiblement notre exposition à ces substances par des gestes simples, un changement dans notre mode de vie, d’alimentation, etc. sans pour autant altérer la qualité de notre vie. Il en va de notre santé et de celle des générations futures. Rendez-vous donc lundi 18 mai avec Gilles Nalbone pour en savoir plus !

C.G.

Eaux troubles de Marseille : des suites judiciaires ?

3 mai 2015

 

La gestion de l’eau dans l’agglomération marseillaise n’a décidément pas fini de nous étonner ! Confiée par la ville de Marseille depuis 1960 à la Société des Eaux de Marseille (SEM), longtemps filiale à parts égales des deux géants qui se partagent le marché français de la distribution d’eau (Véolia, ex Générale des Eaux et Suez ex Lyonnaise des eaux), la compétence a été reprise en 2000 par la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), ce qui a occasionné la signature d’un n-ième avenant au contrat initial…

Loïc Fauchon, lors du Forum mondial de l'eau en 2012

Loïc Fauchon, lors du Forum mondial de l’eau en 2012

Pendant les 53 ans qu’a duré ce contrat de délégation hors normes, une très grande proximité a toujours régné entre la mairie de Marseille et la SEM dont le président faisait office d’adjoint à l’eau, toujours prêt à rendre service. Le PDG actuel de la SEM, Loïc Fauchon, nommé avec la bénédiction de Jean-Claude Gaudin, est d’ailleurs l’ancien secrétaire général de la mairie de Marseille après avoir été directeur de cabinet de Gaston Deferre. Tout ceci crée des liens de proximité et permet de faire des affaires en toute confiance, même si c’est parfois au détriment de l’intérêt public…

Comment expliquer en effet que, selon un document interne produit par MPM en 2012 et tombé dans les mains de Mediapart et du Ravi, la SEM ait dégagé chaque année en moyenne entre 1996 et 2012 un bénéfice net de 20,5 millions d’euro, soit un total de plus de 350 millions d’euros ? Blog180_Dessin2Les raisons d’une telle rentabilité qui frôle les 20 % par an : un contrat initial très laxiste, une parfaite connaissance du réseau par la SEM (mais qui n’est pas partagée par la commune, ce qui rend les contrôles de cette dernière quasi impossibles), des indices de révision du prix et une répartition des charges (personnel, frais de siège, etc.) particulièrement favorables à la filiale de Veolia, mais également des prix surévalués parfois de moitié sur les travaux, souvent confiés à des filiales de la SEM, et des frais financiers faramineux. Un sacré pactole en tout cas pour la SEM, régulièrement dénoncé par la Cour des comptes mais aussi par l’UFC – Que choisir qui, en 2007, pointait un prix de l’eau facturé à plus de deux fois son coût de revient, un record national !

En 2013, la délégation de service public a été enfin remise en jeu après que les élus de MPM ont balayé d’un revers de main toute velléité de retour en régie pourtant réclamée ardemment par certains. Nous avons déjà évoqué ici cet épisode peu glorieux, à l’issue duquel trois des quatre contrats en jeu (pour la distribution d’eau potable et pour l’assainissement) sont revenus à la SEM, désormais filiale à 100 % de Véolia et qui se succède donc à elle-même pour une nouvelle période de 15 ans. Les sommes en jeu sont colossales puisqu’elles représentent au total 3,2 milliards d’euros et manifestement tout ne s’est pas fait dans la transparence souhaitée.

Martine Vassal, lors du Forum mondial de l'eau en 2012

Martine Vassal, lors du Forum mondial de l’eau en 2012

De fait, sitôt les 4 contrats signés, le 31 octobre 2013, le Préfet des Bouches-du-Rhône saisissait la Cour régionale des comptes (CRC) pour lui demander d’examiner les conditions d’attribution de ces contrats. Le rapport de la CRC, rendu public après les élections municipales de mars 2014 et déjà évoqué ici, s’avère accablant pour les élus de MPM qui n’ont manifestement pas recherché à optimiser l’intérêt général au travers des négociations avec les candidats. Le cas de Martine Vassal est particulièrement pointé du doigt par le rapport de la CRC. Deuxième adjointe au maire de Marseille et présidente de la commission « agglomération éco-responsable » de MPM, devenue depuis présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Mme Vassal a joué un rôle très actif dans la procédure d’attribution du marché à la SEM alors qu’elle est en même temps trésorière du Conseil mondial de l’eau dont le président est Loïc Fauchon, président de la SEM et, à ce titre, signataire de la délégation de service public.

Outre ce conflit d’intérêt flagrant, de très nombreuses irrégularités ont été relevées par la CRC qui s’étonne de la durée excessive du contrat, du montant élevé des frais de siège accordés à la SEM et de l’absence d’inventaire des installations, ce qui rend impossible l’estimation prévisionnelle des travaux de renouvellement. De fait, comme l’explique Marc Laimé sur son blog, la gestion de l’eau par la ville de Marseille puis par MPM soufre d’une tare originelle qui n’a jamais été corrigée : il manque tout simplement 300 millions d’euros qui auraient dû être provisionnés pour renouveler le matériel et les installations mais qui n’ont jamais été correctement intégrés dans les budgets ! Le nouveau contrat de délégation conclu pour 15 ans avec la SEM devra donc permettre de lisser sur cette période les flux financiers nécessaires pour permettre à MPM de reconstituer, ce « trou » de 300 millions d’euros résultant de l’absence d’amortissement du patrimoine concédé dans le courant du précédent contrat.

Blog180_DessinL’analyse par la CRC des contrats conclus en 2013 est accablante, au point d’avoir fait l’objet d’une exégèse publiée le 3 décembre 2014 dans une revue juridique spécialisée qui, dans un article très documenté intitulé « Le contrôle d’une DSP par une CRC – Le cas d’eau de MPM », détaille tous les points qu’une collectivité doit prendre en compte lors de la négociation d’un contrat de délégation de service public de distribution d’eau, et ceci en analysant l’ensemble des défaillances et malversations du contrat signé par MPM avec la SEM ! Un cas d’école donc, destiné à servir de contre-exemple…

Le jugement de la Cour régionale des comptes est en effet particulièrement sévère, soulignant notamment que « l’économie générale du contrat est très favorable aux intérêts du délégataire », que la collectivité « n’a pas utilisé toutes ses marges de négociation » et que la procédure est exposée « à un risque de constat d’irrégularité par le juge administratif ».

Installation du nouveau Parquet financier

Installation du nouveau Parquet financier

Face à un tel constat de manquement, on s’attendait à ce que le Préfet saisisse le Tribunal administratif malgré les réponses formulées par MPM en mai 2014. Or Le Monde et France 3 Marseille ont révélé le 27 janvier 2015 que la procédure suivie est tout autre. On apprend ainsi que la CRC, face à la gravité des faits incriminés, susceptibles de constituer des infractions pénales, a saisi directement le procureur de Marseille et que ce dernier a transféré le dossier au Parquet national financier, créé suite à l’affaire Cahuzac pour juger les faits d’évasion fiscale et de corruption. Cette instance disposant de moyens d’investigations importants (via l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales) et d’une réelle indépendance, il est possible d’espérer un véritable traitement au fond de ce dossier complexe. Selon Marsactu, l’enquête préliminaire, ouverte le 12 janvier dernier, porte sur des accusations de favoritisme, de prise illégale d’intérêts, et de complicité et recel de ces délits, ce qui n’est pas anodin. Il ne reste plus désormais qu’à attendre que la Justice fasse son travail…

L. V. PetitLutinVert

KATULU ? n° 43

1 mai 2015

Couv43Voici le résumé des derniers ouvrages abordés par les lecteurs de Katulu ? dans le numéro 43 de février 2015 dont le texte intégrable est téléchargeable (Katulu_43).

 

Le voyant

Jérôme Garcin

Portrait d’un écrivain oublié, né en 1924, atteint de cécité totale à l’âge de huit ans suite à un accident, fondateur d’un réseau d’étudiants dans la Résistance, déporté à Buchenwald, professeur de littérature française dans une université de Virginie aux États Unis puis à Hawaï, et décédé en 1971, à 47 ans, dans un accident de voiture.

Ph1_VoyantJérôme Garcin fait revivre Jacques Lusseyran, non par une biographie mais par un portrait de cet homme extraordinaire dont la vie a ses lumières et ses ombres.

Les publications de Jacques Lusseyran eurent davantage de succès aux États Unis qu’en France. Dans l’une de ses premières « Et la lumière fut », il explique : « je ne voyais plus la lumière, et la lumière était toujours là, elle était intacte ». « La cécité a changé mon regard, elle ne l’a pas éteint…elle est mon plus grand bonheur ». « Ne pas voir c’est mieux voir »

A la lecture de ce livre dit J. Garcin, on comprend l’incroyable pouvoir qu’il a tiré de son traumatisme, sa morale, sa philosophie de vie, sa disposition au bonheur, son perpétuel besoin d’amour. Son intuition était décuplée, « il voyait par la peau ». « Pour lui être aveugle est une manière philosophique d’être au monde, de s’y accrocher par l’intérieur, d’en jouir à chaque instant, d’en éprouver jusque dans la chair l’invisible beauté, et de ne s’en lasser jamais…voir même ce qu’on ne voit pas ».

Jérôme Garcin

Jérôme Garcin

Cette philosophie ne l’a pas empêché de faire une terrible dépression à son retour de captivité, meurtri par son rejet du professorat (loi de Vichy interdisant l’agrégation aux handicapés) et l’absence de reconnaissance de son rôle dans la Résistance. Malgré son mariage et la naissance de ses trois enfants, il vivra une dizaine d’année cantonné « dans un statut de handicapé ». Son départ aux USA, la reconnaissance tant attendue qu’il obtiendra là-bas, la passion pour l’écriture « le jour où j’écris, je suis », lui permettront de se retrouver.

Une vie étonnante, un témoignage bouleversant, un courage et une volonté qui transcende tout, une leçon de vie !

Marie-Antoinette

Les immortelles

Makenzy Orcel

Ph4_MakenzyMakenzy Orcel est un écrivain haïtien né en 1983 à Port-au-Prince. Suite au tremblement de terre qui a détruit la ville, il écrit son premier roman : « les Immortelles », publié en 2012. Il s’agit du témoignage extraordinaire d’une prostituée de la capitale de Haïti, et du sort des prostituées de la ville avant, pendant et après le tremblement de terre,.

Entre l’écrivain et cette prostituée – on l’appellera « l’immortelle» : « Tu me donnes ce que je te demande et toi après tu pourras m’avoir dans tous les sens que tu voudras…Marché conclu… ça me plaisait bien cette idée… éditer à compte de sexe, ça pourrait bien compenser certaines choses ».

Elle parlera surtout de cette « petite » Shakira, nom d’emprunt bien sûr, qui va mourir coincée dans les décombres d’un immeuble, après plusieurs jours de souffrance, attendant en vain les secours qui n’arrivent pas : « L’irréparable. L’inénarrable. Le désespoir qui coule dans les yeux des gens. La ville, décombres déchiquetée, saturée de morts connus et inconnus… ».

Ph3_LivreImmortellesCe livre très court est un condensé de révoltes, de cris, de sexe, d’humanité réaliste et crue. Ce n’est pas une histoire mais une fenêtre ouverte sur un monde clos que l’on ne veut pas voir, celui des prostituées, dans un pays en démolition après la catastrophe, mais où on continue de vivre : « il fallait à tout prix raconter quelque chose, n’importe quoi, pour ne pas piquer une crise. Une attaque foudroyante qui m’exploserait la cervelle… Quant à l’histoire même, c’est moi qui ai choisi de la raconter, au compte-gouttes, sans pédanterie, avec une simplicité presque révoltante ». Un livre qui laisse des traces…

Cécile

Les raisins de la colère

John Steinbeck – 1939

Ph5_LivreRaisinsColereAvec « Les raisins de la colère », roman interdit lors de sa publication en 1939, dans plusieurs villes de Californie et attaqué par un membre du Congrès, J. Steinbeck, s’impose comme écrivain américain de premier plan. Il reçoit le prix Pulitzer en 1940 et le prix Nobel en 1962.

L’Oklahoma, dévasté par la sécheresse : chassés par la misère, Tom Joad et sa famille de fermiers, se joignent au cortège de véhicules traversant les États-Unis pour gagner la Californie où les grands propriétaires embauchent des bras pour les récoltes. Déracinés, ils découvrent un univers régi par les lois aveugles de l’offre et de la demande et vivent un basculement du monde. Le contexte historique est celui de la Crise de 1929 et de la Grande dépression qui suivit, événements à l’origine d’évolutions économiques engendrant des bouleversements sociaux : pauvreté des familles de cultivateurs attirés par le mirage de la prospérité californienne, dislocation des solidarités locales et familiales, exploitation d’une nouvelle sorte de travailleurs pauvres.

Ph6_FilmRaisinsColere

Le titre anglais, « Grapes of wrath » est tiré d’un chant anti-esclavagiste composé en 1862 par Julia Ward Howe (1819-1910) et intitulé « L’Hymne de Bataille de la République ». Cette référence élargit à la nation toute entière le destin des Joad : Steinbeck semble nous rappeler que la nation américaine est fondée sur un mythe pastoral, la recréation d’un Eden perdu, à l’ombre d’un Dieu vengeur.

L’ouvrage présente une structure duale : les épisodes de récits (mettant en scène la famille Joad, les tenanciers d’un bar au bord de la route, spectateurs du défilé des convois vers l’Ouest) sont interrompus par des chapitres descriptifs aux styles très divers : narration poétique, style réaliste, style prophétique, pour annoncer la révolution à venir.

Les personnages expriment des idées extrêmement négatives sur leur avenir et celui de la nouvelle organisation économique qui a détruit les structures sociales. Les paradoxes de ce nouvel ordre semblent le condamner : «Les sociétés et les banques travaillaient à leur propre perte. Les vergers regorgeaient de fruits et les routes étaient pleines d’affamés». Les hommes sont ainsi choqués par les mesures prises pour éliminer la surproduction, mesures encore en vigueur et organisées notamment par l’Union européenne !

John Steinbeck

John Steinbeck

Le héros est rattrapé par la désillusion, vision pessimiste cristallisée dans l’échec final de la famille. Le roman est également traversé par la tentation révolutionnaire. A travers les thèmes développés « Les raisins de la colère » ont une dimension politique et sociale (« Il s’agit de non seulement d’informer, d’évoquer une situation réelle, mais aussi de faire réagir le lecteur») en nous renvoyant aux problèmes socio-économiques. La création d’une nouvelle sorte de travailleurs pauvres contraints à migrer et celle de leur traitement par les communautés locales évoquent la question des Rom, et, plus largement celle de l’immigration.

Antoinette

Un long chemin vers la liberté

autobiographie – Nelson Mandela

Nelson Mandela commence la rédaction de ses mémoires en 1974, au pénitencier de Robben Island et l’achève après sa libération en 1990, après 27 années de détention.

Ph9_LivreMandelaNé et élevé dans la famille royale des Thembus, après des études faites non sans difficultés, Mandela gagne Johannesburg où il ouvre le premier cabinet d’avocat noir. Il devient un des leaders de l’ANC qui prône la non-violence. Devant l’inefficacité de cette dernière et l’attitude des blancs qui ne craignent rien des manifestations noires, mais qui, eux, sont violents, Mandela crée un groupe qui va répondre par la violence à laquelle il est pourtant fortement opposé.

Dès lors il passe dans la clandestinité. Capturé et emprisonné, les autorités blanches n’arriveront jamais à le détruire, quelles que soient les conditions de détention. Du fond de sa cellule, il continue son combat pour sortir L’Afrique du Sud de l’apartheid. Son attitude est toujours digne et force le respect. A sa libération il tend la main à ceux qui l’ont pourchassé et emprisonné. Son seul but est de faire disparaitre ce régime qui humilie les noirs et ne leur reconnait qu’un seul droit : celui de servir d’esclave avant de mourir.

Ph8_Mandela

Dans ses écrits Mandela ne se met jamais en avant. Il décrit la situation de son peuple, l’action de l’ANC, explique comment une branche de cette dernière en arrive à des actions violentes. Il évoque ses relations avec le parti communiste auquel il n’a jamais adhéré mais dont il partage des idées. Il parle un peu de sa vie d’homme et de sa femme Winnie, toujours avec respect et tendresse.

Il se dégage de ce livre une force de caractère de l’homme qui suscite l’admiration. Rien chez lui n’aspire à la gloriole personnelle ; il est vrai et profond. Lorsqu’il évalue une situation, il ne se laisse pas emporter par ses sentiments, mais ne considère que le but à atteindre, s’efforçant d’être toujours juste dans ses appréciations.

Josette M.

Devenir Soi

Jacques Attali

Ph10_LivreAttaliLe point de départ de son essai est le suivant : « Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt le sera bien plus encore pour beaucoup […] il y a une irrésistible ascension du mal qui semble inéluctable ». Les raisons ? Guerres, chômage, pauvreté, explosion démographique, réfugiés climatiques, catastrophes naturelles, vieillissement des populations.

Face à ces risques majeurs, Jacques Attali pense que les États ne peuvent pas tout et peuvent de moins en moins puisque la croissance économique diminue ! Le libéralisme a aggravé la situation. Par ailleurs L’État s’est souvent désengagé « Incapable même d’assurer les services publics, de maintenir en état ses infrastructures, de payer ses fonctionnaires, ses policiers, ses soldats, de lutter contre les épidémies, les trafiquants, les mafias, le terrorisme ». Les citoyens sont incapables de prendre leur condition en main. Ils sont consommateurs égoïstes, des « résignés-réclamants ».

Jacques Attali

Jacques Attali

Mais une lueur d’espoir existe : « D’immense promesses et de formidables potentialités se trouvent devant nous. Comme au temps de la première Renaissance, les technologies sont plus inventives et puissantes que jamais ». Avec une pluie d’exemples J. Attali montre qu’il est possible dans tous les secteurs d’épanouir sa personnalité de réussir sa vie personnelle et professionnelle.

« Prenez-vous en main, libérez-vous des conformismes, des idéologies, des éthiques et des déterminismes de toute nature. N’attendez plus rien de personne. Écoutez-vous. Ayez le courage d’agir. Rien ne justifie de se résigner, d’accepter les faits accomplis, de n’attendre que de l’autre la réponse à des difficultés personnelles. Et en particulier de l’attendre des puissants ou de l’État . La bonne vie est une vie où l’on se cherche sans cesse, où l’on se trouve mille fois successivement ou simultanément ».

Josette J.

Adultère

Paul Coelho

«Une vie sans amour vaut-elle la peine d’être vécue ? » Linda, l’héroïne, a 31 ans. Journaliste dans un grand quotidien de Genève, ville où se passe l’action, très charmante, mariée à un patron de fonds d’investissement, jeune avec de grandes ambitions, deux enfants adorables, une magnifique demeure, des vacances dans des endroits paradisiaques. C’est le cliché d’une famille parfaite où tout le monde est beau et gentil. Pourtant, dit-elle « chaque matin, je sais que la journée sera un désastre ».

Ph12_LivreCoelho

Alors qu’elle interviewe un écrivain, celui-ci lui dit « je m’en moque d’être heureux je préfère être toujours amoureux, parce que on ne sait jamais ce qu’on va trouver au-delà ». Cette phrase va la faire plonger dans le doute, l’apathie et l’indifférence à ce qui faisait sa vie « la routine et l’ennui sont-ils un problème ?»

S’en suit une histore banale d’adultère, de jalousie entre épouse et maitresse, de retour à la vie conjuguale bourgeoise… Un livre décevant, trainant en longueur. L’intrigue est banale, tellement mal ficelée qu’on se lasse. En bref c’est assez insupportable à lire.

Suzanne

La passion de la méchanceté

Sur un prétendu divin marquis

Michel Onfray

Ph13_LivreOnfrayA sa manière, rageuse et agressive, (n’oublions pas que nous sommes dans une « contre »histoire !), Michel Onfray s’attache à redonner une vérité au Marquis de Sade, à travers l’étude de ses écrits et de sa biographie – l’un des principes de M. Onfray est de lire l’intégralité de la production de l’auteur dont il parle.

Il s’insurge contre l’idée que l’œuvre n’aurait rien à voir avec la vie, qu’elle serait une fiction et démontre, par la vie de Sade, que ce dernier a choisi délibérément le mal. Il analyse tout d’abord le phénomène mythologique qui a fait de Sade, au XXe siècle, l’emblème du libertin libertaire et féministe, émancipateur et républicain, un penseur d’avant-garde. C’est en 1909 que Guillaume Apollinaire préface la parution de la première anthologie de textes du marquis. « Plus poète qu’historien, plus lyrique qu’historique [il] propose la construction d’une légende qui tient lieu d’histoire pendant un siècle ».

Puis en deux parties -le déshonneur des poètes et le déshonneur des penseurs-, il prend le contre-pied de ceux qui ont mythifié Sade. Il s’insurge contre les philosophes surréalistes qui ont fait de Sade une victime, un vertueux alors qu’il fut un bourreau avéré, un vicieux revendiqué.

Ph14_OnfrayL’auteur veut démontrer que Sade n’est pas qu’un littéraire. Il est philosophe, développant le concept de « l’isolisme » : il n’y a ni bien ni mal, tout est atome, il n’y a pas de libre arbitre, il faut laisser faire la nature. Mais la culture peut entraver le déterminisme ; il introduit donc le libre-arbitre et la responsabilité. Au peuple, le fatalisme, à la société libertine la jouissance de choisir le bien ou le mal. Sade choisit le mal : il ne prédit pas le mal du XXe siècle mais il dit le mal de son époque.

L’introduction du livre peut paraître étrange, intitulée « la chienne de Buchenwald »- Ilse Kooch. M. Onfray décrit longuement ce que fut la vie de cette femme. Procédé littéraire appelé « Point Godwin » : faire référence à un fait en lien avec l’holocauste ou le nazisme alors que le sujet de départ ne s’y prêtait pas.

Le livre refermé, la comparaison saute aux yeux : Le MAL absolu… et son incarnation quelle qu’en soit l’époque. Un livre intéressant… mais il faut aimer ou « supporter » le style de Michel Onfray…

Marie-Antoinette