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Carnoux s’est donc choisi une députée d’extrême droite…

20 juin 2022

Bien sûr, c’était couru d’avance au vu des résultats locaux de la présidentielle qui s’était déroulée en avril dernier : à moins d’un miracle ou d’un sursaut des nombreux abstentionnistes, le Rassemblement national avait toutes les chances d’arriver en tête du second tour des législatives dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, outre Carnoux, les deux grandes villes de l’Est marseillais, Aubagne et La Ciotat, ainsi que plusieurs communes de moindre importance, à savoir, Cassis, Gémenos, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-La Bédoule, Ceyreste et Cuges-les-Pins. Déjà au premier tour de la présidentielle, le 10 avril 2022, plus de 50 % des électeurs de la circonscription qui s’étaient déplacés au bureau de vote, avaient choisi un bulletin en faveur de Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan…


Joëlle Mélin, nouvelle députée de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (source © Europeen Union 2019 / Flickr)

Avec un peu plus de 14 000 voix exprimées en sa faveur, Jean-Luc Mélenchon finissait à une troisième place très honorable, sur la circonscription comme à l’échelle nationale, mais on se doutait bien que son score local de 23,8 % serait un peu court pour que son candidat, même estampillé Nouvelle union populaire écologique et sociale, puisse espérer finir en tête à l’issue de ce second tour des législatives. Déjà sa qualification à l’issue du premier tour, la semaine dernière, s’était faite sur le fil, le jeune candidat de la France insoumise, Lucas Trottmann engrangeant à peine 470 voix de plus que l’expérimenté référent départemental de la République en marche, le Cassiden Bertrand Mas-Fraissinet.

Lucas Trottmann (au centre), le candidat malheureux de la NUPES le 15 juin 2022 à Gémenos, entre les deux tours des législatives (photo © Marius Rivière / Marsactu)

Cette qualification inespérée pour le second tour était de bonne augure, dans une dynamique plutôt favorable aux idées de la gauche, pour une fois unie. Mais cela n’aura pas suffi pour battre la candidate du Rassemblement national, une Joëlle Mélin déjà député européen et pourtant usée par ses multiples candidatures à à peu près toutes les élections locales depuis une petite trentaine d’années… Mais les électeurs ont exprimé une certaine constance en la plaçant largement en tête de ce second tour des législatives, avec plus de 58,6 % des suffrages exprimés.

Même si la participation n’a pas été davantage au rendez-vous que lors de la présidentielle, moins d’un électeur sur deux ayant fait l’effort de se déplacer, encore moins qu’au premier tour de ces législatives, Joëlle Mélin a incontestablement fait un très bon score avec plus de 23 500 voix exprimées en sa faveur, moins que ce qu’avait recueilli Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2022 sur cette même circonscription, mais deux fois plus que son score du premier tour, ce qui traduit un très net report de voix en sa faveur de nombre d’électeurs de droite qui, pour rien au monde, n’accepteraient de glisser dans l’urne un bulletin de la France insoumise !

La victoire du RN dans notre circonscription est donc sans appel, Joëlle Mélin réussissant même l’exploit de l’emporter largement dans chacune des 9 communes de la circonscription. Un grand chelem qui en dit long sur l’influence désormais majoritaire des idées d’extrême droite sur notre secteur… Bien sûr, il subsiste des disparités d’une commune à l’autre, mais, pour une fois, c’est Cassis qui se distingue en donnant le meilleur score à la candidate RN qui l’emporte avec 72,4 % des suffrages exprimés, Joëlle Mélin faisant plus que tripler son nombre de voix entre les deux tours, une bonne partie des électeurs de Roland Giberti et de Bertrand Mas-Fraissinet la préférant manifestement à son challengeur de gauche.

C’est à peu près le même scénario qui s’est produit dans toutes les communes, y compris à Carnoux où Joëlle Mélin recueille 68,7 % des suffrages et double son nombre de voix par rapport au premier tour. Pourtant, le candidat de gauche, Lucas Trottmann est loin d’avoir démérité, lui qui est crédité à Carnoux de 31 % des suffrages exprimés et qui améliore nettement son score entre les deux tours.

Des législatives boudées par les électeurs, comme en 2017 (photo © Jacques Witt / SIPA / 20 minutes)

Ailleurs, les écarts sont plus serrés entre les deux candidats mais Joëlle Mélin dépasse quand même les 60 % à Gémenos, Ceyreste comme à Cuges et frôle cette barre à Roquefort-La Bédoule. Même dans les anciens bastions communistes d’Aubagne, La Ciotat ou La Penne-sur-Huveaune, elle dépasse largement les 54 % et augmente sensiblement son nombre de voix entre les deux tours.

Cette victoire d’un élu RN dans notre circonscription est loin d’être isolée puisque ce sont pas moins de 89 députés RN qui vont ainsi faire leur entrée à l’Assemblée nationale, là où ils n’étaient que 8 en 2017. Pour la première fois depuis 1986, date à laquelle le FN avait réussi à faire élire 35 députés grâce à l’instauration de la proportionnelle, le RN disposera ainsi d’un groupe parlementaire puissant, plus étoffé même que celui de la France insoumise qui a pourtant réalisé un très beau score en remportant pas moins de 75 sièges, tandis que le Parti socialiste, en sein de la NUPES en gagne 27, les écologistes 16 (juste assez pour former enfin un groupe parlementaire) et le PC 12.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon perd son pari un peu fou d’obtenir la majorité qui lui aurait permis de briguer ce fameux poste de Premier ministre. Mais le revers est nettement plus sévère pour la coalition présidentielle qui, malgré ses 245 députés fraîchement élus, perd donc sa majorité absolue au Palais Bourbon. Le gouvernement d’Élisabeth Borne, qui a perdu au passage trois de ses ministres dans la bataille électorale, dont son poids lourd, Amélie de Montchalin, devra nécessairement s’appuyer sur une partie des 64 députés LR qui siégeront dans la nouvelle assemblée, ce qui augure a priori d’un durcissement des politiques déjà nettement néolibérales mises en œuvre par Emmanuel Macron.

Des élections désastreuses pour Emmanuel Macron : un dessin signé Oli

Ce dernier aura sans doute fort à faire avec ses deux oppositions majeures, celle de la gauche et celle de l’extrême-droite, avec lesquelles il lui sera sans doute bien difficile de trouver des compromis, vu leurs divergences d’idées. Les deux sortent fortement renforcées de cet épisode électoral, y compris dans notre région. Ainsi, dans les Alpes de Haute-Provence, les deux sièges reviennent au RN et à la France insoumise, dont le candidat, Léo Walter, élimine Christophe Castaner. Dans les Hautes-Alpes en revanche, les deux députés élus sont issus du parti présidentiel. Dans les Alpes-Maritimes, LR sauve les meubles en réussissant à faire élire 5 députés dont Eric Ciotti, tandis que le RN remporte 2 sièges, le dernier revenant à la coalition présidentielle. Dans le Var, le RN remporte haut la main 7 des 8 circonscriptions, la dernière échouant au camp présidentiel. Dans le Vaucluse, également, 4 des 5 sièges en lice reviennent au RN, le dernier étant remporté, de justesse par un candidat macroniste.

En région PACA, une forte poussée du RN (en bleu foncé), les candidats LR (bleu roi) ne résistant que dans le 06, ceux de la NUPES (rouge) et de LREM (violet) se partageant le reste (source © France 3 Régions / Flourish)

Quant aux Bouches-du-Rhône, sur les 16 circonscriptions en jeu, le RN en a quand même remportées 6, dont une à Marseille même, tandis que la République en Marche a réussi a faite élire 6 de ses candidats, dont le nouvellement rallié Lionel Royer-Perreaut. Enfin, la NUPES a obtenu 4 sièges dont celui du communiste Pierre Dharréville facilement réélu à Martigues tandis que Manuel Bompard récupérait, les doigts dans le nez, l’ancien fauteuil de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat malheureux Lucas Trottmann, qui était son assistant au Parlement européen, arrivera peut-être à conserver son poste lorsqu’il rejoindra les bancs de l’Assemblée nationale : tout n’est pas perdu…

L. V.

A Carnoux, un candidat de gauche au deuxième tour !

13 juin 2022

Il y a bien longtemps que cela n’était pas arrivé ! Pour la première fois depuis des années, les habitants de la très droitière commune de Carnoux-en-Provence vont avoir la possibilité de voter pour un candidat de gauche au deuxième tour d’une élection… Qui plus est, pour des législatives, alors que la ville reconduit sans interruption depuis près de 25 ans l’inamovible député conservateur Bernard Deflesselles, réélu de justesse en 2017 grâce justement aux électeurs frontistes de Carnoux : voila une sacré révolution locale !

Joëlle Mélin, candidate du Rassemblement national, arrivée en tête à l’issue du premier tour (source © La Provence)

Certes, la candidate du Rassemblement national, Joëlle Mélin est arrivée largement en tête à Carnoux où elle frôle la barre des 31 %, comme sur l’ensemble de la circonscription où elle est à près de 25 %. Une situation qui n’a plus rien d’étonnant dans une zone où l’extrême droite est désormais bien ancrée dans le paysage politique et habituée des gros scores électoraux. Au premier tour de la Présidentielle, il y a un peu moins de deux mois, Marine Le Pen avait remporté plus de 35 % des suffrages exprimés sur l’ensemble de la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône, auxquels s’ajoutent les 14,2 % obtenus par son rival d’extrême-droite, Eric Zemmour, et encore les 2,8 % de celui qui s’était un temps positionné comme futur premier ministre en cas de victoire du Front national, Nicolas Dupont-Aignan…

Lucas Trottmann, candidat de la gauche unie sous la bannière de la NUPES, qualifié pour le second tour (source © Twitter)

Pour autant, c’est bien un candidat de gauche, qui plus est un parfait inconnu, tout jeune militant de la France insoumise, attaché parlementaire du député européen Manuel Bompard, qui a réalisé l’exploit de se qualifier pour le second tour avec 21,56 % des suffrages exprimés. Avec 470 voix d’avance sur le candidat macroniste, le cassiden référent départemental de la République en Marche, Bertrand Mas-Fraissinet, le représentant de la Nouvelle union populaire écologiste et solidaire (NUPES), Lucas Trottmann, aura donc l’insigne honneur de représenter au second tour, dimanche prochain, les valeurs républicaines de solidarité et de citoyenneté face à la candidate d’extrême-droite.

Certes, ce ne sont pas les électeurs carnussiens qui l’ont placé dans cette situation, eux qui lui ont préféré, outre le candidat du clan présidentiel, le notable du coin, étiqueté Les Républicains, maire de Gémenos et proche des principaux élus locaux du secteur, le vieillissant Roland Giberti. Arrivé en quatrième position sur l’ensemble de la circonscription avec à peine plus de 15,5 % des voix, le maire de Gémenos rate complètement sa campagne des législatives et devra donc se contenter de ses autres mandats locaux, lui qui va perdre aussi, le 1er juillet prochain, son statut de président du Conseil de territoire de Marseille-Provence.

Pour Roland Giberti, un incontestable échec malgré la débauche d’affiches et le soutien unanime des élus locaux… (photo © CPC)

Ce scrutin constitue en tout cas un sérieux revers pour le parti présidentiel qu’on ne sait d’ailleurs plus très bien comment appeler. Avec seulement 25,7 % des suffrages exprimés à l’échelle nationale, à égalité avec la gauche rassemblée au sein de la NUPES, rarement un Président de la République fraîchement réélu, n’avait obtenu un score aussi riquiqui, 2 mois seulement après sa reconduction pourtant sans appel. Rien n’indique d’ailleurs qu’Emmanuel Macron pourra s’appuyer, à l’issue du second tour, prévu le 19 juin, sur une majorité à l’Assemblée nationale où l’on devrait compter de nombreux députés de gauche, et notamment de la France insoumise qui se sont taillés la part du lion lors des discussions pré-électorales avec les Verts, les Communistes et ce qui reste du Parti socialiste. Symboliquement d’ailleurs, parmi les 5 députés élus dès le premier tour figurent 4 députés de la France insoumise, dont Alexis Corbière, facilement réélu dès ce dimanche avec plus de 62 % des voix.

Sur l’ensemble des 16 circonscriptions des Bouches-du-Rhône, il est d’ailleurs remarquable de constater que les candidats de la NUPES se sont qualifiés pour le second tour dans 10 d’entre elles, dont 5 où ils virent en tête avec de fortes chances d’élection. Par comparaison, les candidats étiquetés Ensemble !, la coalition présidentielle, ne figurent au second tour que dans 9 circonscriptions (dont 5 où ils sont en pole position) et ceux du RN dans 12 circonscriptions (dont 6 où ils sont en tête). Plus étonnant, on dénombre pas moins de 7 circonscriptions où les candidats d’Emmanuel Macron n’ont pas réussi à se qualifier pour le second tour (en comptant néanmoins celle de Marignane où ils n’avaient présenté personne face au candidat LR Eric Diard).

Carte des circonscriptions où le parti présidentiel est arrivé en tête (violet foncé) ou est qualifié (violet clair) à l’issue du premier tour des législatives : une situation nettement moins favorable qu’en 2017 pour Emmanuel Macron ! (source © France TV info)

Assurément le second tour réservera peut-être quelques surprises, surtout si les Français se ressaisissent et retrouvent le chemin des isoloirs, eux qui ont majoritairement renoncé à aller voter en ce 12 juin 2022 qui restera marqué par une abstention massive de plus de 50 %, dépassant même les 55 % à Carnoux dont la population, majoritairement âgée et conservatrice, s’enorgueillissait jusque là d’accomplir avec assiduité son devoir électoral. Avec un tel taux d’abstention, tout est possible et les pronostics pour le second tour paraissent bien incertains.

Pas moins de 15 candidats pour ces législatives du 12 juin 2022 dans la 9e circonscription des Bouches-du-Rhône (photo © CPC)

En toute logique, si les électeurs macronistes et tous ceux qui se sont dispersés sur les multiples petites listes écologistes, régionalistes ou soi-disant socialistes décidaient de faire barrage à l’extrême droite et se reportaient en masse sur le candidat de la gauche unie, Lucas Trottmann, ce dernier aurait une sérieuse chance de l’emporter la semaine prochaine. Il n’en reste pas moins que le jeu sera serré et que, au vu du rapport de force observé lors des récents scrutins, la candidate du rassemblement national part incontestablement favorite pour ce second tour à l’issue duquel la circonscription d’Aubagne et de La Ciotat, deux villes historiques de la ceinture rouge marseillaise, risquent fort de se retrouver représentées par un député d’extrême droite. Sauf à ce que les abstentionnistes du premier tour et les républicains dans l’âme sortent de leur torpeur et se décident à remplir leur devoir de citoyen…

L. V.

De nouveaux radars dans le collimateur…

26 mai 2022

La ville de Marseille est l’une des agglomérations urbaines où la vidéosurveillance est particulièrement développée avec près de 1600 caméras déployées sur l’ensemble du territoire communal et un centre de vidéosurveillance à la pointe du progrès. L’ancienne municipalité envisageait même d’y mettre en œuvre un dispositif inspiré des méthodes de flicage israélien, déjà testé à Nice, et qui consiste à exploiter en direct les vidéos postées par des citoyens vigilants et prompts à dénoncer tout comportement potentiellement suspect. Un dispositif de vidéosurveillance, qui en réalité, sert principalement à traquer les infractions au code de la route, tout comme d’ailleurs dans plusieurs autres villes de l’agglomération, à l’image de Carnoux, où sont déjà en service une quarantaine de caméras sur la voie publique, ou encore Cassis qui en compte actuellement 85 pour 7200 habitants, un record national !

A Carnoux comme dans de nombreuses villes, les caméras servent surtout à la verbalisation des infractions routières (photo © CPC)

Mais ce dispositif n’est manifestement pas encore suffisant pour calmer les ardeurs des automobilistes dont l’incivilité est légendaire dans l’agglomération marseillaise. Un comportement qui se traduit directement dans les statistiques puisque le département des Bouches-du-Rhône était en 2021, celui qui dénombrait le plus d’accidents en France, avec pas moins de 2790 accrochages et 100 morts sur la route, pour la plupart, des hommes de 18 à 34 ans… Selon l’avocate Romy Collard Lafond, spécialisée dans la défense des victimes de la route, à Marseille, les accidents de la circulation tuent bien davantage que les règlement de compte entre dealers des cités à coups de kalachnikov, avec jusqu’à 14 décès pour le seul mois de juillet 2021 !

Accident de circulation sur la ligne de tramway rue de Rome à Marseille le 24 mai 2022 : pour une fois, la Police était sur place… (source
© arabstrait13 / France bleu)

Face à l’indifférence médiatique qui entoure encore trop souvent ces banals accidents de la route qui fauchent pourtant bien des vies innocentes, les autorités ont donc décidé de monter d’un cran l’arsenal répressif en recourant, comme souvent, à la technologie de pointe, plutôt qu’en renforçant les effectifs des forces de police et de gendarmerie, de plus en plus rares sur le bord des chaussées.

Comme l’annonçait Made in Marseille il y a quelques jours, 17 nouveaux radars vont être implantés à Marseille dans les prochains mois, probablement d’ici la fin de l’année, voire début 2023. Et pas n’importe quels radars… Des modèles ultra sophistiqués qui ne portent d’ailleurs même plus le nom de radars mais celui d’ETU, des « équipements de terrain urbain ». Un euphémisme bien dans l’air du temps pour désigner des dispositifs légers et mobiles, capable non seulement de repérer des excès de vitesse dans les deux sens de circulation, mais aussi d’enregistrer des franchissements de feu rouge, l’absence de respect des distances de sécurité, des stops, des priorités piétons ou des pistes cyclables, et même les dépassements dangereux ou l’usage du téléphone au volant…

Une véritable bête noire pour les automobilistes distraits, pressés ou maladroits qui risquent de rapidement voir fondre leur capital de points sur leur permis de conduire… D’ailleurs, on apprend par la même occasion que trois de ces petites merveilles de la technologie répressive sont déjà en phase de test depuis fin 2021, à Marseille et aux Pennes-Mirabeau, se contentant pour l’instant d’enregistrer les infractions sans les verbaliser, histoire de bien calibrer la machine pour qu’elle soit au top le moment venu.

La corniche John-Fitzgerald Kennedy, dont la partie en surplomb sur la mer vient d’être rénovée : un dite fortement accidentogène… (source © AMP Métropole / Actu-Marseille)

Une date qui pourrait peut-être même arriver plus vite que prévu car Yannick Ohanessian, adjoint au Maire de Marseille en charge de la sécurité, a déjà fait la carte des sites où seront déployés en priorité ces bijoux technologiques, sur l’ensemble des arrondissements marseillais mais surtout sur les secteurs à fort enjeu de sécurité routière dont les abords des écoles. La Corniche Kennedy, qui vient tout juste d’être entièrement rénovée à l’issue d’un chantier qui a duré des années et qui est régulièrement rendue aux piétons le temps d’un week-end dans le cadre des opérations « La voie est libre », pourrait peut-être même être équipée dès cet été, maintenant que la phase de test est considérée comme concluante.

Nouveau radar dernier cri installé à Toulouse début 2022 (photo © Thibaut Calatayud / Actu-Toulouse)

Les automobilistes marseillais, habitués de longue date à prendre de nombreuses libertés avec les règles communes de la circulation, ont donc du souci à se faire et vont sans doute devoir réfréner quelque peu leur fougue méditerranéenne qui a tendance à s’exacerber au volant. Mais ils ne sont pas les seuls dans le collimateur. Plusieurs équipements du même type sont en phase de déploiement depuis quelques mois dans les agglomérations de Toulouse, Montpellier ou encore Montbéliard où les premiers modèles ont été testés dès le mois de septembre 2021.

Exemple de radar Mesta Compact (source © Radar-auto)

Développé et commercialisé par la société Idemia, issue du rapprochement de Safran Identity & Security avec Oberthur Technologies, le modèle Mesta Compact qui devrait être ainsi déployé en site urbain est déjà homologué depuis le 31 janvier 2021 pour les mesures de vitesse et le contrôle de franchissement de feu rouge. Il s’agit d’un dispositif multifonction, doté d’une antenne radar Doppler tracker multi-cible nouvelle génération disposant d’un large faisceau capable de suivre simultanément jusqu’à 126 véhicules sur 5 voies dans les deux sens de circulation et sur une portée de plus de 100 mètres. Il va être bien difficile d’échapper à un tel mouchard ! Il est d’ores et déjà prévu de mettre en place 500 équipements de ce type en site urbain, dont une centaine seulement sera effectivement équipée d’un radar opérationnels, les autres n’étant que des leurres à effet dissuasif puisque le dispositif pourra aisément être déplacé d’une cabine à une autre : il va donc falloir s’habituer à respecter le code de la route, même à Marseille !

L. V.

On a trouvé le Trésor de Carpiagne…

24 mai 2022

Carpiagne, pour les Marseillais et, plus encore sans doute pour les Carnussiens, lieu de villégiature traditionnel de nombreux officiers, c’est avant tout le camp militaire installé sur le plateau qui s’étend entre le col de la Gineste et les hauts de Cassis. 1500 hectares au total de garrigues rocailleuses et pelées, situées pour l’essentiel sur le territoire communal de Marseille malgré leur caractère sauvage et isolé, mais dont une petite partie empiète aussi, à la marge, sur les communes voisines d’Aubagne et de Cassis.

Vue partielle des bâtiments du camp militaire de Carpiagne, au milieu des montagnes (source © Légion étrangère)

Ce haut plateau quasi désertique et naturellement fortifié par les montagnes escarpées qui l’entourent, dont le bastion formidable du Mont Puget qui surplombe la grande cité phocéenne, ne pouvait qu’attirer l’œil des militaires qui, en 1895 s’approprient, par voie de justice, ces terres caillouteuses et brûlées par le soleil. L’idée est d’en faire un champ régional de manœuvre de tir, dans ce vaste espace reculé et perché, à l’abri des regards et des passants.

Pendant la Première guerre mondiale, le camp militaire sert à héberger des prisonniers de guerre allemands et autrichiens et l’aménagement se poursuit progressivement jusqu’à permettre, à la veille de la Seconde guerre mondiale, d’accueillir plus d’un millier d’hommes qui s’y entraînent au tir, au lancement de grenades et aux manœuvres de chars.

Chars d’assaut au camp de Carpiagne dans les années 1930 (source © Monsieur Légionnaire)

Occupé en 1942 par les Allemands suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, le camp sert alors de site d’entraînement pour les commandos anti-chars de la Wehrmacht, jusqu’au 22 août 1944, lorsque plusieurs Goums du 2e groupe de Tabors marocains débarqués à Fréjus, partent à l’assaut du camp de Carpiagne depuis les hauts de Carnoux, avant de poursuivre leur progression vers la ville de Marseille, libérée le 24 août.

Carte postale ancienne montant le camp militaire de Carpiagne dans les années 1930 (source © Généanet)

Un temps placé sous le contrôle des troupes américaines, le camp de Carpiagne redevient un centre d’instruction en 1946, sous l’impulsion du général de Lattre de Tassigny. En 1964, il devient le Centre d’instruction de l’arme blindée et de la cavalerie du 11e régiment de cuirassiers, lequel fusionne en 1999 avec le 1er régiment, avant d’être remplacé en 2009 par le 4e régiment de dragons, une unité de cavalerie équipée de chars Leclerc. Dissoute en 2014, il laisse la place au 1er régiment étranger de cavalerie, jusque-là installé à Orange, et qui est équipé de chars AMX 10 RC-R et de véhicules blindés légers.

Le 22 juillet 2009, la France entière avait découvert l’existence de ce camp militaire situé sur le territoire communal de la deuxième ville de France, aux portes du massif des Calanques : suite à la négligence d’un adjudant qui avait oublié de faire retirer les balles traçantes des munitions utilisées lors d’un exercice de tir, la garrigue prend feu vers 13h30 et les flammes, attisées par un fort vent de sud, ne tardent pas à franchir le Mont Lantin avant de dévaler vers les faubourgs de Marseille.

Incendie parti de Carpiagne le 22 juillet 2009 (source © Coeur naturiste)

Près de 1200 hectares sont ravagés dans les quartiers de Saint-Loup, La Barasse, La Valbarelle et les Trois-Ponts et pas moins de 500 personnes doivent être évacuées préventivement en toute urgence. Jamais avare de leçon de morale, le président d’alors du Département, Jean-Noël Guérini, toujours sénateur à ce jour malgré sa condamnation en appel, déclare, tout en nuance : « Même dans notre Armée, il y a des gens stupides. J’espère qu’elle honorera ses engagements et participera au nettoyage et au reboisement du massif. Quand la bêtise humaine l’emporte sur la responsabilité, il faut réparer »…

Mais avant d’être un camp militaire, Carpiagne a eu une riche histoire que l’on peut désormais découvrir, de manière – à peine – romancée, dans un petit roman historique fabuleux que vient de publier Pierre Vigoureux, un auteur marseillais prolixe qui vient de faire paraître son onzième ouvrage depuis 2010, toujours aux éditions de la Fenestrelle, une maison d’édition gardoise installée dans la petite commune de Brignon, près d’Uzès, un peu en amont du Pont du Gard. Spécialisé dans la valorisation du patrimoine historique et culturel cévenol, cet éditeur s’est naturellement fait l’écho des premières publications de Pierre Vigoureux, ancrées justement dans l’histoire locale.

Couverture du livre de Pierre Vigoureux intitulé Le trou de mémoire… (source © Éditions la Fenestrelle)

Mais ses derniers romans font plutôt référence à un autre terroir, celui justement de Cassis où se déroule l’histoire romanesque de son ouvrage intitulé Le Cap Canaille pour seul témoin, publié en 2021. C’est aussi le cas du précédent, intitulé Le trou de mémoire, un roman historique dont le théâtre est celui de Cassis et du massif des calanques avec ses multiples gouffres karstiques que Pierre Vigoureux connaît bien pour faire partie de ces passionnés de spéléologie qui traquent les passages souterrains de l’eau vers les rivières mystérieuses de Cassis

Son dernier roman, intitulé Le Trésor de Carpiagne, se déroule lui aussi dans ce décor majestueux des Calanques, précisément sur ce haut plateau de Carpiagne, tellement désolé qu’il n’était bon qu’à servir de pâturage pour les chèvres, d’où l’étymologie probable de son nom, et dont on revit l’histoire mouvementée au gré des deux derniers millénaires. Une histoire plus riche qu’on ne l’imagine puisque l’on apprend que les Templiers avaient édifié, à l’emplacement actuel du camp militaire dont l’une des bâtisses ancienne en a d’ailleurs repris les fondations, une ferme fortifiée qui servait d’abri et de refuge au temps des Croisades.

Bien entendu, qui dit Templiers dit suspicion de trésor enfoui, dont la quête est l’un des fils rouges de ce court roman, à dévorer d’une traite et dont on se gardera bien de dérouler les péripéties… Passé aux mains des Hospitaliers et dépendant du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, le domaine est cédé au XIVe siècle à l’Ordre mendiant de Saint-Augustin qui y crée un monastère et une modeste église. Et en 1520, c’est la riche famille marseillaise des Dauria qui se porte acquéreur du prieuré alors en décrépitude, tout en continuant à verser un loyer en nature à l’ordre des Hospitaliers. Racheté en 1647 par Françoise de Gérente, veuve de Pierre de Moustiers, le domaine continuera à produire un peu de blé et d’huile d’olive jusqu’à ce que l’armée finisse par jeter son dévolu sur ces terres caillouteuses et reculées, plus propres à servir de champ d’exercice aux légionnaires qu’à l’agriculture même extensive, tout en constituant un cadre naturel prompt à ravir les randonneurs et un cadre historique d’une grande richesse pour ce roman, à lire absolument !

L. V.

Depuis 10 ans, Carnoux se dépeuple…

8 janvier 2022

Le 20 décembre 2021, l’INSEE a publié les résultats de son dernier recensement qui correspond à l’année 2019, une nouvelle campagne de recensement étant prévue très prochainement. Ces données confirment que Carnoux continue à perdre des habitants : 6 999 en 2008, 6 754 en 2013, 6 498 en 2019. En 10 ans, Carnoux aura donc perdu 500 habitants, soit un peu plus de 7 % de sa population. Elle n’est pas la seule : Cassis a perdu, dans la même période plus de 11 % de sa population. Par contre Roquefort-la-Bédoule, Ceyreste, Aubagne ou La Ciotat se sont peuplées d’une manière significative : presque 20 % d’habitants en plus pour Roquefort-la-Bédoule !

Evolution de la population communale entre 2008 et 2019 sur Carnoux et alentours (source © Carnoux citoyenne)

Alors, évidemment, on peut s’interroger. Les raisons de fluctuations de populations sont nombreuses : construction de logements, création d’emplois, services, transports, cadre de vie, etc. Mais sur une longue période, l’insertion dans la dynamique métropolitaine, la situation géographique ou la cohérence des politiques publiques locales, jouent tout autant.

La maire de Cassis estime dans La Provence du 5 janvier que le prix du foncier, « qui a fait un bond phénoménal », et les locations de courte durée de type Airbnb, « qui privent les Cassidains de logements à l’année », expliquent en grande partie la diminution de la population. La contrainte foncière ayant d’ailleurs amené le gouvernement à l’autoriser à « baisser de 50 % de taux de logements à construire pour les trois ans à venir ». Augmentation du prix du foncier et ralentissement de la construction de logements sociaux, on voit bien quelle est la population qui est amenée à quitter Cassis : la plus pauvre, celle qui ne peut plus s’y loger…

Extrait d’un article publié par La Provence le 5 janvier 2022 (source © Carnoux citoyenne)

L’augmentation du coût du foncier, de l’immobilier et les locations Airbnb touchent également Carnoux. Les 500 habitants perdus ne pourront malheureusement pas être rattrapés par les seuls logements sociaux, récemment inaugurés et au nombre de 60, du programme Saint-Augustin…

Logements sociaux construits à Carnoux à la place de l’ancien établissement scolaire privé Saint-Augustin (source © Agence Jérôme Siame architectes)

Alors, la question qui se pose est plutôt de savoir si les « variables fondamentales » que sont l’emploi, le prix du foncier ou le pourcentage de logements sociaux, donnent une explication suffisante, ou s’il faut aller chercher au-delà. Le prix de l’immobilier est certes plus élevé à Cassis (5 380 €/m2), mais il l’est également à La Ciotat (4 300 €) ou Gémenos (4 280 €), loin devant Carnoux (3 430 €), qui est plus proche de Roquefort-la-Bédoule (3 100 €) ou de Ceyreste (3 100 €). Il n’y a donc, ici, aucune relation évidente entre le prix du foncier et l’évolution de la population.

Le pourcentage de logements sociaux est le plus faible à Gémenos (2 %) et Ceyreste (5 %), contrairement à Roquefort (11 %), Cassis (13 %) ou Carnoux (16 %), La Ciotat (17 %) ou Aubagne (24 %). Ainsi, même si les populations concernées sont différentes, l’évolution du parc de logements sociaux n’est pas vraiment sensible sur une décennie.

Enfin l’emploi n’est pas une explication décisive. Gémenos ne connaît que 9,9 % de chômage, Carnoux, Ceyreste et Cassis 11,5 %, tandis qu’Aubagne et La Ciotat sont respectivement à 14,3 et 13,7 %.

Une population vieillissante à cassis comme à Carnoux… (photo © Julio Pelaez / Le Bien Public)

Le vieillissement de la population est une facteur explicatif : Cassis et Carnoux sont, parmi les 4 villes citées, celles dont le nombre des personnes de plus de 65 ans est le plus élevé : 39,7 % pour Cassis, 31,4 % pour Carnoux à comparer à 28,1 % pour Roquefort-la-Bédoule et 29,5 % à Ceyreste. Or la densité d’occupation des logements diminue avec l’âge, notamment avec le départ des enfants.

La difficulté d’avoir un emploi pourrait être l’une des raisons de la baisse démographique, mais pas du tout. Les politiques locales, notamment de création de zones d’activités nouvelles comme à Cassis, ont été bénéfiques. Carnoux, et surtout Cassis, offrent un nombre d’emplois locaux supérieur aux autres communes. C’est donc un paradoxe : tout se passe comme si plus le nombre d’emplois locaux est fort, moins la commune est attractive ! Evidemment on ne retrouvera pas ce phénomène à Gémenos où, s’agissant d’une zone industrielle à l’origine favorisée par la défiscalisation, le nombre d’emplois offerts n’a rien à voir avec la démographie de la commune. Mais c’est le cas de Cassis et de Carnoux.

Proportion d’emploi locaux sur Carnoux et ses voisines (source © Carnoux citoyenne)

La raison en est que plus les communes se retrouvent à l’écart des flux économiques, plus elles accueillent des commerces ou des entreprises vivant du territoire sur lequel elles se trouvent. Il y a un effet « bulle ». Ces emplois sont avant tout en prise directe avec les besoins locaux et ceux qui ne travaillent pas dans ces communes ont moins de raisons de venir y habiter. Carnoux et Cassis pâtissent sur le plan démographique du fait de ne se situer vraiment ni sur l’axe Marseille-Aubagne-La Ciotat, ni sur l’axe La Ciotat-Aubagne-Aix. Le retard en matière d’offre de transports collectifs fait le reste. Ceyreste, ville dortoir de La Ciotat échappe à ce phénomène.

Ainsi, ce dernier recensement nous montre aussi les répercussions des problèmes de la mise en place poussive de la métropole. La fluidité insuffisante des échanges et l’absence de complémentarité des zones économiques, figent en quelque sorte les populations. Seules les zones à la croisée des flux voient leur population régulièrement augmenter. Les communes restées plus à l’écart, comme Cassis et Carnoux voient par contre leur population baisser recensement après recensement. Et la faiblesse structurelle des transports collectifs n’aide pas…

Pythéas

Sources :

Végétalisation, phylogénie et Charlemagne…

7 septembre 2021

Pourquoi ces termes hétéroclites rassemblés dans ce titre ? Car un lien existe bien entre ces sujets, rattachant le présent, la botanique et le passé.

Végétalisation : un récent article paru sur ce blog évoquait un aspect d’une reconquête des espaces urbains afin de répondre à la prise de conscience des enjeux de développement durable, liés en particulier au dérèglement climatique et à la perte de biodiversité en milieu urbain. Les arguments écologistes prennent un relief nouveau avec ces tentatives de végétalisation. De New York à Marseille, de Madrid à Milan, dans de nombreuses métropoles on assiste à un verdissement des villes sous l’impulsion des municipalités, des collectivités ou d’initiatives d’associations locales. C’est même le cas à Carnoux-en-Provence avec « Un jardin se crée à Carnoux » qui contribue à l’initiation des jeunes élèves, à la découverte des plantes de notre région, en plantant divers végétaux faisant découvrir, avec les enseignants de l’école élémentaire, à l’occasion d’ateliers, les vertus de la permaculture et des différentes techniques de jardinage.

Exemple d’agriculture urbaine en toiture, la ferme Nature Urbaine (photo © Remon Haazen / SIPA / Madame Figaro)

Pour les citadins il est difficile de s’adonner au jardinage, l’espace foncier étant limité, mais des solutions ont été trouvées et nombreux sont les toits terrasses, toits de parkings, balcons, bacs dans les cours d’immeubles qui permettent des cultures hors sol, pour un simple agrément personnel ou exploiter un potager ou fournir des herbes aromatiques.

Mais, savons-nous comment nos plantes actuelles sont apparues et ont évolué pour fleurir nos jardins ou participer à notre alimentation?

Phylogénie : c’est l’étude des liens de parenté (relations phylogénétiques ou phylétiques) entre les êtres vivants et ceux qui ont disparu. C’est ainsi que les botanistes, à partir du classement des familles de végétaux par leurs caractéristiques, ont pu remonter le temps et estimer l’apparition des premiers végétaux terrestres à environ 500 millions d’années. Une équipe scientifique britannique fonde ses hypothèses sur l’horloge moléculaire, c’est-à-dire sur le fait que les génomes de différentes espèces divergent en raison des mutations génétiques à une vitesse constante. C’est en combinant les données génétiques des espèces actuelles et en reliant leur histoire à celles des fossiles, connus et datés, que les chercheurs ont été conduits à revoir la chronologie des plantes terrestres. Ainsi selon Mark Puttick, biologiste évolutionniste, « nos résultats montrent que l’ancêtre des plantes terrestres était vivant au milieu de la période cambrienne, ce qui correspond à un âge similaire à celui des premiers animaux terrestres connus ».

Une liste exhaustive classe selon une hiérarchie codifiée (ordre, famille, genre, espèce) les végétaux qui existent sur notre terre. Dès l’Antiquité les hommes ont accordé une grande importance aux végétaux qui assurent leur nourriture. Dans la Bible, le livre des Nombres – chapitre 11, verset 5 – évoque ainsi « les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ».

Détail d’une fresque murale égyptienne datée du XIII au XIe siècle avant notre ère, évoquant les premières cultures céréalières (source © Le Point)

Des vertus autres que nourricières sont accordées aux plantes. Le poireau était cultivé dans l’Égypte ancienne où il symbolisait la victoire : le pharaon Kheops en offrait à ses meilleurs guerriers. Hérodote rapporte que le premier conflit social connu de l’histoire de l’humanité fut provoqué par la ration d’ail supprimée aux ouvriers égyptiens construisant la pyramide de Khéops.

La joubarbe ou « barbe de Jupiter » (plante à fleurs roses), d’après une croyance populaire suggérait que la plante éloignait la foudre, attribut de Jupiter; c’est pourquoi la joubarbe des toits était plantée sur les toits des habitations autrefois.

La Joubarbe des toits, Sempervivum tectorum (source © Wikipedia)

L’histoire démontre que les hommes ont toujours voulu, par nécessité, au cours du temps développer l’agriculture, que se soit dans les champs ou dans de simples potager, leur survie en dépendait. Certains monarques éclairés, dans le passé ont encouragé le perfectionnement des techniques agricoles tandis que bien des responsables politiques contemporains modernes cherchent désormais à favoriser le « verdissement » des villes. Ainsi, à Lyon, dans l’entre-deux-guerres, les architectes Tony Garnier (bien connu à Carnoux) et Le Corbusier prônent un verdissement massif et indifférencié de l’environnement des villes, dans le cadre d’une politique sociale visant à améliorer les conditions de vie des classes populaires.

Beaucoup plus loin dans le passé Charlemagne fut un de ces monarques attaché au bien-être de ses sujets en assurant leur subsistance…

Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie, selon un portait de Louis-Félix Amiel peint en 1837 (source © L’Histoire par l’image)

Charlemagne : empereur à « la barbe fleurie ». Serait-ce là son seul lien à la végétalisation des espaces, celle de sa pilosité ? Non, « fleurie » signifiait dans les textes anciens « blanche ». Alors quel rapport avec nos espaces contemporains à verdir ?

Charlemagne est aussi le nom de l’un des quatre prestigieux lycées d’État créés en 1804 sur ordre de Bonaparte (loi du 11 floréal an X -1er mai 1802). Les bâtiments du lycée sont ceux de l’ancienne maison professe des Jésuites, construite à partir de la fin du XVIe siècle et qui fut le quartier général de la Ligue ainsi qu’un foyer d’intrigues contre Henri III. Située dans le Marais, rue Saint-Antoine, dans le 4ème arrondissement de Paris, cette bâtisse a ainsi été le témoin du passage d’illustres ecclésiastiques qui ont marqué l’Histoire de France au temps de l’Ancien régime et, depuis le début du XIXe siècle, a vu passer de nombreux élèves qui ont ensuite laissé leur nom dans la politique, les lettres, l’art, la science….

Le lycée Charlemagne dispose d’une grande cour, très minérale, avec peu, voire pas d’espaces verts. Dans le cadre des orientations pédagogiques visant à favoriser les initiatives d’éducation au développement durable, la direction du lycée a contacté l’association Veni Verdi afin d’accompagner les élèves dans un projet de végétalisation du lycée, à travers la construction de bacs de culture et la plantation de végétaux comestibles et d’ornement. Ces ateliers consisteront en la construction et l’aménagement de 6 bacs de culture dans la cour principale.

Simulation du volume des bacs prévus dans la cour du lycée Charlemagne (source © VeniVerdi)

Informé de ce projet, un ancien élève du Lycée, issu du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, s’est proposé de s’associer à ce projet en suggérant de réintroduire les plantes cultivées à l’époque Carolingienne. Un retour vers futur en quelque sorte !

En effet Charlemagne fit promulguer le Capitulaire de Villis, ou plus exactement le Capitulare de Villis vel curtis imperii qui est un acte législatif datant de la fin du VIIIe siècle ou du début du IXe siècle contenant la liste d’une centaine de plantes, arbres, arbustes ou simples herbes dont la culture est préconisée, ordonnée, dans les jardins du domaine royal. C’est une longue énumération de plantes, d’herbes, d’arbres fruitiers, de plantes textiles et tinctoriales (pour la teinture) que les domaines royaux se doivent de cultiver.

Jardin médiéval de Castelnaud en Dordogne (source © perigord.com)

Pour en citer quelques unes : genévrier sabine, échalote, oignon, ciboule, poireau, ail, ciboulette, scille maritime, glaïeul & iris, lis, ammi élevé, aneth, cerfeuil, céleri, carvi, coriandre, cumin, carotte, fenouil, livèche, panais, persil, anis vert, chervis, maceron, bardane, aurone, estragon, balsamite, tanaisie, souci, chicorée, cardon, laitue, camomille, chou, chou-rave, roquette, cresson, radis & raifort, moutarde, sisymbre, bette, brède, arroche, coloquinte, melon, concombre, gourde, pois chiche, pois, fenugrec, fève, mongette, garance, menthes (mentha & mentastrum), pouliot (peludium), cataire, dictame de Crète, sauge, romarin, sauge sclarée, sarriette, épurge, lin cultivé, guimauve, mauve, mauve musquée, cabaret, pavot, nigelle, roses, rue, joubarbe des toits.

Ce projet de végétalisation de la cour du lycée Charlemagne est l’un des nombreux qui voient le jour dans le monde et dans notre environnement proche. En plus de son intérêt écologique et pédagogique, il nous permet de voyager dans le temps et dans notre histoire, enrichissant nos connaissances d’une façon ludique.

La Couronne de Charlemagne, près de Cassis, et un pied d’Origanum dictamnus

Pour ceux qui auraient l’opportunité de faire une balade au pied de « la Couronne de Charlemagne » (ou « Bau Redon », montagne située dans les Bouches-du-Rhône au dessus de Cassis), ils pourront certainement y trouver une des plantes citées dans le capitulaire de Villis, dont le dictame (Origanum dictamnus) proche de l’origan et de la marjolaine, plante emblématique de la Méditerranée.

C. M.

Les références scientifiques de cet article ont été aimablement fournies par Monsieur Louis Justin Joseph, retraité du Muséum d’Histoire naturelle.

Les lecteurs curieux de connaître la totalité des végétaux cités dans le Capitulaire, et les plantes des jardins médiévaux, peuvent inscrire un commentaire à la fin de cet article et il leur sera répondu.

Encore une fois, la gauche se dégonfle !

21 juin 2021

Comme d’habitude serait-on tenté de dire… Une nouvelle fois, le second tour de ces élections départementales et régionales, dimanche prochain 27 juin 2021 se résumera, pour l’électeur carnussien, comme pour de nombreux autres en France, à un n-ième duel entre un candidat de la droite LR et un autre du Rassemblement national…

Pour ces élections départementales, et pour la première fois depuis bien longtemps, la gauche locale avait pourtant fait l’effort de se présenter unie dans le canton de La Ciotat comme dans une bonne partie des Bouches-du-Rhône, même si l’union n’avait pas réussi à englober les mouvements citoyens pourtant fortement mobilisés depuis la belle victoire du Printemps marseillais l’an dernier.

Danielle Milon et Patrick Ghigonetto, assurés d’être élus au second tour des élections départementales, le 27 juin 2021 (source © La Provence)

Mais cela n’a pas suffi pour endiguer un fort tropisme de l’électorat local pour la droite et l’extrême droite. A Carnoux, comme d’ailleurs à La Ciotat, pourtant le fief des candidats de la liste d’union de la gauche, le binôme du RN arrivait même en tête du premier tour, laissant néanmoins la victoire à la droite LR sur l’ensemble du canton. La maire de Cassis et celui de Ceyreste sont largement en tête avec plus de 42 % des suffrages exprimés à l’issue de ce premier tour, assurés d’être élus sans difficulté à l’issue du second tour.

Avec près de 25 %, le binôme de gauche fait un score plus qu’honorable dans un secteur aussi marqué à droite, mais cela ne suffit pas pour le qualifier. Il lui aurait en effet fallu remporter au moins 12,5 % des inscrits pour pouvoir se maintenir au second tour, ce qui était quasiment mission impossible avec un taux de participation aussi faible, deux-tiers des électeurs n’ayant pas jugé utile de se déplacer…

Un dessin signé Ysope, publié dans Le Ravi

Quant à la Région, le pari était encore plus difficile pour la liste d’union de la gauche menée par l’écologiste Jean-Laurent Felizia, un paysagiste quasi inconnu, simple élu municipal d’opposition dans la petite commune varoise du Lavandou. Son score final de quasiment 17 % à l’échelle régionale et qui dépasse même les 20 % dans les Bouches-du-Rhône, est cependant loin d’être ridicule et lui aurait permis d’obtenir un nombre d’élus non négligeable au second tour.

Il a d’ailleurs été sérieusement tenté de se maintenir pour arbitrer le duel du second tour entre les deux frères ennemis de la droite, Renaud Muselier et Thierry Mariani. Mais la pression des états-majors des partis de gauche qui le soutenaient a été trop forte et il a donc annoncé dès le lendemain du vote qu’il ne pousserait pas plus loin l’aventure et qu’il se résignait donc à jeter l’éponge. Les électeurs de gauche se retrouveront donc, pour la deuxième fois consécutive et pour six ans encore, sans le moindre représentant au Conseil régional PACA.

Le candidat de la gauche unie, Jean-Laurent Felizia, s’est donc retiré après quelques heures d’hésitation (photo © Antoine Tomaselli / MaxPPP / Midi Libre)

Une décision difficilement compréhensible dans un tel contexte où Renaud Muselier, soutenu par le parti présidentiel LREM et qui venait de recevoir le renfort de l’écologiste de droite, Jean-Marc Governatori, était à peu près assuré d’être réélu, même dans une triangulaire. Bien qu’arrivé en tête à l’issue du premier tour, le RN dépassait tout juste la barre des 36 % à l’échelle régionale, loin derrière son score de 2015 qui ne lui avait pourtant pas permis d’atteindre la majorité absolue au second tour.

La crainte de voir Thierry Mariani en tête au second tour était donc très largement infondée. Mais les états-majors politiques parisiens ont préféré monter l’affaire en épingle et dramatiser à outrance ce risque de voir le RN remporter la Région PACA, diabolisant tant et plus Thierry Mariani qui a pourtant fait toute sa longue carrière politique dans les rangs chiraquiens, qui menait la liste UMP aux régionales de 2010 aux côtés de Bernard Deflesselles, et dont on aurait bien du mal à distinguer en quoi ses idées et sa pratique politiques diffèrent de celles de son vieil ami Renaud Muselier…

Renaud Muselier et Thierry Mariani, lors du débat avant le premier tour des régionales (photo © AFP / 20 minutes)

Mais la politique est aussi affaire de symbole et il fallait donc sacrifier la défense des idées de la gauche écologiste sur l’autel du vieux mythe totalement éculé du front républicain, un réflexe pavlovien qui oblige la gauche responsable à s’effacer au profit des vieux renards de la politique affairiste et sans scrupule dont Renaud Muselier est un bel exemple.

Un dessin signé Gagdz

Un sacrifice que Christophe Castaner avait fait sans la moindre hésitation en 2015, avant de quitter ostensiblement les rangs de la gauche pour rejoindre en courant ceux des Macronistes. Mais on aurait pu imaginer davantage de conviction et de combativité de la part des candidats d’union de la gauche en 2021, dans un contexte où jamais on n’a vu un candidat de droite en ballottage défavorable se désister au profit d’un adversaire de gauche pour faire barrage au Front national. Comment les électeurs déjà plus que désabusés et aussi faiblement mobilisés pourraient-ils encore se déplacer pour aller voter alors que leur choix démocratique est aussi clairement bafoué par ceux qui sont supposer les représenter ?

L. V.

Départementales 2021 : ça se précise !

8 mai 2021

Voilà bien un problème qui ne préoccupe pas les régimes dictatoriaux : comment organiser aux échéances prévues les consultations électorales en période de pandémie sans risquer d’augmenter la transmission du virus ? En France, les élections départementales auraient dû avoir lieu en mars 2021, 6 ans après celles de 2015 qui avaient été marquées par une très forte poussée de la droite, rassemblée alors sous la bannière fédératrice de l’UMP, tandis que la gauche se présentait en ordre totalement dispersé. Une stratégie payante puisqu’à l’issue de ce scrutin, la droite se retrouvait aux manettes de 67 départements sur 101 ! Même les Bouches-du-Rhône, pourtant à gauche depuis une soixantaine d’années avaient basculé à l’UMP, et sont dirigées depuis par Martine Vassal.

Martine Vassal vote en avril 2015 pour la Présidence du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône (source © GoMet)

Repoussé une première fois au 13 juin, le premier tour des prochaines élections départementales se tiendra finalement le dimanche 20 juin 2021, en même temps d’ailleurs que les élections régionales, histoire de ne pas déplacer les électeurs pour rien… Cette particularité mise à part, le découpage cantonal reste celui qui avait été étrenné en 2015 pour permettre un rééquilibrage démographique entre circonscriptions et limiter quelque peu la surreprésentation traditionnelle des populations rurales. Chaque canton est désormais représenté par un binôme, parité oblige, avec sa paire de suppléants, ce qui a permis une hausse spectaculaire du nombre de femmes dans les assemblées départementales. En revanche, le cumul des mandats reste la règle, la plupart des élus départementaux étant en même temps maire ou conseillers municipaux…

Vue la polarisation actuelle de l’opinion publique sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19, on ne peut pas dire que ces élections qui approchent à grand pas suscitent un engouement exceptionnel, malgré le matraquage publicitaire entamé depuis déjà des mois par l’exécutif sortant, et il y a fort à parier que le taux de participation y sera encore plus faible que pour les dernières municipales en 2020. Pour autant, il y a quand même eu de nombreuses tractations en coulisse pour arriver à constituer les binômes qui se présenteront aux suffrages dans seulement 6 semaines et le dépôt des candidatures est d’ores et déjà clôturé depuis le 5 mai.

Danielle Milon et Patrick Ghigonetto, candidats LR sur le canton de La Ciotat, avec leurs suppléants (photo © C. Ms / La Provence)

On sait donc désormais que sur les 29 cantons qui forment le département des Bouches-du-Rhône, il y aura pas moins de 155 binômes en lice. Depuis 2015, la commune de Carnoux est rattachée au canton de La Ciotat, lequel comprend également les villes de Cassis, Ceyreste, Roquefort-la Bédoule, Cuges-les-Pins et Gémenos. En 2015, ce sont les maires de Cassis (Danielle Milon) et de la Ciotat (Patrick Boré), tous deux LR, qui avaient été facilement élus. Ce dernier ayant depuis abandonné son fauteuil de maire au profit d’un autre, plus confortable, de sénateur, c’est cette année le maire de Ceyreste, Patrick Ghigonetto, qui s’alignera en binôme avec Danielle Milon pour défendre les couleurs de la droite LR.

Ils auront en face d’eux une liste du Rassemblement national (RN) et une issue d’une alliance de plusieurs partis de gauche qui ont enfin compris la nécessité de s’unir après une longue série de défaites enregistrées depuis des années où la gauche est systématiquement absente du second tour. L’élu d’opposition de Ceyreste, le socialiste Tony Delogu, battu aux dernières municipales par Patrick Ghigonetto, tentera de prendre sa revanche, en tandem avec une militante CGT, Sylvie Fardella, puéricultrice à l’hôpital de La Ciotat. Pas d’écologiste donc sur le canton, ni de représentant de la France insoumise, ni de candidat du parti présidentiel LREM…

Sylvie Fardella (PCF) et Tony Delogu (PS), candidats sur le canton de La Ciotat (source © Opera news)

En réalité, seuls les 3 blocs présents sur notre canton seront représentés sur l’ensemble du territoire départemental. Côté LR, Martine Vassal, qui espère bien retrouver son siège de présidente du Conseil départemental, se présente dans le 10e canton de Marseille avec son fidèle acolyte Lionel Royer-Perreaut, maire de secteur des 9e et 10e arrondissements, tandis qu’une bonne partie de ses fidèles brigue de nouveau un siège à l’assemblée départementale, à l’instar de Laure-Agnès Caradec, Didier Réault, Sabine Bernasconi, Yves Moraine, Sabine Bernasconi ou encore Gérard Gazay à Aubagne.

Sophie Camard en tandem avec Benoît Payan dans le premier canton de Marseille (photo © V. V. / La Provence)

A gauche, Benoît Payan et Sophie Camard tenteront de se faire réélire sur Marseille, de même que plusieurs figures du Printemps marseillais désormais à la tête de l’exécutif municipal, tels que Christian Pellicani, Yannick Ohanessian, Audrey Garino, Hervé Menchon, Samia Ghali, Sébastien Jibrayel, Anthony Krehmeier ou encore Jean-Pierre Cochet. Ni Michèle Rubirola, affaiblie par ses ennuis de santé, ni Jean-Noël Guérini (toujours élu à ce jour au Conseil départemental !), ni l’ancien député socialiste, Henri Jibrayel, récemment condamné pour abus de confiance et prise illégale d’intérêt, ne seront finalement candidats.

Aucun représentant de la France insoumise ne figurera non plus sur les listes d’union de la gauche faute d’entente préalable. Ce parti présentera donc ses propres candidats dans certains cantons, ce qui devrait largement faire les affaires de la droite LR en réduisant les chances de la gauche de se qualifier au second tour, la barre à franchir pour se maintenir étant particulièrement haute pour ces élections (12,5 % des inscrits)…

Les élections départementales, un scrutin peu favorable pour LREM, comme toutes les élections locales (dessin signé Kak, publié en novembre 2019 dans L’Opinion)

Curieusement, la République en marche (LREM), manifestement en peine pour trouver des volontaires, ne présente finalement des candidats que dans 7 des 29 cantons, à Istres, Marignane et quelques secteurs de Marseille et Aix-en-Provence. Pas de quoi conforter son ancrage local toujours aussi fragile, mais un beau coup de pouce à la droite LR qui a de fortes chances de se retrouver en face à face contre un élu RN au second tour comme en 2015 dans un grand nombre de cantons !

Comme souvent, des candidatures dissidentes se sont fait jour en plusieurs endroits, ce qui explique que certains cantons se retrouvent avec pas moins de 8 listes en concurrence, comme dans le 11e canton de Marseille où se présente notamment un revenant, Philippe Berger, désormais soutenu par LREM, lui qui fut élu pendant 19 ans aux côtés de Jean-Claude Gaudin dont il fut longtemps l’adjoint en charge du Bataillon des marins-pompiers.

Hassen Hamou en 2016, alors membre de l’UMP et candidat aux primaires de la droite… (photo © Martin Bureau / AFP / Yahoo actualités)

Saluons aussi la remarquable souplesse du candidat Hassen Hamou, candidat d’union de la gauche dans le 6e canton de Marseille, qui, à 31 ans seulement, a déjà exploré une large partie de l’échiquier politique : candidat du PCF en 2008, il fut ensuite tête de liste du PRG guériniste en 2014, puis candidat à la primaire de l’UMP en 2015 avant de devenir responsable local du MODEM puis d’atterrir finalement chez Europe écologie – Les Verts. Il sera d’ailleurs opposé, lors de ces prochaines élections, à Christophe Masse, un ancien député PS qui représente désormais LREM. Espérons que leurs électeurs ne seront pas trop déboussolés par de telles girouettes…

L. V.

Cassis : lessivage et bétonnage au Bestouan

9 mars 2021

A Cassis, la plage du Bestouan, située en contrebas de la route en allant vers la Presqu’île fait partie des spots balnéaires noirs de monde dès que les beaux jours arrivent. Des cartes postales anciennes assemblées sur l’excellent site « Le Gabian déchaîné » montrent d’ailleurs qu’il en était déjà de même au tout début du siècle dernier. A croire que tout le monde a oublié que c’est sur les hauteurs de cette même plage, à l’endroit où se dresse depuis l’hôtel de charme « Le jardin d’Émile », qu’ont été enterrées les 214 victimes cassidennes de la peste de 1720, juste au dessus du vallat des Brayes qui longe le parking du Bestouan et dont la plage constitue le cône de déjection naturel.

La plage du Bestouan à Cassis vers 1900 (carte postale ancienne source © Le Gabian déchaîné)

Un parking qui, certains l’auront sans doute constaté, est actuellement inaccessible car recouvert d’étranges bâches noires gonflées tout à fait incongrues dans ce paysage balnéaire… Ces deux immenses outres en géotextile noir servent en fait au ressuyage des sédiments qui sont en cours de dragage dans le port de Cassis. Une opération de nettoyage qui n’avait pas été entreprise depuis les années 1960 alors que le port de Cassis est l’exutoire naturel de tous les ruissellements pluviaux souvent très chargés qui dévalent des rues au moindre orage et qui charrient dans les eaux du port tout ce qui traîne au sol.

Vue du port de Cassis (source © My PACA)

Ces apports de matériaux s’accumulent dans le fond du port au rythme de 10 cm tous les 4 ans en moyenne, ce qui, à la longue, réduit considérablement le tirant d’eau et conduit à l’envasement inéluctable. Ces opérations de dragage sont donc indispensables. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir le sort des anciens ports antiques de Fréjus ou de Marseille, depuis longtemps enfouis au milieu des terres. A Cassis, c’est le Conseil départemental qui est gestionnaire du port et comme Martine Vassal ne peut rien refuser à la maire de Cassis, Danièle Milon, par ailleurs 2e vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, l’affaire était dans le sac. Après une rapide enquête publique menée au pas de charge l’été dernier, les travaux ont commencé cet hiver et sont en voie d’achèvement, pour la modique somme de 1,75 millions d’euros payée par le Département.

Les matériaux du port ont été aspirés par une drague sur une épaisseur variant selon les endroits entre 65 cm et 1,50 m. Le mélange d’eau et de sédiments est refoulé par une conduite qui court au fond de la mer jusqu’à la plage du Bestouan sur une longueur de 650 m. La conduite traverse la route par la buse du vallat des Brayes et vient se déverser dans les deux gros géotubes où le mélange reçoit au passage une poudre de perlimpinpin qui facilite la floculation. Le ressuyage se fait naturellement à travers les mailles du géotextile et l’eau qui filtre est recueillie et décantée puis renvoyée par une autre conduite au fond du port. A l’issue de la phase de décantation, les outres seront éventrées et les sédiments seront chargés dans des camions bennes pour être évacués en décharge car, bien évidemment, leur taux de pollution est tel qu’aucune valorisation de ces déchets n’est envisageable.

Schéma des installations de traitement des sédiments sur la parking du Bestouan à Cassis (source © Conseil départemental des Bouches-du-Rhône)

Malgré les belles images de cartes postales, le fond du port de Cassis n’est en effet jamais qu’un cloaque immonde, même si la Ville n’apprécie guère ce type de constat, au point d’intenter, comme l’avait rapporté Marsactu, un procès en diffamation contre France Télévision qui avait eu l’outrecuidance, en juillet 2017, de diffuser un reportage évoquant diverses sources de pollution des calanques, dont les rejets de la station d’épuration de Cassis, pourtant récemment rénovée !

De fait, la municipalité de Cassis ne cache pas son ambition de faire de Cassis un site de villégiature pour une clientèle fortunée et veille à son image tout en n’hésitant pas à attribuer à tour de bras des permis de construire pour des villas de plus en plus luxueuses sur tout le littoral où l’on voit fleurir des grues jusqu’au bord même des espaces naturels encore préservés. A Cassis, la maire déplore qu’il n’y ait aucun espace disponible, du fait des multiples contraintes environnementales et réglementaires, pour construire les logements sociaux qui font tant défaut. Le taux de logement sociaux ne dépasse d’ailleurs pas 8,7 %, ce qui handicape fortement la population active qui travaille en particulier dans la restauration et l’hôtellerie locale, souvent dans des conditions très précaires.

Vue aérienne du site du Bestouan à Cassis (source © Géoportail)

En revanche, la Ville trouve toujours une petite place pour autoriser la construction d’équipements hôteliers et de résidences luxueuses, sans doute plus faciles à insérer dans le paysage local. C’est le cas pour le projet emblématique envisagé justement sur les hauteurs du Bestouan, sur le carreau d’une ancienne carrière à ciel ouvert, au dessus des anciennes installations industrielles connues sous le nom de « l’usine à fer ». Un vestige de ce qui s’apparente à une tentative de sidérurgie sur l’eau, bien avant celle de Fos-sur-mer puisque initiée sous le Second Empire, en 1856. Le projet était ambitieux puisqu’il s’agissait de construire 3 hauts-fourneaux pour traiter du minerai de fer extrait dans une concession minière située près d’Alméria, en Andalousie, et transportée jusque-là par bateau. Ce fut un fiasco et l’usine n’a jamais été mise en service. La charpente métallique des bâtiments a même été démontée pour être récupérée et il subsiste juste quelques murs et une haute cheminée de 33 m de hauteur en pierres et en briques.

Vestiges de l’usine à fer du Bestouan (source © PLUi Aix-Marseille-Povence Métropole)

Malgré ce vestige industriel quelque peu incongru dans le paysage, la carrière située plus haut constitue une belle plateforme remarquablement située au dessus de la plage et face au cap Canaille, un emplacement qui ne peut qu’attirer le regard des investisseurs. Ses propriétaires actuels, Jean-Jacques Garella et Alexandre Besoian, projettent depuis des années d’y construire un vaste complexe hôtelier 5 étoiles de 63 chambres, avec restaurant, spa et piscine, ainsi qu’une dizaine de villas, sur les 4,5 hectares considérés comme constructibles du site. Le Plan local d’urbanisme, adopté par la Métropole fin 2019, intègre d’ailleurs une Opération d’aménagement et de programmation spécifique sur ce secteur, qui prévoit explicitement le projet envisagé et en dresse l’esquisse. Le permis de construire a déjà été déposé par le promoteur immobilier Quartus.

Le carreau de l’ancienne carrière où est prévue la construction d’un complexe hôtelier (photo © Anne Jaujard / Marsactu)

Certes, un avis de l’autorité environnementale, publié le 25 janvier 2021 par la DREAL PACA, émet quelques réserves sur ce projet dans une zone aussi sensible et réclame une étude d’impact. La création d’une nouvelle route est rendue nécessaire pour permettre l’accès au site, y compris pour les moyens de secours et de lutte contre l’incendie, dans un secteur déjà bien engorgé l’été et dépourvu de tout transports en commun.

Insertion paysagère du projet selon l’esquisse figurant dans le PLUi

Mais cela ne devrait guère freiner le projet sur lequel planche le cabinet d’architectes 331 Corniche et qui provoque l’enthousiasme communicatif de la maire de Cassis, laquelle déclare à Marsactu : « J’ai pu voir un premier plan, il s’agit d’une très belle réalisation qui s’intégrera bien dans le paysage ». Une pure merveille en effet, en plein cœur du Parc National des Calanques qui n’en est plus à ça près…

L. V.

Calanques : une mer de déchets…

27 février 2021

Notre littoral et la mer sont envahis de déchets plastiques : tout le monde le sait et pourtant chacun assiste impuissant à cette dégradation inexorable de notre environnement proche. Récemment, c’est une vidéo tournée par le photojournaliste spécialiste du monde sous-marin, Alexis Rosenfeld, et publiée par le magazine d’information Brut qui a encore tiré la sonnette d’alarme, histoire d’éveiller les conscience face à une situation jugée catastrophique et pour laquelle il n’existe d’autre solution qu’une évolution de nos comportements individuels de consommateurs…

Passionné de plongée depuis tout petit et devenu scaphandrier professionnel pour la Comex, Alexis Rosenfeld a eu la chance de participer comme photographe du Figaro Magazine à la dernière expédition du commandant Jacques-Yves Cousteau. En 1998 il fonde sa propre agence Photocéans et surprend en montrant des photos étonnantes de rencontres sous-marines avec des espèces animales rarement observées et en participant à des reportages rares à bord de sous-marins nucléaire notamment. En 2000 il s’engage aux côtés de Luc Vanrell à la recherche de l’épave de l’avion de Saint-Exupéry, abîmé en 1944 au large de Cassis.

Alexis Rosenfeld sur le littoral des Calanques (extrait © video Brut)

Ayant la chance de résider dans le petit port des Goudes, au cœur de la baie de Marseille qu’il d’écrit comme « un des plus beaux endroits au monde », il ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour tous ces déchets qui s’accumulent au fond de l’eau, et pas seulement dans le Vieux-Port de Marseille où on le voit évoluer au milieu d’un amoncellement de canettes, de trottinettes, de vieux caddies, de cônes de signalisation, de sacs en plastique, de gants et de masques usagés…

Mais les ports ne sont pas les seuls endroits à ressembler à des décharges sous-marines. A l’entrée de la calanque de Port-Miou, en plein cœur du Parc national des Calanques, le spectacle n’est pas si différent avec des milliers de déchets le plus souvent à base de plastique qui s’amoncellent dans la vase. Alexis Rosenfeld remonte du fond des filins tombés des bateaux qui vont mettre des siècles à se désagréger lentement, libérant des milliers de microfibres que la faune marine va petit à petit ingérer et qui rentrent ainsi dans la chaîne alimentaire.

A la pêche aux déchets dans la calanque de Port-Miou…(extrait © video Brut)

Même par 2 000 mètres de fond, dans la rade de Toulon, le spectacle n’est pas plus ragoûtant comme le montrent les images filmées en 2018 par l’IFREMER. Le fond de la mer est littéralement tapissé de déchets de tous ordres, bidons et sacs en plastique, bouteilles en verre et canettes en aluminium, fragments d’emballage en voie de décomposition, etc. On jurerait une décharge non pas à ciel ouvert mais bel et bien au fond de la mer. Et partout, cette omniprésence du plastique, un matériau qui se caractérise avant tout par sa durabilité et sa très faible dégradabilité, alors qu’on en a fait par excellence la matière de base pour tous nos besoins à usage unique : cherchez l’erreur !

Des fonds marins jonchés de déchets par 2000 m de fond au large de Toulon (photo IFREMER / extrait © video Brut)

Quant à l’origine de tous ces déchets qui jonchent le fond de la Méditerranée, outre ce qu’y déversent les plaisanciers et autres marins peu scrupuleux, nul besoin d’être grand expert pour en comprendre la source. Il suffit, comme le fait Alexis Rosenfeld de se promener entre les Goudes et Callelongue, sur la petite route qui serpente en bord de mer, dans ce paysage somptueux et dépouillé du littoral des Calanques, au cœur du Parc National, pour observer ces accumulations de papiers gras, emballages de chips, bouteilles d’eau minérales, canettes de bière, sacs en plastique et même boîtes de médicaments, qui jonchent partout les maigres buissons.

Des déchets partout le long des chemins des Calanques (extrait © video Brut)

Aucune poubelle à l’horizon mais de toute façon certains de ces déchets n’ont même pas été jetés ici. Ils ont simplement été poussé par le vent, les jours de fort mistral, quant toutes les poubelles du quartier finissent par se renverser. Et tout ces déchets terminent nécessairement leur course dans la mer où ils finissent par s’entasser dans la vase des fonds marins quand ils n’ont pas été gobés au passage par un animal aquatique à la vue basse et qui finira étouffé. Une situation pas très glorieuse pour l’Homme qui se dit civilisé mais qui est en train d’empoisonner inéluctablement son propre environnement pourtant le plus protégé. Arrivera-t-on un jour à réduire enfin le volume de nos déchets et surtout à les gérer de manière plus satisfaisante pour la santé de notre cadre de vie ? Un défi qu’il ne faudrait pas trop tarder à relever…

L. V.

La grotte Cosquer prépare sa réplique

20 janvier 2021

A Marseille tout le monde se demande depuis des années, en réalité depuis sa construction, à quoi allait bien pouvoir servir cette Villa Méditerranée bizarrement conçue avec son immense porte-à-faux en forme d’équerre juste à côté du Mucem. Après bien des tergiversations, il semble bien cette fois que les dés soient jetés et que la Région, propriétaire du bâtiment, ne reviendra pas sur son projet d’en faire un centre d’interprétation de la Grotte Cosquer.

Le futur centre d’interprétation de la Grotte Cosquer à la Villa Méditerranée (extrait vidéo Région PACA)

Découverte en 1985 par le plongeur cassidain Henri Cosquer, cette grotte sous-marine dont l’entrée s’ouvre par 37 m de fond, à proximité du Cap Morgiou, dans la calanque de la Triperie, est un long boyau noyé de 175 m de long qui remonte progressivement jusqu’à déboucher dans des salles hors d’eau où le plongeur avait eu la surprise, lors de ses premières explorations en solitaire, de découvrir des empreintes de main et des silhouettes d’animaux peints sur les parois.

Officiellement déclarée en 1991 seulement, après que trois plongeurs y aient trouvé accidentellement la mort, et classée dès lors comme monument historique, la grotte est depuis 1992 totalement inaccessible en dehors des besoins de recherche scientifique.

Des traces de main sur une paroi ornée de draperies dans la grotte Cosquer (
photo © Michel Olive / DRAC / Archéologie.culture.fr)

Une quarantaine de datations au carbone 14 ont été effectuées sur des fragments de charbon de bois retrouvés sur place. Il en ressort que le site semble avoir connu deux périodes successives de fréquentation humaine. La première qui date d’il y a plus de 27 000 ans a laissé un grand nombre d’empreintes de mains dont les contours apparaissent en noir ou en ocre selon la technique du pochoir. La seconde, plus récente, datée d’environ 19 000 ans, comporte surtout des gravures et peintures figuratives représentant principalement des animaux : un bestiaire exceptionnellement riche puisqu’on y a dénombré au moins 177 figures issues de 11 espèces différentes, principalement des chevaux, des bouquetins, des cerfs, des chamois, des bisons, des aurochs, des mégaceros, mais aussi des phoques, des grands pingouins, des méduses ou encore des cétacés.

A l’époque préhistorique, les hommes qui fréquentaient le site n’y habitaient pas mais semblaient l’utiliser plutôt comme un sanctuaire. Le climat était alors périglaciaire, ce qui explique la présence de nombreuses espèces aujourd’hui disparues mais plutôt typiques des régions froides. Surtout, le niveau de la mer Méditerranée se trouvait au moins 120 m plus bas et le rivage était donc à plusieurs kilomètres de l’entrée par laquelle on pénétrait à pied sec. La remontée du niveau de la mer à l’issue de la dernière glaciation, il y a environ 10 000 ans a noyé une bonne partie du réseau et fait perdre sans doute les quatre cinquièmes des représentations pariétales qui se sont définitivement effacées sous les dépôts algaires et les encroûtements.

Des peintures menacées par la montée des eaux… (photo © Michel Olive / DRAC / Marsactu)

Malgré ces vicissitudes, la grotte Cosquer reste l’une des principales grottes ornées de France, au même titre que Lascaux (en Dordogne) ou la grotte Chauvet (en Ardèche). Totalement inaccessible au public et inéluctablement vouée à disparaître sous l’effet de la pollution et de la montée des eaux (évaluée à 3 mm par an en moyenne dans le secteur mais qui peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres lors de certains épisodes atmosphériques), la grotte fait l’objet de campagnes périodiques de fouilles et va surtout être l’objet de l’établissement d’une réplique, comme ses deux homologues, réplique qui sera donc visible dans les sous-sols de la Villa Méditerranée à partir de 2022.

C’est d’ailleurs la société Kléber Rossillon, qui exploite, parmi une douzaine de sites touristiques, la réplique de la grotte Chauvet à Vallon-Pont d’Arc, qui a obtenu le contrat de concession du futur centre d’interprétation de la grotte Cosquer. L’investissement projeté est colossal puisqu’il s’élève à 23 millions d’euros dont 9 millions apportés par la Région PACA. Le site espère recevoir 500 000 visiteurs par an, ce qui paraît ambitieux mais pas irréaliste, comparé aux 350 000 qui se pressent chaque année pour visiter la réplique de la grotte Chauvet.

Vue du futur hall d’entrée du centre d’interprétation de la grotte Cosquer avec son ponton dans le hall de la Villa Méditerranée (source © Kléber Rossillon)

Les futurs visiteurs traverseront sur un ponton le bassin d’eau de mer qui occupe le hall du bâtiment avant de s’immerger dans l’ambiance du club de plongée d’Henri Cosquer à Cassis puis d’embarquer, casque audio sur les oreilles, à bord de petits véhicules électriques guidés qui les feront cheminer en 40 minutes à travers les parties reconstituées de la grotte Cosquer pour admirer ses ornements pariétaux mais aussi ses gours d’eau limpide et ses stalactites somptueuses, avant de déambuler dans des salles du centre d’interprétation archéologique consacré à l’art pariétal préhistorique et à la montée du niveau de la mer.

Une reconstitution totalement artificielle bien entendu, qui est en cours de réalisation, dispersées dans trois ateliers distincts, à partir d’un relevé numérique complet de la grotte. A Montignac, près de la grotte de Lascaux, la société créée par le plasticien Alain Dalis et joliment nommée Arc&Os fabrique des panneau de polystyrène armé de résine pour reconstituer fidèlement les différentes parties de la grotte avec une précision de l’ordre du dixième de millimètre. Les représentations pariétales sont dessinées en partie dans l’atelier d’Arc&Os et en partie par la société Déco Diffusion, située à l’Union, au nord de Toulouse. Dans les deux cas, il s’agit de reproduire à l’identique des dessins réalisés par nos ancêtres en retrouvant la même dynamique des tracés et du rendu, ce qui demande parfois plusieurs tentatives.

L’archéologue et préhistorien Gilles Tosello en train de reproduire des peintures de la grotte Cosquer sur un panneau de la future réplique, dans l’atelier de la société toulousaine Déco Diffusion (photo © Corentin Belard / FranceTélévision)

Les éléments de coques ainsi décorés seront ensuite assemblés les uns et autres et accrochés à une armature en béton destinée à reconstituer l’ouvrage. Pour restituer l’ambiance générale de la grotte, il reste à reproduire les stalactites, stalagmites, et autres spéléothèmes de la galerie souterraine. C’est l’œuvre de Stéphane Gérard, installé dans l’ancienne friche industrielle des Frigos, dans le 13e arrondissement de Paris. Ancien sculpteur du musée Grévin, lui aussi s’est fait la main pendant 4 ans sur la réplique de la grotte Chauvet et il a mis au point ses recettes personnelles à base de polymères et de composés organiques pour rendre l’éclat particulier d’une paroi rocheuse mouillée ou d’une concrétion de calcite.

Chacun pourra constater de visu, à partir de juin 2022 si le calendrier prévisionnel est respecté, le résultat de cette œuvre titanesque et minutieuse. Nul doute en tout cas que cette réplique de la grotte Cosquer devrait attirer les curieux et permettre de justifier, enfin, l’édification de cette Villa Méditerranée qui intrigue tant.

L. V.

Port-Miou, le château restauré à neuf

29 septembre 2020

Entrée de la calanque de Port-Miou le long de la Presqu’île (source © JCF Boat)

La calanque de Port-Miou, la plus à l’Est du massif des Calanques, est en fait la seule calanque du massif qui se situe non pas sur le territoire marseillais mais sur celui de sa voisine Cassis. Formant un abri naturel idéal sous forme d’un long bassin étroit de 1,4 km de longueur dont l’entrée est largement protégée par le promontoire que constitue la Presqu’île, cette calanque a servi de tout temps de port. D’où son nom d’ailleurs, qui viendrait, paraît-il du latin Portum Melior, autrement dit le meilleur port, bien meilleur en tout cas que celui de Cassis même, qui, au XVIIe siècle, était tellement mal entretenu que les navires préféraient aller se charger dans la calanque voisine où les galères royales avaient aussi habitude de faire escale.

La calanque de Port-Miou et ses rangées de bateaux de plaisance (source © Sun plaisance Location)

Vers 1630 y est installée une madrague, autrement dit un filet fixe de grandes dimensions, qui servait alors pour la pêche côtière au thon. A partir de 1720, l’exploitation des carrières destinées à extraire la pierre de Cassis commence à se développer dans le secteur. Ce calcaire urgonien dur et compact, renfermant de nombreux moules de rudistes et qui forme une bonne partie des falaises du massif est alors très prisé pour la construction en pièce de taille. Ce matériau servira notamment pour l’édification du phare de Cassis ou celui du Planier à Marseille, mais aussi pour une partie des quais d’Alexandrie et la voûte du tunnel du Rove. En revanche, la légende selon laquelle le socle de la statue de la Liberté à New-York serait en pierre de Cassis est bien entendu une pure galéjade…

Vestige des trémies de chargement à la Pointe de Cacau, Cassis (source © Mapio)

A Port-Miou toutefois, l’exploitation de pierres de tailles est restée assez modeste. Des trémies de chargement de blocs de pierre y ont bien été construits vers 1850 mais c’est à partir de 1895 que le site connaît un début d’exploitation industrielle majeure avec l’arrivée du groupe belge Solvay qui se porte acquéreur de toute la rive nord de la calanque. Alors en pleine guerre économique avec les soudières locales fonctionnant selon le procédé inventé en 1791 par le chimiste français Nicolas Leblanc, le Belge Ernest Solvay, inventeur en 1860 d’un procédé concurrent de fabrication de la soude à l’ammoniac visait le marché florissant des savonneries de Marseille, mais aussi l’exportation vers les savonneries espagnoles et italiennes. Il construit une usine à Salin-de-Giraud, à proximité de celle de son concurrent Péchiney et il démarre à Port-Miou, à partir de 1907, l’exploitation du calcaire.

Manifestation contre la carrière Solvay de Port-Miou en 1910 (source © Cassis Forum)

A l’époque, le carbonate de calcium extrait à Cassis était concassé sur place puis chargé via une trémie dans des chalands qui transportaient les blocs jusqu’à l’usine de Salin-de-Giraud. Après mélange, en présence d’ammoniac, au chlorure de sodium extrait localement dans les salines de Camargue, le procédé permet d’obtenir du bicarbonate de sodium puis, après chauffage, de la soude. Cette technique, qui est toujours utilisée de nos jours, est moins polluante que le procédé Leblanc, d’autant qu’elle permet de recycler l’ammoniac et d’obtenir comme sous-produit du chlorure de calcium utilisé comme sel de déneigement.

Malgré son avantage technique, le baron Solvay se heurte néanmoins à une forte opposition locale avec même, le 13 mars 1910, une manifestation rassemblant 3000 personnes, défenseurs de l’environnement avant l’heure, l’accusant de venir saccager la beauté de ce site naturel préservé. Cela n’empêcha pas Solvay d’extraire bon an mal an, de l’ordre de 80 000 puis, mécanisation aidant, 100 000 tonnes de calcaire par an et ceci jusqu’en fin 1982. A partir de 1975 en effet, la municipalité alors dirigée par Gilbert Rastoin, fait pression pour que cesse l’exploitation jugée gênante pour les activités touristiques en plein essor.

Photo d’archive du château de Port Miou (source © Fondation du Patrimoine)

La rive nord de la calanque, qui sert de passage à des centaines de milliers de randonneurs chaque année, se rendant vers la calanque voisine de Port Pin ou vers celle d’En Vau, appartient toujours à Solvay. Mais, l’issue de longues batailles juridiques et d’une expropriation, la Ville de Cassis a finalement racheté en 2010 la vieille bâtisse qui s’y trouve et que l’on appelle localement « château » du fait de sa tour carrée arrogante. Édifié en 1810 par un ancien marquis cassidain, paraît-il dans le but d’y loger sa maîtresse, le bâtiment a longtemps servi à abriter la douzaine d’ouvriers en charge de l’exploitation de la carrière. Fortement dégradé au fil du temps, le bâtiment menaçait ruine, même s’il servait encore d’annexe à la capitainerie du port de plaisance qu’est devenue la calanque de Port-Miou avec ses 455 anneaux.

Le château avant les travaux de restauration (source © Fondation du Patrimoine)

En mai 2017, des travaux de restauration de cet étrange édifice ont donc été engagé, pilotés par Acta Vista, une association qui développe depuis 2002 des chantiers d’insertion et de formation qualifiante aux métiers du patrimoine, dédiés aux personnes les plus éloignées de l’emploi. Le projet de restauration a duré 3 ans et vient tout juste de s’achever, permettant à l’ancien château de Port-Miou de retrouver tout son éclat.

Le rez-de-chaussée du bâtiment continuera à être utilisé comme annexe de la capitainerie tandis que le premier étage entre les bureau administratifs de la capitainerie et des locaux pour différentes associations environnementales œuvrant sur place. Le deuxième étage quant à lui constituera la première maison du parc car le Parc National des Calanques, pourtant créé en 2012, n’en est toujours pas pourvu.

Travaux de rénovation du toit de la tour (source © Acta Vista)

Le coût global du chantier s’est élevé à 2, 3 millions d’euros selon TPBM, financé largement par de multiples fondations d’entreprises ainsi que la Fondation du Patrimoine qui a royalement apporté 9 000 €. Une quarantaine de salariés en formation s’est investi sur le chantier dans le cadre d’une formation qualifiante. Les deux premières années, le groupe encadré par un maçon tailleurs de pierre et un accompagnateur socio-professionnel, s’est chargé de la maçonnerie et du gros œuvre avant de s’attaquer en troisième année aux aménagement intérieur tandis que d’autres groupes se formaient sur la menuiserie et la métallerie.

Vue du château de Port Miou restauré (source © Acta Vista)

Les deux niveaux inférieurs ont été entièrement rénovés ainsi que les façades, la maçonnerie extérieure, la toiture, les portes et fenêtres, mais aussi les planchers et les ouvrages annexes. Un vrai coup de neuf donc pour le château de Port-Miou, et un beau coup de pouce pour ces stagiaires devenus de vrais professionnels à l’issue de ce chantier mené qui plus est dans un cadre idyllique !

L. V.

Alteo : entre le marteau de la mondialisation et l’enclume de l’environnement

28 juin 2020

A Gardanne, l’usine de production d’alumine existe depuis 1894 et c’est là qu’a été utilisé pour la première fois au monde le procédé industriel mis au point en 1887 par le chimiste autrichien Bayer, lequel permet d’extraire de l’oxyde d’aluminium de la bauxite, alors produite localement dans le sud-est de la France. Ce procédé industriel qui utilise de grosses quantités de soude concentrée à haute température, n’est cependant pas sans impact sur l’environnement dans lequel sont rejetées les énormes quantités de résidus solides produits, les fameuses « boues rouges », riches en produits toxiques de toutes sortes.

Vue aérienne de l’usine Alteo à Gardanne :« une vieille dame usée et fatiguée » selon le professeur Henri Augier (source © La Provence)

Stockés initialement à terre dans de vastes bassins de décantation que la pluie continue de lessiver régulièrement tandis que le vent en disperse les particules fines et toxiques dans tout le voisinage, ces boues rouges ont été ensuite déversées directement en mer grâce à une immense conduite qui traverse tout Carnoux et s’écoule au large des calanques de Cassis.

Ancienne mine de Bauxite à Cabasse dans le Var (carte postale source © Genanet)

Rachetée à Péchiney par le groupe minier anglo-australien Rio Tinto, l’usine est depuis 2012 aux mains d’un fonds d’investissement américain HIG Capital et a été depuis lors rebaptisée Alteo. Cette usine, plus que centenaire, reste un des fleurons mondiaux de la production d’alumines de spécialité, même si les raisons de son implantation initiale à Gardanne, au plus près des sites de production de lignite et de bauxite a perdu tout son sens, maintenant que toutes les activités minières locales ne sont plus qu’un vieux souvenir et que la totalité du minerai de bauxite arrive par bateau après avoir parcouru la moitié de la planète.

La production locale de ces alumines spéciales sert de réfractaire dans la sidérurgie et l’industrie automobile, mais entre aussi dans la fabrication de céramiques et de nombreux produits high tech comme des prothèses médicales, des écrans de smartphone et d’ordinateurs ou encore des batteries lithium-ions. Un marché florissant donc, avec plus de 630 clients répartis dans le monde entier, et une activité très rentable qui permet de faire vivre 480 salariés et de nombreux sous-traitants.

Usine Alteo à Gardanne sous son vernis habituel de dépôt rougeâtre (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Mais voilà que l’usine se trouve prise entre deux contraintes qui la fragilisent. D’un côté, les exigences environnementales s’accroissent. Après avoir fermé les yeux pendant plus d’un demi-siècle sur les rejets en mer de produits hautement toxiques, l’État a fini par admettre que cela faisait un peu tâche dans le tout nouveau Parc national des Calanques. Depuis début 2016, il a donc fallu qu’Alteo retraite un minimum ses effluents pour les débarrasser au moins de ses métaux lourds, tout en continuant à déverser au large de Cassis et à raison de 270 m³/heure, un liquide encore bien peu ragoûtant et qui dépasse allégrement les normes environnementales.

Alteo, qui revendique un chiffre d’affaire de 242 millions d’euros, affirme avoir investi 8 millions d’euros en 2018 pour tenter d’assainir quelque peu la nature de ses rejets dans le milieu naturel, un investissement d’ailleurs très largement subventionné notamment par l’Agence de l’Eau. Mais qui reste encore insuffisant puisque la date de mise en service de la station d’épuration destinée à traiter les effluents avant rejet en mer, fixée au 31 décembre 2019 par le Tribunal administratif n’a pas été respectée. Il avait donc fallu que le Préfet reporte une première fois jusqu’au 8 juin la date limite autorisée pour la mise en conformité de l’installation. Un report qui s’est avéré insuffisant et qu’il a fallu allonger encore jusqu’au 30 juin et désormais probablement jusqu’au 31 août..

Filtres presses installés sur le site de Mange-Garri à Bouc-Bel-Air (source © Atmosud PACA)

Car dans le même temps, le site de Gardanne est soumis aux aléas économiques de la mondialisation. En l’occurrence, cette pression n’a pas de rapport avec la crise sanitaire que le monde vient de connaître et avec le ralentissement économique qui s’en est ensuivi. Pour Alteo, les ennuis sont antérieurs et dateraient selon ses dirigeants, de l’année 2019. L’opacité qui règne traditionnellement dans le monde des affaires ne permet pas d’en savoir davantage, sinon qu’Alteo est en cessation de paiement depuis le 15 novembre 2019 et que la société a été mise en liquidation judiciaire fin 2019.

Une décision que beaucoup ont jugé très opportuniste puisque les dirigeants d’Alteo étaient alors engagés dans un bras de fer contre les services de l’État pour négocier des délais supplémentaires afin de respecter les exigences environnementales. Ceci, alors même que l’usine fait l’objet d’une information judiciaire pour mise en danger de la vie d’autrui, du fait des émanations toxiques de ses sites de stockage qui empoisonnent tout le voisinage.

Vue aérienne des bassin de stockage des boues rouges près de Gardanne (source © Analytika)

On le voit, dans ce dossier, concilier respect de l’environnement (mais aussi de la santé des populations) et compétitivité économique n’est pas des plus simples dans un système mondialisé où chacun joue sa partition selon ses propres intérêts à court terme. Curieusement pourtant, depuis qu’Alteo a réussi à obtenir les reports de délais qu’elle souhaitait pour différer ses investissements, les repreneurs se pressent pour racheter ce fleuron industriel dans un marché qui semble d’un seul coup être redevenu particulièrement fleurissant. Selon Le Monde, ce sont pas moins de 5 repreneurs potentiels qui sont en train de peaufiner leur offre qu’ils ont jusqu’au 24 juillet 2020 pour déposer.

Il n’en reste pas moins que même si l’avenir économique du site de production d’alumine de Gardanne semble plutôt serein malgré ce jeu de poker menteur auquel se livrent ses dirigeants pour faire monter les enchères, l’impact environnemental, lui, reste bien incertain. En supposant même que la fameuse station d’épuration, promise depuis des années, finisse par voir le jour cet été comme finalement annoncé, il restera à gérer la question du stockage des déchets solides actuellement entreposés à l’air libre sur le site de Mange-Garri dont l’autorisation d’exploiter prend fin le 8 juin 2021. L’industriel prévoit d’agrandir considérablement l’emprise de ces bassins de stockage mais devra pour cela déposer un dossier de demande d’autorisation et bien entendu s’assurer que ces dépôts ne provoquent pas des dégâts environnementaux inacceptables.

Site de stockage de Mange-Garri (photo © AFP / La Croix)

Une opération à haut risque d’autant que l’extension envisagée nécessite ni plus ni moins qu’une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la Métropole Aix-Marseille-Provence : un sujet sensible, qu’Alteo ne veut surtout pas se risquer à porter dans le contexte actuel et qui annonce bien des débats en perspective au sein du prochain conseil métropolitain qui devrait se mettre en place début juillet, après le second tour des élections municipales. Il reviendra aux responsables politiques nouvellement élus de trouver à quel niveau placer le curseur entre protection de l’environnement local et compétitivité économique dans un système mondialisé : un beau cas d’école en perspective !

L. V.

A Cassis, drame dans la rivière mystérieuse

12 janvier 2020

Xavier Méniscus en plongée à la Font Estramar le 30 décembre 2019 (source Midi Libre)

La plongée souterraine est sans doute un des sports les plus dangereux qui existe et les accidents n’y sont pas rares. Celui qui vient de se produire cette semaine à Cassis n’en est qu’un des multiples exemples même si cette pratique de la plongée en spéléologie a bénéficié ces dernières années de très gros progrès techniques qui permettent d’atteindre désormais des profondeurs et des distances jugées inimaginables jusque-alors. Une bonne illustration en est d’ailleurs le record du monde de profondeur que vient de battre Xavier Méniscus, un habitué des rivières souterraines de Cassis, lui qui a atteint, dès 2016 la profondeur de 233 m dans le puits terminal de la galerie naturelle ennoyée qui débouche à Port-Miou.

Le 30 décembre 2019, ce même plongeur, ancien de la COMEX et scaphandrier professionnel depuis plus de 30 ans, a ainsi atteint la profondeur inégalée en spéléologie de 286 m dans le gouffre de la Font Estramar, situé à Salses-le-Château dans les Pyrénées Orientales. Une descente au fond du gouffre qui n’a durée que 22 minutes grâce à sa parfaite connaissance des lieux et aux multiples repérages effectués depuis des années dans ce réseau karstique naturel, mais qui a été suivie d’une interminable remontée de pas moins de 10h30, en respectant de longs paliers de décompression pour éviter que le sang du plongeur n’entre en ébullition. Ce jour-là, Xavier Méniscus a dépassé de quelques mètres le record mondial détenu jusque-là par le plongeur Nuno Gomes dans une cavité d’Afrique du Sud.

Mais de tels exploits ne sont pas à la portée du premier venu… Pour un professionnel chevronné comme l’est Xavier Méniscus, cette plongée exceptionnelle s’est apparentée à « une descente au paradis » comme il l’a joliment déclaré aux journalistes de Midi Libre, en référence peut-être aux célèbres vers de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal : « Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ! / Au fond de l’Inconnu, pour trouver du nouveau ». Mais pour certains, de telles plongées sous terre conduisent encore trop souvent à un véritable enfer…

Tracé approximatif des galeries noyées de Port-Miou et du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

C’est le cas de celle qui a eu lieu ce lundi 6 décembre 2019 dans la résurgence d’eau douce qui aboutit en mer dans la rade de Cassis, sous la villa Rastoin située en bordure de la plage du Bestouan. Les plongeurs ont exploré cette rivière souterraines sur près de 3 km depuis l’exutoire en mer. La galerie présente peu de dénivelée et la plongée se fait entre 10 et 31 m sous le niveau de la mer, mais l’exploration est néanmoins risquée car elle nécessite de progresser en nageant à contre-courant dans un milieu hostile et dangereux où il est facile de se perdre du fait de la visibilité réduite, surtout lorsqu’un remet en suspension les sédiments déposés au fond de la galerie.

En mai 2005, selon les compte-rendus soigneusement conservés sur le site captivant de l’association Cassis, les Rivières mystérieuses, qui explore ce réseau karstique depuis des années, le Britannique John Volanthen avait atteint pour la première fois ce qui est actuellement considéré comme le terminus connu de cette galerie, à plus de 3 km en amont de son exutoire en mer. Il lui avait fallu pas moins de 4h30 de plongée pour découvrir une vaste salle de 30 m de largeur et 35 m de hauteur dans un secteur rendu dangereux à cause de nombreux éboulis instables.

Plongée dans les rivières souterraines de Cassis (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Depuis, Xavier Méniscus avait tenté, mais en vain, en mai 2016, de placer une balise afin de repérer en surface l’emplacement de cette salle terminale. Il a fallu attendre pour cela le 19 mai 2019, lorsque le plongeur Alexander Fox a réussi, au terme, lui-aussi, de 4h30 de plongée, à caler entre des blocs éboulés de la salle Volanthen, une balise émettrice dont les signaux reçus en surface ont permis de caler assez précisément la position de ce point terminal, grosso modo à l’aplomb des vignes de la Ferme Blanche, au pied du Mussuguet.

Vue en coupe de la galerie du Bestouan (source © Cassis, les rivières mystérieuses)

Du fait, la généralisation de l’utilisation des mélanges pour alimenter le recycleur en limitant les risques d’accident respiratoire et celle des scooters en plongée souterraine rendent désormais plus accessible des plongées sur de telles distances : ce système d’assistance à la propulsion permet en effet de diminuer l’effort demandé au plongeur tout en doublant sa vitesse de progression.

En ce 6 décembre, les quatre plongeurs, de nationalité polonaise, qui se sont aventurés dans la rivière du Bestouan étaient bel et bien équipés avec ce matériel moderne et sophistiqué qui donne aux plongeurs spéléologues une vaque silhouette de cosmonautes. Mais cela n’a pas empêché que leur exploration se transforme en tragédie. De retour à l’air libre, vers 17h, ils se sont rendus compte qu’ils n’étaient plus que trois. Ils ont aussitôt prévenu les secours. Les pompiers n’étant pas en capacité d’engager seuls des plongeurs dans un tel dédale souterrain ont rapidement fait appel aux spécialistes du Spéléo secours dont Alexander Fox qui connaît parfaitement le tracé de cette rivière encore bien mystérieuse.

Les équipes de secours à l’œuvre, dans la nuit du 6 janvier 2019 (photo © SDIS 13 / France Bleu)

Malheureusement, les recherches engagées en fin de soirée n’ont pu que constater que le plongeur polonais resté dans la galerie était décédé, à environ 300 m seulement de l’exutoire. Une plongée qui se termine donc par une tragédie, une de plus, mais qui, assurément, ne découragera pas les spéléologues de poursuivre leurs exploration de ce réseau karstique noyé qui est encore bien loin d’avoir livré tous ses secrets. Enfer ou Ciel, qu’importe !…

L. V.

Encore un peu d’oxygène pour Alteo…

4 janvier 2020

Pour ceux qui raffolent des feuilletons à multiples rebondissements, voilà au moins un acteur qui déçoit rarement : l’usine de fabrication d’alumine, implantée à Gardanne depuis 1894, appartenant jusqu’en 2003 au groupe Péchiney et passée depuis 2012 aux mains du fonds d’investissement américain HIG Capital qui la gère via un groupe industriel répondant au doux nom d’Alteo…

Usine Alteo à Gardanne (photo © ALTEO / Parc National des Calanques)

Dans les années 1960, Péchiney avait eu la lumineuse idée, pour se débarrasser des résidus issus du traitement de la bauxite, de les rejeter directement en mer, sans le moindre traitement, malgré leur forte teneur en soude, arsenic, cadmium, mercure, plomb, titane, chrome et autre joyeusetés. Une canalisation a été construite sur 47 km de long, traversant plusieurs communes dont celle de Carnoux, pour acheminer jusqu’au littoral plusieurs centaines de milliers de tonnes par an de résidus liquides, les fameuses « boues rouges ». A partir de 1966, et malgré une forte opposition locale menée notamment par Alain Bombard et Paul Ricard, ces boues rouges ont ainsi été déversées en mer, à 7 km des côtes de Cassis, en plein cœur de l’actuel Parc National des Calanques, par 320 m de fond, provoquant des ravages sur la faune marine dans un périmètre de plus en plus large au fil du temps.

Zone d’accumulation des boues rouges déversées en mer depuis 1966 (source infographie © Le Parisien)

L’évolution des normes environnementales internationales, a néanmoins fini par rattraper l’industriel, lui interdisant tout rejet direct en mer de ces déchets toxiques au delà du 31 décembre 2015. Sous la pression plus ou moins amicale des services de l’État, l’industriel a ainsi dû se résoudre à traiter au préalable ses effluents dans des filtres-presses qui permettent d’éliminer une part importante des résidus solides, lesquels sont désormais stockés dans des bassins à l’air libre, en attendant le développement d’hypothétiques filières de valorisation industrielle, provoquant au passage de graves nuisances à tout le voisinage…

Nuage de poussière au dessus du bassin de Mange Gari où sont stockées les boues rouges de Gardanne (photo © Maxppp / France Bleu)

Mais il fallait encore se débarrasser de toute la fraction liquide de ces effluents industriels, qui, bien que n’étant plus des « boues rouges » restent des produits éminemment toxiques dépassant allègrement les normes autorisées pour des rejets dans le milieu naturel

Pourtant, faute de solution alternative jugée acceptable par l’industriel et face à un odieux chantage à l’emploi orchestré par l’industriel et complaisamment relayé par de nombreuses figures locales, le préfet avait dû se résoudre, sur ordre du premier ministre de l’époque, un certain Manuel Valls, à signer un arrêté, le 28 décembre 2015, à quelques jours seulement de la date fatidique, accordant à Alteo une autorisation de rejet en mer des effluents liquides pour 6 ans supplémentaires. Cette autorisation déroge bien entendu allègrement sur les valeurs limites autorisées pour 6 paramètres pourtant majeurs, à savoir les concentrations en arsenic, aluminium et fer, ainsi que le pH et les deux paramètres classiques permettant d’évaluer le taux de pollution organique et organométallique : la DCO (demande chimique en oxygène) et la DBO5 (demande biochimique en oxygène sur 5 jours).

Conduite permettant de rejeter en mer les effluents d’Alteo (photo © Boris Horvat / AFP / Sciences et Avenir)

L’affaire avait néanmoins fait du bruit, d’autant que la ministre de l’écologie d’alors, Ségolène Royal, n’avait pas hésité à exprimer bruyamment son mécontentement. Plusieurs associations environnementales, dont ZEA, saisissent alors le Tribunal administratif, lequel décide finalement, en juillet 2018, de ramener au 31 décembre 2019 le délai laissé à Alteo pour mettre en conformité avec les normes réglementaires en vigueur la composition de ces effluents industriels rejetés en mer. Les juges ont en effet considéré que l’industriel a eu largement le temps, depuis plusieurs dizaines d’années, de réfléchir aux mesures à prendre pour traiter enfin correctement ses déchets via la construction d’une banale station de traitement biologique comme n’importe quelle commune a été en mesure de le faire depuis belle lurette.

Bien entendu, Alteo a immédiatement fait appel de ce jugement et demandé la suspension de son application afin de bénéficier d’un nouveau délai. Mais la Cour administrative d’appel de Marseille a considéré le 25 janvier 2019, en attendant de se prononcer sur le fond du dossier, qu’il n’y avait aucune raison de suspendre l’application du jugement rendu en première instance et que l’industriel avait parfaitement le temps matériel de mettre en œuvre les investissements exigés, pour peu qu’il y mette un peu de bonne volonté.

Carte de localisation des rejets d’effluents de l’usine Alteo (extrait du dossier d’enquête publique de 2015)

La voie judiciaire n’ayant pas donné tous les résultats escomptés, Alteo a alors actionné l’autre levier, à savoir le chantage à l’emploi en faisant valoir auprès des autorités que faute de délai supplémentaire accordé pour la mise en conformité du traitement de ses effluents, l’usine serait forcée de fermer ses portes au 31 décembre 2019. Et pour que le message soit clairement entendu, l’usine n’a pas hésité à enclencher une procédure de redressement judiciaire, ouverte le 12 décembre 2019, à l’issue de laquelle les administrateurs judiciaires ont indiqué par courrier en date du 23 décembre « ne pas pouvoir assurer, à compter du 1er janvier 2020, un fonctionnement légal de l’entreprise sans un arrêté préfectoral autorisant la société Alteo à poursuivre son exploitation avec des paramètres DCO et DBO5 compatibles avec ses modalités actuelles de fonctionnement ».

Le Préfet Pierre Dartout en janvier 2019 (photo © Robert Poulain / Destimed)

Face à un tel comportement et sous la pression des élus locaux mettant en avant la sauvegarde des quelques centaines d’emploi en jeu, le Préfet de Région, Pierre Dartout, dont on imagine aisément à quoi il a occupé ses réflexions entre Noël et le Jour de l’An, n’a guère eu d’autre choix que de se plier aux exigences de l’industriel. Il a donc publié, le 30 décembre 2019, un nouvel arrêté préfectoral fixant des prescriptions complémentaires quant aux rejets en mer d’Alteo. En clair, les rejets restent autorisés jusqu’au 8 juin 2020, avec encore une dérogation mais qui ne concerne plus désormais que les deux seuls paramètres que sont la DCO et la DBO5. L’arrêté précise néanmoins qu’à compter du 9 juin 2020, Alteo devra se conformer à des valeurs réglementaires identiques à celles exigées pour une station d’épuration classique dont les rejets dans le milieu naturel doivent respecter une DCO maximale de 125 mg/l et une DBO5 de 30 mg/l, pour un flux annuel maximum autorisé de 236 tonnes en DCO et 71 t en DBO5. Mais pour les six mois à venir, les valeurs autorisées restent très supérieures, fixées à 80 mg/l en DBO5 et 200 mg/l en DCO (ce qui est malgré tout inférieur à la valeur fixée en 2015, qui s’élevait alors à 800 mg/l !).

La faune marine du Parc National des Calanques devra donc supporter pendant encore plus de cinq mois, et peut-être davantage pour peu que les juristes d’Alteo trouvent de nouveaux arguments à faire valoir pour repousser encore le délai, des rejets d’eaux fortement polluée, de nature à rendre les eaux totalement anoxiques. Mais l’essentiel était de trouver avant le 31 décembre de quoi fournir un peu d’oxygène à Alteo à défaut d’en procurer aux poissons de la baie : le Préfet a bien mérité son réveillon !

L. V.

Les rivières mystérieuses de Cassis s’invitent au JT de TF1 !

16 avril 2018

C’est une belle consécration pour l’association de spéléologues qui travaille depuis des années à améliorer la connaissance des rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou qui débouchent en mer dans la baie de Cassis : le 12 avril 2018, un reportage tourné le 31 mars par une équipe de reporters de TF1 était diffusé au journal télévisé de 20h dans la rubrique Découverte.

Le reportage dure moins de 5 mn mais, diffusé à une heure de grande écoute, c’est un bel hommage pour cette équipe de passionnés qui passe tous ses week-end à poursuivre pas à pas ses explorations, en particulier dans la galerie noyée de Port-Miou qui fait l’objet de ce reportage.

Comme le président de l’association, Gérard Acquaviva, l’avait lui-même expliqué devant une assemblée très nourrie de Carnussiens à l’occasion d’une conférence organisée par le CPC en octobre 2015, cette source d’eau douce qui débouche en mer à l’entrée de la calanque de Port-Miou est en réalité l’exutoire d’une galerie souterraine karstique désormais noyée que les plongeurs ont pu remonter à contre-courant sur une distance supérieure à 2 km.

Dans les années 1960, la SEM s’était intéressée de très près à cette source sous-marine comme ressource potentielle d’eau douce pour l’approvisionnement de Cassis et avait été jusqu’à investir dans la construction d’un barrage souterrain situé dans une cloche d’air à 500 m en amont de l’exutoire en mer. L’objectif de ce barrage était d’empêcher les remontées d’eaux salines dans la galerie. Mais depuis, on a compris que les communications avec l’eau de mer se faisaient surtout par d’autres conduits naturels plus profonds, vestiges d’un ancien réseau karstique développé lorsque le niveau marin se situait nettement plus bas.

Infographie TF1

Le puits creusé à l’époque pour le chantier du barrage facilite néanmoins les explorations sous-marines qui se font à l’aide d’un matériel aussi encombrant et lourd que sophistiqué. Le lendemain du passage des reporters de TF1, l’équipe de plongeurs conduite par Xavier Meniscus s’est ainsi offert le luxe de progresser d’une vingtaine de mètres en terrain jamais exploré jusque-là.

Plongeur à Port-Miou (extrait du reportage de TF1 – source Xavier Meniscus)

A l’extrémité amont de la galerie s’ouvre en effet un immense puits qui descend jusqu’à 232 m sous le niveau de la mer, en limite des capacités actuelles de la plongée souterraine. Le 1er avril dernier, l’équipe de plongeurs est descendue jusque-là et s’est avancé jusqu’à un nouveau carrefour ouvrant sur deux galeries, l’une se dirigeant vers la mer et l’autre sous forme d’une diaclase par où proviennent vraisemblablement les eaux du bassin versant amont. La zone de contact entre l’eau douce, issue des écoulements souterrains amont et une eau très salée, proche de la concentration de l’eau de mer, a d’ailleurs été bien repérée, ce qui confirme que l’eau salée remonte depuis la mer par des conduits plus profonds.

A de telles profondeurs et dans des conditions d’accès aussi périlleuses, la progression des explorations sous-marines devient délicate. C’est pourquoi les spéléologues travaillent en parallèle à rechercher des accès depuis la surface du plateau calcaire, comme cela a déjà été exposé ici et comme l’indique le reportage. Les essais de colorations effectués en 2015 sur deux gouffres situés tout près de Carnoux avaient connu des fortunes diverses. Celui des Gorguettes, situé en contrebas de la descente de Cassis, n’avait pas mis en évidence de jonction avec la galerie de Port-Miou alors que la coloration effectuée sur le gouffre du Mussuguet 3 s’était révélée nettement plus prometteuse.

Entrée du puits Mussuguet 3

Depuis, les membres de l’association s’acharnent donc à tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel, initialement comblé d’éboulis. Le travail, bien que fastidieux et harassant, est payant puisque le fond du puits approche désormais de la profondeur de 50 m ! On est encore très au-dessus du niveau de la galerie de Port-Miou qui court plus bas, mais les spéléologues gardent bon espoir…

D’autant qu’un autre trou est identifié à quelques centaines de mètres de là, présentant en outre l’avantage de se situer de l’autre côté de la limite du périmètre du Parc national des Calanques, ce qui en facilite l’exploration. Dans les deux cas, la présence en profondeur d’une forte concentration de gaz carbonique toxique complique la tâche des spéléologues et exige de prendre des précautions spécifiques pour extraire le gaz avant toute pénétration.

Ce second puits, baptisé Sumac, fait également l’objet d’un gros travail de désobstruction depuis plusieurs années et atteint désormais une profondeur comparable. Une nouvelle coloration est d’ailleurs prévue la semaine prochaine dans ce dernier gouffre, avec le secret espoir que la fluorescéine débouche bien dans la galerie de Port-Miou, où des capteurs très précis permettent de la repérer même à de faibles concentrations. Si tel est le cas, nul doute que cela regonflera le moral des spéléologues de Cassis, les rivières mystérieuses, qui redoubleront d’efforts pour parvenir un jour, qui sait ?, à la jonction entre ces conduits karstiques qui drainent le plateau calcaire, et cette galerie noyée qui débouche en mer. De quoi entretenir la fièvre de ceux qui explorent l’inconnu, à deux pas de chez nous !

L.V.  

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’inconnu, pour trouver du nouveau.

Baudelaire, in Les Fleurs du mal

Galerie des Janots : une découverte insolite…

25 mars 2018

Pour qui se rend à La Ciotat en venant de Cassis ou de La Bédoule, il est difficile de ne pas repérer le chantier qui se prolonge depuis des mois le long de la RD 559 qui est surmontée à cet endroit d’une passerelle provisoire. Ce chantier inhabituel est celui du siphon des Janots et est un des signes bien visibles d’une opération lancée depuis bientôt 10 ans par la Communauté urbaine de Marseille, intégrée depuis à la Métropole Aix-Marseille-Provence qui en a donc repris la maîtrise d’ouvrage.

Le Canal de Marseille au niveau de l’aqueduc de Roquefavour, achevé en 1847 (source © Marseille en live)

L’ouvrage concerné par ces travaux titanesques est une des branches du Canal de Marseille qui court sur près de 200 km depuis La Roque d’Anthéron, en l’occurrence la dérivation de La Ciotat qui approvisionne en eau potable les communes de Cassis, de Roquefort-La Bédoule, de La Ciotat et de Ceyreste. Cette canalisation majeure franchit le massif de Carpiagne par le souterrain du Mussuguet qui débouche tout près de la gare de Cassis. Après Cassis, elle doit ensuite traverser un second massif sous la Couronne de Charlemagne. Pour cela, elle emprunte tout simplement le tunnel SNCF des Janots.

Mais le passage de la canalisation dans le tunnel, aménagé entre 1956 et 1964 se fait par des ouvrages vétustes et fuyards qui posent de grosses difficultés d’exploitation et de maintenance. Cette canalisation qui ne permet de faire transiter que 330 l/s est de toute façon très insuffisante, surtout en période estivale, pour répondre aux besoins sans cesse croissants de l’usine de potabilisation de La Ciotat, laquelle alimente aussi Ceyreste et Saint-Cyr-sur-mer. Il a donc été décidé de déplacer cette canalisation en dehors du tunnel SNCF et de creuser une nouvelle galerie spécifique parallèle, avec pour objectif de faire passer par la future canalisation un débit de 440 l/s, qui pourrait même être porté ultérieurement à 1 m3/s.

Creusement de l’amorce de galerie sur La Ciotat en prévision de la mise en place du tunnelier à l’entrée de la galerie des Janots (source © Bronzo)

L’opération n’est pas anodine puisque son coût est évalué à 55 millions d’euros, financé en partie (pour 11 millions) par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Le creusement de la galerie proprement dit, estimé à près de 27 millions par les services de la Métropole, doit se faire sur une longueur de 2 750 m et selon un diamètre de 3,5 m. Elle passe sous le Parc national des Calanques, avec une épaisseur de recouvrement qui varie le long du tracé entre 15 et 180 m, mais elle serpente également très près de la voie ferrée et à proximité de nombreuses habitations, ce qui rend l’opération délicate.

Le tunnelier Augustine lors de son baptême le 3 février 2017 (photo © Christiane Wanaverbecq – Le Moniteur)

Il a donc fallu un tunnelier, construit tout spécialement par la société Robbins et installé à pied d’œuvre depuis janvier 2017, un engin de 135 m de longueur et pesant 250 t, destiné à creuser la roche pendant une durée prévisionnelle de 10 mois en travaillant 24 heures sur 24. Inaugurée le 3 février 2017 en présence de nombreuses personnalités dont la maire de Cassis, Danièle Milon, et le maire de Gemenos, Roland Giberti, par ailleurs délégué à l’eau et à l’assainissement à la Métropole, la machine imposante a été baptisée du petit nom d’Augustine. Une référence bien sûr au prénom de la mère de Marcel Pagnol, lui qui arpentait dans son enfance avec émerveillement les rives du Canal de Marseille.

Amorce de galerie pour la mise en place du tunnelier (source © Made in Marseille)

Depuis, le tunnelier poursuit son travail de grignotage. Prévu pour s’achever fin 2017, le percement de la galerie s’est prolongé au-delà des prévisions, ce qui n’a rien d’inhabituel dans ce type de chantier hors normes soumis à d’inévitables aléas géologiques, surtout dans un massif calcaire sujet aux phénomènes de karstification liés à la dissolution du carbonate de calcium sous l’effet de la circulation des eaux souterraines plus ou moins acides qui s’infiltrent via les fissures de la roche, élargissant ces dernières jusqu’à former de véritables cavités.

Et ça n’a pas loupé comme l’a annoncé Eiffage, l’entreprise générale mandataire du marché de travaux : le 13 mars 2018, Augustine est justement passée juste à côté d’une vaste cavité karstique remplie de magnifique concrétions. La géologue de service, une certaine Marie Lesimple, a donc eu le privilège de pénétrer la première, accompagnée d’un jeune ingénieur dénommé Salah-Edinne Chatouani, dans cette grotte en forme de cloche qui ne présente pas d’autres accès apparents praticables.

Cette découverte grandiose a mis en émoi les responsables du chantier et le directeur des travaux souterrains d’Eiffage Génie Civil, Loïc Thevenot, s’est déplacé en personne pour admirer le spectacle inattendu et prononcer une sentence historique, comme il se doit en pareille occasion, déclarant : « On se sent tout petit quand on contemple ces merveilles que la nature nous offre ».

Vue de la cavité karstique découverte à l’occasion des travaux de creusement de la galerie des Janots (source © Eiffage)

L’accès à la grotte, ouvert grâce au passage du tunnelier, a été immédiatement sécurisé par un ouvrage en béton muni d’une trappe afin de permettre des investigations ultérieures et surtout pour que le chantier puisse suivre son cours sans tarder davantage. Il reviendra ensuite au maître d’ouvrage, à savoir la Métropole, de décider du sort de cette caverne joliment concrétionnée, découverte par le plus grand des hasards grâce au percement de cette galerie technique destinée à apporter aux Ciotadens l’eau issue de la Durance, alors même que de l’eau circule en abondance à travers les interstices de ce massif, comme en témoigne l’importance du volume de vide créé au fil des millénaires du fait de ces infiltrations naturelles…

L. V. 

A quoi sert donc le Parc des Calanques ?

30 octobre 2017

Au dessus de la calanques d’En Vau

Souvenons-nous des débats homériques qui avaient secoué le petit monde politique local lorsqu’avait été lancée, en 2009, la concertation en vue de définir les contours du futur Parc national des Calanques, alors en gestation depuis une dizaine d’années mais dont la mise en œuvre devenait envisageable grâce à la réforme des parcs nationaux adoptée en 2006 et surtout suite à l’arrêté de prise en considération du projet signé par le premier ministre de l’époque le 20 avril 2009, un certain François Fillon, qui s’est depuis illustré par d’autres actions moins glorieuses…

Lors d’une conférence organisée sur Carnoux à ce sujet en décembre 2009, les craintes que suscitaient le projet avaient été lourdement exprimées. Comme de coutume, la plupart des élus locaux étaient alors mobilisés contre ce projet, perçu comme une main mise de l’État et dont la concrétisation allait nécessairement se traduire par l’imposition de contraintes supplémentaires et la perte de certaines de leurs prérogatives en matière d’aménagement du territoire et de développement urbain.

Extrait d’un article publié dans La Provence le 11 décembre 2009

Ce sont d’ailleurs ces arguments qu’a mis en avant le conseil municipal de Carnoux pour décider à l’unanimité de son refus de s’intégrer à l’aire d’adhésion du Parc lors de sa création en avril 2012. Tout le monde ou presque était alors persuadé que la création de ce Parc national allait se traduire par une mise sous cloche du massif des Calanques, sous le regard sourcilleux d’agents assermentés veillant scupuleusement à la stricte application de réglements tatillons, de nature à interdire toute activité de pêche, de chasse et de loisir.

Panneau de signalisation du Parc national des Calanques (route des Crêtes)

Mais les élus locaux se sont tellement démenés que les contours du Parc ont été réduits à la portion congrue et la charte du Parc complètement vidée de sa substance. Du coup, 5 ans après sa création, le Parc national des Calanques est comme transparent. En dehors de quelques panneaux bien discrets posés à certaines entrées et de quelques dizaines d’agents qui patrouillent dans le massif pour rappeler avec patience les règles de base à respecter dans un espace naturel protégé, l’impact du Parc national est jusqu’à présent excessivement modeste.

L’émissaire de Cortiou par où sont déversés les effluents de la station d’épuration Géolide dans le coeur marin du Parc national des Calanques

Aucun arrêt de l’urbanisation n’a été constaté depuis la création du Parc et la bétonisation se poursuit comme jamais dans toutes les communes limitrophes, de Marseille à La Ciotat en passant par Cassis. Les eaux usées de toute l’agglomération marseillaise et de Cassis continuent de se rejeter en plein coeur du Parc national, de même d’ailleurs que les déchets industriels toxiques de l’usine d’alumine de Gardanne, malgré les avis négatifs exprimés par le Ministère de l’Environnement, mais avec l’aval des élus du Parc, tandis que les eaux limpides des calanques continuent d’être sillonnées en tout sens par des norias de bateaux à touristes, de yachts privés, de hors-bord et de jet ski tous plus bruyants et plus polluants les uns que les autres..

Quant à la chasse, non seulement le Parc national ne l’a pas interdite sur son périmètre mais de surcroit il y autorise explicitement la chasse aux gluaux, pourtant expressément illicite aux yeux de la législation européenne, ainsi que le lâcher de gibier de tir, de ces faisans d’élevage sachant à peine voler qui sont lâchés dans la nature la veille de l’ouverture et qui se font écraser sur les routes par des automobilistes distraits.

Ballet de bateaux à l’entrée de la calanque de Port Miou

Pour ce qui est de la pêche, et en dehors des quelques zones de non-pêche soigneusement délimitées, la réglementation est des plus légères, autorisant par exemple pour la pêche de loisir 7 kg de poissons par jour et par personne auxquels s’ajoutent 15 prises tels que loups, daurades, congres ou bonites… Difficile de définir des règles moins contraignantes ! Elles résultent d’ailleurs de décisions prises par une commission rassemblant de nombreux acteurs socio-économiques : prudhommies de pêche, comité régional de pêche, représentations de fédérations de pêche de loisir, clubs et sociétés nautiques de pêche… Autant dire que chacun y plaide d’abord pour ses propres intérêts !

Mérou brun, espècé protégée (photo © Hervé Thedy)

En réalité, les seules limites qu’a réussi à fixer le Parc national concerne la lutte contre le braconnage, dans le but avoué de ne pas venir concurrencer les intérêts des pêcheurs professionnels. Et pourtant, force est de constater que même sur ce point le Parc national n’a pas fait preuve jusque là d’une grande efficacité comme vient de le démontrer l’affaire qui défraie l’actualité et qui a été révélée par un article de La Provence le 24 octobre dernier.

Les faits ne datent pas d’hier puisqu’ils ont été dénoncés en septembre 2015 par un groupe de plaisanciers excédés d’observer, jour après jour, des braconniers venir pêcher en toute impunité et avec de gros moyens dans les zones interdites du Parc, notamment autour de l’île de Riou ou près du phare du Planier. Ils adressent alors une lettre anonyme à la compagnie de gendarmerie maritime de Marseille, mais sans aucun effet. Un an plus tard, un pêcheur professionnel revient à la charge et prend à son tour la plume pour dénoncer ces agissements scandaleux et illicites, qui sont d’ailleurs confirmés par des observations effectuées par les agents du Parc national eux-mêmes.

Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête et mettent sur écoute les téléphones portables des suspects, entre septembre 2016 et février 2017, tout en épluchant leurs comptes bancaires. Ils n’ont alors aucun mal à confirmer l’existence d’une véritable entreprise de braconnage à grande échelle, aux activités quasi industrielles. Deux pêcheurs professionnels, dont l‘un a d’ailleurs déjà été condamné il y a deux ans pour activité illégale dans ce même Parc des Calanques, sont mis en cause et les montants en jeux sont considérables.

Extrait d’une plaquette éditée par le Parc national des Calanques

Vue de la calanque d’En Vau et du Cap Canaille

Les biens utilisés pour ce braconage à grande échelle, dont un bateau semi-rigide explicitement nommé « Bracoboat » ont été saisis pour une valeur estimée à environ 200 000 €, ce qui confirme l’échelle industrielle de ce trafic. Les 4 pêcheurs et chasseurs sous-maris impliqués dans ce pillage en règle des richesses biologiques du Parc national des Calanques sont poursuivis pour travail dissimulé et blanchiment de travail dissimulé en bande organisée, pêche maritime dans une zone interdite et mise sur le marché par un établissement non agréé, de produits d’origine animale destinés à la consommation humaine. Ils comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Marseille le 8 novembre prochain et risquent de lourdes amendes.

En parallèle, 8 revendeurs qui écoulaient le produits de leurs pêches miraculeuses, dont des poissonniers et grossistes ainsi que des restaurateurs renommés de Marseille, sont convoqués devant le délégué du Procureur de la République car ils sont également poursuivis pour achat en connaissance de cause, de produits de la pêche sous-marine non professionnelle et d’achat non autorisé d’espèces animales protégées, dont certaines étaient d’ailleurs pêchées dans des zones réputées inalubres au droit de l’émissaire de Cortiou en particulier.

Ecogardes du Parc national des Calanques

Ce véritable pillage organisé qui se déroule depuis des années au nez et à la barbe des agents du Parc national des Calanques dont la principale raison d’être consistait pourtant à assurer une meilleure protection des richesses environnementales de ce milieu naturel exceptionnel, conduit à s’interroger sur l’efficacité réelle de cet outil. L’implication forte des collectivités locales dans sa gouvernance était certes une nécessité pour permettre l’acceptation du projet, mais elle s’est traduit par un tel affaiblissement des contraintes réglementaires qu’on en vient à se demander si le Parc, dans son fonctionnement actuel, présente la moindre utilité, même si les plus optimistes diront que ce serait sans doute bien pire sans cela…

L.V.  

Bernard Deflesselles, réélu grâce aux voix du FN

19 juin 2017

Il n’y aura donc pas eu de miracle ce dimanche 18 juin 2017 dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Le transparent mais inamovible Bernard Deflesselles va donc entamer son cinquième mandat de député ! Alors que l’Assemblée nationale vient de subir un véritable coup de balai avec pour la première fois sans doute une forte majorité de nouveaux élus (429 sur les 577 députés de la nouvelle mandature, soit 75% d’entre eux) et de femmes (38 % : du jamais vu en France !). Sur les 354 députés sortant qui se représentaient, seuls 148 ont réussi à se faire réélire.

La composition de la nouvelle Assemblée nationale (© Linternaute.com / source : ministère de l’Intérieur)

Un tel scénario est largement inédit sous la Vème République puisque ce ne sont habituellement que 150 à 200 sièges qui sont renouvelés à chaque élection. Le maximum jamais enregistré jusque-là était de 310 sièges, mais il faut pour cela remonter à 1958 : une autre époque…

Et il a fallu que cela tombe sur notre circonscription, alors que le député sortant, en fonction depuis près de 20 ans, aurait bien mérité d’être dégagé ! Il s’en est pourtant fallu d’un cheveu puisqu’il n’a été réélu qu’avec moins de 500 voix d’avance sur sa concurrente, la candidate En marche Sylvie Brunet qui, pour sa première campagne, a frôlé la victoire en remportant 49,23 % des suffrages. Jamais sans doute dans sa (trop longue) carrière de député, Bernard Deflesselles n’aura été aussi mal élu avec moins de 18 000 voix en sa faveur sur l’ensemble de la circonscription.

Un résultat très serré dans la 9ème circonscription (source : France3)

Il faut dire à sa décharge qu’à peine plus de 40 % des électeurs se sont déplacés pour ce deuxième tour des législatives qui n’ont manifestement pas mobilisé les foules. Et encore, pas forcément pour se prononcer en faveur d’un des deux candidats encore en lice puisque le pourcentage de votes blancs et nuls avoisine les 10 % !

Au premier tour, les votes avaient été relativement homogènes entre les 9 communes de la circonscription qui avaient toutes placé en tête la candidate de La République en marche. Au deuxième tour en revanche, la répartition des suffrages est plus disparate. Saluons en particulier la cohérence de nos voisins de Roquefort-La Bédoule et de La Ciotat qui ont placé en tête Sylvie Brunet à l’issue du second tour, tandis que ceux de La Penne-sur-Huveaune ont réalisé l’exploit d’attribuer un score strictement identique aux deux candidats avec 690 voix chacun… Cassis s’est aussi essayé à l’exercice mais a raté la cible de peu avec seulement 4 voix d’écart entre les deux candidats !

Affiche de campagne de Sylvie Brunet

Sans surprise, c’est à Carnoux que le vote en faveur du député conservateur sortant a été le plus massif puisque c’est dans cette commune qu’il a recueilli non seulement le meilleur score de la circonscription avec 56,7 % des suffrages exprimés, mais c’est là surtout qu’il a engrangé l’essentiel des voix qui lui ont permis de creuser l’écart sur sa challenger.

Il peut donc remercier son ami Jean-Pierre Giorgi qui s’est démené entre les deux tours pour remobiliser son électorat captif et organiser le ramassage à domicile pour faire voter tous les retraités de la commune. Alors que Bernard Deflesselles n’avait recueilli que 682 voix le 11 juin, il en a obtenu quasiment le double une semaine plus tard : chapeau l’artiste !

Bernard Deflesselles inaugurant le nouveau casino de La Ciotat, le 8 juin 2017, à 3 jours des élections législatives (source : compte twitter du candidat)

En fait, au-delà de cette mobilisation accrue en sa faveur, c’est la manière dont s’est fait le report des voix entre les deux tours qui explique largement ce basculement en faveur du député sortant. A Carnoux comme dans la plupart des communes de la circonscription, le nombre de voix supplémentaires engrangées par Bernard Deflesselles à une semaine d’écart correspond grosso modo au score du Front national au premier tour.

Et ceci n’a rien de surprenant au vu du ton employé par le député LR dans sa profession de foi où il écrit notamment « J’ai besoin de vous pour défendre à l’Assemblée nationale l’ordre et la sécurité, pour lutter contre le terrorisme, l’intégrisme et le communautarisme, refuser l’assistanat, pour préserver l’histoire, la culture et les racines de la France ». Un discours tout en nuance, à peine teinté d’un zest de patriotisme, tout à fait de nature à rassurer les électeurs frontistes et tout bon citoyen légitimement inquiet du danger manifeste que représentent l’ex banquier d’affaire Emmanuel Macron et son premier ministre LR, Edouard Philippe qui, comme chacun le sait ne sont que de dangereux terroristes, suppôts de l’islamisme radical, et qui ne rêvent que de détruire l’histoire et les fondements culturels de notre civilisation.

Voilà en tout cas qui nous rassure sur l’esprit de finesse de celui qui va encore nous représenter pendant cinq longues années au Parlement. On ne pourra jamais assez le remercier de nous avoir défendu avec autant de détermination « face à une candidate hors-sol, soumise à un gouvernement et un parti unique dictant leur volonté depuis Paris ». Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui ont préféré s’abstenir dimanche dernier ont-ils bien conscience du péril extrême auquel ils ont échappé en ne se mobilisant pas comme un seul homme contre une telle menace, quasi bolchévique ?

L.V. 

Législatives : la fin du système Deflesselles ?

14 juin 2017

Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle (crédit photo Jean-François Monier / AFP)

Le premier tour des élections législatives de juin 2017 restera sans doute dans les annales de la vie politique française. Survenant un mois tout juste après l’élection surprise d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, il a d’abord été marqué par un taux d’abstention jamais vu pour une telle échéance électorale : moins d’un Français sur deux, inscrit sur les listes électorales, a jugé utile de se déplacer pour choisir celui qui les représentera à l’Assemblée nationale pour les 5 ans à venir !

Ce n’était portant pas le choix qui manquait, avec plus de 8000 candidats en lice, parfois jusqu’à 25 dans certaines circonscriptions, couvrant largement tout l’éventail de l’offre politique imaginable. Comment donc expliquer une telle désaffection ? A croire que les citoyens français n’accordent plus le moindre crédit à leurs parlementaires, pourtant chargés de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement…

Et pourtant, ceux qui se sont déplacés, ont créé un véritable tsunami politique ! La carte de France des résultats du premier tour s’est brusquement colorée en violet… Une couleur assez innovante dans le paysage politique hexagonal, subtil mélange de rose socialiste et de bleu républicain, la nouvelle marque de fabrique de la République en marche : avec plus de 32 % des suffrages exprimés (en comptant les voix recueillies par son allié MODEM), ce parti qui n’existait pas il y a un an est en passe d’obtenir la majorité absolue au Parlement avec déjà deux députés élus au premier tour et peut-être de l’ordre de 400 sur 577 dimanche prochain.

Carte de France des résultats du 1er tour des législatives 2017 (infographie FranceInfo)

Les Républicains pourraient perdre la moitié de leurs représentants à l’Assemblée nationale tandis que le Parti socialiste sort laminé de cette compétition avec moins de 10 % des suffrages exprimés et de nombreux ténors de la vie politique française balayés, dont le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’ancienne ministre Elisabeth Guigou, l’ex-candidat à la Présidentielle Benoît Hamon, ou encore le député marseillais sortant Patrick Menucci.

Mais la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon perd aussi de nombreux points par rapport à son score de la Présidentielle et ne peut guère espérer remporter qu’une quinzaine de sièges dans la prochaine assemblée. Le Front national fait également une très mauvaise affaire avec à peine plus de 13 % des suffrages exprimés et une espérance de sièges qui devrait se compter sur les doigts d’une main.

Dans un tel séisme politique qui pourrait déboucher sur une Assemblée nationale renouvelée à plus de 60 %, la 9ème circonscription des Bouches du Rhône n’a pas non plus été totalement épargnée par cette aspiration au changement. Élu sans discontinuer depuis 1999 et s’apprêtant à débuter sans le moindre doute son cinquième mandat avec le soutien appuyé de 8 des 9 maires de sa circonscription, le député sortant Bernard Deflesselles a, de manière totalement inédite, été battu au premier tour dans chacune des 9 communes de la circonscription par la candidate En marche, Sylvie Brunet, pourtant quasi inconnue localement.

Bernard Deflesselles se voyait réélu dans un fauteuil (crédit photo Pascal Parrot / ABACA, paru dans Le Figaro en 2012)

Les jeux ne sont pas encore faits et on imagine que le député sortant s’active en coulisse avec l’aide de tous les élus locaux qui le soutiennent pour organiser la mobilisation en vue de conserver sa place à l’issue du second tour. Nul doute que les votes par procuration seront nombreux dimanche prochain et que les déambulateurs se presseront devant les isoloirs. Reste à savoir si cela suffira pour sauver le brave soldat Deflesselles…

Car les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Malgré sa forte notoriété et son assiduité remarquée à toutes les fêtes de village et à toutes les commémorations d’anciens combattants, le député sortant n’a guère recueilli sur son nom qu’à peine plus de 10 500 voix, une misère par rapport aux 27 000 qu’il avait totalisées en 2007 et aux 19 000 de 2012. Une longue descente aux enfers qui traduit un ras le bol de la population face à ces professionnels de la politique qui misent tout sur le clientélisme et le soupoudrage de leur réserve parlementaire pour se constituer un réseau d’obligés.

Même les petites ficelles telles que le recours à l’ami Musumeci pour dérouter les électeurs et siphoner les voix de l’adversaire du moment (la Gauche socialiste en 2012, la République en marche en 2017) ont fini par craquer…

Sylvie Brunet, future députée de la 9ème circonscription ? (source : site de campagne de la candidate)

Résultat : même à Carnoux où pourtant l’électorat conservateur lui est largement acquis, le député a fini par lasser et ne recueille que moins de 700 voix, lui qui en comptait près de 2000 en 2007 ! A Aubagne, il ne réunit sur son nom que 22 % des suffrages malgré la présence du maire Gérard Gazay comme suppléant. A Roquefort – La Bédoule, il n’arrive qu’en troisième position, derrière les candidats En marche et Front national. Même chose à Cuges les Pins où il ne passe même pas la barre des 20 % à l’issue du premier tour. Quant à La Penne sur Huveaune, il s’y place en quatrième position, devancé également par la candidate de la France insoumise.

Dans un tel chaos, où personne ne sait plus très bien où est la droite et où est la gauche, il n’est pas forcément aisé de faire des pronostics quant à l’issue du deuxième tour. Sauf sursaut de l’électorat républicain il est néanmoins permis d’espérer que la population reconnaissante va enfin offrir une retraite bien méritée à son cher député sortant et solder une fois pour toute ce clientélisme d’un autre âge qui sclérose totalement la vie politique locale : chiche ?

L.V.