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A Cassis, polémique autour des rejets d’eaux usées

7 août 2016

C’est une vidéo diffusée sur le site de l’association Nox Diving la veille du week-end de Pâques en avril 2016, qui a mis le feu aux poudres et déclenché une belle polémique. On y voit l’apnéiste Michel Dron plonger dans la baie de Corton à Cassis, pour aller explorer l’exutoire des canalisations souterraines par où sont rejetées les eaux issues de la station d’épuration de Cassis, à quelques mètres seulement de profondeur et à moins de 100 m du rivage, dans un secteur très fréquenté par les baigneurs et les plaisanciers.

Panache d'eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache d’eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

L’association Nox Diving, qui s’était déjà distinguée par une belle vidéo montrant un plongeur en train d’évoluer en apnée le long des canalisations qui rejettent en mer les fameuses boues rouges de l’usine Altéo de Gardanne depuis le puits d’accès de Port-Miou, a réussi là un beau coup de communication qui a été largement repris par de nombreux médias dont France Bleu, FR3 ou le Nouvel Obs.

Emissaire à Cortiou

Emissaire à Cortiou

Le 28 juillet dernier, c’est même l’émission Envoyé Spécial, diffusée par France 2 qui a repris ces images pour diffuser un reportage choc, intitulé « Calanques en eaux troubles » qui dénonce, outre ce rejet des eaux usées à Cassis, l’arrivée en mer, dans le Parc National des Calanques, des rejets industriels de l’usine d’alumine de Gardanne, mais aussi des eaux issues de la station d’épuration de l’agglomération marseillaise à Cortiou, ainsi que les sols pollués au plomb et à l’arsenic en plusieurs points des calanques, autrefois occupés par des usines chimiques et désormais fréquentés par des baigneurs sans que la moindre indication ne vienne attirer leur attention quant aux risques encourus.

Panache en sortie de l'émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache en sortie de l’émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Sur la vidéo tournée par Nox Diving et reprise par les reporters d’Envoyé Spécial, on voit l’apnéiste s’approcher de l’exutoire sous-marin de la station d’épuration de Cassis par où s’échappe un panache noirâtre et que l’on devine nauséabond au vu des gestes dégoûtés du plongeur qui se bouche ostensiblement le nez. Ses commentaires, largement repris par le reportage d’Envoyé spécial, font état de présence de macrodéchets, de matière en suspension et même de matière fécale non décomposée, directement rejetés par la canalisation. On y apprend même que le plongeur trop aventureux aurait payé son exploration d’une magistrale gastro-entérite contractée dans les jours suivants…

Objectivement, il paraît peu probable que le panache d’eau rejetée en mer après traitement par la station d’épuration des eaux usées de Cassis contienne encore des macrodéchets et des excréments comme le laisse entendre l’association Nox Diving. Pendant des années, cette station, installée en 1973, a effectivement été la cible de très nombreuses critiques de la part des associations environnementales car devenue totalement obsolète et largement sous-dimensionnée. A tel point que la communauté urbaine MPM, qui avait pris depuis sa création la compétence liée à l’assainissement, avait dû investir de l’ordre de 220 k€ (largement subventionnés par l’Agence de l’Eau) pour rénover cette station entre 2003 et 2008.

Station d'épuration de Cassis à Corton

Station d’épuration de Cassis à Corton

Depuis cette date, la station est considérée comme répondant aux normes minimales exigées et les rejets sont conformes aux seuils fixés de manière réglementaires pour un rejet en milieu naturel. Dimensionnée pour 25 000 équivalent habitants (ce qui lui permet de faire face à l’affluence touristique estivale), la station est désormais pourvue d’un premier niveau de traitement physico-chimique puis d’un système de traitement biologique. Elle produit chaque année de l’ordre de 200 tonnes de boues et les eaux rejetées sont conformes à 97 % aux normes exigées. Sa mise en service depuis 2008 constitue donc indéniablement un véritable progrès en faveur d’une meilleure qualité des eaux de la baie de Cassis qui bénéficie d’ailleurs depuis 2009 du fameux Pavillon bleu qui reconnaît la qualité de ses eaux de baignade.

C’est d’ailleurs ce que s’est empressée de clamer haut et fort la maire de Cassis, Danièle Milon, qui a convoqué dès le 21 avril une conférence de presse pour vanter les efforts de la communauté urbaine (et désormais de la Métropole dont elle est d’ailleurs vice-présidente, heureuse coïncidence), insistant au passage sur les analyses quotidiennes des eaux de baignade pratiquées en période estivale sur les quatre plages principales de la commune dont celle de l’anse de Corton.

L'anse de Corton à Cassis

L’anse de Corton à Cassis

A ses côtés, le directeur de l’eau et de l’assainissement de la Métropole a confirmé que le panache d’eau noirâtre filmé par Nox Diving à quelques mêtres de la plage de Corton correspond bien aux rejets issus de l’émissaire de la station d’épuration de Cassis, dont la gestion a été confiée à la Société des Eaux de Marseille dans le cadre d’une délégation de service public. Il se garde néanmoins de préciser la composition de cette eau rejetée directement en mer à très faible profondeur et tout près de la plage. Le nombre de poissons attirés par le panache confirme sans aucun doute possible la très forte teneur en nutriments de ces rejets et il est non moins certain que la concentration en bactéries de type E. Coli est sans doute très élevée dans ce type d’effluents comme à la sortie de la quasi totalité des stations d’épuration en service, suffisant en tout cas pour provoquer une bonne gastrite à ceux qui s’en approcheraient de trop près !

Les arguments avancés par le technicien de la Métropole comme par l’élue de Cassis laissent cependant songeurs. Selon Jean-Yves Guivarch, le panache sombre issu de l’émissaire ne serait que le résultat des mouvements de palmes du plongeur alors que la vidéo prouve indéniablement qu’il ne reflète que le dégagement d’un effluent manifestement chargé.

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Quant aux propos de la maire de Cassis, largement repris par La Provence et qui ont même fait l’objet d’un communiqué affiché sur le site officiel de la commune, ils sont d’une violence étonnante à l’égard de ceux qui ont osé mettre en doute la qualité des eaux rejetées en mer après traitement : « Comme vous l’avez certainement remarqué, notre village fait actuellement l’objet d’une campagne de presse particulièrement virulente. Cette campagne de dénigrement (à laquelle participent certains habitants de notre propre village !) tente de jeter le discrédit sur la qualité de nos eaux de baignade, mettant ainsi en péril l’économie touristique de Cassis grâce à laquelle, rappelons-le, le village parvient à vivre malgré la crise. […] Les responsables de cette émission auraient décidé, au prix d’affirmations farfelues, de tuer l’économie du village et de mettre un bon nombre de ses habitants au chômage ou sur la paille, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. […] Contrairement à ce qu’affirment en chœur l’apnéiste gastroentérité et les reporters parisiens découvrant tout ébaubis le fonctionnement normal d’une station d’épuration, il y a des panaches dus à diverses causes techniques, mais il n’y a PAS d’excréments dans ces panaches. […] OUI, je me réserve le droit en tant que Maire attentive au bien être de notre village, de poursuivre en justice tous ceux dont les mensonges auront préjudicié aux intérêts de Cassis ».

On ne savait pas l’économie touristique cassidaine aussi vulnérable ni la maire aussi chatouilleuse sur ces questions d’image et aussi peu regadante sur les conséquences éventuelles des rejets communaux sur la santé de ses concitoyens ou la qualité du milieu naturel d’un Parc National dont elle a été pourtant (brièvement) présidente… Mais en tout cas le message est clair : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Et gare à ceux qui voudraient en savoir davantage sur le sujet…

L.V.  LutinVert1Small

A Cassis, on rejoue Arsenic et vieilles querelles…

2 février 2016

Voilà 50 ans que cela dure ! Cinquante ans que l’usine d’alumine de Gardanne déverse tranquillement dans la baie de Cassis, en plein coeur du massif des Calanques, ses déchets industriels riches en arsenic, mercure, titane, chrome, vanadium et autres métaux lourds mélangés dans une soupe toxique fortement concentrée en soude…

Tout devait s’arrêter au 31 décembre 2015, Convention de Barcelone oblige, qui interdit désormais les rejets industriels dans la Mer Méditerranée. Mais c’était sans compter sur le laxisme des pouvoirs publics et l’imagination du Fonds d’investissement qui détient désormais l’usine d’alumine Alteo de Gardanne, créée en 1894 et longtemps aux mains de Péchiney. Grâce à la mise en place de filtres-presses largement financés par de généreuses subventions de l’Agence de l’Eau, les boues rouges, résidus de la fabrication de l’alumine, se sont transformées en un liquide presque aussi toxique mais nettement plus présentable.

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Photos publiées dans La Provence du 30 janvier 2016

Du coup, le 30 décembre 2015, le préfet des Bouches-du-Rhône signait un arrêté autorisant de manière dérogatoire et pour une durée de 6 ans la poursuite des déversements en mer de ces eaux industrielles fortement toxiques à raison d’un débit colossal de 270 m³/h, et ceci malgré les nombreuses alertes des scientifiques, des pêcheurs et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui s’inquiètent des dégâts de cette soupe caustique sur le milieu marin et la biodiversité du Parc national des Calanques.

La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, s’était pourtant clairement prononcée contre cette poursuite des rejets toxiques en mer, mais c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a donné l’ordre au préfet de passer outre et d’accorder le précieux sésame à l’industriel, sur fond de chantage à l’emploi comme en 1966 lors de l’installation de la conduite de rejet. Mais les associations de défense de l’environnement, regroupées au sein du collectif Union Calanques Littoral, ne désarment pas et estiment que « la démocratie a été bafouée », rien de moins.

Henry Augier

Henry Augier

Son président, le professeur honoraire Henry Augier, ancien directeur du Laboratoire de biologie marine à l’université de Luminy et spécialiste des pollutions marines, dénonce dans un communiqué de l’UCL (TexteUCL) le fort pouvoir toxique des nombreux composants dangereux que contiennent ces rejets liquides dont curieusement l’effet n’a même pas fait l’objet d’études spécifiques puisque leur composition n’était pas connue précisément jusque là… Ses arguments le laissent pas d’inquiéter les nombreuses associations qui adhèrent à ce collectif et qui sont à l’origine d’une forte mobilisation autour de ce dossier. Plus de 100 000 personnes ont signé la pétition destinée à demander l’arrêt immédiat de ces rejets, même si cette opposition est bizarrement passée inaperçue des commissaires enquêteurs en charge de l’enquête publique qui s’est déroulée l’été dernier dans une grande discrétion.

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d'Alteo

Manifestation le 30 janvier 2016 contre les rejets en mer d’Alteo

Du coup, les opposants à ces rejets ont décidé de se manifester ouvertement en se rassemblant, samedi 30 janvier 2016, devant la Préfecture à Marseille. Ils étaient plus d’un millier ce jour-là à essayer de se faire entendre, accompagnés de quelques ténors dont José Bové qui ne décolère pas et juge inadmissible de laisser Alteo poursuivre pendant au moins 6 ans encore ces rejets en mer, en dérogation des engagements internationaux de la France et alors qu’un délai de 2 ans serait largement suffisant pour permettre à l’industriel de construire l’usine de traitement nécessaire pour épurer ces eaux et les réutiliser sur place.

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Le député européen José Bové lors de la manifestation du 30 janvier à Marseille (photo B. Horvat / AFP)

Il estime d’ailleurs que le fait que cette décision ait été imposée par le Premier Ministre malgré l’avis contraire de sa ministre de l’écologie pourtant en charge du dossier constitue une irrégularité majeure qui peut ouvrir la voie à un recours contentieux. Selon José Bové, « Valls est hors-la-loi » ! Un courrier a d’ores et déjà été adressée à Ségolène Royal pour dénoncer cette situation et les esprits s’échauffent en attendant. Avec Michèle Rivasi, le député européen écologiste envisage même de porter l’affaire devant la commission des pétitions du Parlement européen car la France pourrait être condamnée dans cette affaire pour violation d’une convention internationale.

Un dossier à tiroirs donc, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’agiter de vieilles querelles entre défenseurs de l’environnement et tenants du productivisme à tout crin…

L.V.  LutinVertPetit

Rejets d’Alteo à Cassis : la fuite en avant ?

8 novembre 2015
L'Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

L’Usine Alteo à Gardanne (photo S. Mercier / La Provence)

Le feuilleton des boues rouges de Gardanne, déchets issus de la transformation de la bauxite en alumine dans l’usine de Gardanne désormais baptisée Alteo et, depuis 2012, aux mains d’un fonds d’investissement américain, vient de connaître une nouvelle étape. Une première fois repoussée à la demande du ministère de l’écologie après avoir pourtant reçu un avis positif de la part du conseil d’administration du Parc National des Calanques, grâce aux nombreux élus locaux qui y siègent, l’enquête publique destinée à examiner la demande d’Alteo de prolonger de 30 ans le rejet en mer de ses effluents industriels toxiques a finalement eu lieu cet été et les commissaires enquêteurs viennent de rendre public, le 5 novembre 2015, leur rapport, désormais accessible sur le site de la Préfecture.Blog246_PhPanache

Comme en 1963 lorsque Péchiney avait eu la brillante idée de se débarrasser directement en mer, sans le moindre traitement préalable et au moyen d’une simple conduite gravitaire, de ses fameuses boues rouges, concentré de soude, de fer, d’arsenic, de métaux lourds (chrome, cadmium, mercure, plomb, aluminium, etc) et de quelques substances faiblement radioactives, les acteurs locaux, pêcheurs professionnels et défenseurs de l’environnement en tête, ne sont pas restés indifférents. Au total ce sont pas moins de 2300 avis qui ont été communiqués au long des 40 jours qu’a duré l’enquête publique qui s’est déroulé en parallèle dans 27 communes des Bouches-du-Rhône.

Plusieurs pétitions ont circulé cet été dont une pilotée directement par la municipalité de La Ciotat et qui a recueilli plus de 7 000 signatures. La réunion publique qui a été organisée à Gardanne le 11 septembre 2015 a attiré 370 personnes mais s’est de fait résumée à un dialogue de sourds entre défenseurs de la filière industrielle et protecteurs de l’environnement. Une autre réunion a été organisée le 23 septembre à Luminy par le mouvement Collectifs Littoral qui regroupe de nombreux citoyens et associations mobilisés pour la préservation de la frange littorale méditerranéenne et dont la pétition a recueilli près de 2000 signatures à ce jour.

Blog246_PhCana2Lors de cette réunion à Luminy a été présentée une vidéo remarquable réalisée par l’association Nox Diving qui réalise de superbes documents visuels subaquatiques. Dans cette vidéo, qui peut être visionnée sur le site de Collectif Littoral, on voir l’apnéiste Aldo Franco évoluer le long des deux canalisations de Péchiney posée par 15 m de fond à Port-Miou, à l’endroit où elles entament leur périple de plus de 7 km en mer. Les images mettent bien en évidence la vétusté de ces ouvrages installés en mer depuis maintenant 50 ans et qui commencent à être rongés par la corrosion. Une banderole avec un message militant a été posée au fond de la mer à proximité des canalisations pour attirer l’attention sur le risque majeur que font courir ces rejets toxiques sur la qualité des fonds marins.

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Extrait de la vidéo réalisée par Nox Diving (cameraman L. Dendeloeuf)

Mais les commissaires enquêteurs n’ont rien vu de tout cela et n’évoquent à aucun moment dans leur rapport l’existence de ces pétitions qui leur ont pourtant été remises en main propre. Ils se bornent à constater que l’industriel a bien suivi les procédures, a répondu avec beaucoup de bienveillance à toutes leurs interrogations et que les arguments en faveur du maintien de cette activité industrielle justifient largement de ne pas être trop regardant sur l’impact éventuel de ces rejets en mer, d’ailleurs largement méconnu puisque les investigations en cours n’ont pas encore livré leurs résultats.

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Un chien de mer, petit squale, péché à la palangre le 16 juillet 2015 par 300 m de fond dans le canyon de Cassidaigne (photo G. Carrodano)

Leur rapport reprend sans sourciller les principales conclusions de l’expertise de l’IFREMER qui affirmait sans rire que, comme chacun sait, « l’arsenic n’est pas considéré comme une substance particulièrement toxique » et que par ailleurs « l’IFREMER ne dispose que de très peu de données sur l’arsenic dans le milieu marin et n’a pas de programme de recherche sur cette thématique ». Pour quelle raison irait-on en effet dépenser de l’argent public pour se préoccuper de ce genre de question alors qu’il est tellement plus simple de dire qu’on en sait rien et que du coup rien ne prouve que c’est toxique ?

De manière générale d’ailleurs, le rapport (RapportEnqueteAlteoT2) des commissaires enquêteurs est rempli de bon sens et sa lecture confirme que l’affaire a été confiée à de vrais professionnels chevronnés. Leur tâche en effet n’était pas simple, ne serait-ce que pour s’y retrouver parmi les 7000 pages des 17 classeurs qui constituaient le dossier mis à disposition du public, totalement indigestes et redondantes à souhait, destinées d’abord à décourager tout citoyen de bonne volonté d’y mettre son nez. Mais nos experts ont fait preuve d’un esprit de synthèse remarquable en tranchant le sujet sans le moindre état d’âme et en rendant leur verdict en moins de 20 pages.

Les effluents liquides qui vont être rejetés directement en mer, en plein cœur d’un Parc national, sont selon toute vraisemblance hautement toxiques pour le milieu marin alors que des solutions alternatives existent pour les traiter comme l’a suggéré la tierce expertise conduite par le BRGM ? Qu’à cela ne tienne, il suffit d’assortir l’avis favorable d’une simple recommandation suggérant à l’industriel de bien prendre en compte « toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé ».

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Canalisations de Gardanne et de La Barasse dans le puits naturel de Port-Miou (photo Nox Diving)

Les inquiétudes qui portent sur l’état des 47 km de canalisation terrestre avec les risques inhérentes de fuites le long de son parcours (y compris dans la traversée de Carnoux-en-Provence, dont le maire n’a pourtant même pas vu la nécessité de rencontrer les commissaires enquêteurs !) ainsi que sur la dangerosité des émissions de poussières autour du site de stockage de Mange-Garri (où une étude épidémiologique vient d’être initiée), suscitent quand même quelques timides recommandations supplémentaires dans le rapport qui suggère qu’un peu de surveillance ne peut pas faire de mal…

Le dernier filtre-presse d'Alteo, subventionné à 50 % par l'Agence de l'Eau (photo S. Mercier / La Provence)

Le dernier filtre-presse d’Alteo, subventionné à 50 % par l’Agence de l’Eau (photo S. Mercier / La Provence)

En attendant la décision finale qui sera prise par le Préfet après consultation du CODERST mais dont l’issue ne fait désormais guère de doute, Alteo peut d’ores et déjà remercier les commissaires enquêteurs pour leur mansuétude et leur bienveillante compréhension des réalités économiques. La décision a d’ailleurs été fêtée comme il se doit et Alteo a invité dès le lendemain un panel d’élus, d’entrepreneurs et de journalistes, comme le relate La Provence, à venir visiter en grandes pompes son usine de Gardanne et ses fameux filtres-presse dont les deux derniers viennent tout juste d’être construits sur le site de Mange-Garri, grâce à une très généreuse subvention de 15 millions d’euros (la moitié du coût total) de la part de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Merci au passage à tous les généreux donateurs involontaires sachant que les trois-quart des redevances que perçoit l’Agence de l’Eau proviennent d’un prélèvement de 14 % sur les factures d’eau des particuliers…

L.V.  LutinVertPetit

Grosse affluence pour les rivières souterraines de Cassis !

17 octobre 2015

AfficheConfRivieres_A4La salle du Clos Blancheton n’avait pas assez de chaises pour accueillir les 120 personnes qui sont venues mardi 13 octobre 2015 assister à la dernière conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien, en collaboration avec l’association Cassis : la rivière mystérieuse. Il a fallu aller chercher des sièges supplémentaires et certains sont restés debout pour regarder les deux films présentés successivement par Louis Potié et Gérard Acquaviva, respectivement ancien et actuel présidents de l’association basée à Cassis depuis 2006.

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Il faut dire que le sujet avait de quoi attirer l’attention puisqu’il s’agissait d’explorer les mystères de ces deux rivières d’eau douce qui débouchent en mer, l’une à la sortie de la calanque de Port-Miou et l’autre au Bestouan, à l’issue d’un long parcours souterrain au cœur des plateaux calcaires qui bordent Carnoux.

Carte de 1706 indiquant l'existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Carte de 1706 indiquant l’existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Connues vraisemblablement depuis l’antiquité, ces arrivées d’eau souterraines qui contribuent à rafraîchir l’été les eaux de baignade sur la plage du Bestouan, ont été étudiées dès le début du dix-huitième siècle. Mais les conduits karstiques par où transitent ces écoulements n’ont pu être explorés sérieusement qu’à partir de 1956, avec le développement des scaphandres autonomes. Blog_Plongeur1

Ce sont les péripéties de cette longue exploration que raconte le film de 26 mn présenté par Gérard Acquaviva. On y suit la lente progression des plongeurs qui peu à peu, au prix d’efforts incroyables et malgré le danger (un biologiste américain y trouvera la mort en plongée le 20 mars 1960), dessinent les contours de ces deux rivières souterraines noyées qu’ils remontent à contre-courant depuis la mer.

L’autre film, réalisé en 1973 par Paul de Roubaix et joliment intitulé Le fleuve de la nuit, retrace les premières explorations de la rivière souterraine de Port-Miou et les tentatives d’exploitation de ces ressources en eau, à l’initiative du Syndicat de recherches de Port-Miou. Ce dernier, créé en 1964 et présidé alors par Louis Potié au nom de la Société des Eaux de Marseille, avait aménagé un forage au droit d’une poche d’air située à plus de 500 m du débouché en mer, afin de faciliter l’accès à la galerie de Port-Miou.

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

A l’époque, la DATAR envisageait que la population de Marseille allait passer d’ici l’an 2000 de 700 000 à 2 millions d’habitants, ce qui exigeait de rechercher à tout prix de nouvelles sources d’approvisionnement en eau potable. Un barrage a alors été coulé en place afin d’empêcher les remontées d’eau salée par la galerie, ce qui a représenté un véritable exploit technique et humain, une épopée que le film retrace avec beaucoup de lyrisme. Des mesures de débit et de salinité réalisées dans les années qui ont suivi ont confirmé l’efficacité de l’ouvrage. Mais des infiltrations plus profondes provoquent un apport non contrôle d’eau salée, de telle sorte que l’utilisation pour une alimentation en eau potable exigerait un traitement complémentaire. Depuis, les transferts d’eau depuis la Durance et le Verdon se sont renforcés tandis que les projections démographiques de la DATAR se sont révélées infondées, ce qui explique que les projets d’exploitation ne se soient pas poursuivis au delà de la fin des années 1970.

Plongée de Marc Douchet en 1992

Plongée de Marc Douchet en 1992

Même si pour l’instant il n’est plus question d’exploiter ces ressources en eau, l’exploration des réseaux souterrains se poursuit. Le travail des plongeurs a permis de remonter la rivière de Port-Miou sur une distance de 2 230 m. Le plancher de cette longue galerie naturelle se situe en moyenne entre 30 et 40 m sous le niveau de la mer mais atteint en son point terminal 178 m sous le niveau actuel de la mer, ce qui s’explique par le fait que ces conduits souterrains ont été creusés à une période où le niveau de la Méditerranée avait considérablement baissé par rapport à son niveau actuel (pendant la phase messinienne, il y a environ 10 millions d’année, la mer Méditerranée s’était d’ailleurs totalement asséchée !). La dernière tentative dans ce puits terminal a même atteint, en juin 2013, au terme d’une plongée qui a durée pas moins de 21 heures, la profondeur incroyable de 223 m !

Blog_CoupePortMiou

Quant à la rivière du Bestouan, le développement total des galeries explorées atteint désormais 3 750 m, qui se situent pour l’essentiel à faible profondeur, entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer.

Blog_CoupeBestouan

Plusieurs essais de coloration ont été effectués afin de mettre en évidence des liens entre ces circulations souterraines et des zones d’infiltration sur le plateau calcaire en amont, en particulier au niveau du poljé de Cuges-les-Pins, mais sans grand succès. En revanche, un lien avec un gouffre situé dans la montée de Ceyreste s’est révélé positif, ce qui confirme que ces résurgences sont en réalité des exutoires du vaste système aquifère du Beausset qui alimente notamment les sources de Dardennes au dessus de Toulon. Le projet scientifique KarstEAU, piloté par l’université d’Aix-Marseille, poursuit ses investigations pour mieux comprendre le fonctionnement de ces aquifères karstiques qui s’étendent sous le massif de la Sainte-Beaume et dont la valeur stratégique commence à être reconnue.

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Des explorations spéléologiques sont aussi en cours afin de rechercher des accès vers les rivières souterraines depuis certains avens qui s’ouvrent en particulier sur le plateau de Carpiagne et au Mussuguet. Une coloration effectuée en 2014 depuis un des gouffres du Mussuguet est bel et bien ressortie au Bestouan, ce qui justifie les gros efforts que font actuellement les spéléologues pour tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel encombré d’éboulis. Une autre coloration est prévue très prochainement dans le gouffre de la Gorguette qui s’ouvre juste en contrebas de la route départementale, dans la montée entre Cassis et Carnoux.

Espérons que tous ces efforts contribueront à lever le voile sur le mystère qui plane encore sur ces écoulements souterrains qui drainent le plateau calcaire sous nos pied. Peut-être qu’une meilleure connaissance de ces ressources en eau souterraines sera bien utile pour apporter un jour des compléments à notre système actuel d’approvisionnement en eau potable qui dépend largement de ressources exogènes…

L.V.  LutinVertPetit

Bientôt une conférence sur les rivières souterraines de Cassis

2 septembre 2015

Trois ans après la création du Parc national des Calanques et alors que se déroule l’enquête publique en vue d’une prolongation éventuelle des rejets d’effluents toxiques d’Altéo au large de Cassis, le Cercle Progressiste Carnussien organise sa prochaine conférence sur le thème des rivières souterraines mystérieuses qui parcourent le massif calcaire en profondeur et vont se déverser en mer.

Source sous-marine de Port-Miou en crue

Source sous-marine de Port-Miou en crue

C’est une association basée à Cassis et qui porte le nom charmant de « Cassis : la rivière mystérieuse » qui s’attache depuis des années à mieux connaître ces circulations d’eau souterraines à l’origine d’arrivées en mer d’eau douce. Deux sources sous-marines sont ainsi connues depuis plusieurs siècles au large de Cassis : l’une située au Bestouan, sous la villa Le Rastoin, et l’autre à Port-Miou.

Les premières études scientifiques datent de 1706 mais c’est surtout avec le développement des scaphandres autonomes que leur exploration a pu se réaliser, à partir de 1956 sous l’égide de l’Office français de recherches sous-marines. En 1964 est créé le Syndicat de recherches de Port-Miou (SRPM) qui imagine d’exploiter ces arrivées d’eau douce à des fins d’alimentation en eau potable. La SEM (Société des eaux de Marseille) et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) s’associent, avec l’aide notamment du bureau d’études Coyne et Bellier et des entreprises Solétanche et la Comex, afin de réaliser des barrages dans la galerie noyée de Port-Miou pour empêcher les remontées d’eau saline.

PhSpéléonauteCes travaux titanesques connaîtront de multiples vicissitudes et l’on s’apercevra au fil du temps que capter ces arrivées d’eaux douces en empêchant tout mélange avec les remontées d’eaux salées n’est pas si simple qu’il n’y paraît dans un massif calcaire karstifié en profondeur où les eaux circulent librement, parfois avec des débits colossaux… Pour s’y retrouver, il faut sans cesse repousser les limites de l’exploration qui se fait dans des conditions extrêmes de plongées souterraines particulièrement dangereuses.

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

A Port-Miou, la galerie principale a ainsi été reconnue sur plus de 2 km et on y a plongé dans un puits jusqu’à la profondeur de 178 m sous le niveau de la mer. Les spéléologues recherchent désormais des accès terrestres à la partie amont de la galerie et fondent leurs espoirs sur un gouffre déjà exploré jusqu’à une profondeur d’une quarantaine de mètres… Quant à l’émergence du Bestouan, plus de 4 km de galeries ont été explorées, à des profondeurs variant entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer. Le point le plus éloigné a été atteint en 1991 à 2 650 m de la grotte noyée, mais là aussi les explorations se poursuivent pour rechercher d’éventuels accès terrestres.

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C’est donc un véritable feuilleton riche en rebondissements que viendront évoquer prochainement à Carnoux Gérard Acquaviva, actuel président de l’association Cassis, la rivière mystérieuse, mais aussi Louis Potié, précédent président de l’association et ancien gérant de la SRPM, et Claude Touloumoudjan, plongeur réputé qui a participé activement aux explorations des galeries.

Leur intervention, qui sera accompagné d’un film retraçant cette épopée, aura lieu au Clos Blancheton (derrière la mairie de Carnoux, au bout de la rue Tony Garnier) mardi 13 octobre 2015 à 18h30. L’entrée est libre et gratuite comme pour toutes les conférences du Cercle : avis aux amateurs !

L.V.  LutinVertPetit