Archive for septembre 2014

Eau potable : des ressources locale insoupçonnées

30 septembre 2014

Chacun sait qu’à Carnoux comme dans quasiment toute l’agglomération marseillaise et désormais une bonne partie du Var, l’essentiel de l’eau potable que nous consommons est puisée dans la Durance et dans le Verdon, acheminée sur de longues distances par un immense réseaux de canaux, dont celui de Marseille et celui de Provence. Après avoir été soumise pendant des siècles au spectre de la sécheresse qui tarit les sources et assèche les rivières au plus fort des étés torrides, la région s’est très largement affranchie de ce frein à son développement, grâce à ce transfert massif d’eau depuis les cours d’eau alpins.

De ces temps anciens où l’eau était un bien rare et cher nous sont restés de multiples ouvrages réalisés à grand renfort de main d’œuvre et soigneusement entretenus au fil des siècles : aqueducs, canaux d’irrigation, fontaines et autres captages. L’un d’eux est une véritable curiosité locale : il s’agit d’un puits aérien conçu pour tenter de capter l’eau de condensation. Bâti sur la commune de Trans-en-Provence, à proximité de Draguignan, ancienne préfecture du Var, cet édifice méconnu mérite qu’on s’y attarde…

Arbre fontaine à Oman

Arbre fontaine à Oman

L’idée de condenser l’humidité ambiante de l’air pour en récupérer l’eau est ancienne. Les bergers de l’ïle El Hiero aux Canaries l’utiliseraient depuis le XVIIe siècle et d’autres contrées désertiques se sont emparées de l’idée, implantant des réservoirs sous les arbres afin d’y recueillir les fines gouttelettes qui se condensent sur le feuillage des arbres pendant les nuits fraîches. Depuis les années 1980, de multiples projets de filets attrape-brouillard se sont ainsi développés non seulement dans les îles de l’Atlantique mais aussi au Chili ou au Pérou.

Filet condenseur aux Canaries

Filet condenseur aux Canaries

A la fin du XIXe siècle, l’ingénieur Zibold, chargé de l’alimentation en eau de la ville de Féodosia en Crimée avait mis à jour de gigantesques cônes de pierres à proximité du réseau très sophistiqué de canalisations d’eau anciennes, ce qui l’avait amené à imaginer que ces anciens édifices étaient d’antiques condenseurs d’eau servant à capter la rosée nocturne. Une expérience de reconstitution de ces pyramides a été tentée en 1905 et s’est soldée par un échec. Depuis, cette hypothèse a été abandonnée, mais un Français, Léon Chaptal, s’en est inspiré pour tester le procédé en 1929 à Montpellier, aboutissant là encore à un résultat décevant.

Pourtant, l’ingénieur belge Marie-Frédéric Knapen, inventeur d’un procédé très astucieux d’assèchement des murs pour lutter contre les remontées capillaires dans les vieux monuments, lance lui aussi l’idée, lors d’un congrès de l’eau à Alger en 1928, de capter l’humidité de l’air ambiant pour la concentrer après condensation dans un « puits aérien ». Le projet n’ayant pu se faire en Afrique du Nord, l’ingénieur décide de s’y atteler à Trans-en-Provence où il s’installe en 1930. Il choisit un terrain abrité du mistral à 180 m d’altitude, sur la colline du Clos de l’Hermitage, et se lance dans une construction pharaonique.

Blog104_PhTrans1Le résultat, qui est toujours visible de nos jours, ressemble vaguement à un immense pigeonnier en forme de coupole percée d’une multitude d’orifices. Cette construction en pierres maçonnées, qui mesure plus de 12 m de hauteur et autant de diamètre pour une épaisseur de 2,50 m à la base, n’est que l’enveloppe extérieure. Une porte permet d’y pénétrer et débouche sur un couloir périphérique destiné à recueillir les eaux de condensation. La structure interne est le puits aérien proprement dit, d’un diamètre de 3,20 m, construit en béton et dont le centre est constitué par un tube métallique. La paroi externe de ce puits central est recouvert de 3000 plaques d’ardoises destinées à condenser l’eau qui doit ensuite s’écouler au centre du puits par l’intermédiaire de tubes de 3 cm de diamètre.

D’après les calculs de l’ingénieur Knapen, l’air humide devait pénétrer par les orifices supérieurs de la cloche, se condenser sur les plaques d’ardoise de la structure centrale plus froide puis ressortir par les orifices à la base de la structure. Il avait estimé pouvoir ainsi récupérer 30 à 40 m3 d’eau par jour. En réalité, les quantités d’eau recueillie ne dépassèrent pas 10 litres les jours les plus favorable ! Il faut dire que le climat local s’est avéré nettement moins favorable que celui des contrées désertiques algériennes, avec de trop faibles écarts de température entre le jour et la nuit. Et la structure s’est révélée avoir une inertie thermique excessive qui en atténue l’efficacité.

Blog104_PhTrans2Le puits aérien de Trans fait désormais partie du patrimoine local et des expérimentations scientifiques peu concluantes. Ce n’est certainement pas par cette voie que notre région s’affranchira un jour des transferts d’eau depuis la Durance. En revanche, il apparaît de plus en plus que notre région regorge de ressources en eau souterraines qui elles, pourraient bien assurer une part importante de nos besoins en eau potable. Le massif de la Sainte-Baume est à cet égard un véritable château d’eau qui pourrait contribuer davantage à nos besoins locaux, mais d’autres nappes souterraines s’avèrent localement très prometteuses.

Carte structurale du puits de l'Arc (données BRGM)

Carte structurale du puits de l’Arc (données BRGM)

La société du Canal de Provence ne s’y est d’ailleurs pas trompée qui s’est appropriée en 2004 le puits de l’Arc, réalisé à Rousset initialement pour l’exploitation du lignite. Il s’agit en fait de deux forages descendus à 400 m dans l’aquifère profond du Jurassique et dans lesquels les Houillères pompaient 13 millions de m3 par an pour l’alimentation du complexe industriel de Gardanne. En juillet 2014, ces forages ont fait l’objet d’un essai de pompage exceptionnel conduit par le BRGM afin d’évaluer les capacité de ce vaste aquifère alimenté par l’eau de pluie qui tombe sur le massif de la Sainte-Victoire et celui du Reganas. Six pompes ont été nécessaires pour cet essai de pompage qui a mis en évidence que l’eau était de très bonne qualité et en quantité suffisante pour envisager un débit d’exploitation considérable puisque les débits de pompage ont atteint 1,2 m3/s. Rappelons à titre de comparaison que les besoins en eau de la ville d’Aix ne dépassent pas 700 l/s, que ceux de Toulon atteignent de l’ordre de 1,5 m3/s et que toute la ville de Marseille a besoin en gros de 10 m3/s. On voit donc quelle importance peut constituer cette nappe d’eau souterraine pour les besoins locaux, ne serait-ce que comme ressource d’appoint en cas de dysfonctionnement des approvisionnements par le canal de Provence et le canal de Marseille.

Voilà en tout cas une voie qui paraît plus prometteuse que les élucubrations de l’ingénieur Knapen…

L. V. LutinVertPetit 

Rejet dans le Parc national des calanques : Ségolène Royal se fâche…

28 septembre 2014

Lors de son dernier conseil d’administration, le 8 septembre 2014, le Parc national des Calanques avait décidé d’autoriser l’usine Alteo de Gardanne à poursuivre ses rejets en mer au delà du terme fixé au 31 décembre 2015. A l’issue de cette réunion, le président du Parc, Didier Réault, claironnait à qui voulait l’entendre que le Préfet serait bien obligé de se conformer à cette décision et devrait prendre un arrêté entérinant ce choix. Et ceci, malgré les atermoiements de Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, qui avait aussitôt fait part, dans un tweet vengeur, de son désaccord avec une telle décision.

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Pourtant, il n’est pas si évident que les élus du Parc national des calanques arrivent ainsi à passer en force car dès le 19 septembre, la ministre de l’écologie a publié un communiqué de presse précisant sa pensée, ceci après avoir reçu le responsable de l’entreprise Alteo qui exploite l’usine de fabrication d’alumine de Gardanne. La demande d’autorisation pour des rejets en mer, en plein cœur marin du Parc national des Calanques, ne sera pas accordée en l’état, malgré l’avis du conseil d’administration du Parc, lui a t-elle expliqué en substance. La ministre estime en effet que « des solutions doivent être trouvées pour défendre en même temps l’emploi et l’environnement, sachant que la destruction de l’environnement est aussi destructrice d’emplois et génératrice de dépenses publiques élevées ».

Blog103_PhCalanqueDu coup, Ségolène Royal annonce dans le communiqué du ministère de l’écologie que l’arrêt du rejet des boues rouges devra être anticipé avant le 31 décembre 2015 et elle confie au BRGM, le service géologique national, une mission d’étude pour une expertise indépendante en vue d’évaluer l’impact de ces rejets sur le milieu naturel marin. Une belle pierre dans le jardin des élus marseillais qui s’estimaient en droit de gérer à leur façon cette pseudo conciliation entre objectifs de préservation de l’environnement et de profit économique à tout prix…

L. V.  LutinVertPetit

Financement occulte à Carnoux ? Les voies du Sénat sont impénétrables…

25 septembre 2014

Après l’Assemblée nationale, c’est au tour du Sénat de dévoiler enfin la manière dont est distribuée la manne financière que constitue la réserve parlementaire. Le site du ministère des finances permet désormais de consulter la répartition de ces petits cadeaux aux collectivités locales, dont le montant atteint quand même la bagatelle de 53,9 millions d’euros pour le seul exercice 2013 !

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C’est beaucoup moins qu’en 2012 où les sénateurs avaient distribué pas moins de 132 millions en subventions de toute sorte, ce qui tendrait à montrer que le fait de rendre publique les effets de cette pratique oblige les parlementaires à une certaine retenue. Rappelons qu’il avait fallu l’acharnement d’un simple citoyen, Hervé Lebreton, président de l’association Regards citoyens, pour que le Sénat accepte de rendre publics ces chiffres à partir de 2011, comme si la démocratie participative ne pouvait se complaire que dans l’ombre et le déni…

Ceci dit, l’examen des chiffres de ce cru 2013 reste riche d’enseignement sur la manière dont fonctionnent nos élus. Il convient bien sûr de les manipuler avec prudence car le tableau communiqué par Bercy pointe les montants réellement versés en 2013 tout en précisant la date à laquelle a été attribuée la subvention. Ceci explique ainsi les 41 € versés pour la réhabilitation d’un ancien presbytère dans l’Allier : un geste bien pingre en apparence mais qui s’avère correspondre au reliquat d’une subvention antérieure… Une explication aussi au geste posthume du sénateur-maire de Roquefort-La Bédoule, Francis Giraud, décédé en octobre 2010, et dont on apprend qu’il vient d’allouer en 2013 100 000 € pour la réfection de l’école maternelle sur sa commune…

Philippe Marini, sénateur de l'Oise

Philippe Marini, sénateur de l’Oise

On constate en tout cas à la lecture de ce tableau que la répartition est loin d’être équitable. Sur les 348 sénateurs, une soixantaine se partagent la moitié du gâteau. Ainsi, Philippe Marini, président UMP de la commission des finances, sénateur-maire de Compiègne dans l’Oise, a versé pas moins de 2,16 millions d’euros dans son département, dont plus de la moitié dans la ville dont il est l’élu. On est très au delà des 150 000 euros distribués en moyenne par chaque sénateur et on imagine qu’une telle largesse ne peut que faciliter la bonne opinion de ses électeurs en faveur de ce grand philanthrope.

Au hasard de la lecture de cette liste de

Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône

Bruno Gilles, sénateur des Bouches-du-Rhône

subventions à la Prévert, on apprend par exemple que le sénateur UMP des Bouches-du-Rhône Bruno Gilles n’a pas hésité à acheter un tracteur pour la commune de Ventabren, sans doute pour rappeler que le Sénat est avant tout le lieu de représentation du monde rural.

On observe aussi que tel sénateur juge stratégique d’allouer 100 000 euros à l’association des maires des Hautes-Pyrénées : à quelques mois de la campagne pour le renouvellement du Sénat il n’est en effet pas inutile de caresser ses grands électeurs dans le sens du poil…

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Petite surprise locale également à la lecture de ces données puisqu’on y apprend que la commune de Carnoux-en-Provence a bénéficié d’une somme rondelette de 30 000 euros allouée pour « l’aménagement d’un square, rue de l’Ambrous (quartier Lou Caïre) ».

Blog102_PhChalandOn imagine sans peine qu’il s’agit du parc Jean Chaland, récemment réhabilité, mais dont personne à Carnoux n’imaginait qu’il avait été en partie financé par la réserve parlementaire de Mme Annie Jarraud-Vergnolle, ex sénatrice socialiste des Pyrénées-Atlantiques ! Ancienne adjointe au maire d’Anglet, cette dame avait fait son entrée au Sénat en 2006 à la faveur du décès d’André Labarrère, mais n’avait pas réussi à se faire réélire en 2011, se faisant même exclure du Parti socialiste pour avoir voulu à tout prix maintenir sa candidature au second tour contre un écologiste.

Reste à savoir par quel mystère cette éphémère élue au palais du Luxembourg a attribué en 2010 une subvention pour la réfection d’un square sur la commune de Carnoux ? Sans doute le prochain numéro du Messager, toujours attentif à tenir informés les Carnussiens des détails de la vie démocratique locale, nous en apprendra t-il davantage à ce sujet…

L.V. LutinVertPetit

Au secours : Sarko revient !

22 septembre 2014

Alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages, que le gouvernement Valls est attaqué de toutes parts et que même les députés socialistes font la fine bouche pour soutenir la politique menée depuis 2012, voilà que l’on assiste au retour en fanfare de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a en effet annoncé, le 19 septembre 2014, sur son compte Facebook, sa volonté de reprendre le contrôle de l’UMP pour se présenter aux prochaines élections présidentielles en 2017. Il avait pourtant assuré, après sa défaite sans appel en mai 2012, renoncer définitivement à la vie politique pour se lancer dans les affaires…

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l'émir du Quatar

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l’émir du Quatar

Deux ans et demi plus part, les affaires sont bien au rendez-vous avec pas moins de deux mises en examen pour l’ancien président de la République, soupçonné de corruption active d’un magistrat de la Cour de cassation, de corruption passive auprès de certains émirs quataris, d’abus de faiblesse auprès d’une milliardaire aussi généreuse que déboussolée, de non respect du code des marchés publics pour des sondages commandés par l’Élysée et dont on ne retrouve plus trace, de falsification de ses comptes de campagne, en 2012 comme en 2007, et on en oublie sans doute… L’accumulation d’une telle batterie de casseroles pourrait en gêner certains. Pas l’avocat Sarkozy qui sait pertinemment, comme son ami Silvio Berlusconi, que l’impunité qu’offre un poste d’élu reste le meilleur rempart contre la curiosité des juges lorsqu’on est en froid avec la Justice.

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Au delà des indélicatesses du personnage et de son côté bling-blig qui continue d’indisposer une bonne partie des Français, il faudra à Nicolas Sarkozy beaucoup de persuasion pour convaincre qu’il saura gérer le pays mieux que ne le fait la Gauche depuis 2012. Tous n’ont pas oublié en effet l’ardoise colossale de 650 milliards d’euros laissée par son quinquennat ! En cinq ans, il a réussi l’exploit d’augmenter de près de 50 % la dette publique de la France : un record ! Certes la crise financière de 2008 y a contribué mais la majeure partie de ce dérapage sans précédent de nos comptes publics résulte directement des décisions de son gouvernement.

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Quelques exemples parmi d’autres de ces décisions malheureuses qui sont venus plomber les comptes de la nation : la fameuse niche Copé, qui permet aux entreprises de défiscaliser leurs profit lorsqu’elles vendent une filiale, a ainsi coûté 22 milliards de manque à gagner pour l’État uniquement entre 2007 et 2009 ! Encore plus fort, le bouclier fiscal, mesure phare du quinquennat Sarkozy qui s’est traduit par la distribution aux plus grandes fortunes de France de gros chèques du Trésor Public pour un montant de 500 millions d’euros, pendant que d’autres peinaient à boucler leurs fins de mois.

Dans le même temps, les impôts et taxes ne baissaient pas pour tout le monde. Contrairement à une idée reçue (et largement diffusée par la Droite), les prélèvements obligatoires que le candidat Sarkozy avait promis de diminuer de manière spectaculaire, ont augmenté durant ses deux dernières années à l’Élysée de 30 milliards d’euros, autant que François Hollande depuis son arrivée au pouvoir ! Une trentaine de nouvelles taxes ont ainsi été créées tandis que s’alourdissaient les prélèvements, surtout pour les ménages à revenus modestes.

Quant à sa politique industrielle, elle a très largement contribué à la situation catastrophique dans laquelle se débat désormais la France. La loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d’achat), mesure emblématique de son début de quinquennat, aura ainsi coûté 50 milliards au budget de la nation et contribué à aggraver le chômage, car prise totalement à contre-emploi dans un contexte économique qui ne s’y prêtait pas.

SPAIN-FRANCE-DIPLOMACY-ROYALSDe 2007 à 2012, la France a perdu 400 000 emplois dans le secteur industriel qui s’est délité. L’argent public injecté pourtant massivement l’a été en pure perte. Ainsi, le Crédit impôt recherche qui a coûté pas moins de 20 milliards d’euros au contribuable a surtout permis aux grands groupes industriels de faire de l’optimisation fiscale comme l’a pointé à plusieurs reprises la Cour des comptes, sans réel impact sur l’innovation technologique des PME qui irriguent le tissu économique français. Quant à la baisse de la TVA dans la restauration ou la réforme de la taxe professionnelle, elles ont coûté très cher au budget de l’État et permis de d’arrondir les dividendes de certains, mais sans impact significatif sur l’emploi. Un chiffre illustre bien le naufrage de l’appareil productif français sous la présidence de Nicolas Sarkozy, celui du déficit du commerce extérieur qui a fait plus que doubler en cinq ans !

Face à un bilan aussi catastrophique et même si chacun s’accorde à penser que celui de François Hollande ne s’annonce guère brillant non plus, il faudra à Nicolas Sarkozy faire preuve de tous ses talents d’illusionniste pour faire oublier à ses électeurs que son retour aux responsabilités ne serait peut-être pas la meilleure chose qui puisse arriver pour l’avenir de notre pays…

L.V. LutinVertPetit

 

Calanques : le Parc national des déchets ?

16 septembre 2014

C’est un bien mauvais signal pour la préservation des richesses naturelles des calanques que vient de donner le conseil d’administration du Parc national en se prononçant, lundi 8 septembre 2014, à une large majorité, pour une poursuite des rejets en mer de l’usine d’alumine de Gardanne, en plein cœur marin du Parc. Même la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’est dit en désaccord avec une telle décision, ce qui ne devrait pourtant pas empêcher le Préfet, de signer l’arrêté conforme à la décision des administrateurs du Parc National.

Usine Alteo à Gardanne

Usine Alteo à Gardanne

Comme cela a été déjà évoqué sur ce blog, l’usine d’alumine de Gardanne est très ancienne puisque créée en 1893. Elle se situe alors à la pointe de l’innovation technologique en exploitant le procédé Bayer qui permet d’extraire l’alumine à partir de la bauxite, qui provenait alors des nombreuses mines de la région. Dans ce procédé industriel, le minerai est broyé puis attaqué à chaud et sous pression par de la soude. Le procédé est efficace mais produit d’énormes quantités de déchets hautement toxiques pour l’environnement, les fameuses « boues rouges », riches en fer (d’où leur coloration très intense) et en métaux lourds divers tels que titane, chrome, cadmium ou mercure.

Stockage de boues rouges à Mange Garri - photo A.C. Poujoulat (AFP)

Stockage de boues rouges à Mange Garri – photo A.C. Poujoulat (AFP)

Déversés pendant des années dans les vallons environnants et dans d’anciennes carrières à ciel ouvert, ces déchets ont fini par saturer tous les sites disponibles, jusqu’à ce que la société Péchiney, exploitant du site de Gardanne, finisse par trouver la solution la plus radicale pour s’en débarrasser en les rejetant purement et simplement au fond de la mer, dans la baie de Cassis.

Une canalisation a alors été construite qui relie sur 55 km l’usine de Gardanne à Cassis en passant par Carnoux (sous la médiathèque actuelle) et conduit ces fameuses boues rouge à quelques kilomètres du littoral où elles se déversent à plus de 200 m de profondeur, en bordure du profond canyon de la Cassidaigne. 

La canalisation permettant l'acheminement des boues depuis Gardanne (photo archives sM – La Marseillaise)

La canalisation permettant l’acheminement des boues depuis Gardanne (photo archives sM – La Marseillaise)

Depuis 1966, date de mise en service de cet émissaire et malgré les intenses protestations de nombreuses personnalités locales, on estime ainsi à environ 30 millions de tonnes  la quantité de boues rouges qui ont été déversées en mer et que l’on retrouve désormais disséminées dans toute la rade depuis Toulon jusqu’à Fos-sur-Mer.

Depuis 1995, la Convention de Barcelone, qui vise à limiter la pollution en Mer Méditerranée, impose une réduction progressive des rejets d’alumine à Cassis. Les volumes autorisés doivent être désormais inférieurs à 250 000 t par an et ces rejets devront être totalement stoppés au 31 décembre 2015. Le recours progressif depuis 1987 à des bauxites tropicales, plus riches en alumine, s’est déjà traduit par une réduction relative des rejets, et par ailleurs, l’industriel a installé en 2007 un système de filtre-presse qui permet de conditionner une partie des résidus sous forme de galettes solides, dénommées « Bauxaline », qui sont susceptibles d’être valorisées industriellement, en particulier pour la réhabilitation d’anciennes décharges.

Mais l’exploitation industrielle a ses raisons qui ne peuvent se satisfaire de contraintes environnementales, même au cœur d’un Parc National. Le problème s’était d’ailleurs posé avec force lors de la création de ce parc en avril 2012 après plus de 10 ans de gestation. De nombreuses voix s’étaient alors élevées pour demander à ce que soient d’abord réglés les rejets de déchets avant d’entreprendre un travail sérieux de préservation de ce site. Pour contourner cet obstacle, il a fallu introduire dans les statuts du Parc des dérogations spécifiques pour continuer à tolérer en plein cœur de l’aire marine protégée ce déversement de boues rouges toxiques, mais aussi les rejets de la station de traitement des eaux usées qui se déversent à Cortiou, sans parler du débouché de l’Huveaune qui apporte en mer de très nombreux effluents industriels non traités voire des eaux usées, du fait de la défaillance des systèmes de gestion des eaux pluviales sur toute l’agglomération marseillaise.

Depuis 2012, c’est un fonds d’investissement américain HIG qui a racheté l’ancienne usine Péchiney de Gardanne, laquelle s’appelle désormais Alteo, après être passé dans les mains de l’australien Rio Tinto puis d’Alcan. L’alumine produite ne sert plus à la fabrication d’aluminium mais davantage à la production de céramiques voire d’écrans d’ordinateurs ou de pâtes dentifrice…

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L’industriel devra effectivement cesser tout rejet de boues rouges en mer au delà du 31 décembre 2015 mais la décision qui a été prise le 8 septembre par le conseil d’administration du Parc lui accorde de pouvoir poursuivre pendant encore 30 ans le rejet en mer de ses effluents liquides issus du traitement et riches en soude. Cette autorisation sera assortie d’une obligation pour l’industriel de rendre compte périodiquement des efforts accomplis pour réduire progressivement les quantités et surtout la nocivité de ses rejets.

Pour les nombreux opposants qui s’étaient réunis à Cassis le 8 septembre pour protester contre ce recul face aux intérêts industriels, c’est une occasion perdue de régler enfin ce problème qui empoisonne le littoral marseillais depuis des années. Pour le président du Parc national, Didier Réault, conseiller municipal de Marseille, c’est néanmoins une décision qui permet de sauvegarder les intérêts industriels du site de Gardanne avec ses 400 emplois tout en améliorant les contrôles sur ces rejets, un équilibre subtil entre développement économique et préservation de l’environnement qui prouve une fois de plus que la notion de « développement durable » permet une certaine souplesse d’interprétation…

L. V. LutinVertPetit

Préservation des ressources en eau : les collectivités locales vont devoir s’impliquer !

8 septembre 2014

Le paysage de la gestion du grand cycle de l’eau est en train de bouger rapidement comme le montrent plusieurs indices. Nous l’évoquions récemment sur ce même blog au travers de l’extension du périmètre des zones vulnérables aux nitrates. Mais l’actualité évolue vite sur ce dossier brûlant. Le 4 septembre 2014, la France a été une nouvelle fois condamnée par la Cour européenne de Justice pour non respect de la directive nitrates de 1991, même si aucune amende n’a été prononcée… pour l’instant. Dans le même temps se profile à l’horizon l’échéance de 2015, date à laquelle la France comme les autres pays européens s’est engagée à atteindre le bon état d’une majorité de ses fleuves, rivières, lacs et nappes d’eau souterraines : une obligation de résultat qui paraît bel et bien hors d’atteinte.

Photo copyright Paul Murphy

Photo copyright Paul Murphy

Les raisons de cet échec sont multiples et les rapports se multiplient pour les analyser, pointant notamment une insuffisante mobilisation des collectivités locales en matière de gestion des eaux usées (même si de gros progrès ont été faits dans ce domaine) et une maîtrise insuffisante des pollutions diffuses principalement d’origine agricole, les taux de nitrates et de pesticides continuant à augmenter sur une large partie du territoire national.

Blog101_PhPanneauAinsi, un récent rapport interministériel d’inspection générale, rendu public fin août, s’inquiète de la dégradation constante de la qualité de l’eau prélevée à des fins de distribution d’eau potable. Le problème est largement masqué par le fait que cette eau subit des traitements de plus en plus coûteux et que le consommateur n’est informé que de la qualité de l’eau distribuée après traitement, laquelle respecte dans l’immense majorité des cas les normes de potabilité.

Usine de potabilisation de Sainte-Marthe (photo SEM)

Usine de potabilisation de Sainte-Marthe (photo SEM)

Sans compter que dans notre région, une part non négligeable de l’eau consommée n’est pas prélevée localement mais acheminée depuis la Durance ou le Verdon, des espaces encore largement préservés de l’urbanisation et de l’agriculture intensive : qui dans ces conditions va se préoccuper de l’état de nos cours d’eau locaux tels que l’Huveaune, l’Arc ou la Cadière, qui servent d’exutoires à nos eaux pluviales polluées et à nos déchets ?

Du coup, la qualité de nos milieux aquatiques, et par conséquent celle de l’eau qui y est prélevée, se dégrade inexorablement. Alors que l’on exploite actuellement en France un total de 33 500 captages, 5 000 captages ont dû être abandonnés depuis 20 ans et 3 000 environ sont désormais jugés de qualité insuffisante : ils continuent pourtant d’être exploités mais les distributeurs sont ensuite obligés soit de leur faire subir des traitements coûteux, soit de faire des mélanges avec des eaux de meilleure qualité afin d’en diluer les polluants pour respecter les normes de potabilité.

Déchets sur la plage du Prado à l'embouchure de l'Huveaune après un orage (mai 2012 - photo Surfrider Foundation Europe)

Déchets sur la plage du Prado à l’embouchure de l’Huveaune après un orage (mai 2012 – photo Surfrider Foundation Europe)

Il est donc temps, selon de nombreux acteurs, de passer enfin d’une simple logique de moyen à une logique de résultat. C’est clairement ce que propose le rapport interministériel évoqué plus haut, intitulé « Pour une meilleure efficacité et une simplification des dispositions relatives à la protection des captages d’eau potable ». Parmi les différentes recommandations émises dans ce but, il est en particulier proposé de confier aux communes et aux intercommunalités la compétence « prévention des pollutions diffuses », ce qui paraît en effet cohérent avec la récente loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, adoptée le 27 janvier 2014, qui affecte à ce même bloc communal une nouvelle compétence concernant la gestion de l’eau et des milieux aquatiques, ainsi que la prévention des inondations.

En parallèle, un projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République, adopté par le gouvernement le 18 juillet 2014, propose de modifier le Code général des collectivités territoriales en y incluant la disposition suivante : « Les collectivités territoriales et leurs groupements supportent les conséquences financières des arrêts rendus par la Cour de justice de l’Union européenne à l’encontre de l’État […] pour tout manquement au droit de l’UE qui leur est imputable en tout ou en partie ». En d’autres termes, si la France est condamnée par l’Union européenne parce que telle rivière est devenue un égout à ciel ouvert ou que la teneur en nitrates dans telle nappe la rend impropre à toute exploitation pour l’eau potable, la collectivité locale qui aura en charge la gestion de cette masse d’eau sera associée au paiement de l’amende.

Le cours amont de l'Huveaune, encore préservé...

Le cours amont de l’Huveaune, encore préservé…

On voit bien ce qui est en train de se dessiner au travers de ce dispositif : l’État se rend compte qu’il n’est plus en mesure d’assumer seul les conséquences de ses engagements européens et s’efforce de responsabiliser davantage les collectivités territoriales, y compris financièrement. Les élus locaux bien entendu s’étranglent d’indignation face à un tel report de responsabilité. Mais force est de constater que cette évolution est cohérente avec la progression de la décentralisation qui voit de plus en plus de compétences prises en charge par les collectivités locales. D’ailleurs, l’exposé des motifs du récent projet de loi confirme que la plupart des manquements de collectivités ayant conduit à une mise en accusation de la France pour non respect de directives communautaires concerne précisément le domaine de l’environnement : eau, déchets et protection des milieux pour l’essentiel.

C’est en tout cas un véritable virage qui du coup affecte à nos élus locaux des responsabilités nouvelles dans des domaines qui jusqu’à présent leur sont totalement étrangers et pour lesquels ils n’ont guère montré de véritables motivations à s’investir : un pari dangereux s’il n’est pas accompagné dans un même temps par un renforcement des missions de contrôle et de suivi technique de la part des services de l’État, avec la mise en place d’une police de l’environnement enfin digne de ce nom…

L. V. LutinVertPetit

Vous avez dit « Forum » ?

6 septembre 2014

Forum_Ph1Comme chaque année en septembre, les associations se réunissent en forum pour faire découvrir le vaste panel d’activités qu’elles proposent. A ce propos, voici ce qu’on peut lire dans le journal La Provence du 5 septembre 2014 :

« …De l’avis de toutes les associations participantes, et des visiteurs, les 4e et 5e Forums des associations ont été de superbes réussites. Cet évènement annuel, qui donne une visibilité sur l’ensemble des activités que le tissu associatif communal et intercommunal peut proposer, est très attendu par les habitants de la commune, et par les associations elles-mêmes. De plus, cette année, la toute dernière modification des rythmes scolaires et les bouleversements qui en découlent vont sans doute créer un engouement supplémentaire. Pour que la nouvelle édition soit encore plus efficace, la municipalité a invité tout le milieu associatif à plusieurs réunions de préparation, organisées par l’adjoint à la Jeunesse et aux sports, la conseillère en charge des Associations, et la directrice du service jeunesse et sport, assistés par l’adjointe à la Culture. Après de nombreux échanges constructifs, qui ont entraîné de nombreuses améliorations, le déroulement de la prochaine manifestation a été arrêté… »

Ainsi donc, le « Forum de toutes les Associations » est une vitrine panoramique sur l’activité du tissu d’associations qui font progresser, année après année, le lien social dans la commune. C’est aussi un encouragement à l’initiative citoyenne, au-delà des traditionnelles activités sportives et des propositions municipales en direction de la jeunesse. Cette perspective de bon sens est adoptée et mise en pratique par toutes les municipalités des environs. Toutes ? Non ! A une exception

Ce n’est pas ce qui se passe à Carnoux-en Provence, puisque le texte de La Provence rapporté plus haut concerne le 6e Forum des Associations de … Roquefort-la Bédoule, qui se tient le samedi 6 septembre 2014. En revanche, à Carnoux, nous aurons droit à ça :

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Forum_Ph3La comparaison avec l’annonce des éditions précédente depuis 2010 est éloquente… En premier lieu, les associations n’existent plus sur l’affichette distribuée cette année dans les boîtes aux lettres. Le « Forum » est devenu une animation de plus, sans relief, sur l’activité des nombreuses associations qui, pourtant, tentent de vivre avec plus ou moins de succès pour huiler des relations humaines largement malmenées par l’individualisme et la distraction. Mais on constate aussi qu’une sélection sévère est opérée systématiquement dans l’ensemble des associations, au profit de celles qui ont déjà une large visibilité : locaux ou subventions ou échos réguliers dans les journaux municipaux.

On peut ainsi lire sur le site municipal que « Carnoux compte plus de 60 associations à caractère : culturel, sportif, amical ou humanitaire.  Celles touchant aux sports, aux arts, à la culture et aux loisirs sont les plus nombreuses et permettent aux petits, grands et plus âgés d’exercer de multiples activités ».

Cette année encore le Cercle progressiste, cette association OVNI qui rentre dans la catégorie « Autres », fait son deuil de sa participation à ce « Forum », lequel est dépourvu cette année de la référence « associative ». Rappelons que dans l’Antiquité romaine, le forum correspondait à la place du marché, où le peuple s’assemblait, et qui était, à Rome, le centre de la vie politique, économique et religieuse de la cité… Sans revendiquer ce rôle politique pour aujourd’hui, on regrettera vigoureusement la sélection opérée au profit d’associations promues et affichées dans la vitrine municipale. Les « Autres » essayeront de se faire connaître sans aide et sans vitrine.

Ce n’est pas la première année que le Cercle progressiste est traité ainsi. On lira avec profit une analyse de cette situation faite en 2010 sur ce même blog. Depuis, la situation n’a fait que s’aggraver, mettant en relief l’« exception carnussienne », en termes d’ouverture démocratique et citoyenne.

S .J.

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.