Archive for mai 2014

Dette publique de la France : un audit citoyen

31 mai 2014

Le collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC pour les intimes…), vient de publier son premier rapport sur la base de chiffres disponibles pour l’essentiel jusqu’en 2012. Le résultat est édifiant puisqu’il démontre, au terme d’une analyse rétrospective rigoureuse, que plus de la moitié (59 % selon les calculs du CAC) de la dette publique française provient des cadeaux fiscaux faits aux classes aisées et des taux d’intérêts excessifs pratiqués depuis des années, ce qui laisse planer un doute sérieux sur la légitimité démocratique de cette dette.

Blog75_Ph1L’analyse n’est pas nouvelle et cette situation a déjà été dénoncée par de nombreux observateurs. Elle mérite toutefois de retenir l’attention à l’heure où la politique économique toute entière de la France semble tournée vers ce seul et unique objectif : comment réduire nos déficits publics (qui s’élèvent en 2013 à 88 milliards d’euros, soit 4,3 % du PIB de la France selon les chiffres de l’INSEE) et l’ampleur de notre dette publique (qui atteint fin 2013 le chiffre astronomique de 1925 milliards d’euros, soit 93,5 % du PIB national) ?

Blog75_DetteLe discours dominant insiste sur la croissance inéluctable de la dette publique en laissant entendre que son origine provient d’une augmentation excessive et mal maîtrisée des dépenses publiques : la France serait endettée parce qu’elle vit au dessus de ses moyens et dépense trop en prestations sociales et fonctionnement de ses services publics pléthoriques. Mais un examen plus attentif des chiffres montre que la dette d’État (qui représente l’essentiel de la dette publique, de l’ordre de 80 %, le reste étant imputable notamment aux collectivités locales et à la sécurité sociale) n’est pas liée à une explosion inconsidérée des dépenses publiques. Au contraire, la part de ces dernières dans le PIB a diminué de 2 points en 30 ans ! Si la dette a autant augmenté pendant cette même période, c’est en grande partie parce que l’État s’est systématiquement privé de recettes fiscales en exonérant toujours davantage les ménages aisés et les grandes entreprises… Du fait de ces niches fiscales qui se sont multipliées depuis des années, la part des recettes de l’État dans le PIB a ainsi chuté de 5 points en 30 ans !

Si la France avait maintenu ses prélèvements fiscaux au niveau de 1997, la dette aurait été stabilisée enBlog75_Dessin3 pourcentage du PIB jusqu’en 2007 et aurait moins progressé ensuite : le déficit de l’État n’aurait été que de 2,3 % du PIB fin 2012 au lieu des 3,9 % constatés. La dette serait aujourd’hui inférieure de 24 points de PIB, ce qui représente un écart de 488 milliards d’euros !

Mais ce n’est pas tout… Si l’État, au lieu de se financer depuis 30 ans sur les marchés financiers avait recouru à des emprunts directement auprès des ménages ou des banques à un taux d’intérêt réel de 2 %, la dette publique serait aujourd’hui inférieure de 29 points de PIB par rapport à son niveau actuel (soit une différence de 589 milliards d’euros). Et les deux phénomènes se cumulent en s’amplifiant. Sans ses errements directement inspirés par l’idéologie néolibérale, le poids de la dette aurait été stabilisé depuis les années 1990 à environ 43 % du PIB, soit un niveau très inférieur aux 93,5 % actuels et qui reste largement compatible avec le fameux seuil de 60 % dicté par les critères de Maastricht !

Blog75_Dessin1D’autres facteurs entrent aussi en jeu, dont le rôle des paradis fiscaux qui est largement évoqué dans ce rapport d’audit citoyen. Le coût de la fraude fiscale rendue possible par le secret bancaire est évalué à 17 milliards d’euros pour la France en 2013. Cette évasion fiscale s’est fortement développée depuis les années 1980 grâce à la libéralisation complète des mouvements de capitaux, passant d’environ 0,5 % des recettes de l’État en 1978 à 4 % en 2012. La différence paraît minime mais cette perte de recette qui doit être compensée par un endettement accru se traduit in fine par une augmentation de 424 milliards d’euros de la dette de l’État, ce qui est colossal et traduit bien la force des mécanismes cumulatifs de l’endettement.

Outre cette analyse rétrospective qui démontre l’effet dévastateur de 30 ans de politique économique systématiquement favorable aux intérêts des riches et des créanciers, le grand mérite de ce rapport est de proposer des solutions destinées à alléger le fardeau de cette dette sans forcément en faire toujours payer le prix fort aux salariés, aux retraités et aux usagers des services publics. Chaque année en effet, la France s’endette davantage non seulement pour couvrir son déficit public perpétuel mais aussi pour rembourser ses emprunts arrivés à échéance (ce qui représente grosso modo 100 milliards d’euros par an) et bien entendu payer les intérêts de cette dette (soit encore 50 milliards d’euros supplémentaires). Entre 1980 et 2012, le cumul des intérêts sur la dette a représenté 924 milliards d’euros alors que les emprunts sur cette même période ont représenté un apport de 1380 milliards : on est donc dans le cas d’une dette perpétuelle car les taux d’intérêts des emprunts sont désormais supérieurs au taux de croissance de notre pays !

Blog75_Dessin2Il est donc temps d’ouvrir un vrai débat démocratique sur la légitimité de cette dette publique qui nous étrangle et c’est le mérite de ce rapport que d’y apporter une contribution très pédagogique. Nos responsables politiques et les médias sauront-ils s’emparer de ce vrai enjeu de société ?

L. V.LutinVertPetit

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La SNCF a vu trop large…

25 mai 2014
Rame TER Regio 2N de Bombardier, le 29 avril 2014 à Paris (F. Guillot / AFP)

Rame TER Regio 2N de Bombardier, le 29 avril 2014 à Paris (F. Guillot / AFP)

C’est un beau pavé dans la mare qu’a lancé le Canard Enchaîné en révélant que les nouvelles rames de trains TER commandées par la SNCF, plus larges que les anciennes, allaient nécessiter de raboter pas moins de 1300 quais de gares (sur les 8700 que compte le réseau ferré français : une paille !). L’information avait tout du canular potache mais elle a bel et bien été confirmée par la SNCF et par Réseau ferré de France (RFF) ! Le secrétaire d’État aux transports, Frédéric Cuvillier trouve la situation  » comiquement dramatique  » : c’est le moins qu’on puisse dire en effet ! Les ingénieurs ferroviaires de la SNCF sont la risée de la presse internationale et le coût des travaux induits par cette bourde magistrale est estimée entre 50 et 80 millions d’euros.

 Blog74_Ph3Les internautes se gaussent de cette situation ubuesque, anticipant déjà sur la réforme suivante des billets de train trop grands… Mais comment a t-on pu en arriver là ? L’idée de départ était pourtant louable puisqu’il s’agissait de profiter d’un renouvellement du matériel roulant pour en améliorer le confort. La commande porte sur 182 rames TER Regiolis fabriquées par Alstom et 159 rames Regio 2N achetées chez Bombardier. Elles sont appelées à rentrer progressivement en service d’ici 2016 dans le cadre d’un vaste plan de renouvellement des trains TER. Ce programme, concocté avec les Régions en tant qu’autorités organisatrices des transports, concerne au total plus de 2000 rames pour un investissement de 15 milliards d’euros.

Le constat ayant été fait que l’espace entre les voitures actuelles et les quais de gare est d’une dizaine de centimètres, ce qui constitue une gêne pour les passagers à la montée et à la descente, il a été naturellement décidé de prévoir des rames plus larges de 20 cm. Le calcul de la SNCF était pour le moins optimiste qui prévoyait un seul petit cm de marge le long des quais, sans même tenir compte des effets de la dilatation thermique et des vibrations qui font bouger les rails. D’autant que l’expérience a montré que l’espacement entre les quais est plus variable que prévu, surtout dans certaines gares anciennes construites avant la mise en œuvre des normes actuelles.

Blog74_Dessin3C’est ce qui explique qu’il va falloir raboter certains quais pour permettre le passage de ces nouvelles rames extra-larges. Là encore, les internautes ne manquent pas d’imagination pour suggérer des techniques de rabotage à grande vitesse, mais la réalité risque d’être plus prosaïque et très coûteuse.

Blog74_Ph2RFF reconnaît que la faute lui incombe largement car ses ingénieurs n’ont manifestement pas pris assez tôt la mesure du risque et n’ont pas anticipé ces différences de largeur de quai. Depuis ils essaient de corriger leur bévue et ont déjà repris 300 quais, mais ils ont encore du pain sur la planche. RFF a déjà débloqué en urgence une enveloppe de 80 millions d’euros pour faire face à ce surcoût imprévu, ce qui n’est pas négligeable par rapport à son budget annuel d’investissement de 4 milliard d’euros et à sa dette abyssale de 33,7 milliards…

Blog74_Dessin1En tout cas, l’incident a du bon puisqu’il va fournir des arguments en faveur de la réforme ferroviaire qui doit être discutée à l’Assemblée nationale le 16 juin 2014 et qui prévoit de regrouper RFF et la SNCF en un établissement public unique. Créé en 1997 pour obéir aux injonctions européennes et faciliter l’accès du réseau ferré français aux opérateurs économiques privés, RFF est depuis cette date propriétaire et gestionnaire des infrastructures ferroviaires tandis que la SNCF gère l’exploitation des lignes. Cette dissociation est dénoncée depuis de nombreuses années car source de tensions entre les deux structures mais surtout de surcoûts et de dysfonctionnements pour les usagers. Guillaume Pépy, PDG de la SNCF souhaite depuis 2011 revenir sur cette scission absurde et contre-productive qui n’existe pas en Allemagne où la Deutsche Bahn est restée une holding intégrée. Espérons qu’après une bourde aussi médiatisée le climat devrait être favorable pour revenir enfin à un mode de fonctionnement plus rationnel de notre organisation ferroviaire nationale !

L.V. LutinVertPetit

 

Elections européennes : un retraité de la politique tête de liste UMP !

24 mai 2014

Il est bien connu que les partis politiques ont pris l’habitude de recycler au Parlement européen leurs apparatchiks dont les talents sont sous-employés en raison de l’ingratitude de l’électorat. Mais là quand même, l’UMP a fait très fort en plaçant comme tête de liste pour les prochaines élections européenne dans la circonscription du Sud-Est quelqu’un qui avait été sèchement battu lors des dernières législatives en 2012 et qui avait alors annoncé haut et fort son retrait de la vie politique dont il se disait à jamais dégoûté.

Blog73_Ph1Ancien premier adjoint de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille, il avait déjà subi une sévère défaite en 2008, en réussissant l’exploit de perdre la présidence de la communauté urbaine de Marseille face au socialiste Eugène Caselli, alors que la Droite possédait une confortable majorité ! Éphémère secrétaire d’État aux affaires étrangères sous Jacques Chirac entre juin 2002 et mai 2005, il avait semble t-il assez mal vécu sa défaite électorale dans la 5ème circonscription des Bouches-du-Rhône et annonçait le 5 juillet 2012 qu’il ne briguerait pas la mairie de Marseille en 2014 et qu’il se retirait définitivement de la vie politique. Blog73_Ph3Son éviction de l’Institut du Monde Arabe en septembre 2012 n’était évidemment pas de nature à lui remonter le moral, même s’il ne semble pas y avoir laissé un souvenir impérissable…

Ce médecin et homme d’affaire habile, déjà épinglé par le Canard enchaîné pour une sombre histoire de villas défiscalisées, annonçait alors ni plus ni moins vouloir demander la nationalité de l’ile Maurice, paradis touristique mais aussi fiscal… Bien entendu, cette délocalisation n’avait aucun rapport avec une quelconque volonté d’évasion fiscale. Il s’agissait simplement de faciliter les affaires de Renaud Muselier qui expliquait benoîtement à l’époque que son seul souci était de développer des projets lucratifs dans le secteur médical et qu’il intervenait déjà depuis 7 ans comme promoteur à Maurice, confirmant au passage que la politique et les affaires peuvent faire bon ménage.

Blog73_Ph2Quelle surprise donc de le retrouver, un an et demi plus tard, sur la liste UMP pour les élections au Parlement européen, qui plus est en première place pour la grande circonscription du Sud-Est. Il n’a bien entendu fait que céder aux affectueuses pressions de ses amis et se réjouit d’être encore dans le jeu politique comme il le reconnaît sans ambiguïté :  » C’est un grand honneur, d’autant que l’Europe est un lieu de pouvoir important « . On ne saurait être plus clair en effet…

Cette fringale de pouvoir l’a même conduit à piquer la tête de liste à sa colistière, Françoise Grossetête, pourtant eurodéputée assidue. Mais la simple lecture de leur tract de campagne confirme en effet qu’il n’est nul besoin de bien connaître les dossiers européens pour briguer un poste sur la liste UMP dont le programme se résume à limiter l’immigration en supprimant l’espace Schengen, et bien sûr à  » dire non à François Hollande « , comme si c’était vraiment l’enjeu du débat ! Félicitation en tout cas à Renaud Muselier pour la grande souplesse dont il sait faire preuve dans ce nouveau rebondissement et souhaitons pour sa nouvelle carrière politique que ses électeurs n’auront pas la mémoire trop longue…

L.V. LutinVertPetit

 

Bien-vivre en Europe ou succomber au fondamentalisme marchand ?

23 mai 2014

Notre pays est confronté à la montée des dettes financières, écologiques et sociales. Les élections européennes sont un moment de vérité pour notre propre pays : le risque d’europhobie ne risque-t-il pas de produire un véritable électrochoc ? La catastrophe démocratique annoncée débouchera t-elle sur un renouveau démocratique ou ouvrira t-elle la voie à une véritable régression et au retour de forces despotiques ? Comment redonner un souffle et une vision au projet européen ? Comment redonner sens à ce vote pour le Parlement européen ? Autant de questions essentielles qui sont évoquées dans l’appel suivant, publié sur le site du Monde, alors que ces élections sont l’objet de rares débats, en particulier sur les chaines de télévision, et tandis que de nombreuses listes se présentent aux suffrages des Français. Un appel lucide proposé par Patrick Viveret (essayiste) et Laurence Baranski (consultante).

S J

Manifestants à Bruxelles le 6 mai 2014 en faveur de la taxe Tobin (photo Reuters / F. Lenoir)

Manifestants à Bruxelles le 6 mai 2014 en faveur de la taxe Tobin (photo Reuters / F. Lenoir)

Aujourd’hui, la démocratie européenne est gravement menacée : de l’intérieur par la montée des courants à forte connotation autoritaire et prônant des replis identitaires, mais aussi par la corruption et la défiance qu’elle provoque ; de l’extérieur par la pression du régime de Vladimir Poutine sur l’Ukraine mais aussi par celle que Joseph Stiglitz nomme  » le fondamentalisme marchand  » visible à travers le poids des lobbies financiers ou la menace que fait peser sur le droit des peuples européens le projet d’un traité transatlantique négocié dans la plus totale opacité. Ces deux pressions révèlent l’affaiblissement d’une Europe qui semble avoir perdu ses valeurs fondatrices dans son essence même puisque les citoyens ont de plus en plus de mal à saisir les enjeux de l’Union et à comprendre son fonctionnement.

DessinSommetEuropeDans ce contexte, les élections au Parlement européen devraient être l’occasion d’un sursaut afin de stopper cette dégradation et de refonder une Europe centrée sur les valeurs qui lui ont permis de surmonter le désastre de deux guerres mondiales et de trois faits totalitaires (nazisme, fascisme et stalinisme). Or c’est malheureusement l’inverse qui est en train de se produire dans de nombreux pays européens, du fait de la montée, au-delà même de l’euroscepticisme, d’une véritable europhobie.

Certes, chacun s’accorde à espérer que ce risque en se concrétisant produira un électrochoc ouvrant la voie à un renouveau démocratique. Mais une bonne partie du mal sera fait. Et ce serait pire dans le cas des élections européennes, car la seule institution présentant un caractère démocratique du dispositif européen, le Parlement, deviendra un forum pour les forces de décomposition de l’Union. En outre, le fatalisme qui frappe nombre de citoyens et d’acteurs, alors qu’ils voient venir une catastrophe démocratique annoncée, peut aussi parfaitement se prolonger après, préparant, comme dans les années 1930, des régressions de plus en plus graves, faisant le lit de forces despotiques.

MOUVEMENT  » CONVIVIALISTE « 

Pour redonner sens à ce vote, il faut d’abord redonner un souffle, une vision au projet européen. Cette vision, c’est celle d’une transition vers ce que le mouvement citoyen mondial nomme la perspective de sociétés du bien-vivre. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce mouvement se caractérise de plus en plus souvent comme  » convivialiste « , car il place la qualité de nos rapports aux autres humains et à la nature au cœur de son projet politique. Pourquoi cette perspective d’une société plus conviviale, d’une économie plus solidaire, alors que le système dominant se révèle de plus en plus brutal pour les humains et destructeur pour les écosystèmes ? Pourquoi, diront les sceptiques, proposer un monde de Bisounours quand la rivalité, voire la logique de guerre et de conquête, semble la seule possible ?

DessinCrise_KapEh bien précisément parce que ce monde de la brutalité économique, sociale, écologique, ce monde régi par la domination de l’oligarchie financière et par la recherche du toujours plus d’accumulation de richesses matérielles et de puissance, conduit l’humanité à un effondrement prévu non pas aux calendes grecques, mais dans les prochaines décennies. C’est ce que montre encore récemment une étude financée par la NASA puis confirmé par le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : les causes majeures de cet effondrement sont le creusement des inégalités et la destruction des écosystèmes, c’est-à-dire les conséquences mêmes de la compétitivité et de la croissance qui constituent le socle des projets de nombre de gouvernements européens.

COURSE FOLLE ET DESTRUCTRICE

Il nous faut comprendre à quel point nous sommes à un moment de vérité pour l’Europe, mais aussi pour ce fragile peuple de la Terre que constitue notre famille humaine. Il est temps d’en finir avec cette course folle qui ne s’interroge ni sur la nature d’une croissance souvent destructrice de nos écosystèmes, ni sur les vaincus de la compétitivité, ni sur la nature des emplois souvent sous-payés et considérés comme indécents par le Bureau international du travail. Une croyance qui ne sert en définitive que l’infime minorité des ultra-riches et conduit à cet apartheid social mondial que décrit la statistique terrible révélée par le mouvement Oxfam : la fortune des 67 personnes les plus riches du monde est désormais égale au revenu de la moitié de notre humanité, soit 3,5 milliards d’individus !

DessinRichesseC’est un moment de vérité pour notre propre pays, la France, qui est confronté à la montée des dettes financières, écologiques et sociales. Notre pays risque de perdre son âme en tournant le dos à ses valeurs de fraternité à force de privilégier une liberté sans responsabilité et une égalité sans altruisme. Alors même que ce qui fait son rayonnement culturel et politique, et même son attractivité économique, c’est au contraire, en complément d’un système de solidarité en faveur des exclus et des malades, de proposer une douceur de vivre grâce à la beauté de son patrimoine naturel et culturel.

C’est aussi un moment de vérité pour les pays européens qui doivent redonner un sens au processus démocratique en refusant que des textes majeurs tel le traité transatlantique européen (dit Tafta) soit adopté dans la plus totale opacité ; cela menace les fondements mêmes du droit démocratique en donnant aux oligarchies politico-financières un pouvoir supérieur à celui des peuples qui devraient être consultés par référendum sur les grands choix sociétaux.

REFONDATION CITOYENNE

Pour remédier au risque d’accentuation de la défiance vis-à-vis des candidats et de leurs programmes lors de la campagne pour les élections du Parlement européen, nous soutenons l’initiative d’un processus citoyen européen qui devrait nous aider à donner sens à nos votes et, au-delà, à œuvrer pour la refondation citoyenne d’une Europe où il fasse bon vivre. Ce processus s’exprime autour d’un double axe. D’une plate-forme commune d’engagements personnels et collectifs dans le domaine de la justice sociale, de la soutenabilité écologique, de la régulation financière, de la réappropriation citoyenne de la monnaie dans la perspective d’un fédéralisme monétaire européen.

DessinEuropeCes différents éléments, écologiques, politiques, culturels, économiques, financiers doivent être ordonnés par la perspective de la construction d’une Europe citoyenne au service du bien commun. Il faut aussi une charte éthique portant sur le renouvellement profond des mœurs politiques et sur la promotion de pratiques porteuses de l’intérêt général ; le renouvellement profond des pratiques et des mœurs politiques est en effet indispensable si l’on veut s’attaquer aux effets et aux causes de la corruptibilité croissante des systèmes politiques qui font de l’argent et du pouvoir des fins et non des moyens.

Cette plate-forme d’engagements et cette charte éthique reprendront les principales visions de réseaux citoyens européens qui seront contributeurs et signataires. Cette initiative permettra aux citoyens, d’une part, d’évaluer les candidatures aux élections européennes et, d’autre part, de se relier pour animer dans la durée pendant la campagne mais aussi dans les prochaines années ce processus citoyen.

Il est temps de relier les citoyens à une Europe organisé autour du bien-vivre et de la promotion de biens communs en faisant passer nos coopérations dans la durée avant nos intérêts particuliers

 

Les Norvégiens sur les traces d’Archimède…

21 mai 2014

Lors de l’attaque de la colonie grecque de Syracuse par la flotte romaine, en 212 avant JC, la légende veut que le génial Archimède aurait réussi à mettre le feu aux galères de Marcellus grâce à des miroirs géants qui Blog72_Archimedepermettaient de concentrer les rayons du soleil jusqu’à enflammer les voiles des bateaux. Rien ne permet d’assurer que l’histoire est vraie, d’autant qu’on n’en trouve nulle trace dans les écrits de l’historien Tite-Live. D’ailleurs les tentatives de reconstitution effectuées récemment avec des miroirs en bronze polis, les seuls qui existaient à l’époque, ne se sont guère montré concluantes et tout laisse penser que l’histoire a été largement inventée.

Et pourtant, l’idée d’utiliser des miroirs géants pour concentrer les rayons du soleil a été, depuislors, très couramment utilisée, en particulier pour la réalisation de fours thermiques. Mais c’est à un autre usage que les Norvégiens de la petite ville de Rjukan destinent de tels miroirs solaires. Il faut dire que leur ville est établie dans une vallée particulièrement encaissée et inhospitalière du Telemark qui ne comptait que quelques fermes isolées au début du siècle dernier. C’est Sam Eyde, le fondateur de la société Norsk Hydro, qui a mis en valeur ce site en y établissant une énorme usine hydroélectrique destinée à la fabrication d’engrais chimiques. Créée de toute pièce, cette petite ville du sud de la Norvège comptait déjà 10 000 habitants en 1913.

Elle n’en possède plus que 3 400 actuellement, mais qui souffrent toujours du même problème lié à une topographie assez défavorable : pendant 6 mois de l’année, de septembre à mars, le soleil est trop bas sur l’horizon pour arriver à dépasser le sommet des collines et la ville est plongée dans une semi-obscurité permanente fort déprimante !

L’industriel avait déjà eu l’idée d’installer des miroirs en haut des collines pour renvoyer les rayons du soleil dans la vallée mais n’avait pas réussi à concrétiser le projet faute de technologie adaptée. A défaut, il avait fait construire un téléphérique permettant à ses ouvrier d’aller prendre le soleil en altitude pendant la période hivernale.

Les miroirs géants de Rjukan (photo NTB Scanpix/AFP - Meek, Tore)

Les miroirs géants de Rjukan (photo NTB Scanpix/AFP – Meek, Tore)

Mais voilà que l’idée a ressurgi il y a une dizaine d’années, à l’initiative d’un artiste arrivé de Paris et installé au village, inspiré par une autre expérimentation menée en 2006 dans la ville piémontaise de Viganella. A force de persuasion, le projet a fini par voir le jour sous la forme de trois miroirs de 17 m2 chacun, perchés à 450 m d’altitude au dessus de la ville. Pilotés par ordinateur pour suivre la course du soleil, ils permettent de concentrer sur la place du village en contrebas une ellipse ensoleillée d’environ 600 m2, soit l’équivalent de 3 courts de tennis. Des panneaux solaires alimentent le système d’orientation et le lavage automatique des miroirs.

Limière sur la ville (photo NTB Scanpix/AFP - Meek, Tore)

Limière sur la ville (photo NTB Scanpix/AFP – Meek, Tore)

Le coût de l’installation n’est pas négligeable puisqu’il s’élève à 613 000 €, dont 80 % ont été versés par des sponsors privés. Certains esprits chagrins regrettent que cet argent n’ait pas été utilisé pour financer plutôt une crèche ou un équipement public plus utile. Mais en Norvège, prendre un bain de soleil en hiver n’a pas de prix. D’ailleurs, les retombées médiatiques du projet ont tellement fait parler de la petite ville de Rjukan qu’elle envisage d’ores et déjà de candidater à la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO comme témoin du génie industriel humain : Archimède n’a qu’à bien se tenir…

L.V. LutinVertPetit

Carnoux : la politique de l’ignorance…

20 mai 2014

Sous le titre « Transport et stationnement » le journal La Provence daté du 19 mai  2013 se fait l’écho d’une déclaration de Guy Teissier, président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole. Ses propos, relevés lors de l’inauguration du parking des Mimosas à Cassis, concernent aussi la ville de Carnoux en Provence dont le maire était d’ailleurs présent à ses côtés.

Photo La Provence - 18 mai 2014

Photo La Provence – 18 mai 2014

Guy Teissier a expliqué vouloir, à Cassis comme sur le reste du territoire de MPM, « créer des parkings relais, là où c’est possible, en améliorant le fonctionnement et la signalétique des parkings déjà existants, en développant les réseaux de transports publics et en favorisant les modes doux comme la voiture électrique, le vélo et la marche à pied. Tout cela pour réduire le nombre de voitures en ville et donc, diminuer le nombre de places de stationnement dans les rues ».

Article paru dans LaProvence du 19 mai 2014

Article paru dans LaProvence du 19 mai 2014

Voilà un sujet qui vient relancer une question d’importance pour les Carnussiens qui doivent quotidiennement emprunter l’autoroute. Nombreux sont ceux qui aimeraient utiliser le covoiturage pour limiter la congestion automobile, l’énervement et éviter la difficile équation-parking en ville. Mais voilà ! Ce dispositif ne peut être réellement efficace que si l’on dispose d’une aire de stationnement dédiée aux abords de l’entrée de l’autoroute A50. CovoiturageInterditL’espace situé au niveau du centre commercial des Barles, à l’entrée Est de Carnoux est idéalement situé pour cela, mais vendu à un promoteur privé qui y interdit explicitement l’usage du covoiturage comme cela a déjà été évoqué il y a quelques mois (cf entrée du 27 novembre 2013). Il subsiste encore quelques terrains disponibles pour organiser ce type de parking. Encore faut-il que la collectivité s’empare de ce sujet et ait la volonté de rechercher une solution en faveur de l’intérêt général plutôt que de vendre à des aménageurs privés les derniers espaces publics encore disponibles sur notre commune…

La conclusion de Guy Teissier est éloquente : « Nous, acteurs politiques, nous avons pour mission d’améliorer les services de transport et de stationnement publics pour convaincre de plus en plus d’automobilistes qu’on peut se passer de sa voiture, un peu ou souvent, selon le métier qu’on exerce ou le quartier qu’on habite. C’est ce que nous nous employons de faire à la Communauté urbaine. Mieux partager l’espace public, c’est améliorer le quotidien de chacun ».

CovoiturageDessinNous avons besoin de transports en commun plus accessibles, de services publics plus performants et mieux adaptés, d’un développement urbain et économique plus cohérent, de politiques culturelles plus ambitieuses, d’un engagement fort et responsable en faveur de notre environnement : autant d’enjeux qui concernent notre vie quotidienne et qui ne se régleront qu’à l’échelle intercommunale. Parfait ! La déclaration de Guy Teissier vient à point nommé pour demander à la municipalité de Carnoux, fraichement élue, des précisions sur ses intentions à court et moyen termes concernant le covoiturage, et au-delà sur un accès plus réaliste vers la gare de Cassis, voire sur l’organisation d’un débat citoyen pour « améliorer les services de transport et de stationnement publics ». Il semble que Guy Teissier soit disposé à fournir un appui à tout projet allant dans ce sens : serait-ce un appel du pied pour encourager des initiatives dans notre ville ?

L’équipe municipale semble particulièrement atone depuis les élections. On ne peut que regretter qu’elle pratique la politique de l’ignorance à l’égard des associations soucieuses de mettre en avant le débat citoyen concernant l’amélioration des conditions de vie, de sécurité ou de transports. Il est regrettable de commencer par ignorer volontairement les problèmes, plutôt que de les affronter. Aurait-on peur de débattre cartes sur table à Carnoux ?

S.J.

Échos de conférence : alors, l’insécurité, fantasme ou réalité ?

18 mai 2014

Les questions liées à l’insécurité et à la délinquance nous intéressent tous, qu’on y ait été confronté ou pas. C’est ainsi qu’une cinquantaine de personnes avaient répondu à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussien le 12 mai 2014 pour écouter Laurent Mucchielli directeur de recherche au CNRS au Laboratoire méditerranéen de sociologie (LAMES), à Aix en Provence, et directeur de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS).

Laurent Mucchielli à Carnoux le 12 mai 2014

Laurent Mucchielli à Carnoux le 12 mai 2014

Le conférencier est un des meilleurs spécialistes de la délinquance et la criminologie en France. Son travail consiste à observer, depuis de nombreuses années, de manière scientifique et objective, les données croisées de la gendarmerie, de la police et de la justice, mais aussi les sondages et les enquêtes de victimologie réalisées sur le terrain. Avec son équipe, il peut ainsi tirer des résultats fiables, en complet décalage avec les articles à sensation ou les émissions de télévision relatant les « faits divers » qui conditionnent à l’excès notre vision de la violence.

Son intervention, qui a tenu en haleine son auditoire pendant près de deux heures et a suscité de très riches échanges avec la salle, était structurée autour de cinq points :

1. L’insécurité et son exploitation politique

L’insécurité est une rente politique, de droite comme de gauche, avec un slogan quasiment identique : « Votez pour moi et je rétablirai l’ordre ! » Cette rente politique est particulièrement juteuse dans notre région.

2. L’insécurité et les médias 

Longtemps considéré comme un genre mineur, le fait divers contamine désormais largement l’information générale, et comble souvent les vides laissés par l’information non spectaculaire. C’est en particulier le cas au journal télévisé et plus encore avec les chaînes d’information en continu. Puisqu’elle ne permet pas de prendre du recul et qu’elle manque de matière pour évaluer le fait récent, la sélection éditoriale de ces médias s’empare de sujets souvent secondaires pour en faire, par accoutumance, des sujets dominants dans l’actualité.

DessinPeurMédiasL’urgence médiatique est un handicap à la compréhension de la vérité. Le fait divers fournit une image et un filon favorable au bavardage. Il faut en parler tout de suite (car les médias concurrents vont le faire). Et à la limite, même si on ne sait pas grand-chose, le jeu consiste à produire des commentaires, fournir des choses vraisemblables. Les médias sont une machine à répéter des stéréotypes. Ce formatage est pernicieux car il déforme notre jugement.    

Le développement du publireportage n’est pas neutre. Cette technique donne l’impression au téléspectateur de vivre un événement en train de se réaliser. Mais ces pseudo-reportages, généralement soigneusement préparés avec les services de communication, donnent une image tronquée et souvent complètement biaisée de la réalité du travail des forces de l’ordre. De la même manière, les très nombreuses séries télévisées américaines dont nous sommes abreuvés, déforment la réalité des viols et homicides, ainsi que la manière dont fonctionne l’investigation policière au quotidien.

Les médias ont aussi la capacité de fabriquer des scandales publics à partir desquels ils interpellent les hommes politiques. On fabrique ainsi de faux scandales et de faux discours. Un exemple significatif a été le scandale des « tournantes » qui a défrayé la chronique entre 2000 et 2002 et qui a complètement disparu du paysage médiatique depuis. Pourtant, une simple recherche dans les archives démontre sans ambiguïté que ces faits de viols collectifs ont toujours existé, qu’ils restent rares et tout cas n’ont aucunement augmenté à cette date, et qu’ils se produisent dans tous les milieux, et pas seulement dans les cités de banlieue comme on a tenté de le faire croire, invoquant de pseudo justifications sociales voire religieuses…      

Une conclusion s’impose : sur cette question de l’insécurité, il n’y a pas de corrélation entre l’intensité du matraquage médiatique et la réalité objective.

3. La réalité sur la délinquance

De manière générale, La délinquance « connue » ne rend pas bien compte de la délinquance « vécue ». C’est pourquoi les chercheurs pratiquent des enquêtes de victimisation qui permettent de moduler les chiffres bruts de l’insécurité communiqués par la police et la gendarmerie. Ces enquêtes interrogent en effet des gens directement sur les actes de violence ou les vols qu’ils ont subis et sur leur ressenti. Une démarche très différente de celle qui consiste à compter les plaintes enregistrées dans les commissariats ou les actions menées par les services de police. Ces enquêtes donnent une image nettement plus conforme à la réalité, car elles contournent toute une série de filtres.

ConfInsec_Ph2Ainsi, à partir d’enquêtes réalisées auprès de plusieurs milliers de personnes interrogées sur les actes de violence subis au cours des deux dernières années (au-delà, les risques de confusion rendent les réponses moins fiables), on fait le constat suivant : la grosse majorité des personnes interrogées déclare n’avoir rien subi. Pour les autres, la violence à laquelle ils ont été confrontés est, dans la plupart des cas, seulement une violence verbale, agressivité ordinaire de la vie sociale (gestes obscènes, insultes au guichet ou dans les files d’attente). Le vandalisme, notamment celui qui touche les véhicules, vient en seconde position. Puis arrivent les vols et les cambriolages, qui se produisent presque toujours en l’absence de la victime donc sans violence, mais qui ne concernent finalement que 5 à 8 % des personnes interrogées. Quant aux violences physiques, et a fortiori aux agressions sexuelles, elles sont totalement marginales, ne touchant généralement que 0 à 3 % des personnes enquêtées. Le quotidien de l’insécurité relève donc très majoritairement de ce qu’il est convenu d’appeler les incivilités.

Ces enquêtes mettent bien en évidence l’écart entre le sentiment d’insécurité (tout le monde ou presque estime que l’insécurité est une question de société majeure) et la réalité des risques : seuls une infime minorité des personnes interrogées affirme avoir peur à son domicile. Ceux qui ont le plus peur n’ont d’ailleurs, pour la plupart, jamais été victimes d’agression, car les déterminants de la peur sont de toute autre nature, liés généralement à l’âge (on se sent plus vulnérable car plus fragile), à la solitude, à la précarité ou au fait de vivre dans un quartier défavorisé ou mal entretenu.

4. La grande violence

Concernant les crimes, homicides et viols, on constate là aussi un décalage complet entre l’imaginaire et la réalité. Aujourd’hui en France on dénombre environ 800 homicides par an et environ 8 000 procédures à la suite de violences sexuelles. Sachant que la population est de 66 millions d’habitants, la France se situe parmi les pays les plus sûrs. Ces chiffres sont même en forte régression quand on analyse cette grande violence sur les 50 dernières années.

Psychose...

Psychose…

L’imaginaire collectif nous fait généralement craindre une agression nocturne par un inconnu dans un lieu isolé. Mais dans la réalité, la violence est d’abord le fait de notre entourage proche et se produit le plus souvent dans l’environnement quotidien : dans 85 % des cas la victime connaissait son agresseur. Les principaux auteurs de meurtres sont dans leur grande majorité le conjoint, l’amant ou le voisin. D’autres cas de figure tels que le crime raciste ou le braquage qui tourne mal existent mais sont relativement rares. La violence gratuite, elle, reste exceptionnelle.  

De même, la majorité des viols commis sont des incestes. Le viol conjugal est quant à lui de plus en plus fréquent dans les statistiques, mais cela signifie seulement que ce délit est désormais répréhensible et de plus en plus réprouvé par la société.

5. La délinquance juvénile

image 1Les discours sur la décadence des mœurs n’ont rien de nouveau : « Tout fout le camp ! », « C’était mieux de mon temps ! ». Et pourtant, les mêmes accusations étaient entendues en 1850 (Gavroche), en 1910 (les Apaches), en 1960 (les Blousons noirs). Aujourd’hui on entend des affirmations telles que « les jeunes n’ont plus de repères, et donc moins de morale », « Les filles deviennent violentes » ainsi que « La faute revient aux géniteurs ». La prudence est de mise, et il faut faire un effort d’analyse face à cette réalité complexe qu’est la délinquance juvénile.  

Une part importante des faits relève d’une simple délinquance initiatique. La plupart des adultes ont commis quand ils étaient jeunes des bagarres dans les cours d’école ou de lycée. Les vols en magasin ou les fraudes dans les transports sont aussi une façon de braver l’interdit pour l’adolescent. Ce sont des comportements courants, même s’ils sont répréhensibles. Cette délinquance a toujours existé et n’entrait pas dans les statistiques de la police puisque non réprimée auparavant. Depuis quelques années on observe une tendance à la judiciarisation de la violence en milieu scolaire, ce qui tend à faire croire que cette délinquance explose.

La délinquance juvénile pathologique constitue un second type. Les jeunes concernés vont mal, et cette délinquance doit être comprise comme une souffrance psychologique qui nécessite un véritable accompagnement.

ConfInsec_Ph3La délinquance d’exclusion est plus difficile à traiter. Un jeune en échec scolaire, vivant dans un quartier défavorisé, peut adopter un comportement rebelle qui finit par l’exclure du système éducatif et le pousse à rejoindre une bande plus ou moins organisée : il peut alors, dans certains cas, s’engager dans une véritable carrière de délinquant en assumant son choix. Ce type de profil n’est pas nouveau non plus et bien souvent les individus concernés finissent par s’intégrer d’eux-mêmes dans la société, soit à la suite d’une évolution personnelle, soit parce qu’ils fondent une famille et s’insèrent professionnellement.

Encore faut-il qu’ils puissent trouver un travail ! Tous les professionnels de l’insertion sont désormais confrontés à cette rareté du travail, alors que celui-ci est le meilleur facteur d’intégration sociale. Le chômage bloque l’accès à un statut, entrave l’établissement des jeunes hors de leur famille, et rend difficile l’obtention d’un logement. Les phénomènes de récidive sont très directement liés à ces difficultés accrues d’insertion professionnelle pour ces populations en rupture de société.

Un débat très riche avec la salle

Un débat très riche avec la salle

L’échange avec la salle a permis d’aborder d’autres questions, mais de manière plus elliptique

a) La délinquance économique et financière 

délinquance financière - CopieC’est le seul type de délinquance qui ait bénéficié ces dernières années, en particulier à l’initiative de Nicolas Sarkozy, d’une dépénalisation (pour « faciliter la bonne marche des affaires »). Cela concerne les élites, la fraude fiscale qu’on peut évaluer à environ 80 milliards d’euros (autant que l’impôt sur le revenu), l’évasion fiscale qui se compte en centaines de milliards (autant que le budget de certains états). Ces manques à gagner limitent d’autant la capacité d’intervention des états, y compris dans les domaines policier et judiciaire. Est aussi évoquée la délinquance des entreprises liée à la fraude et au non respect des réglementations : les scandales récents de l’amiante, des prothèses mammaires ou de la viande de cheval en sont quelques exemples. A titre indicatif, le scandale du Médiator est à l’origine d’environ 2 000 décès, soit l’équivalent de 3 années d’homicides en France…

b) La délinquance liée à la drogue

D’après l’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie, 13 millions de personnes ont déclaré avoir eu dans leur vie l’occasion de consommer de la drogue. La prohibition favorise les trafics illicites et renforce les mafias avec leurs conséquences violentes. Une dépénalisation brutale serait irresponsable. La solution passe plutôt par une véritable réglementation de l’usage mais aussi de la production, en particulier du cannabis. De nombreux pays ont commencé à le faire, mais la France est à la traîne.

c) Le dispositif « Voisins vigilants ».

Le dispositif Voisins vigilants répond en partie au besoin de recréer les liens de proximité. Mais jusqu’ici il n’y a pas eu d’études scientifiques solides sur son efficacité, et il y a autant de dispositifs Voisins vigilants que de communes. De nombreux vols ou cambriolage sont à mettre en corrélation avec le mode de vie dominant qui valorise l’anonymat et le « chacun chez soi ». Le dispositif doit évoluer en devenant un facteur de convivialité et en évitant de devenir un auxiliaire de police. En matière de prévention de la délinquance, même si ce point n’a pu vraiment être abordé faute de temps, il est évident que le travail de la police de proximité, présente sur le terrain au contact direct de la population, est irremplaçable.

d) Les caméras de vidéosurveillance

DessinVideosurveillanceContrairement à ce qui est souvent affirmé, ces caméras ne sont pas une technique de prévention. Elles ne font pas diminuer la délinquance, mais la déplacent alors qu’il est impossible de tout surveiller (les dispositifs les plus aboutis contrôlent au mieux 10 % de l’espace urbain). Le seul effet du dispositif est qu’il peut aider la police à élucider certaines affaires, sous réserve que l’image soit exploitable. On a constaté qu’au plus 6 % du total des enquêtes policières nécessitent une demande d’image. Les études montrent par ailleurs que le personnel embauché pour regarder les écrans ne sert à rien car sa vigilance est vite dépassée, sauf lorsqu’il a des missions très précises (mais qui sont mieux réalisées par des agents de proximité sur le terrain). Les caméras ne sont en aucun cas un outil de dissuasion. En revanche, il s’agit d’un business très lucratif mais très coûteux pour les collectivités locales, même si l’État peut aider à l’investissement (mais pas au fonctionnement).                                       

e) Pourquoi ce discours n’est-il pas entendu des politiques ?

LivreMucchielli006Laurent Mucchielli, qui a écrit de nombreux ouvrages sur le sujet depuis 1997 et qui tient un blog qui fait référence, regrette en effet que les analyses rationnelles et objectives tenues depuis des années par des équipes scientifiques comme la sienne, ne soient pas mieux prises en compte par les décideurs. Il constate que les professionnels issus des forces de l’ordre ou de la justice partagent ses constats, y compris dans les grandes directions des ministères, mais que ces analyses ne sont pas prises en considération par les décideurs politiques, sous l’influence de conseillers en communication de plus en plus autonomes.

Tabous et fantasmes font recette sur ce terrain et les responsables politiques préfèrent ne pas heurter la sensibilité de leur électorat. D’ailleurs, l’absence très remarquée lors de cette conférence de la totalité de nos élus locaux confirme qu’ils ne s’intéressent guère à comprendre la réalité du problème !

CJT

A Marseille, des fonctionnaires indélicats lourdement condamnés

14 mai 2014

Plusieurs fonctionnaires de la Ville de Marseille viennent d’être assez lourdement condamnés par le tribunal correctionnel dans une affaire de double billetterie touchant les musées de la ville. Manifestement, les fraudes fonctionnaient depuis longtemps, sans doute au moins depuis 2005. C’est un trésorier payeur général des Alpes-Maritimes qui a dénoncé le système. De passage à Marseille pendant ses congés fin 2009, il visite une exposition temporaire au musée Cantini et s’étonne de se voir vendre un billet d’entrée estampillé « gratuit »… 

Salle du musée Cantini à Marseille

Salle du musée Cantini à Marseille

L’enquête montre que le système de double billeterie était très largement généralisé. Plusieurs employés indélicats de la ville de Marseille avaient ainsi pris l’habitude de vendre au tarif normal des billets gratuits ou de revendre des tickets déjà utilisés pour la location d’audio-guides… Le préjudice financier a été estimé à 342 000 euros par la ville et son préjudice d’image à 100 000 euros.

Le principal accusé dans cette affaire, William Santos, avait d’ailleurs été recruté en 2008 comme chef du personnel des musées de Marseille précisément pour tenter de remettre de l’ordre dans ce qu’il appelle « le foutoir ambiant » lors de son procès devant le tribunal correctionnel en avril dernier ! Mais la tâche semble ardue et ses révélations à la barre font frémir. Manifestement la conception des horaires de travail est très élastique, beaucoup se servent allègrement dans la caisse faute de contrôle, et la hiérarchie semble totalement dépassée sinon complice d’un système en pleine dérive.

Nommé régisseur suppléant pour l’exposition Van Gogh, le nouveau chef du personnel ne reste pas vertueux très longtemps. Après avoir tenté en vain d’alerter sa hiérarchie, il baisse rapidement les bras et quelques mois à peine après sa prise de poste, se met à piocher lui aussi dans la caisse pour arrondir ses fins de mois, reconnaissant un détournement de 35 000 euros… 

Ce sont finalement 8 agents territoriaux qui ont été mis en cause dans cette affaire. Ils sont toujours fonctionnaires à la ville de Marseille même s’ils ont été changés de poste et affectés dans d’autres services, en particulier aux pompes funèbres afin de les éloigner de toute manipulation possible d’argent public en attendant leur procès.

Blog71_PhmuséeA l’isue de ce dernier, le jugement vient d’être prononcé, lundi 12 mai 2014. Quatre  agents, dont une caissière en chef qui avait fait de la détention préventive, ont finalement été relaxés. Le chef du personnel en revanche a été condamné à 6 mois de prison ferme assortie de 24 mois avec sursis et une interdiction d’exercer pendant 5 ans. Il devra rembourser la somme qu’il reconnait avoir détournée.  Trois autres fonctionnaires territoriaux (deux caissières et un employé qui distribuait des audioguides) ont aussi été condamnés : 15 mois avec sursis et interdiction d’exercer toute fonction publique pendant deux ans pour les deux premières, 12 mois avec sursis et une interdiction d’exercer pendant un an pour le troisième. Les quatre fonctionnaires indélicats devront en outre verser solidairement 15 000 euros pour atteinte au préjudice d’image de la ville. Ils encourent de surcroît des sanctions administratives.

Espérons que ces condamnations relativement sévères seront de nature à remettre un peu d’ordre dans un service qui est apparu pour le moins désorganisé lors des audiences au tribunal correctionnel !

L.V. LutinVertPetit

Insécurité : une conférence très attendue

11 mai 2014

Lundi 12 mai 2014 se tiendra à Carnoux une nouvelle conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien sur le thème de l’insécurité, qui a tant mobilisé les habitants de la commune lors des récentes élections municipales et qui fait l’objet d’une véritable obsession de la part de certains, largement attisée par les messages alarmistes que diffuse la brigade locale de gendarmerie à l’attention des responsables des CIQ. Alors, fantasmes et réalités, comment faire la part des choses entre une délinquance bien réelle et un sentiment d’insécurité soigneusement entretenu malgré tous les risques inhérents de dérive xénophobe et de tendance au repli sur soi que peut engendrer ce type de pratique ?

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Ce sont ces questions que tentera d’aborder le conférencier, Laurent Mucchielli, expert en sociologie de la criminalité, qui a écrit plusieurs ouvrages de référence sur le sujet et qui s’efforce de porter un regard rationnel et objectif sur ces sujets fortement teintés de charge émotionnelle. Le cas de Carnoux où la population est très impliquée sur cette thématique au travers du dispositif des voisins vigilants parait particulièrement intéressant à aborder et il est à espérer que les Carnussiens se déplaceront en nombre pour participer à cet échange qui s’annonce instructif.

Article paru dans La Provence le 1er mai 2014

Article paru dans La Provence le 1er mai 2014

Largement annoncée par la presse locale, cette conférence sera une bonne occasion de débattre des évolutions souhaitables de ce dispositif d’implication citoyenne autour des questions de sécurité à Carnoux. Alors venez nombreux, lundi 12 mai à 18h30 à la salle Tony Garnier pour participer à cette conférence-débat d’accès libre et gratuit !

L.V. LutinVertPetit

Le « fini-parti » à la marseillaise, bientôt fini ?

10 mai 2014

A Marseille, la collecte des ordures ménagères n’a pas fini de faire débat, alors que la saleté des rues de la ville fait régulièrement partie des causes du dénigrement de la ville phocéenne ! L’incivilité au quotidien de nombre de ses habitants n’y est sans doute pas pour rien. Mais une autre raison est souvent évoquée : la pratique traditionnelle du  » fini-parti  » qui incite les rippeurs, chargés de cette collecte, à bâcler leur travail pour perdre le moins de temps possible sur leur lieu de travail…

Rippeurs au travail à Marseille (photo P. Magnien / 20 minutes)

Rippeurs au travail à Marseille (photo P. Magnien / 20 minutes)

L’habitude est ancienne puisqu’elle aurait été adoptée au XIXème siècle à l’initiative de la Chambre de commerce pour inciter les éboueurs a terminer au plus vite leur tournée afin que les rues soient nettoyées dès le petit matin. Mais elle a perduré y compris lorsque la collecte des ordures ménagères a été transférée, en 2006, à la communauté urbaine MPM. Dans les arrondissements où cette activité reste réalisée en régie par des agents de la collectivité, la tournée de ramassage des poubelles relève trop souvent du rallye avec des camions roulant à tombeau ouvert, empruntant les sens interdits pour gagner du temps et laissant régulièrement de coté des containers trop pleins ou trop éloignés de la route.

Toutes les études montrent sans équivoque que cette pratique du fini-parti est source d’accidents, de nuisancesBlog70_PhLaProvence supplémentaires et surtout d’une efficacité moindre dans le ramassage des ordures. La Caisse d’assurance maladie pointe régulièrement du doigt les risques accrus d’accidents multiples induits par cette méthode de travail tandis que la Cour régionale des comptes dénonçait en 2007 les dérives en matière de respect du Code du travail, calculant que les 500 éboueurs concernés travaillent en moyenne 3h30 par jour, soit deux fois moins que ce que prévoit la loi. Beaucoup d’entre eux enchaînent d’ailleurs un deuxième job dès leur tournée de ramassage terminée.

Patrick Rué (photo Mars Actu)

Patrick Rué (photo Mars Actu)

Mais voilà, cette pratique résulte d’une forte connivence entre le syndicat Force ouvrière, massivement majoritaire parmi les agents territoriaux concernés, et les élus locaux, Jean-Claude Gaudin en tête, qui a reçu le 10 janvier 2014 une carte de membre d’honneur de ce syndicat, de la part de Patrick Rué, secrétaire général des territoriaux de Force ouvrière. Certains candidats aux récentes élections municipales, dont Patrick Mennucci, s’étaient vigoureusement élevés contre cette co-gestion à la marseillaise, mais ils n’ont pas été suivis par les électeurs… Début 2012, l’ancien président de MPM, Eugène Caselli, avait bien tenté de réguler davantage ce système en proposant la mise en place de dispositifs de géolocalisation dans les camions de collecte afin de limiter les abus les plus criants, mais ces mesures n’ont jamais été mises en œuvre !

C’est finalement devant la justice que ce dossier vient de connaître enfin un début d’avancée, grâce à l’opiniâtreté d’un avocat marseillais qui, en tant que simple citoyen marseillais, dénonçait un système peu efficace, engendrant un surcoût qu’il estime à 8,6 millions d’euros pour un résultat très médiocre. Débouté une première fois par le Tribunal administratif le 19 janvier 2012, il avait fait appel. La Cour d’appel du Tribunal administratif vient de lui donner raison par son jugement en date du 25 avril 2014. Elle reconnaît qu’il est bien fondé, en tant qu’habitant de Marseille, à s’interroger sur l’efficacité du service public de collecte des ordures ménagères, et elle met en doute la légalité de l’article 4.2 du règlement intérieur de la Direction de la propreté urbaine de MPM qui organise le fini-parti en stipulant que  » Dans les opérations de collecte, un départ anticipé est accepté, sous réserve que la totalité de la section ait été collectée « . En effet, ce règlement n’a jamais fait l’objet d’une délibération de la part du Conseil communautaire de MPM, ce qui le rend caduc.

MPM dispose désormais d’un délai de six mois pour régulariser la situation. Pas sûr cependant que le nouveau président de MPM, Guy Tessier, qui annonce la signature d’un nouveau contrat propreté d’ici l’été, se montre très réformiste sur un dossier aussi sensible… Les Marseillais devront certainement patienter encore quelques années avant que la collecte de leurs poubelles ne gagne réellement en efficacité…

L.V. LutinVertPetit

 

Murmures et MUR-MURS*

1 mai 2014

Carnoux-en-Provence,  » cité résidentielle située entre mer et montagne  » comme on pouvait le lire naguère à l’entrée de la ville, aurait-elle perdu sa quiétude?

Il se murmure en effet que notre ville et plus particulièrement ses villas attirent le regard malveillant de personnes  » estrangères  » en repérage avant effraction. La gendarmerie effectue des rondes en voiture et à pied sur les chemins forestiers limitrophes, la police municipale est mobilisée, les caméras de surveillance sont actives, particulièrement en centre-ville, et des voisins sont vigilants.

Mais la prévention prend aussi une autre forme qui est à l’origine de cet article. En effet, depuis quelques années, des clôtures de façade des pavillons sont prises d’un accès de croissance verticale. C’est la fin des ouvrages aérés qui mêlaient le végétal et le construit, ce dernier fait de béton crépi et de bois ou de métal, tous choix qui permettaient aux passants d’apprécier le goût des occupants pour des plantations aussi variées que colorées et qui conféraient à Carnoux un certain charme de ville de province.

Ainsi, depuis quelques années, les trottoirs étroits des lotissements – trop souvent dédiés au stationnement de véhicules -, sont pour partie bordés de hauts murs aveugles qui n’offrent, selon les heures du jour, qu’ombre ou chaleur réverbérée à celui qui circule à leurs pieds.

Heureusement, le Plan Local d’Urbanisme (PLU) en zone UD limite leur hauteur à 2m par rapport au terrain naturel !

MurMurs_Ph1Je connais une ville paisible du centre de la France où les bâtiments militaires (école d’application, usines d’armement et centre hospitalier) étaient cernés de hauts murs hérissés de tessons de verre fichés dans le ciment. Cela n’empêchait pas pour autant les franchissements nocturnes de soldats en mal de liberté !

A Marseille, dans des quartiers devenus sensibles, certains propriétaires de pavillons ont dressé des murs qui sont parfois surmontés de grillages, voire de barbelés.

Plus près de nous, le lotissement du Mussuguet de Cassis est clôt et possède une double porte sécurisée (entrée et sortie) que seuls peuvent franchir ceux qui en possèdent le code.

Que serait notre ville de Carnoux si nous la transformions en bunker ? Un fort Knox ? Gagnerions-nous en sécurité et en sérénité si tous les lotissements se dotaient de clôtures infranchissables ?

L’écrivain moraliste La Bruyère (1645-1696), dans Les Caractères (1688), au chapitre Du souverain ou de la République article 9, dresse un tableau de la guerre  » De tout temps, les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller…. « , propos qu’il éclaire par la notion d’injustice avant de conclure :  » Si, content du sien, on eût pu s’abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté « .

Cette dernière réflexion soulève deux questions de morale, celle de la convoitise d’une part et celle de la tentation d’autre part, toutes deux relevant de l’éducation et du comportement de tout un chacun.

Dans le numéro 448-449 de la revue de l’INSEE Economie et statistique (2011), une étude fait apparaître dans des recherches sur l’insécurité  » l’évolution des préoccupations sécuritaires des classes moyennes françaises à la fin des années 1990. Surtout Stephen Farrall, Jonathan Jackson et Emily Gray (2009) ont démontré comment les formulations traditionnelles pouvaient entraîner une surévaluation de la peur du crime « . A Carnoux, ne serait-on pas victime de ce syndrome en surélevant des murs de clôture ?

MurMurs_Ph2Plusieurs citoyens annoncent sur leur boite à lettres que leur maison est placée sous surveillance électronique et nous ne doutons pas que plusieurs équipent leur domicile de caméras vendues dans le commerce et reliées à leur Smartphone.

L’adage  » vivons heureux, vivons cachés  » constitue une réponse bien inadaptée à des questions sociales plus cruciales, dont celle du comment bien  » vivre ensemble  » dans une France inégalitaire. Pourquoi se cacher ? Qu’a-t-on à cacher ? Se retrancher derrière de hauts murs et des portails sécurisés, est-ce la solution ? Ne suscite-t-on pas plus la convoitise en se retranchant derrière des murs plutôt qu’en adoptant des clôtures aérées ?

Les hauts murs empêcheraient-ils les effractions ? L’histoire médiévale a montré que les enceintes des citadelles, même les plus sécurisées, comportaient des points faibles. On ne peut en effet que retarder les effractions, tout système, même le plus perfectionné, ayant ses faiblesses.

Enfin, si nous revenons à l’adage cité plus haut, la question centrale demeure : vivons-nous plus heureux en nous retranchant derrière de hauts murs ?

Hope, dans l’article précédemment cité, privilégie les stratégies de protection individuelles. Cette démarche, conjuguée avec la vigilance des autorités chargées du maintien de l’ordre et l’attention des citoyens, constitue une des premières réponses. En effet, si l’on se réfère aux enquêtes internationales en matière d’atteinte aux biens privés, les pays anglo-saxons aux compositions sociologiques comparables à la notre n’affichent pas plus d’effractions que ce que l’on peut enregistrer en France. Pourtant, les pavillons anglo-saxons sont souvent dénués de clôtures, sont dépourvus de volets et ne sont pas tous dotés de systèmes de protection sophistiqués.

Pavillon à Ipswich (MA, USA)

Pavillon à Ipswich (MA, USA)

Mentionnons, pour être plus complet, qu’il existe dans ces pays occidentaux (Grande-Bretagne et Etats Unis), des lotissements fermés avec gardiens rémunérés par les habitants. Mais sommes-nous prêts à vivre dans ces conditions et à financer la charge générée par de telles mesures ?

Les questions de sécurité constituent des préoccupations fortes pour la plupart des citoyens et engagent l’attention de tous.

Parmi les solutions, autres que celles mentionnées dans cet article, deux voies se doivent d’être empruntées, même si leurs effets sont enregistrables à plus long terme.

La première est celle de l’éducation et plus spécifiquement l’éducation au respect d’autrui. Cette éducation civique n’est pas que la mission de l’Ecole républicaine, c’est aussi celle des adultes, dont les parents, et de tout un chacun.

La seconde est d’ordre économique et social. Dans le contexte économique de crise que nous traversons, l’accès de tous à l’emploi et à des revenus corrects doit constituer un objectif premier pour satisfaire les besoins d’existence de chacun.

Puisse notre cité résidentielle aussi œuvrer en ce sens, pour la plus grande sérénité de tous ses habitants.

*Mur-Murs est un film d’Agnès Varda (1980).  » Il propose une promenade poétique à travers les peintures murales de Los Angeles (Californie) dans laquelle la cinéaste analyse cet art collectif spécifique des habitants de la capitale du cinéma qui se révèlent sans trucage dans ces œuvres de grandes dimensions « . Extrait de la revue Première.

Maroiller