José Manuel Barroso, le traître de l’Europe

25 août 2016 by

Quelques semaines seulement après le référendum qui a vu les Britanniques décider majoritairement de quitter l’Union européenne, voici que cette dernière subit une nouvelle claque ! L’ancien président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso, a en effet annoncé le 8 juillet dernier qu’il rejoignait désormais les rangs de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, comme directeur de ses activités internationales, basé justement à Londres.

Dessin de Gros publié dans Marianne (juillet 2016)

Dessin publié dans Marianne (juillet 2016)

Celui qui fut pendant 10 ans, jusqu’à son remplacement en 2014 par le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, le principal dirigeant de l’Union européenne, est donc recruté, pour son carnet d’adresses et sa parfaite connaissance des rouages bruxellois, par la grande banque américaine pour négocier le maintien des conditions avantageuses de son implantation dans la City londonienne malgré le Brexit. L’avenir des établissements bancaires basés à Londres dépend en effet étroitement du maintien de leur « passeport européen » qui leur permet d’offrir leurs services au sein de l’ensemble du marché intérieur européen.

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

José Manuel Barroso (photo J. N. Larsen /SCANPIX)

Pour de telles négociations avec les fonctionnaires européens qu’il a lui-même nommés, José Manuel Barroso est assurément bien placé et d’ailleurs il ne s’en cache pas : « Evidemment, je connais bien l’UE et relativement bien aussi l’environnement britannique. Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider ». Tant d’altruisme désintéressé force l’admiration…

Certes, la banque Goldman Sachs ne s’est guère distinguée jusque là par son haut niveau d’éthique. C’est même l’un des principaux acteurs de la crise des subprimes, qui avait engrangé en 2007 plus de 10 milliards de dollars de profits, sur le dos de clients floués à qui avaient été vendus des crédits immobiliers convertis en produits financiers toxiques. La banque a largement contribué au déclenchement de la crise financière mondiale et à ses conséquences économiques dévastatrices sur plusieurs économies européennes, dont le Portugal, dirigé justement par le même Barroso qui fut premier ministre de ce pays de 2002 à 2004. Goldman Sachs a d’ailleurs été contrainte de payer une amende de 5 milliards de dollars pour que la Justice américaine accepte de renoncer aux poursuites engagées à son égard dans cette affaire. En revanche, la banque n’a jamais été inquiétée pour les tripatouillages financiers qu’elle avait réalisés pour le compte de l’État grec au début des années 2000, pour aider le gouvernement alors en place à masquer son déficit budgétaire et entrer dans l’Euro…

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Mais rien de tout cela ne semble toucher le moins du monde le sieur Barroso qui ne voit guère que son intérêt personnel et s’en félicite : « Après avoir passé plus de 30 ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale ». Il n’est d’ailleurs pas le premier à faire ainsi des allers-retours avec la banque d’affaires américaine qui a compté aussi parmi ses salariés Mario Monti, ancien banquier central et premier ministre italien, mais aussi Mario Draghi, actuel président de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, ex- banquier central et premier ministre grec, ou encore Donald Sutherland, ancien commissaire européen.

Les portes entre la Commission européenne et le monde des affaires sont de manière générale grandes ouvertes comme l’ont montré aussi le parcours de l’ancienne commissaire européenne à la concurrence Neellie Kroes, désormais conseillère de la société Uber, ou celui de l’ex commissaire au commerce extérieur Karel De Gucht, par ailleurs accusé de fraude fiscale et actuellement salarié d’Arcelor Mittal.

L'ancien commissaire européen Karel de Gucht

L’ancien commissaire européen Karel de Gucht

Certes, il existe des règles pour éviter les risques de conflits d’intérêt dans les 18 mois qui suivent la fin de poste au sein de la Commission européenne. Mais ces règles paraissent bien légères puisque sur 117 demandes de collaboration reçues par la Commission actuelle de la part d’anciens collaborateurs, aucune n’a été refusée !

Le brave José Manuel Barroso, quant à lui, n’a même rien eu à demander puisqu’il n’était plus en poste depuis près de 2 ans. Sa situation n’était pas pour autant précaire puisqu’il percevait plus de 200 000 € annuel grâce au cumul de pas moins de 22 fonctions, toutes obtenues grâce à ses éminentes responsabilités antérieures. Pour autant, son passage chez Goldman Sachs ne va certes pas améliorer la considération que portent les citoyens européens dans leurs représentants politiques. De ce point de vue, son image dans l’opinion publique était déjà déplorable. On se souvient du rôle méprisable qu’il avait joué en mars 2003 en organisant avec Georges Bush et Tony Blair le sommet des Açores destiné à donner le feu vert de l’invasion en Irak. Mais il restera surtout de cet ancien maoïste converti au néolibéralisme poussé à l’outrance, son travail incessant de sape du service public, lui le chantre de l’austérité budgétaire et de la mondialisation heureuse, le promoteur du traité transatlantique de libre-échange, pourtant promu Grand officier de la Légion d’honneur en 2014 par François Hollande en personne…

Barroso décoré de la Légion d'honneur par François Hollande en juillet 2014

Barroso décoré de la Légion d’honneur par François Hollande en juillet 2014

L’avenir bancaire de l’ex président de la Commission européenne sera sans doute très profitable, sinon pour le bien public et l’image des institutions européennes, du moins pour sa carrière personnelle et les dividendes de la grande banque d’affaires américaines. L’épisode n’en est pas moins révélateur des dérives profondes d’un système de collusion entre affairisme mondial et institutions politiques européennes. Le secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Fekl, ne s’y est pas trompé, lui qui a tweetté sitôt ce pantouflage rendu public : « Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs : Barroso, représentant indécent d’une vieille Europe que notre génération va changer ». Un sacré défi en perspective…

L.V. LutinVert1Small

Jeux Olympiques 2016 : Rio, c’est fini !

23 août 2016 by

Blog335_LogoAprès 15 jours de compétition, les jeux olympiques de Rio viennent de se clôturer par une cérémonie grandiose dans le stade mythique de Maracana. En attendant ceux de 2020 qui se dérouleront à Tokyo, il est temps de revenir sur quelques moments de ces 31ème Olympiades, au travers de dessins d’humeur parus dans la presse. Une petite rétrospective totalement subjective sur un de ces grands événements qui captivent une bonne partie de la planète !

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Le virus Zika, terreur des JO de Rio…

Avant le début de ces jeux, tous les projecteurs du monde entier étaient braqués sur ces chantiers brésiliens qui accumulaient du retard et pour lesquels chacun prédisait que rien ne serait prêt à temps. Et puis s’est déclenchée l’épidémie de zika transmise par certains moustiques et à l’origine de malformations congénitales chez le fœtus, de troubles neurologiques et de paralysies. Le Brésil étant l’un des foyers les plus touchés et malgré les efforts du gouvernement pour démoustiquer tout en s’efforçant de minimiser le risque, l’inquiétude est montée d’un cran, au point de convaincre plusieurs sélectionnés d’éviter de faire le déplacement …

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Propagation alarmante du virus Zika avant les jeux (dessin de Brandan, paru dans le Business Day)

Ajoutez à cela les révélations sur les athlètes russes confondus par l’Agence mondiale antidopage de dopage à grande échelle, organisé méticuleusement par la fédération russe d’athlétisme, mais sauvés in extremis grâce à la mansuétude du CIO alors qu’il était question d’exclure de la compétition l’ensemble des sportifs de ce pays, et voilà un cocktail idéal pour inspirer les humoristes du monde entier…

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Pour la cérémonie d’ouverture des jeux, de nombreux responsables politiques avaient fait le déplacement, parmi lesquels le roi des Belges et son épouse, et ceci en plein épisode rocambolesque de destitution de la présidente brésilienne. Mais pas question pour autant que le Brésil n’offre au reste du monde le spectacle de la misère dans les favelas…

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pendant les JO, la vie dans les favélas continue, de préférence loin des regards indiscrets… (dessin d’Oli)

Pour ces premiers jeux olympiques à se dérouler au Brésil, plus de 11 000 sportifs étaient en compétition, appartenant à 204 nations différentes. Au total, 28 sports différents étaient au programme avec, comme à chaque fois, des nouveautés. C’est ainsi que ces Olympiades de Rio ont vu apparaître pour la première fois le rugby à sept et même le golf. A quand les épreuves olympiques de pétanque ?

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le golf nouvelle discipline olympique (dessin d’Olivero)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

Le voile autorisé aux jeux olympiques ? (dessin de Chrib)

L’ombre des attentats terroristes d’inspiration islamiste planait sur ces jeux comme sur l’ensemble des grands rassemblements médiatisés. Pas d’attentat revendiqué par DAECH pourtant, mais les polémiques sur le voile islamique étaient présents dans de nombreuses têtes, à Rio comme ailleurs…

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Le 100 m papillon aux jeux olympiques sous la menace islamiste (dessin de Cambon)

Les jeux olympiques, c’est l’esprit de compétition mais aussi le dépassement de soi, parfois poussé à l’extrême, comme dans le cas du Français Yohann Dinitz, dont le calvaire en finale du 50 km marche a ému le monde entier. C’est aussi l’esprit d’équipe, la solidarité voire la main tendue à l’adversaire pour l’aider à se relever.

C’est aussi parfois le pire, avec ce public chauvin qui conspue lamentablement le sauteur à la perche Renaud Lavillenie. Ce sont aussi des individualités qui crèvent l’écran comme cet haltérophile des iles Kiribati qui fait le pitre et esquisse quelques pas de danse, même après avoir échoué dans son épreuve. Où le sprinter américain Usain Bolt qui sourit tranquillement en demi-finale du 100 m en se retournant vers ses adversaires laissés loin derrière !

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

Usain Bolt, l’extraterrestre qui surclasse ses adversaires (dessin de Fix dans l’Indépendant)

La France est finalement repartie de Rio avec une belle moisson de médailles : 42 dont 10 en or, ce qui est inespéré après les contre-performances du début et certains échecs cuisants et inattendus !

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

Un record de médailles pour la France qui pourtant râle toujours (dessin de Deligne)

On est certes loin du score des Américains ou même des Anglais qui se sont surpassés avec 67 médailles dont 27 en or… Mais on saluera quand même la performance de certains pays qui à l’occasion de ces jeux ont décroché leur première médaille d’or olympique de leur histoire, comme c’est le cas du Vietnam, de la Jordanie ou de la Côte d’Ivoire. Même s’il est bien connu que l’important c’est de participer, la victoire ne laisse jamais personne indifférent…

L.V. LutinVert1Small

Conseil municipal au banc d’essai du Ravi

20 août 2016 by

Le Ravi, c’est ce mensuel provençal satirique qui décortique l’actualité régionale sans parti pris (sinon peut-être contre le Front National et sa vedette locale, Marion Maréchal-Le Pen surnommée « nous voilà »), mais en tout cas sans ménagement ni retenue.Blog334_PhRavi

Parmi ses rubriques, ceux qui s’intéressent encore à la vie politique locale (il paraît qu’il en existe encore…) liront avec délice la rubrique intitulée « Contrôle technique de la démocratie ». Chaque mois, un journaliste du Ravi teste incognito le déroulement d’un conseil municipal ou d’une assemblée délibérante, et en relate les moments forts, comme si vous y étiez. Rappelons au passage qu’un conseil municipal est un spectacle gratuit et que chacun peut y assister à sa guise, la seule contrainte étant d’en connaître les dates à l’avance (à Carnoux, cela relève du délit d’initié…) et de ne pas s’endormir avant la fin car la qualité des dialogues laisse parfois à désirer.

Les journalistes du Ravi n’en ont donc que plus de mérite à rendre captivant les  conseils municipaux auxquels ils font l’effort d’assister régulièrement et dont ils rendent compte avec beaucoup d’humour et de finesse : une belle leçon de démocratie, pas toujours très flatteuse pour nos élus locaux !

Caricature parue dans Le Ravi

Caricature parue dans Le Ravi

En février dernier, c’était la ville de La Ciotat qui recevait la visite du Ravi, alors que le maire Patrick Boré était sous le coup de mystérieuses menaces de mort et que de curieux plaisantins au sang un peu chaud s’amusaient à tirer sur la porte de la mairie : rien que de très classique dans une commune où le principal d’un collège avait été assassiné en 2003 sur le parking de son établissement sans que son meurtre ne soit jamais élucidé…

Ce jour-là pourtant, au conseil municipal, il ne sera pas question des mystérieux mitraillages qui visent certains élus malgré les 113 caméras de vidéosurveillance présentes en ville. Parmi les délibérations prises, Le Ravi note avec bonheur que le maire s’octroie une petite augmentation de ses frais de représentation qui passent à 13 000 €, juste compensation sans doute de ses petites frayeurs récentes. A l’élu frontiste qui l’interpelle pour savoir ce qu’il compte faire de tout cet argent, le pharmacien Patrick Boré lui répond « Si je fais une coloscopie, il faut que je vous communique les résultats ? ». Un échange tout en finesse et en courtoisie…

Il faut dire que le même élu FN avait passablement énervé le maire en réclamant d’entrée à voir les procurations confiées aux membres présents de la majorité municipale. Il reviendra à la charge plusieurs fois tout au long du conseil municipal tandis que le maire « machouille délibérement son chewing gum ». Mais aux réponses évasives du début (« Vous les aurez, on est en train de les vérifier »), succèdent les rappels à l’ordre (« C’est infernal, asseyez-vous, on vous les donnera. Ce n’est pas vous qui allez me donner des leçons de démocratie ») puis le coup de colère final (« Ça ne s’arrêtera pas ! Soit vous faites un recours soit vous arrêtez, ça suffit à la fin »). On ne saura jamais ce que cachent ces fameuses procurations…

Le 17 mars 2016, le Ravi était présent également pour assister à la seconde élection de Jean-Claude Gaudin à la tête de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence après le faux départ du 9 novembre 2015 et les multiples recours qui s’en sont suivis. Le décor est planté : « 240 élus se pressent au palais du Pharo à Marseille. La salle est carrée, Gaudin tout en rondeur ». Maryse Joissains qui, jusqu’à la veille avait tout fait pour que la métropole ne voit jamais le jour explique de manière pédagogique son brusque revirement : «  Mes ouailles vont payer. Mieux vaut être dedans pour récupérer le pognon. Mais je vais me battre de l’intérieur. Parce que la métropole, ça reste une vaste connerie !  ». Au moins, sa position est claire…

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Après l’élection du nouveau président, et pour la suite des votes, « chacun reçoit une calculette orange dont un technicien, diapo à l’appui, livre le mode d’emploi. Gaudin, paumé : Va falloir réexpliquer ! Après deux tests, Gaudin prévient : Faut pas se tromper ! Election du 1er vice-président. Seule candidate : Martine Vassal. La patronne LR du Conseil départemental rafle 186 voix. Et Gaudin de citer une devise dont il a le secret : Allié, oui, vassal, non !  ». Presque du Pagnol dans le texte !

Plus tard, alors que « Gaudin rappelle à Joissains, à propos d’une disposition, que C’est la loi, l’Aixoise rétorque : Ça va, on est à Marseille !  ». Effectivement, on avait failli l’oublier…

Le maire d’Aubagne, Gérard Gazay (dessin de Trax pour Le Ravi)

Le maire d’Aubagne, Gérard Gazay (dessin de Trax pour Le Ravi)

Le 25 mai, c’est à Aubagne que le Ravi est allé tâter le pouls de la démocratie locale, dans la salle polyvalente du Bras d’or, où se tiennent désormais les réunions du conseil municipal, sous le Mac Do. La carrière politique du maire actuel, Gérard Gazay, un ancien d’IBM, devenu brusquement maire d’Aubagne puis quasi simultanément vice-président du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille, impressionne manifestement le Ravi qui, pour consulter sa biographie, a dû aller fouiller sur le site du Cercle des Libéraux, création d’Alain Madelin et soutien indéfectible de Donald Trump, tout un programme…

Comme d’habitude, le Ravi plante le décor : « A Aubagne, c’est comme à l’assemblée nationale : l’extrême-droite est à l’extrême-droite de la table du conseil et la gauche à gauche ». Au menu de ce conseil municipal, il ne s’agit rien de moins que de changer le nom de la commune que le maire souhaite désormais appeler Aubagne-en-Provence ! Pour Gérard Gazay, «  L’intérêt est évident pour le développement de notre ville  ». Denis Grandjean s’étonne de cette démarche qui rappelle furieusement celle des époux Mégret, lesquels avaient tenté la même manœuvre lorsqu’ils étaient à la mairie de Vitrolles. En tout cas, l’opposition concède au maire d’Aubagne qu’il s’agit pour l’instant de sa seule promesse de campagne tenue…

Gérard Gazay lors d’une séance du conseil municipal en juillet 2016 (photo © La Marseillaise)

Gérard Gazay lors d’une séance du conseil municipal en juillet 2016 (photo © La Marseillaise)

Les passes d’arme entre Gérard Gazay et Magali Giovannangeli ne manquent pas de sel et on constate que le maire s’agace très vite des observations de son opposition. Toute comparaison avec la situation d’une autre commune voisine ne serait bien évidemment que purement fortuite… De même qu’il serait de mauvaise grâce de relever l’absence totale d’implication des élus frontistes dans les affaires de la ville. Le Ravi note néanmoins que l’élu FN « Nicolas Robine se réveille à l’occasion d’une petite salve de délibérations sur des partenariats entre la ville et l’université Aix-Marseille qui fait pourtant l’unanimité. «  Comme on est hors compétence, je ne prendrai pas part au vote  », annonce le jeune frontiste. Par manque de compétences ? ».

A lire sans modération sur le site du Ravi

L.V. LutinVert1Small

Les dirigeables du futur conçus à Istres ?

17 août 2016 by
Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Crash du Zeppelin Hindenburg à Lakehurst le 6 mai 1937

Les images spectaculaires du ballon dirigeable Hindenburg, plus grand dirigeable commercial jamais réalisé, affecté au transport de passagers entre l’Europe et les États-Unis et fleuron de la société allemande Zeppelin, qui s’est écrasé en 1937 dans le New Jersey, faisant 35 morts, avait paru sonné le glas de cette technologie. Il faut dire que l’accident, filmé en direct par plusieurs chaînes de télévision et survenu après seulement 14 mois de service actif, était particulièrement spectaculaire, du fait de l’embrasement rapide des 155 000 m³ d’hydrogène contenus dans la gigantesque enveloppe…

Et pourtant, malgré cet accident spectaculaire et la suprématie bien assise d’autres modes de transport aérien plus souples que sont l’avion et l’hélicoptère, voilà que le recours aux ballons dirigeables redevient d’actualité. Il faut dire que les dirigeables consomment dix fois moins qu’un avion et vingt fois moins qu’un hélicoptère pour la même charge et la même distance. Leur rayon d’action est beaucoup plus important que celui des hélicoptères et, contrairement aux avions, ils n’ont pas besoin de piste pour décoller ou atterrir : un argument d’actualité quand on voit comment il devient délicat aujourd’hui de construire une piste d’aéroport en France… Certes, les dirigeables sont beaucoup moins rapides que l’avion et l’hélicoptère, et ne peuvent pas voler en cas d’orage ou de vents violents, ce qui limite leur champ d’action.

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

Airlander 10 dans son hangar de Cardington

En tout cas, Américains et Britanniques se sont de nouveau emparés de cette technologie et développent de nombreux projets. En Grande-Bretagne, la société Hybrid Air Vehicles (HAV) vient ainsi tout juste de sortir de ses hangars, le 6 août dernier, sa dernière réalisation en chantier depuis 2 ans, l’Airlander 10, un mastodonte de 92 m de long, 44 m de large et quelques 26 m de haut pour un volume total de 38 000 m3 d’hélium. Russes et Canadiens ont aussi développé des programmes mais qui semblent plus ou moins à l’arrêt, suite à certains déboires, de même que le projet de CargoLifter, un dirigeable de 242 m de long, presque aussi gros que le mythique Hindenburg, porté par ABB et Siemens en Allemagne : en 2000, le consortium a mis la clef sous la porte du fait des difficultés techniques et financières rencontrées.

Maquette du site aéronautique d'Istres (image CCIMP)

Maquette du site aéronautique d’Istres (image CCIMP)

Mais pour une fois, la France n’est pas en reste. C’est même en Provence que les choses se passent, à Istres, où l’ex communauté d’agglomération Ouest-Provence a racheté à Dassault Aviation un terrain et un hangar de 300 mètres de long. Ce nouveau « AirShip Village », est mis à disposition des constructeurs, avec l’appui du pôle de compétitivité Safe Cluster. Né en décembre 2015 du rapprochement des pôles de compétitivité Pégase et Risques, Safe réunit une communauté de près de 600 membres composée d’entreprises et d’organismes de recherche et de formation, issus majoritairement des secteurs de la sécurité, de la protection environnementale et de l’industrie aéronautique et spatiale.

L’objectif visé est ambitieux puisqu’il s’agit de développer une nouvelle filière aéronautique qui pourrait créer pas moins de 3 000 emplois d’ici 2030, en plus des 8 500 emplois déjà existant sur le site d’Airbus Helicopters (ex Eurocopter, lui même issu de l’ancienne société Sud Aviation) à Marignane. Ce programme a en tout cas été retenu par le gouvernement au titre des « Plans de la nouvelle France industrielle » lancée en mai 2015 par le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron.

Projet Stratobus de Thalès

Projet Stratobus de Thalès

Pour l’heure, ce sont quatre entreprises qui ont été retenues par le pôle Safe pour concevoir et assembler leurs futurs appareils sur le nouveau site d’Istres. Parmi elles, la société d’armement Thalès porte, via une de ses filiales Thalès Alenia Space, le projet de Stratobus, un dirigeable stationnaire volant à 20 000 m d’altitude pour assurer des missions permanentes d’observation et de télécommunication sans consommer d’énergie fossile grâce à une alimentation solaire.

Projet DCL de Flying Whales

Projet DCL de Flying Whales

Un autre projet, le Dirigeable à charge lourde (DCL) est quant à lui porté par la PME Flying Whales associé à l’avionneur chinois AVIC. Ensemble, ils veulent construire des dirigeables rigides capables de transporter 60 tonnes de fret en soute à une vitesse de croisière de 100 km/h. L’Office nationales des forêts (ONF) s’est déjà montré intéressée par ce projet pour transporter des grumes de bois pouvant être chargées et déchargées en vol stationnaire, quelle que soit la topographie du terrain. Une alternative à l’hélicoptère aussi flexible d’utilisation mais pour un coût d’exploitation à la tonne transportée dix à vingt fois plus faible.

Maquette de l'Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Maquette de l’Aerolifter en essai à Samoëns (photo Airstar)

Citons aussi l’entreprise grenobloise Airstar qui propose, de son côté, de construire un dirigeable « filoguidé » : l’Aerolifter. Deux versions de cet appareil ont été imaginées pour transporter des charges de deux ou quatre tonnes sur de petites distances de l’ordre de 2 km, principalement en zone montagneuse. Ce dirigeable serait piloté pour rejoindre sa zone d’opération puis ensuite guidé par un câble relié au sol, lui permettant de transporter des charges de 2 à 4 tonnes, avec des applications potentielles notamment sur les lignes aériennes électriques à haute tension ou le ravitaillement des refuges.

Quant au dernier projet retenu, le dirigeable multi-mission A-N 2000 imaginé par la société A-NSE, il consiste à développer une machine pour le marché de la sécurité et de la surveillance (avec radars et caméras embarqués), capable également de transporter du fret (entre 8 et 12 tonnes) à une vitesse de croisière d’environ 130 km/h.

Bref, le nouveau pôle dirigeable en cours de développement à Istres, sous l’égide du cluster Safe, fait partie de ces lieux de recherche appliquée où nos ingénieurs phosphorent à plein tubes et d’où sortiront peut-être certaines des innovations du futur en matière de transport aérien. Qui a dit que la France n’avait plus d’idée ?

L.V.  LutinVert1Small

Marseille brûle t-il ?

14 août 2016 by

Il n’y a pas qu’en Californie que les feux de forêt menacent les zones habitées comme vient de le rappeler la série d’incendies spectaculaires qui se sont produits cette semaine aux portes de Marseille et qui rappellent l’alerte de juillet 2009 suite à l’incendie de Carpiagne. Mercredi 10 août, en fin d’après-midi, l’épais panache de fumée venu du nord recouvrait une bonne partie de la ville de Marseille, masquant le soleil pourtant encore haut dans le ciel et prenant des teintes orangées puis rosées du plus bel effet. Mais si les Marseillais pouvaient encore à ce stade observer les couleurs exceptionnelles de ce ciel chargé, plus au nord, sur le plateau de Vitrolles, c’était un véritable enfer.

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Attisé par un mistral soufflant à plus de 80 km/h, le feu qui s’était déclaré sur la commune de Rognac vers 15h30, s’est rapidement propagé vers le sud, ravageant une bonne partie des communes de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau. Paradoxalement, l’hiver et le printemps ayant été relativement pluvieux, la végétation était plutôt abondante mais avait été totalement desséchée ces dernières semaines tandis que les fortes chaleurs estivales se traduisaient par un air très sec, particulièrement favorable à l’inflammation des essences de pin.

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Il est probable que ces conditions climatiques n’expliquent pas à elles-seules le déclenchement de ces incendies, attribué soit à des imprudences soit à des actes de malveillance (comme en juillet dernier où 500 hectares avaient été ravagés par les flammes sur la Côte bleue, à l’initiative d’un pyromane par ailleurs employé de la métropole Aix-Marseille…), mais elles sont largement responsables de l’ampleur prise par la propagation du feu. Les témoignages des pompiers, largement relayés par les médias, faisaient état en fin de soirée d’une « situation hors de contrôle, un feu extrêmement puissant, rapide, explosif qui continue à brûler tout sur son passage, même des maisons ».

Pompiers combattant le feu sur Vitrolles

Des moyens d’intervention très importants avaient pourtant été mis en œuvre toute la journée pour faire face à ces incendies qui, outre le secteur de Vitrolles, s’étaient déclarés en plusieurs autres endroits proches. Dans l’Hérault, un violent incendie ravageait au même moment 200 hectares de pinède près du village de Gabian, à 20 kilomètres au nord de Béziers, mobilisant plus de 300 hommes. Circonscrit vers 20h, cet incendie a piégé quatre pompiers dont trois ont été brûlés grièvement.

A Fos-sur Mer d’autres foyers se sont rapprochés très dangereusement des installations pétrochimiques particulièrement vulnérables aux incendies. Après avoir menacé deux stations service qui ont dû être évacuées le long de la RN 568, les flammes se sont dangereusement rapprochées de la raffinerie Esso et des différents dépôts pétroliers classés en établissements Seveso, menaçant même le site d’Arcelor-Mittal et le pipeline Sud-Européen, tandis que le stock de bois destiné à la centrale thermique de Gardanne partait en fumée.. Il a fallu dans ce secteur industriel particulièrement sensible non seulement l’intervention des pompiers aidés de moyens aériens importants, mais aussi la mobilisation des équipes de sécurité interne, dans le cadre du déclenchement des procédures adaptées.

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

D’autres foyers d’incendie s’étaient déclarés dans la journée sur les communes de Martigues, de Port-Saint-Louis, de Coudoux (provoquant la coupure de l’autoroute A8 afin de permettre l’intervention des pompiers, au prix d’un bel embouteillage), et surtout à Istres où un départ de feu s’est déclenché vers 18h, se propageant rapidement vers des lotissements habités malgré l’intervention rapide d’une cinquantaine de pompiers et de moyens aériens conséquents. Près de 300 personnes ont dû être évacuées en urgence, dont les occupants d’un camping, et trois maisons ont été détruites par le feu ou sévèrement endommagées.

Mais le foyer le plus important auquel ont dû faire face les pompiers est celui du plateau de Vitrolles qui s’est propagé à grande vitesse sur près de 2 500 hectares, dans un secteur très urbanisé. La plupart des milliers d’habitants concernés ont pu être confinés chez eux mais plus de 2 000 d’entre eux ont néanmoins dû être évacués, dont plusieurs centaines hébergées pour la nuit dans des gymnases aménagés en urgence.

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

La progression des flammes a été spectaculaire, prenant de vitesse certains habitants, trois d’entre eux ayant été brûlés dont l’un assez grièvement. De l’ordre de 1 200 pompiers ont été mobilisés sur cet incendie hors norme et comme toujours en pareille situation, ils ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion voire de fermeté pour évacuer certains habitants refusant d’abandonner leur maison menacée par les flammes, ou écarter de nombreux gêneurs irresponsables venus se rapprocher du front pour prendre des photos !

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Sur le plateau de l’Arbois, le feux s’est largement propagé en direction de la voie ferrée après avoir sauté la RD 9, puis la RD 113 et enfin l’autoroute du Litoral, bloquant même pendant un moment l’accès à la gare TGV d’Aix-en-Provence. A la tombée de la nuit, le feu était largement hors contrôle et se dirigeait à grande vitesse en direction des confins de l’agglomération marseillaise, obligeant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à déclencher le Plan communal de sauvegarde.

Hélicoptère bombardier d'eau au dessus de l'A7 (photo B. Horvat / AFP)

Hélicoptère bombardier d’eau au dessus de l’A7 (photo B. Horvat / AFP)

Heureusement, le feu a pu être stoppé avant qu’il n’atteigne les premières habitations de l’agglomération marseillaise, mais le bilan est néanmoins sévère. Les rebords sud du plateau de l’Arbois, sur les hauteurs de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau, véritable petit paradis de pinèdes entourant l’écrin de verdure par où jaillit la source de la Cadière au lieu-dit l’Infernet, a laissé place à un spectacle de désolation recouvert de cendres et de troncs calcinés. Sur Vitrolles, trois habitations ont été détruites et 17 endommagées. Un restaurant et un garage automobile ont été totalement détruits, tandis que le groupe scolaire des Pinchinades a été fortement endommagé à quelques semaines de la rentrée scolaire. Des centaines d’usagers ont été privés d’électricité suite à la combustion de nombreux poteaux électriques et une douzaine de véhicules ont été calcinés.

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Sur la commune des Pennes-Mirabeau, qui avait privilégié depuis des années la mise en place d’un habitat huppé parsemé dans la pinède, favorisant le mitage des espaces naturels, le sénateur-maire, Michel Amiel, déplorait dans une interview rapportée par Le Monde : « J’ai la moitié de ma commune qui brûle. C’est une catastrophe, je n’ai jamais vu cela ».

Maisons des Pennes-Mirabeau après l'incendie (photo B. Horvat / AFP)

Maisons des Pennes-Mirabeau après l’incendie (photo B. Horvat / AFP)

Ce proche de Jean-Noël Guérini, maire de la commune depuis plus de 15 ans et largement responsable à ce titre de l’extension des constructions dans les secteurs périphériques de la ville, regrette désormais que les obligations de débroussaillement qui incombent aux propriétaires n’aient pas été mises en œuvre avec un peu plus de vigilance…

Le même élu se plaignait pourtant en 2012, à l’occasion de la réalisation du Plan local d’urbanisme de sa commune, que les services de l’État aient la mauvaise grâce d’évoquer les risques naturels d’inondation et de feux de forêt pour tenter de limiter un tant soit peu sa volonté d’expansion urbaine. L’avenir dire si cette nouvelle catastrophe fera évoluer sa position sur le sujet ou s’il ne s’agit que de propos de circonstance vite oubliés au fur et à mesure que la mémoire s’estompe et que les affaires reprennent…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016 by
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

A Cassis, polémique autour des rejets d’eaux usées

7 août 2016 by

C’est une vidéo diffusée sur le site de l’association Nox Diving la veille du week-end de Pâques en avril 2016, qui a mis le feu aux poudres et déclenché une belle polémique. On y voit l’apnéiste Michel Dron plonger dans la baie de Corton à Cassis, pour aller explorer l’exutoire des canalisations souterraines par où sont rejetées les eaux issues de la station d’épuration de Cassis, à quelques mètres seulement de profondeur et à moins de 100 m du rivage, dans un secteur très fréquenté par les baigneurs et les plaisanciers.

Panache d'eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache d’eau usée en sortie de la canalisation (capture écran vidéo Nox Diving)

L’association Nox Diving, qui s’était déjà distinguée par une belle vidéo montrant un plongeur en train d’évoluer en apnée le long des canalisations qui rejettent en mer les fameuses boues rouges de l’usine Altéo de Gardanne depuis le puits d’accès de Port-Miou, a réussi là un beau coup de communication qui a été largement repris par de nombreux médias dont France Bleu, FR3 ou le Nouvel Obs.

Emissaire à Cortiou

Emissaire à Cortiou

Le 28 juillet dernier, c’est même l’émission Envoyé Spécial, diffusée par France 2 qui a repris ces images pour diffuser un reportage choc, intitulé « Calanques en eaux troubles » qui dénonce, outre ce rejet des eaux usées à Cassis, l’arrivée en mer, dans le Parc National des Calanques, des rejets industriels de l’usine d’alumine de Gardanne, mais aussi des eaux issues de la station d’épuration de l’agglomération marseillaise à Cortiou, ainsi que les sols pollués au plomb et à l’arsenic en plusieurs points des calanques, autrefois occupés par des usines chimiques et désormais fréquentés par des baigneurs sans que la moindre indication ne vienne attirer leur attention quant aux risques encourus.

Panache en sortie de l'émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Panache en sortie de l’émissaire (capture écran vidéo Nox Diving)

Sur la vidéo tournée par Nox Diving et reprise par les reporters d’Envoyé Spécial, on voit l’apnéiste s’approcher de l’exutoire sous-marin de la station d’épuration de Cassis par où s’échappe un panache noirâtre et que l’on devine nauséabond au vu des gestes dégoûtés du plongeur qui se bouche ostensiblement le nez. Ses commentaires, largement repris par le reportage d’Envoyé spécial, font état de présence de macrodéchets, de matière en suspension et même de matière fécale non décomposée, directement rejetés par la canalisation. On y apprend même que le plongeur trop aventureux aurait payé son exploration d’une magistrale gastro-entérite contractée dans les jours suivants…

Objectivement, il paraît peu probable que le panache d’eau rejetée en mer après traitement par la station d’épuration des eaux usées de Cassis contienne encore des macrodéchets et des excréments comme le laisse entendre l’association Nox Diving. Pendant des années, cette station, installée en 1973, a effectivement été la cible de très nombreuses critiques de la part des associations environnementales car devenue totalement obsolète et largement sous-dimensionnée. A tel point que la communauté urbaine MPM, qui avait pris depuis sa création la compétence liée à l’assainissement, avait dû investir de l’ordre de 220 k€ (largement subventionnés par l’Agence de l’Eau) pour rénover cette station entre 2003 et 2008.

Station d'épuration de Cassis à Corton

Station d’épuration de Cassis à Corton

Depuis cette date, la station est considérée comme répondant aux normes minimales exigées et les rejets sont conformes aux seuils fixés de manière réglementaires pour un rejet en milieu naturel. Dimensionnée pour 25 000 équivalent habitants (ce qui lui permet de faire face à l’affluence touristique estivale), la station est désormais pourvue d’un premier niveau de traitement physico-chimique puis d’un système de traitement biologique. Elle produit chaque année de l’ordre de 200 tonnes de boues et les eaux rejetées sont conformes à 97 % aux normes exigées. Sa mise en service depuis 2008 constitue donc indéniablement un véritable progrès en faveur d’une meilleure qualité des eaux de la baie de Cassis qui bénéficie d’ailleurs depuis 2009 du fameux Pavillon bleu qui reconnaît la qualité de ses eaux de baignade.

C’est d’ailleurs ce que s’est empressée de clamer haut et fort la maire de Cassis, Danièle Milon, qui a convoqué dès le 21 avril une conférence de presse pour vanter les efforts de la communauté urbaine (et désormais de la Métropole dont elle est d’ailleurs vice-présidente, heureuse coïncidence), insistant au passage sur les analyses quotidiennes des eaux de baignade pratiquées en période estivale sur les quatre plages principales de la commune dont celle de l’anse de Corton.

L'anse de Corton à Cassis

L’anse de Corton à Cassis

A ses côtés, le directeur de l’eau et de l’assainissement de la Métropole a confirmé que le panache d’eau noirâtre filmé par Nox Diving à quelques mêtres de la plage de Corton correspond bien aux rejets issus de l’émissaire de la station d’épuration de Cassis, dont la gestion a été confiée à la Société des Eaux de Marseille dans le cadre d’une délégation de service public. Il se garde néanmoins de préciser la composition de cette eau rejetée directement en mer à très faible profondeur et tout près de la plage. Le nombre de poissons attirés par le panache confirme sans aucun doute possible la très forte teneur en nutriments de ces rejets et il est non moins certain que la concentration en bactéries de type E. Coli est sans doute très élevée dans ce type d’effluents comme à la sortie de la quasi totalité des stations d’épuration en service, suffisant en tout cas pour provoquer une bonne gastrite à ceux qui s’en approcheraient de trop près !

Les arguments avancés par le technicien de la Métropole comme par l’élue de Cassis laissent cependant songeurs. Selon Jean-Yves Guivarch, le panache sombre issu de l’émissaire ne serait que le résultat des mouvements de palmes du plongeur alors que la vidéo prouve indéniablement qu’il ne reflète que le dégagement d’un effluent manifestement chargé.

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Danielle Milon en conférence de presse (capture écran reportage FR3)

Quant aux propos de la maire de Cassis, largement repris par La Provence et qui ont même fait l’objet d’un communiqué affiché sur le site officiel de la commune, ils sont d’une violence étonnante à l’égard de ceux qui ont osé mettre en doute la qualité des eaux rejetées en mer après traitement : « Comme vous l’avez certainement remarqué, notre village fait actuellement l’objet d’une campagne de presse particulièrement virulente. Cette campagne de dénigrement (à laquelle participent certains habitants de notre propre village !) tente de jeter le discrédit sur la qualité de nos eaux de baignade, mettant ainsi en péril l’économie touristique de Cassis grâce à laquelle, rappelons-le, le village parvient à vivre malgré la crise. […] Les responsables de cette émission auraient décidé, au prix d’affirmations farfelues, de tuer l’économie du village et de mettre un bon nombre de ses habitants au chômage ou sur la paille, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. […] Contrairement à ce qu’affirment en chœur l’apnéiste gastroentérité et les reporters parisiens découvrant tout ébaubis le fonctionnement normal d’une station d’épuration, il y a des panaches dus à diverses causes techniques, mais il n’y a PAS d’excréments dans ces panaches. […] OUI, je me réserve le droit en tant que Maire attentive au bien être de notre village, de poursuivre en justice tous ceux dont les mensonges auront préjudicié aux intérêts de Cassis ».

On ne savait pas l’économie touristique cassidaine aussi vulnérable ni la maire aussi chatouilleuse sur ces questions d’image et aussi peu regadante sur les conséquences éventuelles des rejets communaux sur la santé de ses concitoyens ou la qualité du milieu naturel d’un Parc National dont elle a été pourtant (brièvement) présidente… Mais en tout cas le message est clair : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Et gare à ceux qui voudraient en savoir davantage sur le sujet…

L.V.  LutinVert1Small

Le FMI s’inquiète des excès du néolibéralisme

4 août 2016 by

On aura finalement tout vu : après avoir été pendant des années le champion des politiques néolibérales, imposant à tour de bras des crues d’austérité et de privatisation via ses fameux plans d’ajustement structurel, voila que le Fonds monétaire international (FMI) s’inquiète désormais des risques induits sur les économies occidentales par ces mêmes politiques néolibérales, alors même que la plupart des dirigeants européens, y compris ceux issus des rangs du Parti socialiste français, s’appliquent à mettre en œuvre de telles politiques malgré leurs effets catastrophiques ! Une analyse intéressante du journaliste économique et financier Emmanuel Lévy, intitulée Le libéralisme à bout de souffle, publiée dans Marianne le 3 juin 2016 et reproduite ici in extenso.

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

Emmanuel Lévy, coauteur, avec Mélanie Delattre du livre Le quinquennat à 500 milliards, un bilan critique des années Sarkozy

« Dans cette période de crise, le gouvernement est le problème ». On considère souvent la phrase choc du discours d’investiture à la Maison-Blanche de Ronald Reagan prononcé en janvier 1981 comme le coup d’envoi de la contre-révolution libérale. Épuisé par la stagnation des années 70, faible croissance et forte inflation, le modèle keynésien de l’Etat-providence montrait d’évidentes faiblesses, et notamment, marqueur parmi les marqueurs, celle de la baisse de la productivité, gage de croissance.

Trente-cinq ans plus tard, ce cycle s’inverse : outre la multiplication des crises et la hausse des inégalités, le néolibéralisme doit à son tour assumer le recul de la productivité aux Etats-Unis, signe manifeste de son essoufflement.

Blog329_DessinPlantu

Une récente étude du FMI vient d’enfoncer le clou. Intitulée « Néolibéralisme : survendu ? », elle confirme le revirement académique entamé à la fin des années 2000, plus sensible de l’autre côté de l’Atlantique qu’en Europe. Car le FMI fut le fer de lance de la politique néolibérale, inspirée par les économistes monétaristes, avec à leur tête Milton Friedman. Connue sous le sobriquet de « consensus de Washington » (siège du FMI), la potion à administrer alors était simple et universelle : excédents budgétaires, démantèlement des politiques sociales, privatisations et ouvertures à la concurrence, liberté de circulation des capitaux.

Blog329_DessinBourse

Ce sont ces mêmes points qui sont taillés en pièces par l’étude. L’ouverture et la libre circulation des capitaux ? Il existe une forte probabilité pour que cela « s’achève par unecrise financière laquelle, souvent, débouche sur une baisse de la production ». Réduire la dette ? Oui, répondent les auteurs, mais ils insistent sur le risque de récession des politiques d’austérité.

Confirmant les analyses d’Olivier Blanchard, ex-chef économiste de l’institution, les chercheurs du FMI notent que « les périodes de consolidation budgétaire débouchent en moyenne davantage sur un recul plutôt que sur une hausse de la croissance », et, calculent-ils, 1 % du PIB de réduction budgétaire « induit une hausse de 1,5 % du chômage de long terme ».

Blog329_DessinGrece

Dans le cas grec, le FMI semble bien décidé à appliquer ce que ses économistes prônent. Alors que les  institutions européennes, BCE et Commission main dans la main, appliquent mordicus la potion magique des années 80, le FMI milite, lui, pour la fin de l’austérité, l’annulation d’une partie de la dette, etc.

Dommage qu’en France nos politiques demeurent eux aussi confits dans une idéologie des années 80. La folie, expliquait Albert Einstein, c’est de « recommencer la même chose et en attendre des résultats différents ».

Pizza, l’ours polaire dépressif

1 août 2016 by

Blog328_PhPizzaC’est un article du Monde qui relaie les indignations de l’association de défense des animaux, Animals Asia, quant aux conditions de détention de l’ours polaire Pizza. Enfermé dans un minuscule enclos à l’hygiène douteuse éclairé de néons bleus et exposé en permanence aux selfies compulsifs des visiteurs, le pauvre ours déprime dans son parc d’attraction situé dans un centre commercial de Canton, au sud de la Chine. Une pétition en ligne exigeant la fermeture du site a été lancée afin d’extraire de sa cage l’ours polaire qualifié de « plus triste du monde ».

Un qualificatif qui avait déjà été attribué à l’un de ses congénères, Arturo, qui se morfondait dans son enclos de Mendoza, à l’ouest de l’Argentine où il est finalement décédé le 7 juillet dernier après avoir passé 23 ans en captivité, à des milliers de kilomètres de son milieu naturel et sans avoir jamais vu la neige.

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Arturo, le dernier ours polaire captif d’Argentine, mort le 3 juillet à Mendoza (photo A. Larrovere / AFP)

Depuis la disparition de sa compagne Pelusa, morte d’un cancer en 2012, le pauvre ours polaire dépérissait à vue d’œil, sous un climat et dans des conditions de vie totalement inadaptées à son espèce. Des associations s’étaient battues en vain pour essayer de le transférer dans un parc zoologique canadien, mais le directeur du zoo de Mendoza s’y était opposé, ayant déjà perdu 5 girafes dans les années 1990 et un hippopotame, Yanqui, décédé fin 2015 après avoir malencontreusement avalé une balle de tennis…

Le maintien en captivité, dans des enclos de taille réduite où la température de l’eau et de l’air est généralement très excessive, rend les ours polaires rapidement neurasthéniques. Comme l’explique le géographe Farid Benhammou, coauteur de Géopolitique de l’ours polaire (Editions Hesse), « Les ours polaires ne peuvent pas vivre dans des zoos. Ce sont des animaux qui ont besoin de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour et des milliers à l’année. Le milieu arctique dans lequel ils évoluent est très varié, entre la mer, la banquise, la terre ferme, les steppes ou les rocailles. Surtout, l’eau reste très froide, au maximum 5 °C l’été ».

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Ours polaire au zoo de La Palmyre (photo ALSH Lanton)

Et pourtant, on recensait en 2009 au moins 180 ours polaires en captivité de par le monde, dont une dizaine en France répartis entre le Marineland d’Antibes et les zoos de Mulhouse, La Palmyre et La Flèche. Le site d’Antibes, qui se vante d’avoir créé un espace spécifique pour ses 3 spécimens d’Ursus maritimus, leur offre effectivement un vrai bain de mer, mais dont la température s’élève en moyenne à 14°C, ce qui est très excessif !

Bien entendu, tous ces parcs zoologiques masquent leur objectif purement mercantile  derrière un paravent de considérations écologiques, se vantant de participer à la survie d’espèces animales menacées d’extinction et mettant en avant leur participation à des programmes de réintroduction d’animaux captifs dans leur milieu naturel.

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Vautour fauve (photo E . Lécuyer)

Des programmes qui se soldent le plus souvent par des échecs en dehors de quelques cas emblématiques comme celui de la réintroduction du vautour fauve dans le sud du Massif Central et dans les Alpes, ou celle du cheval de Przewalski en Mongolie. Les animaux conservés et pour la plupart d’entre eux nés en captivité se révèlent totalement inadaptés à la vie sauvage. On dépense ainsi des sommes importantes pour assurer la reproduction en captivité d’espèces menacées, sans aucune garantie de pouvoir les réintroduire un jour dans leur milieu naturel, alors que la priorité serait de protéger ces milieux de plus en plus menacés par la déforestation, l’urbanisation et désormais le changement climatique.

C’est tout le paradoxe des parcs zoologiques dont les installations réfrigérées, qui permettent de maintenir à une température acceptable l’enclos de leurs ours polaires, émettent des quantités importantes de gaz à effet de serre, accélérant d’autant le changement climatique qui provoque la fonte de la banquise et la destruction de l’habitat naturel de ces mêmes ours !

Blog328_PhOursons

On estime actuellement, d’après l’UICN (Union internationale de conservation de la nature) à environ 25 000 le nombre d’ours polaires encore vivant, principalement au Canada. Mais leurs effectifs pourraient baisser de 30 % d’ici 25 ans au vu de l’évolution climatique en cours : une véritable chronique d’une mort annoncée ! Pas de quoi en tout cas remonter le moral du pauvre Pizza qui, en plus de s’être vu affubler d’un nom ridicule, se morfond dans son centre commercial de Canton…

L.V.  LutinVert1Small

Roundup : l’Europe impuissante…

29 juillet 2016 by

Il n’y a pas qu’en matière de politique migratoire, de dumping social ou de régulation financière que les institutions européennes se montrent impuissantes à régler des problèmes. La manière dont vient d’être traitée l’affaire du glyphosate, cette molécule qui entre dans la composition de nombreux herbicides dont le fameux Roundup commercialisé depuis 1974 par la firme américaine Monsanto, est un modèle du genre !Blog327_PhRoundup

Ce désherbant est un herbicide total non sélectif qui agit sur le système foliaire et conduit à la mort rapide des plantes, pour peu qu’on le mélange avec un produit tensio-actif qui facilite sa fixation sur les feuilles. Il remplace le désherbage mécanique et est donc utilisé non seulement en agriculture mais aussi pour l’entretien des espaces publics et des voiries, voire pour la destruction à grande échelle des plantations de coca en Colombie ! Monsanto l’a longtemps présenté comme biodégradable car il est sans effet sur les semences qui sont mises en terre après un désherbage total, ce qui peut éviter dans certains cas à l’agriculteur de retourner le sol avant de semer.

Il fait surtout partie d’une panoplie complète de semences OGM qui ont été développées par Monsanto justement pour être résistantes au Roundup, ce qui permet à la multinationale de vendre à la fois la semence et l’herbicide qui permettra de maintenir le champ indemne de toute adventice jusqu’à la récolte. Certains agriculteurs utilisent aussi ce produit avant la récolte en l’appliquant en masse pour tuer les plantes cultivées, ce qui active la maturation et facilite la récolte, une pratique connue sous le nom de « green burndown » qui entraîne une exposition accrue du consommateur.

agriculture, tractor spraying pesticides on field farm

Un vrai produit miracle donc, dont le brevet est d’ailleurs tombé dans le domaine public depuis 2000, à tel point que le glyphosate est devenu, de loin, le pesticide le plus vendu sur la planète. La seule firme Monsanto en vend pour plus de 5 miliards de dollars chaque année, ce produit représentant à lui seul 30 % de ses ventes. Rien qu’en France, il se vend chaque année de l’ordre de 10 000 tonnes de Roundup, dont une part non négligeable à des particuliers pour désherber leur jardin. Le glyphosate et surtout les produits qui sont issus de sa dégradation, tels que l’AMTA (acide aminométhylphosphonique de son petit nom) sont devenu depuis au moins une dizaine d’années les principaux pesticides que l’on retrouve dans la plupart des analyses d’eau, présents dans la majorité des cours d’eau et dans un grand nombre de nappes souterraines.

Le 20 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), rattaché à l’OMS, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme », en se basant sur de nombreuses recherches et sur des observations in vitro et in situ. Dans la mesure où l’homologation de ce produit pour l’Europe devait être renouvelée à la date du 30 juin 2016, il paraissait évident que l’avenir de cet herbicide sur le sol européen devenait morose.

Blog327_PhBuldozer

Mais c’était sans compter sur l’intensité du lobbying et l’étrange fonctionnement de certaines institutions européennes. En l’occurrence, c’est l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui est sur la sellette. Chargée d’évaluer l’innocuité de tout ce qui peut entrer dans notre alimentation et plutôt que de s’appuyer sur les résultats publics et vérifiables du CIRC, un organisme qui fonctionne en toute transparence sur la base de fonds publics, l’EFSA a préféré se fier aux affirmations fournies par la Glyphosate Task Force, un organisme privé financé par les 23 firmes qui commercialisent ce produit. Comme on peut l’imaginer, ce dernier estime bien évidemment que l’effet cancérigène du glyphosate est hautement improbable, en s’appuyant naturellement sur des études totalement confidentielles puisque relevant du secret industriel : « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…

Christopher Portier, sommité mondiale de la cancérologie et membre du CIRC, a adressé à la Commission européenne un texte signé par une centaine de confrères dénonçant l’avis « trompeur » de l’EFSA, basé sur une procédure « scientifiquement inacceptable ». Pour une fois, la querelle est sortie du cercle feutré des experts. Le médiateur européen s’est inquiété d’une procédure qui ne permet pas à la Commission européenne de « s’assurer que la santé humaine, la santé animale et l’environnement  sont effectivement protégés par l’Union européenne », tandis que le Commissaire aux comptes de l’Union s’inquiétait des dérives évidentes en matière de gestion des conflits d’intérêts.

Blog327_DessinMonsantoFace à un tel tollé, le Parlement européen a tenté de s’en sortir en coupant la poire en deux et en prolongeant l’homologation du glyphosate pour une durée de 7 ans au lieu des 15 demandés. C’était plutôt bien essayé et cela aurait eu le mérite de permettre la poursuite du commerce pour écouler les stocks en espérant que le contexte sera plus favorable quand le dossier reviendra sur le tapis. Mais la ficelle était un peu grosse et le marchandage n’a pas réussi.

Le 19 mai dernier, la Commission a dû se rendre à l’évidence face à l’opposition affichée de certains pays, dont pour une fois la France, mais aussi l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas : voyant qu’il serait difficile d’obtenir un vote favorable à la majorité qualifiée, elle a préféré surseoir au vote d’homologation. Il n’y a donc pas eu de décision, l’Europe étant comme paralysée entre ceux qui prônent le « business as usual », mettant en avant la nécessité de vendre un produit qui répond à un besoin sans trop se soucier de ses conséquences éventuelles, et ceux qui commencent à craindre d’avoir un jour à se justifier d’avoir pris des décisions dommageables pour la santé publique et l’avenir de notre planète. Un beau cas d’école qui montre que l’Europe a encore du chemin à faire !

L.V.  LutinVert1Small

En Tchétchénie aussi, chacun cherche son chat…

26 juillet 2016 by

Le président tchétchène, l’aimable autocrate Ramzan Kadyrov, mondialement connu pour sa conception assez singulière des Droits de l’Homme et de la démocratie, a perdu son chat. Comme il n’a pas l’habitude de faire dans la discrétion, il en a aussitôt fait part à la Terre entière via son compte Instagram qu’il alimente de manière compulsive avec des photos et des videos le montrant aux côtés de dirigeants du monde entier (en fait surtout de Vladimir Poutine, son mentor, qu’il adore arborer en effigie sur son tee shirt), soulevant de la fonte dans une salle de sport, visitant des usines d’un autre âge ou attrapant à mains nues la gueule d’un crocodile.

Le président tchétchène, Ramzan Kadyrov

Le président tchétchène, Ramzan Kadyrov

Un compte qui serait suivi par près de 1,8 millions de followers ! Un véritable succès d’audience donc pour ce chef de guerre hors normes, à l’air patibulaire et parfois bizarrement accoutré, mais qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller. Ses principaux opposants et quelques défenseurs des Droits de l’Homme qui avaient la prétention de travailler en Tchétchénie en ont fait les frais et ont mystérieusement disparu, retrouvés pour certains proprement assasinés dans le coffre de leur voiture, sans que la Justice ne puisse élucider par quel mystère ils ont bien pu en arriver là…

Ramzan Kadyrov et Vladimir Poutine

Ramzan Kadyrov et Vladimir Poutine

Boris Nemtsov, qui avait cru pouvoir s’opposer à Vladimir Poutine et qui a été malencontreusement assassiné le 27 février 2015 près de la Place rouge, compterait aussi au nombre des victimes de l’excès de zèle du président tchétchène en exercice. Les principaux suspects dans cette affaire font d’ailleurs partie de la garde rapprochée de Ramzan Kadyrov, lequel avait promis en 2002 de tuer Boris Nemtsov qui lui reprochait sa participation active dans la guerre du Donbass. L’avocat de la famille Nemtsov tente de défendre la thèse selon laquelle le président tchétchène serait le commanditaire du crime : on espère pour lui qu’il prend les précautions nécessaires pour assurer sa propre sécurité !

Dans l’un de ses derniers articles publié le 11 septembre 2006, la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, dont on cherche toujours (bien que mollement) les commanditaires du crime, écrivait : « Qu’est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l’insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l’amabilité. En Tchétchénie, les kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c’est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des détails permettant de placer les Tchétchènes en faveur de la Russie ».

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov le 23 mars 2014 à Abu Ghosh (photo M. Kahana / AFP)

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov le 23 mars 2014 à Abu Ghosh (photo M. Kahana / AFP)

Car le président tchétchène fait en effet partie de ceux qui s’opposent aux fondamentalistes islamistes, d’où sa grande proximité avec le pouvoir russe. Son père, Akhmad Kadyrov, ancien grand mufti fut lui-même président de la république de Tchétchénie de 2003 jusqu’à son assassinat le 9 mai 2004. A cette date, son fils est naturellement nommé vice-Premier ministre de la République de Tchétchénie. A la tête des services de sécurité de la présidence, les fameux kadyrovtsy, une milice de 5000 hommes qui n’ont pas l’habitude de faire dans la dentelle, le jeune Ramzan s’engage alors dans une lutte pour le pouvoir auquel il accède en décembre 2005, suite à un malheureux accident de voiture du Premier ministre Sergueï Abramov, lequel finit par démissionner le 28 février 2006.

Depuis, Ramzan Kadyrov détient la réalité du pouvoir en Tchétchénie, s’appuyant sur les forces armées qu’il contrôle et sur le soutien que lui apporte Vladimir Poutine dans sa politique anti-wahhabite, tout en prônant une islamisation des mœurs et des coutumes tchétchènes dans un esprit très nationaliste,

A chacun son tigre...

A chacun son tigre…

Comme son modèle Poutine qui adore diffuser des vidéo viriles le montrant en train de chasser l’ours ou le tigre, Ramzan Kadyrov se complaît à montrer sur son compte instagram des documents mettant en valeur son courage et sa force physique, histoire d’assoir son autorité face à d’éventuels opposants. Mais en bon élève du Petit Père des Peuples, le jovial Joseph Staline, il aime bien aussi se montrer en compagnie d’enfants déguisés en costume traditionnel ou entourés d’animaux, prenant dans ses bras un agneau ou un tigre, c’est selon…

Plusieurs médias internationaux dont le Huffington Post en mai 2013, s’étaient déjà -gentiment- moqués de cette propension du président tchétchène à se mettre ainsi en scène, y compris avec certaines stars dont notre Gérard Depardieu national, mais aussi avec un certain Bekkhan Ibragimov, un aimable tchétchène impliqué dans le meurtre en 2010 d’un supporter russe de football.

Blog326_PhChatLorsque le président Kadyrov a affiché sur son compte Instagram un appel international à témoins pour signaler qu’il venait de perdre son chat, disparu du domicile depuis 10 jours, l’histoire n’est donc pas passé inaperçue. Elle a fait les gorges chaudes de nombreux internautes, profitant de la situation pour demander au président des nouvelles d’autres personnes mystérieusement disparues récemment en Tchétchénie. Elle a même été exploitée par certains humoristes dont le Britannique John Oliver dans son émission Last Week Tonight, ainsi que l’a révélé Libération.

Le message du délicieux Ramzan était pourtant libellé de manière très anodine : « Nous avons perdu notre chat. Il ressemble à un petit tigre. Il a disparu il y a dix jours. Nous pensions qu’il allait réapparaître car il est vraiment attaché à nos enfants et aime jouer avec eux. Mais nous commençons à être sérieusement inquiets. Peut-être qu’il est avec quelqu’un aux alentours et que cette personne ne saurait pas comment retrouver ses propriétaires. Je suis sûr que personne n’a besoin du chat de quelqu’un d’autre. Nous serions reconnaissants pour n’importe quelle information. Merci d’avance ». Un conseil en tout cas à celui qui trouvera le chat de Ramzan Kadyrov et qui serait tenté de le garder plutôt que de le rendre à son légitime propriétaire, mieux vaudrait qu’il reste discret car les représailles pourraient être terribles…

L.V.  LutinVert1Small

Après l’attentat de Nice, les odieuses surenchères de la Droite

23 juillet 2016 by

Après l’attaque sanglante contre les journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015 et malgré certaines réactions pour le moins inappropriées, la classe politique française avait globalement su faire bloc et appeler à l’unité nationale contre de tels agissements manifestement tournés contre la liberté de pensée et d’expression qui caractérisent notre démocratie. Des citoyens s’étaient rassemblé en masse, faisant fi de leurs divergences politiques, pour exprimer ensemble leur attachement à ces valeurs communes.

Curieusement, la cote de popularité du Chef de l’État, pourtant au plus bas dans les sondages, était même remontée de manière très significative, reflet de ce souhait d’unité nationale soudée autour des institutions nationales. « Certains me prenaient pour un Charlot. Ils me soutiendront désormais en tant que Charlie » aurait alors pronostiqué François Hollande, jamais à court d’un bon mot…

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Mais après le spectaculaire attentat du 14 juillet 2016 qui a fait 84 morts à Nice, la configuration semble bien différente. Il est vrai que l’échéance des présidentielles et, plus encore, celle des primaires de la Droite, approchent. Mais on se s’attendait pas pour autant à des réactions aussi impulsives et irresponsables de la part d’un Alain Juppé, pourtant ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, fustigeant les incuries du gouvernement et déclarant dès le lendemain matin au micro de RTL, alors même que les circonstances du drame étaient loin d’être parfaitement connues, « Je ne suis pas enquêteur mais si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ». On n’a pas souvenir qu’il tenait des discours aussi simplistes lorsqu’il faisait face, alors en poste à Matignon, à une précédente vague d’attentats qui avaient déjà meurtri la France entre juillet et octobre 1995…

Quels moyens ? Rien de plus simple, comme l’a si bien détaillé dès le 15 juillet également et toujours sur RTL, un autre candidat éventuel à la primaire des Républicains, Henri Guaino, expliquant à plusieurs reprises : « il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et puis il arrête le camion de 15 tonnes, voila c’est tout ! ». On se demande bien pourquoi nos responsables de la sécurité intérieure n’y ont pas pensé plus tôt…

On attend maintenant avec impatience de voir les trois pauvres paras qui déambulent toute la journée au milieu de la foule à la gare Saint-Charles se trimbaler, en plus de leur attirail déjà aussi impressionnant qu’encombrant, un bazooka de 1,55 m sur l’épaule. Voilà qui aurait de la gueule et serait de nature à sécuriser les touristes en goguette. Dans l’hypothèse de l’arrivée inopinée d’un camion kamikaze déboulant via la dépose-minute, on imagine d’avance le beau feu d’artifice si d’aventure le camion est bourré d’explosif et qu’il est la cible d’une roquette. Mais l’imaginatif Henri Guaino a certainement une parade innovante en réserve…

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l'attentat de Nice (photo AFP)

Manuel Valls et Christian Estrosi hués lors de la cérémonie de recueillement après l’attentat de Nice (photo AFP)

Il est vraiment désespérant de voir à quel point un événement aussi tragique peut susciter des réactions aussi irresponsables. Passons sur le groupe de Niçois déchainés qui ont copieusement hué le Premier ministre Manuel Valls, lors de sa visite officielle, n’hésitant pas à le traiter d’assassin, les sifflets étant d’ailleurs tout autant destinés à l’ancien maire de la Ville, Christian Estrosi qui se trouvait à ses côtés. Il s’agissait semble t-il de militants FN que la député Marion Maréchal-Le Pen est d’ailleurs allé gentiment saluer, tout sourire, après la cérémonie.

Blog325_DessinDaechUn tel déchaînement de violence verbale n’est pas si anodin qu’il n’y paraît et sans doute pas de nature à apaiser les tensions. L’extrême-droite bien sûr se réjouit d’une telle situation, se félicitant d’enregistrer depuis l’attentat de Nice une augmentation significative des demandes d’adhésion au Front National. Ses dirigeants n’hésitent pas à attiser cette colère, à l’image de Marion Maréchal-Le Pen, encore elle !, proclamant au lendemain de l’attentat de Nice : « si nous ne tuons pas l’islamisme, c’est lui qui nous tuera ». On n’est pas très loin des slogans les plus extémistes qui fleurissent ici ou là, du style « L’Islam tue, tuons l’Islam », alors même qu’on a vu à quelles extrémités conduisaient ce genre d’amalgames… Aux attentats revendiqués par Daech va t-il bientôt se succéder d’autres attaques comparables menées par des extrémistes tout aussi radicalisés mais agissant au nom de la sauvegarde des racines chrétiennes de l’Occident comme on l’a déjà vécu en Norvège où le militant d’extême-droite Anders Breivik avait tué sauvagement 77 personnes ?

Blog325_DessinSarkoClownLa Droite des Républicains en tout cas n’a pas fait dans la dentelle non plus, en réaction à l’attentat de Nice, à l’image d’un Nicolas Sarkozy hargneux, attribuant tout les torts au gouvernement au prétexte que « tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été ». Le ministre de l’Intérieur a beau rappeler qu’il s’efforce tant bien que mal de reconstituer depuis 2012 les effectifs de police amputés de près de 13 000 agents durant le quinquennat de Sarkozy et de réorganiser les services de renseignement mis à mal par ses prédécesseurs, cela n’empêche pas les outrances des ténors de la Droite. L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, pourtant expert en la matière, a beau s’échiner à expliquer que « face à un fou soutenu par une idéologie », « aucune loi ne peut empêcher cela », rien n’empêche la Droite de réclamer un arsenal législatif toujours plus répressif bien que de portée purement symbolique.

Dans cette affaire, l’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, qui se vante depuis des années d’avoir mis en place la plus forte densité de police municipale et de caméras de surveillance qui puisse exister, aurait pu se trouver quelque peu déstabilisé par un tel attentat. Comment expliquer en effet que seulement 10 % des effectifs de la police municipale étaient mobilisés en ce jour du 14 juillet pour un rassemblement d’une telle importance ? Comme justifier que l’auteur de l’attentat ait pu en toute impunité rouler avec son camion sans se faire inquiéter sur une artère pourtant interdite aux poids-lourds et truffée de caméras, non seulement le soir de l’attentat mais aussi les deux jours qui ont précédé afin d’effectuer tranquillement les reconnaissances nécessaires ?

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 20 juillet 2016

Certes, Christian Estrosi a cédé, depuis peu et pour cause de cumul de mandat, son fauteuil de maire à un homme de paille, un certain Philippe Pradal, que personne n’a entendu au cours de cet épisode désastreux, silence que l’intéressé a d’ailleurs justifié sans ambage et en toute spontanéité : « c’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien ». Il faut dire que l’ancien maire est resté premier adjoint de Nice, délégué à la Sécurité, aux Ressources humaines, aux Finances, aux Transports, aux Travaux, à la Voirie et au Stationnement (on se demande bien d’ailleurs ce qui peut rester comme délégations aux autres élus : le fleurissement des monument aux morts peut-être ?).Blog325_DessinSarko

Dans ces conditions, en politique avisé qu’il est et pour éviter d’avoir à répondre aux critiques éventuelles, M. Estrosi préfère attaquer les autres plutôt que justifier ses propres errements. Il n’a ainsi pas hésité, dès le lendemain de l’attentat, à évoquer « un mensonge d’État » quant aux effectifs de la police nationale déployée ce jour-là à Nice, alors que la liste en est parfaitement connue et vérifiable, et que de toute façon une fouille éventuelle de chacun des badauds n’aurait bien évidemment pas empêché le camion fou de se jeter dans la foule…

On a beaucoup polémiqué aussi sur l’absence de blocs de béton posés à l’entrée de la zone afin de bloquer le passage de tout véhicule. Les Israéliens, que le président de la Région PACA Christian Estrosi considère comme un modèle indépassable en matière de sécurité publique, prônent ce type d’approche. Il y a fort à parier néanmoins que si elle avait été préconisée par les services du Préfet, il aurait été le premier à la critiquer au prétexte que ces blocs de béton auraient gêné l’arrivée des secours et l’évacuation des blessés après l’attentat !

La situation actuelle mérite peut-être, de la part de nos dirigeants politiques, un peu moins de mauvaise foi et de surenchères, mais un peu plus de sang-froid et de sens des responsabilités…

L.V.  LutinVert1Small

KATULU ? n°49

21 juillet 2016 by

n 49De nouvelles analyses de la part du groupe de lecture Katulu ? pour sa réunion de mai-juin 2016. Retrouvez l’intégralité des articles dans le compte-rendu complet (Katulu49). Et n’hésitez-pas à venir découvrir le groupe de lecture qui organisera le 29 septembre prochain à Carnoux une séance spéciale de découvertes de livres sur le thème de l’exil, dans le cadre des festivités du jubilé de Carnoux-en-Provence : une séance exceptionnelle ouverte à tous !

 

A la grâce des hommesPh1_LivreKent

Hannah Kent

 

Selon l’auteur, l’histoire personnelle d’Agnés Magnusdottir « C’est ma tentative de faire de la poésie, c’est mon hymne maladroit aux montagnes à la lumière à l’hostilité et à la grâce de l’Islande ».

Agnès Magnusdottir est accusée avec deux autres personnes d’un crime commis sur la personne de Nathan Ketilsson, mi-sorcier, mi-guérisseur, chez qui elle vivait. Abandonnée par sa mère à l’âge de huit ans, sans père, rejetée par la communauté, elle a dû survivre sans aide, sans liens familiaux, ballottée d’une famille à une autre, placée de ferme en ferme pour des travaux les plus pénibles. Elle rencontre Nathan qui lui prodigue un peu d’intérêt, mais lui-même étant instable, la situation va dégénérer jusqu’à l’incendie de la maison et au crime dont Agnès est accusée.

L'auteur, Hannah Kent

L’auteur, Hannah Kent

Dans l’attente du jugement, elle est conduite dans une ferme isolée où sa venue va bouleverser le quotidien du couple de fermier, de leurs deux filles et des domestiques. Ils remplissent leur devoir envers la Loi et l’Église. La justice suit son court et rien ne va pouvoir l’arrêter. Les accusateurs n’auront jamais cherché à savoir les faits réels et l’ont condamnée dès le début pour l’exemple.

On retiendra de cette histoire la dure vie des paysans au début du 19ème siècle,  harassés par le travail de la terre dans une nature hostile mais pour qui l’importance de la religion et le respect de la loi sont primordiaux. A cette époque en Islande, l’Église avait un rôle plus social que spirituel : responsable de l’éducation (la majorité des habitants était instruite), des problèmes de pauvreté, des naissances, des orphelins et des besoins administratifs.

Une histoire prenante par l’intensité de ce drame, par la dureté des hommes, par la vie de cette femme meurtrie, touchée par la malchance et programmée pour vivre cet enfer.

                                                                                                          Suzanne

 

 

Suite française

Irène Némirowsky

Ph3_LivreSuiteL’auteur, née en 1903 à Kiev et décédée en 1942 à Auschwitz, est une romancière russe d’origine ukrainienne et de langue française. Son père, un riche banquier ukrainien, s’installe avec sa famille à Paris en 1919.

Suite française est une photo sur le vif de l’exode en juin 1940 puis de l’occupation allemande. La première partie est une peinture acide des familles sur les routes, les villages envahis par les femmes et les enfants épuisés, affamés, luttant pour obtenir la possibilité de dormir sur une simple chaise, pour avoir de l’essence alors que c’est la pénurie. Des grands bourgeois qui ne supportent pas de partager l’essentiel avec la populace.

L’arrivée des Allemands victorieux est outrageuse, humiliante pour les français vaincus.Elle n’est pas sans mettre en évidence l’ambiguïté des positions des français entre les défaitistes et ceux qui veulent résister.

La seconde partie s’attarde à décrire le statut ambigu des relations entre quelques familles françaises et les troupes allemandes qui se sont installées chez elles. Beaucoup de méfiance de la part des français, mais le temps passant les relations humaines se nouent, chacun cherchant à définir un modus vivendi acceptable, sans perdre la face.

Adaptation au cinéma du livre

Adaptation au cinéma du livre

On suit plus précisément l’histoire de deux familles, l’une propriétaire de terres, l’autre qui les cultive. Les deux familles devront collaborer pour sauver la peau du jeune paysan, enfui d’un camp de travail en Allemagne et qui, ne pouvant supporter la présence des Allemands dans sa maison, va jusqu’à tuer un officier allemand. La solidarité entre Français contre les Allemands est forte et dépasse les barrières sociales. L’humiliation engendre la résistance.

C’est un livre toute en finesses qui décrit l’âme humaine avec ses nuances de gris, du blanc au noir, dans le milieu populaire comme chez les bourgeois. Pas vraiment de héros exemplaires mais des hommes et des femmes avec quelques gestes de générosité mais surtout d’égoïsme, de jalousie, de frustrations, beaucoup de solitude, dans une impasse totale pour le futur. Ce n’est pas un livre qui fait rêver, mais qui traduit bien cette France des années 40/41 dont on n’est pas très fier. Mais ferions-nous mieux aujourd’hui ?

Cécile

 

 

Ahlam

Marc Trévidic

Ph5_LivreAhlamLes faits se déroulent dans les années 2006-2012. Un peintre français réputé, Paul Arezzo, débarque en Tunisie aux Kerkennah, « l’Archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté », prés de Sfax, le pays étant alors gouverné par Ben Ali.

Il achète une propriété au bord de l’eau et se lie avec Farhat, un pêcheur, Nora sa femme et leurs deux enfants : Issam un garçon et une fille Ahlam, enfants d’une dizaine d’années. Cette famille vivait à l’Occidentale, grand-mère et mère étaient professeurs alors qu’à « Akerkennah les hommes sont pêcheurs et les femmes agricultrices ». Nora tomba malade et mourut à Paris, Paul leur ayant proposé de la faire soigner en France. Mais il réalisera plus tard qu’ainsi il avait privé les siens de ses derniers instants.

Paul se sent responsable de l’éducation des enfants : « Issam voulait apprendre la peinture et Ahlam la musique ». « Sachant qu’il existe un lien cosmique entre les arts, en tout cas entre la musique et la peinture »,  Paul décida à travers eux de réaliser son propre rêve : créer une inter-action entre les sons et les couleurs primaires, établir des règles artistiques. Issam jouait, sa sœur peignait sur le rythme, le son.

L'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic

L’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic

Après plusieurs d’années consacrées à l’étude, les enfants devenus de véritables artistes, Paul imaginait une tournée mondiale sponsorisée par un Américain. Mais c’est la rupture : Issam à l’insu de sa famille s’est rapproché des Salafistes, et sous prétexte de suivre des études à Sfax, est formé et devient un membre actif de la branche AL-Quaida.

Les influences sur le jeune homme, les maladresses de Paul à son égard, l’ambiance suivant la déchéance de Ben Ali, tout est analysé avec finesse et précision. Le livre, dès lors, décrit la montée de l’Intégrisme religieux en Tunisie, « la Révolution de jasmin » « trop laïque et démocratique », le djihad, les assassinats aveugles, les violences machistes contre les femmes… Livre précis, documenté…

Le drame est au cœur de cette deuxième partie du roman… qui se termine sur une note d’espoir malgré tout !

                        Josette J.

 

La montagne ensommeillée

Contes d’une enfance andine

Alvaro Escobar Molina

Ph7_LivreMontagneLa montagne ensommeillée est composée d’une suite de contes indépendants qui sont comme des incantations à un monde disparu. Quelques titres de chapitres : Les cadeaux de la pleine Lune, La solitude mon fleuve, Les trois Dames, Ce que racontaient les tantes.

Ces titres permettent déjà de situer la place majeure de la Nature, la place de la famille avec ses traditions et ses liens si forts. Le sujet du livre est d’abord le récit d’une enfance, celle de l’auteur quelque  part en Colombie, à l’ombre de la Montaña Madre

Ce livre évoque avec une émotion contenue l’exil, la dépossession de la terre des ancêtres, la migration forcée de la terre natale, entraînant celle des esprits et l’apprentissage d’une langue nouvelle. L’auteur ne s’apitoie pas sur les deuils, la solitude, la souffrance ; ils sont seulement constitutifs de lui-même. Il nous offre surtout l’enchantement, la magie de son enfance dans une langue poétique qui transfigure et magnifie la Terre Mère.

Le psychanalyste Alvaro Escobar Molina

Le psychanalyste Alvaro Escobar Molina

De son pays surgit la MONTAGNE, cette montagne ensommeillée qui le poursuit  jusqu’à Paris.: « A Paris je tends la main, je la glisse jusqu’à l’Océan Atlantique ( ) et je caresse mes montagnes. Mon village et mes couleurs sont avec moi. Tendre la main et fermer les paupières ».

Ce livre m’a touchée par sa simplicité. J’ai aimé le lien entre les espaces et le temps. L’harmonie du souffle des êtres, des choses et des animaux. Cette respiration singulière qui englobe l’éternité, les ancêtres avec le présent, le présent avec en germe le futur. Il en découle un grand apaisement malgré la peine et la douleur des épreuves de la vie. Ellipse et intensité : preuves d’une belle sensibilité

Nicole

 

Rendez-vous à Crawfish Creek

Nickolas Butler

Ph9_LivreCrawfish« Son visage avait été façonné en puzzle. Aïda remarqua les efforts de la pauvre fille pour dissimuler les cicatrices… ». Ainsi commence l’une des dix nouvelles Rendez-vous à Crawfish Creek que l’auteur a choisie pour titrer son ouvrage.

Aïda, récemment retraitée après vingt-cinq ans passés dans la police de la route et Béthany, jeune femme violentée par son compagnon, quittent le restaurant où elles s’étaient donné rendez-vous et se rendent à la gare routière. Bethany devait quitter la ville, et laisser Aïda « finir le boulot » pour lequel Bethany lui avait remis une liasse de billets….Ph_Butler

Brut aromatique : dans cette nouvelle, un vieil homme, Foreman, raconte à un interlocuteur, comment il avait appris la nouvelle annoncée à la radio. « des flammes de plusieurs dizaines de mètres de haut… », « …des cadavres dans l’eau réduits en miettes », « le pétrole continuait à gicler du fond de l’océan… ». On le retrouve séquestrant Hazelwood, le PDG d’une des plus grandes compagnies pétrolières du monde. Pour Foreman, il ne fait aucun doute que cet homme construisait sa fortune en faisant le malheur de la planète et des êtres vivants. Il doit payer… en lui proposant comme boisson du pétrole, du brut aromatique.

Durant ce tête-à-tête invraissemblable s’engagent alors des dialogues, des monologues de part et d’autre, des silences. Espoir, humiliations, désespoir, révoltes se succèdent chez cet homme qui dans les premières heures de son enlèvement, était sûr de ramener à la raison Foreman. Y parviendra-t-il ?

A l’exception de ces deux nouvelles, où les antagonistes font preuve de violences verbales et physiques, l’auteur nous plonge dans le quotidien de gens simples, le déroulement de leur existence. Ainsi un grand-père qui, tous les vendredis après-midi gardait son petit-fils que sa fille ayant le diable au corps lui « déposait comme un colis » (Un goût de nuage). Ou le mari de ce couple, marié depuis des années, au moment du grand nettoyage de la maison familiale après le décès de sa mère qu’il aimait. Il ne supporte plus les critiques que son épouse proférait à l’encontre de sa belle-mère et commence à remettre son couple en question (Les restes).

                                                                                                          Ghislaine

 

 

Petit Piment

Alain Mabanckou

Ph10_LivrePimentPetit Piment est l’histoire d’un jeune Africain de Pointe Noire, élevé dans un orphelinat placé sous l’autorité abusive et corrompue de Dieudonné N. La seule figure sympathique est « Papa Moupelo », le prêtre qui vient une fois par semaine faire chanter les enfants. Mais la Révolution Socialiste-Marxiste redistribue les cartes. Papa Moupelo disparaît. Alors Petit Piment s’échappe pour rejoindre les rues de Pointe-Noire. C’est l’errance, la vie « en bandes », la pauvreté, la corruption.

L'auteur, Alain Mabanckou

L’auteur, Alain Mabanckou

Le salut, c’est « Maman Fiat 500 », patronne de bordel qui le prend sous sa coupe affectueuse. Il vit là heureux jusqu’au jour où « l’opération Pointe Noire sans putes Zaïroises » détruit sa vie en même temps que les murs du bordel. « Petit Piment finit par perdre la tête mais pas le nord : il sait qu’il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin ».

A travers ces lignes, l’Afrique est décrite avec ses rites ancestraux, ses faiblesses modernes : la corruption, la pauvreté. « Le roman de la rue Africaine », « symbole d’une Afrique qui a perdu ses repaires » dit l’auteur. Cela lui permet de mettre à l’honneur toutes les femmes Africaines qui, alors que souvent les pères n’assument pas l’existence de leurs enfants, assurent sans relâche ! C’est l’infirmière de l’Orphelinat, la mère de Bonaventure, Nzinga, l’aïeule du Royaume Kongo, la Maman Fiat 500 figure emblématique des prostituées qui protègent les enfants.

« Dans ce roman envoûté et envoûtant, A. Mabanckou renoue avec le territoire de son enfance, alliant naïveté et lucidité ».

                                                                                                          Josette J.

Stefan ZWEIG

Le monde d’hier (journal d’un européen)

 

Ph12_LivreZweigZweig laisse une œuvre immense entièrement traduite en français, dont des poèmes (2 recueils publiés en 1901 et 1907), des romans et nouvelles (26 parmi lesquels, Amok, 24 heures de la vie d’une femme, La confusion des sentiments, La pitié dangereuse, Un mariage à Lyon, Le joueur d’échecs…), huit pièces de théâtre, des essais et biographies (26 dont, entre autres, Marie Stuart, Magellan, Marie Antoinette, Balzac, Fouché…), enfin des volumes de correspondance avec Freud, Romain Rolland (plus de 500 lettres), Emile Verhaeren…..L'auteur, Stefan Zweig

Le monde d’hier : On peut dire que c’est son testament, écrit au moment le plus dur de la guerre, au moment où la victoire des nazis pouvait être considérée comme probable. Le livre comporte 16 chapitres dont les titres sont déjà un programme: En voici quelques uns : le monde de la sécurité ; L’école au siècle passé ; Eros ; L’université ; Paris la ville de l’éternelle jeunesse ; les premiers jours de la guerre 1914 ; Incipit Hitler ; L’agonie de la paix…

On y voit d’abord son amour pour son pays natal qui lui parait un modèle de démocratie calme et durable. Ses voyages lui donnent l’occasion de parler des villes qu’il a aimées, en particulier Paris. La guerre nourrit son pacifisme qu’il découvre avec son ami Romain Rolland. La montée du nazisme et la seconde guerre le plongent dans un désespoir total.

« Je savais que… L’Europe, notre patrie, pour laquelle nous avions vécu, était détruite pour un temps qui s’étendrait bien au delà de notre vie. Cette ombre de la guerre a voilé de deuil chacune de mes pensées… Mais toute ombre, en dernier lieu, est pourtant aussi fille de la lumière et seul celui qui a connu la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence, a vraiment vécu ». Cette citation, ce sont les derniers mots écrits par Zweig avant son suicide.

                                                                                              Annie

 

Carnoux jubile… sous le regard de Marsactu

18 juillet 2016 by

Blog324_PhJubilePersonne, parmi les quelques 6900 habitants de Carnoux-en-Provence, ne peut décemment ignorer que la ville, érigée en commune en 1966, fête cette année son jubilé, comme le proclament fièrement les placards publicitaires de 12 m² loués à l’année par la municipalité à chacune des entrées de la commune, et comme il est affiché en lettres géantes sur le fronton de la mairie depuis le début de l’année. Bien peu en revanche, sans doute, connaissent Marsactu, qui pourtant vient de consacrer à Carnoux un long article à découvrir ici.

Créé début 2010, Marsactu est un site web d’information locale, généralement bien informé et qui n’hésite pas à creuser les sujets en grattant un peu derrière la façade à laquelle s’arrête trop souvent le quotidien local de référence qu’est La Provence. Collaborant fréquemment avec Mediapart ou Rue89, en particulier sur des sujets touchant à la vie politique marseillaise et au fonctionnement -parfois surprenant- des collectivités territoriales du crû, Marsactu a connu un certain succès grâce à son modèle de diffusion gratuite, financée par la publicité. En mars 2015 néanmoins, sa société éditrice, Raj Médias, est placée en liquidation judiciaire. Cinq journalistes de la rédaction décident alors de racheter le site et ses archives après avoir lancé une demande de financement participatif, et en octobre 2015 le site est de nouveau actif. Fort désormais de 1500 abonnés, Marsactu s’apprête à ouvrir une plateforme de blog et lance une nouvelle souscription pour se développer.

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Dans ce long article paru en juin 2016, la journaliste de Marsactu, Clémentine Vaysse, insiste lourdement sur l’histoire de la ville, fondée par des rapatriés du Maroc puis d’Algérie à partir de 1962, n’hésitant pas à remuer le couteau dans la plaie en rappelant les malversations de la Coopérative immobilière française, créée en 1957 à Casablanca par Gilbert Cabanieu et Emilien Prophète, qui n’hésitait pas à revendre plusieurs fois des terrains à des expatriés français aux abois mais encore très éloignés de là. La journaliste a ainsi interrogé Christian Fenech, président de l’association Racine Pieds-Noirs qui se souvient : « Fin 61-début 62 mon grand-père avait vu une annonce dans la presse locale vantant ce vallon qui pouvait accueillir les rapatriés. La CIF avait vendu plusieurs fois les terrains en pensant que les pieds-noirs ne quitteraient jamais l’Algérie. Quand ma famille est arrivée, moi bébé, le terrain était occupé et on nous a mis ailleurs, sous des tentes de camping ». Comme le rappelle Marsactu, ces magouilles vaudront à Emilien Prophète d’être condamné…

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

L’article de Marsactu s’étonne d’ailleurs que le jubilé de Carnoux soit aussi peu centré sur l’histoire si singulière et somme toute encore très récente qui a conduit à l’édification, par une poignée de rapatriés d’Afrique du Nord, d’une ville nouvelle dans ce vallon déserté entre Aubagne et Cassis où ne se trouvaient alors que « des terrains cultivés et beaucoup de garrigue avec deux fermes inoccupées », comme l’a décrit l’adjoint au maire Nicolas Bouland dans sa conférence le 20 mai dernier, un des rares événements de ce jubilé qui se fasse l’écho de ce passé original.

La journaliste a certes observé que le nom du maréchal Lyautey, grande figure militaire de la colonisation du Maroc, est omniprésent dans la ville mais, comme nous, s’est étonnée que son buste qui trônait pourtant en bonne place sur ce qui faisait office de monument aux morts avant d’être évincé au profit d’un immeuble HLM, ait disparu de la circulation : aurait-il été perdu lors du déménagement ?

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Un nouveau monument aux morts a bien été édifié en bordure du nouveau parc Tony Garnier, inauguré en grandes pompes le 11 juin 2016 en présence du gratin de la Droite locale et bien sûr de la présidente du Conseil départemental qui a très largement financé l’essentiel des travaux de réhabilitation du centre-ville de Carnoux.

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Curieusement, l’inscription portée sur cette plaque de calcaire précise que le monument en question a été « offert par Carnoux Racines », l’autre association de pieds-noirs installée à Carnoux, elle-même largement subventionnée par la Commune, au point que l’on ne sait plus très bien qui a finalement payé cette plaque…

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (reportage Cinq colonnes à la une)

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (archives INA)

Toujours est-il que cette plaque porte une inscription pour le moins ambiguë puisqu’il y est écrit en partie basse : « En hommage aux Français d’Afrique du Nord morts pour la France ». S’agit-il d’un hommage aux anciens terroristes de l’OAS dont on sait que le président de Carnoux Racines, l’ex vendeur de parapluies Melchior Calandra, interviewé dans son magasin de Carnoux en 1966 pour les besoins de l’émission Cinq colonne à la une, s’est toujours senti très proche ? Ou s’agit-il plutôt de rappeler le souvenir des goumiers, ces troupes de supplétifs marocains créées en 1908 et qui en août 1944 ont participé activement à la libération de Marseille après avoir débarqué à Fréjus le 17 août ?

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Après avoir participé à la libération de Toulon, trois groupements de tabors marocains (un tabor étant l’équivalent d’un bataillon constitué de 3 à 4 goums) traversent alors rapidement le massif de la Sainte-Baume et participent à partir du 21 août 1944 à de violents accrochages avec l’armée allemande du côté d’Auriol et de la Valentine, mais aussi à Peypin et Cadolive. Ce sont aussi des troupes marocaines qui sont chargées d’attaquer Aubagne et il échoit au 1er Tabor, commandé par le chef de bataillon Meric et constitué des 58ème, 59ème et 60ème Goums, de déborder les défenses allemandes par le Sud le long de la voie ferrée. Le lendemain, c’est le 6ème Goum qui s’empare de la colline de Carnoux avant d’occuper le camp de Carpiagne, point d’appui pour filer vers Marseille par le col de la Gineste tandis que des unités du génie civil s’emploient à déminer la route Aubagne-Cassis qui traverse le vallon de Carnoux.

Une histoire glorieuse donc, qui se solda par de très nombreux morts parmis les rangs des soldats marocains et de leurs officiers français, mais qui semble avoir été quelque peu occultée par les deux associations dont le siège est à Carnoux et qui entretiennent la mémoire des pieds-noirs, mettant pourtant en exergue la célèbre citation d’Albert Camus : « Nul ne peut savoir où il va s’il ne sait d’où il vient ».

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

A Carnoux, 50 ans après la création de la commune par ceux que le maire actuel qualifie dans son dernier éditorial du Messager d’ « admirables pionniers », il semblerait qu’enfin la page du souvenir ait été tournée, même si déjà se prépare le prochain rassemblement de pieds-noirs organisé traditionnellement chaque année à Carnoux pour le 15 août avec procession, curé en tête et bannières au vent, jusqu’à la croix, perchée sur la colline et supposée orientée en direction de Sidi Ferruch, une presqu’île située à 30 km d’Alger où a débarqué l’armée française en juin 1830, premier acte de l’invasion de ce pays.

Pour Marsactu, la meilleure preuve de la perte d’influence des pieds-noirs à Carnoux réside dans le choix d’un groupe de musique celtique pour le concert gratuit qui devait se dérouler samedi 16 juillet, et qui d’ailleurs a finalement été annulé suite à l’attentat de Nice. Il semblerait en effet que pour ce concert certains Carnussiens, qui n’ont donc pas été suivis, auraient préféré un récital d’Enrico Macias : nostalgie, quand tu nous tiens…

L.V. LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016 by

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Carnoux : coup de sang d’un donneur de sang…

14 juillet 2016 by

Blog322_PhMairieEn ce bel été 2016, la bonne ville de Carnoux-en-Provence, érigée en commune en 1966 seulement, fête son jubilé. Mais tout le monde n’est pas à la fête… Car Carnoux se distingue aussi par son mode d’utilisation pour le moins opaque des espaces publics et notamment des bâtiments municipaux. A Carnoux, non seulement le covoiturage est interdit et l’affichage strictement prohibé mais l’accès aux équipements communaux relève, pour celui qui ne fait partie du sérail politique local, du parcours du combattant pour un résultat souvent très aléatoire…

L’association pour le don du sang, basée à Carnoux et afflilée à la Fédération nationale pour le don de sang bénévole, vient d’en faire les frais à son tour, ainsi que nous l’a écrit l’un de ses membres :

« Après la disparition de l’antenne du secours populaire de Carnoux, est ce bientôt celle de l’association du don du sang ?

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Aujourd’hui, 28 juin 2016, avait lieu à Carnoux une collecte exceptionnelle de sang, conséquence d’un stock très bas avant une période de vacances où la demande est généralement élevée.

Les responsables de cette association d’intérêt général de Carnoux ont demandé à la mairie, en prévision de cette collecte, la salle du Mont fleuri qui, parce très spacieuse, est très bien adaptée à cette activité.

Malheureusement, la réponse de la mairie fut négative et sans aucune explication, on leur octroya la salle Tony Garnier.

Or, cette salle très exiguë dont l’extension sous forme d’une véranda (par ailleurs construite sans permis, mal ventilée et qui fuit comme un panier percé à chaque pluie…) est inutilisable par fortes températures et totalement impropre à la collecte de sang.Blog322_PhCollecte

Par saine curiosité, un membre de l’association s’est rendu à 18h30 à la salle du Mont fleuri pour voir à quelle utilisation cet équipement communal avait bien pu être réservé, justifiant d’un niveau de priorité supérieur à un simple don du sang. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’en réalité la salle n’était tout simplement pas occupée !

Blog322_PhLogoIl est fort probable, eu égard aux frustrations du personnel soignant (médecin et infirmières) qui a dû assurer cette collecte dans des conditions aussi déplorables, que la crédibilité de l’association du don du sang de Carnoux soit pour le moins remise en cause.

Le système d’attribution des salles municipales à Carnoux reste pour le moins opaque, sauf peut-être pour certaines associations pour qui le problème ne se pose pas, dans la mesure où la municipalité leur a attribué à demeure et sans la moindre concertation publique des locaux à usage quasi privatif.

Pour couronner cette superbe journée, l’association du don du sang s’est vu notifiée par courrier que l’affichage sauvage était rigoureusement interdit à Carnoux, à part, peut-être pour les enquêtes d’utilité publique. Il ne manquerait plus que cette association, bien qu’elle même reconnue d’utilité publique, annonce sur la voie publique, au vu et au su de tous, qu’elle se livre dans Carnoux à une collecte de sang : quelle horreur !

Décidément, les associations caritatives ou d’intérêt public ont bien des difficultés pour perdurer sur notre belle commune ! »

Sans commentaire…

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016 by

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

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Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

North Sentinel : une île qui cherche à se faire oublier

7 juillet 2016 by

C’est un petit ilot d’apparence paradisiaque, de 72 km2 seulement, perdu dans le Golfe du Bengale, magnifiquement boisé, bordé d’une admirable plage de sable blanc et entourée d’une barrière de corail et d’un lagon bleu turquoise. Une destination de rêve pour touristes en mal d’exotisme. Sauf que le tourisme n’y est guère conseillé car les habitants du lieu y sont franchement hostiles.

Vue aérienne de l'île North Sentinel en 2005 (photo G. Singh / AP / SIPA)

Vue aérienne de l’île North Sentinel en 2005 (photo G. Singh / AP / SIPA)

Les derniers étrangers qui se sont risqués à approcher les côtes de cette petite île de l’archipel des Andaman-et-Nicobar, proche de la Birmanie mais rattachée administrativement à l’Inde, ont été proprement massacrés à coups de lances en 2006. Il faut dire à la décharge des indigènes qu’il s’agissait en l’occurrence de braconniers quelque peu avinés, venus pêcher la tortue dans un périmètre pourtant strictement interdit d’accès. Mais même l’hélicoptère des gardes côtes indiens venu en reconnaissance après le tsunami de décembre 2004 pour constater les dégâts avait été pris pour cible par les flèches des habitants du lieu.

Habitants de l'île North Sentinel menaçant face à l’arrivée d’intrus (Documentary Channel)

Habitants de l’île North Sentinel menaçant face à l’arrivée d’intrus

En fait, tout intrus qui s’approche un tant soit peu de cet ilot se voit menacé par quelques dizaines d’hommes quasiment nus,  brandissant arcs et flèches et hurlant des imprécations de nature à effrayer les plus téméraires. Un réalisateur du National Geographic venu tourner un documentaire sur cette île en 1974 s’est vu ainsi gratifier d’une flèche dans la cuisse qui a quelque peu calmé sa soif de découverte et l’a incité à rebrousser chemin sans entrer plus avant dans la prise de contact avec les autochtones.

En mars 2014, la disparition mystérieuse du vol MH 370 de la Malaysia Airlines dans les parages avait conduit les équipes de recherche à effectuer de nombreux vols de reconnaissance au dessus de l’ilot hostile d’où s’élevait une fumée suspecte, mais en prenant bien garde de ne pas y poser les pieds pour ne pas se prendre une flèche perdue.

Vue aérienne de l’île (photo NASA)

Vue aérienne de l’île (photo NASA)

Un des seuls contacts récents avec la tribu qui occupe les lieux date de 1991, à l’initiative d’un anthropologue britannique, Trilokinath Pandit, qui avait fait moult tentatives infructueuses depuis des années avant d’arriver finalement à débarquer sans se faire agresser. Comme le montre un document filmé à cette occasion, les premières offrandes débarquées sur la plage pour tenter d’amadouer les occupants ont été diversement appréciées : les noix de coco (qui ne poussent pas sur l’île) et les objets en cuivre ont eu un succès certain, mais pas le cochon qui a été tué et aussitôt enterré sur place sans être consommé. Manifestement pas du goût des autochtones qui d’ailleurs, contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, ne sont pas anthropophages non plus et se nourrissent plus prosaïquement des poissons et des tortues du lagon.

Les tentatives d’approche du Britannique ont en tout cas fini par payer : sans qu’il comprenne très bien pourquoi, les guerriers ont décidé un jour de baisser la garde et de le laisser prendre pied sur leur territoire, non sans l’avoir obligé au préalable à se dévêtir et à enlever ses lunettes. Il ressort ainsi de ses observations que les habitants seraient entre 50 et 250 au maximum. Il s’agirait d’une population d’origine africaine, installée sur l’archipel depuis environ 60 000 ans, et initialement apparentée aux Jarawa qui peuplent l’île Adaman voisine (où ils sont sérieusement menacés par les intrusions des touristes et des braconniers, sans compter les tentatives de sédentarisation du gouvernement indien, comme le dénonce régulièrement Survival).

Sentinelle menaçant un hélicoptère avec son arc en 2004 (© Indian Coastguard/Survival)

Sentinelle menaçant un hélicoptère avec son arc en 2004 (© Indian Coastguard/Survival)

Mais les Sentinelles, contrairement à leurs lointains cousins des îles voisines, ont coupé tous les ponts avec le reste de l’humanité et vivent comme au Néolithique, parlant même leur propre dialecte différent de celui de leurs voisins. Il faut dire qu’ils auraient quelques bonnes raisons de se méfier du reste de l’humanité. Il se raconte en effet qu’en 1880, des navigateurs britanniques de passage, se seraient emparés de force d’une famille d’autochtones pour aller les exhiber dans le vaste monde. Les adultes déracinés seraient décédés très rapidement et du coup, nos explorateurs intrépides seraient revenus sur l’île pour se débarrasser des plus jeunes, sans doute trop remuants à leur goût. Une décision funeste qui se serait traduite par une épidémie dévastatrice sur l’île du fait des virus introduits. On comprend que les indigènes rescapés soient devenus méfiants…

Dieu seul sait jusqu’à quand les Sentinelles parviendront à conserver la paix sur leur ilot isolé soumis comme le reste du monde aux convoitises et aux incursions de toute sorte…

L.V.  LutinVert1Small

Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit

4 juillet 2016 by

L’ancien premier ministre Michel Rocard s’est éteint le 2 juillet 2016, à l’âge de 85 ans, sans avoir pu exercer la fonction de Président de la République à laquelle il avait longtemps aspiré. L’ancien scout dont le nom de totem était Hamster érudit, figura pourtant un temps parmi les personnalités politiques les plus populaires auprès des Français.

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Son père était le physicien renommé Yves Rocard, qui dirigea, après la mise à l’écart de Frédéric Joliot-Curie, les programmes scientifiques ayant conduit à l’élaboration de la bombe atomique française avant de se passionner pour le magnétisme et de tenter d’expliquer rationnellement l’utilisation de la radiesthésie par les sourciers. Il semblerait d’ailleurs que le physicien, impérieux et plutôt conservateur, n’ait jamais beaucoup apprécié les orientations professionnelles ni le parcours politique de son fils, ce qui fut assez mal vécu par le jeune Michel Rocard…

Ce dernier intègre Sciences Po et l’ENA où il se lie d’amitié avec un certain Jacques Chirac qu’il essaie de convaincre d’adhérer également à la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, dont Michel Rocard était membre dès ses 17 ans. Peine perdue : pas assez à gauche pour Chirac qui n’avait pas encore fait son revirement idéologique !

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

D’ailleurs, le militant Rocard quittera lui-même le navire dès 1958, en plein désaccord avec Guy Mollet et François Mitterrand, quant à la position des socialistes sur l’indépendance de l’Algérie. Il entame alors une carrière de haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances tout en continuant à militer, sous le pseudonyme de Georges Servet… Il participe ainsi à la création du Parti socialiste autonome, puis unifié, le PSU, dont il prendra la tête en 1967.

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

En 1969, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle suite au départ anticipé du général de Gaulle et recueille à peine 3,66 % des suffrages. Ce n’est pas brillant, mais le candidat de la SFIO, Gaston Deferre, fait à peine mieux avec 5 % des voix ! Ce n’est qu’en 1974, 3 ans après le congrès d’Epinay, que Michel Rocard finit par rejoindre le PS, où il incarna longtemps l’aile droite, la fameuse « deuxième gauche » sociale-démocrate et réformiste, désormais représentée notamment par Manuel Valls qui débuta d’ailleurs sa carrière politique dans son cabinet…

Elu brièvement député des Yvelines dès 1969, c’est en 1977 que Michel Rocard devient maire de Conflans-Sainte-Honorine avant de retrouver son mandat de député en 1978. En 1981, il se voit obligé de retirer sa candidature à la Présidence de la république au profit de François Mitterrand mais sera nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy ministre du Plan (où il fut à l’origine des fameux contrats de plans État-Régions, les CPER, toujours en vigueur actuellement), puis ministre de l’agriculture, avant de démissionner en 1986 pour protester contre l’adoption du scrutin proportionnel qui permettra au Front National de rentrer à l’Assemblée.

En 1988, c’est la consécration puisque François Mitterrand, nouvellement réélu, le nomme premier ministre. Mais les élections législatives qui suivent ne lui donnent qu’une majorité relative, ce qui l’amène à nommer dans son deuxième gouvernement des « ministres d’ouverture », tels que Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru.

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Ces trois années passées à la tête du gouvernement laisseront de nombreuses traces avec notamment la création du RMI, le revenu minimum d’insertion, qui entre en vigueur début 1988. C’est lui aussi qui met en place la CSG, la Contribution sociale généralisée, destinée à élargir l’assiette des contributions sociales. Lui aussi qui contribue à ramener la paix civile en Calédonie après l’épisode sanglant de l’assaut à la grotte d’Ouvéa. Lui enfin qui devra faire face à une forte poussée de la xénophobie attisée, déjà, par le Front National, en pleine affaire du foulard islamique à l’école. Il prononcera d’ailleurs dès juin 1989 une phrase souvent reprise depuis « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ». Certains ont voulu depuis édulcorer sa pensée mais, comme l’a encore rappelé Libération, ses paroles reflétaient bien alors un discours de fermeté face à l’immigration économique.

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Et pourtant, malgré un bilan plus qu’honorable, le mercredi 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie sans prévenir pour nommer à sa place la maire de Châtellerault, Edith Cresson, qui ne restera que moins d’un an en poste. Le coup est rude pour Michel Rocard qui avait déjà beaucoup souffert, durant son séjour à Matignon, d’une hostilité à peine masquée de la part du Chef de l’État.

En 1993, Michel Rocard espère que son heure est enfin arrivée. Il devient premier secrétaire du PS suite à l’échec des législatives et se prépare pour les présidentielles de 1995. Mais en juin 1994, la liste PS qu’il conduit pour les élections européennes ne recueille que 14,5 % des voix : un score dérisoire qui est dû à la concurrence de la liste Tapie, largement soutenue par François Mitterrand. Cette dernière peau de banane sera fatale puisqu’elle lui fait perdre son fauteuil de premier secrétaire du PS et le conduit même à abandonner en 1994 sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Il se place alors largement en retrait de la vie politique même s’il a du mal en 2007 à rester coi face à la candidature de Ségolène Royal qui l’exaspère. En janvier 2009, il démissionne de son dernier mandat au Parlement européen, sous les applaudissements de l’hémicycle. Il continue néanmoins à s’investir auprès de la fondation Terra Nova et accepte même plusieurs missions que lui confie Nicolas Sarkozy en 2009, dont un rapport sur la taxe carbone et une réflexion sur la mise en œuvre du grand emprunt national.

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

A 80 ans, il est même nommé ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique ! Un âge qu’il a d’ailleurs bien du mal à accepter malgré un grave accident cardio-vasculaire qui l’avait atteint en 2007 lors d’un voyage en Inde. Le Monde rapporte qu’il avait coutume de dire : « La vie active s’arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi ! » Une belle leçon de vie en tout cas de la part d’un homme de conviction, travailleur acharné et débateur passionné dont le débit de mitraillette et les phrases alambiquées laissaient souvent perplexe mais rarement indifférent…

L.V.   LutinVert1Small

Brésil : pourquoi la Présidente a-t-elle été destituée ?

1 juillet 2016 by

Réélue de justesse à la Présidence de la République du Brésil en 2014, avec quand même pas moins de 54 millions de voix, après un premier mandat qui lui avait permis de succéder en 2011 au charismatique ex-leader syndicaliste Luiz Inácio Lula da Silva, plus connu sous son diminutif de Lula, Dilma Rousseff a été destituée de son poste le 12 mai 2016 dans le cadre de ce que beaucoup considèrent comme une sorte de coup d’État… Petit retour en arrière pour essayer de comprendre comment ce pays a bien pu en arriver à une telle extrémité…

Blog318_DessinGolpeFille d’un avocat communiste bulgare, Dilma Roussef fait partie de ces activistes qui ont subi la terrible répression politique mise en œuvre par la dictature militaire arrivée au pouvoir en 1964 à la suite d’un coup d’État. Arrêtée en 1970, elle est atrocement torturée pendant 22 jours et restera emprisonnée pendant 3 longues années. Diplômée en sciences économiques en 1977, elle rejoint le Parti des Travailleurs en 2001 et est nommée ministre de l’énergie en 2003 lorsque Lula est élu à la Présidence de la République. Devenue n°2 du gouvernement à partir de 2005, elle succède assez naturellement à Lula en 2011, devenant ainsi la première femme à accéder à la tête de ce pays.

Dilma Roussef et Lula en campagne pour l’organisation des jeux olympiques au Brésil

Dilma Roussef et Lula en campagne pour l’organisation des jeux olympiques au Brésil

Pourtant, dès son premier mandat, elle doit faire face à une forte impopularité, critiquée de toutes parts en particulier pour les dépenses fastueuses réalisées pour accueillir la coupe du monde de football ainsi que pour avoir autorisé la construction de barrages en Amazonie contre l’avis des défenseurs de l’environnement. On lui reproche surtout une détérioration de la croissance économique du Brésil qui s’enfonce dans la crise, même si les nombreuses réformes sociales effectuées par son prédécesseur et elle-même ont sensiblement amélioré la situation des classes sociales les plus pauvres.

Après sa réélection en 2014, la dégradation de la situation économique, du fait notamment d’une forte baisse des cours mondiaux des matières premières, oblige le gouvernement de Dilma Rousseff à mettre en œuvre une politique de rigueur budgétaire et à réduire l’ampleur des programmes d’aide sociale. En parallèle éclatent plusieurs scandales de corruption touchant le Parti des Travailleurs et l’entreprise nationale Petrobras dont Dilma Rousseff avait présidé le conseil d’administration de 2003 à 2010. Le géant pétrolier Petrobras et plusieurs entreprises du BTP sont accusés d’avoir versé des pots de vin à de nombreux responsables politiques de la coalition centriste au pouvoir, contribuant à financer leur campagne en échange d’un accès à certains marchés publics. Lula lui-même est impliqué dans ce scandale et mis en cause par le Parquet pour  avoir occulté la déclaration de biens immobiliers, au point que la Présidente le nomme à son cabinet le 16 mars 2016, pour tenter de le protéger des poursuites judiciaires.

Manifestation pour la destitution de Dilma Rousseff (photo Keystone)

Manifestation pour la destitution de Dilma Rousseff (photo Keystone)

On assiste alors à un véritable emballement. En août 2015, près de 500 000 personnes défilent dans la rue pour réclamer la destitution de la Présidente qui voit sa cote de popularité tomber en dessous des 10 % : encore mieux que François Hollande ! Jusque là, les partis du centre droit qui font partie de la coalition au pouvoir, évitaient de trop insister sur ces questions de corruption car leurs principaux responsables y avaient eux-mêmes largement trempés.

En octobre 2015, la Justice reproche à Dilma Rousseff d’avoir sciemment enjolivé les comptes publics de la Nation en 2014 afin de favoriser sa propre réélection : elle aurait financé certaines dépenses publiques en empruntant auprès de banques et en reportant sur l’exercice 2015 l’inscription de ces emprunts. Une manœuvre comptable assez classique, utilisée par tous ses prédécesseurs sans exception, mais qui servira de prétexte pour permettre à l’opposition de se déchaîner contre elle et de réclamer sa destitution, alors même qu’elle semble être une des rares responsables politique brésilienne à ne pas avoir tiré de profit personnel des différents scandales de corruption mis au jour, contrairement à l’un de ses prédécesseur à la tête du pays, Fernando Collor de Mello qui avait été destitué en 1992, une longue tradition de la vie politique au Brésil !

 

Eduardo Cunha, ex président de la Chambre des députés, démis de ses fonctions le 5 mai 2016 (photo E. Sa / AFP)

Eduardo Cunha, ex président de la Chambre des députés, démis de ses fonctions le 5 mai 2016 (photo E. Sa / AFP)

En décembre 2015, Eduardo Cunha, député ultraconservateur, adepte d’une église évangélique néo-pentecôtiste et président de la Chambre des Députés, lui-même impliqué jusqu’au cou dans le scandale Petrobras et poursuivi pour corruption et blanchiement d’argent, lance la procédure de destitution qui finit par être approuvée le 17 avril 2016 à une large majorité de deux-tiers des députés. Sa victoire est de courte durée puisqu’il est suspendu de ses fonctions, accusé d’avoir usé de ce stratagème pour empêcher que les investigations menées à son encontre n’aillent jusqu’à leur terme : à corrompu, corrompu et demi !

Son successeur, le centriste Waldir Maranho, tente alors d’annuler le vote des députés, arguant que Dilma Rousseff n’a pas pu se défendre, mais il cède rapidement à la pression et finit par opérer un revirement stratégique… Le Sénat prend alors le relai et, le 12 mai dernier, 55 des 81 sénateurs votent en faveur de la destitution provisoire de la Présidente de la République qui est donc écartée du pouvoir pour une période de 180 jours. A l’issue de cette période et une fois Dilma Rousseff jugée pour les faits qui lui sont reprochés, le Sénat devra se prononcer de nouveau pour décider définitivement de son sort.

Blog318_Dessin

En attendant, c’est le vice-président Michel Tremer qui l’a remplacé à la tête de l’État, accusé comme il se doit par son ex alliée de coup d’état institutionnel : ambiance, ambiance… D’autant que le nouveau président par intérim est lui-même visé par une procédure de destitution pour son implication supposée dans le maquillage des comptes publics et dans l’affaire de corruption de Petrobras.

Des sénateurs de droite se congratulent après le vote pour la destitution de Dilma Roussef (photo U. Marcelino / Reuters)

Des sénateurs de droite se congratulent après le vote pour la destitution de Dilma Roussef (photo U. Marcelino / Reuters)

Dans un tel contexte, on ne voit pas très bien quelle issue pourra trouver la classe politique brésilienne pour retrouver la confiance de ses électeurs. Aecio Neves, président du principal parti d’opposition social-démocrate, le PSDB, est lui aussi fortement suspecté de corruption pour avoir bénéficié directement de pots-de-vin de la part de Petrobras et d’entreprises du bâtiment, un de plus ! Tout récemment, comme l’a confié Dilma Rousseff dans une interview à El Pais, le procureur général vient de requérir une peine de prison contre l’actuel président du Sénat, Renan Calheiros. Quant à Paulo Maluf, du Parti progressiste (de droite), ancien maire et gouverneur de Sao Paulo, il est recherché par la justice américaine, condamné en France et fiché par Interpol depuis 2010 selon Le Monde.

En 1988, Lula alors député d’opposition avait finalement assez bien résumé la situation politique brésilienne en s’exclamant : « quand un pauvre vole, il va en prison. Et quand un riche vole, il est nommé ministre »…

L.V.  LutinVert1Small


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