Alexeï Navalny, l’opposant qui n’a pas froid aux yeux

25 janvier 2021 by

Comme chacun sait, la Fédération de Russie est une démocratie présidentielle dont la constitution, adoptée en 1993, garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi, l’indépendance des juges et et la pluralité des partis politiques. Cette même constitution prévoit que le Président est élu au suffrage universel pour une période de 4 ans renouvelable une seule fois.

Par un heureux hasard de l’Histoire, il se trouve que le Président en exercice, un certain Vladimir Poutine, élu triomphalement en 2018 dès le premier tour avec 76,7 % des voix est en réalité au pouvoir depuis 22 ans. Il y avait en effet été nommé en 1999 suite à la démission de Boris Eltsine, élu une première fois en 2000 puis confortablement réélu en 2004. Resté président du gouvernement de 2008 à 2012, le temps de faire semblant de laisser le pouvoir officiel à son ami et obligé Dimitri Medvedev, il reprend sa place en 2012, en profite pour allonger de deux ans la durée de son mandat et est donc reconduit à cette fonction en 2018.

Vladimir Poutine, nouveau tsar de l’empire russe (photo © Sergueï Ilnitsky / AFP / Europe 1)

Cette longévité exceptionnelle force l’admiration quand on voit à quelle vitesse nos propres dirigeants politiques des autres démocraties occidentales sont discrédités et voient leur potentiel de confiance s’éroder face à l’exercice du pouvoir. Il faut dire à sa décharge que Vladimir Poutine n’a jamais laissé beaucoup de place à son opposition politique qui n’a quasiment aucun accès aux médias officiels et ne peut que rarement se présenter aux élections. En 2015, son principal opposant, Boris Nemtsov, qui s’apprêtait à publier un brûlot contre le rôle de l’armée russe en Ukraine, est ainsi malencontreusement assassiné à quelques pas du Kremlin, sans que l’enquête officielle n’ait pu en déterminer les raisons.

Quant à l’autre opposant le plus déterminé à Vladimir Poutine, l’avocat Alexeï Navalny, il n’avait tout simplement pas été autorisé à se présenter à l’élection présidentielles de 2018 : on n’est jamais trop prudent ! Il faut dire que cet ancien gouverneur de Kirov, agace les autorités ruses depuis un certain temps déjà. Animateur d’un blog qui dénonce des faits de corruption en Russie, il s’était illustré dès 2010 en accusant la société Transneft d’avoir détourné la bagatelle de 2,9 milliards d’euros lors de la construction d’un oléoduc en Sibérie : un pinailleur, doublé d’un insolent qui avait eu le culot en 2011 de dénoncer l’irrégularité des élections législatives de février 2011, gagnées haut la main par le parti Russie unie de Vladimir Poutine, que Navalny avait osé qualifié de « parti des voleurs et des escrocs ».

Alexeï Navalny en juillet 2019 à Moscou (photo © Pavel Golovkin / AP / La Croix)

Bien que réputé pour sa magnanimité et son flegme imperturbable d’ancien officier du KGB, Poutine n’avait pas apprécié et avait jeté l’avocat en prison. Arrêté de nouveau en mai 2012 à la suite d’une manifestation, il est condamné en septembre 2013 à 5 ans de camp avec sursis, par prévention car il avait eu l’outrecuidance de se porter candidat à l’élection municipale de Moscou et avait bien failli mettre en ballottage le candidat de Poutine. Assigné à résidence en février 2014, il est de nouveau condamné en avril puis libéré début 2015, sans toutefois être autorisé à participer aux obsèques de son amis Boris Nemtsov. Arrêté de nouveau en mars 2017 alors qu’il avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2018, il retourne en prison en juin puis en septembre et de nouveau en mai 2018.

Condamné une nouvelle fois en août 2018, il se trouve opportunément derrière les barreaux lors des manifestions timides contre la réforme des retraites et il est d’ailleurs arrêté dès sa sortie de prison pour prolonger de quelques semaines sa détention. Rebelote en juin 2019 alors même que la Cour européenne des droits de l’Homme avait condamné la Russie pour sa détention arbitraire et injustifiée de 2014. Condamné à un mois de prison, il sort de prison fin août 2019, et en août 2020 le monde entier apprend avec stupéfaction la tentative d’empoisonnement dont il a été victime alors qu’il se rendait en avion à Omsk.

Sauvé in extremis après 24 jours de coma grâce à un transfert médicalisé organisé par une ONG allemande, Alexeï Navalny a bel et bien été victime d’une tentative d’empoisonnement par le FSB à l’aide de l’agent neurotoxique Novitchok comme le confirment les analyses réalisées par plusieurs laboratoires indépendants, allemands mais aussi français et suédois. Une allégation que nie bien sûr farouchement Vladimir Poutine, lequel a affirmé le 14 septembre dernier à son homologue Emmanuel Macron, que cela ne pouvait être qu’une tentative d’auto empoisonnement, bien dans le style en effet d’un opposant aussi acharné…

Alexeï Navalny escorté par la police moscovite le 18 janvier 2021, après sa dernière arrestation (photo © Evgeny Feldman / Meduza / Reuters / Le Monde)

Un acharnement qui l’a conduit à retourner en Russie sitôt rétabli. Embarqué le 13 janvier 2021 à bord d’un vol régulier pour Moscou, Navalny voit son avion détourné à l’arrivée et il est immédiatement arrêté et jeté en prison où il croupit toujours. Il faut dire que la justice russe, dont on ne louera jamais assez l’indépendance, lui avait adressé le 28 novembre une convocation exigeant qu’il se présente dès le lendemain pour satisfaire aux exigences de sa libération conditionnelle et que cette forte tête de Navalny, luttant alors contre la mort sur son lit d’hôpital berlinois devant les caméras du monde entier, avait eu la mauvaise grâce de ne pas obtempérer immédiatement…

Alexeï Navalny dans la vidéo qu’il a postée sur YouTube

Malheureusement pour le Kremlin, ce retors d’Alexeï Navalny, avait tourné avant son retour à Moscou, une vidéo que ses amis de sa Fondation anti-corruption, ont publié sur YouTube le 19 janvier 2021. Cette vidéo, en russe sous-titrée en anglais, connaît un beau succès puisqu’elle a été visionnée par pas moins de 53 millions de personnes en 2 jours. L’avocat Navalny y expose avec force détails et preuves à l’appui comment Vladimir Poutine a profité de son accession au pouvoir depuis tant d’années pour s’enrichir avec ses proches et certains de ses amis qu’il traîne depuis son séjour à Dresde dans les années 1980.

Une démarche qui se résume en trois préceptes simples : « le mensonge et l’hypocrisie sont les méthodes les plus efficaces », « la base de la confiance, c’est la corruption : tes meilleurs amis sont ceux qui volent depuis des années à tes côtés » et « on n’est jamais trop riche ». Navalny décortique la démarche avec force pédagogie : « dès que Poutine s’est consolidé au pouvoir, c’est à dire qu’il a assujetti les chaînes de télévision et les tribunaux, et a mis en place un système de falsification des élections, alors a commencé (et dure encore) la plus grande opération de partage et d’appropriation de la Russie ».

La modeste datcha de Vladimir Poutine sur les bords de la mer Noire (capture video YouTube / A. Navalny / FBK)

Les révélations de l’enquête de Navalny qui se succèdent dans cette vidéo de près de 2 heures sont vertigineuses. Elles mettent notamment en exergue le beau palais que Poutine s’est fait construire à partir de 2005 à Guelendjik, sur les bords de la mer Noire et dont on découvre avec effarement la magnificence. Un projet à 1,2 milliards d’euros selon les estimations de la Fondation anti-corruption de Navalny, s’étendant sur un vaste domaine grand comme 39 fois la principauté de Monaco, dans une zone interdite de survol et d’approche maritime avec un palais époustouflant, assorti à proximité d’un immense domaine viticole avec héliport et dépendances luxueuses.

Des révélations qui ne sont pas vraiment du goût de Vladimir Poutine car ces accusations de corruption et d’enrichissement personnel éhonté heurtent de nombreux Russes, lesquels n’ont pas hésité à se rassembler dans les rues, ce samedi 23 janvier 2021, pour manifester leur soutien à Navalny et leurs protestation contre les méthodes mafieuses du pouvoir. Des manifestations évidemment interdites et qui se sont soldées par de multiples arrestations, parfois violentes comme à Vladivostok. La plupart des sympathisants de Navalny, dont sa porte-parole Kira Yarmysh, se sont d’ailleurs immédiatement retrouvés sous les barreaux. Alexeï Navalny fait vraiment partie de ces gêneurs qui ont le don d’agacer les responsables politiques…

L. V.

Lhyfe va produire de l’hydrogène vert en Vendée

23 janvier 2021 by

L’hydrogène sera-t-il le carburant du futur ? L’avenir le dira sachant que l’Histoire ne manque pas d’exemples de technologies qui paraissaient prometteuses et qui sont ensuite tombées, plus ou moins brutalement, dans les oubliettes. Même en passant par les filières classiques de production à partir de gaz naturel, l’hydrogène coûte cher à produire et ce n’est pas demain la veille que les automobilistes disposeront d’un réseau suffisamment dense, fiable et sécurisé de stations services pour faire fonctionner leur voiture à l’hydrogène.

Pour autant, de nombreuses collectivités utilisent désormais l’hydrogène comme carburant pour une partie de leur flotte captive qu’il est possible d’alimenter à partir d’une station de distribution centralisée. Et du coup, on commence à voir fleurir des initiatives comme celle de la start-up nantaise baptisée Lhyfe qui s’est mis en tête de lancer en France la production industrielle d’hydrogène vert.

Pose de la première pierre du site de production d’hydrogène vert à Bouin le 26 septembre 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Créée en 2017, la jeune pousse a levé pour 8 millions d’euros de fonds en 2020 et a posé en septembre dernier la première pierre de son tout premier site de production d’hydrogène par électrolyse, en collaboration avec le Syndicat d’énergie de Vendée (SyDEV) et sa société d’économie mixte Vendée Énergie, ainsi que la Communauté de communes de Challans Gois.

Un projet original puisqu’il prévoit de produire de l’hydrogène à partir d’un parc de 8 éoliennes de 102 m de hauteur, installées en 2003 sur la commune de Bouin et exploitées par le SyDEV. Ces éoliennes ont bénéficié pendant 15 ans du tarif de rachat préférentiel accordé par EDF mais cette clause a pris fin en 2017. Dès lors, le SyDEV avait le choix entre deux options : renouveler les éoliennes pour bénéficier à nouveau d’un tarif de rachat garanti ou se contenter de revendre l’électricité au tarif du marché, lequel fluctue d’heure en heure, ce qui n’est guère favorable à la filière éolienne par nature soumise aux caprices du vent.

Parc éolien de Bouin à proximité des parcs à huîtres (source © Ouest France / La Roche-sur-Yon)

Renouveler des éoliennes encore en parfait état de marche aurait certes permis d’installer du matériel plus performant car plus moderne, mais au prix d’une empreinte carbone globale très défavorable et d’un investissement important qui n’aurait pas forcément été très judicieux, d’autant que les tarifs de rachat sont nettement moins lucratifs qu’en 2003. La chute accidentelle et spectaculaire d’une des 8 éoliennes, cisaillée net à sa base lors du passage de la tempête Carmen le 1er janvier 2018 aurait certes pu faire pencher la balance dans ce sens. Mais le SyDEV a préféré garder ses éoliennes et réserver trois d’entre elles (au moins dans un premier temps) pour produire directement de l’hydrogène par électrolyse, ce qui présente l’avantage majeur de produire de l’hydrogène vert garanti décarboné, sans avoir à passer par le système contraignant des certificats d’origine comme lorsqu’on utilise de l’électricité du réseau.

L’éolienne n°7 du parc de Bouin, cisaillée net lors de la tempête Carmen le 1er janvier 2018 (photo © Emmanuel Sérazin / Radio France / France Bleu)

C’est donc la société Lhyfe qui sera en charge de cette production et qui louera à la Communauté de communes Challans Gois deux bâtiments situés à proximité du parc éolien et pour lesquels un permis de construire a été délivré le 11 mars 2020 : l’un de 700 m² qui accueillera l’installation d’électrolyse et l’autre qui abritera des bureaux et un centre de recherche et développement. Les travaux sont en cours, le tout représentant pour la collectivité un investissement de 2,1 M€.

Maquette du futur site de production et d’exploitation d’hydrogène vert sur la parc éolien de Bouin (source © SYDEV / France 3 Régions)

L’installation, qui devrait être opérationnelle à partir de l’été 2021, permettra de produire 300 kg d’hydrogène par jour en visant une montée en puissance jusqu’à 1 tonne d’hydrogène quotidien. L’autre originalité de cette installation est qu’elle puisera directement en mer l’eau destinée à l’électrolyse et qu’elle procédera à sa désalinisation préalable toujours en utilisant l’électricité produite localement par les éoliennes. Cette étape ne consommera que 0,1 % de l’électricité totale nécessaire sachant que l’oxygène issue de l’électrolyse servira aussi à réoxygéner l’eau de mer en améliorant sa qualité. Un cycle vertueux donc par rapport à la production classique d’hydrogène « gris » à partir d’hydrocarbures.

C’est en tout cas le pari que fait la société Lhyfe qui espère déployer rapidement sur d’autres sites, en France et dans d’autres pays européens, cette technologie nouvelle qui consiste à piloter l’électrolyse de l’hydrogène à partir d’une énergie éolienne intermittente. Son idée serait d’ailleurs de déployer cette production directement sur des plateformes en mer, sans lien avec le réseau électrique. Lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt SeaGrid lancé par Centrale Nantes, RTE et Enedis, Lhyfe va pouvoir mener des essais en mer sur un site au large du Croisic et espère ainsi disposer d’un démonstrateur performant d’ici quelques années.

Schéma de principe d’une installation de production off shore d’hydrogène (source © Lhyfe)

Reste à savoir quoi faire de l’hydrogène vert ainsi produit. Sur le site de Bouin, c’est le SyDEV qui se chargera de la distribution en approvisionnant un réseau de stations services dont les deux premières pourraient être opérationnelles dès 2021 à La Roche-sur-Yon et Les Sables-d’Olonne. En attendant que la demande se développe, l’hydrogène alimentera des bus et des bennes à ordures ménagères que plusieurs collectivités locales envisagent d’acquérir tandis que les pompiers s’intéressent aussi à cette technologie pour faire rouler leurs véhicules : un usage qui serait de nature à rassurer le grand public quant aux enjeux de sécurité associés à cette technologie encore balbutiante…

L. V.

La grotte Cosquer prépare sa réplique

20 janvier 2021 by

A Marseille tout le monde se demande depuis des années, en réalité depuis sa construction, à quoi allait bien pouvoir servir cette Villa Méditerranée bizarrement conçue avec son immense porte-à-faux en forme d’équerre juste à côté du Mucem. Après bien des tergiversations, il semble bien cette fois que les dés soient jetés et que la Région, propriétaire du bâtiment, ne reviendra pas sur son projet d’en faire un centre d’interprétation de la Grotte Cosquer.

Le futur centre d’interprétation de la Grotte Cosquer à la Villa Méditerranée (extrait vidéo Région PACA)

Découverte en 1985 par le plongeur cassidain Henri Cosquer, cette grotte sous-marine dont l’entrée s’ouvre par 37 m de fond, à proximité du Cap Morgiou, dans la calanque de la Triperie, est un long boyau noyé de 175 m de long qui remonte progressivement jusqu’à déboucher dans des salles hors d’eau où le plongeur avait eu la surprise, lors de ses premières explorations en solitaire, de découvrir des empreintes de main et des silhouettes d’animaux peints sur les parois.

Officiellement déclarée en 1991 seulement, après que trois plongeurs y aient trouvé accidentellement la mort, et classée dès lors comme monument historique, la grotte est depuis 1992 totalement inaccessible en dehors des besoins de recherche scientifique.

Des traces de main sur une paroi ornée de draperies dans la grotte Cosquer (
photo © Michel Olive / DRAC / Archéologie.culture.fr)

Une quarantaine de datations au carbone 14 ont été effectuées sur des fragments de charbon de bois retrouvés sur place. Il en ressort que le site semble avoir connu deux périodes successives de fréquentation humaine. La première qui date d’il y a plus de 27 000 ans a laissé un grand nombre d’empreintes de mains dont les contours apparaissent en noir ou en ocre selon la technique du pochoir. La seconde, plus récente, datée d’environ 19 000 ans, comporte surtout des gravures et peintures figuratives représentant principalement des animaux : un bestiaire exceptionnellement riche puisqu’on y a dénombré au moins 177 figures issues de 11 espèces différentes, principalement des chevaux, des bouquetins, des cerfs, des chamois, des bisons, des aurochs, des mégaceros, mais aussi des phoques, des grands pingouins, des méduses ou encore des cétacés.

A l’époque préhistorique, les hommes qui fréquentaient le site n’y habitaient pas mais semblaient l’utiliser plutôt comme un sanctuaire. Le climat était alors périglaciaire, ce qui explique la présence de nombreuses espèces aujourd’hui disparues mais plutôt typiques des régions froides. Surtout, le niveau de la mer Méditerranée se trouvait au moins 120 m plus bas et le rivage était donc à plusieurs kilomètres de l’entrée par laquelle on pénétrait à pied sec. La remontée du niveau de la mer à l’issue de la dernière glaciation, il y a environ 10 000 ans a noyé une bonne partie du réseau et fait perdre sans doute les quatre cinquièmes des représentations pariétales qui se sont définitivement effacées sous les dépôts algaires et les encroûtements.

Des peintures menacées par la montée des eaux… (photo © Michel Olive / DRAC / Marsactu)

Malgré ces vicissitudes, la grotte Cosquer reste l’une des principales grottes ornées de France, au même titre que Lascaux (en Dordogne) ou la grotte Chauvet (en Ardèche). Totalement inaccessible au public et inéluctablement vouée à disparaître sous l’effet de la pollution et de la montée des eaux (évaluée à 3 mm par an en moyenne dans le secteur mais qui peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres lors de certains épisodes atmosphériques), la grotte fait l’objet de campagnes périodiques de fouilles et va surtout être l’objet de l’établissement d’une réplique, comme ses deux homologues, réplique qui sera donc visible dans les sous-sols de la Villa Méditerranée à partir de 2022.

C’est d’ailleurs la société Kléber Rossillon, qui exploite, parmi une douzaine de sites touristiques, la réplique de la grotte Chauvet à Vallon-Pont d’Arc, qui a obtenu le contrat de concession du futur centre d’interprétation de la grotte Cosquer. L’investissement projeté est colossal puisqu’il s’élève à 23 millions d’euros dont 9 millions apportés par la Région PACA. Le site espère recevoir 500 000 visiteurs par an, ce qui paraît ambitieux mais pas irréaliste, comparé aux 350 000 qui se pressent chaque année pour visiter la réplique de la grotte Chauvet.

Vue du futur hall d’entrée du centre d’interprétation de la grotte Cosquer avec son ponton dans le hall de la Villa Méditerranée (source © Kléber Rossillon)

Les futurs visiteurs traverseront sur un ponton le bassin d’eau de mer qui occupe le hall du bâtiment avant de s’immerger dans l’ambiance du club de plongée d’Henri Cosquer à Cassis puis d’embarquer, casque audio sur les oreilles, à bord de petits véhicules électriques guidés qui les feront cheminer en 40 minutes à travers les parties reconstituées de la grotte Cosquer pour admirer ses ornements pariétaux mais aussi ses gours d’eau limpide et ses stalactites somptueuses, avant de déambuler dans des salles du centre d’interprétation archéologique consacré à l’art pariétal préhistorique et à la montée du niveau de la mer.

Une reconstitution totalement artificielle bien entendu, qui est en cours de réalisation, dispersées dans trois ateliers distincts, à partir d’un relevé numérique complet de la grotte. A Montignac, près de la grotte de Lascaux, la société créée par le plasticien Alain Dalis et joliment nommée Arc&Os fabrique des panneau de polystyrène armé de résine pour reconstituer fidèlement les différentes parties de la grotte avec une précision de l’ordre du dixième de millimètre. Les représentations pariétales sont dessinées en partie dans l’atelier d’Arc&Os et en partie par la société Déco Diffusion, située à l’Union, au nord de Toulouse. Dans les deux cas, il s’agit de reproduire à l’identique des dessins réalisés par nos ancêtres en retrouvant la même dynamique des tracés et du rendu, ce qui demande parfois plusieurs tentatives.

L’archéologue et préhistorien Gilles Tosello en train de reproduire des peintures de la grotte Cosquer sur un panneau de la future réplique, dans l’atelier de la société toulousaine Déco Diffusion (photo © Corentin Belard / FranceTélévision)

Les éléments de coques ainsi décorés seront ensuite assemblés les uns et autres et accrochés à une armature en béton destinée à reconstituer l’ouvrage. Pour restituer l’ambiance générale de la grotte, il reste à reproduire les stalactites, stalagmites, et autres spéléothèmes de la galerie souterraine. C’est l’œuvre de Stéphane Gérard, installé dans l’ancienne friche industrielle des Frigos, dans le 13e arrondissement de Paris. Ancien sculpteur du musée Grévin, lui aussi s’est fait la main pendant 4 ans sur la réplique de la grotte Chauvet et il a mis au point ses recettes personnelles à base de polymères et de composés organiques pour rendre l’éclat particulier d’une paroi rocheuse mouillée ou d’une concrétion de calcite.

Chacun pourra constater de visu, à partir de juin 2022 si le calendrier prévisionnel est respecté, le résultat de cette œuvre titanesque et minutieuse. Nul doute en tout cas que cette réplique de la grotte Cosquer devrait attirer les curieux et permettre de justifier, enfin, l’édification de cette Villa Méditerranée qui intrigue tant.

L. V.

Mais où est passé le vaccin français ?

18 janvier 2021 by

« Pourquoi la France, le pays de Pasteur, n’a pas son vaccin ? », telle est la question posée par le député François Ruffin sur son blog. D’autant plus que nous hébergeons un géant du domaine, SANOFI. Cette société française, occupe le troisième rang mondial dans le secteur de la santé. C’est un poids lourd dont le chiffre d’affaire était de 34 milliards d’euros en 2018. Troisième capitalisation boursière de la Bourse de Paris, elle emploie 100 000 personnes et a distribué près de 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2018.

François Ruffin devant le site industriel de Sanofi à Mourenx en octobre 2018 pour protester contre l’affaire de la Depakine (photo © Jean-Philippe Gionnet / La République des Pyrénées)

Alors pourquoi, après une subvention de 200 millions d’euros annoncée par Emmanuel Macron à l’été de 2020, le vaccin Sanofi-GSK ne sera-t-il donc pas disponible avant… fin 2021 ? En attendant, Sanofi est incitée par le gouvernement à mettre son outil industriel à disposition des laboratoires concurrents pour accélérer la production des vaccins qui fonctionnent. Comment en est-on arrivé là ? Pays de Pasteur, la France se voit condamnée à vacciner sa propre population avec des vaccins étrangers…

Le centre de recherche et de production de l’entreprise Sanofi à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne (photo © Charles Platiau / Reuters / France 24)

Sanofi invoque des erreurs techniques, des déconvenues de réactifs, des lourdeurs imprévisibles. Mais la raison, souligne François Ruffin, n’est pas à rechercher de ce côté-là. En fait, « en dix ans, Sanofi a licencié près de la moitié de ses chercheurs, quatre mille dans le monde, deux mille en France : les effectifs de la « Recherche et développement » sont passés de 6350 à 3500. Le groupe s’est désengagé d’un tas de domaines, les antibiotiques, la cardio, la neurologie, la maladie d’Alzheimer, le diabète. Dès cette année, avec les fermetures annoncées de Strasbourg et d’Alfortville, il restera que trois labos de recherche en France, contre onze il y a dix ans ». En parallèle, Sanofi perçoit, de la part de L’État, le Crédit Impôt Recherche, entre 100 et 200 millions d’euros par an, et, comme le 16 juin dernier, est félicitée par Emmanuel Macron… Des subventions destinées à la recherche pour supprimer des emplois de chercheurs. Bravo, quand-même !

Emmanuel Macron en visite à l’usine de production de vaccins de Sanofi Pasteur à Marcy-L’Étoile près de Lyon en juin 2020 (photo © Gonzalo Fuentes / Le Progrès)

Et si la France montre son impuissance dans la course au vaccin, si Sanofi continue, avec l’aide de l’État, à diminuer son effort de recherche, si le pays est devenu totalement dépendant en matière de santé, est-ce vraiment l’essentiel ? « En pleine crise du Covid, en avril 2020, les dividendes de Sanofi étaient [encore] en hausse, comme toujours depuis 26 ans, à 4 milliards d’euros. Et même temps, en pleine pandémie, les dirigeants annonçaient à nouveau 1700 suppressions de postes, dont 1000 en France ».

JBx

Covid-19 : un vaccin messager d’espoir ou de crainte ?

16 janvier 2021 by

Peut-être est-ce l’effet de ce confinement mondialisé par éclipses qui nous brouille le cerveau ou celui de ce battage médiatique intense qui fait que depuis bientôt un an, on ne parle plus que de « ça » : ce coronavirus SARS-CoV 2 qui entraîne chez chacun des réflexes de peur et de repli sur soi… Toujours est-il que malgré les distanciations sociales, le télétravail et le confinement à domicile, toutes les conversations ne tournent plus qu’autour de cette pandémie de Covid-19 qui joue les prolongations en 2021, et sur la manière de sortir enfin de cette crise sanitaire qui fait des ravages sociaux.

« Tester, alerter, isoler », tels sont les piliers de la stratégie officielle. Mais les autorités sanitaires françaises ont été un peu prises de court par le développement d’une réponse vaccinale qu’elles n’attendaient pas aussi vite. Quand le 9 novembre dernier Pfizer et BioNTech annoncent au monde entier les bons résultats de leur vaccin, toute l’énergie du gouvernement est concentrée sur la gestion de la seconde vague épidémique qui n’avait guère été anticipée et qui oblige à développer une nouvelle stratégie de confinement ciblée.

Un dessin signé Fred Sochard (source : Opinion internationale)

Du coup la France s’est engagée avec une prudence de sioux sur la mise en œuvre de cette campagne de vaccination qu’elle n’avait pas imaginée aussi précoce et alors même que l’opinion publique française se disait opposée à plus de 60 % à cette injection vaccinale. Au vu du fiasco qu’avait été la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 en 2009 avec ses millions de doses commandées pour rien et ses centres de vaccination restés déserts, il est compréhensible que les autorités sanitaires du pays se soient montrées prudentes, avec un début de campagne vaccinale médiatisée mais timide.

Un dessin signé Zaïtchick publié le 5 janvier 2021 dans Le Point (source : Blagues et dessins)

Au point que la France se réveille début janvier en constatant qu’elle est en queue de peloton des pays européens avec seulement 516 personnes vaccinées au 1er janvier 2021 alors qu’on en dénombre déjà plus plus de 47 000 à la même date en Pologne, 114 000 en Italie, 238 000 en Allemagne et 944 000 en Grande-Bretagne, sans compter les plus 4 millions de doses administrées aux États-Unis ou en Chine ! Ce ne sont pourtant pas les stocks qui manquent puisque c’est l’Union européenne elle-même qui s’est chargée de passer les commandes pour 2 milliards de doses après avoir négocié un prix de gros plutôt avantageux.

De quoi déclencher l’agacement de chef de l’État qui accuse son ministre de la Santé de lenteur coupable, au point que la stratégie vaccinale elle-même a dû être revue en catastrophe. Alors que seuls les résidents en EHPAD et leur soignants âgés de plus de 65 ans ou atteints de comorbidités étaient visés dans un premier temps, le gouvernement a finalement étendu la cible à tous les professionnels de santé de plus de 50 ans, puis aux pompiers et aux aides à domicile, promettant même que tous les Français de plus de 75 ans pourraient en bénéficier dès fin janvier.

Un dessin signé Sanaga publié le 13 janvier 2021 dans Blagues et dessins

Il n’en reste pas moins que ce vaccin commercialisé par Pfizer et son concurrent développé par Moderna et désormais également homologué en Europe depuis le 6 janvier, sont des vaccins à ARN messager qui font l’objet de réticences, beaucoup de voix s’élevant contre le fait qu’ils auraient été développés trop rapidement et administrés sans un recul suffisant. Des critiques largement injustifiées car tout le processus de test réglementaire a bien été respecté comme le détaille notamment le médecin du travail Thierry Bonjour dans une vidéo très pédagogique.

Pour ce qui est du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, ce sont près de 44 000 personnes de plus de 16 ans qui ont participé à ces essais cliniques réalisés en double aveugle et les résultats sont éloquents avec un taux d’efficacité de 95 %. Celui de l’Américain Moderna, testé lui sur plus de 30 000 personnes selon un protocole comparable, conduit à une efficacité de 94 %, mais qui est légèrement inférieure pour les plus de 65 ans. Un inconvénient largement compensé par le fait que ce produit doit être conservé à – 20 °C seulement alors que celui de Pfizer exige une logistique très lourde avec des supercongélateurs réglés à – 71 °C. Dans les deux cas, les effets indésirables observés jusqu’à présent sont très limités et à peine supérieurs à ceux observés dans le groupe placebo des essais cliniques.

Les congélateurs de l’usine Pfizer, à Puurs en Belgique, où sont stockés les vaccins contre le Covid-19 (photo © Reuters / La Croix)

Pourquoi alors une telle crainte face à ces nouveaux vaccins ? Elle semble pour l’essentiel liée aux fantasmes classiques qui surgissent dès que l’on parle de biologie cellulaire et de matériel génétique. Pourtant, comme l’explique un article très détaillé du Monde, le recours à cette technologie n’est pas si récente puisque on est capable depuis 1989 d’introduire dans une cellule un fragment d’ARN messager englobé dans une nanoparticule à base de lipide et qu’on a pu observer dès 1990 que des souris pouvaient fabriquer des protéines à partir de l’instruction codée sur de l’ARN injecté en intramusculaire.

Le concept d’ARN messager a été identifié par les biologistes français Jacques Monod et François Jacob en 1960, ce qui leur a valu le Prix Nobel de médecine en 1965. Son rôle est souvent comparé à celui d’une instruction qui serait copiée à partir de l’ADN contenu dans le noyau de chacune de nos cellules, ADN qui constitue une sorte de grand livre de recettes de cuisine : la photocopie d’une de ces recettes est donc exportée du noyau et transmise au ribosome, situé dans le cytoplasme de la cellule, servant de guide pour synthétiser une protéine particulière. Le fait d’injecter un fragment d’ARN messager dans la cellule revient donc à lui donner l’instruction de fabriquer la protéine correspondante, selon la recette indiquée.

Principe de fonctionnement du vaccin à ARN messager contre la Covid-19 (infographie source L’Express)

Ainsi que le détaillent de nombreux articles pédagogiques dont celui rédigé par le collectif d’éducation à la recherche Tous chercheurs, le vaccin à ARN messager comme celui développé par Pfizer permet à la cellule réceptrice de déclencher le codage de la protéine Spike qui constitue une sorte de clé présente à la surface du virus SARS-CoV2 et qui lui permet de pénétrer dans les cellules humaine. Le fait de produire cette protéine déclenche par anticipation les défenses immunitaires classiques qui permettront au corps de se défendre en cas d’infection. Le principe est donc très similaire à celui d’un vaccin classique mais présente beaucoup d’avantages par rapport à une technologie plus traditionnelle comme celle que développe actuellement Sanofi Pasteur basé sur l’injection d’un fragment de virus désactivé (en l’occurrence la protéine Spike elle-même).

Le principal est la rapidité d’élaboration d’un tel vaccin : il n’a fallu que 10 semaines entre le séquençage du SARS-CoV 2 et la participation des premiers volontaires aux essais cliniques, un record ! En 2013, des chercheurs n’avaient mis que 8 jours pour produire un ARN messager anti-influenza une fois obtenu le séquençage du virus responsable, alors qu’il faut habituellement au moins 6 mois pour mettre au point un vaccin conventionnel contre la grippe… Il est en fait possible très rapidement de produire de l’ARN messager pour coder n’importe quelle protéine, ce qui permet de s’adapter rapidement à de nouvelles infections virales. On explore même désormais la possibilité de développer des vaccins de ce type qui permettraient de lutter de manière individualisée contre les cellules cancéreuses.

Dose de vaccin contre la Covid-19 (photo © AdobeStock / Actu.fr)

Pourquoi alors autant de craintes quant à la mise en œuvre de tels vaccins ? Le risque que l’ARN messager ainsi introduit ne vienne interférer avec le matériel génétique du receveur est inexistant car il n’y a pas de contact avec l’ADN stocké dans le noyau des cellules. De plus, l’ARN messager est un élément très fragile qui se dégrade rapidement, ce qui explique pourquoi les conditions de conservation de ces vaccins restent aussi contraignantes et pourquoi les chercheurs ont mis si longtemps avant de trouver les parades technologiques pour permettre à l’ARN messager de pénétrer dans les cellules et de s’y maintenir assez longtemps pour être utilisé à bon escient. Quant aux risques d’allergies qui conduisent à déconseiller ce vaccin à certains profils, ils semblent liés à la molécule de polyéthylène glycol qui est justement utilisé comme enveloppe lipidique pour emballer l’ARN messager.

Cette crise sanitaire d’ampleur mondiale aura eu en tout cas pour effet une formidable accélération des recherches scientifiques et force est de constater que les résultats de cette course au vaccin dépassent toutes les espérances. Reste maintenant à faire preuve d’autant d’efficacité en matière de logistique et de mise en œuvre de politiques publiques adaptées pour en faire bon usage…

L. V.

Mobilité métropolitaine : ça phosphore !

12 janvier 2021 by

Comment développer les transports en commun du futur sur l’aire métropolitaine Aix-Marseille-Provence ? Tout le monde a son idée sur le sujet même si chacun reconnaît que ce n’est pas si simple sur un territoire où l’habitat est aussi dispersé et où chacun a pris l’habitude depuis des années de se déplacer principalement en voiture, ce qui en fait une des agglomérations de France où l’air est le plus souvent pollué et où les bouchons sont les plus fréquents.

Contrairement à d’autres métropoles, celle-ci est polycentrique. Alors qu’en région parisienne ou lyonnaise, la majorité habite en banlieue et vient travailler dans la ville centre, il n’en est rien à Marseille. Toutes les études sur lesquelles se base notamment le Plan de déplacement urbain, arrêté en 2019, insistent justement sur ce constat que les déplacements pendulaires sont multiples et complexes, les trois corridors principaux (Marseille-Aubagne, Marseille-Aix et Marseille-étang de Berre) ne représentant finalement que 50 % des déplacements métropolitains. Une chose est sûre : 96 % de ces flux d’échange métropolitains (sur des distances supérieures à 7 km) sont réalisés en voiture, faute de transports en commun fiables et adaptés.

Répartition des principaux déplacements métropolitaines (source © PDU Aix-Marseille-Métropole)

C’est donc tout l’enjeu de demain : comment développer enfin sur ce territoire des modes de déplacements plus durables afin de réduire l’usage de la voiture individuelle qui congestionne les axes routiers et empoisonne l’air ambiant ? L’agglomération lyonnaise a répondu depuis des années à cet enjeu en développant un réseau performant de bus, métros et tramways tandis que le Grand Paris est en train de réaliser une extension sans précédent de son réseau de métros pour irriguer sa grande banlieue.

Extrait de la Une de La Provence en date du 4 janvier 2021 (source © Twitter / LoopAM)

Et pendant ce temps-là, à Marseille les idées fusent ! La dernière en date qui a eu les honneurs de La Provence le 4 janvier 2021 provient de deux financiers locaux, Guillaume Nicoulaud et Mathieu Morateur, qui ont lancé une petite start-up du nom de Loop Aix-Marseille, pour promouvoir le développement d’un réseau maillé de transports en communs haute fréquence vaguement inspiré de l’Hyper-loop que le milliardaire Elon Musk cherche à développer tout en projetant la colonisation de la planète Mars.

Vue d’artiste du projet de navette électrique imaginé par LoopAM (source © La Provence)

Leur credo est qu’il faut développer un système de navettes rapides sous forme de petits véhicules électriques autonomes de 25 places montés sur pneus et se déplaçant à grande fréquence (toutes les 10 minutes voire davantage aux heures de pointe) sur les principaux axes de la métropole pour relier à terme Aubagne, Marseille, Aix, Marignane… Pour pouvoir assurer un cadencement aussi rapide et une desserte Aix-Marseille en 15 mn comme l’annonce La Provence, la solution imaginée est de faire circuler ces véhicules en tunnel ! On s’affranchit ainsi de tous les obstacles urbains qui encombrent l’espace, mais bien sûr, la facture est salée : nos deux financiers visionnaires l’estiment au minimum à 6 milliards d’euros et sont en train de faire chauffer leurs calculettes pour étudier comment rentabiliser un tel investissement qui serait bien entendu supporté par le privé, dans le cadre de concessions de service public.

A ce stade, ce n’est pas gagné d’autant que, au-delà de ces coûts d’investissement colossaux, l’exploitant devra prendre en charge les frais de fonctionnement qui risquent d’être particulièrement élevés sur un territoire où l’habitat est aussi dispersé. Un projet un peu fou que ce Loop qui fait partie des idées plus ou moins farfelues que le collectif Tous acteurs, animé par la Chambre de commerce et d’industrie métropolitaine, dévoilait dès mars 2020, en pleine campagne électorale des municipales.

Outre ce projet de Loop, il y était question de voies réservées pour les bus sur certains grands axes de circulation, d’un projet de RER d’Aubagne à Marignane en passant par Aix et Vitrolles, mais aussi de navettes maritimes côtières hybrides et même de taxis volants, soyons fous !

Maquette du projet de Val’tram de Valdonne qui pourrait desservir la vallée de l’Huveaune en amont d’Aubagne à l’échéance 2024 (source © Made in Marseille)

Pas sûr que tous ces projets innovants résistent à une analyse un peu sérieuse comme l’a montré l’abandon du projet de réouverture de la voie ferrée Aix-Rognac sur lequel la région et la Métropole ont pourtant investi plus de 2 millions d’euros en études de faisabilité avant de conclure à un projet non rentable au vu de la fréquentation attendue. Le projet de Val’tram envisagé entre Aubagne et La Bouilladisse sur une autre voie ferrée désaffectée, avait déjà été abandonné pour les mêmes raisons par la Métropole avant que Martine Vassal ne se ravise à la veille des élections et ne vienne ressortir des cartons poussiéreux ce vieux serpent de mer contesté.

Maquette du projet d’AirAixpress imaginé par Anne-Laurence Petel (source © GoMet)

De son côté, la candidate LREM aux élections municipales à Aix-en-Provence, Anne-Laurence Petel, avait lancée l’idée plutôt originale d’un système de navettes électriques autonomes de 8 places ressemblant vaguement à des cabines de téléphérique et qui se déplaceraient suspendues à des structures aériennes couvertes de panneau photovoltaïques en surplomb des grands axes routiers comme l’autoroute entre Aix et Marseille. Baptisé du doux nom à consonance typiquement provençale AirAixpress et en cours de développement par la société lyonnaise Supraways, laquelle envisage un coût de construction de 15 à 25 millions d’euros au km, soit moins élevé que le tram, le concept ne manque pas d’originalité et pourrait se placer en bonne place de ce concours Lépine des modes de transport métropolitains du futur…

L. V.

Trump : du Capitole à la roche Tarpéienne

10 janvier 2021 by

Décidément, ces élections présidentielles américaines de 2020, tant attendues et scrutées par le monde entier après quatre années passées sous le mandat pour le moins déroutant d’un Donald Trump totalement décomplexée et prêt à tout, auront tenu leurs promesses ! Après avoir tenu en haleine toute la planète par un dépouillement interminable, voilà que l’affaire se termine par un épisode tragi-comique totalement inédit avec cette prise du Capitole par des militants trumpistes déchaînés.

C’est le journaliste Christophe Deroubaix, correspondant du journal l’Humanité à Marseille depuis 2004 et grand spécialiste des États-Unis dont il décortique la vie politique depuis près de 25 ans, qui a imaginé ce titre dans un article publié le 8 janvier 20121. A Rome, le Capitole était cette colline sacrée sur laquelle était édifié un temple consacré à Jupiter capitolin, haut-lieu symbole de puissance et d’honneur vers lequel un général romain victorieux pouvait être autorisé par le Sénat à y conduire son char en grandes pompes.

Le bâtiment du Capitole à Washington DC (source © Structurae)

Dans l’État de Washington, le Capitole est le nom du bâtiment dont la première pierre fut posée en 1793 et qui abrite le Congrès fédéral, détenteur du pouvoir législatif. Séparé par une simple place du « Temple de la Justice » qui abrite la Cour suprême de l’État, ce site prestigieux représente sans conteste un haut-lieu de la démocratie américaine.

Lorsque Donald Trump, pourtant clairement battu dans les urnes mais refusant toujours de reconnaître sa défaite, deux mois après le scrutin, chauffe à bloc des milliers de sympathisants près de la Maison Blanche en ce mercredi 6 janvier 2021, il met clairement le feu aux poudres. « Nous ne céderons jamais » clame-t-il haut et fort, dénonçant pour la n-ième fois une « élection volée » et une « fraude massive », alors même que le Congrès doit se réunir le jour même pour certifier la victoire électorale du Démocrate Joe Biden pourtant élu par plus de 81 millions d’Américains et avec près de 7 millions de voix d’avance par rapport à son adversaire Républicain. Un écart incontestable même si cela signifie que plus de 74 millions d’électeurs ont préféré voter pour Donald Trump, alors qu’ils n’étaient que 63 millions à avoir fait ce choix en 2016. Rarement la grande démocratie américaine n’aura été autant polarisée en deux camps inconciliables…

Donald Trump en meeting en Georgie le 4 janvier 2021 (photo © Mandel Ngan / AFP / France Inter)

Il n’a donc pas fallu à Donald Trump beaucoup d’efforts pour que les militants les plus virulents de sa cause, sitôt son discours terminé, se rendent au Capitole situé à 2 km seulement, bien décidés à en découdre avec les Congressistes pour les empêcher de reconnaître officiellement le résultat du vote américain. Et le monde entier a assisté, médusé, à un spectacle que l’on aurait jamais imaginé, avec le Capitole, à peine gardé par un dispositif de sécurité a minima, alors que les lieux sont habituellement sécurisés par une armada de la Garde nationale, mobilisée pour la moindre manifestation.

Des sympathisants de Trump prenant d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 (photo © Shannon Stapleton / Reuters / Ouest-France)

La centaine de militants déterminés n’a eu aucun mal à sauter les barrières et à pénétrer dans le bâtiment, certains en brisant des fenêtres, d’autres tout simplement en entrant par la grande porte. Les putschistes en herbe se sont rués à travers les couloirs et les escaliers du bâtiment officiel, alternant coup de force et selfies rigolards. On les a vu pourchasser des gardes armés isolés, bravant les gaz lacrymogènes et assiégeant la Chambre des Représentants défendue, arme au point par des agents de sécurité acculés. Des coups de feu ont été tirés et deux morts sont à déplorer dont un parmi les forces de l’ordre. Les manifestants ont fini par pénétrer de force dans les deux Chambres du Congrès, se faisant photographier hilares au perchoir du Sénat ou les bottes sur le bureau de la présidente démocrate de la Chambre des Représentants. Des bombes artisanales ont aussi été retrouvées dans des immeubles voisins et il a fallu instaurer le couvre feu pour permettre le retour au calme. Une situation digne d’une véritable tentative de coup d’État !


Militants pro-Trump dans l’enceinte du Capitole le 6 janvier 2021 : au centre, Jake Angeli avec ses cornes de vache et ses tatouages néo-nazis (photo © Saul Loeb / AFP / La Croix)

Cette intrusion de militants chauffés à blanc par un Président toujours en exercice dans une des plus anciennes démocraties du monde, jamais avare de leçon de morale à l’encontre du reste de la planète, laissera certainement des traces. Comme l’analyse Christophe Deroubaix, « l’Histoire retiendra que celui qui voulait rendre sa grandeur à l’Amérique a été l’instigateur de la profanation de ce qu’une immense majorité d’Américains considère comme un sanctuaire ».

Un épisode douloureux qui interroge sur les dérives du débat démocratique, même s’il a de fait plutôt servi d’électrochoc, incitant sans doute le vice-président Mike Pence à entériner officiellement la victoire de Joe Biden qui s’est du coup engagé à consacrer les quatre prochaines années à « la restauration de la démocratie, la décence, l’honneur, le respect, l’état de droit ». Le sénateur républicain Lindsey Graham, pourtant fervent soutien de Trump, a de son côté réclamé des poursuites contre ceux qui se sont ainsi attaqué au gouvernement, estimant que « leurs actions sont répugnantes dans une démocratie ». Même Georges Bush a condamné cette « insurrection » digne, selon lui d’une « république bananière »…

Une potence menaçante édifiée non loin du Capitole par les manifestants pro-Trump (photo © Andrew Caballero-Reynolds / AFP / Le Figaro)

Donald Trump lui-même a fini par reconnaître dans un communiqué, sans toutefois concéder sa défaite qu’il continue à contester, qu’ « il y aura cependant une transition ordonnée le 20 janvier ». C’est donc bien cette fois le début de la fin pour le trublion qui aura fait trembler la planète avec ses volte-face et ses inconséquences et qui aura donc même fait craindre pour le fonctionnement démocratique des États-Unis.

Les Romains aimaient à rappeler que le général Marcus Manlius Capitolinus qui avait courageusement sauvé la ville d’une incursion menée par les Gaulois de Brennus et avait connu pour cela les honneurs d’un défilé au Capitole, s’était retrouvé peu après accusé de complotisme à visée populiste et avait été condamné à mort puis exécuté en étant précipité du haut de la roche Tarpéienne, laquelle se trouve justement à faible distance du Capitole : un sort auquel Donald Trump devrait du moins pourvoir échapper, autres temps, autres mœurs…

L. V.

Difficile ravitaillement pour le centre-ville de Carnoux !

8 janvier 2021 by

Le centre-ville de Carnoux-en-Provence est organisé autour de la place Lyautey. Cet aménagement urbain a offert, pendant plusieurs décennies, un ensemble de petits commerces de bouche (boulangerie, boucherie-charcuterie…) et de service (santé, pharmacie, optique, coiffure, tabac-journaux, bar-brasserie, fleuriste, bijouterie, cadeaux….) auxquels s’ajoutent les stands des marchés forains des jeudis et samedis matins.

Ces commerces de proximité qui avaient été complétés par un petit supermarché situé dans la résidence des Lauriers, offraient la possibilité de se ravitailler dans des conditions satisfaisantes.

La supérette Dia, en centre-ville de Carnoux, désormais fermée (photo © CPC)

Outre la fermeture de plusieurs boutiques d’alimentation dans un contexte de forte concurrence avec les centres commerciaux locaux ou voisins (Aubagne), depuis le 25 mars 2020, l’enseigne Carrefour City qui avait succédé aux enseignes Ed puis Dia est fermée.

Ce petit supermarché Ed puis Dia rendait bien des services aux personnes âgées ainsi qu’aux familles aux revenus modestes qui, dépourvues de véhicules et faute de transports en commun adaptés, ne pouvaient se rendre au supermarché Intermarché situé avenue Lavoisier dans le haut de la zone industrielle de Carnoux. De plus, les prix compétitifs pratiqués constituaient un atout majeur. La création du magasin Lidl avenue Gay Lussac près de la route de Cassis a constitué un palliatif mais son positionnement éloigné du centre n’en facilite pas pour tous l’accès. Il existe aussi, toujours rue Gay-Lussac, le magasin Biocoop spécialisé dans les produits biologiques et équitables, Le magasin Dia fermé, c’est l’enseigne Carrefour avec son Carrefour City qui a pris le relais mais avec des tarifs plus élevés que ceux pratiqués par son prédécesseur.

Le magasin Biocoop à Carnoux, rue Gay-Lussac (source © Le Chéquier Vert)

Cet état des lieux témoigne d’une offre marchande réduite pour les habitants aux revenus modestes du centre-ville qui conduit de fait à négliger les quelques commerces subsistant. Cela n’est pas sans effets sur la vitalité du cœur de la cité !

Le schéma urbain d’implantation des espaces de chalandises à Carnoux conduit, comme dans bien d’autres villes du secteur, à un glissement des principaux commerces vers les périphéries des villes. Pour Carnoux, les deux espaces de commerce les plus vivants se situent désormais dans la zone d’activités économiques Les Barles à la sortie de l’autoroute et à la galerie du stade à la sortie vers Cassis.

Centre commercial des Barles à l’entrée de Carnoux (source © Souchon Immobilier)

A La Ciotat, et après avoir perçu ce phénomène de désertification des rues commerçantes du centre-ville, le conseil municipal a décidé de prendre en charge la location de boutiques pour proposer à des commerçants potentiels et à des loyers compétitifs, des locaux restés fermés trop longtemps. Cette démarche volontariste et citoyenne, telle qu’elle a été initiée dans des zones rurales, vise à redynamiser des secteurs populaires.

L’offre de services alimentaires dans des boutiques de Carnoux répond-elle au slogan porté par l’affichage municipal qui prône l’achat carnussien ? Rien n’est moins certain.

Le magasin Au goût de la Provence, désormais fermé, à côté de la boulangerie Le Moulin des Calanques, fermée également (photo © CPC)

On a ainsi récemment constaté la fermeture de l’enseigne Au bon goût de la Provence située avenue de Cassis qui proposait des fruits, des légumes et des fromages dont de très nombreux articles produits dans la région, à Salon de Provence et Pertuis principalement. Faute de renouvellement du bail du local jouxtant le Moulin des Calanques, boulangerie aussi fermée, Djamel Chelloum avait choisi de s’installer sous les arcades et de proposer la vente de paniers de fruits et de légumes qu’il se proposait aussi de porter au domicile des clients. Là encore, faute de pouvoir s’installer et d’offrir quotidiennement un large choix de fruits et de légumes régionaux ou autres en centre-ville, il a dû renoncer à son projet mais reste disponible, par téléphone ou via internet, pour des livraisons à domicile sous le nom Aux fruits de saison.

Djamel Cheloum veillant sur ses étals de fruits et légumes Au goût de la Provence en 2015 (photo © La Provence)

Le bilan qui ressort de ces constats et de l’évolution du commerce en centre-ville de Carnoux met en évidence une présence importante de banques et de services (Poste, santé, pharmacie, coiffure, agence immobilière, fleuriste, bars et brasseries….. et même pompes funèbres), mais une faible offre alimentaire.

Une action volontariste encouragée par la municipalité pour permettre aux personnes modestes et peu mobiles de se ravitailler au quotidien est devenue nécessaire.

Maroiller

Pistes cyclables : la métropole AMP déraille…

5 janvier 2021 by

L’agglomération marseillaise n’est pas connue pour être particulièrement favorable à la pratique cycliste. Jusqu’à présent et depuis une bonne dizaine d’années, les différentes enquêtes successives confirment que seuls 1,2 % des déplacements totaux se font à bicyclette sur le territoire métropolitain alors que cette proportion dépasse désormais les 4 % à Paris et se situe depuis des années déjà autour de 7,5 % à Strasbourg. Pour l’ensemble des grosses agglomérations urbaines françaises, ce sont en moyenne autour de 6 % des actifs qui utilisent le vélo pour aller travailler.

Une piste cyclable tracée à la va-vite sur le Prado pendant le confinement en mai 2020, entre voie de circulation et couloir de bus (photo © Georges Robert / La Provence)

Si ce pourcentage est aussi faible à Marseille et continue de stagner malgré une prise de conscience globale que les modes doux de déplacement sont les plus adaptés en agglomération urbaine, c’est en partie parce que les infrastructures n’y sont guère favorables à la pratique du vélo. Dès 2010 pourtant, l’ancienne Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole recensait un certain nombre d’itinéraires structurants sur lesquels développer des pistes cyclables adaptées.

Mais depuis, pas grand-chose n’a été fait pour atteindre ces beaux objectifs. Des fragments de pistes cyclables ont bien été aménagés, mais souvent uniquement sur de très courtes distances entre deux ronds-points, comme cela a été le cas à Carnoux où la traversée complète de la ville n’est toujours pas possible de manière sécurisée pour les deux-roues. A Marseille, on a même vu fleurir des pistes cyclables signalées directement sur les trottoirs, au risque de multiplier les risques de collision avec les piétons. D’autres ont été simplement dessinées sur la chaussée en empiétant sur une des voies de circulation, à l’exemple de celles qui sont apparues cette année dans la zone industrielle et commerciale des Paluds à Aubagne : le pauvre cycliste qui souhaiterait s’y engager s’expose à se faire coincer entre une voiture et la bordure du trottoir avec chute spectaculaire garantie…

Piste cyclable dessinée à l’été 2020 sur la chaussée entre la gare d’Aubagne et la zone commerciale des Paluds
(photo © François Rasteau / La Provence)

Changement de ton pourtant à la Métropole lorsque Martine Vassal a inauguré en grandes pompes la piste cyclable de la Corniche, à l’occasion de la 14e Fête du vélo, en ce dimanche 16 juin 2019. Les grandes lignes d’un ambitieux Plan Vélo 2019-2024 sont esquissées et on apprend que les quelques 140 km de pistes cyclables répertoriées officiellement sur Marseille (contre 600 km à Strasbourg dont la superficie est pourtant trois fois plus faible) devraient augmenter de 107 km d’ici 2030 ! A grands renfort de panneaux publicitaire, l’objectif affiché est bien de sortir enfin de ce classement infamant qui place Marseille en dernière position des 40 plus grandes villes françaises pour la pratique du vélo selon l’évaluation de la Fédération des usagers de la bicyclette.

Affiche de la Métropole Aix-Marseille-Provence pour la Fête du Vélo 2019 (source ©
Métropole Aix-Marseille-Provence)

A cette occasion, la Métropole annonce qu’elle compte consacrer pas moins de 60 millions d’euros d’ici 5 ans à la réalisation de nouvelles pistes cyclables, dont la moitié pour le territoire marseillais, en plus des 40 millions d’euros déjà programmés par le Département. De quoi créer 16 lignes vélo sécurisées pour irriguer l’agglomération marseillaise et assurer les interconnexions avec les villes voisines. Au total, ce sont pas moins de 280 km de pistes cyclables supplémentaires qui devraient voir le jour d’ici 2030, dont une de 23 km allant d’un seul tenant de l’Estaque jusqu’aux Goudes.

Objectifs de développement des pistes cyclables sur Marseille prévu dans le Plan Vélo de la Métropole d’ici 2024 et 2030
(source © Métropole Aix-Marseille-Provence)

Les cyclistes marseillais restent sceptiques quant à la capacité de la Métropole à tenir ses promesses, d’autant qu’ils contestent l’appellation de « pistes cyclables » à ce qui n’est souvent qu’un simple marquage au sol non sécurisé sur la chaussée ou sur le trottoir, mais les chiffres sont néanmoins impressionnants. Reste à savoir comme un tel budget sera utilisé. Pour une simple bande cyclable matérialisée sur la chaussée, le coût se limite en effet à environ 10 000 € le km. En revanche, pour une voie cyclable séparée physiquement de la chaussée et matérialisée comme telle, on approche plutôt les 200 000 € du km, très loin cependant du coût de réalisation d’une route neuve, lequel varie plutôt entre 2 et 5 millions d’euros le km selon la largeur de la chaussée et la configuration du terrain. Au vu des chiffres annoncés de 60 millions pour 280 km de pistes cyclables, on retrouve d’ailleurs cet ordre de grandeur d’un peu plus de 200 k€ le km.

Roland Giberti présidant le Conseil de territoire Marseille-Provence lors de sa séance du 15 décembre 2020 (source © Marseille-Provence)

Quelle n’a donc pas été la surprise de certains conseillers lors du dernier conseil de territoire métropolitain qui s’est tenu le mardi 15 décembre 2020, en visioconférence, sous la présidence de Roland Giberti, maire de Gémenos et Président du Conseil de territoire Marseille-Provence, de prendre connaissance, au hasard d’une des 191 délibérations soumise aux votes en moins d’une heure et demi, qu’un tronçon de 5,5 km de piste cyclable allait être aménagée entre Arenc et Mourepiane pour un montant de 16 millions d’euros !

Ce n’est pourtant pas la topographie du site qui justifie un montant de travaux aussi colossal puisque le tracé longe le littoral à cet endroit. Comment donc expliquer qu’une piste cyclable à cet endroit coûte 3 millions d’euro le km et que ce simple premier tronçon de 5 km vienne amputer la moitié du budget total prévu dans le plan vélo métropolitain pour créer plus de 100 km de pistes cyclables sur la ville de Marseille ?

Étienne Tabbagh, conseiller municipal de Marseille et conseiller métropolitain (source © Mairie du premier secteur de Marseille)

Les élus n’ont bien évidemment pas eu de réponse en séance à cette question pourtant élémentaire, et ceci malgré la présence du Premier Vice-Président du Conseil de Territoire, un expert en matière de dépense publique, d’ailleurs en charge de la délégation des Finances, un certain Jean-Pierre Giorgi par ailleurs maire de Carnoux. La réalité est malheureusement toute simple bien que difficilement avouable : la Métropole utilise tout bonnement ce crédit affecté officiellement au Plan Vélo pour financer la réalisation d’un tronçon de voirie urbaine classique dans lequel la piste cyclable adjacente n’est qu’un élément accessoire. Un joli tour de passe-passe qui a d’ailleurs failli passé inaperçu sans la vigilance de l’écologiste Étienne Tabbagh, élu du Printemps Marseillais. Il faut dire que les pistes cyclables à Marseille sont tellement rares qu’un tel coût aurait presque paru cohérent tant il est vrai que tout ce qui est rare est forcément cher…

L. V.

Pierre Cardin : feuilles, pierre, ciseaux…

3 janvier 2021 by

Le célèbre couturier français Pierre Cardin est donc décédé en cette fin d’année 2020, le 29 décembre, à l’âge de 98 ans et les médias du monde entier s’en sont largement fait l’écho. Dernier né d’une fratrie de 7 enfants d’un couple d’agriculteurs italiens émigrés en France pour fuir le régime fasciste de Mussolini, celui qui était devenu le doyen de la haute-couture française s’était de fait forgé une réputation internationale. « Une voyant m’avait dit que mon nom flotterait partout » avait coutume de rappeler celui dont le nom est de fait sans doute presque aussi connu à travers la planète que celui de Coca-Cola. Force est de constater que ce fils d’émigrés italiens a eu le don toute sa vie durant de faire parler de lui : on ne compte plus le nombre d’articles qui ont été écrits à son sujet et qui l’ont rendus aussi célèbre !

Pierre Cardin en novembre 2014 dans son propre musée (source © Joël Saget / AFP / France Culture)

Cette renommée internationale, il l’a doit d’abord à ses talents de couturier, un métier qu’il a appris un peu par hasard en poussant la porte à 14 ans d’un tailleur de Saint-Étienne où il est d’abord embauché comme comptable avant de commencer à toucher aux ciseaux. Des instruments qui ne le quitteront plus, pendant la guerre qu’il passe à Vichy, toujours chez un tailleur, à habiller la riche bourgeoisie locale et les occupants allemands, avant de rejoindre Paris où il débute chez Jeanne Paquin pour faire des costumes de scène destinés au film « La Belle et la Bête », auprès de Jean Cocteau.

Après un passage éclair chez une autre créatrice de mode, Elsa Schiaparelli, le voici fin 1946 premier employé recruté par Christian Dior qui vient d’ouvrir sa maison de haute-couture. Il participe au succès du style New Look avant de claquer la porte sur un coup de tête 3 ans plus tard pour racheter la maison Pacaud qui crée des costumes de scène et fonder ainsi sa propre maison de haute-couture. Dès 1953 il possède sa propre collection et devient rapidement membre de la Chambre syndicale de la couture parisienne.

Premier défilé de prêt-à-porter Pierre Cardin au Printemps en 1959 (source © Pierre Cardin)

En homme d’affaires avisé, Pierre Cardin a rapidement compris qu’il devait mener de front sa carrière de créateur de haute-couture, gage de sa renommée et de son prestige à l’international, tout en se lançant dans la diffusion de prêt-à porter beaucoup plus lucratif. Il est ainsi le premier à présenter, en 1959, un défilé de prêt-à-porter dans les allées du Printemps : succès et scandale garantis, de quoi faire parler de lui dans toutes les bonnes feuilles de l’époque…

Défilé organisé par Pierre Cardin dans le désert de Gobi en 2008, en Chine (source © Pierre Cardin)

Dès lors, Pierre Cardin jouera avec habileté de cette capacité à attirer sans cesse l’attention avec ses coups médiatiques tels que les défilés qu’il organise dans le désert de Gobi, dans la Cité interdite de Pékin ou sur la place Rouge à Moscou ou encore la première collection de vêtement masculins qu’il lance en 1960 en faisant poser des mannequins recrutés à la sortie des fac parisiennes… Son idylle avec l’actrice Jeanne Moreau qui a duré 4 ans, malgré l’homosexualité assumée de Pierre Cardin, a aussi contribué à asseoir sa notoriété internationale, lui qui n’a pas hésité en 1974 à poser torse nu en couverture du magazine Time.

Ce génie des affaires doit son immense fortune, estimée à environ 1 milliard d’euros, au système des licences qu’il a développé à l’extrême. Créateur insatiable, il faisait produire par des industriels du monde entier et se contentait d’apposer ses initiales PC sur cravates, briquets, vêtements, papiers peints mais aussi mobilier vendu un peu partout. Plutôt que d’ouvrir ses propres magasins, il vendait donc sa marque, ce qui lui a plutôt bien réussi puisqu’il a réussi à garder la tête de sa propre maison de couture jusqu’au bout, tout en exploitant plus de 700 licences allant du textile aux arts de la table en passant par l’eau minérale, les poêles à frire, les vélos, les sacs en plastiques, les briquets ou les tringles à rideaux.

Pierre Cardin signant son nom en 1978 sur le fuselage d’un avion dont il a conçu le design (source © Sputnik News)

Et l’homme, détenteur de 3 Dés d’or, ne s’est pas contenté de manier les ciseaux. Créateur de meubles et patron de théâtre, dont l’Espace Cardin qu’il a cédé à la Ville de Paris en 2016, il racheta en 1981 le restaurant Maxim’s à Paris avant d’en décliner le concept à Pékin, New York ou Rio tout en dupliquant le site parisien avec deux péniches amarrées l’une au pied de Notre-Dame de Paris (Bateau ivre Maxim’s) et l’autre près de la Tour Eiffel. En réalité, Pierre Cardin était attiré par la pierre au moins autant que par les étoffes et il n’a pas arrêté, sa vie durant, d’enchaîner les opérations immobilières sans jamais trop s’embarrasser des subtilités liées au droit de l’urbanisme.

C’est ainsi que fin 2000, Pierre Cardin rachète le château du marquis de Sade qui domine le village de Lacoste, dans le Luberon et ses 409 habitants. Une arrivée initialement plutôt bien vue par la population locale car le richissime couturier fait appel aux entreprises du coin pour rénover la bâtisse et y crée un festival d’art lyrique. Mais il se met en tête de transformer le village en Saint-Tropez du Luberon et rachète progressivement pas moins de 47 maisons ainsi que des dizaines d’hectares de terres attenantes. Au point de désertifier progressivement le village qui a même perdu sa boulangerie, transformée en lieu d’exposition de mobilier contemporain. De quoi finalement déclencher la colère de certains habitants, au point de pousser l’un d’entre eux, Cyril Montana, à se révolter contre cette fièvre acheteuse du milliardaire de la haute-couture, ce qui a même fait l’objet d’un documentaire réalisé par Thomas Bornot en avril 2020.

Affiche du film documentaire dénonçant l’interventionnisme de Pierre Cardin dans le village de Lacoste (source © Mr Mondialisation)

Mais les emplettes de Pierre Cardin ne se sont pas limitées à ce seul village du Vaucluse. Il a aussi fait ses achats dans le voisinage en s’appropriant au fil du temps le château des Quatre Tours à Goult, le château de la Falaise à Lioux ou encore le clos de Ventvert à Bonnieux. En janvier 2016, le couturier avait rencontré des élus de Bonnieux, toujours dans le Luberon, pour leur présenter son projet de réaliser un parcours de golf de 18 trous ornés de sculptures monumentales dans la plaine agricole de Bonnieux où il avait acquis, au fil des ans, une cinquantaine d’hectares, et ceci en contradiction complète avec le Plan local d’urbanisme de la commune qui interdit tout parc d’attraction, de jeux ou de sport dans cette riche plaine agricole irriguée.

Le Palais Bulles à Théoule-sur-Mer, un modeste pied-à-terre sur la Côte d’Azur (source © Palais Bulles)

En 1991, Pierre Cardin s’était aussi porté acquéreur du Palais Bulles, une œuvre architecturale contemporaine façon maison des Barbapapas, édifiée dans l’Estérel à Théoule-sur-Mer où il s’achète également une propriété en bord de mer, qu’il fait transformer sans le moindre permis de construire. Mis en vente en 2016 au prix modique de 350 millions d’euros, le Palais Bulles n’a semble-t-il jamais trouvé preneur : on se demande bien pourquoi…

Sa nostalgie de fils de paysan vénitien l’avait même poussé à s’acheter son palais à Venise, en l’occurrence le Ca’Bragandin Carabba, une demeure de laquelle Casanova en personne se serait échappé par une porte dérobée donnant sur le canal. En revanche, son projet fou de construire un « palais Lumière » sous la forme d’une tour contemporaine de 250 m de hauteur édifiée dans le port de Venise à quelques encablures de la cité des Doges n’a jamais pu se concrétiser. Comme quoi, même un créateur milliardaire qui maîtrise aussi bien les jeux du pouvoir, de la renommée et de l’argent se heurte parfois à des obstacles infranchissables…

L. V.

2020 : la page est tournée (enfin ?..)

1 janvier 2021 by

Ça y est, l’année 2020 est enfin terminée. Après une pandémie mondiale qui aura fait au moins 1,7 million de morts dans le monde dont plus de 60 000 en France, suivie d’une crise économique et sociale majeure, agrémentée de son lot de conflits armés et d’attentats aveugles, certains n’en seront pas fâchés… Après tout, c’est une question de point de vue. On a certes connu bien pire, mais il est incontestable que 2020 ne restera pas dans les mémoires comme une année majeure de bonheur collectif et de prospérité partagée !

Heureusement, quand tout va mal, il reste l’humour et la dérision. Les dessinateurs de presse font partie de ces métiers indispensables pour soutenir le moral et redonner le sourire. Rire de ses malheurs et se moquer des situations qui nous effraient : l‘Homme n’a jamais rien trouvé de mieux pour supporter son quotidien parfois bien morose.

Tout le monde n’a pas la largeur d’esprit nécessaire pour apprécier ce regard décalé et cette autodérision qui sont la marque des dessinateurs de presse et des caricaturistes talentueux. Certains de ces derniers l’ont d’ailleurs payé de leur vie, pas plus tard qu’en janvier 2015, à l’occasion de l’attaque contre Charlie Hebdo dont on a fait le procès des complices durant l’année 2020… Alors, profitons-en, tant que le climat le permet, pour une petite revue sélective et subjective de quelques uns des petits et grands événements qui ont fait l’année 2020 et qui ont inspiré ces dessins de presse savoureux.

Espérons que l’année 2021 qui vient de débuter apportera à chacun davantage de joie, de sérénité et de réussite que celle qui se termine. Restez connectés sur ce blog pour partager ensemble quelques réflexions plus ou moins légères au fil des évènements, et bonne année 2021 à tous !

Janvier 2020 :

Grosse colère des avocats qui manifestent vendredi 10 janvier pour protester contre l’harmonisation des régimes de retraites alors que la caisse de retraite de leur profession est excédentaire. Comme à Caen devant la Ministre de la Justice, Nicole Belloubet, venue évoquer la fusion envisagée des tribunaux d’instance et de grande instance, les avocats jettent leur robe à terre, en un geste symbolique de démission. Devant l’ampleur du mouvement de grogne, le gouvernement finit par annoncer la suspension de l’âge pivot mais les manifestations se poursuivent, en particulier le 3 février où infirmières, médecins et kinés rejoignent les troupes des avocats, pilotes de ligne et autres experts-comptables, tous opposés à cette réforme qui mettrait fin à leur régime spécifique de retraite. Une convergence des luttes qui ne va pas de soi..

Un dessin d’actualité signé Chaunu, publié dans l’Union

Février 2020 :

Le 1er février 2020 à 0 h, officiellement la Grande-Bretagne ne fait plus partie de l’Union européenne. Quatre ans après le référendum de juin 2016, à l’issue duquel une courte majorité de Britanniques avait décidé de tourner le dos à l’Europe communautaire, et alors que les négociations se poursuivent toujours en vue d’arriver à un accord de Brexit, la scission a donc eu lieu. Quelques jours auparavant, le 27 janvier, c’est l’ancien Roi des Belges, Albert II, qui, confronté aux résultats d’un test ADN positif, avait dû reconnaître officiellement sa fille illégitime Delphine Boel. Ayant abdiqué en faveur de son fils Philippe, en juillet 2013, après 20 ans de règne, voilà donc que l’étalage aux grand jour des frasques royales vient encore écorner sa crédibilité : pas suffisamment cependant pour demander l’exil politique au Royaume-Uni…

Un dessin d’actualité signé Oli

Mars 2020 :

Le 15 mars 2020, le premier tour des élections municipales est maintenu malgré la pandémie de Covid19 qui submerge la France. C’est Emmanuel Macron qui prend cette décision le 12 mars, après consultation et avis quasi unanime de tous les responsables des partis politiques. Le 14 mars au soir cependant, à la veille du 1er tour de scrutin, alors que la France compte déjà 4 500 malades atteints de Covid-19, Édouard Philippe annonce la fermeture de tous les lieux publics jugés non essentiel, écoles comprises. C’est le confinement qui commence mais qui ne sera décidé officiellement que le lundi 16 mars au soir, alors que des millions de Français sont appelés à faire leur devoir civique en se rendant dans les isoloirs. La cohérence des décisions pose question et le taux d’abstention record ne pourra que traduire cette incompréhension des citoyens français face à ces injonctions contradictoires…

Un dessin d’actualité signé Chéreau (source © Urtikan)

Avril 2020 :

Dur, dur de rester chez soi en plein confinement alors que les beaux jours reviennent… Le printemps arrive et les Français restent confinés à la maison avec les enfants qui n’en peuvent plus et le télétravail à gérer alors que chacun rêve d’un déjeuner sur l’herbe, d’aller gambader dehors sans avoir sans cesse à montrer son autorisation de sortie…

Un dessin d’actualité signé Cambon (source © Urtikan)

Mai 2020 :

Le 11 mai 2020, la France entre dans une phase de déconfinement progressif. Il n’est plus besoin de se munir d’une attestation pour s’autoriser soi-même à se déplacer et des millions de Français bloqués en chômage partiel ou en télétravail peuvent enfin reprendre le chemin du bureau. C’est le Premier Ministre, Édouard Philippe qui l’a annoncé le 7 mai, en précisant que le quart nord-est de la France, encore en tension, subira quelques mesures restrictives supplémentaires. Une stratégie de déconfinement toute en finesse élaborée par un « Monsieur Déconfinement », un certain Jean Castex que les Français apprendront bientôt à connaître, sinon à apprécier. Les entreprises se préparent à accueillir de nouveau leurs salariés sur site dans le respect des gestes-barrières avec sens unique de circulation dans les couloirs, marquage au sol, gel hydroalcoolique à tous les étages et masque obligatoire : de quoi perturber certains employés…

Un dessin d’actualité signé Wingz

Juin 2020 :

Le vendredi 12 juin au soir, la ville de Dijon est le siège de violents heurts qui opposent des membres de la communauté tchétchène à des habitants du quartier, d’origine maghrébine. Le point de départ de cette rixe qui durera pendant 3 nuits consécutives et se traduit par un déchaînement de violence sans précédent semble être le passage à tabac d’un adolescent tchétchène par des jeunes du quartier des Grésilles dans le cadre d’un différent lié au trafic de drogue. Voitures retournées et calcinées, plusieurs blessés à l’arme blanche, un gérant de pizzeria grièvement blessé par balles et des rues saccagées par des centaines de Tchétchènes déchaînés venus pour certains de Belgique ou d’Allemagne : le tableau est apocalyptique et d’autant plus saisissant que la police se voit dans l’impossibilité de s’interposer en attendant l’arrivée d’un escadron de gendarmes mobiles dépêchés sur place le lundi 15 juin au soir. Une scène de guérilla urbaine en Bourgogne qui interroge…

Un dessin d’actualité signé Zaïtchick (source © Blagues et dessins)

Juillet 2020 :

C’est les vacances mais avec la pandémie mondiale, difficile d’aller se balader à l’autre bout du monde. Chacun jongle comme il peut avec ses réservations d’avion prises à l’avance mais qu’il faut annuler à la dernière minute faute d’autorisation, en espérant arriver à se faire rembourser. Ce n’est pas le moment d’aller à Katmandou et la plupart des frontières restent fermées pour éviter d’aggraver la propagation du virus. Alors chacun se rabat sur des vacances de proximité tandis que le gouvernement invite les Français à s’inscrire sur l’application Stop Covid pour du tracking sanitaire afin de prévenir ceux qui auraient la malchance de s’approcher d’un peu trop près d’un cluster en formation. L’esprit d’aventure n’est plus ce qu’il était…

Un dessin d’actualité signé Mutio (source © Urtikan)

Août 2020 :

En Espagne, en ce mois d’août, la crise liée au Covid-19 est jugée critique. Durant la première semaine d’août, les autorités sanitaires espagnoles enregistrent près de 5 000 nouveaux cas chaque jour et comptent 108 cas pour 100 000 habitants contre 28 seulement en France à la même période. Le 20 août, on comptait ainsi 131 morts du coronavirus en une semaine. Le confinement strict avait pris fin le 21 juin mais depuis les foyers de contamination se multiplient de nouveau, obligeant à des reconfinements partiels en Catalogne, dans l’Aragon ou en Pays basque. Le port du masque se généralise, la fermeture des boîtes de nuit est décidée et il est désormais interdit de fumer dans la rue si une distance de sécurité de 2 m ne peut être respectée. Même les règles de la corrida pourraient évoluer…

Un dessin d’actualité signé Delucq (source © Est Républicain)

Septembre 2020 :

C’est la rentrée. A l’école comme au collège, le port du masque est devenu obligatoire, pour les élèves comme pour les enseignants. Pas facile pour les profs qui doivent donner de la voix pour se faire entendre au travers du masque tout en essayant d’imaginer l’expression d’un auditoire caché en permanence derrière son masque : une tenue de camouflage parfaite pour lancer des blagues potaches…

Un dessin d’actualité signé Nono (source © Le Télégramme)

Octobre 2020 :

Pour la rentrée après les vacances scolaires de la Toussaint, prévue lundi 2 novembre, les consignes transmises aux enseignants par le Ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, manquent quelque peu de clarté. Entre respect des contraintes sanitaires et hommage rendu au professeur de collège Samuel Patty, sauvagement assassiné le vendredi 16 octobre, à la veille des vacances, c’est le cafouillage. Le Ministre avait initialement prévu de décaler la rentrée scolaire à 10 h en ce lundi matin, pour permettre aux équipes enseignantes de se concerter afin d’organiser une cérémonie d’hommage collectif dans la cour de l’école avec Marseillaise chantée en chœur. Mais à la toute dernière minute, le vendredi soir, il se ravise, conscient que tout cela n’est guère compatible avec les règles de distanciation sociale exigées par la situation sanitaire. Du coup, plus personne ne sait très bien ce qu’il doit faire, les enseignants eux-mêmes n’ayant reçu aucune consigne claire de la part du rectorat et chacun doit donc improviser le lundi matin, tenu simplement à une minute de silence en classe et la lecture d’un texte totalement incompréhensible pour les élèves. Mais qu’importe, c’est l’intention qui compte…

Un dessin signé Sanaga, publié le 30 octobre 2020 (source © Blagues et dessins)

Novembre 2020 :

Le 3 novembre 2020 a lieu l’élection présidentielle aux États-Unis. Rarement la participation a été aussi importante et le pays aussi polarisé entre un Donald Trump sortant, sûr de sa réélection et particulièrement offensif, et un Joe Biden plus discret. Du fait de la crise sanitaire, de très nombreux Américains votent par correspondance, au grand dam des Républicains qui contestent et exigent même l’arrêt du comptage. Le 7 novembre, 4 jours après la fin du scrutin, alors que les principaux médias américains annoncent la victoire du Démocrate Joe Biden, on en est encore à recompter les bulletins dans certains États indécis où l’on a l’impression d’assister à une course de lenteur pour faire durer le suspens tandis que Donald Trump refuse toujours de reconnaître sa défaite, qualifie les résultats de frauduleux, jette auprès de ses électeurs le doute sur l’intégrité de l’élection et lance des recours juridiques…

Un dessin signé Martin Vidberg publié par Le Monde

Décembre 2020 :

Après le vaccin russe Spoutnik V, le géant pharmaceutique Pfizer annonce le 9 novembre 2020 que son vaccin, développé en partenariat avec BioNTech, est efficace à 90 %, suivi le 17 novembre par l’annonce d’un autre vaccin, mis au point par Moderna. Le vaccin de Pfizer est homologué le 2 décembre par le Royaume Uni et le 11 décembre par les États-Unis. Chaque pays peaufine sa stratégie vaccinale en attendant l’homologation par l’Europe qui a déjà précommandé des millions de doses. En France, Jean Castex présente le 16 décembre la stratégie élaborée par la Haute autorité de santé, laquelle touchera en priorité les résidents et le personnel des EHPAD puis les personnes les plus âgées donc les plus vulnérables. La forte suspicion qui règne quant à l’efficacité et à l’innocuité de ces vaccins développés en un temps record fait craindre que les Français ne se montrent réticents à une campagne de vaccination massive, d’où l’idée de stratégies alternatives plus efficaces pour toucher certaines populations…

Un dessin signé Rust publié dans sortiraparis.com (source © Filpac CGT)

Eaux usées : ça gaze à Sormiou…

30 décembre 2020 by

A Marseille la gestion de l’eau a toujours été un sujet sensible dans lequel il ne vaut mieux ne pas se montrer trop curieux. Le renouvellement de la délégation de service public en 2013 pour la distribution de l’eau potable et la gestion des eaux usées a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs mises en examen, dont celle de Martine Vassal, excusez du peu. Mais bizarrement, l’affaire n’a jamais été jugée jusqu’à présent. Toujours est-il que depuis cette date, c’est le SERAMM, Service d’assainissement Marseille Métropole, une filiale du groupe Suez créée spécifiquement pour gérer ce marché, qui a en charge la gestion des eaux usées et des eaux pluviales sur la commune de Marseille mais aussi sur celles de Carnoux-en-Provence, d’Allauch, du Rove, de Septèmes-les-Vallons et sur la zone industrielle de Gémenos.

La géode de 13 m de diamètre qui marque l’entrée de la station d’épuration enterrée Geolide (photo © Suez / Science et avenir)

C’est donc le SERAMM qui exploite la station de traitement des eaux usées construite en 1987 sous le stade Delort, à proximité du stade Vélodrome. Équipée en 2008 d’un étage de traitement biologique pour respecter (avec un léger retard) la réglementation européenne de 1991, cette centrale enterrée, dénommée désormais Geolide, présente une capacité de traitement de 1,86 millions d’équivalents habitants. Chaque année, de l’ordre de 80 millions de m³ d’eaux usées transitent ainsi par cette usine pour être débarrassées de leurs polluants, les eaux traitées étant rejetées directement en mer par l’émissaire de Cortiou située en plein cœur du Parc national des Calanques.

Plan schématique du principal réseau d’émissaires d’eaux usées et emplacement des usines de traitement de Marseille (source ©
Chroniques souterraines / Paul Courbon)

Les boues qui se déposent dans les décanteurs du circuit de traitement physico-chimique et à l’issue du traitement biologique sont quant à elles pompées pour être acheminées vers l’usine de traitement des boues, également gérée par le SERAMM et qui se situe dans une ancienne carrière de La Cayolle, près de Sormiou. Les boues fluides y sont traitées mécaniquement dans des épaississeurs où elles décantent par gravité tandis que l’eau excédentaire est renvoyée à la station de traitement en amont. Une fois épaissies, les boues sont acheminées dans un digesteur qui permet de produire du biogaz à partir de déchets organiques, selon un processus qui équipe désormais la plupart des stations d’épuration.

Vue générale de l’usine de traitement des boues de La Cayolle (source ©
CIQ Hauts de Mazargues)

Dans un digesteur, réservoir étanche maintenu à une température optimale de 35 à 55 °C et en l’absence d’oxygène, la matière organique présente dans les boues subit naturellement plusieurs transformations successives sous l’effet de souches bactériennes spécifiques. Le substrat est d’abord transformé en acides aminées, sucres et acides gras par hydrolyse. Puis ces produits sont eux-mêmes décomposés en acides organiques qui se transforment ensuite en acétate, tout en produisant du CO2 et du dihydrogène H2. Enfin, l’acétate évolue à son tour en méthane tandis que CO2 et H2 se combinent également pour former aussi du méthane CH4. On obtient finalement un biogaz constitué en partie (de l’ordre de 60 %) de méthane et en partie de gaz carbonique CO2 ainsi que de différents sous-produits dont du H2 S.

A l’issue de ce processus de méthanisation, il subsiste du digestat qui peut être valorisé en épandage agricole tandis que le biogaz produit peut être utilisé sous différentes formes. A l’usine de Sormiou et jusqu’à très récemment, il était simplement brûlé sur place pour participer au processus industriel. En 2017 enfin, il a été décidé d’investir dans un dispositif de valorisation plus poussé du biogaz afin de l’injecter directement dans le réseau de distribution du gaz naturel, selon un système désormais bien rôdé, plutôt que de brûler l’excédent via des torchères comme on le faisait jusque-là.

La nouvelle installation de production de biométhane de Sormiou disposée dans des containers (photo ©
Suez / L’Usine nouvelle)

Un investissement important de près de 9,2 millions d’euros dans lequel Suez n’apporte finalement qu’un peu moins de 2,4 millions, moins que l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse qui verse plus de 2,5 millions, presque autant que la Métropole Aix-Marseille-Provence à qui appartient l’installation. Le reste a été subventionné largement par la Région PACA (à hauteur de 800 000 €) et par l’ADEME (pour 640 000 €). Une belle opération donc pour le SERAMM qui se vante de mettre ainsi en œuvre « le projet de production de biométhane le plus important en France ».

La construction s’est étalée sur un peu plus de 18 mois, pour créer une unité de transformation permettant de produire environ 3,8 millions de Nm3 de biogaz par an (normo mètre cube, correspondant à 1 m³ de gaz dans des conditions normales de pression et de température) tout en développant de nouveaux échangeurs thermiques pour augmenter l’efficacité énergétique du processus de digestion des boues. A terme, le méthane qui sera ainsi injecté directement dans le réseau devrait couvrir la consommation énergétique de 8 000 foyers ou, au choix, l’approvisionnement annuel de 150 bus de la RTM.

Inauguration de l’usine de production de biogaz à Sormiou le 2 avril 2019 (photo © Richard Michel / GoMet)

Une belle opération pour Suez qui se rémunérera sur la vente du biogaz ainsi injecté dans le réseau tout en prenant à sa charge les coûts de fonctionnement (évalués quand même à 900 000 € par an) et en reversant pendant 10 ans une redevance annuelle de 265 000 €. Mais surtout une belle action de communication pour la région PACA qui se gargarise d’avoir investi pour une « initiative exemplaire » dans ce projet « qui rentre pleinement dans les objectifs de notre plan climat régional. Cette nouvelle usine va permettre de mieux exploiter les ressources énergétiques locales pour accélérer la transition écologique et améliorer nos performances environnementales », comme l’a exprimé la mine réjouie, un Renaud Muselier qu’on voit hilare aux côtés de Jean-Claude Gaudin lors de l’inauguration des installations qui a eu lieu le 2 avril 2019.

Reste à savoir si l’opération est véritablement rentable, ce dont on peut douter au vu du rapport sur « le verdissement du gaz » remis en juillet 2019 au comité de prospective de la Commission de régulation de l’énergie. Il y est notamment rappelé que la loi de transition énergétique de 2015 prévoyait que 10 % du gaz utilisé en 2030 devrait être issu de la méthanisation de biodéchets alors qu’on est très loin de cet objectif avec seulement 700 unités de méthanisation en France contre 10 000 en Allemagne. Mais le rapport note aussi que le coût de production de ce biogaz est évalué entre 90 et 120 € le MWh alors que celui du gaz naturel importé se situe autour de 25 €. A ce tarif, on comprend mieux pourquoi Suez s’est fait autant subventionner par des fonds publics son installation de Sormiou dont elle est si fière…

L. V.

Covid-19 : Mauricette s’est fait vacciner…

28 décembre 2020 by

On attendait la nouvelle avec impatience depuis le début de cette pandémie virale : quand allait-on enfin disposer d’une solution vaccinale pour éviter le confinement généralisé qui paralyse la moitié de la planète et ravage l’activité mondiale depuis bientôt un an ? Rarement pourtant les équipes de recherche médicale ont œuvré avec autant de rapidité et d’efficacité pour arriver à mettre au point un vaccin contre ce fameux coronavirus SARS-CoV-2 dont on ignorait tout l’an dernier à la même période et pour lequel tous les spécialistes s’accordaient à dire que la recherche d’un vaccin serait particulièrement ardue.

Modélisation du coronavirus SARS-CoV-2 avec ses protéines proéminentes (source © Science et Vie)

Et pourtant, force est de constater que la mise au point de vaccins contre ce virus mondialisé s’est faite au pas de charge. Dès le 17 mars 2020, la société pharmaceutique américaine Pfizer annonçait un partenariat avec la firme allemande BioNTech pour développer un vaccin révolutionnaire à base d’ARN messager. Les tests de phase III, initiés en avril 2020 sur un échantillon de 44 000 personnes font l’objet de publications dès le mois de juillet et le vaccin est autorisé le 2 décembre 2020 au Royaume-Uni, le 11 aux États-Unis et le 21 décembre en Europe qui avait déjà précommandé des millions de doses, sans compter les nombreux autres vaccins en phase de test ou déjà autorisés pour certains d’entre eux.

C’est dimanche 27 décembre donc que les premiers Français ont commencé à être vaccinés selon un protocole établi à l’avance et qui cible en priorité et en toute logique les personnes âgées vivant en EHPAD ainsi que le personnel soignant qui y travaille. Les deux premiers établissements retenus sont l’unité de soins de longue durée de l’hôpital René Muret à Sevran en Seine-Saint-Denis et l’EHPAD de Champmaillot à Dijon. Dans les deux cas, les médias étaient présents pour donner un retentissement maximum à ces premières vaccinations.

C’est donc une dame de 78 ans, prénommée Mauricette, ancienne aide ménagère de son état, qui a ainsi reçu la première dose de vaccin délivrée sur le territoire national, dans l’établissement de Sevran où elle réside, devant les caméras et en présence du patron de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, l’ancien ministre Martin Hirsch, qui n’a pas pu s’empêcher de commenter l’évènement en lâchant sur Twitter : «  Une petite piqûre pour l’infirmière, un grand pas pour l’immunité, nous espérons ». Une déclaration historique à la hauteur de l’évènement, suivi, juste après, par la vaccination d’un cardiologue de Sevran, âgé de 65 ans qui, au moment de recevoir l’injection salvatrice a déclaré avoir « une pensée pour tous ceux qui ont laissé leur peau dans ce truc-là ».

Mauricette vaccinée contre le Covid-19 devant les caméras le 21 décembre 2020 (photo © Thomas Samson / AFP / Le Parisien)

Trente minutes après la première vaccination, et alors que la campagne se poursuivait pour une vingtaine de résidents et soignants de l’hôpital de Sevran, le chef du service de gériatrie de l’établissement faisait savoir urbi et orbi, que Mauricette se portait comme un charme. De quoi peut-être rassurer les innombrables complotistes et sceptiques, persuadés que le vaccin injecté n’est que du liquide physiologique vendu à prix d’or par des laboratoires pharmaceutiques assoiffés de bénéfices pour leurs actionnaires, avec la complicité active des responsables politiques.

Au point que le Chef de l’État français, Emmanuel Macron s’est cru obligé de le marteler : « Je l’ai dit, je le répète : le vaccin ne sera pas obligatoire. Ayons confiance en nos chercheurs et médecins. Nous sommes le pays des Lumières et de Pasteur, la raison et la science doivent nous guider ». Un message qui n’est sans doute pas inutile en effet tant est forte la défiance des Français envers leurs élites, qu’elles soient scientifiques ou encore plus politiques. Un sondage réalisé par Ipsos en octobre 2020 indiquait que seuls 54 % d’entre eux se disaient prêts à se faire vacciner contre le SARS-CoV-2, alors que cette proportion s’élevait à 73 % dans l’ensemble du panel testé, issu de 15 pays différents et dépassait largement les 80 % dans des pays aussi différents que le Royaume-Uni, l’Australie, le Brésil ou la Chine !

Le vaccin sans danger, en principe… Dessin d’actualité de Karim (source © Blagues et dessins)

Chacun a encore en mémoire le fiasco de la vaccination contre la grippe A (H1N1). Comme pour le Covid-19, la coopération internationale avait permis de mettre très rapidement au point plusieurs vaccins, une bonne douzaine au total. Trois d’entre eux, produits respectivement par Sanofi-Pasteur, GlaxoSmithKline et Novartis, ont reçu une autorisation de mise en vente par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.

La ministre de la santé de l’époque, une certaine Roselyne Bachelot, se démène alors pour faire savoir que la France a commandé pas moins de 94 millions de doses, pour un montant colossal de 712 millions d’euros, avec une commande optionnelle de 34 millions de doses supplémentaires pour 2010. Les centres de vaccination sont ouverts à compter du 12 novembre 2009 un peu partout, accessibles à tous mais avec une priorité pour les professionnels de la santé, des secours et de la sécurité. Un dispositif dimensionné pour permettre de vacciner 6 millions de personnes par mois !

Roselyne Bachelot vaccinée contre la grippe A devant les caméras en 2009 (photo © SIPA / Challenges)

Sauf que la campagne de vaccination de 2009 a été un flop total. A peine plus de 5 millions de Français se sont fait vacciner jusqu’en juin 2010, date à laquelle les centres de vaccination totalement désertés ont fini par fermer leurs portes. En janvier 2010, Roselyne Bachelot confirme d’ailleurs qu’elle est obligée de renoncer à se faire livrer 50 millions de doses commandées mais pas encore fournies tandis qu’il en reste encore autour de 40 millions en stock dont on ne sait pas que faire… Quelques uns seront revendues au Qatar et en Égypte, mais globalement l’affaire se solde par un fiasco financier retentissant. Un rapport d’enquête du Sénat fustige d’ailleurs le rôle des lobbies et les relations déséquilibrées qui ont conduit les responsables politiques à accepter de la part des laboratoires pharmaceutiques des contrats commerciaux trop contraignants.

Que faire des vaccins inutilisés ? Un dessin de Chaunu dans Ouest-France

Une chose est sûre : même si Roselyne Bachelot a réussi à rebondir après cet échec cuisant, l’affaire a laissé des traces et on sent que les autorités sanitaires marchent sur des œufs pour tenter d’aborder cette nouvelle campagne vaccinale dans un climat plus favorable. Pas question donc de rendre cette vaccination obligatoire pour ne pas exacerber les méfiances. Transparence absolue sur les conditions commerciales négociées à l’échelle européenne. Et un rôle majeur accordé aux médecins généralistes qui en 2009 avaient mené la charge contre la campagne de vaccination dont ils s’étaient sentis exclus. Cette fois, ils sont mis en avant pour essayer de convaincre leurs patients que le vaccin n’est pas seulement une pompe à fric pour les lobbies pharmaceutiques ou, pire, une arme d’infection massive comme en sont persuadés de nombreux complotistes : bon courage quand même…

L. V.

2020 : Noël masqué…

25 décembre 2020 by

Pas de Noël au balcon cette année, quelle que soit la météo du jour et malgré la tendance inéluctable au réchauffement climatique. Après une année 2020 marqué par une pandémie mondiale et une crise économique et sociale qui laissera des traces, l’ambiance est plutôt fraîche pour ces fêtes de fin d’année…

Pas plus de six à table, embrassades et accolades strictement interdites, un couvre-feu à 21 h, sauf pour le réveillon de Noël et le port du masque recommandé même en famille, sauf le temps de partager la dinde aux marrons, et encore en prenant bien soin de dresser une table à part pour Papi et Mamie, histoire de ne pas contaminer les plus vulnérables. La magie de Noël en prend un coup !

Mais malgré la morosité ambiante, les dessinateurs de presse gardent le sourire. Leur talent et leur humour sont des armes contre la dépression qui nous guette ! Confiné ou pas, masqué ou pas, solitaire ou en famille, joyeux Noël à tous !

Sauver Noël à tout prix… Un dessin signé Plantu (source © Le Monde)
Encore que, certains s’en passeraient volontiers… Un dessin signé Soulcié (source © Télérama)
La recette d’un Noël convivial réussi où chacun apporte sa part : un dessin signé André-Philippe Côté (source © Twitter)
Fini les autorisations de déplacement ? Un dessin signé Chapatte
Des contraintes assouplies ? Un dessin signé Alex
Des conditions qui dépendront du comportement de chacun : Noël au mérite ? Un dessin signé Yelch (source © Blagues et dessins)
Un dessin signé Rémy Cattelain : l’humour noir de Noël… (source © Bretzel liquide)
Une nouvelle décoration pour le sapin de Noël : un dessin signé Na !

William Saurin : les commissaires aux comptes pédalent dans la choucroute

23 décembre 2020 by

La marque William Saurin était jusque-là surtout connue pour ses choucroutes en boîtes et ses cassoulets peu gastronomiques mais rapides à réchauffer. C’est un épicier de Saint-Mandé qui avait créé la marque en 1898 en se basant sur l’essor alors tout récent de la boite de conserve alimentaire, un procédé que l’inventeur français, Nicolas Appert avait mis au point peu après la Révolution française et rendu public en 1810. La fabrique de plats cuisinés et de confitures William Saurin reste une entreprise familiale jusqu’en 1979, date à laquelle Vincent Saurin la revend à Lesieur avant qu’elle ne tombe entre les mains des géants de l’agroalimentaire Saint-Louis puis Danone, lequel la cède en 1997 au fonds d’investissement Paribas Affaires industrielles, puis, en 2001, au groupe Financière Turenne Lafayette.

Publicité des années 1960 pour les conserves William Saurin (source © Pinterest)

Un parcours industriel et financier un peu chaotique et qui, depuis cette date, est associé à une figure un peu mythique du business de l’agroalimentaire, une certaine Monique Piffaut, allias « Mamie Cassoulet ». Issue d’une riche famille autrichienne qui fournissait en chocolats haut-de-gamme les magasins Prisunic et Monoprix, Monique Piffaut a commencé à édifier son propre empire sur le tard en rachetant en 1991 la chocolaterie de Périgueux « Les délices du Palais ». Multipliant dès lors les acquisitions et restructurations d’entreprises de l’agroalimentaire, à la manière d’un Bernard Tapie, elle crée en 2001 la Financière Turenne Lafayette et rachète donc à cette date William Saurin. Lors de son décès en 2016, à l’âge de 78 ans, une tranche de jambon sur trois produite en France, sort des usines de celle qui est devenue la reine de la charcuterie. Son empire, qui détient aussi les raviolis Panzani, le couscous Garbit ou encore les quenelles Petitjean sans compter la production pour les marques distributeur, réalise 900 millions d’euros de chiffre d’affaire annuel, emploie 4 000 personnes et dégage un bénéfice net de 17 millions d’euros.

Mamie Cassoulet » et son caniche Gaëtan (photo © W. Beaucardet / Libération)

Une reine qui se fait cependant très discrète et refuse obstinément de rencontrer les médias. Ses proches la décrivent comme une femme à poigne, incapable de déléguer et qui régnait en maître absolu sur son empire. Toujours accompagnée de son caniche nain, jusque dans les réunions de négociation avec les syndicats ou les banquiers, « Mamie Cassoulet » s’était en tout cas hissée à la place de 166e fortune de France selon les estimations du magazine Challenge en 2016.

Montagne de saucisses avant la mise en boîte dans l’usine William Saurin de Saint-Thibault-des-Vignes (photo © Lionel Bonaventure / AFP / Le Parisien)

On savait que son empire avait connu quelques diversifications hasardeuses, mais c’est quand même la stupéfaction générale lorsque le monde feutré des affaires apprend, le 14 décembre 2016, deux semaines seulement après sa disparition, que les comptes de la société avaient été profondément maquillés à coup de fausses factures et de faux en écriture. Le but de l’opération était uniquement de gonfler artificiellement les comptes de l’entreprise pour dissimuler les difficultés financières et garder la confiance des banques. Pas d’enrichissement personnel donc pour la vielle dame indigne qui n’avait pas d’héritier et qui a transféré sa société dans les mains d’une fondation avant que la marque ne revienne en 2018 dans le giron du groupe Cofigeo après que la société ait été déclarée en faillite en 2017.

William Saurin, une gamme complète de produits cuisinés en boîte, désormais dans le giron du groupe Cofigeo (source © LSA)

Sauf que l’ampleur de la fraude financière est colossale : le chiffre d’affaire annuel avait ainsi été gonflé frauduleusement de plus de 300 millions d’euros, soit un tiers de sa valeur réelle ! Et chacun de s’interroger depuis cette date sur le rôle qu’ont bien pu jouer dans cette affaire les deux cabinets de commissaires aux comptes, en l’occurrence Mazars et PwC Audit, qui étaient justement chargés, et ceci depuis des années, de vérifier la sincérité des comptes de l’entreprise.

Une question bien embarrassante en effet et qui interroge sur l’utilité de cette profession qui a justement pour objectif d’assurer aux actionnaires d’une société que les comptes sont fiables, et ceci après avoir soigneusement contrôler les factures, les stocks et les soldes bancaires pour attester que les bilans publiés correspondent bien à la réalité financière. Seules les entreprises dont le bilan dépasse les 4 millions d’euros, ou les chiffre d’affaire annuel les 8 M€ ou qui emploient plus de 50 salariés, sont tenues de faire appel à un commissaire aux comptes, lequel est rémunéré par l’entreprise elle-même.

Commissaire aux comptes, un métier de proximité, à haut risque de collusion… (source © Les Échos)

La profession est très réglementée et soumise à l’autorité du Haut-Conseil du commissariat aux comptes (H3C), mais la tentation est forte, pour un cabinet de se montrer complaisant envers la société qui l’emploie et le paye. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la France se montre particulièrement vigilante en imposant, depuis 1966 le recours à deux commissaires aux comptes distincts pour toute entreprise possédant des filiales et qui doit donc publier un bilan consolidé. Elle interdit aussi, contrairement à d’autres pays, à un commissaire aux comptes de vendre des prestations de conseil stratégique ou juridique à une société dont il certifie les comptes, histoire de ne pas être juge et partie.

Sauf que manifestement ces garde-fous n’ont pas suffi pour empêcher une fraude aussi massive pour laquelle deux cabinets de commissaires aux comptes se sont donc fait prendre la main dans le sac, alors même que PwC fait partie des quatre plus gros experts en la matière, aux côtés de EY, KPMG et Deloitte. D’autant qu’il est apparu que l’un des commissaires aux comptes du cabinet Mazars n’avait pas hésité à réaliser de prestations de conseil patrimoniaux pour Monique Piffaut, ce qui était strictement incompatible avec sa mission et explique sans doute la proximité voire la complicité dont il a fait preuve envers sa cliente.

Une situation particulièrement embarrassante pour la profession et qui vient de faire l’objet d’une procédure disciplinaire à l’initiative du H3C. Lors de ce procès qui s’est tenu en octobre 2020, le rapporteur général a requis contre les deux cabinets négligents des sanctions particulièrement lourdes de un million d’euros pour chacun, assorties d’une interdiction temporaire d’exercer (avec sursis). Les deux commissaires aux comptes incriminés se voient eux aussi réclamer une amende de 250 000 € chacun, assortie d’une radiation disciplinaire. De lourdes peines mais qui paraissent largement justifiées au vu d’une affaire qui met aussi clairement en évidence l’inutilité même d’une telle profession si elle n’est pas en mesure d’agir avec toute la probité et l’objectivité nécessaires…

L. V.

Dans le Pacifique, les affaires se portent bien…

21 décembre 2020 by

L’annonce est passée quasiment inaperçue. Le dimanche 15 novembre 2020, alors que venait enfin de prendre fin le suspens insoutenable qui tenait le monde entier en haleine en attendant la confirmation de la victoire électorale de Joe Biden, tous les médias français étaient focalisés sur les morts de la seconde vague de Covid-19, chacun guettant une amorce de décroissance des chiffres macabres égrenés jour après jour tandis que l’économie du pays était en berne.

Un accord signé à l’issue du sommet virtuel de l’ASEAN, le 15 novembre 2020 (source © french-china.org)

Pendant ce temps-là, quinze pays de la zone Asie-Pacifique, réunis depuis 4 jours en visioconférence pour un sommet virtuel de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), annonçaient tranquillement la signature du plus important accord commercial jamais conclu dans le monde en termes de produit intérieur brut, concernant pas moins de 2 milliards d’habitants : une broutille à l’échelle planétaire !

Ce « Partenariat régional économique global » ainsi que les Asiatiques l’ont dénommés (RCEP dans sa version anglaise qui est devenue celle de la communication mondiale), vise ni plus ni moins qu’à instaurer une gigantesque zone de libre-échange entre les 10 pays membres de l’ASEAN (parmi lesquels la Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, Singapour, la Thaïlande ou encore le Vietnam qui était justement l’hôte de ce sommet) et 5 puissances économiques régionales majeures disposant déjà d’un accord de libre-échange bilatéral avec l’ASEAN : la Chine bien sûr, mais aussi le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Un ensemble de pays qui représentent à eux quinze pas moins de 30 % du PIB mondial, soit bien davantage que les États-Unis (24 %) ou que l’Europe (22 %).

L’isolationnisme de Trump a finalement favorisé l’expansionnisme chinois dans le Pacifique : un dessin de Françoise Ménager publié en 2016 dans Les Échos

Cet accord n’est bien entendu pas tombé du ciel puisque les négociations ont débuté en novembre 2012. Mais sa forme actuelle résulte de l’abandon de l’Accord de partenariat transpacifique signé en 2016 en vue d’une meilleure intégration des économies américaines et de la zone Asie-Pacifique. Donald Trump ayant décidé en janvier 2017, immédiatement après son accession à la présidence américaine, de retirer son pays du dispositif, un nouvel accord avait été signé en mars 2018. Entré en vigueur fin 2018 sous le nom de Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership, il concerne un abaissement global des droits de douanes mais seuls 8 pays l’ont ratifié à ce jour.

En Chine, l’activité d’import-export de nouveau florissante, ici le port de Qingdao le 13 septembre 2020 (photo © STR / AFP / Le Monde)

Le RCEP a donc bien été conçu comme une alternative à cette initiative et intéresse exclusivement les pays de la zone Asie-Pacifique, à l’exception notable de l’Inde qui a choisi de se retirer des négociations en 2019, craignant de subir un afflux des importations en provenance de son rival historique qu’est la Chine. C’est donc cette dernière qui est le leader incontestable et le grand vainqueur de cet accord hors-norme qui constitue le premier traité de libre-échange jamais signé entre l’Empire du Milieu et ses voisins japonais et sud-coréens.

Dans son état actuel, l’accord vise principalement à réduire les droits de douane et les formalités administratives pour faciliter les échanges commerciaux entre les pays signataires. Plus de 90 % des biens sont concernés par l’accord qui n‘intègre cependant pas les services ni les produits agricoles. Son impact est difficile à prévoir mais il y a fort à parier que la Chine en sera le principal bénéficiaire avec un niveau de salaire de ses ouvriers qui reste trois fois plus faible que ceux de leurs homologues sud-coréens ou japonais et quatre fois plus faibles que ceux des Australiens.

La Chine a rapidement retrouvé dès le troisième trimestre 2020 son niveau de croissance d’avant la crise sanitaire (source © Bureau national de statistiques / Les Échos)

Déjà que la Chine devrait être pour l’année 2020 le seul des pays du G20 à afficher une croissance économique positive, estimée pour l’heure à + 1,8 % alors qu’elle est en moyenne de – 4,1 % pour l’ensemble des autres pays du groupe, nul doute que cet accord historique va encore doper ses ventes à l’export dans un marché asiatique particulièrement dynamique. Les projections annoncent d’ores et déjà une croissance chinoise de 8 % pour 2021 tandis que les pays européens s’enfoncent dans la récession : le retour des jours heureux n’est peut-être pas pour tout de suite…

L. V.

Un PAPI pour l’Huveaune et les Aygalades

19 décembre 2020 by

Le projet était en gestation depuis des années mais il est en train de se concrétiser. Le 9 décembre 2020, la Commission Mixte Inondation, réunie en visioconférence, crise sanitaire oblige, a labellisé sans réserve le Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) sur le bassin versant de l’Huveaune et, pendant qu’on y est, sur celui adjacent des Aygalades.

Carte du périmètre retenu pour les PAPI de l’Huveaune et des Aygalades (source : Résumé non technique du dossier PAPI)

Pour le Syndicat mixte du bassin versant de l’Huveaune, qui porte ce dossier depuis 2016 et qui vient d’être lui-même labellisé comme établissement public d’aménagement et de gestion des eaux (EPAGE), cette reconnaissance est l’aboutissement d’un long processus. Créé en 1963, après la crue dévastatrice du 6 octobre 1960, sous forme de syndicat intercommunal, il ne regroupe alors que les trois communes situées à l’aval du fleuve côtier, à savoir Marseille, Aubagne et la Penne-sur-Huveaune. Son objectif est alors des plus limités puisqu’il se contente d’assurer l’élagage et le débroussaillage sporadique des berges du cours d’eau afin d’éviter la formation de trop gros embâcles en cas de crue. Ce qui n’empêchera pas l’Huveaune de faire de gros dégâts lors de l’inondation des 16 et 17 janvier 1978 : après six jours consécutifs de pluie, le fleuve sort de son lit, envahit les quartiers les plus proches, submerge l’autoroute toute neuve entre Aubagne et Marseille, menace le pont de chemin de fer de Saint-Marcel et laisse une ardoise considérable.

En 1978, l’Huveaune sort de son lit, ici à Aubagne au pont de la Planque (source : Ville d’Aubagne)

Mais le syndicat de l’Huveaune, dont la gestion financière était alors assurée par la mairie d’Aubagne, continuera jusqu’en 2007 à se contenter de confier à un agent détaché de la DDE le soin de couper les arbres morts menaçant d’obstruer le lit du fleuve. Un fonctionnement a minima et très artisanal qui a nettement évolué depuis. En 2006, trois autres communes du bassin versant (Roquevaire, Auriol et Saint-Zacharie) ont rejoint le syndicat qui a recruté son propre technicien de rivière en 2007. Un premier Contrat de rivière a été initié en 2012 et adopté en octobre 2015, permettant l’engagement d’une approche plus globale de la gestion de l’eau à l’échelle du bassin versant.

La structure compte désormais six salariés et son évolution institutionnelle récente relève d’une bizarrerie administrative inconcevable pour le citoyen lambda. La création par la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (ça ne s’invente pas !), adoptée le 27 janvier 2014, a créé une nouvelle compétence dite GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), obligatoirement affectée, à compter du 1er janvier 2018, à la structure intercommunale. Sur notre territoire, cette date a coïncidé avec la création de la métropole Aix-Marseille-Provence dont le périmètre englobe la quasi totalité du bassin versant de l’Huveaune, y compris la commune de Saint-Zacharie, pourtant située dans le Var, comprenne qui pourra… La logique aurait donc voulu que le syndicat soit purement et simplement dissout comme l’ont été ceux qui géraient d’autres cours d’eau du territoire métropolitain, tels que la Cadière ou la Touloubre, dont la gestion relève désormais de la Métropole.

Berges érodées de l’Huveaune à Auriol avant travaux de restauration morphologique (source : Compagnie des Forestiers)

Sauf que le syndicat a fait valoir que deux autres communes du Var voisin, rattachés à la Communauté de communes Provence Verte, Plan d’Aups et Nans-les-Pins, situées à l’extrémité amont du bassin versant, voyaient une partie de leurs eaux s’écouler, vers l’Huveaune, y compris par des cheminements souterrains encore mal connus. Un bon prétexte pour ne pas laisser la Métropole prendre totalement les rênes de la structure qui s’est donc transformée en syndicat mixte et a adopté, le 22 février 2019, de nouveaux statuts avec désormais deux membres : la Métropole Aix-Marseille-Provence (qui couvre l’essentiel du périmètre de compétence) et la Communauté de communes Provence Verte qui est concernée de manière très marginale. Curieusement, les quelques communes varoises situées également en limite amont du bassin versant hydrogéologique, au-delà de Cuges-les-Pins, et qui sont rattachées à la Communauté d’agglomération Sud Sainte-Baume n’ont pas été intégrées dans la gouvernance du syndicat comme la logique l’aurait exigé…

L’Huveaune en crue en décembre 2008 entre Auriol et Roquevaire (source SIBVH)

Toujours est-il que c’est ce syndicat qui a été retenu pour porter, aux côtés de la Métropole, le nouveau PAPI, alors même qu’il n’a aucune compétence sur le bassin versant des Aygalades. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance car des conventions de prestation en quasi-régie et de délégations de compétences ont été signées entre la Métropole et le syndicat : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? L’important est que puisse être mis en œuvre ce nouveau programme d’actions, qui débutera en 2021 pour une durée de 6 ans, dès que les conventions cadres auront été signées entre les différents partenaires que sont l’État, la Métropole, le Syndicat de l’Huveaune, le Département des Bouches-du-Rhône (toujours présent quand il s’agit de financer), l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, mais aussi l’EPA Euroméditerranée et le BRGM.

Pas moins de 50 actions, réparties selon les différents axes de la prévention du risque inondation, sont prévues, pour un montant prévisionnel global qui frise les 15 millions d’euros. Une belle somme dont la moitié devrait être apportée par le Fonds de prévention des risques majeurs, le fameux Fonds Barnier, qui est alimenté par un prélèvement sur l’ensemble de nos polices d’assurance. Trois opérations de travaux sont d’ores et déjà inscrites dans ce programme, l’une sur le ruisseau de la Bédoule, à Septèmes-les-Vallons et les deux autres pour limiter les débordements de l’Huveaune à Marseille (avenue du docteur Heckel) et entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune.

Emprise des zones inondables et estimation des hauteurs d’eau en cas de crue centennale de l’Huveaune en aval de l’avenue Manouchian à Aubagne (source : dossier PAPI Huveaune / SIBVH)

Sur ce dernier secteur, en aval de la Tourtelle, l’objectif est d’élargir le lit de l’Huveaune sur un linéaire de 4 km pour limiter les risques de débordement, en particulier sur la zone d’activité Alpha, et ceci au moins pour les crues modestes, les plus fréquentes, jusqu’à une période de retour de 10 ans. D’autres études sont prévues dans le cadre de ce programme, en particulier en vue de mieux maîtriser les problèmes de ruissellements urbains, ainsi que de multiples actions visant à mieux connaître le fonctionnement de ces deux bassins versants mais aussi à réduire la vulnérabilité des enjeux exposés et à faire davantage prendre conscience aux riverains de la réalité du risque inondation.

Rappeler à chacun qu’il peut se retrouver un jour exposé à une inondation, en particulier du fait de la violence des orages d’été et des pluies d’automne dont la fréquence et l’intensité pourraient être augmentées avec le changement climatique global, voilà en effet une action qui mérite d’être poursuivie sans relâche tant la mémoire humaine est courte en la matière, surtout sur un territoire aussi urbanisé et avec autant d’enjeux en zone inondable…

L. V.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’hydrogène sans jamais oser le demander…

16 décembre 2020 by

Tout le monde s’intéresse à l’hydrogène souvent présenté comme un des éléments de la transition énergétique vers une société décarbonée, capable de se passer des énergies fossiles et de maîtriser ses émissions de gaz à effet de serre. On n’y est pas encore et les tergiversations récentes de notre Président de la République qui hésite fortement à mettre en œuvre les propositions issues de la Convention citoyenne sur le Climat, qu’il a pourtant lui-même constituée, confirme, s’il en était besoin, que le chemin sera encore long et parsemé d’embûches…

Un dessin d’actualité signé Ysope

Pour ceux en tout cas qui s’interrogent sur le potentiel que représente d’hydrogène pour contribuer à cette révolution énergétique que beaucoup appellent de leurs vœux, on recommandera la lecture d’une note de synthèse rédigée par l’astrophysicien Jacques Boulesteix, par ailleurs conseiller municipal de Carnoux. Une synthèse claire et pédagogique qui permet de mieux appréhender les formidables atouts que représente l’hydrogène, ce gaz très répandu dans notre environnement et qui peut servir aussi bien de combustible sans émission de CO2 dans une chaudière ou un moteur, que de source d’électricité dans une pile à combustible dont le rendement est très supérieur à celui d’un groupe électrogène classique.

Graphique extrait de la note de Jacques Boulesteix sur l’hydrogène

Mais pour autant, l’hydrogène n’est pas la panacée miraculeuse que certains imaginent. Sa production, en dehors de cas très favorables où on arrive à l’extraire de manière native, passe pour l’essentiel par des opérations lourdes de vaporeformage à partir de gaz naturel, un procédé peu coûteux mais catastrophique en termes d’émission de gaz à effet de serre. Quant à l’alternative bien connue qui consiste à réaliser une hydrolyse de l’eau, son bilan énergétique n’est guère reluisant…

Certes, les chercheurs et les industriels du monde entier s’échinent à contourner ces obstacles physico-chimiques pour trouver le Graal qui permettra demain (peut-être) de produire de l’hydrogène bon marché, en grosses quantités, sans impact environnemental et avec un bilan énergétique favorable. De multiples pistes sont pour cela explorées allant de la valorisation de la biomasse à partir de déchets plus ou moins fermentescibles jusqu’à la production par photosynthèse à partir de micro algues.

Structure moléculaire d’une hydrogénase modifiée (source © Labo BIP CNRS)

Il est d’ailleurs à noter que cette dernière voie est notamment explorée par une équipe marseillaise du Laboratoire de bioénergétique et ingénierie des protéines. Celle-ci travaille sur des micro-algues vertes et des cyanobactéries qui produisent de l’hydrogène lors de la photosynthèse, sous l’effet d’enzymes appelées hydrogénases. Mais ce processus est très transitoire car les hydrogénases sont inhibées par l’oxygène qui est également produit pendant la photolyse de l’eau. L’équipe de chercheurs a donc testé (et breveté) des mutations bien spécifiques des hydrogénases afin de permettre à l’hydrogène formé de diffuser vers l’extérieur afin d’orienter ainsi la photosynthèse vers la production d’hydrogène plutôt que d’oxygène.

L’avenir dira si ces recherches permettront d’ouvrir la voie vers un nouveau mode de production plus propre de l’hydrogène. Mais ce n’est pas le seul obstacle qui reste à lever pour une large exploitation de l’hydrogène, loin s’en faut. Celui du stockage et du transport de l’hydrogène n’est pas simple non plus, comme le précise Jacques Boulesteix dans sa note. Mais là aussi des équipes locales sont à pied d’œuvre pour chercher des solutions.

Hysilabs, la start-up qui cherche à révolutionner le transport de l’hydrogène (photo © G. Vanlede / La Provence)

C’est en particulier le cas de la société Hysilabs, une start-up initiée par deux chercheurs qui se sont rendus compte qu’il était possible de combiner l’hydrogène gazeux avec des hydrures pour le transporter sous forme liquide en s’affranchissant des inconvénients du transport et du stockage sous forme de gaz fortement comprimé. La petite start-up basée à Aix-en-Provence a levé pour plus de 2 millions d’euros de fonds en 2018 pour poursuivre ses développements et proposer des solutions industrielles clé en main telles que l’alimentation d’une tour de télécommunication sur le plateau de l’Arbois par un générateur électrique à l’hydrogène.

Démonstrateur Jupiter 1000 à Fos-sur-mer d’injection de gaz dans le réseau (photo © Jérôme Cabanel / GRT gaz / actu-environnement)

Et l’on pourrait citer aussi le projet Jupiter 1000, un démonstrateur industriel piloté par GRT gaz et d’autres partenaires à Fos-sur-Mer, permettant de transformer par électrolyse de l’électricité renouvelable en hydrogène mais aussi en méthane grâce au recyclage de CO2 issu de la capture de fumées industrielles du secteur. Une installation qui permet d’injecter dans le réseau jusqu’à 25 m3/h de méthane et 200 m3/h d’hydrogène.

Qui a dit que l’agglomération marseillaise était à la traîne en matière de recherche et développement de pointe ?

L. V.

A la recherche des monolithes perdus

14 décembre 2020 by

C’est devenu le nouveau sport à la mode en cette période de confinement partiel qui commence à taper sur le système de nombre de nos congénères et pousse certains vers un mysticisme inquiétant : traquer le monolithe le soir au fond des bois… Pour les fêtes de Pâques, la tradition est plutôt à la chasse aux œufs. Mais en cette fin d’année 2020 si particulière et à l’approche de Noël, on en est plutôt à guetter l’apparition d’étranges structures métalliques dressées qui surgissent aux endroits les plus improbables.

Tout à commencé le 18 novembre 2020, alors qu’un groupe de biologistes américains survole en hélicoptère les contrées désertiques qui s’étendent près de la ville de Moab, dans l’Utah, pour dénombrer des hardes de mouflons sauvages qui se cachent dans un décor de rochers rougeâtres digne des meilleurs westerns. Un objet brillant planté dans le sol attire leur attention. Ils repèrent sa position et viennent voir de plus près de quoi il retourne.

Une mystérieuse borne métallique plantée en plein désert de l’Utah… (photo © AFP / La Dépêche)

Surprise ! Il s’agit d’un élément prismatique en métal poli, de 3,50 m de hauteur qui se dresse comme une énigme dans le sol sableux du désert. Une image qui rappelle furieusement à tous les amateurs de science-fiction le mystérieux monolithe qui apparaît soudainement au début du film de Stanley Kubrick, 2001, Odyssée de l’Espace, sorti en 1968. Une référence pour le moins étrange et de nature à attiser les conjectures les plus folles en cette année où même les esprits les moins complotistes ne peuvent s’empêcher de s’interroger sur le climat délétère qui traverse la planète victime de pandémie mondialisée. Faut-il y voir la matérialisation d’un message extraterrestre sous la forme d’un objet provenant du tréfonds de l’Univers et planté ainsi à l’insu de tous dans ce lieu reculé du désert américain pour servir de vecteur de communication à des forces mystérieuses venues d’ailleurs ?

Le fameux monolithe du film de Stanley Kubrick 2001, Odyssée de l’espace (photo © DR / Télérama)

En ce monde où l’information diffuse instantanément via les réseaux sociaux, il a suffi que les biologistes compteurs de mouflons fassent part de leur découverte étrange pour que aussitôt toute la planète se mette en émoi. Alors même qu’ils avaient soigneusement tenu secret le lieu de leur découverte, chacun se précipite sur ses cartes et part en chasse pour aller voir de plus près la mystérieuse borne métallique. De quoi se rendre compte au passage qu’elle était en réalité en place depuis un certain temps déjà puisque certains affirment l’avoir repérée sur des clichés Google Earth de 2016 et d’autres qu’il s’agirait de l’œuvre de l’artiste minimaliste californien John McCracken, qui aurait fait part avant sa mort en 2011 de sa volonté de « laisser des œuvres dans des endroits isolés pour que celles-ci soient découvertes plus tard ».

Toujours est-il que les curieux ont commencé à affluer du monde entier pour venir se rendre compte par eux-même, déboulant par avion ou en 4 x 4 en pleine zone désertique. De quoi faire fuir les derniers mouflons qui auraient pu se réfugier dans ce qui était jusque-là un havre de paix. Et brusquement, le mystérieux monolithe a disparu… Jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il avait été purement et simplement démonté, une nuit de pleine lune, le 27 novembre 2020, par un commando de quatre défenseurs de la nature estimant que cette attraction n’avait pas sa place dans un parc naturel où elle ne faisait qu’attirer des hordes de curieux prêts à tout dévaster sur leur passage, sans égard pour la faune sauvage. La scène a d’ailleurs été immortalisée par un photographe qui a assisté, ébahi, à l’évacuation des vestiges de la sculpture métallique, sur une simple brouette à la lueur des lampes frontales…

Un nouveau monolithe orné de spirales, implanté sur les hauteurs de Bâtca Doamnei en Roumanie (photo © Newflash / La Dépêche)

Mais l’histoire ne pouvait bien évidemment pas s’arrêter là. La veille de ce démontage musclé, un autre monolithe comparable, mais dont la surface, au lieu d’être soigneusement polie, est couverte de fines gravures en spirale, est découvert, le 26 novembre 2020, en Moldavie, au nord-ouest de la Roumanie cette fois sur la colline de Bâtca Doamnei, non loin de la forteresse de Petrodava, vestige de la civilisation Dace qui peuplait la région dans l’Antiquité. Le monument planté là ressemble vaguement à celui découvert dans l’Utah et il disparaît mystérieusement à son tour le 1er décembre…

Stèle de 3 m de hauteur plantée au sommet de la montage Pine à Atascadero en Californie (photo © Twitter / CNews)

Dès le lendemain, 2 décembre, un troisième obélisque métallique prismatique de 3 m de haut, similaire à celui de l’Utah, fait son apparition sur la montagne Pine, à Atascadero, en Californie. Une apparition là aussi très éphémère puisque l’objet, simplement planté en terre est très rapidement vandalisé par un groupe de complotistes allumés qui le remplacent par une croix en bois tout en chantant des cantiques et en se livrant à des exorcismes contre d’éventuels extraterrestres malveillant. Un acte qui fait sortir du bois un collectif d’artistes, The Most Famous Artist, lequel revendique la paternité de l’œuvre via des messages sibyllins sur les réseaux sociaux et la propose même à la vente sur son site Instagram au prix d’ami de 45 000 dollars : business is business !

Toujours est-il que le dimanche 6 décembre, ce sont trois nouveaux monolithes du même style qui sont découverts fortuitement par des promeneurs. Le premier se trouve aux Pays-Bas, près d’une mare gelée dans la réserve naturelle du Kriekenberg, dans la province de Frise. Aucune trace de pas n’est visible aux alentours, comme si l’objet était mystérieusement descendu du ciel pour se planter dans le sol. Le second quant à lui a surgi sur une petite plage de l’île de Wight, dans le sud de l’Angleterre et le troisième a été découvert par des promeneurs dans le site sauvage du Puits d’enfer, au cœur de la forêt d’Exireuil près de Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres.

Le monolithe métallique installé dans la forêt d’Exireuil au Puits d’Enfer (photo © Romuald Goudeau / France Info)

Pour ce qui est de ce dernier, on sait en tout cas qui en est l’auteur puisqu’il s’agit d’un chaudronnier local, un certain Ludovic Laigre, artiste à ses heures perdues, et qui voulait témoigner par ce geste que la création artistique, mise à mal en ces temps de confinement, était toujours vivante. Là encore, l’œuvre éphémère, de 3 m de hauteur et de section triangulaire, a été rapidement démontée dans la semaine, d’autant que l’on annonçait de fortes pluies et un risque de débordement de la rivière…

Mais la série ne s’arrête pas pour autant. Dès le mercredi 9 décembre, les joggers matinaux qui déambulent sur les hauteurs du quartier de Pech-David, au dessus de Toulouse, découvrent ébahis une grande borne métallique à la surface soigneusement polie, fichée dans le sol à la faveur de la nuit. Un nouveau monolithe qui disparaît subitement la nuit suivante, non sans que des milliers de curieux ne soient venus défiler en s’interrogeant sur les inscriptions énigmatiques visibles sur le monument.

Monolithe métallique implanté brièvement sur les hauteurs de Toulouse (photo © Simon Olivier / France 3 Régions)

Opération de communication réussie donc pour les instigateurs du canular, à savoir les organisateurs du Bricks Festival, un rendez-vous de musique électronique, désireux de rappeler à tous la date du prochain festival, ainsi que sa localisation, dont les coordonnées GPS ont ainsi été mémorisées par tous ceux qui sont venus inspecter l’étrange objet tombé du ciel.

Le dernier monolithe en date, surgi une rive de la Vistule, à Varsovie (photo © Wojtek Radwanski / AFP via Getty Images / The Epoch Times)

La série ne s’arrêtera certainement pas en si bon chemin et l’on a d’ailleurs déjà signalé, dès le jeudi 10 décembre un nouvel obélisque métallique de 3 m de hauteur fiché sur les berges de la Vistule, en plein centre de Varsovie, en Pologne, après que les Suisses aient eux-mêmes signalé l’implantation d’une stèle très comparable, disposée dans la nuit du 8 au 9 décembre, dans l’enceinte du château Liebegg à Gränichen, lequel abrite un musée de la sorcellerie, ce qui explique sans doute que le mystérieux monument ait subitement disparu dès le lendemain…

Assurément une nouvelle mode est lancée. A quand un monolithe géant en acier poli, planté en pleine nuit sur le rond-point des Barles pour annoncer furtivement la date du prochain conseil municipal de Carnoux ?

L. V.

Métropole Aix-Marseille : la fête est finie…

12 décembre 2020 by

En période pré-électorale, il est d’usage que l’on lâche un peu la bride budgétaire : c’est le moment ou jamais de dépenser sans compter l’argent du contribuable et d’enchaîner les inaugurations de nouvelles infrastructures pour montrer à quel point la collectivité est efficace. Une règle d’or que Martine Vassal a appliqué à la lettre à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence, avec un niveau record d’investissement et surtout de transfert de fonds vers les communes en 2019 et début 2020. Ce qui lui a d’ailleurs plutôt bien réussi puisqu’elle a pu être réélue sans difficulté à la tête de l’intercommunalité, malgré sa défaite cuisante aux élections municipales dans son fief marseillais.

Martine Vassal réélue à la tête de la Métropole Aix-Marseille-Provence le 9 juillet 2020 (source © Commune de Peynier)

Mais une fois les élections passées et en attendant les suivantes, il faut bien faire les comptes et resserrer un peu les boulons, quitte à se serrer la ceinture. C’est ce qui a été fait à l’occasion du rapport d’orientations budgétaires qui a été discuté le 19 novembre 2020, en visio-conférence (Covid oblige), en vue de fixer les grandes lignes du prochain budget 2021 de la Métropole. Un exercice particulièrement douloureux comme l’a détaillé à TPBM Gérard Bramoullé, premier adjoint à la maire d’Aix-en-Provence, mais aussi premier Vice-Président de la Métropole, en charge justement de la stratégie budgétaire.

Gérard Bramoullé, premier vice-président de la Métropole Aix-Marseille Provence, en charge de la stratégie budgétaire (photo © Robert Poulain / TPBM)

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le constat est sévère sinon catastrophique. Le rapport au vitriol que la Chambre régionale des comptes avait rendu public le 15 octobre dernier ne pouvait de toute façon guère permettre de masquer la dure réalité : la Métropole fonce droit dans le mur de l’endettement et il commençait à être temps de freiner un peu… Comme l’analyse lui-même celui qui préside désormais aux destinées budgétaires de la Métropole : « En quatre ans, la dette s’est envolée tutoyant les 3 milliards d’euros et l’épargne s’est effondrée. Or, sans épargne, on perd notre capacité d’autofinancement. Dans une situation normale, on devrait être en mesure d’autofinancer à hauteur de 30 % les opérations d’investissement. Aujourd’hui, on est à moins de 10 %, avec un recours massif à l’emprunt. Mais on ne peut pas continuer à vivre à crédit indéfiniment. La réalité nous rattrape. »

Le grand argentier de la Métropole ne cache pas son inquiétude : « On a lancé des projets sans se préoccuper de savoir si nous avions les moyens de les financer. On subit aujourd’hui le retour de bâton de cette folie des grandeurs. La dette en soi n’est pas un problème : c’est la capacité à rembourser les emprunts qui compte. Et dans ce domaine, nous sommes loin d’être exemplaires. La durée de remboursement « normale » d’un emprunt est en moyenne de huit ans. Sur le budget annexe des transports, nous sommes à 18 ans ».

Un constat qui n’a pas échappé à l’agence de notation Fitch Ratings qui, en mai 2020, a jugé « négative » la perspective financière de la collectivité. En 2020, les besoins en fonctionnement ont largement excédé les capacités d’autofinancement du budget alors qu’il n’était pas question de limiter le niveau d’investissement en contexte pré-électoral. Il a donc fallu recourir massivement à l’emprunt pour financer ces investissements, ce qui a fait exploser les objectifs du Pacte de gouvernance financier et fiscal, instauré en 2016 à la création de la Métropole. Ces objectifs visaient à ne pas augmenter la fiscalité et à maîtriser la dette tout en conservant un haut niveau de reversement aux communes, une spécificité locale mainte fois dénoncée…

Le Conseil métropolitain présidé par Martine Vassal, avant qu’il ne passe en visio-conférence… (photo © Antoine Tomaselli / La Provence)

Selon ces objectifs, le recours à l’emprunt ne devait pas dépasser 23 % par an et le niveau d’autofinancement ne devait pas descendre en dessous de 39 %. Or en 2020, la Métropole a emprunté à hauteur de 65 % pour financer ses investissements et sa part d’autofinancement est tombée à 7 % seulement, du jamais vu! L’encours global de la dette métropolitaine approche désormais les 3 milliards d’euros et la capacité de désendettement atteint des durées vertigineuses…

Face à une situation budgétaire aussi effrayante, il a bien fallu faire des choix. Pas question évidemment de tailler dans la masse salariale. Les 7 875 agents que compte la Métropole et qui représentent une masse salariale de près de 400 millions d’euros par an constituent une dépense incompressible, dont le montant augmente même d’année en année sous l’effet des promotions, même si cette progression est contenue à 1 % dans la trajectoire budgétaire envisagée pour 2021, soit en dessous des exigences fixées par le gouvernement pour l’évolution des dépenses de fonctionnement des collectivités. A défaut, ce sont donc les dépenses de fonctionnement reversées par la Métropole aux six Conseils de Territoires, les anciennes intercommunalités que la Métropole n’a toujours réussi à faire disparaître et à qui elle a encore reversé 192 millions en 2020, qui ont été légèrement amputées (de 20 millions) en 2021.

La marge de manœuvre étant extrêmement limitée du côté des dépenses de fonctionnement, ce sont donc les investissements qui vont devoir être considérablement réduits pour éviter que les comptes de la Métropole ne s’enfoncent définitivement dans le rouge. Alors qu’en 2019, le montant global d’investissement de la Métropole avait atteint 566 millions d’euros et devrait se situer aux alentours de 503 millions pour l’exercice 2020, il est prévu de ramener ce chiffre à 350 millions d’euros en 2021, soit une baisse de plus de 25 %, ce qui est colossal.

Evolution du montant annuel des dépenses d’investissement de la Métropole AMP depuis sa création (source ©
Rapport d’orientation budgétaire Métropole AMP)

Tous les projets vont donc devoir être revus à la baisse ou leur réalisation étalée dans le temps. Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle pour les entreprises qui sont très dépendantes des marchés publics mais pas non plus pour les habitants qui attendent justement de la Métropole la mise en œuvre de programmes structurants pour améliorer enfin les réseaux de transport en commun et la mobilité urbaine dans un contexte de transition écologique. Heureusement, cela n’entravera pas les projets de la Ville de Carnoux toujours aussi généreusement servie par la Métropole qui continue à financer les yeux fermés le coûteux programme d’enfouissement des réseaux aériens engagé depuis des années grâce au financement des autres habitants de la Métropole voire du Département…

La question de savoir qui profite le plus des largesses de la Métropole fait d’ailleurs grincer quelques dents et le sujet n’a pas manqué d’être évoqué à l’occasion de ce récent débat sur les orientations budgétaires de l’intercommunalité. Certains se sont en effet étonnés que le territoire Marseille-Provence, qui regroupe 18 communes dont la principale agglomération Marseille, ne bénéficie au final que de 46 % des investissements prévisionnels de la Métropole alors qu’il concentre près de 60 % des habitants. Inversement, le Pays d’Aix, avec à peine plus de 20 % des habitants de la Métropole, se réserve royalement 36 % du budget total d’investissement destiné aux territoires.

Répartition des dépenses d’investissement prévisionnelles de la Métropole AMP pour 2021 (source © Rapport d’orientation budgétaire Métropole AMP / mise en forme CPC )

Une répartition qui reflète parfaitement les rapports de force politiques au sein de la Métropole. Martine Vassal n’a bien évidemment aucun intérêt à favoriser l’investissement sur la ville de Marseille, désormais gérée par une autre majorité, tandis qu’elle ne peut rien refuser à la maire d’Aix et à sa fille, Sophie Joissains, qui avec Gérard Bramoullé, tiennent les postes clés de la Métropole et ont largement contribué à lui permettre de sauver son fauteuil de Présidente. Quant aux habitants de Martigues, toujours aux mains du communiste Gaby Charroux, ils devront se contenter de 1,8 % du budget d’investissement métropolitain, soit deux fois moins que le poids démographique de leur territoire : malheur aux vaincus…

Cette répartition budgétaire pour 2021 confirme en tout cas clairement que la part des investissements gérés à l’échelle métropolitaine et qui correspondent réellement aux besoins structurants du territoire reste portion congrue puisqu’elle ne représente que 12,8 % du budget global d’investissement de la métropole. Ce n’est pas encore en 2021 que les lignes de transports en commun permettant de desservir l’aire métropolitaine et la construction de logements sociaux passeront avant le financement des ronds-points avec le nom du village écrit en lettres de bronze… L’intérêt général devra encore patienter un peu !

L. V.