Seul sur Mars ou la maison du futur…

12 avril 2021 by

Elucubration d’architecte futuriste un peu allumé ou simple application pratique d’un bon sens tout droit inspiré de l’expérience ancestrale, le projet Seul sur Mars ne peut laisser indifférent. Rien que son nom évoque inévitablement le titre du film du même nom, réalisé par Ridley Scott en 2015, et qui relate les aventures d’un astronaute malencontreusement laissé seul sur la planète Mars, suite au repli précipité d’un équipage de la mission Ares III pris dans une tempête d’une violence inattendue.

Extrait du film de Ridley Scott : Seul sur Mars (photo © Aidan Monaghan / Twentieth Century Fox / Le Devoir)

Et pourtant cette dénomination pour le moins étrange est, beaucoup plus prosaïquement, celle d’un projet architectural initié par le bailleur social Grand Delta Habitat, non pas sur la planète rouge mais en périphérie de la petite cité vauclusienne de l’Isle-sur-la-Sorgue. Il ne s’agit donc pas de science fiction mais simplement du résultat d’un appel à manifestation d’intérêt, lancé en présence de l’ancien astronaute français Patrick Baudry et visant la construction de 6 logements individuels, de 90 m² de superficie habitable, autonomes en énergie.

L’astronaute français Patrick Baudry lançant le projet Seul sur Mars lors d’une conférence en octobre 2019 (source © Grand Delta Habitat)

L’objectif visé est donc nettement moins ambitieux que celui du malheureux astronaute Mark Watney, condamné pour survivre en milieu hostile à faire pousser ses patates en attendant un hypothétique secours extérieur. Mais l’idée est là : si ce programme immobilier porter un nom aussi étrange, sans aucun rapport avec le contexte régional dans lequel il est prévu de l’implanter, c’est bien pour suggérer que l’objectif visé est celui de l’autarcie, sinon dans le domaine alimentaire, du moins dans celui l’alimentation en énergie. En d’autres termes, il s’agit rien de moins que de concevoir, à l’aide des ressources technologiques les plus avancées à notre portée, la maison de demain autonome en énergie, qui ne consomme pas plus que ce qu’elle produit elle-même.

Une belle gageure donc qui mérite d’être saluée venant d’un bailleur social basé à Avignon, issu d’une société coopérative d’habitation à loyer modéré créée en 1954 et dont le premier président fut Édouard Daladier, député radical de Vaucluse et successivement maire de Carpentras puis d’Avignon rendu célèbre entre temps pour avoir signé les accords de Munich en 1938. Avec près de 20 000 logements loués, cet acteur majeur du marché de l’habitat régional, se fait en tout cas une belle publicité avec cet appel à projet pour le moins innovant.

La Magnanerie à Jonquières (Vaucluse) : 24 logements à énergie positive construits par Grand Delta Habitat (source © Grand Delta Habitat)

L’idée est d’autant plus séduisante que le programme expérimental ainsi conçu va permettre de tester et comparer les performances de plusieurs concepts assez radicalement différents. Ce sont en effet trois maîtres d’œuvre distincts qui ont été retenus, l’agence AAA (Atelier Avignon Architecture), basée à Avignon comme son nom l’indique, le cabinet MAP (Marseille Architecture Partenaire), implanté à Marseille, et Architecture & Environnement, installée à Montpellier.

Chacun d’eux sera chargé de construire deux habitations en privilégiant les matériaux naturels et en visant des coûts d’exploitation, donc des charges de location, les plus faibles possibles, nulles de préférence, ce qui implique une autonomie la plus complète possible en matière de chauffage et alimentation électrique en particulier. Un projet qui pousse donc à l’extrême les principes de la construction bioclimatique en cherchant à optimiser l’implantation et l’orientation des bâtiments tout en s’appuyant sur les innovations technologiques les plus performantes en matière d’isolation thermique et de production locale d’électricité.

Maquette du projet Seul sur Mars initié par Grand Delta Habitat (source © MAP architecture)

Le permis de construire n’est pas encore déposé et les appels d’offres pas encore lancés pour retenir les entreprises qui auront la délicate tâche de concrétiser le projet. Mais celui-ci est d’ores et déjà connu dans ses grandes lignes. Les 6 logements bénéficieront d’un dispositif commun mutualisé de production d’eau potable alimenté par forage et traitement autonome, ainsi que de jardins partagés pour produire localement une partie de l’alimentation, et bien sûr d’un système autonome de traitement des eaux usées avec un bassin de lagunage fonctionnant par phyto-épuration.

En revanche, les solutions techniques retenues par chacun des trois concepteurs sont assez distinctes. L’agence AAA a imaginé une Tour des vents, en hommage sans doute à son homonyme située sur l’agora romaine d’Athènes et qui n’est autre qu’une horloge hydraulique. Celle-ci sera surmontée en toiture d’une éolienne à axe vertical, complétée par une hydrolienne plongée dans les eaux de la Sorgue toute proche.

La Tour des vents antique à Athènes (source © Trip2Athens)

La tour elle-même, qui sert d’habitation, possédera une étanchéité maximale à l’air, sera munie de pare-soleil réglables avec double-vitrage orienté plein sud et ventilation via un puits provençal avec ventilation double flux. Les murs seront réalisés en « béton de site », autrement dit en terre de type pisé, coulée entre deux banches étanches mais sans compactage, un matériaux particulièrement économique, à faible impact écologique et qui assure une excellente inertie thermique.

Au pied de la tour, la seconde habitation conçue par AAA, dénommée Sol 21, sera de type semi-enterré avec toiture végétalisée recouverte de panneaux photovoltaïques, dispositif de récupération des eaux pluviales, serre bio-climatique, capteurs pour l’eau chaude solaire et chauffage assuré par le solaire avec pompe à chaleur air-eau en appoint.

Maquette des maisons coques les Marsupiennes, conçues par MAP (source © Grand Delta Habitat)

De son côté, l’équipe marseillaise de MAP a conçu deux habitations jumelles dites « troglodytes marsupiennes », avec toitures coques végétalisées et panneaux hybrides photovoltaïques pour la production d’électricité, pergola bioclimatique en bois, murs captant l’énergie solaire et capteurs pour l’eau chaude sanitaire. La partie arrière de ces maisons sera semi-enterrée tandis que leur façade avant sera constituée d’une voûte élevée facilitant l’entrée de la lumière et la ventilation.

Quant à l’agence A&E, son projet dénommé « L’Isle solaire » consistera en deux habitations en bois biosourcé recouvertes d’une toiture en forme de vague, recouverte de panneaux photovoltaïques, construites sur pilotis au dessus du bassin de rétention d’eau.

Maquette des maisons en bois de l’Isle solaire conçues par A&E (source© Grand Delta Habitat)

L’avenir dira si la mise en œuvre de ce projet est à la hauteur des ambitions de ses concepteurs et si les solutions techniques retenues permettent effectivement de limiter drastiquement les coûts de fonctionnement de telles habitations. Si c’est bien le cas et si les coûts de construction sont eux-mêmes maîtrisés, nul doute que cette nouvelle expérimentation aidera à orienter les choix de la profession vers davantage de sobriété environnementale. Il serait dommage que Seul sur Mars ne reste qu’un délire architectural un peu fumeux, doublé d’un simple coup de communication d’un bailleur social en quête de notoriété !

L. V.

Régionales 2021 : la Gauche saura-t-elle s’unir en PACA ?

10 avril 2021 by

Un grand flou entoure décidément ces prochaines élections régionales dont le premier tour est pourtant officiellement prévu dans deux mois seulement, le 13 juin 2021. Même cette date reste incertaine alors que les taux d’incidence de l’épidémie de Covid-19 sont en train d’exploser dans les Bouches-du-Rhône : en 7 jours, le taux d’incidence dans le département a grimpé de près de 20 % pour atteindre 579 cas pour 100 000 habitants, plaçant le département dans le peloton de tête de ceux où le virus circule le plus rapidement en France. Un record dont on se serait bien passé alors que les services de réanimation sont déjà au-delà de leur capacité d’accueil du fait du Covid-19…

Renaud Muselier, président masqué et bien ancré de la Région PACA (source ©compte Twitter R. Muselier)

Mais il n’y a pas que la date des élections qui reste incertaine. La liste des candidats l’est tout autant. Certes, Renaud Muselier ne fait pas mystère de sa forte envie de rempiler, lui qui a hérité de la présidence de la Région PACA en cours de mandat, à la faveur du renoncement de la tête de liste élue en décembre 2015, Christian Estrosi, rapidement reparti dans ses terres niçoises moins de 18 mois après avoir été élu à la région… Un départ qui avait, à l’époque, coïncidé avec celui de la chef de son opposition frontiste, Marion Maréchal-Le Pen, qui avait carrément démissionné de son mandat début mai 2017 pour se retirer de la politique.

Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, aux côtés de Christian Estrosi, au circuit du Castellet en juin 2019 (photo © Gérard Julien / AFP / Paris Match)

Quant à celui qui avait mené la liste de gauche lors de ces dernières élections régionales, un certain Christophe Castaner, qui se disait alors socialiste avant de devenir le porte parole improbable du parti macroniste, il avait purement et simplement renoncé au combat dès le soir du premier tour, laissant la gauche totalement absente de l’hémicycle régional depuis près de 6 ans. A se demander donc si le choix des têtes de listes qui s’affronteront le 13 juin prochain présente la moindre importance !

En tout cas, deux d’entre elles sont déjà connues. C’est Thierry Mariani qui mènera la campagne du Rassemblement national, lui qui était tête de liste pour l’UMP lors des régionales de 2010, face à Michel Vauzelle et Jean-Marie Le Pen : une sacrée évolution politique pour cet admirateur invétéré de la Russie de Poutine… Quant à Renaud Muselier, même s’il feint de s’intéresser à tout autre chose que la campagne électorale, il ne fait aucun doute qu’il sera tête de liste pour le parti LR qui lui a d’ailleurs déjà accordé officiellement son investiture ce mercredi 7 avril 2021.

Thierry Mariani, héraut du RN, ici avec Marine Le Pen, après avoir été tête de liste de l’UMP (photo © Alain Robert / SIPA / 20 minutes)

Il devrait d’ailleurs rencontrer sur sa route un autre candidat de droite, Benoît Kandel, ancien adjoint d’Estrosi à la mairie de Nice et qui compte bien se lancer avec le soutien de Nicolas Dupont-Aignan sous l’étiquette un tantinet ambiguë, La droite et les républicains ensemble. Quant à La République en marche, qui sait d’avance qu’elle ne jouera qu’un rôle de figurant dans cette élection locale, nul ne sait encore très bien si l’obscure Secrétaire d’État chargée de l’incarner, Sophie Cluzel, parviendra à monter une liste autonome ou si elle préférera se rallier à la droite LR dès le premier tour.

Face à un telle pléthore de candidats à droite et face à un Renaud Muselier tellement sur de lui qu’il ne paraît même pas envisager de faire campagne, la gauche semble encore hésiter à renouveler l’exploit qui lui a permis en décembre 2015 de ne même pas être présente en second tour… Chaque parti a bien entendu depuis belle lurette choisi son candidat en espérant que l’ensemble des autres formations de gauche se rangerait derrière lui. Quelque peu hésitants sur la stratégie de rassemblement à privilégier, les écologistes en sont déjà à leur deuxième choix et se placent désormais derrière la bannière de Jean-Laurent Félizia, conseiller municipal du Lavandou.

Jean-Laurent Félizia, candidat déclaré EELV pour les régionales de 2021 (source © Gomet)

Mais la désunion de la gauche n’est pas forcément une fatalité, comme l’a montré la belle victoire du Printemps marseillais à l’occasion des dernières élections municipales à Marseille. C’est donc naturellement de ce côté que se tournent les regards de ceux qui osent encore croire que la gauche, bien que largement minoritaire depuis des années dans la région PACA, pourrait malgré tout être présente dans la prochaine assemblée régionale. Et c’est justement une des figures montantes du Printemps marseillais qui pourrait relever le défi. Olivia Fortin, 5ème adjointe au maire de Marseille, qui vient d’annoncer, jeudi 8 avril, qu’elle se portait « candidate à la candidature pour les régionales » et qu’elle était « prête à prendre la tête d’une liste au service d’un projet de gauche et d’écologie ».

Olivia Fortin, future tête de liste d’une gauche unie aux prochaines régionales en PACA ? (photo © Valérie Vrel / La Provence)

Inconnue du grand public il y a peu, cette chef d’entreprise dans le domaine de l’événementiel s’était fait connaître en participant à la fondation en 2018 du collectif citoyen Mad Mars, qui militait pour une liste unique, progressiste et citoyenne, en vue des municipales de 2020 à Marseille. Une stratégie qui a fait ses preuve puisque Olivia Fortin, tête de liste non encartée, a battu au second tour la présidente LR du Département et de la Métropole, Martine Vassal, dans son fief des 6e et 8e arrondissements, pourtant acquis de longue date à la droite.

Forte de ce résultat inespéré, qui avait permis à la gauche de s’emparer de la mairie de Marseille après 25 ans de règne gaudiniste, Olivia Fortin rêve de rééditer l’exploit à la Région, ce qui ne sera possible que si la gauche parvient à s’unir dès le premier tour de scrutin, option à laquelle elle affirme travailler sans relâche, indiquant : « on est tous d’accord sur 90 % des choses qu’il faut faire, pour la justice sociale, la transition écologique, la démocratie, alors allons-y ! ». Un bel optimisme qui pourrait peut-être parvenir à rallier les plus réticents, à condition de contourner les ambitions politiques et les querelles de chapelle qui ont jusque-là trop souvent conduit la gauche locale dans le décor : un sacré challenge !

L. V.

Tanzanie : une femme remplace un bulldozer

7 avril 2021 by

Le très controversé Président de la République unie de Tanzanie, John Pombe Magufuli, est décédé le 17 mars 2021, à l’âge de 61 ans, officiellement des suites de problèmes cardiaques, mais plus vraisemblablement du Covid-19, dont il niait pourtant l’ampleur, contre toute évidence. Depuis le début de la pandémie, cet ancien enseignant, pourtant détenteur d’un doctorat en chimie mais fervent chrétien, s’était rangé ouvertement dans le clan des coronasceptiques indécrottables, affirmant sans sourciller : « le virus a été totalement éliminé par Dieu, grâce aux prières des Tanzaniens ».

John Magufuli, lors de l’une de ses dernières apparitions en public, le 24 février 2021 à Dar es Salaam (photo © Stringer – Reuters / RFI)

Se proclamant ouvertement anti-masque, anti-vaccin et même anti-test, il n’hésitait pas à nier l’évidence et à falsifier la réalité en allant jusqu’à demander aux forces de l’ordre de pratiquer des tests PCR à l’aveugle sur des échantillons prélevés sur des chèvres, des cailles, des papayes et même sur de l’huile moteur, résultats tous proclamés positifs, histoire de bien accréditer l’idée que tout ceci n’est que pure invention. Fin avril 2020, le pays n’affichait que 21 décès liés au Covid-19 pour 509 personnes officiellement contaminées pour une population de 58 millions d’habitants et, depuis, la diffusion des chiffres de l’épidémie s’est tout simplement arrêtée, accréditant l’idée que le virus avait disparu du paysage. Et pourtant, l’épidémie progressait à grands pas dans le pays, notamment parmi les élites dirigeantes, jusqu’à emporter le Président lui-même qui n’était plus paru en public depuis le 27 février 2021.

Le président tanzanien enterrant la confiance, un dessin signé du Kenyan Gado (source © Courrier international)

Ministre des Travaux publics de 2010 à 2015, Magufuli y avait tiré son surnom de Tingatinga, autrement dit, le bulldozer en swahili. Un surnom qui lui allait comme un gant, non seulement pour sa politique ambitieuse de grands travaux, mais aussi pour ses méthodes radicales en matière de lutte contre la corruption et pour sa capacité à terrasser impitoyablement toute voix dissidente. Élu à la Présidence de la République le 29 octobre 2015 à l’issue d’une primaire comptant pas moins de 38 candidats, sa lutte implacable contre les dépenses publiques et son action contre la corruption sont incontestablement à porter à son crédit, même si cela a eu pour effet d’effrayer quelque peu les investisseurs habitués à des règles de fonctionnement plus souples, à l’africaine…

Tout ceci n’a pas empêché la Tanzanie d’afficher un des taux de croissance les plus élevés du continent, de l’ordre de 6 % en 2018 comme en 2019. Fidèle à sa méthode, « le bulldozer » s’est lancé dans un vaste programme d’investissement pour développer les infrastructures, portuaires, hydroélectriques et ferroviaires notamment, tout en n’hésitant pas à se rapprocher de la Chine pour bénéficier de son soutien économique.

Le pont Julius Nyerere construit avec l’aide des Chinois et inauguré en 2016 par John Magufuli, relie le quartier des affaires de Dar es Salaam à Kigamboni (source © Wikipedia)

Confronté, à partir de 2016, à une opposition qui se renforce, dans un pays où son parti, Chama cha Mapinduzi, ou Parti de la Révolution, est au pouvoir sans discontinuer depuis l’indépendance de la Tanzanie en 1962, John Magufuli, n’hésite pas, là aussi à jouer les bulldozers en limitant drastiquement la liberté d’expression, en suspendant les médias trop critiques et en jetant en prison ses opposants les plus virulents. En quelques années, la Tanzanie perd plus de 50 places dans le classement des nations établi par Reporters sans frontières et, en 2019, Amnesty International s’inquiète de « la destruction sans vergogne du cadre de défense des droits humains établis par le pays ».

Le bulldozer n’en a cure et en octobre 2020 il est réélu sans difficulté avec un score officiel fort honorable de 84 % des suffrages tandis que son parti remporte 99 % des sièges au parlement. Son rival malheureux, Tundu Lissu, dénonce des résultats « complètement fabriqués » mais seul le coronavirus a donc finalement réussi à mettre fin au pouvoir solidement établi de John Magufuli.

Samia Suluhu Hassan prêtant serment pour devenir Présidente de la République de Tanzanie (photo © Stringer – Reuters / DW)

Conformément à la constitution tanzanienne, c’est le Vice-Président qui a annoncé la mort du chef de l’État et qui a pris les rênes du pays jusqu’à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2025 seulement. En l’occurrence, il s’agit d’une femme, Samia Suluhu Hassan, qui devient donc, de ce fait, la première femme présidente de l’histoire de la Tanzanie, et par ailleurs la première à accéder à ce poste en étant originaire de l’archipel semi-autonome de Zanzibar, dont les relations avec la partie continentale du pays sont traditionnellement houleuses.

Cette musulmane de 61 ans, mère de 4 enfants, devient du coup l’une des très rares femmes à accéder au rang de chef d’État sur le continent africain. Elle rejoint sur cette liste l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde, élue Présidente de la République démocratique fédérale d’Éthiopie en octobre 2018, mais dont les fonctions sont largement honorifiques.

Sahle-Work Zewde, Présidente de la République d’Ethiopie (photo © Audrey Rolland / La libre Belgique)

Sans remonter à Cléopâtre ou à la Reine de Saba, d’autres les ont précédées, parmi lesquelles Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria de 2006 à 2018 et surnommé « la Dame de fer », mais aussi Joyce Banda qui dirigea le Malawi de 2012 à 2014 ou encore Catherine Samba-Panza qui accéda à la présidence de la République centrafricaine entre 2014 et 2016. Des fonctions qui restent encore beaucoup trop rarement accessibles aux femmes sur un continent où celles-ci jouent pourtant un rôle économique majeur…

L. V.

A Marseille, Don Camillo au conseil municipal

5 avril 2021 by

Le 2 avril 2021, en ce jour de Vendredi saint, se tenait la réunion du Conseil municipal de Marseille. Une réunion particulièrement attendue puisqu’elle devait notamment permettre l’adoption du budget 2021, le premier élaboré par la nouvelle municipalité élue en juin dernier. Un dossier largement médiatisé et dramatisé par le maire, Benoît Payan, qui alerte depuis des mois sur l’état catastrophique dans lequel il a trouvé les finances de la Ville, acculée face à un véritable mur d’endettement.

Benoît Payan en conférence de presse le 7 janvier 2021 (photo © Christophe Simon / AFP / Challenges)

Difficile, dans ces conditions, de tenir les engagements ambitieux de la campagne menée par le Printemps marseillais, notamment en matière de rénovation des écoles et autres équipements publics municipaux, laissés en déshérence depuis des années. Mais c’est pourtant le pari de la municipalité d’essayer de concilier cette ambition rénovatrice avec l’absence d’augmentation des impôts locaux, en s’appuyant sur une large renégociation de la dette, rendue possible par la faiblesse des taux actuels.

Les plus curieux des citoyens marseillais ont pu suivre en direct ce conseil municipal fleuve qui est entièrement retranscrit sur le site de la Ville, transparence des débats oblige, et que Marsactu a également commenté en direct grâce à l’abnégation de trois de ses journalistes qui se sont relayés dès 8h30 du matin et jusqu’à un peu plus de 18h, pour conclure par la traditionnelle formule : « l’ordre du jour est épuisé, et nous avec »…

Benoît Payan, lors du Conseil municipal du 2 avril 2021 (extrait vidéo source © Ville de Marseille)

Il faut dire que, pour la première fois de son histoire et du fait de la crise sanitaire qui vient bousculer les traditions démocratiques même les mieux ancrées, ce conseil était organisé en visioconférence. Rien que l’appel des 101 conseillers en début de séance relevait déjà de la gageur, le temps que chacun se fasse rappeler à l’ordre parce qu’il avait oublié de rallumer son micro en temps opportun, ou vice-versa, au risque de partager en direct certaines conversations privées qui auraient sans doute mérité de le rester…

Un exercice démocratique de haute voltige qui a permis à tout un chacun de découvrir le bureau ou le salon des élus et leur art tout personnel de la mise en scène. L’occasion de constater le véritable capharnaüm qui règne chez l’ancienne tête de liste Bruno Gilles par exemple, avec un incroyable entassement de livres et d’objets hétéroclites jusqu’au plafond…

Bruno Gilles, intervenant lors du Conseil municipal du 2 avril 2021 (extrait vidéo source © Ville de Marseille)

L’occasion aussi de voir que certains, à l’instar de la conseillère LR Emmanuelle Charafe qui n’intervient que pour défendre le bilan médical de la Métropole et du Département, suit les débats depuis sa voiture, tout en précisant qu’elle s’est arrêtée le temps de prendre la parole. Quant à la conseillère RN, Gisèle Lelouis, sa fébrilité suite à un problème technique de larsen en direct lui fait couper carrément sa caméra après un tripotage frénétique des réglages de son ordinateur !

Dans un tel contexte, adopter dans la journée les 129 rapports inscrits à l’ordre du jour était une véritable gageur. Mais le pari a été tenu, grâce à un système de vote implicite par groupe politique, révélant un indéniable talent d’animateur du Maire, assis à la tribune et flanqué de sa première adjointe et éphémère prédécesseur, Michèle Rubirola, et de son adjoint aux finances, Joël Canicave, protégé sur ses arrière par ses deux fidèles du Cabinet, Arnaud Drouot et Lauriane Deniaud, tous masqués comme il se doit.

Germaine Poinso-Chapuis, ministre de la Santé publique en novembre 1947 (photo © Getty / France Culture)

Benoît Payan s’est même payé le luxe de dresser, à la reprise des débats en début d’après-midi, un vibrant hommage à Germaine Poinso-Chapuis, première femme ministre de plein exercice, nommée au Ministère de la Santé dès 1947. Cette avocate marseillaise de droite, élue à l’Assemblée Nationale dès 1945 et réélue à deux reprises, est restée conseillère municipale de Marseille jusqu’en 1959 et Jean-Claude Gaudin affirme que c’est elle qui lui a inspiré sa vocation d’homme politique !

Curieusement, les ténors de la droite marseillaise furent bien silencieux lors de cette réunion du Conseil municipal de Marseille au cours de laquelle ni Martine Vassal ni Lionel Royer-Perreaut, ni d’ailleurs Stéphane Ravier, ne jugèrent utiles de prendre la parole. Pourtant, cette séance fut l’occasion d’un échange savoureux entre Benoît Payan et Catherine Pila, dans un sketch qui mériterait de figurer au répertoire du Petit Monde de Don Camillo.

Rassemblement de Templiers catholiques en 2019 devant l’abbaye Saint-Victor (source © Templiers d’aujourd’hui)

En l’occurrence, c’est le père Gérard, curé de la paroisse de Saint-Victor, qui tenait le rôle de Don Camillo, par le truchement de sa porte-parole officielle, Sœur Catherine Pila, laquelle s’était déjà illustrée lors des dernières municipales en allant faire campagne à l’église entre deux sermons dominicaux. Cette dernière s’est livrée, en plein conseil municipal, à la lecture d’un texte interminable et totalement surréaliste, dans lequel elle explique par le menu en quoi le fameux père Gérard trouve louable l’initiative présentée par la mairie d’organiser, une fois par mois, un marché bio sur la place devant l’église, mais s’oppose fermement à l’idée qu’il puisse se tenir le dimanche, « jour du culte ». Elle égratigne au passage le fait d’organiser une réunion du Conseil municipal le jour du Vendredi saint et l’absence de concertation préalable avec le conseil paroissial. Selon elle, le père Gérard est même persuadé que l’installation de ce marché bio devant Saint-Victor est une véritable déclaration de guerre à sa paroisse et elle se fait longuement l’écho de ses inquiétudes, comme si tenir un marché le jour du Seigneur serait en réalité une provocation qui remet en cause la liberté du culte.

Catherine Pila, intervenant lors du Conseil municipal du 2 avril 2021 (extrait vidéo source © Ville de Marseille)

Une provocation doublée d’une autre puisque la municipalité envisage d’ouvrir au public le square Bertie Albrecht considéré comme « le jardin de la paroisse » et qui est utilisé sporadiquement pour réunir les fidèles. Benoît Payan s’impatiente de la voir égrener « la litanie de tous les saints » et de se faire le porte-parole du clergé en plein conseil municipal malgré la loi de séparation de l’Église et de l’État qui date pourtant de 115 ans ! Il tente en vain de lui couper la parole mais c’est finalement la défaillance du micro de Mme Pila qui finit par faire taire l’élue d’opposition, déterminée à lire jusqu’au bout son discours du père Gérard. Sophie Camard, maire de secteur, apaise la tension en expliquant qu’elle et ses services ont bien évidemment rencontré le fameux père Gérard et n’ont aucun mal à trouver avec lui un terrain d’entente qui devrait permettre la tenue de ce malheureux petit marché bio mensuel, sans que cela ne risque de déclencher une nouvelle guerre de religion comme le laisse entendre Catherine Pila. Le temps pour Benoît Payan de lancer un « amen » et de passer au sujet suivant, et voila que c’est le tour du député Julien Ravier de rebondir en expliquant qu’à la Valentine aussi, la municipalité a commis ce crime majeur contre le culte catholique en imaginant organiser un autre marché de producteurs un dimanche.

On en reste coi devant un tel déferlement de bigoterie d’un autre âge de la part d’une droite marseillaise dont la mauvaise foi va jusqu’à prétendre que, bien évidemment, ils défendraient avec la même vigueur l’organisation d’un marché, fusse-t-il de producteurs bios, un vendredi ou un samedi, car cela ne pourrait être interprété que comme une attaque intolérable contre le culte israélite ou musulman.

Don Camillo (interprété par Fernandel) et Peppone (Gion Cervi), ou le dialogue impossible ? (source © DR / 24 heures)

Le citoyen marseillais ne peut qu’être confondu devant de tels propos qui mettent ainsi la religion au cœur de la vie publique communale dans un État pourtant laïc. On se croirait en effet revenu à l’époque des affrontements entre Don Camillo et le maire communiste Peppone, dans l’Italie post fasciste, ou pire encore aux violents affrontements entre révolutionnaires et cléricaux du temps de la Révolution française. Rappelons d’ailleurs au passage que ce père Gérard, dont Mme Pila fait si grand cas, a eu un homonyme, qui n’était pas curé mais paysan, le seul cultivateur d’ailleurs élu à l’Assemblée constituante en 1789, et dont le révolutionnaire Collot d’Herbois se fit le porte parole, dans son célèbre Almanach du père Gérard. A Marseille, il semblerait que la Révolution couve toujours et que les affrontements entre la société civile et le clergé restent d’actualité : voila qui n’a rien de rassurant !

L. V.

Ça plane pour le chanvre

3 avril 2021 by

Le chanvre serait, dit-on, l’une des plantes les plus anciennement cultivée par l’Homme, dès le Néolithique en Asie. Curieusement, elle est presque plus connue désormais sous son nom latin Cannabis sativa, du fait de ses vertus psychotropes, surtout issues du « chanvre indien » qui pousse en climat équatorial et est riche en résine de tétrahydrocannabinol (THC). Cet usage psychotrope, popularisé par la culture hippie dans les années 1960 date en fait de la nuit des temps puisqu’on le trouve mentionné dans des textes égyptiens antiques comme dans d’anciens traités chinois et indiens, même si l’Occident n’en a découvert les vertus thérapeutiques puis récréatives qu’au XIXe siècle…

Culture de chanvre dans la Sarthe (source © La galerie du chanvre)

Mais si le chanvre connaît un tel succès, c’est parce que cette plante possède bien d’autres usages. En fait, comme dans le cochon, tout est bon dans le chanvre ou presque. Ses fibres en particulier ont été utilisées, dès 600 avant J.-C., pour confectionner des vêtements en Chine, usage qui s’est fortement répandue en Europe dès le Moyen-Âge. Le papier à base de fibre de chanvre a aussi été très utilisé jusqu’en 1883 et aurait, paraît-il, servi à imprimer la première Bible sortie des presses de Gutenberg en 1454, avant d’être réservé à l’impression des billets de banques.

Au XVIIe siècle, les fibres de chanvre étaient particulièrement prisées pour la réalisation de cordages. En 1661, Colbert lance ainsi la construction de la Corderie royale de Rochefort pour fabriquer les gros cordages en chanvre de 200 m de longueur destinés à la Marine. Vers la même époque, avec l’installation le long du Vieux-Port de l’Arsenal des galères, se développe à Marseille une véritable industrie de fabrication de cordage et de voiles en chanvre. Après la destruction des remparts de la ville en 1666, la nouvelle rue qui s’étend entre le cours Saint-Louis et l’Arsenal prend naturellement le nom de Canebière justement en référence au chanvre cultivé depuis des siècles dans les marécages du bord de mer dans la partie basse de cette artère popularisée dans le monde entier par la chanson de Vincent Scotto.

Le bas de la Canebière sur le Vieux-Port (source © Mon chanvre)

Et voilà que le chanvre revient en force comme culture industrielle après avoir été quasiment abandonnée, souvent interdite pour limiter la production de marijuana mais surtout à cause du développement d’autres fibres textiles dont le coton, omniprésent avant d’être remplacé par les fibres synthétiques à base de produits pétroliers. Alors qu’on cultivait plus de 175 000 ha de chanvre en France au milieu du XIXe siècle, ces surfaces ne dépassaient pas quelques centaines d’hectares en 1960.

Mais depuis, la culture de chanvre industriel, à très faible teneur en THC, connaît un net regain, d’abord pour un usage papetier, puis pour répondre à différents besoins dont celui des isolants thermiques. Le bois de chanvre, ou chènevotte, issu de la partie centrale de la chanvre, mélangé à de la chaux produit le béton de chanvre, connu depuis l’Antiquité mais qui revient en force en isolation intérieure comme extérieure du fait de son grand pouvoir de « respiration » naturelle. La laine de chanvre est également un excellent isolant thermique qui concurrence très favorablement d’autres produits plus traditionnels comme les laines minérales.

C’est d’ailleurs principalement ce nouveau marché de l’isolation des bâtiments qui a permis un important développement de la culture de chanvre ces dernières années. La Champagne en particulier s’en est fait une véritable spécialité en devenant la première région productrice en Europe. La France est d’ailleurs leader européen en la matière avec plus de 83 000 tonnes de fibres et étoupe de chanvre produits en 2017.

Culture de chanvre en Camargue (photo © Jérôme Rey / La Provence)

Mais les Bouches-du-Rhône renouent désormais avec la culture du chanvre pratiquée à Marseille depuis l’époque des Gaulois. En 2019, deux entrepreneurs, cofondateurs de la société ABC Chanvre, implantée à Trets, ont lancé leur propre filière de développement du chanvre avec 25 ha cultivés entre la Camargue et les Alpilles. Une surface qu’ils ont doublé dès cette année, avec pour débouché visé principalement le textile et le béton de chanvre. Leur objectif est d’atteindre les 500 ha dès 2023, ce qui permettrait de rentabiliser une unité fixe de transformation industrielle de la fibre.

Contrairement à d’autres cultures, celle du chanvre est parfaitement adaptée à l’agriculture biologique du fait de la robustesse de la plante qui ne nécessite pas de pesticides. Une culture qui est donc bien dans l’air du temps et qui permet d’offrir de très nombreux débouchés. Outre celui du bâtiment, on peut bien sûr citer celui du textile puisque l’on voit désormais apparaître de nombreuses marques qui commercialisent des vêtements bio-sourcés et de sacs à base de chanvre. Les fibres de chanvre sont aussi utilisées comme renfort pour alléger les carrosseries de certaines voitures, dans la lignée de Ford aui avait expérimenté dès 1940 la construction d’une voiture à carrosserie de chanvre.

Feuilles de Cannabis sativa (source © La fleur de Jack)

La chènevotte est aussi utilisée comme litière absorbante pour animaux ou comme paillage pour les cultures maraîchères, tandis que les graines de chanvre, dites chènevis, sont particulièrement riches en protéines et en huile. Consommées couramment en France jusqu’au XIXe siècle, elles reviennent à la mode, du fait de la forte teneur en oméga 3 et 6 et de la faible concentration en acides gras saturés de l’huile de chanvre. Cette dernière, qui a d’ailleurs aussi été utilisée comme combustible automobile bien avant le gazole, présente bien d’autres usages, notamment dans la fabrication de peintures, vernis, encres et cosmétiques.

Le chanvre, après avoir été une des plantes les plus anciennement cultivées, serait-il en train de redevenir un élément majeur de l’agriculture de demain ?

L. V.

Posidonies : le poumon vert de la Méditerranée ?

30 mars 2021 by

Les posidonies, ce sont ces accumulations de rubans brunâtres qui s’entassent sur les plages de Bandol ou de Cassis à la suite des grandes tempêtes d’hiver, ces « largades », qui poussent dans les moindre crique de nombreux débris flottants ou arrachés aux fonds marins par les courants violents. Ces masses peu ragoutantes qui s’entassent sur les plages et dans lesquelles on s’enfonce et on se prend les pieds, ne font pas bon effet pour les touristes qui se pressent sur les rivages méditerranéens dès les beaux jours revenus, faisant même craindre à certains un risque d’intoxication.

Présence de posidonies sur une plage de Sanary-sur-Mer (photo © Sophie Glotin / Radio-France)

Et pourtant, rien à voir avec les algues vertes qui se décomposent sur les rivages bretons ou ceux de l’étang de Berre, dont la croissance est stimulée par les afflux de nitrate issus de l’agriculture intensive et des rejets d’eaux usées, et dont la décomposition à l’air libre provoque des accumulations d’hydrogène sulfuré potentiellement mortel. Rien à voir non plus avec les algues bleues, ces cyanobactéries, capables de se développer soudainement dans certains plans d’eau douce lorsque les conditions climatiques et les apports de nutriments sont favorables, mais qui peuvent contenir des cyanotoxines très dangereuses également.

Herbier de posidonies (photo © Mimichaps / GoMet)

D’ailleurs ces longs rubans verts qui ondulent au fond de l’eau le long des rivages méditerranéens et qui brunissent lorsqu’ils sont rejetés sur les plages, ne sont pas des algues mais bien des plantes à fleurs aquatiques ! La Posidonie de Méditerranée (Posidonia oceanica de son petit nom latin) est en réalité une angiosperme monocotylédone (tout comme les orchidées ou les graminées) mais sous-marine. A ce titre, elle présente une racine, une tige sous forme de rhizome et de longues feuilles rubanées pouvant mesurer jusqu’à 1 m de long et disposées en touffes de 6 ou 7. Cette plante verte, endémique des bords de la Méditerranée fleurit à l’automne et donne au printemps des fruits qui flottent et que les Italiens nomment joliment olive di mare

Formant de vastes herbiers qui peuvent s’étendre jusqu’à 40 m de fond, les posidonies constituent de fait l’écosystème majeur des côtes méditerranéennes. C’est en leur sein que s’abritent et se nourrissent la plupart des organismes marins qui font la richesse des rivages de Méditerranée. L’enchevêtrement des racines et des rhizomes peu putrescibles forme un épais matelas dénomme « matte », plus ou moins colmaté par les sédiments piégés et dont l’accumulation au fil des ans peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur.

Banquette de posidonies sur une plage (source © Mémoire de fin d’étude Alizée Martin)

Ces accumulations protègent les rivages de l’érosion, y compris sur les plages et dans les criques. C’est pourquoi, les communes qui, comme Bandol, nettoient consciencieusement leurs plages de tout fragment à l’approche de l’été pour que les touristes puissent trouver un sable nickel, conforme à leur fantasme, stockent ces amas et les remettent en place à l’automne afin d’éviter l’érosion marine.

Raclage des posidonies sur une plage de La Seyne-sur-Mer à l’approche de l’été (photo © P. F. / Var Matin)

Mais l’on sait désormais que ces herbiers à posidonies jouent aussi un rôle majeur dans l’oxygénation de l’eau de mer et dans la fixation du gaz carbonique. Des études scientifiques, menées notamment depuis plusieurs années par l’équipe Écosystèmes littoraux de l’université de Corse, ont bien mis en évidence cette importante capacité de stockage du carbone au sein des mattes de posidonies. Selon Gérard Pergent, l’un des responsables de ce programme scientifique, « les herbiers fixent 10 à 15 % du carbone océanique. Les mattes de Méditerranée fixent 4 à 5 fois plus de carbone que les autres espèces d’herbiers ». Sachant que le littoral corse est entouré de 53 000 ha d’herbiers à posidonies, certains estiment même que le bilan carbone de l’île serait positif, du seul fait de l’existence de ces herbiers !

La plage de Santa Severa, à Luri, dans le Cap Corse, recouverte de posidonies (photo © Angèle Chavasas / Corse Matin)

C’est peut-être aller un peu vite en besogne, d’autant que ces herbiers sont particulièrement menacés, non seulement pas l’élévation de la température, la pollution, l’augmentation de la turbidité de l’eau, la compétition avec certaines espèces invasives, mais aussi par les ravages que font les ancres des bateaux de plaisance et surtout la pratique du chalutage. Dès les années 1970, le pêcheur Georges Cooper avait mis en point une technique pour tenter de reconstituer, par bouturage, des herbiers menacés entre Hyères et Gien, dans le Var.

Dans le Parc national des Calanques, on estime à plus de 100 000 ha la superficie de fonds marins recouverts d’herbiers de posidonies. Mais, depuis 1960, on considère que entre 13 et 38 % de leur surface aurait disparu sous l’effet de différents facteurs, dont le développement de la navigation côtière. Le 18 mars 2021, le Parc a donc lancé un nouveau programme de protection des herbiers de posidonies, financé dans le cadre d’un projet pilote de compensation carbone. Intitulé Prométhée-Med, et mené en partenariat avec la société EcoAct, ce programme est principalement financé par le groupe Schneider Electric et la société néerlandaise Interxion, tous deux gros émetteurs de gaz à effets de serre du fait de leurs activités industrielles, et qui trouvent ainsi un moyen de se racheter une conscience écologique.

Ces fonds vont permettre de positionner des bouées d’amarrage permettant de limiter le dégât des ancres de bateaux, ainsi que des balises pour délimiter des zones où le mouillage est strictement interdit. Cette démarche pilote, qui s’inscrit dans le cadre du Label bas-carbone créé par le Ministère de la transition écologique, pourra peut-être servir d’exemple sur d’autres territoires impactés. Sachant qu’un hectare d’herbier à posidonies est capable de stocker pas moins de 1500 tonnes de CO2, soit 7 fois plus qu’une forêt de feuillus française et 3 à 5 fois davantage qu’une forêt tropicale, voilà en effet une piste à suivre pour lutter contre les émissions toujours croissantes de gaz à effet de serre. Parmi toutes les options à l’étude pour tenter de séquestrer de grandes quantités de gaz carbonique, celle du développement des herbiers à Posidonies de Méditerranée paraît prometteuse : de quoi donner des idées au milliardaire Elon Musk qui promet 100 millions de dollars à qui trouvera le moyen de stocker 10 milliards de tonnes de dioxyde de carbone d’ici 2050…

L. V.

Le tanker qui a bouché le canal de Suez

28 mars 2021 by

Vu de la Canebière, cela ressemble plutôt à une grosse galéjade qui rappelle beaucoup la fameuse histoire de la sardine tellement grosse, peuchère, qu’elle avait bouché le port de Marseille. Bien sûr, comme chacun sait, l’histoire s’est un peu embellie au fil des ans et au gré des verres de pastis éclusés par les générations successives qui se la sont racontée.

Ancienne carte postale satyrique (source © Made in Marseille)

Il faut dire que les faits remontent au XVIIIe siècle, en 1779 pour être précis. Dans le contexte de la guerre d’indépendance américaine, Anglais et Français se battent alors pour un autre port considéré comme stratégique, le comptoir commercial de Pondichéry situé au sud-est de la péninsule indienne. La ville, qui avait déjà été ravagée par les Britannique en 1761, capitule de nouveau en octobre 1778. A la suite de ces combats, un groupe de prisonniers français est libéré par les Anglais et embarque en direction de la France à bord d’une frégate baptisée du nom d’Antoine de Sartine, alors secrétaire d’État à la Marine de Louis XIV.

Carte d’époque illustrant le siège de Pondichéry en 1778 (source © Wikiwand)

Après 10 mois de navigation, la Sartine arrive en vue du détroit de Gibraltar où elle s’engage pour rejoindre son port de destination, Marseille. En ces temps troublés, les Britanniques sont les maîtres de la Méditerranée et ils torpillent sans pitié tout navire ennemi. En vertu de l’accord signé à Pondichéry, la Sartine bat donc pavillon anglais. Mais cela ne l’empêche pas d’être prise pour cible. En mai 1780, un navire de guerre britannique ouvre le feu et tue le capitaine de la Sartine ainsi que deux hommes d’équipage. Après moult explications, les Anglais laissent repartir la frégate. Mais sans son capitaine, celle-ci rate son entrée dans le port de Marseille et vient se fracasser sur les rochers, bloquant, du fait de la haute taille de ses mâts, le chenal du Vieux-Port. L’épave empêche pendant un certain temps tout accès au port de Marseille jusqu’à ce qu’on parvienne enfin à la dégager. Il en est resté, par déformation, la fameuse histoire de la « sardine » qui a bouché le port de Marseille…

Combat naval en 1783 entre le vaisseau britannique Argo et deux frégates françaises, la Nymphe et l’Amphitrite, comparables à la Sartine ou à l’Hermione – Huile peinte par Pierre-Julien Gilbert en 1837, conservée au château de Versailles (photo © G. Arnaudet et H. Lewandowski / RMN / pop culture)

Et voila qu’une histoire comparable vient de se produire sur une autre route maritime particulièrement fréquentée, qui n’existait pas à l’époque d’Antoine de Sartine. C’est en effet un siècle plus tard, en 1867, que fut achevé le percement du canal de Suez, long de 162 km entre Port-Saïd et Suez, et financé par une levée de fonds organisée à la Bourse de Paris par le diplomate retraité Ferdinand de Lesseps. L’idée de ce canal n’était pas nouvelle puisque les pharaons égyptiens avaient déjà fait creuser, dès le XIIIe siècle avant J.-C., un canal reliant l’extrémité de la mer Rouge au Nil. Restauré à plusieurs reprises, notamment par Darius puis Ptolémée, ce chenal antique est finalement détruit par le calife abbasside Al-Mansur pour protéger la ville de Médine d’une attaque vers l’an 760.

En 2014, un second canal, parallèle au précédent, a été creusé sur 72 km de longueur, afin de supprimer la circulation alternée des navires sur ce tronçon. Achevés depuis juillet 2015, les travaux auraient coûté la bagatelle de 7,6 milliards d’euros mais ils permettent de réduire considérablement le temps d’attente maximal des navires, de 11h à 3h. Et l’investissement est très rentable car le péage du canal de Suez, qui rapporte chaque année à l’État égyptien pas moins de 5,3 milliards de dollars, pourrait grâce à ces améliorations et selon les projections de l’augmentation de trafic espéré, passer à 13,2 milliards de dollars d’ici 2023. Une belle manne pour le gouvernement égyptien !

Vue aérienne du porte-conteneurs Ever Given et des tentatives de désencastrement (source © France 24)

Sauf que depuis le 24 mars 2021, le canal de Suez est totalement bloqué à la circulation maritime à cause de l’échouage malencontreux d’un énorme porte-conteneurs de 399 m de long et 59 m de large, qui est venu s’encastrer dans la berge à la suite d’une erreur de navigation, sous l’effet d’un violent vent de sable, fréquent dans ces contrées.

Mis en service en 2018, ce mastodonte des mers du nom d’Ever Given, capable de transporter pas moins de 20 000 conteneurs et dont le poids en charge atteint 220 000 tonnes, est affrété par la société de transport maritime taïwanaise Evergreen Marine Corporation. Parti le 4 mars 2021 du port chinois de Ningbo, il a fait escale à Taïwan puis en Malaisie avant de tracer sa route vers Rotterdam, en passant par le canal de Suez, où il est donc resté coincé.

Vue du porte-conteneurs Ever Given coincé en travers du canal de Suez mercredi 24 mars 2021, prise depuis un autre porte-conteneurs bloqué derrière (photo © STR / EPA-EFE / Ouest-France)

Le problème est que ce navire qui rend momentanément impossible la traversée du canal de Suez provoque de gigantesques embouteillages aux deux extrémités du chenal qui est devenu une voie majeure pour le transport de marchandises. Chaque jour, ce sont en effet 1,9 millions de barils de pétrole qui transitent par le canal. D’ailleurs, dès le 24 mars, le cours du baril de pétrole a bondi de 6 % ! Et chaque année, ce sont environ 1,2 milliards de tonnes de marchandises qui passent par le canal de Suez, soit plus de 10 % du trafic maritime mondial ! Tous les jours, une cinquantaine de navires, généralement de grande taille, super-tankers et porte-conteneurs géants, emprunte le chenal, ce qui a représenté pour l’année 2020 très exactement 18 829 bâtiments…

Remorqueurs, peut-être un poil sous-dimensionnés, venus en aide du mastodonte bloqué dans le canal de Suez (photo ©
Reuters / Libération)

Dès le lendemain de l’accident qui s’est produit au petit matin, deux remorqueurs ont été dépêchés sur zone pour tenter de remettre le mastodonte dans les rails du canal. Mais l’opération a lamentablement échoué. Depuis, de multiples autres tentatives ont eu lieu et on a même vu une pelleteuse tenter de creuser la berge où le proue du navire s’est échoué, mais pour l’instant, en vain. On a bien envisagé de faire venir une grue géante pour sortir, un à un, les quelques 20 000 conteneurs entassés sur le pont du navire, histoire de l’alléger un peu pour le manœuvrer plus aisément. Mais l’opération prendrait sans doute des semaines et les autres navires bloqués dans le chenal commencent à s’impatienter sérieusement !

La pelleteuse en action, ou comment décoincer un porte-conteneur avec une petite cuillère… (source © Apk9to5)

Il faut dire que le coût d’immobilisation de tels navires géants avec leur cargaison coûte une fortune. C’est bien d’ailleurs pour cette raison que le canal de Suez a autant de succès malgré un tarif de péage prohibitif puisque le coût moyen de transit d’un bateau par le canal revient à 416 000 €. A côté, le prix du péage imposé par Vinci ferait presque sourire… Du coup, nombre de navires ont préféré reprendre la route traditionnelle qui oblige à contourner toute l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, malgré le petit détour de près de près de 6 000 km qui en résulte.

Et l’affaire amène les Russes à se réjouir, eux qui cherchent à développer la «Route maritime du Nord », qui traverse l’Arctique et permet de raccourcir fortement les distances entre l’Asie et l’Occident. Autrefois rarement praticable sous l’effet de la banquise, cette voie d’eau bénéficie à plein de la fonte des glaces liée au réchauffement climatique. Grâce à sa flotte de brise-glace à propulsion nucléaire, la Russie se fait fort d’assister les navires qui tenteraient d’emprunter cette voie périlleuse mais qui permet de gagner beaucoup de temps pour le transport des marchandises produites à l’autre bout du monde.

La route maritime du nord, nettement plus courte pour relier l’Asie à l’Europe, mais encore périlleuse du fait de la banquise (source © BFM TV)

En 2020, année qui a enregistré un nouveau record de chaleur accompagné d’un recul historique de la banquise, on a vu des navires chinois réaliser une dizaine d’allers-retours par cette voie du Nord et le volume de fret qui y a transité a atteint 33 millions de tonnes. C’est encore bien peu par rapport au corridor encombré du canal de Suez qui ne désemplit pas. Mais avec le dérèglement climatique en marche, qui va accélérer la fonte des glaces et rendre plus violents les mouvements de l’atmosphère et les vents de sable, les Russes sont déjà en train de se frotter les mains…

L. V.

Nucléaire : l’effet Fukushima s’estompe

25 mars 2021 by

C’était il y a tout juste 10 ans : le vendredi 11 mars 2011, à 14 h 46 heure locale, un séisme majeur, de magnitude 9,1 se produit se situe à 300 km au nord-est de Tokyo, au large de l’île de Honshu. Une fois de plus, l’excellente qualité des constructions parasismiques japonaise est démontrée et ce tremblement de terre ne fait que peu de dégâts malgré son intensité particulièrement élevée. En revanche, le tsunami qu’il déclenche crée des vagues atteignant localement près de 30 m de hauteur. Celles-ci, qui font des ravages sur près de 600 km de côtes, se propageant jusqu’à 10 km à l’intérieur des terres. On compte ainsi plus de 18 000 morts et disparus et les destructions sont considérables.

Le 11 mars 2011, des vagues géantes frappent la côte nord-est du Japon suite à un violent séisme (photo © Sadatsugu Tomizawa / AFP / Sud Ouest)

A Fukushima Daiichi, la centrale nucléaire, exploitée par l’opérateur Tepco est de type réacteur à eau bouillante : les turbo-alternateurs sont actionnés par la vapeur d’eau issue de l’ébullition d’eau déminéralisée au contact des barres de combustible dans le cœur. A cette date, 3 des 6 réacteurs sont arrêtés pour raison de maintenance. Les réacteurs 1 à 3, qui tournent à pleine puissance, se mettent automatiquement à l’arrêt du fait des secousses sismiques et la coupure du réseau électrique qui en résulte déclenche la mise en route des groupes électrogènes de secours. Le tsunami, qui se produit 50 mn plus tard, provoque une vague qui, à cet endroit atteint 15 m de hauteur et submerge allégrement la digue de protection qui ce fait que 7 m de haut.

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi envahie par les eaux le 11 mars 2011 (photo © Reuters / Ça m’intéresse)

Cette vagues et celles qui la suivent endommagent les prises d’eau en mer, destinées au refroidissement de la centrales, et noient les groupes électrogènes des réacteurs 1 à 4, les deux autres, plus récents, ayant été construits sur une plateforme surélevée. Le refroidissement de la centrale n’est dés lors plus possible que par un ultime dispositif de secours qui s’arrête dès que les batteries électriques se déchargent. Le cœur des 3 réacteurs se met à fondre et le samedi 12 mars à 15h36 le toit du réacteur 1 explose violemment sous l’effet de la pression d’hydrogène accumulée, suivie le 14 mars par l’explosion du réacteur 3, et le 15 mars par celle du réacteur 2 et l’incendie partie du réacteur 4. Dès lors, d’énormes quantités de produits radioactifs sont relâchés dans l’atmosphère tandis que l’exploitant arrose le site avec 200 m³ d’eau de mer par jour, eau qui se charge en produits radioactifs et qu’il faut ensuite stocker.

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi endommagée le 20 mars 2011 (photo © Ho New / Reuters / Radio Canada)

Face à l’émoi international, dès le 11 mars au soir, les autorités japonaises décident l’évacuation des populations environnantes, dans un rayon qui sera porté progressivement à 30 km. Ce sont au total environ 160 000 personnes qui ont dû fuir dans l’urgence, tandis que tout le bétail et les animaux de compagnie sont abandonnés sur place et partiellement abattus. Toute consommation d’aliment produit localement est rigoureusement interdite.

En janvier 2019, il restait encore près de 60 000 personnes relogés temporairement sans avoir pu regagner leur domicile. Une opération drastique qui a permis d’éviter a priori tout risque de contamination létale mais qui s’est soldée par un traumatisme fort puisque environ 2200 personnes, souvent âgées ou malades ont perdu la vie dans le feu de l’action effectuée dans la panique et avec des conditions sanitaires nécessairement dégradées.

Dix ans après l’accident, un rapport très documenté établi par l’UNSCEAR, un comité scientifique indépendant créé en 1955 par l’ONU, confirme que ces effets indirects, y compris les dépressions et les suicides sont les principales causes de mortalité induites par l’explosion des réacteurs de Fukushima. Aucune augmentation significative des cancers n’aurait été observée à ce jour parmi les populations les plus exposées, y compris d’ailleurs au sein des 24 832 travailleurs qui ont été amenés à intervenir sur le site même de la catastrophe : six d’entre eux seulement ont à ce jour développé un cancer reconnu comme maladie professionnelle et un est mort d’un crise cardiaque pendant les opérations de crise.

Dépistage sanitaire des enfants de la province de Fukushima (photo © Wally Santana / AP / NouvelsObs)

Les habitants qui sont revenus sur zone seraient désormais exposés à une dose de radioactivité inférieure à celle à laquelle un Français est exposé en moyenne du fait de la seule radioactivité naturelle. Il faut dire que les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens en ordinant la décontamination des terres soumises aux retombées de Césium 137 en particulier. Toutes les surfaces exposées ont été nettoyées au jet haute pression. D’énormes travaux de terrassement ont été entrepris entre 2013 et 2019, pour décaper plus de 20 millions de m³ de terre qui devront être stockés pendant des dizaines d’années, tandis qu’une couche de granite concassé était répandue localement pour remplacer les terres arables excavées.

Le coût de l’opération est évalué à 24 milliards d’euros et les impacts agricoles notamment risquent d’être durables. Une enceinte en sol congelé a même dû être édifiée tout autour du site pour tenter de limiter la contamination des eaux souterraines et limiter les échanges avec le milieu marin où la décontamination des sédiments reste encore un vaste chantier, de même d’ailleurs que le démantèlement des 4 réacteurs accidentés qui recèlent encore de l’ordre de 900 tonnes de corium hautement radioactif dont nul ne sait encore très bien comment le retirer, tandis que l’on commence à envisager le rejets en mer de toute l’eau radioactive accumulée depuis 2011 dans des installations de stockage qui arrivent à saturation.

Près de 10 millions de sacs géants contenant de la terre contaminés entreposés près de Fukushima (source © Japanization)

Une telle opération de démantèlement va durer probablement encore 30 ou 40 ans et personne ne se hasarde encore à en chiffrer le coût. Celui des conséquences directes de l’accident, y compris les frais de prise en charge et d’indemnisation des victimes mais aussi de gestion de la crise et de décontamination, était évalué à 193 milliards en 2017 par le gouvernement japonais, mais l’addition ne cesse d’augmenter. Qui a dit que le nucléaire était une source d’énergie sûre et peu coûteuse ?

D’autant que l’accident de Fukushima a eu des conséquences économique fortes sur tout le pays, se traduisant par une baisse de fréquentation de 30 % des touristes en 2011 et une chute des exportation de produits alimentaires, mais aussi une forte augmentation du ressentiment contre l’industrie nucléaire elle-même. En 2011, Le Japon comptait 54 réacteurs nucléaires dont 42 étaient en activité, assurant plus de 30 % de la production électrique du pays. Tous ont été mis à l’arrêt suite à la catastrophe, le temps de renforcer drastiquement les mesures de sécurité, et seuls 9 d’entre eux ont redémarré depuis. En 2019, la part du nucléaire dans la production électrique japonaise était remontée péniblement à 6,2 % mais le gouvernement envisageait, dès juillet 2018, d’atteindre 20 à 22 % d’ici 2030, tandis que Tepco se voyait déjà lancer la construction d’une nouvelle centrale.

Manifestation contre le nucléaire à Tokyo le 5 mai 2012 (photo © AFP / CNews)

Mais comme en France, le nucléaire ne fait plus l’unanimité. Certes, le 25 mars 2021, c’est de Fukushima que la flamme olympique des Jeux de Tokyo, a débuté son parcours, pour symboliser la renaissance de cette région dévastée en mars 2011, mais même Tepco commence à annoncer qu’il compte investir pas moins de 16 milliards d’euros sur 10 ans dans les énergies renouvelables : la page du nucléaire serait-elle en train de se tourner discrètement au Pays du soleil levant ?

L. V.

Deep time, ou le confinement nec plus ultra

23 mars 2021 by

Et voila, c’est reparti ! Un an tout juste après le premier confinement qui avait mis toute la France à l’arrêt, obligeant chacun à rester chez soi et à ne sortir que muni d’une attestation en bonne et due forme, et uniquement pour une raison valable, les habitants de 16 départements soit plus du tiers de la population française se trouvent de nouveau confinée depuis vendredi 19 mars 2021 à minuit. Décidément, cette crise de Covid-19 n’en finira donc jamais ?

Tous confinés à la même enseigne, ou presque : un dessin signé Kristian (source © France TV Infos)

Certes, contrairement à mars 2020, ce confinement qui ne touche pas la totalité du territoire national, n’est instauré que pour une durée de 4 semaines, en espérant bien sûr que l’amélioration de la situation sanitaire permettra effectivement d’y mettre fin à la date prévue. Certes aussi, les écoles resteront ouvertes cette fois, de même que certains commerces qui avaient été obligés de fermer en 2020, et l’autorisation de déplacement sera acceptée dans un rayon de 30 km autour de son domicile : c’est royal !

Bien sûr, les Bouches-du-Rhône sont (pour l’instant) épargnées par ce nouveau confinement, contrairement aux Alpes-Maritimes voisine, et nul ne s’en plaindra. Car bien rares sont ceux qui semblent trouver du plaisir à cette situation d’auto-enfermement qui oblige chacun à tourner en rond entre son salon et sa cuisine, à installer provisoirement son bureau dans un coin de la chambre à coucher pour s’y livrer à d’innombrables visioconférences et à limiter ses échanges sociaux à son plus proche entourage familial.

Deep Time, une mission très médiatisée (source © Human Adaptation Institute)

Et c’est pourtant cette période qu’a choisie l’explorateur Christian Clot pour lancer une expérience de confinement extrême consistant à se faire enfermer dans une grotte pendant 40 jours et 40 nuits, comme au temps du déluge, avec 14 autres volontaires, 7 hommes et 7 femmes triées sur le volet, parmi pas moins de 1500 volontaires ! Deep Time : tel est le nom de cette nouvelle aventure qui est présentée comme première mondiale destinée à observer, de manière scientifique, le comportement d’un groupe humain en situation de confinement dans un milieu clos où toute notion du temps qui s’écoule a complètement disparu.

A l’entrée de la grotte de Lombrives (photo © Bruno Mazodier / Human Adaptation Institute / Actu.fr)

Le 14 mars 2021 à 20h, le groupe de 15 personnes est donc entré dans la grotte de Lombrives, en Ariège, pour y séjourner pendant 40 jours sans montre ni ordinateur permettant de conserver le moindre repère temporel, mais avec un éclairage artificiel alimenté par des générateurs d’électricité actionnés par pédalage. Les observations issues de cette mission pendant laquelle les participants seront filmés en permanence et soumis à des batteries de tests, alimenteront plusieurs programmes de recherche scientifique, dans différents domaine d’expertise, pour mieux comprendre les effets de la désorientation spatio-temporelle sur un groupe d’individus et analyser ses effets sur la santé, les rythmes de sommeil, le comportement individuel mais aussi les interactions de groupe.

Le Franco-suisse Christian Clot, à l’origine de cette mission, connu pour ses expéditions en Patagonie et dans la Cordillère des Andes, dirige d’ailleurs un institut de recherche axé sur l’adaptation humaine aux situations extrêmes et aux changements. Il est persuadé que les observations issues de cette mission seront de la plus grande utilité pour comprendre les évolutions comportementales en situation de confinement comme en connaissent actuellement nombre de personnes confrontées à la pandémie mondiale, mais aussi pour préparer les explorations planétaires de longue durée du futur ou aider à mieux gérer certaines situations professionnelles de vie en vase clos à bord de sous-marins et de plateformes pétrolières par exemple.

Christian Clot, entouré des 14 volontaires de Deep Time (source © Twitter)

Certains esprits chagrins feront certes remarquer que l’expérience n’est pas si inédite que ne le prétend la communication bien léchée du projet ultra médiatisé. En 1962 déjà, le spéléologue Michel Siffre s’était enfermé volontairement pendant près de 2 mois à 100 m sous terre dans le gouffre de Scarasson au nord des Alpes-Maritimes pour étudier l’altération des rythmes chronobiologiques dans un milieu dénué de tout repère temporel. Une expérience qui avait attiré l’attention de la NASA et du cosmonaute russe Youri Gagarine. Il avait ensuite supervisé en 1988 une autre expérience du même type, réalisée par une jeune spéléologue de 32 ans, Véronique Le Guen, restée 111 jours seule dans l’aven de Valat-Nègre, près de Millau.

Le projet Deep Time n’est pas si original qu’il ne le prétend, d’autant que de multiples expériences comparables ont déjà été organisées. Même la télé réalité s’est emparée du concept d’enfermer un groupe dans un espace confiné et de laisser les conflits internes se développer pour la plus grande joie du spectateur voyeur, toujours ébahi de constater, après Jean-Paul Sartre, que « l’enfer, c’est les autres ».

Mais on s’interroge surtout sur le parallèle qui est fait par ses instigateurs avec la vie confinée que nous impose la crise sanitaire de Covid-19 depuis maintenant un an. Contrairement au citoyen lambda confiné dans son deux-pièces cuisine ou, pire, dans sa chambre d’étudiant de 9 m², ou au sein d’un EHPAD délabré entouré de personnes séniles et impotentes, les membres de l’expédition Deep Time auront la chance de découvrir une grotte magnifique, l’une des plus vastes d’Europe, dont une partie d’ailleurs est ouverte aux visiteurs, et dont la plus grande salle à la taille de la cathédrale Notre-Dame de Paris. On peut trouver pire comme lieu de confinement qui aurait pu être un simple bunker exigu !

La grotte de Lombrives en Ariège (photo © Philippe Crochet)

En l’occurrence, la grotte de Lombrives constitue un espace naturel particulièrement stimulant à découvrir et « qui permet l’émerveillement » comme le reconnaît bien volontiers Christian Clot, le tout au sein d’un groupe sélectionné pour sa richesse et sa diversité, confronté qui plus est à une batterie de programmes d’expérience scientifiques pointues. De quoi rendre le séjour des 14 volontaires nettement plus intéressant que le confinement banal qui provoque ennui, morosité et déficit de vie sociale…

L. V.

Machine d’Anticythère : un calculateur antique

21 mars 2021 by

En Europe, on considère généralement que l’horlogerie s’est vraiment développée à partir du XVIIe siècle, principalement en Suisse qui en est un des berceaux, à l’instigation d’ailleurs du calvinisme qui, interdisant les signes ostentatoires de richesse, pousse les orfèvres du pays à inventer ces boîtiers de montre que l’on peut aisément cacher dans la poche. L’invention en 1670, par l’Anglais Robert Hooke, de l’échappement à ancre, après l’utilisation en horlogerie du balancier de Huygens, sonnent les réels débuts de l’horlogerie de précision même s’il faut attendre 1686 pour voir apparaître les premières montres avec une aiguille des minutes présente au centre du cadran.

Montre oignon de la fin du XVIIIe siècle (source © Gazette Drouot)

Certes, dès le Moyen Âge, des mécanismes horlogers de grandes dimensions ont été installés dans certains clochers comme celui de Strasbourg en 1354 ou celui de Prague en 1410. Mais les mécanismes miniaturisés de précision ne voient vraiment le jour qu’au début du XVIIIe siècle.

Et pourtant, il semble bien que les Grecs, plus d’un siècle avant J.-C., étaient déjà en capacité de construire des mécanismes d’horlogerie à engrenages d’une très grande complexité, dotées de signes gravés d’une extrême finesse que l’on ne parviendra à égaler en occident qu’au début du XVIIe siècle !

L’éphèbe d’Anticythère, statue en bronze de 1,94 m, conservée au Musée nationale d’archéologie d’Athènes (source © Fracademic)

Cette découverte fabuleuse ne date pas d’hier puisque les vestiges dont il est question ont été retrouvés dans l’épave d’une galère romaine repérée par des pêcheurs d’éponges le 4 avril 1900, sur la côte nord-ouest de l’île d’Anticythère, par 42 m de fond. Renflouée par la marine grecque, l’épave avait alors livré de magnifiques objets dont la statue d’un éphèbe toujours exposée au Musée national archéologique d’Athènes. Mais il avait fallu attendre mai 1902 pour qu’un archéologue, Valérios Stàtis, se rende compte qu’un agglomérat de métal complètement oxydé remonté des profondeurs présente des traces d’étranges inscriptions. Il repère 3 morceaux principaux et 82 petits fragments qui semblent tous appartenir à cet objet mystérieux.

Différents fragments retrouvés de la machine d’Anticythère : un puzzle en 3 D à restaurer… (source © World Tempus)

En 1976, la Calypso du commandant Cousteau fait escale sur le site du naufrage et remonte quelques pièces antiques qui permettent d’en savoir un peu plus sur l’épave. Il s’agit selon toute vraisemblance d’un navire romain ayant participé à la campagne militaire engagée contre la Grèce en 86 avant J.-C. et qui a sombré au retour, lourdement chargé de trésors issus du sac de la ville de Pergame. Bien mal acquis ne profite jamais…

Dès 1905, le philologue allemand Albert Rehm a l’intuition que cet amas de ferraille rouillé remonté en miettes des profondeurs après avoir séjourné près de 2000 ans au fond de la mer, est en fait une sorte de calculateur astronomique. Il faut dire qu’il avait été mis sur la piste par un écrit de Cicéron qui, dans son ouvrage De Republica, rédigé en 54 avant J.-C., évoque le témoignage du général romain et ancien consul Caius Sulpius Gallus, lequel aurait eu entre les mains un mécanisme provenant du siège de Syracuse au cours duquel le savant grec Archimède avait trouvé la mort en 212 avant J.-C.

Principal vestige de la machine d’Anticythère conservé au Musée national d’archéologie d’Athènes (photo © Tilemahos Efthimiadis /
FlickR / Slate)

Cet étrange mécanisme, qui aurait été conçu par le génial Archimède, permettait, en l’actionnant, de reproduire les révolutions successives du soleil, de la lune et des 5 planètes alors identifiées. Un autre mécanisme comparable aurait été construit à l’époque de Cicéron par son ami Posidonios. Il va de soi que celui retrouvé au fond de la mer en 1900 correspondait nécessairement à un autre objet mais peut-être d’inspiration et d’époque comparable puisqu’on le date désormais du IIe et IIIe siècle, au vu de la forme des lettres qui y sont gravées.

Il faut en tout cas attendre 1959 pour que le physicien américain Price, après avoir radiographié les vestiges de la machine antique, confirme qu’il s’agissait bien d’un dispositif complexe constitué d’une vingtaine de roues dentées, d’axes, de tambours, d’aiguilles mobiles et de trois cadrans gravés de signes astronomiques, le tout actionné à l’aide d’une manivelle et permettant de reproduire différents cycles astronomique dont le cycle lunaire utilisé depuis l’époque babylonienne.

En 2000, l’astronome britannique Edmunds construit un tomographe à rayons X très spécifique, pesant plus de 8 tonnes, afin de scanner le petit amas de bronze rouillé avec une extrême précision. Le Grec Xenophon Moussas, qui est associé à ce programme de recherche pluridisciplinaire, réussit à déchiffrer pas moins de 2000 nouveaux caractères gravés, ce qui permet de mieux comprendre le fonctionnement de cette machine, sorte d’horloge astronomique manuelle qui permettait de décrire le mouvement des planètes et de prédire les éclipses du soleil et de la lune, selon les observations de l’époque encore basées sur la croyance que tout tournait autour de la Terre.

Ces travaux, publiés en 2006, permettent désormais de reconstituer de manière assez précise la machine d’Anticythère. Celle-ci se présentait sous la forme d’une boite en bois, de la taille d’un gros dictionnaire, dont les faces avant et arrières présentaient de nombreuses inscriptions. Le mécanisme comportait une trentaines de roues dentées et était actionné par une manivelle. La face avant présente un cadran circulaire avec les 365 jours du calendrier égyptien et deux cadrans indiquant les positions de la lune et du soleil par rapport au Zodiaque. La face arrière comporte deux cadrans en spirale correspondant au cycle de Méton (235 lunaisons) et à celui de saros (223 positions) permettant de prédire les éclipses de la lune et du soleil. D’autres cadrans permettent d’afficher la date des divers jeux antiques de l’époque, programmés sur la base d’observations astronomiques.

La montre MP 04 Anticythère réalisée par la société Hublot, inspirée de la machine antique (source © GPHG)

En 2011, l’entreprise d’horlogerie Hublot a reproduit la machine antique sous la forme miniaturisée d’une montre bracelet moderne que l’on peut depuis observer au Musée des Arts et Métiers à Paris.

Modélisation numérique de la nouvelle reconstitution par l’équipe de l’University College of London (source © Le Figaro)

Mais l’objet continue d’attiser la curiosité des scientifiques et, tout dernièrement, une équipe du University College of London, vient encore de procéder à une nouvelle reconstitution, numérique cette fois, de l’appareil antique en se basant sur des considérations mathématiques figurant dans un ouvrage de Platon. Selon eux, le dispositif était constitué d’un système de 9 anneaux concentriques tournant autour de la Terre selon un ordre prédéterminé et prenait en compte la totalité des connaissances astronomiques de l’époque, selon un dispositif analogique d’une extrême complexité et qui préfigure avec plusieurs siècles d’avance les premières machines mécanisées permettant de faire des calculs automatiques. Comme quoi la civilisation grecque antique n’a pas encore livré tous ses secrets…

L. V.

Départementales 2021 : Vassal mise sur la peur

19 mars 2021 by

Nous sommes en mars et comme à l’accoutumée on décèle à des petits riens que le printemps arrive, que les beaux jours reviennent, et que… les élections départementales se profilent à grands pas. Prévues initialement en mars 2021, elles ont été exceptionnellement repoussées aux 13 et 20 juin prochains, en même temps que les Régionales. Pour la première fois, les Français seront donc amenés à choisir le même jour leurs représentants dans ces deux institutions territoriales dont personne ne sait très bien comment se répartit leur champ d’action respectif, mais dont chacun constate que leurs élus sont souvent les mêmes et qu’elles servent principalement de tiroir caisse pour les élus communaux, eux mêmes fortement présents au sein de ces deux collectivités.

Ces trois mois de mandat supplémentaire offerts aux élus, Martine Vassal, qui est à la tête de l’exécutif du Département des Bouches-du-Rhône depuis mars 2015, compte bien les exploiter au maximum pour sauver son poste après sa défaite spectaculaire à la mairie de Marseille en juin dernier. Bien avant le lancement de la campagne officielle, elle profite donc des largesses de l’institution qu’elle préside, pour inonder le territoire de ses affiches publicitaires destinées à matraquer l’idée que c’est le Conseil départemental qui est le principal garant de la sécurité des habitants !

Des abribus retapissés aux couleurs du Département et de son obsession pour la sécurité publique (photo © CPC)

Capot de véhicule de police, caméra de vidéosurveillance ou gilet pare-balle, tous les visuels sont bons pour inculquer dans la tête du citoyen buccorhodanien qu’il est en danger permanent mais que, fort heureusement, le Département veille sur sa sécurité. Pas un abribus du département n’a pu échapper à cette campagne d’affichage massive, couplée, pure coïncidence naturellement, avec une autre série d’affichage, cette fois au nom de la Métropole Aix-Marseille-Provence, vantant l’action de cette collectivité en matière d’applications numériques au service…de la sécurité des citoyens.

Il se trouve, par le plus grand des hasards, que ces deux institutions sont présidées par la même personne, ce qui ne peut que confirmer la cohérence du discours de cette dernière, laquelle avait d’ailleurs, en début d’année, exprimé ses vœux via une campagne publicitaire jumelée en juxtaposant sur les mêmes affiches le logo des deux institutions : à se demander même en quoi on aurait besoin de deux structures différentes…

Une affiche du Département en faveur de la vidéosurveillance (source © CD 13)

Bien évidemment, seuls les mauvais esprits pourraient imaginer un quelconque souci de propagande électoraliste dans la présente campagne de promotion du Département qui ne fait que mettre en avant son action financière incontestable au service de la sécurité des habitants. Sachant que la peur de l’insécurité est un puissant agent mobilisateur auprès de l’électorat âgé et conservateur, celui qui se mobilise en masse pour la droite LR et qu’il convient avant tout de détourner de ses tentations à soutenir le Rassemblement National, le calcul n’est probablement pas dénué de toute arrière-pensée, mais n’insistons pas sur ces petits calculs politiciens.

Le fait est que le Département dépense sans compter pour subventionner les communes et même l’État afin d’investir toujours davantage dans du matériel supposé améliorer le travail des forces de l’ordre. En 2021, Martine Vassal annonce ainsi mettre 2 millions d’euros à disposition des communes du département pour les aider à s’équiper en caméras de vidéosurveillance, subventionnées à hauteur de 60 %.

Marine Vassal aux côté du Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanain le 26 février 2020 (photo © Serge Guéroult / La Provence)

Suite à la visite du Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanain, elle a même promis que le Conseil Départemental doublerait la mise de 1 million d’euros annoncée par l’État afin d’équiper la Ville de Marseille de nouvelles caméras de surveillance, et ceci malgré les réticences de la nouvelle municipalité. Il faut dire que la ville est déjà l’une des mieux équipées de France en matière de matériel de vidéosurveillance avec pas moins de 20 % des effectifs de la police municipale affectés exclusivement au visionnement des images, même si l’objectif principal est surtout de verbaliser les infractions au code de la route. La Ville réclame désespéramment des effectifs de policiers mais l’État comme le Département veulent absolument lui fourguer du matériel de vidéosurveillance, fragile et coûteux à l’entretien, qui ne fait souvent que déplacer les points de délinquance et ne fait rien pour apaiser les conflits de voisinage et les tensions au quotidien dans les quartiers…

Mais le Département ne fait pas que dans la caméra. Martine Vassal n’a pas hésité à investir plus d’un million d’euros pour la construction du nouvel hôtel de police d’Arles, une commune hors Métropole qu’il convient de choyer tout spécialement. Financement d’études, construction de bâtiments, achats de véhicules, de gilets pare-balle, d’armement pour les policiers municipaux, rien n’arrête le Conseil départemental quand il s’agit d’aider les communes en matière de sécurité de proximité, avec un montant budgété de 62 millions d’euros pour 2021, sans compter naturellement les investissements faits en direct pour la sécurité des établissements relevant du Départements, tels que les collèges.

Martine Vassal en visite sur le site du futur hôtel de police d’Arles le 3 août 2020 (source © Twitter)

Et ce n’est pas tout, car le Département met aussi la main à la poche pour aider l’État ! Martine Vassal a ainsi accordé plus de 36 millions d’euros pour la construction et la rénovation de casernes de gendarmerie, dont une nouvelle à Roquevaire qui devrait ouvrir ses portes en 2024. Même le RAID, unité d’intervention de la police nationale et symbole du bras armé de l’État, s’est vu offrir une subvention du Département pour acquérir un nouveau navire à propulsion rapide…

Une telle largesse ne manque d’ailleurs pas d’étonner de la part d’une collectivité qui a perdu en 2015 sa clause de compétence générale et dont les compétences exclusives sont principalement l’action sociale (et notamment l’aide à l’enfance et l’octroi des prestations d’aide sociale, mais aussi la prise en charge des mineurs non accompagnés pour laquelle Martine Vassal est aux abonnés absents), la construction et l’entretien des collèges, mais aussi la gestion de la voirie départementale, celle des ports ou encore celle du service départemental d’incendie et de secours.

Même en cherchant bien, la compétence du maintien de la sécurité ne fait pas partie, ni de près ni de loin, des compétences relevant du Département. Il s’agit d’une compétence exclusive de l’État, uniquement partagé avec le Maire qui possède également des pouvoirs de police. On peut concevoir que Martine Vassal qui se rêvait dans le fauteuil de Maire de Marseille, ait quelques regrets de ne pas pouvoir s’investir au quotidien sur ces nobles missions qui manifestement la passionnent. Peut-être serait-il néanmoins utile que quelqu’un lui souffle que cette problématique ne fait pas réellement partie de son champ de compétence, ni au Département ni à la Métropole ?

L. V.

Roquefavour : un travail de Romains…

16 mars 2021 by

Pour qui part de Marseille ou d’Aix-en-Provence en TGV au petit matin, c’est toujours un plaisir que d’apercevoir à quelques centaines de mètres de la voie ferrée, un peu après la gare d’Aix – Les Milles, du côté ouest, le majestueux aqueduc à trois niveaux qui enjambe la vallée de l’Arc, avec son appareillage en pierres de taille chaudement éclairé par les rayons du soleil levant.

Vue de l’aqueduc de Roquefavour (source © Société des eaux de Marseille)

Vaguement copié sur le modèle de l’ancestral Pont du Gard, construit par les Romains au premier siècle après J.-C. et avec lequel plus d’un touriste surpris ne peut s’empêcher de le confondre, ce monument architectural est pourtant nettement plus moderne que son illustre prédécesseur puisque achevé en 1847. Et pourtant, sa fonction est strictement identique puisqu’il a pour rôle de faire transiter au dessus d’un cours d’eau naturel, l’eau captée très en amont et acheminée par un canal.

En l’occurrence, il s’agit ici de l’eau de la Durance, que les élus de Marseille, à l’instigation du maire de l’époque, Maximin-Dominique Consolat, décidèrent en 1835 de capter à leur profit pour alimenter en eau la cité phocéenne alors en pleine croissance mais durement éprouvée par deux années consécutives de sécheresse sévère, nécessitant une restriction drastique de l’alimentation en eau potable, suivies par de brutales inondations à l’origine d’une épidémie de choléra. Les ressources locales en eau potable étant manifestement insuffisantes et trop vulnérables pour satisfaire aux besoins d’une grande ville méditerranéenne, il fallait prendre le taureau par les cornes et aller chercher au loin, dans les contreforts alpins, la précieuse ressource.

L’ingénieur suisse Jean-François Mayor de Montricher, principal architecte du Canal de Marseille (source © Société des eaux de Marseille)

Le creusement sur une longueur de 82 km de ce qui allait devenir le Canal de Marseille ne posait guère de problèmes techniques sinon qu’il nécessitait le percement de 84 tunnels et pas moins de 18 ponts-aqueducs, mais le franchissement de la vallée de l’Arc, sur la commune de Ventabren, constituait le défi principal à relever. Il fut d’abord question d’un franchissement par siphon, ce qui aurait nécessité le percement d’une galerie souterraine sous le lit de l’Arc. Mais la Ville préféra retenir le projet de l’ingénieur suisse Jean-François Mayor de Montricher, polytechnicien sorti major de sa promotion de l’École des Ponts et Chaussées en 1832 et affecté à partir de 1836 à l’arrondissement de Marseille. C’est lui qui proposa le tracé retenu d’un canal gravitaire ralliant directement Marseille sans passer par Aix, et c’est lui qui conçut cet ouvrage d’art exceptionnel qu’est l’aqueduc de Roquefavour.

Long de 393 m et s’élevant à 83 m, soit deux fois plus haut que le Pont du Gard, ce pont-aqueduc le plus haut du monde construit en maçonnerie ne peut laisser indifférent avec ces trois niveaux superposés d’arches en pierres de taille dont les faces extérieures ont été laissées à l’état brut. Ces dernières ont été extraites de deux carrières ouvertes à Velaux et acheminées sur le chantier par une voie ferrée de 9 km construite spécifiquement. Certains des blocs pèsent pas moins de 15 tonnes !

Photographie de l’aqueduc de Roquefavour prise en 1861 par Édouard Baldus pour un ouvrage commandité par la compagnie PLM (source © BNF Expositions)

Commencé en 1841 après des premiers sondages effectués dès 1839, le chantier a mobilisé au total près de 5 000 ouvriers dont 300 tailleurs de pierres, à une époque où la main d’œuvre spécialisée était encore accessible. Ce qui n’a pas pour autant empêché les entrepreneurs de réclamer des révisions de contrat, arguant du fait que les travaux s’avéraient plus complexes et plus coûteux que prévu, une bonne habitude qui est d’ailleurs restée bien ancrée dans le monde du BTP. Il a fallu que le ministre des Travaux publics en personne intervienne en 1842 pour permettre la poursuite des travaux, mais en régie. Cela a occasionné une sérieux renchérissement du coût mais a permis de finir l’ouvrage, achevé en mai 1847 seulement, juste à temps pour permettre une première mise en eau du canal avant l’été, dès le 30 juin.

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, un certain Alphonse de Lamartine, de passage pour visiter le chantier, est subjugué par la beauté de l’œuvre et il se laisse aller à son esprit de poète romantique pour déclamer, plein d’enthousiasme et de lyrisme : « Le pont de Roquefavour est une des merveilles du monde. Le cadre est digne du tableau. Pour l’effet, il ne manque que la lune, soleil des monuments, quelques graminées et quelques stalactites pendantes de ci de là ». Ce à quoi, l’ingénieur suisse des Ponts et Chaussées, Mayor de Montricher, rétorque, plus prosaïque : « Passe encore pour la lune, ce soir votre vœu peut être comblé. Quant aux stalactites, permettez-moi de vous dire, monsieur de Lamartine, que je n’en suis pas jaloux. Elles prouveraient que la cuvette de mon canal perd ses eaux et ne vous en déplaise, j’aime mieux le monument tel qu’il est ». Deux visions du monde qui se heurtent…

Le Canal de Marseille passant sur l’aqueduc de Roquefavour (source © Cardalines)

De fait, initialement, l’eau du canal circulait dans une cunette en pierre installée au sommet de l’ouvrage. En 1971, la Société des Eaux de Marseille remplace ce cheminement initial par deux canalisations superposées de 1 m de diamètre chacune, qui permettent d’augmenter la capacité de transit à 4,4 m³/s tout en évitant le risque de fuites. En 1975, c’est même l’ensemble de la cunette qui est remplacée par une canalisation unique de 2,20 m de diamètre, ce qui augmente encore la capacité de transit, le Canal de Marseille apportant chaque année 240 millions de m³ d’eau brute soit 80 % de la consommation en eau de la ville.

Mais ce bel ouvrage architectural, classé au patrimoine des monuments historiques en 2005, subit comme tout un chacun, les affres du temps. En 2007, des chutes de pierres sont observées par la SNCF qui exploite la voie ferrée Aix-Rognac, laquelle passe sous l’ouvrage majestueux, de même d’ailleurs que la route départementale RD 65 qui relie Les Milles à Roquepertuse en suivant la vallée de l’Arc. Une partie du pont est en train de s’effriter, ce qui est d’autant plus dommageable que cette voie ferrée est utilisée notamment pour transporter les chargement de bauxite destinés à l’usine d’alumine de Gardanne.

Des purges sont effectuées en urgence dès 2008, et en 2014 une consultation est lancée pour choisir un maître d’œuvre, en l’occurrence François Botton, architecte en chef des monuments historiques. C’est désormais la Métropole Aix-Marseille-Provence qui est propriétaire de l’aqueduc et c’est la Direction de l’eau, de l’assainissement et du pluvial qui pilote le chantier de confortement de l’ouvrage, près de deux siècle après sa construction. Un chantier dont le coût a été évalué à près de 22 M€ TTC, financé à 80 % par le Conseil de territoire Marseille Provence, avec des subventions de l’État, de la DRAC et de l’Agence de l’Eau.

Montage de l’échafaudage au pied de l’aqueduc de Roquefavour (photo © J.P. Enaut / TPBM)

Ce chantier, qui devrait durer près de 4 ans, mené sans interrompre l’activité de transit de l’eau, nécessite le montage d’un échafaudage hors normes constitué de 170 000 éléments et pesant pas moins de 1 200 tonnes ! De nombreuses pierres devront être remplacées tandis que l’étanchéité devra être entièrement revue. Il est prévu de monter par les échafaudages au moins 3 300 tonnes de matériaux : un vrai travail de Romains pour un aqueduc qui, bien que conçu au XIXe siècle par un ingénieur suisse, est bel et bien d’inspiration romaine.

L. V.

A défaut d’œuvres d’art, Carnoux affiche la couleur !

14 mars 2021 by

Début 2021, juste avant l’éclosion des inflorescences de mimosa, Carnoux-en-Provence a affiché la couleur en se parant de touches du même jaune dans le secteur qui débute au rond-point des Barles et se termine sur le boulevard Lyautey en passant par le rond-point Lou Caire.

Marquage au rond-point Lou Caire (photo © MM / CPC)

Mais là, point de végétaux, seulement des structures de métal ou de béton qui jalonnent un parcours. A l’instar du Petit Poucet de Charles Perrault qui dépose des cailloux sur son trajet afin de le retrouver ultérieurement, quel est celui qui a installé ces bornes ? La couleur utilisée n’est pas sans rappeler celle des boîtes à lettres de la Poste, mais ni la taille, ni les formes et pas plus que les usages ne correspondent à ce service.

Dans un précédent article datant d’octobre 2016 intitulé Land Art à Carnoux, nous avions attiré l’attention de nos concitoyens sur l’installation de bornes orangées qui signalaient la présence souterraine des conduites sous haute pression des eaux résiduelles provenant de l’usine Alteo de Gardanne. Dans le cas qui nous concerne, il n’est toujours pas question d’installation d’œuvres d’art dans Carnoux, mais de la pose de différentes bornes qui indiquent la présence en sous-sol de conduites de gaz sous pression du fournisseur GRT Gaz.

Pylône sur le rond-point Lou Caire (photo © MM / CPC)

Ces bornes sont destinées, comme on peut le lire sur les indications portées, à indiquer qu’une canalisation haute pression est enfouie à l’aplomb de la marque. Conformément à la réglementation CLP (Classification, Labelling et Packaging – en français : classification, étiquetage et emballage), entrée en vigueur le 1er juin 2017, qui classifie les produits chimiques par famille en fonction du danger potentiel des substances, notre ville se pare donc de signaux aux couleurs normalisées en fonction des différents fluides qui circulent dans son sous-sol.

Couleurs conventionnelles pour les canalisations (source © securinorme.com)

Le marquage des canalisations enterrées est un affichage de sécurité qui indique aux habitants et surtout aux entreprises qui œuvrent dans les secteurs ciblés la présence de conduites dangereuses. Jusqu’alors, les seules identifications colorées se trouvaient au niveau de filets en plastique colorés (cf. schéma ci-dessous) posés dans les tranchées ce qui n’évitait pourtant pas des accidents comme ce fut le cas dans le quartier Plein Soleil où lors de la pose de conduites de gaz, un engin de chantier a fêlé une conduite d’eau et provoqué une fuite lente qui a nécessité une intervention onéreuse qui aurait pu être plus dommageable s’il s’était agi de la rupture d’une conduite de gaz.

Coupe type d’un remblai avec canalisations enterrées (source © Cegibat)

Si les bornes d’incendie rouges nous sont familières, en nous référant au code de couleurs ci-dessus, nous constatons que les conduites d’eau ne sont pas signalées par des bornes vertes. A quand l’émergence de signaux verts sur le territoire de la commune ? Voilà qui ajouterait une touche nouvelle colorée notre environnement urbain !

Mais plutôt que des bornes ou des enseignes colorées dans la ville, on pourrait concevoir des créations qui ponctuent esthétiquement un trajet. Nombreux sont les artistes qui conçoivent des œuvres urbaines et il serait de bon aloi que les Carnussiens puissent bénéficier de leur présence.

L’ancienne mairie de Carnoux désormais démolie (source © Lescommunes.com)

Prenons un exemple : la destruction de l’ancien hôtel de ville a conduit à la disparition des stores jaunes et noirs des baies vitrées de la façade qui rappelaient ceux de la place et du jardin du Palais Royal à Paris, matériau dont l’artiste Daniel Buren s’est servi à la fois comme support et comme motif peint dans ses premières œuvres puis comme marque personnelle dans ses créations comme « Les Deux Plateaux », plus connu sous le nom des Colonnes de Buren, sur la place même du Palais Royal.

Trois des sept mats installés à Marseille, Avignon et Macon (source © danielburen.com)

Dans notre région, certains peuvent se rappeler qu’une partie d’une œuvre commémorative de Daniel Buren était visible à Marseille. D’abord installée en ville (cf. photographie ci-dessous) elle avait été ensuite déplacée sur la plage du Prado de Marseille. Cette œuvre aujourd’hui disparue (qu’en est-il du caractère inaliénable des commandes publiques ?) constituait le premier des sept jalons du trajet des soldats de la Révolution depuis Marseille, en passant par Avignon, Valence, Vienne, Macon, Saulieu, pour rejoindre Charenton près de Paris). Réalisée en 1989 à l’occasion du bicentenaire de la Révolution, « La Marche des Fédérés Marseillais / Aux Couleurs de la ville », était composée d’un mât et de 500 fanions.

A l’occasion du jubilé de la ville de Carnoux-en-Provence en 2016, Nicolas Bouland a publié, avec Dominique Berthout, « Carnoux-en-Provence, le vallon du retour ». Dans les premières pages, il note que quelques Carnussiens qui ont connu la création de la commune de Carnoux, en avaient déjà foulé la terre après le débarquement sur les côtes de Provence en août 1944 de l’armée d’Afrique dont ils faisaient partie. « Après avoir participé à la libération de Toulon, trois groupements de tabors marocains …. s’opposent dès le 21 août 1944 à l’armée allemande du côté d’Auriol et de la Valentine, mais aussi à Peypin et Cadolive. Le lendemain, c’est le 6ème Goum qui s’empare de la colline de Carnoux, avant d’occuper le camp de Carpiagne, point d’appui pour filer vers Marseille par le col de la Gineste, tandis que les unités du génie s’emploient à déminer la route Aubagne – Cassis qui traverse le vallon de Carnoux. En réalité, arrivées dans les environs de Carnoux, les troupes du général de Montsabert (armée de Lattre de Tassigny) et les forces de la Résistance intérieur parviennent à libérer Aubagne le 21 août 1944. »… « Le lieutenant François Santoni, carnussien de la première heure, accompagné de goumiers, a donc traversé le territoire de Carnoux, situé sur la commune de Roquefort la Bédoule en août 1944. Ses troupes ont fait une pause à la source qui jaillissait quartier du Mont-Fleuri. »

Le vallon de Carnoux en septembre 1959 (photo © J. Paris / mairie Carnoux)

Reprenant le concept de marche de la Liberté, qu’elle soit révolutionnaire comme en 1789 ou libératrice du joug nazi comme en 1944, l’épisode qui s’est déroulé sur notre commune pourrait faire l’objet d’une commande publique à un artiste afin de retracer l’itinéraire des goumiers marocains sur les terres de ce qui deviendra 62 ans plus tard la ville de Carnoux en Provence. Un projet historique et artistique à suivre !

M.M.

Régionales 2021 : où va-t-on ?

11 mars 2021 by

En France, les dernières élections régionales avaient eu lieu en décembre 2015 alors que les Conseils départementaux avaient été renouvelés en mars de la même année. Normalement, chacune de ces instances est élue pour une durée de six ans. Mais, histoire de simplifier le calendrier électoral et d’éviter de déplacer deux fois les électeurs, les deux organes seront cette année renouvelés à la même date. Ce devait être en mars 2021 mais, épidémie de Covid-19 oblige, le scrutin est finalement reporté aux 13 et 20 juin prochains comme vient de le fixer une loi adoptée le 22 février. On sait d’ailleurs, d’ores et déjà, que le renouvellement suivant sera reporté de six mois, pour ne pas se télescoper avec les présidentielles : en 2027, on élira donc le Président de la République en avril-mai, les députés en juin et les conseillers départementaux et régionaux en décembre !

Les élections régionales : même Jean-Michel Blanquer ne pense qu’à ça… Un dessin signé Ganaga, publié le 5 janvier 2021 dans Blagues et dessins

A ce stade, il reste donc encore trois mois avant la prochaine échéance électorale, avec toujours un risque de report supplémentaire selon l’évolution de la situation sanitaire pour laquelle l’avis du Comité scientifique est encore attendu le 1er avril. Et les candidats ont jusqu’au 10 mai pour se faire connaître. Autant dire qu’il est bien évidemment prématuré de faire des pronostics à ce stade. La plupart des présidents sortant, toujours enclins à se représenter, affirment bien entendu d’une seule voix, qu’ils sont au travail et qu’ils ont bien d’autres chats à fouetter que de se préoccuper de leur réélection. C’est le cas de Valérie Pécresse en Île-de-France, de Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, et bien sûr de Renaud Muselier en région PACA qui répète à qui veut l’entendre que sa priorité est la gestion de la crise sanitaire et économique, pas sa réélection…

Renaud Muselier, en bonne position pour être réélu à la tête de la région PACA ? (source © Cap sur l’avenir !)

Ceci dit, le Président de la région PACA, qui a récupéré le fauteuil de Christian Estrosi en cours de mandat, ne devrait pas avoir trop de souci à se faire. Rappelons, pour ceux qui l’auraient oublié, que lors des dernières élections, en décembre 2015, la liste de gauche menée par celui qui était encore socialiste, Christophe Castaner, s’était faite tout simplement hara kiri en s’effaçant entre les deux tours au profit de la liste LR de Christian Estrosi. Depuis 6 ans, la gauche est donc totalement absente des bancs de l’assemblée où la seule opposition est représentée par les élus du Rassemblement National.

C’est donc avec une certaine curiosité qu’on guettera la constitution des listes de candidats pour cette prochaine échéance, histoire de savoir si celle-ci se résumera, comme en 2015, au duel désormais habituel, entre LR et RN, ou si la gauche a l’intention d’y participer au-delà du premier tour…

Sophie Cluzel, chargée par l’Élysée de monter une liste LREM en région PACA (photo © Baptiste Giroudon / Paris Match)

L’irruption sur l’échiquier politique du parti présidentiel LREM ne devrait guère troubler le jeu tant ses résultats lors des dernières élections locales sont insignifiants. Christophe Castaner, passé depuis avec armes et bagages dans le camp d’Emmanuel Macron, a bien essayé de faire un appel du pied à Renaud Muselier en proposant cette fois de s’allier à lui dès le premier tour. Mais le patron de la Région l’a sèchement renvoyé dans ses buts en précisant qu’il n’envisageait « aucun accord d’appareil ou de parti avant le premier tour ». Une position qu’il se dit prêt à revoir pour le second tout (on n’est jamais trop prudent…). « Pour le second tour, pas de gestes barrières entre les républicains que nous sommes » a précisé le bon docteur Muselier, tout en ouvrant la porte sur sa liste à certaines « individualités » à condition de passer un « test PCR », à savoir « projet, compétence, République », comprenne qui pourra. C’est la secrétaire d’État aux personnes handicapées, Sylvie Cluzel, qui est chargée de monter une liste LREM en région PACA et qui du coup ne cache pas sa perplexité d’avoir à se débrouiller pour monter une stratégie d’alliance avec la liste sortante LR dans un tel contexte…

Thierry Mariani, probable future tête de liste RN pour les régionales de 2021 ? (photo© Maxim Zmeyev / Challenges)

Côté RN, même si sa candidature n’est pas encore officielle, il est très probable que ce soit l’ex UMP Thierry Mariani qui mène la danse, en lieu et place de Marion Maréchal – Le Pen qui s’était retirée en 2017. Ancien député chiraquien du Vaucluse, ancien ministre de François Fillon et désormais député européen élu sur la liste de Marine Le Pen, celui qui 2010 était tête de liste pour la droite contre Michel Vauzelle et Jean-Marie Le Pen, a donc viré sa cuti et se présentera en 2021 contre sa propre famille politique d’origine. Cet admirateur inconditionnel de Vladimir Poutine, favorable à l’annexion de la Crimée par la Russie, très proche du régime de Bachar el-Assad, soutien indéfectible de l’Azerbaïdjan dans le conflit qui l’oppose à l’Arménie, et chantre du nationalisme ultraconservateur hindou, devra sans doute mettre en sourdine ses visions géostratégiques peu consensuelles le temps d’une campagne électorale, mais l’homme a toujours su faire preuve d’une grande capacité d’adaptation…

Olivier Dubuquoy, un temps pressenti pour mener la liste EELV aux régionales 2021 en PACA (photo © Serge Mercier / La Provence)

Quant à la gauche, nul ne sait à ce jour dans quel état elle sera en mesure de se présenter, sachant que les premiers sondages donnent le RN largement en tête à l’issue du premier tour. Un scénario qui rappelle furieusement celui de 2015 où ce dernier avait obtenu près de 42 % des suffrages à l’issue du premier tour contre 28 % seulement pour la liste LR. En 2021, la gauche a d’autant plus de risques de se voir évincée dès le premier tour qu’elle a bien du mal à s’unir. Les cafouillages observés du côté des écologistes confirment, s’il en était besoin, que la stratégie du rassemblement est loin d’être naturelle. Faut-il rassembler d’abord la gauche ou d’abord les écologistes ? Deux courants s’affrontent et les chefs de file valsent au gré des votes de militants et des décisions du parti EELV…

L’hémicycle du Conseil régional PACA : encore 6 ans de face à face LR-RN ? (photo © Boris Horvat / AFP / 20 minutes)

Du côté du Printemps marseillais, Benoît Payan comme Michèle Rubirola, Olivia Fortin ou Sophie Camard, plaident pour un rassemblement de la gauche dès le premier tour, seule condition pour ne pas être éliminés d’emblée comme en 2015. C’est le sens de l’appel lancé fin janvier 2021 sous le vocable « Il est temps » et signé par quelques 2000 personnes, des Insoumis au PS. Pour l’avoir paraphé, l’écologiste Olivier Dubuquoy, a perdu sa place de chef de fil régional EELV : ambiance, ambiance…

Dans les rangs de la société civile, on tente aussi de s’organiser et un autre appel a été lancé en parallèle par 130 acteurs associatifs, politiques ou économiques, le 6 janvier 2021, sous le nom de Citoyens du SudMouvement régional d’initiative citoyenne, en vue de la constitution d’une liste unique rassemblant l’ensemble des forces de gauche et écologistes. L’avenir dira bientôt si les forces se disant progressistes sont capables d’entendre la voix de la raison ou s’il ne s’agissait que d’un doux rêve utopique…

L. V.

Cassis : lessivage et bétonnage au Bestouan

9 mars 2021 by

A Cassis, la plage du Bestouan, située en contrebas de la route en allant vers la Presqu’île fait partie des spots balnéaires noirs de monde dès que les beaux jours arrivent. Des cartes postales anciennes assemblées sur l’excellent site « Le Gabian déchaîné » montrent d’ailleurs qu’il en était déjà de même au tout début du siècle dernier. A croire que tout le monde a oublié que c’est sur les hauteurs de cette même plage, à l’endroit où se dresse depuis l’hôtel de charme « Le jardin d’Émile », qu’ont été enterrées les 214 victimes cassidennes de la peste de 1720, juste au dessus du vallat des Brayes qui longe le parking du Bestouan et dont la plage constitue le cône de déjection naturel.

La plage du Bestouan à Cassis vers 1900 (carte postale ancienne source © Le Gabian déchaîné)

Un parking qui, certains l’auront sans doute constaté, est actuellement inaccessible car recouvert d’étranges bâches noires gonflées tout à fait incongrues dans ce paysage balnéaire… Ces deux immenses outres en géotextile noir servent en fait au ressuyage des sédiments qui sont en cours de dragage dans le port de Cassis. Une opération de nettoyage qui n’avait pas été entreprise depuis les années 1960 alors que le port de Cassis est l’exutoire naturel de tous les ruissellements pluviaux souvent très chargés qui dévalent des rues au moindre orage et qui charrient dans les eaux du port tout ce qui traîne au sol.

Vue du port de Cassis (source © My PACA)

Ces apports de matériaux s’accumulent dans le fond du port au rythme de 10 cm tous les 4 ans en moyenne, ce qui, à la longue, réduit considérablement le tirant d’eau et conduit à l’envasement inéluctable. Ces opérations de dragage sont donc indispensables. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de voir le sort des anciens ports antiques de Fréjus ou de Marseille, depuis longtemps enfouis au milieu des terres. A Cassis, c’est le Conseil départemental qui est gestionnaire du port et comme Martine Vassal ne peut rien refuser à la maire de Cassis, Danièle Milon, par ailleurs 2e vice-présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence, l’affaire était dans le sac. Après une rapide enquête publique menée au pas de charge l’été dernier, les travaux ont commencé cet hiver et sont en voie d’achèvement, pour la modique somme de 1,75 millions d’euros payée par le Département.

Les matériaux du port ont été aspirés par une drague sur une épaisseur variant selon les endroits entre 65 cm et 1,50 m. Le mélange d’eau et de sédiments est refoulé par une conduite qui court au fond de la mer jusqu’à la plage du Bestouan sur une longueur de 650 m. La conduite traverse la route par la buse du vallat des Brayes et vient se déverser dans les deux gros géotubes où le mélange reçoit au passage une poudre de perlimpinpin qui facilite la floculation. Le ressuyage se fait naturellement à travers les mailles du géotextile et l’eau qui filtre est recueillie et décantée puis renvoyée par une autre conduite au fond du port. A l’issue de la phase de décantation, les outres seront éventrées et les sédiments seront chargés dans des camions bennes pour être évacués en décharge car, bien évidemment, leur taux de pollution est tel qu’aucune valorisation de ces déchets n’est envisageable.

Schéma des installations de traitement des sédiments sur la parking du Bestouan à Cassis (source © Conseil départemental des Bouches-du-Rhône)

Malgré les belles images de cartes postales, le fond du port de Cassis n’est en effet jamais qu’un cloaque immonde, même si la Ville n’apprécie guère ce type de constat, au point d’intenter, comme l’avait rapporté Marsactu, un procès en diffamation contre France Télévision qui avait eu l’outrecuidance, en juillet 2017, de diffuser un reportage évoquant diverses sources de pollution des calanques, dont les rejets de la station d’épuration de Cassis, pourtant récemment rénovée !

De fait, la municipalité de Cassis ne cache pas son ambition de faire de Cassis un site de villégiature pour une clientèle fortunée et veille à son image tout en n’hésitant pas à attribuer à tour de bras des permis de construire pour des villas de plus en plus luxueuses sur tout le littoral où l’on voit fleurir des grues jusqu’au bord même des espaces naturels encore préservés. A Cassis, la maire déplore qu’il n’y ait aucun espace disponible, du fait des multiples contraintes environnementales et réglementaires, pour construire les logements sociaux qui font tant défaut. Le taux de logement sociaux ne dépasse d’ailleurs pas 8,7 %, ce qui handicape fortement la population active qui travaille en particulier dans la restauration et l’hôtellerie locale, souvent dans des conditions très précaires.

Vue aérienne du site du Bestouan à Cassis (source © Géoportail)

En revanche, la Ville trouve toujours une petite place pour autoriser la construction d’équipements hôteliers et de résidences luxueuses, sans doute plus faciles à insérer dans le paysage local. C’est le cas pour le projet emblématique envisagé justement sur les hauteurs du Bestouan, sur le carreau d’une ancienne carrière à ciel ouvert, au dessus des anciennes installations industrielles connues sous le nom de « l’usine à fer ». Un vestige de ce qui s’apparente à une tentative de sidérurgie sur l’eau, bien avant celle de Fos-sur-mer puisque initiée sous le Second Empire, en 1856. Le projet était ambitieux puisqu’il s’agissait de construire 3 hauts-fourneaux pour traiter du minerai de fer extrait dans une concession minière située près d’Alméria, en Andalousie, et transportée jusque-là par bateau. Ce fut un fiasco et l’usine n’a jamais été mise en service. La charpente métallique des bâtiments a même été démontée pour être récupérée et il subsiste juste quelques murs et une haute cheminée de 33 m de hauteur en pierres et en briques.

Vestiges de l’usine à fer du Bestouan (source © PLUi Aix-Marseille-Povence Métropole)

Malgré ce vestige industriel quelque peu incongru dans le paysage, la carrière située plus haut constitue une belle plateforme remarquablement située au dessus de la plage et face au cap Canaille, un emplacement qui ne peut qu’attirer le regard des investisseurs. Ses propriétaires actuels, Jean-Jacques Garella et Alexandre Besoian, projettent depuis des années d’y construire un vaste complexe hôtelier 5 étoiles de 63 chambres, avec restaurant, spa et piscine, ainsi qu’une dizaine de villas, sur les 4,5 hectares considérés comme constructibles du site. Le Plan local d’urbanisme, adopté par la Métropole fin 2019, intègre d’ailleurs une Opération d’aménagement et de programmation spécifique sur ce secteur, qui prévoit explicitement le projet envisagé et en dresse l’esquisse. Le permis de construire a déjà été déposé par le promoteur immobilier Quartus.

Le carreau de l’ancienne carrière où est prévue la construction d’un complexe hôtelier (photo © Anne Jaujard / Marsactu)

Certes, un avis de l’autorité environnementale, publié le 25 janvier 2021 par la DREAL PACA, émet quelques réserves sur ce projet dans une zone aussi sensible et réclame une étude d’impact. La création d’une nouvelle route est rendue nécessaire pour permettre l’accès au site, y compris pour les moyens de secours et de lutte contre l’incendie, dans un secteur déjà bien engorgé l’été et dépourvu de tout transports en commun.

Insertion paysagère du projet selon l’esquisse figurant dans le PLUi

Mais cela ne devrait guère freiner le projet sur lequel planche le cabinet d’architectes 331 Corniche et qui provoque l’enthousiasme communicatif de la maire de Cassis, laquelle déclare à Marsactu : « J’ai pu voir un premier plan, il s’agit d’une très belle réalisation qui s’intégrera bien dans le paysage ». Une pure merveille en effet, en plein cœur du Parc National des Calanques qui n’en est plus à ça près…

L. V.

1943 : une rafle qui a laissé des traces…

7 mars 2021 by

C’était en janvier 1943, il y a 78 ans. Six mois après la rafle du Vélodrome d’Hiver au cours de laquelle plus de 13 000 personnes dont près d’un tiers d’enfants, avaient été brutalement arrêtées, les 16 et 17 juillet 1942, par la police et la gendarmerie françaises, à la demande des autorités d’occupation allemandes. Quelques mois plus tard, en novembre 1942, conséquence directe du débarquement américain au Maroc et en Algérie, avec l’appui de la résistance algéroise qui mène un véritable coup d’état contre le commandement militaire, Hitler décide d’envahir la partie sud de la France qui était jusque-là toujours en zone libre depuis l’armistice de juin 1940. Une invasion qui ne rencontra guère de résistance, en dehors de l’épisode du sabordement de la flotte française dans le port de Toulon le 26 novembre.

Débarquement américain en Algérie en novembre 1942 (source © Algerazur)

A Marseille, l’armée allemande prend ses quartiers dès le 12 novembre mais plusieurs attentats sont commis, dont deux le 3 janvier 1943 qui touchent directement des officiers et soldats allemands. Des représailles sont immédiatement décidées, à la demande d’Heinrich Himmler en personne qui exige l’arrestation et la déportation des criminels à hauteur de « 8 000 personnes environ », ainsi que la destruction du quartier situé sur la rive nord du Vieux Port, un quartier populeux, aux ruelles étroites jugées peu sûres par les forces d’occupation et considérée comme « la verrue de l’Europe » par la propagande nazi.

Officiers allemands à Marseille pendant la rafle de janvier 1943 (source © Pinterest)

C’est René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy qui supervise l’opération, avec le préfet Antoine Lemoine et l’intendant de police de Marseille, Maurice de Rodellec du Porzic. D’importants renforts de police et de gendarmerie sont acheminés vers Marseille pour appuyer l’organisation qui mobilise au total pas moins de 12 000 agents ! Le 22 janvier 1943, le Vieux-Port est entièrement bouclé et le secteur, ainsi que le quartier de l’Opéra, et fouillé maison par maison. Selon un communiqué publié par la Préfecture le 24 janvier, plus de 40 000 identités ont été contrôlées et près de 6000 individus arrêtés.

Rafle dans le quartier Saint-Jean rue de la Bonneterie le 23 janvier 1943 (photo © Wolfgang Vennemann / Archives fédérales allemandes / Wikipedia)

Dans le quartier de l’Opéra, ce sont 250 familles juives qui sont raflées, tôt le matin du 22 janvier, emmenées brutalement sans même avoir le temps de s’habiller et de prendre leurs affaires. Dans le quartier Saint-Jean, sur la rive nord du Vieux-Port, le lendemain, ce sont pas moins de 20 000 personnes qui ont été évacuées de leur maison. Pour 12 000 d’entre elles, c’est le transfert forcé dans un camp de rétention à Fréjus. Près de 4000 individus arrêtés sont rapidement relâchés mais 1642 personnes seront déportées depuis la gare d’Arenc, pour une bonne part vers le camp de Royallieu près de Compiègne, tandis que 782 Juifs sont envoyés dans le camp d’extermination de Sobibor. Huit cents autres, dont 200 Juifs mais aussi beaucoup d’étrangers en situation irrégulière, des tziganes, des vagabonds et quelques résistants, sont déportées en Allemagne, dans le camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen, situé près de Berlin, et dont beaucoup ne reviendront pas.

Ruines du quartier Saint-Jean après l’opération de dynamitage en février 1943 (photo © AFP / Le Monde)

Dès le 1er février 1943, les troupes allemandes du génie détruisent à l’explosif une bonne partie du quartier situé sur la rive nord du Vieux-Port. Pas moins de 1494 immeubles, répartis sur environ 14 hectares sont ainsi réduits en un tas de gravats. Il faudra attendre 1956 pour que cette zone, dite des Vieux quartiers de Marseille, nichée au pied du Panier et habitée depuis l’antiquité grecque, soit de nouveau entièrement urbanisée.

Un traumatisme douloureux donc pour ces milliers de familles contraintes de tout abandonner pour se retrouver parquer dans des camps tandis que leur logement est dynamité et qui ont donc tout perdu. Il aura pourtant fallu attendre bien des années pour que, le 29 mai 2019, une plainte déposée par l’avocat marseillais Maître Pascal Luongo au nom de quatre survivants de ce sombre épisode, soit déclarée recevable par le pôle du Parquet de Paris spécialisé dans les crimes imprescriptibles. L’une des plaignantes, Antoinette Castagno, avait 9 ans à l’époque et avait dû évacuer en catastrophe son logement au petit matin avec ses quatre frères et sœurs, pour se retrouver entassés dans des wagons à bestiaux et transférés dans des baraquements insalubres à Fréjus, avant de retrouver quelque temps plus tard son domicile entièrement saccagé. Le grand-père de Maître Luongo avait lui-même fait partie des victimes de la rafle de 1943…

Une famille corse chassée du quartier Saint-Jean le 23 janvier 1943 (source © Marsactu)

Deux ans plus tard, l’enquête préliminaire est toujours en cours alors que deux des victimes entendus sont déjà décédées entre temps. Pour des faits aussi anciens et même s’il n’y a pas prescription, c’est une véritable course contre la montre qui est engagée pour que la Justice puisse se prononcer, même si le jugement ne pourra avoir que force de symbole. Encore que… Il se trouve en effet que le New York Times a révélé le 9 mars dernier, qu’un homme de 100 ans venait d’être mis en accusation par le tribunal de Neuruppin, dans l’Est du Brandebourg, pour avoir été gardien SS du camp de Sachsenhausen, celui-là même où 800 déportés de la rafle de 1943 avaient été déportés. Dans ce camp, 3 518 personnes ont perdu la vie entre janvier 1942 et février 1945 et l’ancien SS pourrait donc être jugé pour complicité de meurtre, certains rescapés de la rafle de Marseille étant en mesure de se porter partie civile au procès.

A défaut de jugement pour crime contre l’humanité, ceux qui ont été victimes de cet événement traumatisant méritent en tout cas que l’on se souvienne de cet acte par lequel les responsables politiques de l’époque ont voulu faire place nette en expulsant de leur maison des familles entières, en les envoyant dans des camps de concentrations voire d’extermination, et en rasant méticuleusement un quartier entier à l’explosif. Une opération pour le moins radicale de renouvellement urbain et de traitement de la misère sociale qu’il convient de garder à l’esprit, ne serait-ce que pour contrecarrer certains projets qui pourraient s’en inspirer…

L. V.

Gardanne : une reconversion controversée

5 mars 2021 by

Située à une quinzaine de kilomètres au sud d’Aix-en-Provence, au cœur du bassin houiller de Provence, la petite ville de Gardanne a longtemps été le siège d’une intense activité minière. Sans doute exploité depuis le Moyen Age dans de petites exploitations artisanales à ciel ouvert, le « charbon de terre » comme on appelait alors la houille et le lignite, était alors surtout destiné à remplacer le bois de chauffage devenu de plus en plus rare. A début du XIXe siècle, on dénombrait pas moins de 80 puits en exploitation et plus de 200 déjà abandonnés.

Ancien chevalement en bois du puits Biver à Gardanne (source © CNRS – OHM – Le bassin minier de Provence, 2013)

Avec le développement des machines à vapeur qui permettent d’actionner des pompes et des treuils, le creusement de puits profonds se développe. Un premier puits moderne est foncé à 70 m de profondeur dès 1820, suivi de nombreux autres. L’exhaure des eaux souterraines gêne cependant l’exploitation, au point que l’ingénieur Biver envisage, dès 1859, le creusement d’une immense galerie permettant d’évacuer les eaux pompées jusqu’à la mer. Le percement, commencé en 1885, ne sera achevé qu’en 1907. Équipée d’une voie ferrée, la galerie à la mer, toujours active pour évacuer les eaux pompées à 50 m de profondeur dans le puits Gérard, servait alors aussi à transporter une partie du charbon et des stériles vers le port de Marseille où elle débouche à l’air libre après un cheminement de 15 km sous terre.

A partir de 1953, alors que l’exploitation charbonnière est en plein essor, une centrale thermique est construite entre Gardanne et Meyreuil, avec sa cheminée de 297 m, la plus haute de France. En 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir se traduit par une relance de l’activité minière alors en déclin. Le puits Morandat est percé dans la foulée jusqu’à la profondeur de 1 109 m pour la descente du personnel et du matériel, tandis que le puits Z est creusé jusqu’à 878 m pour l’extraction du minerai.

La centrale thermique de Gardanne-Meyreuil (photo © Serge Mercier / La Provence)

En 1994, la centrale thermique de Meyreuil est équipée d’une chaudière à lit fluidisé circulant, la plus puissante du monde, qui permet de réduire considérablement les émissions de soufre. Mais l’exploitation de lignite de Gardanne n’est plus rentable depuis déjà des années et elle s’arrête définitivement en 2003. Les trois premières tranches de la centrale avaient été stoppées dès 1981 et remplacées par une nouvelle tranche plus puissante de 595 MW, tandis que la tranche 4, dont la puissance s’élevait à 250 MW, est convertie dès 2018 en centrale à biomasse bois, après que le site a été racheté en 2012 par l’énergéticien allemand E.ON.

Des lunettes vertes pour mieux voir la centrale de Gardanne (dessin publié dans Le Ravi)

Fin 2018, alors que le gouvernement français annonce pour 2022 l’arrêt des dernières centrales thermiques françaises au charbon, Uniper, nouvelle filiale d’E.ON, décide de revendre le site au groupe tchèque EPH. Depuis juillet 2019, c’est donc EPH qui est le nouveau propriétaire de la centrale de Gardanne et c’est sa filiale, Gazel Energie, qui est chargée de son exploitation, pour la production et la vente de l’électricité. Mais l’histoire est loin d’être terminée…

Uniper avait déjà investi environ 300 millions d’euros pour transformer l’unité 4 de la centrale afin de la faire fonctionner au bois, mais avait revendu le site sans avoir jamais pu faire fonctionner l’installation en dehors de quelques essais préliminaires. Il faut dire que son autorisation d’exploitation avait été suspendue dès juin 2017, à la suite de recours administratifs engagés par des associations dont France Nature Environnement. Des écologistes qui s’apposent à la reconversion d’une centrale à charbon, voilà qui paraît quelque peu surprenant…

Manifestation écologiste contre le Pacte de transition écologique à Gardanne (source © France nature environnement PACA)

Il faut dire que Uniper avait vu large en prévoyant de produire à terme 6 % de l’électricité consommée par toute la région PACA et en brûlant chaque année 850 000 tonnes de bois dont moitié de déchets et moitié issus de l’exploitation forestière locale. Les associations environnementales craignaient donc que la forêt méditerranéenne ne vienne à disparaître, engloutie dans les fours de l’usine.

Pourtant, le 24 décembre 2020, la Cour administrative d’appel de Marseille a annulé le jugement qui suspendait l’autorisation préfectorale, ce qui ouvre donc la voie à la mise en route de la nouvelle centrale à biomasse. Les arguments invoqués à cette occasion sont multiples mais le principal est que les exploitations forestières et de défrichement dont les sous-produits permettront d’alimenter la future centrale, ne sont pas liés directement à l’installation elle-même et ne relèvent donc pas de la réglementation sur les installations classées pour l’environnement.

Exploitation forestière en région PACA : un potentiel sous-utilisé ? (source © Provence élagage)

De fait, le tribunal a considéré que les besoins évalués ne représentent que le quart seulement de l’accroissement naturel de la forêt, laquelle couvre actuellement 51 % de la superficie régionale. Dans une zone où le débroussaillement est indispensable pour lutter contre les feux de forêt, il ne paraît pas si absurde de mettre en place une filière plus structurée pour mieux exploiter cette forêt en plein développement. C’est exactement la voie que compte suivre Gazel Energie qui envisage la création de 400 à 500 emplois liés à cette exploitation forestière locale, rendue cependant difficile par le morcellement des parcelles dont les deux-tiers appartiennent au privé.

La conversion de la centrale thermique de Gardanne semble donc désormais mieux engagée, d’autant que la tranche 5 qui fonctionnait toujours au charbon s’est finalement arrêtée définitivement plus tôt que prévu, le 22 décembre 2020. Le nouvel exploitant affirme à l’Usine nouvelle avoir déjà investi 400 000 euros pour remettre en état les installations et compte encore injecter plusieurs millions d’euros en 2021 pour améliorer les performances et faire enfin fonctionner au bois l’unité 4, en attendant la suite.

Signature le 22 décembre 2020 à la Préfecture des Bouches-du-Rhône, du Pacte pour
la transition écologique et industrielle de Gardanne-Meyreuil (source © Rosy Inaudi, élue départementale)

Un Pacte pour la transition écologique et industrielle de Gardanne-Meyreuil a en effet été signé le 22 décembre 2020, sous l’impulsion de l’État. Il prévoit notamment la création d’une importante scierie, portée par la Société forestière énergie bois (Sofeb), basée à Aubagne, avec un investissement de 8 millions d’euros à la clé. Un réseau de chaleur est également programmé pour mieux valoriser les calories émises par la centrale, ainsi que la production locale de bioéthanol et d’hydrogène, mais aussi la gazéification des résidus ligneux pour injecter du biogaz dans le réseau.

Autant de projets prometteurs qui permettent de tourner enfin la page de l’électricité au charbon et d’inscrire le territoire de Gardanne parmi les pionniers de cette transition énergétique tant espérée…

L. V.

Le coût de pouce de César

3 mars 2021 by

Le premier janvier 2021, le sculpteur marseillais César Baldaccini aurait eu cent ans. Malheureusement pour lui, il est mort douze ans plus tôt, le 6 décembre 1998. Mais ses œuvres lui survivent, en particulier ses fameuses compressions en bronze dont celle qu’il a créée en 1976 pour récompenser les plus méritants professionnels du cinéma français, un trophée baptisé en toute modestie de son propre prénom, au point que la cérémonie elle-même porte désormais cette appellation de César du cinéma.

Le trophée des César du cinéma, 3 kg de bronze compressé (photo © Patrick Kovarik / AFP / RTL)

Homme à la faconde méridionale, aussi médiatique que sûr de son génie créateur, l’homme était de fait un touche à tout. Fils de cafetiers italiens du quartier de la Belle-de-Mai, il quitte l’école à 12 ans mais s’inscrit ensuite à l’École des Beaux-Arts de Marseille où il remporte plusieurs prix de dessin, gravure et même architecture. Il poursuit sa formation à Paris où il ouvre en 1946 son premier atelier dans un ancien bordel transformé en résidence pour étudiants. Initié à la soudure dans une menuiserie industrielle de Trans-en-Provence, près de Draguignan, il récupère dans des décharges les matières premières métalliques qu’il assemble pour donner corps à d’étranges sculptures, dont un poisson que l’État lui achète 100 000 francs en 1955 pour le Musée national d’art moderne.

Le sculpteur-ferrailleur César devant l’une de ses œuvres (source © Weculte)

C’est alors le début de la notoriété, que César n’hésite pas à entretenir en menant une vie nocturne particulièrement active. Dès 1958, le sculpteur découvre le principe des compressions dans une casse automobile et fait l’acquisition d’une presse hydraulique avec laquelle il aplatit soigneusement sa première Dauphine. Un véritable défi à la société de consommation que César exploite jusqu’à exposer en 1968 à la Biennale de Venise une œuvre quelque peu monumentale intitulée justement 520 tonnes

Après les compressions, les expansions. Quand on vise la reconnaissance universelle, voilà en effet une autre voie que César, qui voit les choses en grand, ne tarde pas à explorer selon le principe de l’agrandissement pantographique. A l’occasion d’une exposition sur La main, de Rodin à Picasso, le sculpteur a ainsi l’idée de réaliser un moulage de son propre pouce en résine polyester rose translucide agrandi jusqu’à 40 cm de hauteur. Un effet bœuf qui incite César à exploiter cette veine en testant divers matériaux : résine, bronze, cristal et même sucre.

Moulages de pouce en résine et sculpture de pouce en bronze, œuvres de César (source ©
César Baldaccini)

En 1965, il réalise ainsi une première œuvre de son pouce en bronze géant de 1,85 m de hauteur. Mais ce n’est que le début ! Une bonne vingtaine de ces pouces monumentaux sont ainsi créés, les uns après les autres, toujours à partir de l‘empreinte du doigt de l’artiste. Celui qui est exposé à Marseille, sur un rond-point de Bonneveine, à deux pas du centre commercial et en face du Musée d’art contemporain, mesure ainsi 6 m de hauteur. Réalisé en 1988 en bronze et pesant plus de 4 tonnes, ce pouce géant a d’abord été expédié en Corée pour y être installé dans un parc à l’occasion des Jeux olympiques de Séoul avant d’être rapatrié à la Vieille Charité en 1993 puis de trouver finalement sa place sur ce rond-point un an plus tard.

Le pouce de César sur le rond-point Pierre Guerre à Bonneveine (source © Made in Marseille)

Mi-2015, l’éventuel déplacement de cette sculpture avait d’ailleurs déclenché une belle polémique comme on les adore à Marseille. A l’époque, ce qui n’était pas encore la Métropole mais seulement la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, venait de lancer, en pleine période d’austérité budgétaire, un concours de maîtrise d’œuvre pour installer une œuvre monumentale sur le rond-point du Prado appelé à être restructuré en prévision de la mise en service du futur bus à haut niveau de service vers Luminy. Le budget prévisionnel de l’opération était de 1,5 millions d’euros, une somme qui avait fait bondir le chef de l’opposition socialiste de l’époque, un certain Benoît Payan, lequel suggérait donc plutôt de déplacer le pouce de César pour le faire changer de rond-point et lui donner ainsi davantage de visibilité, ce qui permettait au passage une économie substantielle.

Le 1er avril 2016, La Provence se permettait d’ailleurs d’annoncer que ce serait finalement une copie de la Tour Eiffel de 30 m de hauteur qui trônera en majesté sur le rond-point du Prado qui venait d’être reconfiguré. Une galéjade bien entendu à laquelle il ne sera pas donné suite, pas plus d’ailleurs qu’à la proposition de Benoît Payan, pourtant frappée de bon sens. Aux dernières nouvelles, l’appel d’offres à 1,5 millions a fait flop, les esquisses présentées fin 2017 par les cinq finalistes n’ayant convaincu personne. En février 2019, Made in Marseille croyait savoir que ce serait finalement une figure des cinq anneaux olympiques qui serait érigée sur le fameux rond-point, histoire de montrer l’attachement de Marseille à l’organisation des JO de 2024, le tout pour la modique somme de 100 k€. Mais tout compte fait, le rond-point attend toujours de recevoir un ornement…

Le pouce géant de César sur le parvis de La Défense (photo © Olivier / Le Parisien)

Toujours est-il que César, quant à lui, n’a pas attendu pour procéder à la multiplication de ses pouces de toutes tailles. Un autre de 6 m de haut a été déplacé en 2018 pour être installé devant le bâtiment de la Seine musicale, sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt tandis que le plus monumental de tous, qui mesure pas moins de 12 m de hauteur, trône encore sur le parvis de La Défense, pas très loin du CNIT. Et César ne sait pas arrêté au seul pouce puisqu’il a aussi commis des sculptures de ses autres doigts faisant le V de la victoire comme pour cette œuvre visible à Epinal, mais aussi une main complète exposée au collège Henri Bosco à La Valette-du-Var, voire un poing fermé vaguement révolutionnaire que l’on peut admirer à Monaco mais aussi à Djeddah.

Les doigts de la Victoire, sculpture de César installée en 1989 rue des Minimes à Epinal (source © Transvosges)

En octobre 2007, un pouce géant de César, de 6 m de haut comme celui qui figure à Bonneveine, a été vendu aux enchères pour 1,219 millions d’euros. Un bon prix si l’on considère que la tonne de bronze se négocie actuellement à 6 300 €… De quoi rassurer ceux qui craignent que le marché de l’art contemporain ne finisse par s’essouffler. Et de quoi confirmer le génie de César qui, sous ses airs de pourfendeurs de la société de consommation, a su jouer avec habileté des règles du système, n’hésitant pas à fabriquer en série ses œuvres monumentales, pour le plus grand profit de tous puisqu’on peut ainsi les admirer en différentes tailles un peu partout sur la planète : une stratégie payante assurément !

L. V.

Dette publique : faut-il l’annuler ?

1 mars 2021 by

C’est le dernier débat d’actualité : pourquoi ne pas simplement annuler le remboursement de la dette de la France puisque son montant est en train d’atteindre des niveaux record ? Fin 2019, la dette publique française représentait 98,1 % de son PIB, autrement dit du montant total des richesses que la pays produit en un an. Cette proportion était à peu près stable depuis quelques années après une forte hausse observée suite à la crise monétaire des subprimes en 2008. Jusque-là, notre pays essayait tant bien que mal de ne pas trop dépasser le seuil fatidique des 60 % du PIB fixée par les fameux critères de Maastricht. On en est désormais très loin puisque la dette française devrait dépasser les 122 % du PIB national d’ici la fin 2021 !

L’effacement de la dette… un dessin d’Ellen Lauzon (source © FranceInfo)

La France reste certes encore en deçà d’autres pays européens comme la Grèce (où la dette représente presque 2 fois le PIB annuel) ou l’Italie (156 %) mais commence à décrocher sérieusement de l’Allemagne par exemple où la dette reste contenue à 75 % du PIB. Certes, cette dette dont le montant atteint désormais 2 700 milliards d’euros n’a pas besoin d’être remboursée du jour au lendemain, ce dont nous serions bien incapables, et d’ailleurs les taux d’intérêt sont désormais très faible. En 2020, la France n’a ainsi eu à rembourser que 35,8 milliards d’euros d’intérêt : ce n’est pas négligeable puisque cela représente les deux-tiers du budget annuel de l’Éducation nationale, le plus gros poste de dépense de l’État. Cela correspond aussi au montant estimé du manque à gagner qui échappe chaque année au fisc du fait des pratiques de fraudes fiscales, surtout de la part des entreprises… Mais c’est en tout cas 20 milliards de moins qu’en 2011, tant le taux d’intérêt des emprunts a baissé.

C’est de fait l’emprunt qui alimente désormais l’essentiel du budget de l’État, via l’émission d’obligations d’une durée de 7 à 30 ans qui devront être remboursées à leur valeur nominale à la date prévue (ce qui oblige de fait l’État à émettre alors d’autres obligations pour pouvoir rembourser celles arrivées à échéance). Ce sont uniquement des banques privées qui se chargent ensuite de distribuer ces titres sur les marchés internationaux. En émettant ces obligations, elles créditent le compte de l’État du montant correspondant, ce qui revient de fait à créer de la masse monétaire.

Un dessin signé Charb et publié dans Charlie Hebdo (source © Sauve qui peut)

Du fait de la pandémie et de la crise économique qui en résulte, la France a été amenée à fortement s’endetter, à hauteur d’environ 300 milliards supplémentaires pour acheter masques et vaccins, payer le chômage partiel et garantir les prêts des entreprises ainsi que les 100 milliards du plan de relance. La masse monétaire supplémentaire ainsi créée est énorme et elle s’est accrue de près de 50 % en un an, ce qui alimente automatiquement l’activité boursière. Paradoxalement, cette situation a donc favorisé les grosses capitalisations boursières à tel point que le CAC 40 a connu une hausse spectaculaire après avoir dévissé en mars 2020. Cette crise, comme d’ailleurs toutes les précédentes, appauvrit les plus pauvres et les classes moyennes mais favorise grandement les plus aisés : en Europe,, la fortune des milliardaires a augmenté de 14 % en 2020 et les 7 plus riches milliardaires français possèdent davantage que 30 % de la population la plus défavorisée. Comme disait Coluche : « il paraît que la crise ça rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Moi je vois pas en quoi c’est une crise, ça a toujours été comme ça »…

Dessin signé par Coté et publié sur le site du Collectif pour un audit citoyen de la dette publique

La nouveauté quand même, c’est que, depuis 2015, la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationale (dont la Banque de France) ont pris l’habitude de racheter les titres de dettes auprès des acteurs privés qui les détiennent, à savoir des banques commerciales, des assurances et des fonds d’investissement. Rien que pour la France, ce sont ainsi pas moins de 626 milliards de dette, soit un quart du total qui est détenu directement par la BCE et la Banque de France.

Un dessin signé Chapatte et publié dans l’International Herald Tribune (source © Knock on wood)

D’où l’idée émise par certains économistes qui suggèrent d’annuler purement et simplement cette partie de la dette puisqu’en réalité elle est détenue par des entités dont les États sont les uniques actionnaires. A quoi bon en effet faire l’effort de se rembourser à soi-même sa propre dette ? C’est l’objet d’un appel signé par une centaine d’éminents économistes dont le Français Thomas Piketty ou l’ancien ministre belge Paul Magnette. Plutôt que de rembourser cette dette en empruntant de nouveau auprès de banques privées, voire en augmentant les impôts et en baissant les dépenses publiques via une bonne vieille cure d’austérité, cette tribune largement diffusée dans les grands médias européens appelle purement et simplement à ne pas rembourser cette somme colossale qui s’élève pour toute l’Europe à près de 2 500 milliards d’euros et à investir l’équivalent de ce montant en dépenses d’investissement au bénéfice de la transition écologique.

Bien entendu, une telle proposition, largement soutenue par des mouvements comme ATTAC et que Jean-Luc Mélenchon appelait de ses vœux il y a plusieurs mois, n’a guère suscité d’enthousiasme dans les milieux financiers orthodoxes. La Présidente de la BCE, Christine Lagarde, a sèchement rappelé que « l’annulation est inenvisageable ». D’autres économistes craignent d’ailleurs que la manœuvre ne soit même contre-productive. Ce sont en effet les rachats massifs des emprunts opérés par les banques centrales ces dernières années qui ont rendu les obligations d’État si attractives, au point que certains pays dont la France ont même pu emprunter à des taux d’intérêt négatifs en 2020. La fin de ce dispositif ne pourrait donc que renchérir les taux d’intérêt et donc coûter plus cher aux budgets des États, tout en attirant la suspicion des investisseurs qui n’apprécient guère qu’un débiteur se défile de ses engagements…

Christine Lagarde, gardienne du temple de l’orthodoxie… Un dessin signé de Manuel Lapert (source © Frico racing)

Une chose est sûre : le débat n’a pas fini de faire parler, à un peu plus d’un an des élections présidentielles. Un débat qui augure de belles empoignades entre experts dans un domaine totalement abscons pour le commun des mortels, entre partisans d’une annulation pure et simple de la dette au profit d’un investissement massif en faveur d’un programme de transition écologique et de rééquilibrage social, et défenseurs d’un statu quo conforme aux traités européens et à à la rigueur budgétaire. De quoi assurer un spectacle de haute qualité pédagogique pour la prochaine campagne électorale…

L. V.

Calanques : une mer de déchets…

27 février 2021 by

Notre littoral et la mer sont envahis de déchets plastiques : tout le monde le sait et pourtant chacun assiste impuissant à cette dégradation inexorable de notre environnement proche. Récemment, c’est une vidéo tournée par le photojournaliste spécialiste du monde sous-marin, Alexis Rosenfeld, et publiée par le magazine d’information Brut qui a encore tiré la sonnette d’alarme, histoire d’éveiller les conscience face à une situation jugée catastrophique et pour laquelle il n’existe d’autre solution qu’une évolution de nos comportements individuels de consommateurs…

Passionné de plongée depuis tout petit et devenu scaphandrier professionnel pour la Comex, Alexis Rosenfeld a eu la chance de participer comme photographe du Figaro Magazine à la dernière expédition du commandant Jacques-Yves Cousteau. En 1998 il fonde sa propre agence Photocéans et surprend en montrant des photos étonnantes de rencontres sous-marines avec des espèces animales rarement observées et en participant à des reportages rares à bord de sous-marins nucléaire notamment. En 2000 il s’engage aux côtés de Luc Vanrell à la recherche de l’épave de l’avion de Saint-Exupéry, abîmé en 1944 au large de Cassis.

Alexis Rosenfeld sur le littoral des Calanques (extrait © video Brut)

Ayant la chance de résider dans le petit port des Goudes, au cœur de la baie de Marseille qu’il d’écrit comme « un des plus beaux endroits au monde », il ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour tous ces déchets qui s’accumulent au fond de l’eau, et pas seulement dans le Vieux-Port de Marseille où on le voit évoluer au milieu d’un amoncellement de canettes, de trottinettes, de vieux caddies, de cônes de signalisation, de sacs en plastique, de gants et de masques usagés…

Mais les ports ne sont pas les seuls endroits à ressembler à des décharges sous-marines. A l’entrée de la calanque de Port-Miou, en plein cœur du Parc national des Calanques, le spectacle n’est pas si différent avec des milliers de déchets le plus souvent à base de plastique qui s’amoncellent dans la vase. Alexis Rosenfeld remonte du fond des filins tombés des bateaux qui vont mettre des siècles à se désagréger lentement, libérant des milliers de microfibres que la faune marine va petit à petit ingérer et qui rentrent ainsi dans la chaîne alimentaire.

A la pêche aux déchets dans la calanque de Port-Miou…(extrait © video Brut)

Même par 2 000 mètres de fond, dans la rade de Toulon, le spectacle n’est pas plus ragoûtant comme le montrent les images filmées en 2018 par l’IFREMER. Le fond de la mer est littéralement tapissé de déchets de tous ordres, bidons et sacs en plastique, bouteilles en verre et canettes en aluminium, fragments d’emballage en voie de décomposition, etc. On jurerait une décharge non pas à ciel ouvert mais bel et bien au fond de la mer. Et partout, cette omniprésence du plastique, un matériau qui se caractérise avant tout par sa durabilité et sa très faible dégradabilité, alors qu’on en a fait par excellence la matière de base pour tous nos besoins à usage unique : cherchez l’erreur !

Des fonds marins jonchés de déchets par 2000 m de fond au large de Toulon (photo IFREMER / extrait © video Brut)

Quant à l’origine de tous ces déchets qui jonchent le fond de la Méditerranée, outre ce qu’y déversent les plaisanciers et autres marins peu scrupuleux, nul besoin d’être grand expert pour en comprendre la source. Il suffit, comme le fait Alexis Rosenfeld de se promener entre les Goudes et Callelongue, sur la petite route qui serpente en bord de mer, dans ce paysage somptueux et dépouillé du littoral des Calanques, au cœur du Parc National, pour observer ces accumulations de papiers gras, emballages de chips, bouteilles d’eau minérales, canettes de bière, sacs en plastique et même boîtes de médicaments, qui jonchent partout les maigres buissons.

Des déchets partout le long des chemins des Calanques (extrait © video Brut)

Aucune poubelle à l’horizon mais de toute façon certains de ces déchets n’ont même pas été jetés ici. Ils ont simplement été poussé par le vent, les jours de fort mistral, quant toutes les poubelles du quartier finissent par se renverser. Et tout ces déchets terminent nécessairement leur course dans la mer où ils finissent par s’entasser dans la vase des fonds marins quand ils n’ont pas été gobés au passage par un animal aquatique à la vue basse et qui finira étouffé. Une situation pas très glorieuse pour l’Homme qui se dit civilisé mais qui est en train d’empoisonner inéluctablement son propre environnement pourtant le plus protégé. Arrivera-t-on un jour à réduire enfin le volume de nos déchets et surtout à les gérer de manière plus satisfaisante pour la santé de notre cadre de vie ? Un défi qu’il ne faudrait pas trop tarder à relever…

L. V.