Marseille invente le RAB (Redistributeur Automatique de Billets)

8 décembre 2019 by

Quel symbole ! Dans un quartier pauvre de Marseille, un distributeur automatique de billets, sans doute plus lucide que les autres, s’est rebellé contre sa propre banque. Considérant que ce sont les pauvres qui souffrent le plus du manque d’argent, il s’est mis à leur en distribuer plus que demandé…

A l’approche de Noël, le DAB de la Caisse d’Epargne du Merlan a l’esprit redistributif… (photo © Denis Trossero / La Provence)

Samedi 7 décembre, tout l’après-midi, le distributeur de billets de la Caisse d’Épargne avenue du Merlan, à Sainte-Marthe (14e), s’est mis à délivrer, tout simplement, le double des billets qui lui étaient demandés par les clients… « Tu tapais 20, il distribuait 40. C’était comme ça depuis le début de l’après-midi. Un truc de fou ! », racontait un jeune homme qui avait observé la scène une bonne partie de la journée. Quand les services de police sont arrivés, « c’était quasiment l’émeute », explique un témoin des faits, les clients se disputant l’accès jusqu’à être une centaine à attendre leur tour avec une impatience mal dissimulée. La banque a dépêché un technicien qui est finalement venu mettre le distributeur hors d’usage.

Il a fallu l’intervention de la police pour dégager l’accès au DAB un peu trop généreux de la Caisse d’Epargne du Merlan (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Les banques ne sont pas à plaindre. Le bénéfice net des banques françaises en 2018 a dépassé 24 milliards d’euros. Les frais liés aux découverts sont très rémunérateurs. Ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail. Selon 60 millions de Consommateurs, un client standard verse en moyenne chaque année 34 € de frais liés à un solde débiteur. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 € en moyenne, selon les relevés de ceux qui ont demandé une aide aux associations familiales en 2016. Cette année-là, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 € !

Le distributeur de billets savait sans doute tout cela. Il a pensé qu’un distributeur devait évoluer et aussi redistribuer. Pour une après-midi, il a été plus efficace que toutes les politiques annoncées. Le taux de pauvreté dans le 14e arrondissement est de 41 %. Il est en augmentation, comme le profit des banques…

JBx

Renvois d’ascenseur à La Ciotat

4 décembre 2019 by

Construction du Germinal aux chantiers navals de La Ciotat en 1964 (photo © Louis Sciarli / Archives communales / Le Monde diplomatique)

Lorsque les chantiers navals de La Ciotat ont fermé leurs portes en 1988, certains irréductibles ont voulu faire le pari que le site pouvait retrouver une activité industrielle navale tournée vers la réparation et l’entretien de yachts. Bien accompagnés par les collectivités territoriales, ils créent ainsi en 1994 la SEMIDEP-Ciotat, une société publique locale (SPL) dont les actionnaires sont le Département des Bouches-du-Rhône (à hauteur de 50 %), la Région PACA (pour 25,8 %), la métropole Aix-Marseille-Provence (à l’époque la Communauté urbaine, pour 19,9 %) et la commune de La Ciotat (pour 4,3 %).

Depuis, la SEMIDEP a été pompeusement rebaptisée La Ciotat Shipyards et connait de fait un fort développement dans un marché en pleine expansion, enregistrant en 2017 un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros pour une activité qui emploie de l’ordre de 700 personnes. Le monde étant ce qu’il est, avec des riches de plus en plus riches, le nombre de super-yachts, des bateaux luxueux mesurant de 50 à 80 m de long, connait une progression annuelle de plus de 5 % par an tandis que celle des méga-yachts (les plus de 80 m de longueur) a augmenté de 27,5 % en 2018 ! On dénombrerait ainsi plus de 5 500 de ces mastodontes des mers dont 70 % naviguent justement en Méditerranée : une aubaine pour les sites portuaires comme La Ciotat car les propriétaires de ces engins dépensent en moyenne 1 million d’euros chaque année uniquement en frais d’entretien et de réparation, jusqu’à 40 M€ pour une révision complète…

Un mega-yacht dans le port de La Ciotat (photo © Violette Artaud / Marsactu)

Pas étonnant que, dans ces conditions, les ports se livrent une concurrence effrénée pour attirer à eux ces clients fortunés et semi-captifs qui ont besoin de réparer d’urgence une avarie ou de faire subir une révision plus complète à leur bateau de luxe. La Ciotat dispose déjà d’un ascenseur à bateaux de 2000 tonnes lui permettant de sortir de l’eau et de déplacer sur rails des bateaux de moins de 50 m sur une plateforme comportant 17 emplacements.

Mais La Ciotat Shipyards voit plus grand et veut désormais concurrencer directement Barcelone en s’attaquant au marché des méga-yachts avec un projet de nouvel ascenseur pour des bateaux de 4000 t qui équiperait l’immense plateforme nord des chantiers navals, d’une superficie de 44 000 m2. Fin 2017, la SEMIDEP a ainsi lancé un appel d’offre pour ce projet titanesque, dont le coût est estimé à 100 M€. Une annonce qui avait alors déclenché une formidable polémique, relayée notamment par La Provence ou encore Marsactu car, dans le même temps, certains professionnels de la filière, dont l’association Riviera Yachting Network, faisait savoir qu’ils soutenaient un autre projet concurrent, sur le port de Marseille, avec un ascenseur encore plus gros, permettant de sortir de l’eau des engins de 6000 t ! En juin 2018, le Grand Port Maritime de Marseille annonçait ainsi que le gagnant de son propre appel à projet était la société Monaco Marine, basée pourtant à La Ciotat et d’ailleurs seul concurrent en lice, qui pourra exploiter la nouvelle installation à son profit pour une durée de 53 ans… Un projet à 71,6 M€ selon les informations de Marsactu, dont 27,5 M€ apportés par le Port de Marseille.

Photomontage du projet de plateforme (source © La Ciotat Shipyards)

Mais pas de quoi doucher l’enthousiasme de Patrick Boré, le maire de La Ciotat qui estime que « le soleil brille pour tout le monde » et qu’il y a largement la place pour deux ascenseurs… Un nouveau « schéma stratégique de développement » a été adopté, permettant au Conseil départemental d’injecter des fonds publics importants tandis que deux acteurs industriels locaux de poids se sont associés, la société Composite works France, acteur historique de la réparation de yachts, et Blohm + Voss La Ciotat, qui exploite déjà la grande forme de radoub, pour constituer MB 92 La Ciotat. C’est bien évidemment ce « nouveau poids lourd du secteur » avec qui la SEMIDEP a conclu « un partenariat stratégique » lui confiant pour une durée de 35 ans l’exploitation de la plateforme avec son futur ascenseur, moyennant sa participation financière à la construction.

Thierry Tatoni, président du Conseil scientifique du PNC (source © IMEB)

Un projet qui devrait voir le jour d’ici 2021 mais pour lequel Préfet s’est quand même cru obligé de saisir le Parc national des Calanques, par courrier en date du 29 juillet 2019, pour un avis conforme. Bien que situé en dehors du cœur marin du Parc, qui s’arrête à l’aplomb du Bec de l’Aigle, le site est en effet suffisamment proche pour qu’il soit opportun de vérifier l’absence d’impact majeur. Le Conseil scientifique du Parc, désormais présidé par Thierry Tatoni, professeur d’écologie à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale, a rendu un avis unanimement défavorable considérant notamment que « le développement de l’usage de ces navires de plaisance de fort tonnage, fortement consommateurs en énergie carbonée et à destination d’un usage exclusivement privatif, ne peut être considéré comme cohérent avec les objectifs de transition écologique promus au niveau international et national ».

Didier Réault, président du Conseil d’administration du PNC (source © Made in Marseille)

Un jugement de bon sens qui ne manque pas d’attirer l’attention sur les risques majeurs que fait courir sur la préservation du milieu naturel la concentration de ces mastodontes qui se moquent parfaitement de l’état des herbiers à posidonies ou des cétacés qu’ils pourraient déranger. Mais un avis qui n’a pas été du goût des représentants du Conseil d’administration du Parc national des Calanques présidé par Didier Réault, adjoint LR au maire de Marseille. A une très large majorité, celui-ci a donc décidé, le 13 septembre dernier, de s’assoir magistralement sur cet avis scientifique et de délivrer sans barguigner l’avis conforme qu’attendait le maire de La Ciotat, tout en rappelant, pour la forme, les quelques recommandations qu’avaient prudemment énumérées les membres du Conseil scientifique dans l’éventualité où « la réalisation de ce projet devait être poursuivie par l’autorité administrative », à croire que les scientifiques avaient eux-mêmes anticipé que leur avis pourtant très clair ne serait probablement pas écouté… Que vaut la qualité des fonds marins quand de tels enjeux économiques et la satisfaction de riches clients internationaux sont en jeu ?

L. V.

Téléthon 2019, le Cercle progressiste toujours présent…

1 décembre 2019 by

Pour la troisième année déjà, comme en 2018 et en 2017, le Cercle Progressiste Carnussien a décidé de s’associer à la mobilisation qui s’organise localement chaque année à la même période autour du riche tissu associatif de la commune de Carnoux-en-Provence, au profit de l’Association française contre les myopathies, créée en 1958 et organisatrice depuis 1987 du Téléthon.

Le 5 décembre 2019, le cercle de lecture Katulu ?, rattaché depuis plusieurs années au Cercle Progressiste Carnussien (CPC) et qui se réunit tous les mois pour échanger de manière conviviale autour de livres lus ou relus récemment, organisera ainsi une lecture publique sur le thème : « Littérature, miroir des arts ».

Cinq livres seront présentés à l’occasion de cette manifestation par des lectrices de Katulu ?, dans le cadre d’une séance publique agrémentée de diaporamas. Les ouvrages en question seront accessibles à la vente à l’issue de leur présentation. Cette séance ouverte à tous aura lieu dans la salle du Clos Blancheton, jeudi 5 décembre à 18h30. Les participants seront invités à payer symboliquement leur entrée en achetant un billet de tombola au profit de l’AFM-Téléthon.

Le vendredi 6 décembre 2019, le Cercle Progressiste Carnussien tiendra pour sa part un stand de vente de livres d’occasion, toujours au profit de l’AFM-Téléthon, dans le gymnase du Mont Fleuri, ouvert au public à partir de 17h30.

Venez nombreux, c’est pour la bonne cause !

Gare au gorille ! Les risques du GPS…

28 novembre 2019 by

Ce jeudi 14 novembre 2019, les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse étaient placés en vigilance orange pluie, orage et inondation. Des trombes d’eau se sont abattus sur l’agglomération marseillaise, comme c’est fréquent à cette période de l’année. A La Ciotat, où il est tombé 63 mm en quelques heures dans l’après-midi, les infiltrations à travers la toiture d’un immeuble ancien ont provoqué l’effondrement d’un faux plafond, sans faire de victime heureusement, les 8 occupants ayant été évacué juste à temps.

Une voiture plongée dans les eaux du Vieux-Port, sur les indications du GPS (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

En revanche, une voiture immatriculée dans le Vaucluse et avec trois personnes à bord, a connu une belle mésaventure. Aveuglé par les trombes d’eau qui s’abattaient sur la chaussée et suivant aveuglément les indications de son GPS manifestement pressé de couper au plus court, le conducteur a foncé directement dans le Vieux-Port où son véhicule s’est enfoncé irrémédiablement dans les flots. Heureusement, les trois occupants ont pu s’extraire immédiatement de la voiture engloutie et s’en sont tirés indemnes. Ce sont ensuite des plongeurs guidés par les marins-pompiers de Marseille qui ont pu repérer l’épave gisant au fond du port, et l’extraire de l’eau…

A Marseille, on ne repêche pas que des sardines dans le Vieux-Port (photo © Alban Poitevin / France Télévision)

Une mésaventure malheureusement pas si rare qu’on pourrait le croire, maintenant que tout un chacun conduit les yeux rivés sur l’écran de son GPS. Europe 1 avait relayé en janvier 2018 une histoire très comparable survenue à des automobilistes circulant près de la ville de Burlington, dans le Nord-Est des États-Unis, pas très loin de la frontière canadienne. Roulant sous la pluie et par un léger brouillard tout en suivant avec confiance les indications de l’application mobile Waze, ils avaient terminé leur course dans le lac Champlain et avaient eux-aussi pu s’en tirer sans trop de dommage, sinon pour leur véhicule.

Une Toyota Yaris repêchée dans un lac canadien par suite d’une erreur de GPS (source © Caradisiac)

En 2016, selon le site Caradisiac, c’était une jeune Canadienne de 23 ans qui avait de même engagé sa Toyota Yaris dans un lac de l’Ontario, en circulant de nuit, les yeux braqués sur son GPS. La voiture avait emprunté à vive allure une rampe de mise à l’eau et avait terminé sa course à plus de 30 m du bord. Heureusement, l’occupante avait pu, là aussi, ouvrir à temps sa vitre et s’extraire de son véhicule pour regagner la terre ferme à la nage dans une eau à 4 °C.

Si les exemples de ce type sont si nombreux, c’est que les indications fournis par les GPS ne sont jamais fiables à 100 %. Mais cela traduit aussi le fait que conduire en se concentrant sur les indications fournies par le GPS provoque une baisse de vigilance et une moindre attention portée à la route, à tel point que nombreux sont ceux qui alertent sur le risque accru d’accidents liés à la conduite assistée par GPS.

Ce phénomène, bien connu en matière de sécurité routière, est désigné par les spécialistes sous le nom de « cécité d’inattention », à la suite de sa description dès 1992 par Irvin Rock et Arien Mack. Quand on se concentre sur une tâche donnée, on devient moins réceptif aux autres stimuli et il arrive que l’on ne perçoive plus des éléments pourtant bien visibles et qui devraient nous alerter.

Une des expériences les plus célèbres qui met en évidence ce phénomène a été réalisée par les psychologues Daniel Simons (Université de l’Illinois) et Christopher Chabris (Université d’Harvard). Elle consiste à demander à des sujets de regarder une courte vidéo d’un match de basket. Les cobayes doivent compter les passes faites par une des équipes ou encore évaluer le nombre de passes aériennes et le nombre de passes par rebond. La plupart des personnes testées donnent une réponse satisfaisante quant au nombre de passes effectuées.

En revanche, lorsqu’on leur demande s’ils ont remarqué quelque chose d’insolite au cours de l’extrait de match visionné, plus de la moitié d’entre eux n’avaient tout simplement pas vu le comédien déguisé en gorille qui traversait tout l’écran au milieu des joueurs, comme si de rien n’était, s’arrêtant même pour se frapper la poitrine de ses deux poings !

L’expérience est si démonstrative qu’elle fut même utilisée par la télévision britannique dans le cadre d’une campagne de sensibilisation des automobilistes quant au risque de non-perception d’un cycliste ou d’un piéton lorsqu’on a l’attention accaparée par l’écran de son GPS (ou lorsqu’on en concentré sur une conversation téléphonique). En voiture, le GPS est un outil bien utile, mais attention à ne pas lui accorder plus d’attention qu’il ne le mérite, au risque de se retrouver dans le Vieux-Port, ou de percuter un gorille basketteur…

L. V.

Municipales 2020 à Marseille : c’est le souk !

25 novembre 2019 by

Le premier tour des élections municipales aura lieu dans moins de quatre mois, le 15 mars 2020, mais la situation est loin d’être claire dans la deuxième ville de France, c’est le moins que l’on puisse dire… La seule chose dont on est sûr c’est que le maire sortant, Jean-Claude Gaudin, élu municipal à Marseille depuis bientôt 55 ans et maire de la ville sans discontinuer depuis près de 25 ans, ne se représentera pas.

Jean-Claude Gaudin, le 4 novembre 2018 (photo © Christophe Simon / AFP / L’Express)

Il serait d’ailleurs bien en peine de le faire, vu le discrédit qui le frappe depuis l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, le 5 novembre 2018, lui qui n’ose même plus sortir de l’hôtel de ville pour aller apposer sur place la plaque commémorative pourtant toute prête, et qui vient encore de se faire étriller par un reportage peu amène diffusé cette semaine par FR3 sous le titre « Élu public n°1 – Gaudin, l’heure de l’inventaire ».

Il y est notamment question du dernier rapport rédigé par la Chambre Régionale des Comptes, portant sur la gestion de la Ville de Marseille entre 2012 et 2017. Un rapport qui n’est pas encore rendu public mais qui a fait l’objet d’un débat en conseil municipal ce lundi 25 novembre 2019 et dont les médias se sont déjà largement fait l’écho, à l’exemple du site GoMet. Le maire sortant a beau se défendre comme un beau diable contre des accusations infondées et qui ne seraient que du vulgaire « Marseille bashing » selon son expression favorite, n’hésitant pas à reporter ses difficultés sur un héritage défavorable laissé par ses lointains prédécesseurs, il y a plus de 25 ans, le tableau est sombre…

On y apprend entre autres que la masse salariale constituée de 12 000 agents municipaux, qui grève lourdement le budget de fonctionnement de la ville, non seulement n’a pas diminué malgré le transfert de multiples compétences à la Communauté Urbaine puis à la Métropole, mais a même augmenté de 11 % entre 2012 et 2017. Très au-delà de ce qui est observé sur la même période dans les autres grandes villes françaises. La CRC s’étonne d’une « rémunération brute moyenne des agents au-dessus de la moyenne nationale », d’un « temps de travail inférieur à la durée légale » ou encore d’un « système de badgeage des personnels, opérationnel que dans un nombre restreint de services ».

Elle déplore aussi que « la ville ne dispose toujours pas d’une base de données exhaustive permettant de connaître de manière très fine la consistance de son patrimoine». Un patrimoine pourtant conséquent comprenant près de 450 écoles et plus de 5 000 bâtiments au total. Et la CRC de pointer un certain nombre d’irrégularités dans l’exploitation de ce patrimoine ainsi qu’un défaut de vision stratégique cohérente dans sa gestion et son entretien. De quoi apporter largement de l’eau au moulin des critiques développées récemment dans l’ouvrage de Philippe Pujol, intitulé « La chute du monstre » et qui n’est pas tendre non plus avec l’organisation du système Gaudin.

Dans un tel décor de fin de règne plutôt sombre, on se doutait bien que la succession du vieux maire ne serait pas des plus simples. La cacophonie qui sévit dans ce début de campagne électorale et à quelques mois seulement des élections, montre que la réalité est encore bien pire que ce que l’on pouvait imaginer. La situation devrait sans doute décanter dans les prochaines semaines, mais pour l’instant c’est un bazar innommable, de nature à dérouter le citoyen le plus averti !

Dans le camp Les Républicains du maire sortant, deux candidats s’opposent frontalement. D’un côté, Bruno Gilles, lancé en campagne depuis bien longtemps, initialement avec le soutien de Jean-Claude Gaudin, et de l’autre Martine Vassal, déjà Présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix Marseille Provence, et qui se targue désormais du soutien de son mentor, Jean-Claude Gaudin, pour briguer un troisième fauteuil.

Martine Vassal et Bruno Gilles, en compétition pour l’investiture LR (photo © Nicolas Vallauri / La Provence)

Tous les deux sont membres de la majorité sortante depuis maintenant 18 ans, mais veillent soigneusement à ne pas assumer trop ouvertement l’héritage du passé, un exercice d’équilibrisme complexe dans lequel Bruno Gilles peut compter sur le soutien sans faille de son ami Renaud Muselier, Président de la Région PACA, qui y voit là l’occasion d’une revanche contre Jean-Claude Gaudin, responsable à ses yeux de sa déconfiture face au socialiste Eugène Caselli en 2008 lors de l’élection à la présidence de la Communauté urbaine aujourd’hui disparue : les politiques ont la rancune tenace…

Une réunion de conciliation s’est tenue à Paris le 13 novembre dernier pour tenter de départager les deux candidats mais la faconde de Gaudin n’a pas suffi et c’est la commission d’investiture qui tranchera le 27 novembre, sachant que les deux candidats en lice ont déjà prévenu qu’ils iraient jusqu’au bout de leur démarche, quel que soit le choix du parti LR : ambiance, ambiance…

Jean-Philippe Agresti, en lice pour les municipales de Marseille ? (source GoMet)

Du côté de La République en Marche, la situation est encore plus obscure avec au moins 4 candidats potentiels dont 3 se sont déclarés ouvertement. Le premier à l’avoir fait, le député Saïd Ahmada, a annoncé, selon Le Monde, le 19 novembre 2019, qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » tandis que son challenger, Yvon Berland, attend toujours désespérément qu’une décision soit prise par la commission d’investiture du parti présidentiel. Emmanuel Macron, qui escomptait une alliance LR-LREM, a dépêché sur place un fidèle, Jean-Marc Borello, pour tenter de constituer une liste LREM cohérente malgré cette empoignade. Mais le seul effet jusqu’à ce jour a été de faire sortir du bois un autre candidat plus ou moins déclaré en la personne de Jean-Philippe Agresti, doyen de la faculté de droit d’Aix-en-Provence, qui se sent pousser des ailes et compte sur le soutien présidentiel, comme l’a relaté le site Made in Marseille, lui qui s’affichait encore le 4 juillet dernier comme soutien de Martine Vassal…

On a même vu surgir, dans ce paysage pour le moins incertain, un candidat venu de nulle part, un certain Michel Pinard, diplomate retraité, expert en trafic de drogues et en géopolitique du Maghreb, comme il l’a détaillé à 20 Minutes, et qui ne doute pas une seconde de créer la surprise en remportant le fauteuil de maire au nez et à la barbe de ses concurrents malgré son absence d’engagement politique.

Il faut dire qu’à gauche, le tableau n’est pas des plus clairs non plus. Les différentes initiatives citoyennes pour tenter de fédérer les courants qui se disent progressistes, entre Printemps marseillais et Pacte démocratique, ont bien du mal à se concrétiser et à composer avec les égos des uns et des autres. Les écologistes d’EELV, rassemblés autour de Sébastien Barles, ont déjà claqué la porte en septembre, comme nous l’avions évoqué ici, et iront seuls à la bataille.

Jean-Luc Mélenchon en novembre 2019 à Marseille (photo © Clément Mahoudeau / AFP / 20 Minutes)

Jean-Luc Mélenchon a bien essayé de jouer les médiateurs et est venu à Marseille jeudi 13 novembre pour tenter de mettre tout le monde d’accord, si possible avec une tête de liste issue de la France Insoumise, mais a dû jeter l’éponge et repartir illico à Paris en jetant un « Débrouillez-vous ! » désabusé, comme l’a raconté Marsactu. Le Pacte démocratique, issu principalement de la société civile et des milieux associatifs avait menacé début novembre d’interrompre les négociations dans lesquelles les partis traditionnels avaient tendance à reprendre leurs petites habitudes et à tirer la couverture à eux. Une nouvelle réunion aurait été fixée au 30 novembre, toujours selon Marsactu, mais rien ne dit qu’une candidature commune pourra émerger ni comment elle se positionnera face à une multitude de listes de gauche, la position de certains, tels Samia Ghali, restant encore bien floue à ce stade.

Stéphane Ravier présente ses têtes de liste RN le 19 septembre 2019 (photo © Xavier Cherica / La Provence)

Finalement, dans cet océan d’incertitudes, force est de constater que le seul bloc en ordre de marche est celui du Rassemblement National dont toutes les listes par arrondissement sont d’ores et déjà constituées, sous la bannière du sénateur Stéphane Ravier, lequel ne manque jamais une occasion de rappeler que, sur la ville de Marseille, c’est son parti qui a fait, de très loin, le meilleur score lors des dernières élections européennes en mai dernier. Voilà qui sonne quelque peu comme un avertissement pour tous les autres candidats, tous chantres de la démocratie, mais qui tardent un chouïa à se mettre d’accord pour constituer leurs listes…

L. V.

Encore un peu de plastique ?

24 novembre 2019 by

Chacun le sait, la production de plastique n’arrête pas de progresser et le volume de déchets plastiques déversés dans tous les océans du monde dépasse désormais l’entendement. Une étude de 2015 avait évalué à 8 millions de tonnes la quantité de plastique rejetés dans les océans pour la seule année 2010, et la tendance est loin de s’inverser. Selon le WWF, ce serait entre 220 000 et 630 000 tonnes de plastique qui se retrouverait ainsi dans les seules mers européennes, dont une bonne part dans la Méditerranée, mer intérieure fermée et donc tout particulièrement vulnérable.

Une petite partie de ces déchets, de l’ordre de 20 %, est issue directement de l’activité maritime (pêche, navigation, tourisme, etc.) mais l’essentiel provient directement de ce qui est rejeté depuis le littoral, par le vent ou apporté par les fleuves côtiers.

Un dessin signé Souhayla, publié dans le quotidien algérien El Watan le 28 septembre 2018

En Méditerranée, on considère ainsi que 95 % des déchets retrouvés en mer sont à base de plastique, qui se caractérise par des durées de dégradation très longues : un sac plastique met 20 ans pour finir par se dégrader mais il en faut 50 pour un gobelet en plastique et pas moins de 600 ans pour une ligne de pêche en nylon ! De quoi faire périr par étouffement plus d’une tortue marine à la vue basse qui gobent avec gourmandise ces sacs en plastiques aux faux airs de méduse…

Sauvetage d’un poisson pris au piège d’un sac plastique (extrait vidéo YouTube)

Quand ce ne sont pas les poissons eux-mêmes qui finissent emprisonnés dans un sac un peu sournois comme le montre une vidéo filmée par une monitrice de plongée à Phuket en Thaïlande.

Du coup, tous ces déchets qui se délitent et se dégradent peu à peu en micro-particules envahissent la totalité de l’écosystème marin et nous reviennent en boomerang via les poissons et les fruits de mer que nous consommons. Le phénomène n’est pas nouveau et on sait déjà depuis plusieurs années que les moules en particulier contiennent un grand nombre de micro-fragments de plastiques issus de la filtration de l’eau de mer et qui s’accumulent dans leur chair.

Un dessin signé Zoé Thouron

Selon un article récent d’Emploi Vert, une étude conduite par des chercheurs de l’Université de l’agriculture et de la technologie de Tokyo a révélé que 80 % des anchois de la baie de Tokyo contenaient des micro-plastiques, mesurant entre 0,1 et 1 mm. Parmi les 64 anchois japonais analysés, 150 particules micro-plastiques ont été retrouvées dans les tubes digestifs de 49 d’entre eux. En consommant ces poissons, l’homme contribue finalement à digérer tous ses sacs, bouteilles et autres objets en plastiques qu’il a laissé négligemment partir au gré des vents plutôt que de les incinérer ou de les recycler.

Un bar de 2 kg pêché dans les Landes, avec un attirail de couture dans le ventre (photo © Olivier Froustey / France 3 Régions)

Et de plus en plus, les pêcheurs ont de désagréables surprises en vidant leurs poissons, comme dans le cas, rapporté par le quotidien Sud-Ouest, de ce pêcheur amateur des Landes qui a trouvé en septembre dernier dans les entrailles d’un bar de 2 kg un petit sachet en plastique contenant un bouton : pour recoudre le poisson ?

Un célèbre chef cuisinier mexicain vient lui aussi d’en faire l’amère expérience en vidant un poisson pour les clients de son restaurant. Comme le montre une vidéo postée sur son compte Twitter et reprise par Le Point, il a retiré du ventre de l’animal pas moins de cinq bouchons de bouteille, deux morceaux de sac, un bout de peigne et quelques autres petits débris de plastique : bon appétit !

L. V.

Venise : le Conseil Régional prend l’eau…

21 novembre 2019 by

A Venise, les inondations sont monnaie courante. Celle que la Cité des Doges a subi en novembre 2019 restera cependant dans les mémoires comme un des pires phénomènes de ces dernières années, une « acqua alta » historique. Mardi 12 novembre, le niveau de l’eau au plus fort de la marée haute a atteint la cote remarquable de 1,87 m, pas très loin du record de 1,94 m enregistré en 1966, l’année ou la ville toscane de Florence subissait les inondations dévastatrices de l’Arno, causant une centaine de morts et détruisant irrémédiablement nombre de chefs d’œuvres de la Renaissance.

Traversée périlleuse sur la place Saint-Marc, samedi 17 novembre 2019 (photo © Luca Bruno / AP)

Cette semaine de novembre 2019 a été particulièrement éprouvante pour les habitants de Venise pris au piège de ces eaux qui envahissent toute la ville à la faveur des marées, la dernière en date atteignant encore 1,50 m, dimanche 17 novembre. Depuis, l’eau a cessé de monter et les habitants se mobilisent pour tout nettoyer et remettre de l’ordre dans la cinquantaine d’églises, dont la basilique Saint-Marc, qui ont subi l’assaut des flots. Ils essayent de ne pas céder au découragement, à l’instar de leur maire, Luigi Brugnaro, qui s’est laissé aller à tweeter « les Vénitiens ne sont à genoux que lorsqu’ils prient. Venise va repartir… »

Ballade en kayak dans les rues de Venise inondée le 15 novembre 2019 (photo © Manuel Silvestri / AFP / France TV Info)

Car des inondations de ce type, il y en aura d’autres dans une ville construite sur la lagune en creusant des canaux pour drainer les eaux et en édifiant des remblais sur pilotis. On en dénombre 118 îles et îlots, pour beaucoup artificiels et reliés les uns aux autres. Mais au fil des ans, la ville s’enfonce inexorablement, d’au moins 26 cm déjà depuis 1870, tandis que le niveau de la mer s’élève peu à peu sous l’effet du changement climatique et que les immenses bateaux de croisière contribuent à l’érosion des berges.

A Venise, les marchands de bottes ont fait fortune… (photo © Manuel Silvestri / Reuters / Business Insider)

Entre les flots de la mer et le flot des 36 millions de touristes qui déferlent chaque année à Venise, les 50 000 habitants de la ville ne savent plus où donner de la tête. Quelques-uns espèrent encore que le fameux projet MOSE viendra sauver la ville des eaux tel Moïse ouvrant les flots de la Mer Rouge. Ce « module expérimental électromécanique », constitué de 78 éléments de digues flottantes qui se relèveront pour barrer les trois passes donnant sur la rade, est à l’étude depuis 1984 et les travaux de construction sont en cours depuis 2003.

Essai de soulèvement des digues flottantes du projet MOSE en mai 2016 (source © site du projet)

Ils devaient se terminer en 2016 mais on parle désormais plutôt de 2021 et le budget prévisionnel, initialement arrêté à 2 milliards d’euros, devrait atteindre au moins le triple de cette somme. Difficultés techniques, malfaçons et malversations en tout genre se cumulent pour expliquer un tel retard et pareille dérive financière. Précisons au passage que toute ressemblance avec le projet de l’EPR de Flamanville serait bien entendu purement fortuite…

Nul ne sait encore si le dispositif pourra bel et bien fonctionner un jour et empêcher des phénomènes tels que celui vécu ces dernières semaines. Ce qu’on commence à entrevoir en revanche, et qu’ont souligné les océanographes Carlos Amos et Georg Umgiesser dans The Conversation, c’est qu’avec l’élévation attendue du niveau de la mer, qui pourrait atteindre 50 cm dans les prochaines décennies, le dispositif devra quasiment se fermer à chaque marée pour protéger Venise du naufrage.

Or, les eaux usées non traitées qui s’évacuent quotidiennement via les canaux dans la lagune et vont ensuite rejoindre la mer, seront alors bloquées. L’afflux de nutriments qui en résultera provoquera une eutrophisation de la lagune et sa détérioration irréversible. Sans compter que le dispositif ne pourra éviter les remontées phréatiques d’eau salée qui rongent peu à peu les monuments de la Sérénissime.

Un véritable casse-tête donc pour les autorités locales. Réunis dans la salle de délibération du Conseil Régional de Vénétie, les élus régionaux débattaient justement des effets du changement climatique à l’occasion du vote du budget 2020 ce mardi 12 novembre en soirée. Situé en bordure du Grand Canal, le palais Ferro Fini qui abrite le Conseil Régional n’avait jusque-là jamais été inondé.

Salle de réunion du Conseil Régional envahie par les eaux mardi 12 novembre 2019 (photo © Andrea Zanoni / CNN)

Mais ce mardi vers 22 h, les élus ont dû évacuer en catastrophe les locaux face à l’arrivée des eaux comme l’a longuement raconté le conseiller du Parti démocrate, Andrea Zanoni, vice-président du comité de l’environnement, dans un message publié sur Facebook et repris par CNN. Selon lui, « ironiquement, la chambre a été inondée deux minutes après que la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia aient rejeté nos amendements visant à lutter contre le changement climatique ». Faut-il y voir un avertissement du ciel pour inciter les responsables politiques locaux à prendre un peu plus au sérieux les menaces réelles du changement climatique ?

L. V.

Municipales : l’appétit vient en mangeant…

19 novembre 2019 by

Il y a tout juste un an, en novembre 2018, toute la presse, le Figaro en tête, ne bruissait plus que de cela : la moitié des maires ne souhaitait plus se représenter. Selon une enquête conduite par l’Association des maires de France (AMF) et le CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po, dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité. 49 % exactement des quelques 4500 élus locaux interrogés, préféraient tirer leur révérence et abandonner leur fauteuil de maire pour se consacrer à leur famille.

Au congrès des maires de France, le 18 novembre 2015 (photo © Corentin Fohlen / Divergence / Libération)

De quoi tirer quelques larmes de compassion à quelques jours de l’ouverture du traditionnel congrès annuel des maires de France, pour plaindre ces élus mal considérés et parfois malmenés, réduits à jeter l’éponge faute de reconnaissance de leur dévouement sans faille au service de l’intérêt général. Ajouté à cela, un autre chiffre tout aussi alarmant circulait, celui des 1021 maires recensés par le Figaro qui avaient claqué leur démission entre mars 2014 et août 2018, dont pas moins de 386 depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, un an auparavant, en 2017.

Des chiffres assez inhabituels en effet, qui exprimaient un malaise évident de nos édiles confrontés à un individualisme et des comportements purement consuméristes de la part de leurs concitoyens prêts à les insulter voire à les traduire en justice au moindre manquement de leur part, mais bien peu reconnaissant de leur engagement personnel au service de la collectivité.

Maire de petite commune rurale, un sacerdoce ? Dessin de Deligne publié dans Le Berry Républicain

Un mouvement qui touchait d’ailleurs principalement les toutes petites communes ou, de fait, le maire est souvent bien seul pour faire face à un cadre réglementaire de plus en plus complexe et des exigences administratives toujours plus lourdes. Mais pour les villes de plus de 5000 habitants, la situation était déjà bien différente puisque 75 % des édiles interrogés affirmaient déjà haut et fort leur volonté de se représenter.

Un an plus tard, alors que le congrès suivant de l’AMF vient d’ouvrir ses portes et alors que les élections municipales se profilent dans quatre petits mois, la situation a bien évolué et les maires ont complètement oublié leur coup de blues passager pour se lancer avec rage et détermination dans la course aux investitures et la bataille électorale. La dernière enquête du CEVIPOF publiée par l’Observatoire de la démocratie de proximité est formelle : seuls 28 % des maires en place affirment encore ne plus vouloir se représenter aux prochaines élections !

Extrait du sondage AMF – CEVIPOF de novembre 2019 (source © Le Monde)

Même dans les plus petites communes de moins de 500 habitants, plus de 42 % des maires en place seront de nouveau en lice pour les prochaines municipales, et sans doute bien davantage puisque 28 % se disent encore indécis, par coquetterie sans doute tant il est bon de se laisser aller à la douce pression de ses amis pour se laisser convaincre qu’on est vraiment indispensable…

Dans les grandes villes de plus de 30 000 habitants, manifestement la place est bonne puisque 97,5 % des élus interrogés sont sûr de se représenter ou, pour une petite minorité d’entre eux, font mine d’encore hésiter. Bien entendu, les deux-tiers d’entre eux affirment que c’est d’abord pour faire plaisir à leur entourage ou à leur famille politique qu’ils cèdent ainsi à l’appel de la Nation même si un quart des maires interrogés, quelle que soit la taille de leur commune, reconnait bien volontiers que le fait d’avoir exercé cette fonction a été très positif pour leur vie personnelle, sans qu’il soit précisé si cela se mesure en termes d’enrichissement personnel ou de reconnaissance sociale…

Dessin de Gros paru dans Marianne le 15 novembre 2019

Une chose est sûre, le pessimisme ambiant qui plombait le moral de nos édiles l’an dernier s’est brusquement envolé. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de pleurnicher sur la baisse des dotations et la difficulté de boucler leur budget, ils sont désormais 90 %, à l’approche des élections, à considérer que l’état des finances de leur commune est bon et s’est même considérablement amélioré. Un optimisme qui contraste d’ailleurs quelque peu avec celui de leurs concitoyens, manifestement mal informés : tous les maires de grandes villes (plus de 100 000 habitants) interrogés assurent que la situation financière de leur commune est excellente alors que 27,7 % seulement de leurs électeurs portent le même jugement…

Même le regard sur l’intercommunalité a changé. Jusque-là présentée comme la source de tous les maux au point que les élus locaux l’ont majoritairement combattu avec la dernière énergie, à l’image d’une Maryse Joissains qui s’est battu bec et ongle contre l’instauration de la métropole Aix-Marseille-Provence, l’intercommunalité est désormais regardée avec bienveillance par la grande majorité des maires interrogés. Seuls 24 % d’entre eux estiment qu’elle fonctionne mal !

Incontestablement l’approche des élections municipales a redonné un punch incroyable à nos élus locaux qui se frottent déjà les mains à l’idée de la campagne électorale à venir. Contrairement à ce que laissaient entendre les oiseaux de mauvais augure il y a tout juste un an, et en dehors de quelques petites communes rurales totalement désertées de leurs forces vitales, tout laisse à penser que le nombre de listes en compétition atteindra, cette année encore, des records étonnants, prouvant une fois de plus le bel appétit des Français pour le débat politique et la démocratie locale, la gestion de l’intérêt général, ou tout simplement le goût du pouvoir ?

L. V.

Deflesselles roule pour Total

17 novembre 2019 by

Bernard Deflesselles présentant une conférence sur le changement climatique à La Ciotat, le 27 juin 2019 (source : Ville de La Ciotat)

Notre député Bernard Deflesselles vient une nouvelle fois de montrer son vrai visage. Rapporteur des négociations internationales sur le changement climatique à l’Assemblée nationale, comme il aime se présenter lorsqu’il anime, comme c’était le cas à La Ciotat le 27 juin dernier, des conférences pour expliquer à tout un chacun ce qu’est le réchauffement climatique et comment il faut lutter contre, voilà qu’il vient de se distinguer en montrant une fois de plus sa mauvaise foi bien connue…

Corapporteur d’un rapport d’information sur la Diplomatie climatique, déposé le 28 novembre 2018 sur le bureau de l’Assemblée nationale, notre député y dissertait doctement sur les graves menaces que fait peser le réchauffement climatique sur l’avenir de l’humanité, rappelant au passage que « la politique des petits pas ne suffit plus » et qu’il faut un changement radical pour espérer encore atteindre les objectifs de l’accord de Paris qui suppose une réduction de 45 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2010 alors que jusque-là on observe plutôt une augmentation de 5 à 10 %.

Un vrai discours de militant engagé et responsable ! Sauf que dans les faits, Monsieur le Député Deflesselles se moque complètement de ce que peut bien écrire le rapporteur Deflesselles dans ses belles envolées lyriques sur l’avenir de la planète. Il vient d’en administrer une preuve flagrante en s’associant au combat peu glorieux de 3 autres députés des Bouches-du-Rhône, pour déposer en catimini un amendement écrit à la demande du groupe Total et destiné à rétablir l’exonération fiscale sur l’huile de palme comme biocarburant.

Plantation de palmiers à huile en Asie du Sud-Est, en mars 2018 (photo © Januar / Getty Images / The Epoch Times)

On sait pourtant que la production de palmiers à huile est, en Indonésie et en Malaisie notamment, la principale cause de la déforestation des forêts primaires, ce qui a pour effet la disparition d’un milieu naturel servant, non seulement de puits de carbone pour absorber des quantités importantes de CO2, mais aussi d’abri à une biodiversité aussi riche que gravement menacée.

Cette considération a d’ailleurs poussé l’Union européenne à demander à ses États membres de prendre des dispositions pour stopper dès que possible et, en tout état de cause avant 2030, l’exonération fiscale dont bénéficient les 900 000 tonnes d’huile de palme importées chaque année en Europe et dont 75 % sont destinés à finir dans le réservoir de nos véhicules.

Des militants de Greenpeace lors du blocage de la raffinerie du groupe Total de la Mède, près de Marseille, le 29 octobre (photo © Boris Horvat / AFP)

En France, cela a été l’objet d’un débat virulent qui s’est tenu il y a tout juste un an, lors de la préparation de la loi de finances pour le budget 2019. De nombreux lobbyistes à la solde du groupe Total, principal intéressé à la défiscalisation des biocarburants à base d’huile de palme, en particulier pour les besoins de sa raffinerie de La Mède qui prévoit d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile de palme par an, avaient alors bataillé ferme pour poursuivre ce cadeau fiscal qui rapporterait de l’ordre de 70 à 80 millions d’euros par an à Total, au détriment du contribuable…

A l’époque, les débats à l’Assemblée nationale avaient été particulièrement houleux mais les députés avaient finalement choisi la voie de la raison en mettant un terme à ce cadeau fiscal aux conséquences environnementales désastreuses. Le groupe Total bien entendu n’a pas souhaité en rester là et a aussitôt déposé un recours devant le Conseil constitutionnel sous forme d’une question prioritaire de constitutionnalité, laquelle avait été rejetée par le Conseil constitutionnel le 11 octobre 2019.

Un dessin de Fanny Vaucher

En l’occurrence, les Sages du Conseil constitutionnel, qui ne brillent pourtant pas par leur audace écologiste, avaient estimé que la décision du Parlement d’exclure l’huile de palme de la liste des biocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal répond à des « critères objectifs et rationnels en fonction du but poursuivi » de protection de l’environnement, considérant que « la culture de l’huile de palme présente un risque élevé, supérieur à celui présenté par la culture d’autres plantes oléagineuses, d’induire indirectement une hausse des émissions de gaz à effet de serre ». Une décision forte et définitive, qui a même fait l’objet d’un communiqué de presse de la part du Conseil constitutionnel, histoire d’en bien marquer toute la portée.

Mais bien sûr, même sortis par la porte à coups de pieds aux fesses, les lobbyistes n’ont de cesse que de rentrer par la fenêtre. C’est donc ce qu’ils ont fait grâce à la complicité de 4 députés peu regardant, dont celui de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles, réélu pour la cinquième fois en 2017, mais d’extrême justesse avec seulement 500 voix d’avance…

Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 (photo © Thomas Samson / AFP / L’Express)

Leur coup avait été bien préparé, avec la bénédiction du ministre du Budget, Gérald Darmanin, et est passé comme une lettre à la Poste au travers d’un des 2900 amendements à la loi de préparation du budget 2020, dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 novembre. Les députés de la majorité, globalement opposés à ce coup de Jarnac, avaient bien repéré le piège et s’étaient préparé à le contrer, mais un changement dans l’ordre d’examen des amendements a permis de déjouer leur vigilance et de faire adopter l’amendement en question sans même que les députés signataires n’aient besoin de le défendre à la tribune : un véritable coup de maître !

Bien entendu, autant de perfidie de la part de responsables politiques élus de la Nation ne peut que laisser pantois et ne manquera pas d’alimenter le ressentiment des citoyens écœurés par un tel manque de cohérence de la part de nos représentants nationaux : comment peut-on avoir l’audace de plaider pour une mobilisation générale contre le changement climatique quand on se livre à de telles manipulations en douce avec le géant pétrolier Total pour lui permettre d’accroitre ses bénéfices au détriment de la Planète ?

Nicolas Hulot, devant la Convention citoyenne pour le climat, vendredi 15 décembre 2019, fustige l’incohérence de la décision prise sur l’huile de palme (photo © Katrin Baumann / SudOuest)

La ficelle était d’ailleurs tellement grosse que même le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a dû admettre que l’on ne pouvait pas décemment faire avaler une telle pilule à l’opinion publique, surtout au moment où le mouvement des gilets jaunes tend à reprendre de la vigueur et alors que 150 citoyens tirés au sort planchent avec beaucoup d’investissement personnel dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Il a donc fallu procéder à un nouveau vote, qui a eu lieu vendredi 15 novembre en soirée, et qui a vu cette fois l’amendement soutenu par M. Deflesselles rejeté par 58 voix contre 2. Une sortie de route bien peu glorieuse pour notre député local qui ne sortira pas grandi de cet épisode !

L. V.

Que vont devenir nos retraites ?

14 novembre 2019 by

Quelques éléments d’histoire :

Après le fiasco des rentes ouvrières et paysannes de 1910 et les premières assurances sociales de 1930 qui ne concernaient pas l’assurance retraite, il faut attendre 1937 et le Front Populaire pour voir élargies les assurances sociales aux catégories de salariés jusqu’alors exclues et la signature d’accords issus de négociations paritaires débouchant sur l’instauration de régimes de prévoyance et de retraite dans certains secteurs professionnels (Industries Métallurgiques et Minières, puis chimie, aéronautique, travaux publics …), prémices du système en répartition que nous connaissons encore.

C’est en octobre 1945 que Gaullistes et Communistes au sein du Conseil National de la Résistance proposent un système de sécurité sociale garantissant une assurance vieillesse dont voici les principes (exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945) :

« La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances, il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.

Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la volonté de débarrasser nos concitoyens de l’incertitude du lendemain »

En 1947 sont créés des régimes de retraites complémentaires dont ceux des cadres (AGIRC) avec une technique de calcul par points. En 1961 la création de l’ARRCO permet aux salariés non-cadres de bénéficier d’une retraite complémentaire, système qui sera généralisé en 1972 sauf pour quelques régimes spéciaux.

Un dessin signé Tartrais (source © dessin-actu)

En 1983, l’âge de départ à la retraite est abaissé de 65 ans à 60 ans avec une durée de cotisation de 37,5 années de carrière. Cette disposition ne cessera ensuite d’être modifiée.

1993, par les lois Balladur : allongement progressif de la durée minimum de cotisation de 37,5 ans (150 trimestres) à 40 ans (160 trimestres), changement du mode de calcul des pensions des salariés du privé (période de référence : passage des 10 meilleures années aux 25 meilleures années) et indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires

2003 avec la réforme Fillon : dès 2012, durée de cotisation allongée à 41 ans (164 trimestres), surcote pour ceux qui prolongent, création de produits d’épargne retraite par capitalisation, création de la retraite additionnelle (2005) dans la fonction publique.

2007 : réforme des régimes spéciaux.

2010 : allongement progressif de la durée d’assurance et recul de l’âge de départ à 62 ans avec report à 67 ans de la retraite à taux plein, sans compter une révision régressive des carrières longues.

2014 : instauration du compte pénibilité, nouvel allongement progressif de la durée d’assurance, abaissement de la valeur d’un trimestre à 150 fois le SMIC horaire, plus de droits nouveaux issus du cumul emploi-retraite.

Comme ce rappel le montre, les modalités d’ouverture des droits aux pensions de retraite n’ont cessé d’évoluer négativement, sauf entre 1983 et 1993.

Un dessin signé Babouse (source © SNJ CGT)

Pourquoi l’Etat décide-t-il de remettre à plat le régime des retraites ?

  • Afin d’éviter le déficit de certaines caisses (mineurs, agriculteurs notamment),
  • Pour le rendre solidaire et universel,
  • Pour rendre le système « pilotable »,
  • Pour tenir compte des évolutions démographiques dont l’allongement de l’espérance de vie, mais cette dernière est-elle durable ?
  • Pour qu’il soit plus équitable,
  • Afin qu’il soit plus redistributif.

Quels changements majeurs ?

  • L’état décide d’unifier les 42 régimes existants et donc de mettre fin à l’existence de régimes spéciaux qui ne concernent qu’environ 410 000 agents.
  • Il envisage un nouveau mode de calcul par points tel qu’il existe pour les retraites complémentaires et d’abandonner le calcul par trimestres jusqu’alors en vigueur.

Quels effets ?

  • Un allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite au taux plein de sa génération même s’il y aura toujours la possibilité de cesser son activité à 62 ans mais avec une pension substantiellement réduite (- 15 %). C’est à partir de 64 ou 65 ans (âge pivot) que pour ceux qui ont commencé à travailler à 22 ans, la retraite pourra être perçue avec 5,5 % de rendement. Subsistent quelques régimes dérogatoires pour les salariés des fonctions régaliennes (sécurité, défense) et pour les métiers à risques.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 1er novembre 2019

Exemple d’un salarié qui a cotisé sur la base d’un salaire égal à 1,5 SMIC. Il a acquis 30 000 points (10 € = 1 point) tout au long de sa carrière. Il a le droit de partir à 62 ans, âge légal de départ à la retraite.

Au moment de sa retraite, la retraite mensuelle est calculée à l’âge du taux plein en appliquant la valeur de service, 1 point = 0,55 € soit 30 000 points x 0,55 € = 16 500 €

Le salarié bénéficiera de 5,5 % de rendement s’il part à l’âge du taux plein de sa génération.

Si ce salarié part à la retraite 2 ans avant l’âge de taux plein, le montant de sa retraite annuelle sera diminué de 10 % (rendement de 4,95 %) et sera de 1238 € par mois

S’il part 1 an avant l’âge de taux plein, sa retraite sera diminuée de 5 % (rendement de 5,225 %) et sera de 1306 € par mois

S’il part à l’âge du taux plein, il bénéficiera du plein rendement de 5,5 % soit 1375 € par mois

S’il part une année après l’acquis du taux plein, le rendement est de 5,775 % et la retraite est de 1444 € par mois soit pour l’année 105 % de 16 500 €

S’il part 2 ans après l’acquis du taux plein, le rendement est de 6,05 % et la retraite est alors de 1513 € par mois soit pour l’année 110 % de 16 500 €

Comparaison entre les deux systèmes

Système actuel : Les assurés qui partent avant l’âge du taux plein subissent une double pénalisation : d’une part, le calcul de la retraite est proratisé car la carrière est incomplète par rapport à la durée d’assurance requise, d’autre part ils subissent une décote de 5 % du montant de la retraite pour chaque année les séparant de l’âge du taux plein.

Exemple : un assuré de la génération 1963 qui a commencé sa carrière à 22 ans et qui doit valider une durée d’assurance de 42 ans, devra partir à 64 ans pour bénéficier du taux plein dans le système actuel. S’il part à 62 ans, il sera doublement pénalisé, par la proratisation 540/42 et par la décote (-10 %) et sa retraite sera fortement réduite (- 15 %)

Système universel : Les assurés verront leur rendement ajusté de 5 % par année d’écart à l’âge du taux plein, sans subir de règle de proratisation par rapport à une d’assurance requise car celle-ci ne constitue plus un critère de calcul de la retraite dans le système universel en points.

Exemple : un assuré, dont l’âge du taux plein est fixé à 64 ans, verra sa retraite diminuée de 10 % s’il décide de partir à 62 ans (et non plus de 15 % dans l’exemple ci-dessus).

Un dessin signé Sabine Nourrit

  • L’abandon du calcul de la durée de cotisation par trimestres au profit du calcul par points pénalise les carrières sans grandes évolutions d’autant que la référence n’est plus celle des 25 meilleures années pour le plus grand nombre et des six derniers mois pour les fonctionnaires.
  • Les agents de l’État qui n’effectuent pas d’heures supplémentaires ou ne perçoivent pas ou peu de primes et d’indemnités (enseignants du premier degré par exemple) verront leur pension réduite par rapport à leurs aînés.
  • La fixation d’un minimum de pension mensuelle à 1000 € qui entraînera une légère hausse du niveau des retraites les plus faibles (petits agriculteurs et salariés avec de bas salaires),
  • Une baisse du niveau des pensions pour les classes moyennes (ex : couple percevant un salaire mensuel situé entre 2468 et 4423 € par mois – source INSEE janvier 2019)
  • Un nouveau calcul des pensions de réversion pour les veufs et les veuves (70% des droits de retraite du couple. L’exemple donné dans le rapport (2850 € pour le couple) n’octroie qu’une augmentation pour le survivant de 30 € par mois !
  • Une majoration des points (5 % par enfant) dès le premier enfant
  • La prise en compte des périodes de chômage, de maternité, de congé éducation jusqu’aux 3 ans de l’enfant.

La garantie des droits acquis dans les régimes actuels. Cf. exemple ci-dessous extrait du rapport :

  • La possibilité de cumuler retraite et emploi, un comble au regard du taux de chômage des jeunes peu qualifiés et des séniors !

 

Quelles incertitudes ?

  • Le rapport DELEVOY fixe, pour le calcul de la retraite, le gain d’1 point pour 10 € cotisés (cotisation salariée + cotisation patronale) et la valeur du point à 0,55 €. Il précise que cette valeur ne peut baisser mais qu’elle sera revalorisée en fonction du taux d’inflation et non des revenus.

Prenons l’exemple d’un salarié rémunéré au SMIC durant toute sa vie (1521 € brut mensuel), la cotisation mensuelle s’élèvera à : 1521,22 € X 25,31 % (cotisation salarié + cotisation patronale) = 385,02 € soit, si 10 € cotisés rapportent un point, 38,50 points/mois et donc 462 points/an. Pour 44 années de cotisations sans périodes de chômage et de maladie : 462 X 44 = 20 328 points sont acquis qui représentent 20 328 X 0,55€ = 11 180,40 €/an de pension soit 931 €/mois !

Ce salarié, selon les informations données dans le rapport, bénéficierait d’un « coup de pouce » de solidarité pour atteindre le plancher de 1000 € de pension par mois !

 

  • Quand on connaît le mode de calcul du taux d’inflation par l’INSEE et que l’on sait qu’actuellement pour les fonctionnaires, l’augmentation des retraites n’est que de 0,9 % avec une inflation à 2 %, rien ne garantit que ce soit la totalité de ce taux qui soit prise en compte !
  • L’allongement de la durée de cotisation est plus avantageux pour ceux qui travaillent alors que ceux qui sont en chômage ou en congé de maternité ou d’éducation ne bénéficient que d’un taux de 60 %. Cela n’est pas sans incidence sur le calcul de la pension quand on sait que l’employabilité des séniors est faible ! Va-t-on vers une incitation au cumul retraite/travail alors que le taux de chômage est toujours aussi élevé !

Un dessin signé Xavier Delucq (source © Huffington Post)

Au final, il ressort de l’analyse de ce rapport que si les salariés très modestes peuvent espérer au mieux quelques euros de plus, l’atteinte d’une retraite minimale au niveau du SMIC n’est pas pour demain ! Qu’en est-il alors des principes de 1945 rappelés dans le rapport Delevoy ?

Garantit-on des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes ?

Est-on assuré d’être débarrassé de l’incertitude du lendemain ? Loin s’en faut !

Compte tenu de ces observations et des incertitudes qui demeurent, et même si le rapport prétend préserver un système de retraite par répartition plus équitable et pérenne, ne se dirige-t-on pas vers un système qui conduirait ceux qui le peuvent à envisager un complément de retraite par capitalisation ! Qu’en sera-t-il alors des plus pauvres qui ne peuvent épargner et pour qui la retraite ne permettra que de survivre ?

MM

Aux morts, la Patrie reconnaissante… à qui au juste ?

12 novembre 2019 by

En ce 11 novembre 2019, un peu plus d’un siècle après la fin de la première Guerre mondiale, le geste d’Emmanuel Macron inaugurant un monument aux soldats français morts en opération depuis 1963 a beaucoup mobilisé les médias, à juste titre car il attire l’attention des Français sur l’engagement de nos forces armées sur différents théâtre d’opérations extérieures.

Emmanuel Macron inaugurant le monument aux soldats morts au combat en opération extérieure, le 11 novembre 2019 (photo © Johanna Geron / Maxppp / France Bleu)

Le monument en question, implanté dans le parc André Citroën à Paris, près du nouveau siège de l’État-Major, est constitué de six militaires (dont une femme) en bronze portant un cercueil invisible, lequel symbolise ces soldats disparus au combat. Le monument est accompagné d’un mur couvert de plaques dorées portant les noms de 549 soldats français tués ainsi depuis 1963.

Les ruines du Drakkar à Beyrouth le 25 octobre 1983 (photo © Philippe Bouchon / AFP / Le Monde)

549 : tel est en effet le nombre des soldats tués par l’ennemi ou décédés à la suite de blessures de guerre, d’accident ou de maladies au cours d’opérations extérieures, ces fameuses OPEX dans le jargon militaire, depuis la fin de la guerre d’Algérie. Car, on a un peu tendance à l’oublier, mais l’Armée française s’est fortement engagée au cours de ces 50 dernières années : au Tchad où 129 de nos soldats ont laissé leur vie, au Liban aussi où le bilan est le plus lourd avec 141 morts dont 58 le 23 octobre 1983, lors de l’attaque du Drakkar à Beyrouth, mais aussi en Afghanistan où 85 soldats français ont péri, ainsi que dans les Balkans où 78 d’entre eux ont laissé la vie, dont l’une des deux femmes dont le nom figure sur le monument, tuée au Kosovo.

La liste des noms égrenés sur ces plaques commémoratives confirme, s’il en était besoin, que les opérations militaires françaises de ces dernières années se sont beaucoup concentrées sur le continent africain où nos troupes sont intervenues notamment en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Congo, en Centrafrique et même au Burkina Faso où deux commandos de marine ont trouvé la mort le 10 mai 2019 en cherchant à délivrer des touristes pris en otage par un groupe de djihadistes affiliés à Al Qaïda au Maghreb islamique.

Soldat français de l’opération Barkhane au Mali (photo © Benoît Tessier / Reuters / Le Parisien)

Le Mali aussi bien sûr, où environ 4 000 militaires français sont encore engagés dans le cadre de l’opération Barkhane, a coûté la vie à 22 de nos soldats dont le dernier, inscrit in extremis sur une plaque juste avant l’inauguration du monument, est décédé le 2 novembre 2019 suite à l’explosion d’un engin piégé au passage d’un convoi de véhicules blindés près de Ménaka, dans le nord du pays.

Certes, les chiffres paraissent finalement modestes si on les compare à l’hécatombe subie par l’armée française durant la première Guerre mondiale au cours de laquelle près de 5,7 millions de Français avaient été mobilisés dont au moins 1,3 millions sont morts en 4 ans lors des combats, selon le décompte officiel publié par le Ministère des Armées sur son site Mémoire des Hommes. En comparaison, la seconde Guerre mondiale fit d’ailleurs nettement moins de victimes parmi les forces françaises avec une estimation d’environ 217 000 tués pour 1,2 million de soldats engagés, alors que les victimes civiles étaient significativement plus nombreuses, évaluées à 350 000 en France seulement.

Offensive française en 1915 dans le Pas-de-Calais (source © archives AFP / France TV Info)

Vinrent ensuite les guerres de décolonisation et notamment la guerre d’Algérie où plus de 1,1 millions de Français furent mobilisés et où le nombre de pertes est estimé par l’Armée française à environ 25 000 dont 15 000 soldats tués au combat ou lors d’attentats.

Depuis, les forces militaires françaises ont considérablement évolué et se sont fortement professionnalisées. La fin de la conscription en 2002 s’est traduite par une nette diminution des effectifs. Alors qu’en 1991 l’Armée française comptait encore environ 670 000 personnes dont 300 000 militaires de carrière et 242 000 appelés, auxquels s’ajoutaient 128 000 civils, les effectifs en 2018 sont tombés à 270 000 personnes environ dont seulement 206 000 militaires.

549 morts depuis 1963, sur une période de près de 60 ans, voilà qui est finalement assez peu, surtout rapporté à l’importance des effectifs concernés. Moins de 10 morts par an, cela pourrait même interpeller certaines professions où les accidents du travail font davantage de ravages, sans même parler des quelques centaines d’agriculteurs qui se suicident chaque année, souvent en lien direct avec les difficultés de leur activité professionnelle.

Ruines d’une cathédrale serbe détruite en 1999 au Kosovo (source © Mondialisation.ca)

Mais bien entendu une telle comparaison macabre n’a pas de sens, d’autant que la profession militaire paye en réalité un plus lourd tribut que les seuls soldats morts sur le théâtre des opérations extérieures. Le Bilan social des armées recense en effet chaque année entre 100 et 200 décès (103 en 2018) toutes causes confondues (y compris par maladie ou accident hors service). L’actualité récente a même mis en évidence le cas de ce gendarme français envoyé au Kosovo en février 2000 et décédé en 2015 d’une forme de cancer très rare dont il a été établi, à l’issue d’une longue procédure en justice menée par sa veuve, qu’il était dû aux effets des munitions à uranium appauvri utilisées en grandes quantités lors des bombardements de l’OTAN.

Ce constat confirme toutefois à quel point les doctrines en matière d’engagement militaire ont évolué, accordant une place prépondérante à la sécurité des troupes. On est bien loin des traditions qui prévalaient à l’État-Major lors de la première guerre mondiale où les fantassins étaient encore considérés comme de la vulgaire chair à canon et où certains officiers faisaient bien peu de cas de la vie de leurs hommes, à l’image du général Nivelle qui s’est entêté à poursuivre en avril 1917 l’offensive sanglante du Chemin des Dames pourtant vouée à l’échec et qui fit pas moins de 50 000 morts dans les rangs français en moins d’un mois…

Soldats français lors de l’offensive du Chemin des Dames au printemps 1917 (source © Leemage / Le Figaro)

Même comparé au nombre de morts civils, victimes en France du terrorisme que combattent justement nos soldats au Mali notamment, le chiffre de 549 parait relativement faible. Selon un décombre macabre du Figaro, ce sont en effet pas moins de 263 personnes qui ont été tuées en France à la suite des seuls attentats islamistes commis sur notre sol au cours des sept années seulement, depuis l’attaque commise en Toulouse en 2012 par Mohamed Merah. Mais il y a eu bien d’autres attentats précédemment en France depuis les années 1960 et tout laisse penser que le nombre de victimes civiles de ces différents conflits dans lesquels la France s’est trouvée impliquée plus ou moins malgré elle, dépasse probablement celui des morts militaires sur la même période.

On l’oublie vite, mais les attentats ne sont pas l’apanage des seuls islamistes et la France des années 1980 n’était pas épargnée loin s’en faut avec les 4 morts de la rue Copernic en 1980, les 5 morts du train Paris-Toulouse en 1982 (attribué à Carlos, de même que les 5 victimes des attentats de 1983 à la gare Saint-Charles et dans le TGV Marseille-Paris) ou encore les 6 morts de la rue des Rosiers ou les 8 de l’attentat opéré à Orly par un groupe terroriste arménien la même année.

Après l’attentat de la gare Saint-Charles à Marseille le 31 décembre 1983 qui fit 2 morts et 33 blessés (photo © Pierre Ciot / AFP / C NEWS)

Une nouvelle vague d’attentats en 1985-86, dont celui de la rue de Rennes, fera encore 13 morts (et près de 300 blessés) tandis que les attentats revendiqués par le GIA en 1995 et surtout celui de la gare RER Saint-Michel ajouteront encore 8 victimes à la liste… Et on pourrait y ajouter les 170 victimes de l’attentat contre le DC 10 d’UTA attribué au pouvoir libyen en septembre 1989.

Une telle comptabilité n’a bien évidemment aucune valeur, chaque cas individuel étant d’abord une tragédie personnelle et familiale, mais se commémorer ces personnes, civiles ou militaires, victimes de violence et de terrorisme n’est pas inutile pour que chacun ait bien conscience de la réalité de ce risque et de la nécessité de le combattre collectivement. Se souvenir pour mieux faire face et ne pas occulter le danger, tel est le sens de ces monuments et cérémonies commémoratives…

L. V.

Préjudice écologique : les braconniers des calanques au tribunal

10 novembre 2019 by

Lorsque le Parc National des Calanques a été finalement créé en 2012, après des années d’investissement militant de nombreux défenseurs de la nature et malgré l’opposition quasi unanime de la plupart des élus locaux, à l’exemple de la municipalité de Carnoux qui a décidé en septembre 2011 à l’unanimité de rester en dehors de l’aire du Parc, certains petits malins ont vu immédiatement tout le bénéfice qu’ils pourraient tirer de ce beau projet.

Carte délimitant le Parc National des Calanques (source PNCal)

Les viticulteurs de Cassis ont certes profité pleinement de l’occasion pour négocier une forte extension du périmètre de leurs vignobles en défrichant sans retenue des zones restées jusque-là naturelles : c’était la condition qu’avait exigé la maire de Cassis, Danielle Milon, première et éphémère présidente du Parc, pour ne pas bloquer le projet.

Mais d’autres sont allés bien plus loin dans le détournement opportuniste de la démarche. Le Parc, dont le cœur marin s’étend sur 43 500 hectares a en effet instauré 7 zones de non-pêche et les braconniers ont tout de suite vu l’intérêt d’aller plonger dans ces secteurs en principe interdits à tout prélèvement et servant de refuge pour la faune aquatique en vue de favoriser sa reconstitution. Les pêcheurs professionnels étaient eux-mêmes farouchement opposés à l’instauration de ces zones de non prélèvement qui ne couvrent pourtant qu’à peine 10 % de l’emprise du cœur marin du Parc des Calanques et alors que le reste du Parc ne comporte quasiment aucune restriction sur la pêche, pas plus d’ailleurs que sur la chasse.

Zone de non prélèvement définie autour de l’archipel du Riou (photo © Patrick Buzik / PNCal)

Il a donc fallu aux scientifiques faire preuve de beaucoup de pédagogie pour faire comprendre aux pêcheurs professionnels que le respect de ces zones de non prélèvement constituait en réalité une nécessité pour assurer un renouvellement durable de la faune marine et donc une garantie de pérennité de leur propre activité économique.

Balise en mer délimitant la zone de non prélèvement du Panier (source © Parc National des Calanques)

En revanche, il n’y a eu nul besoin de faire un dessin aux braconniers qui ont vu tout de suite l’immense avantage que constituaient ces sanctuaires marins où les alevins peuvent se développer en toute quiétude, et leurs prédateurs naturels croître sans crainte. Dès 2013, quatre d’entre eux se sont particulièrement distingués en développant un business extrêmement lucratif à une échelle industrielle, venant pêche en toute impunité dans ces zones interdites, au nez et à la barbe des écogardes du Parc National, profitant notamment des périodes nocturnes et des moments de gros temps pour favoriser leurs sorties illicites.

Des moyens considérables étaient mis en œuvre pour cette activité, y compris plusieurs embarcations dont l’une baptisés sans ambiguïté Braco-boat. L’un de ces braconniers semi-professionnels, un certain Stéphane Avedissian, employé à ces heures perdues comme fonctionnaire territorial à la communauté urbaine puis à la métropole Aix-Marseille-Provence, passait toutes ses après-midi à écumer les fonds du Parc des Calanques et centralisait les ventes auprès des restaurateurs marseillais, profitant pour cela de la licence de pêcheur professionnel dont il était titulaire.

Pêcheur au harpon en Méditerranée (photo © AFP / Nice Matin)

En quelques années, ce business juteux a rapporté plus de 166 000 euros aux quatre plongeurs qui auraient ainsi prélevé dans le Parc des Calanques au moins 4,6 tonnes de poissons dont de très nombreuses espèces protégées voire menacées telles que corbs, mérous, loups, dorades ou sars, mais aussi plus de 322 kg de poulpes et au moins 16 800 douzaines d’oursins.

Pécheurs professionnels à Cassis au pied des falaises Soubeyranes (photo © Mylène Zizzo / PNCal)

On est donc très loin de la pêche de loisir et d’ailleurs les braconniers en question opéraient en toute impunité au vu et au su de tous les plaisanciers qui croisaient dans le secteur et qui ont fini par alerter la gendarmerie maritime de Marseille en 2015, sans déclencher pour autant la moindre réaction, comme nous l’avions déjà rapporté ici. Il avait fallu attendre un an encore pour qu’un pêcheur professionnel excédé par ce trafic et par l’impuissance du Parc National des Calanques pourtant bien au fait, prenne sa plume pour écrire au Procureur de la République et déclenche enfin une enquête sérieuse avec filatures, écoutes téléphoniques et examen des comptes bancaires, qui n’a eu aucun mal à établir la matérialité des faits.

Selon les estimations du parc, ce sont plus de 4,6 tonnes de dorades, mérous et autres poissons, 322 kg de poulpe, et 16 800 douzaines d’oursins qui ont été prélevés et revendus à des restaurateurs, écaillers et poissonniers locaux. Ces derniers, qui, selon Marsactu, se fournissaient en toute connaissance de cause, allant parfois jusqu’à passer commande de milliers d’oursins pendant le rush des fêtes de fin d’année, ont tous échappé au procès public, sept d’entre eux, les plus lourdement impliqués, ayant pour cela préféré transiger avec le parquet, moyennant des amendes de 800 à 1500 euros, une misère !, assortie pour la forme d’une invitation à participer à un stage de sensibilisation à l’environnement…

Patrouille de la police de l’environnement dans le Parc national des calanques, en février 2018 (photo © Anne-Christine Poujolet / AFP / Geo)

Les braconniers pris la main dans le sac ont bel été condamnés, eux, au pénal à l’issue d’une comparution devant le Tribunal correctionnel de Marseille fin 2017 qui a rendu son verdict le 11 juillet 2018, condamnant les deux principaux accusés à 18 mois de prison avec sursis et leurs deux comparses à 15 mois, assortis de 3 ans d’interdiction de toute pêche sous-marine pendant les 3 ans de leur mise à l’épreuve. Ils ont aussi été condamnés à verser des sommes allant de 2 000 à 10 000 € aux autres parties civiles, à savoir six associations de défense de l’environnement, parmi lesquelles France nature environnement, Sea Sheperd ou encore l’Association pour la protection des animaux sauvages.

Mais ils n’en ont pas été quitte pour autant avec la Justice car le Parc National des Calanques et plusieurs associations de défense de l’environnement les ont également poursuivis au civil, sur la base du nouveau concept juridique de réparation du préjudice écologique introduit par la loi du 9 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité.

Il s’agit d’ailleurs d’une grande première en France, destinée à faire jurisprudence. Ce qui explique pourquoi le procès, prévu initialement le 5 juillet 2019, ne s’est finalement tenu que le vendredi 8 novembre dernier. Il fallait en effet innover pour évaluer le montant de ce préjudice inestimable constitué par la destruction de ces milliers d’espèces marines protégées et ce pillage en règle qui a rendu totalement inopérantes et pour plusieurs années les zones de non prélèvement instaurées dans le Parc des Calanques.

Ecogardes du Parc National des Calanques en patrouille (source © Parc National des Calanques)

Le verdict de ce second procès ne sera rendu que le 6 mars 2020 mais les prévenus risquent gros dans cette affaire car le Parc National des Calanques a estimé à 450 303 € le préjudice environnemental lié à la perte de biodiversité écologique subie et réclame par ailleurs 100 000 € pour préjudice moral aux quatre braconniers plongeurs, ainsi que 18 000 € aux restaurateurs et écaillers qui ont fermé les yeux pendant des années sur la provenance de ces mérous et autres dorades pêchées au harpon.

Les avocats de ces derniers ont d’ailleurs bataillé ferme pour éviter une telle condamnation infamante, plaidant pour que la Justice ferme les yeux sur ce qu’ils ont essayé de faire passer pour « juste quelques poissons achetés », ou encore « cinq douzaines d’oursins ». Une stratégie qui a passablement agacé le président du tribunal, Pierre Jeanjean, qui a noté malicieusement à l’audience : « on dit que le premier prisonnier du château d’If était un braconnier, mais l’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu du commerçant qui lui achetait du poisson ». Réponse le 6 mars 2020…

L. V. 

Écoles maternelles privées : les communes devront payer !

6 novembre 2019 by

C’est une décision voulue par Emmanuel Macron et son Ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, qui est entrée en application dès la rentrée 2019 après avoir été inscrite à l’article 11 de la loi du 26 juillet 2019 intitulée pompeusement « Pour une école de la confiance » : désormais « l’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans ».

Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer sur les bancs d’une école maternelle du 19ème arrondissement de Paris en mars 2018 (source © BFMTV)

A première vue, on ne voit pas très bien ce que cela change… L’école était déjà obligatoire jusqu’à 16 ans et 97,5 % des petits Français de 3 ans avaient déjà une place en maternelle tandis que la proportion était de quasiment 100 % à 4 ans. De fait, la rentrée 2019 ne s’est pas traduite par un afflux spectaculaire de petits bambins dans les écoles maternelles et il n’a nullement été besoin d’installer à la hâte des Algéco dans les cours de récréation pour y accueillir ces nouveaux élèves. Il y avait déjà 2,4 millions d’enfants inscrits à l’école maternelle en 2018 et on estime à 26 000 environ le nombre d’enfants supplémentaires qui ont été concernés par cette nouvelle obligation, principalement d’ailleurs dans les territoires d’Outre-mer.

La loi ne fait donc qu’entériner un état de fait parfaitement généralisé à la société française. Sauf que les débats qui ont eu lieu lors de son processus d’adoption, principalement dans les rangs du Sénat, ont montré que cette mesure d’apparence purement symbolique, entrainait un effet pervers dont les conséquences sont loin d’être négligeables pour nombre de communes françaises. Qui dit école obligatoire dit en effet prise en charge obligatoire par les collectivités, y compris lorsque cette scolarisation s’effectue dans un établissement privé.

C’est en effet une conséquence de la loi Debré qui date de 1959 et qui n’a jamais été remise en cause pour ne pas raviver la guerre scolaire. Cette loi prévoit que l’État finance le salaire des enseignants des écoles privées sous contrat, autrement dit, celles qui s’engagent à respecter les programmes fixés par l’Éducation nationale, pour l’essentiel des établissements gérés par l’Église catholique. Mais elle prévoit aussi que les collectivités territoriales, en l’occurrence les communes, prennent en charge les frais de fonctionnement de ces mêmes établissements privés.

Dessin signé Camille Besse, publié dans Marianne le 18 octobre 2019

Tant que l’école maternelle n’était pas obligatoire, cette prise en charge du privé par le public n’était donc pas une obligation légale. Ce qui n’empêchait pas nombre de communes de verser quand même religieusement leur obole en subventionnant très largement les écoles maternelles privées de leur périmètre. Mais désormais, la subvention devra couvrir l’intégralité des coûts, à parité avec les écoles publiques puisque la loi Debré oblige les collectivités à participer à la même hauteur pour le public que pour le privé.

L’addition risque d’être lourde pour certaines communes, surtout pour prendre en charge le salaire des ATSEM, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, mis à disposition par la collectivité. Pour la seule ville de Paris, Patrice Bloche, élu en charge de l’éducation interrogé par Le Monde, évalue ce coût supplémentaire à 12 millions d’euros dès la rentrée scolaire 2019, pour un budget municipal de 744 millions d’euros consacré aux affaires scolaires, sachant que sur 60 000 petits Parisiens inscrits en maternelle, on en compte 10 500 dans des écoles privées sous contrat. A Toulouse, on évoque un surcoût de 2 millions d’euros par an et probablement 2 à 3 millions sur Lyon. En Bretagne, où un tiers des enfants sont scolarisés dans le privé, la facture est proportionnellement encore plus salée : Brest l’évalue à 1,4 millions d’euros supplémentaires, à ajouter aux 2,5 millions déjà déboursés annuellement pour les enfants inscrits en maternelle.

Un dessin signé Aurel, publié dans Le Monde le 10 octobre 2019

Le sujet avait d’ailleurs fait l’objet de débats serrés au Sénat lors de la discussion du projet de loi car il avait été bien identifié dès le mois de février 2019 que cette mesure, purement symbolique en matière de scolarisation des enfants, n’était en fait qu’un moyen détourné de faire un gros chèque cadeau à l’enseignement catholique qui bénéficie d’un énorme effet d’aubaine pour payer un service déjà assuré, et ceci sans la moindre exigence de contrepartie puisque le privé n’aura pas plus d’obligation qu’avant à assurer l’accueil des enfants pour davantage de mixité sociale.

A ce soupçon de favoritisme s’ajoute une crainte d’injustice car les montants supplémentaires que devront désormais verser les communes aux écoles maternelles privées ne seront pas totalement compensés par l’État, loin s’en faut. En fait, seules les communes qui ne versaient aucune subvention jusqu’à présent se verront rembourser ces sommes. Pour les autres, seul l’éventuel surcoût par rapport aux subventions déjà versées pourra faire l’objet d’une compensation financière.

Et tout laisse à penser que les compensations de l’État ne seront pas à la hauteur des dépenses effectives des communes. Le gouvernement prévoit en effet une enveloppe de 100 millions d’euros pour ces compensations annuelles alors que les estimations des dépenses en question varient entre 150 et 200 millions d’euros à l’échelle nationale.

Collège Saint-Augustin à Carnoux reconstruit en 2014

Cette position du gouvernement est assez révélatrice d’un état d’esprit qui vise à favoriser le transfert vers le privé d’un service public au prétexte qu’il serait réalisé aussi bien et pour moins cher que par le l’Éducation nationale. Ce n’est en tout cas pas le maire de Carnoux qui se plaindra d’une telle mesure, lui qui n’a jamais hésité à subventionner largement l’enseignement catholique, allant jusqu’à imposer aux forceps en décembre 2013, à quelques mois seulement des dernières échéances municipale, une décision qui a fait tousser même la Chambre régionale des comptes et qui revenait à offrir à l’évêché pour un prix d’ami, qui plus est dans le cadre d’un crédit gratuit, la dernière réserve foncière constructible de la commune, tout en le débarrassant, à prix d’or cette fois, des bâtiments destinés à être démolis de l’ancien collège Saint-Augustin devenu trop à l’étroit. Une belle générosité qui l’honore, à défaut d’être très orthodoxe en matière de gestion des deniers publics, mais quand on aime, on ne compte pas…

L. V.

TER en région PACA : un rapport saignant de la CRC…

4 novembre 2019 by

Jean-Pierre Farandou, nouveau président du directoire de la SNCF depuis le 1er novembre 2019 (photo © Jacques Demarthon / AFP / RTL)

La SNCF n’est pas au meilleur de sa forme en ce moment : après 11 ans de règne de Guillaume Pepy qui vient de passer la main à Jean-Pierre Farandou, ex patron de la filiale florissante Keolis et alors que la SNCF se transformera au 1er janvier 2020 en société anonyme à capitaux publics, les coups durs n’arrêtent pas de s’enchaîner : grèves surprises du personnel qui paralysent la totalité du trafic, incidents à répétition et défaillances techniques multiples, intempéries se traduisant par des interruptions prolongées de lignes, annonce de mouvements de grève à partir de début décembre, on en passe…

Mais ce sont surtout les trains régionaux, les TER, qui sont le plus à la peine et ceux de la région PACA ne sont pas les mieux lotis, loin s’en faut. C’est la Cour des comptes qui vient de s’en rendre compte, dans le cadre d’une enquête national inter-juridiction qui a mobilisé l’ensemble des Chambres régionales des comptes dont la CRC PACA. Le rapport que cette dernière a rendu en juin 2019 a alimenté l’étude nationale rendue public par la Cour des comptes le 23 octobre 2019, et le moins que l’on puisse dire est que son analyse n’est pas des plus bienveillantes…

TER PACA en gare de Marseille Saint-Charles

On y apprend notamment que le service des TER est le plus gros poste de dépense pour la Région PACA, avec 295 millions d’euros pour l’année 2018, ce qui représente 12,5 % de son budget annuel de 2,4 milliards d’euros, davantage même que la gestion des lycées. Cela permet de faire circuler en moyenne 560 TER chaque jour, sur 16 lignes, parcourant en 2016 la bagatelle de 14 millions de kilomètres, ce qui représente quand même 18 fois l’aller-retour entre la Terre et la Lune !

Dessin signé Pascal Gros publié dans Marianne le 1er novembre 2019

Les recettes tarifaires générées par le fonctionnement des TER ne sont pas négligeables puisqu’elles se sont élevées à 85,8 M€ pour cette même année 2016, mais cela ne couvre quand même que moins d’un quart du coût, tout le reste étant donc supporté par le budget de la collectivité. Or, selon les calculs de la CRC, le coût d’exploitation des TER de la région PACA est « le plus cher de France », évalué par la SNCF elle-même à 29,46 € par train et par km parcouru alors que la moyenne nationale est plutôt de 23,8 €, soit 19 % de plus.

Le train de la Côte Bleue entre Marseille et Miramas (source © SNCF)

Le rapport de la CRC PACA pointe en particulier certaines lignes totalement déficitaires telles que Marseille-Miramas et Nice-Tende dont les charges d’exploitation ne sont couvertes qu’à 7 % par la billetterie, laissant entendre que le résultat serait probablement meilleur si la Région abandonnait ces petites lignes à d’autres modes de transport probablement mieux adaptés pour concentrer ses efforts sur les axes principaux à très fort trafic et où la qualité de service n’est manifestement pas à la hauteur des attentes des voyageurs, au point d’ailleurs que nombre d’entre eux se détournent d’un service aussi peu fiable et préfèrent utiliser leur voiture personnelle malgré les embouteillages…

Certes le constat n’est pas nouveau et l’équation est bien connue… Les TER en région PACA souffrent de très nombreux dysfonctionnements que tous les voyageurs réguliers ont identifiés depuis bien longtemps : retards fréquents, information défaillante, matériel inadapté et parfois vétuste ou mal entretenu, manque de ponctualité, nombreux trains annulés, parkings relais insuffisants, etc.

Dessin signé Yakana, publié dans Le Ravi le 26 novembre 2016

Il faut dire aussi que le bras de fer qu’a mené l’actuelle équipe aux commandes de la Région PACA avec la SNCF n’a pas amélioré les choses. Comme le souligne la CRC, la Région avait commandé en 2015 une étude à la société CFTA, une filiale de Transdev qui était sur les rangs pour proposer une gestion alternative des TER dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Il s’en est suivie une confrontation tendue avec la SNCF à qui la Région demandait de justifier chacun de ses coûts, jusqu’à amputer sa subvention d’équilibre pour tordre le bras à la SNCF.

Tous les trains supprimés ne sont pas le fait de la SCNF… (source © Blog de Christian Salque : Ma vie dans le TER PACA)

Cas unique en France, lorsque la convention pluriannuelle d’exploitation est arrivée à son terme fin 2016, et faute d’arriver à trouver un nouvel accord, la région PACA a décidé d’édicter, de manière unilatérale, des prescriptions d’exécution d’obligations de service public qu’elle a purement et simplement imposées à la SNCF. On imagine bien qu’un tel climat de défiance réciproque n’est pas des plus favorables pour trouver ensemble les meilleures manières de redresser la pente et améliorer enfin la qualité du service public ferroviaire régional !

Heureusement, les deux protagonistes ont réussi à s’entendre début 2019 sur un nouveau projet de convention pluriannuelle adoptée par l’exécutif régional en date du 15 mars 2019. La CRC s’en félicite et exprime dans son rapport avec toute la diplomatie qui la caractérise, son espoir que cela permettra « d’offrir aux usagers du TER PACA le niveau de service qu’ils sont en droit d’attendre, que ce soit en termes de ponctualité et de régularité des trains, de confort et de sécurité lors de leurs voyages ». Les usagers réguliers des TER régionaux partagent indéniablement le même espoir, même s’ils l’expriment généralement de manière sensiblement moins diplomatique chaque fois qu’ils apprennent que leur train vient d’être supprimé…

L. V.

Partira ? Partira pas ? Le petit Brexit illustré…

2 novembre 2019 by

C’est assurément le meilleur feuilleton politique depuis bien longtemps. Plus personne n’y comprend rien depuis déjà un moment, mais l’affaire continue de tenir en haleine des millions d’Européens pourtant blasés depuis belle lurette par les subtilités de la construction européenne. Il est vrai qu’en l’occurrence, le dossier du Brexit relève plutôt de la déconstruction et que les rebondissements les plus inattendus ne manquent pas !

Un dessin signé JacPé, du graphiste bruxellois Jacques Péten

Rappelons quand même, pour ceux qui l’auraient oublié, que le référendum par lequel les Britanniques ont choisi à une courte majorité de 51,9 % de quitter l’Union européenne date du 23 juin 2016. Trois ans et demi plus tard, alors que la date limite pour que le retrait effectif de la Grande-Bretagne avait été fixé au 29 mars 2019, on ne sait toujours pas quand ce départ aura effectivement lieu, ni bien sûr dans quelles conditions, ni même d’ailleurs s’il aura bien lieu…

Souvenons-nous aussi des circonstances dans lesquelles ce référendum, le second du genre en Grande-Bretagne, après celui de 1975, avait été imaginé par l’ancien Premier ministre conservateur David Camerone. Ce dernier souhaitait le maintien dans l’Union Européenne mais voulait utiliser la voix du peuple pour faire pression sur Bruxelles afin d’obtenir de nouveaux accommodements en faveur du Royaume-Uni. Le Parti travailliste comme les Libéraux-Démocrates et une bonne partie des élus conservateurs avaient d’ailleurs fait campagne pour le maintien dans l’UE. Ce qui n’a pas empêché le parti du Brexit, emmené par l’aile eurosceptique conservatrice représentée par Boris Johnson et par les nationalistes de l’UKIP, de convaincre une majorité de Britanniques de choisir la voie du large.

Un dessin du Belge Vadot, publié dans l’Echo le 18 février 2016 à l’occasion d’un sommet européen consacré (déjà !) au futur Brexit (source © Le Monde)

Sauf qu’on ne quitte pas si facilement l’Union européenne. Teresa May a bien lancé formellement la procédure de négociation en vue du grand départ dès le 29 mars 2017, mais le projet d’accord de retrait négocié en novembre 2018 a été retoqué à trois reprises par le Parlement britannique. Faute d’accord et pour éviter une sortie sans accord jugée pour le moins hasardeuse, le délai a été reporté à maintes reprises, obligeant même les Britanniques à élire de nouveaux députés européens en juin 2019 : un comble pour un pays qui ne voulait plus participer à l’Union européenne !

Les malheurs de Teresa May : un dessin signé Chapatte publié dans The New York Time (source © Cartooning for peace)

Teresa May n’ayant finalement pas eu d’autre alternative que de démissionner, c’est l’imprévisible Boris Johnson, chantre du Brexit dur, qui a été nommé Premier ministre le 24 juillet 2019. Mais depuis, c’est le blocage. Boris Johnson a refusé de reprendre les négociations avec l’UE en vue d’un nouvel accord tandis que le Parlement britannique s’oppose à une sortie sans accord.

On en est notamment arrivé à cette situation ubuesque le 19 octobre dernier, lorsque Boris Johnson a envoyé en même temps deux courriers différents à Bruxelles, le premier (non signé) pour demander un nouveau report du Brexit comme l’exigeait le vote du Parlement britannique, et le second (signé de sa main) pour réclamer le contraire, tandis que l’ambassadeur britannique auprès de l’Union européenne adressait une troisième lettre expliquant que légalement son pays était bien obligé de demander un nouveau report, jusqu’au 31 janvier 2020 donc, puisque telle était la volonté des députés…

Un dessin de Wingz daté du 17 janvier 2019

Voilà qui fait pour le moins désordre et explique pourquoi, de report en report, certains commencent à perler de « brexiternité » … La prochaine péripétie est déjà annoncée puisque Boris Johnson a décidé de tenter de sortir de cette impasse en provoquant des élections législatives anticipées, escomptant sur un renforcement de sa majorité conservatrice europhobe. Il a dû s’y reprendre à quatre fois avant d’arriver enfin à obtenir un accord sur la date de ces élections qui auront donc lieu le 12 décembre. Le Parlement Britannique sera ainsi dissous le 5 novembre, le jour justement où la Grande-Bretagne célèbre une tentative avortée en 1605 qui visait à …faire sauter ce même Parlement !

Et ces élections risquent fort de ménager des surprises. Nigel Farage, qui menait en 2016 la bataille en faveur du Brexit, a repris du poil de la bête, d’autant que Donald Trump en personne s’est invité dans le débat et lui conseille une alliance avec Boris Johnson, histoire de constituer un rouleau compresseur irrésistible pour laminer ceux qui hésitent encore à sortir de l’UE sans accord. Pour le président américain, toute occasion d’affaiblir un peu plus son partenaire européen est toujours bonne à prendre…

Bien entendu, Boris Johnson ne veut pas d’une telle alliance et du coup ces prochaines élections s’avèrent bien incertaines : le feuilleton n’est pas prêt de se terminer et devrait encore nous réserver quelques beaux rebondissements !

L. V.

Les portiques de surveillance ont raté leur rentrée au lycée

31 octobre 2019 by

Christian Estrosi, maire de Nice et Président délégué de la Région Sud PACA, toujours obsédé par les questions de sécurité urbaine (photo © Valéry Hache / AFP / RTL)

C’est le fantasme de Christian Estrosi, l’ancien Président de la Région PACA, redevenu maire de Nice : installer partout des caméras à reconnaissance faciale, sur le modèle de la Chine où il existe déjà 170 millions de caméras dotées de systèmes de reconnaissance faciale et qui affiche comme objectif d’en installer 600 millions d’ici fin 2020. Le dispositif est maintenant bien rodé : des logiciels d’analyse d’image permettent désormais avec un bon niveau de fiabilité de reconnaitre un visage capté par une caméra numérique en le comparant avec une banque de données préenregistrées.

Caméra de vidéosurveillance lors du carnaval de Nice (photo © E. Ottino / MAXPPP / France 3 Régions)

A Nice, qui compte déjà 1800 caméras de télésurveillance installées sur la voie publique, Christian Estrosi avait déjà voulu tester le dispositif de reconnaissance faciale pour l’Euro 2016 mais les autorités nationales l’en avaient dissuadé. Il a donc lancé sa propre expérimentation à l’occasion du carnaval de cette année, en février 2019, en s’appuyant sur 50 volontaires dont bon nombre d’agents municipaux qui ont accepté de se faire photographier sous toutes les coutures pour alimenter la banque d’images avant d’aller se perdre dans la foule pendant le carnaval, histoire de vérifier si le dispositif, fourni par la société israélienne Anyvision, est suffisamment habile pour les repérer et les identifier correctement.

Bien entendu, le bilan que tire la police municipale de Nice, est dithyrambique. Son rapport de 38 pages rendu public ne dit quasiment rien du processus expérimental tel qu’il a été déployé mais affirme avec fierté que tous les objectifs ont été parfaitement atteints, permettant sans la moindre difficulté de reconnaître un individu qui se présente à un accès ou même perdu dans la foule et ceci quelles que soient les circonstances : en mouvement, de jour comme de nuit, même avec un très faible éclairage et même si la photo de référence date de 40 ans. Et le rapport insiste lourdement, questionnaire à l’appui, sur la totale acceptabilité du dispositif plébiscité sans aucune restriction par tous ceux qui ont été interrogés à ce sujet.

Le centre de supervision urbain de la ville de Nice expérimente la reconnaissance faciale, le 15 avril 2016 (photo © Sylvestre / MAXPPP / Le Monde)

A se demander pourquoi la CNIL (Commission nationale informatique et liberté) s’interroge encore sur les bienfaits d’une telle approche au point d’envoyer, le 16 juillet 2019, un courrier au maire de Nice pour lui demander des précisions sur le fonctionnement du dispositif testé et sur les résultats obtenus, courrier auquel Christian Estrosi n’a même pas daigné répondre selon La Gazette des Communes.

D’autant que Christian Estrosi ambitionne de poursuivre ses expériences en installant des portiques biométriques équipés de caméras à reconnaissance faciale à l’entrée des établissements scolaires. Ce sont pour l’instant deux lycées qui sont visés, Les Eucalyptus à Nice et le lycée professionnel Ampère à Marseille. Prudente, la Région Sud qui pilote cette expérience a quand même sollicité l’avis de la CNIL avant de mettre en œuvre le dispositif. Et elle n’a pas été déçue du résultat puisque cette dernière lui a adressé un avis cinglant, en date du 25 octobre 2019, dont a rendu compte Médiapart, énonçant sans détour : « Ce dispositif ne saurait être légalement mis en œuvre »…

Le lycée Ampère à Marseille devrait bénéficier bientôt d’un portique biométrique avec caméras de reconnaissance faciale, malgré l’avis négatif de la CNIL…

On ne saurait être plus clair en effet. Pourtant, la CNIL a cru bon de préciser sa pensée en publiant le 29 octobre un communiqué expliquant que la démarche envisagée était totalement contraire aux principes du RGPD (règlement général sur la protection des données) et parfaitement disproportionnée au vu des objectifs recherchés, rappelant au passage que les systèmes de reconnaissance faciale sont extrêmement intrusifs et qu’un simple contrôle par badge suffit largement. Le traitement de données biométriques, surtout appliqué à des mineurs, est jugé trop sensible et attentatoire aux libertés individuelles pour que la CNIL accepte de le laisser se généraliser sans réflexion approfondie, rejoignant en cela plusieurs villes de Californie qui ont interdit un tel dispositif.

Il faut dire que la CNIL risque d’avoir fort à faire en la matière puisque l’on apprend que le gouvernement lui-même souhaite multiplier les expérimentations en la matière comme le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, l’a indiqué devant les sénateurs le 2 septembre dernier, tandis que la présidente de la Région Ile de France, Valérie Pécresse a de son côté précisé qu’elle souhaitait utiliser ce dispositif dans les transports en commun pour pourchasser d’éventuels terroristes. Et en même temps se poursuit le déploiement du dispositif ALICEM qui utilisera la reconnaissance faciale pour permettre de se connecter en ligne sur l’ensemble des services publics d’ici 2022. La CNIL a, là aussi, émis un avis réservé sur cette démarche tandis que plusieurs associations, dont la Quadrature du Net, ont déposé un recours contre cette application jugée contraire aux libertés individuelles.

1984, un roman d’anticipation ou un simple manuel d’instruction ?

Mais rien ne semble pouvoir arrêter cette course en avant vers un monde toujours plus connecté où chaque individu, même dans l’anonymat d’une foule urbaine compacte, sera immédiatement repéré et identifié. La réaction de Christian Estrosi suite à l’avis négatif de la CNIL concernant la mise en place de portiques biométriques à l’entrée des lycées est sans ambiguïté : « Encore une fois la CNIL démontre son rejet de toute forme d’évolution et d’expérimentation sur une technologie, la reconnaissance faciale, qui présente un réel intérêt pour renforcer la sécurité de nos concitoyens. Avec Renaud Muselier, nous ne nous arrêterons pas à cette décision et continuerons de travailler sur cet outil efficace et moderne qui doit permettre de mieux sécuriser nos établissements, tout comme l’espace public. Cette décision basée sur des principes dépassés intervient alors même que les deux conseils d’administration des lycées avaient donné leur accord. Triste et incompréhensible de la part de la CNIL qui semble bloquée au 20ème siècle », a-t-il ainsi tonné dans un Tweet rageur.

Au moins la CNIL sait à quoi s’en tenir quant à la suite qui sera donné à son avis jugé aussi frileux que passéiste. Décidément les habitants de la Région PACA n’ont qu’à se féliciter d’avoir à leur tête des responsables politiques visionnaires, à la pointe de la modernité et qui sauront faire entrer chaque citoyen dans un futur bienheureux et sécurisé, de force s’il le faut…

L. V.

Intelligence artificielle : les robots jouent à cache-cache…

29 octobre 2019 by

En matière d’intelligence artificielle, la recherche avance à grands pas. Depuis que l’ordinateur est devenu capable de battre n’importe quel humain d’abord aux échecs puis au jeu de go, infiniment plus complexe, on ne compte plus les applications qui mobilisent l’intelligence artificielle dans tous les domaines.

Victoire du logiciel Alphago face au joueur coréen Lee Sedol en 2016 (source : capture vidéo © DeepMind)

Mais il s’agit généralement de tâches bien précises pour lesquels l’ordinateur a été programmé et dans lesquelles il progresse en apprenant, sans pour autant être en capacité d’utiliser cette intelligence dans un autre domaine : un robot capable de piloter une voiture ne sera pas en mesure d’interpréter un scanner médical ou de jouer au poker, contrairement à certains humains qui s’adonnent (avec plus ou moins de bonheur et pas forcément simultanément) à ces différentes activités…

C’est donc tout l’enjeu de l’intelligence artificielle générale, pour laquelle le milliardaire visionnaire Elon Musk, fondateur de Tesla et initiateur de l’Hyperloop a investi en créant en 2015 la société Open AI en coopération avec l’investisseur Sam Altman. Une entreprise présentée comme un laboratoire à but non lucratif et dans laquelle Microsoft a également décidé d’investir par moins d’un milliard de dollars comme l’indiquait récemment Le Figaro.

Jusqu’à présent, cette société qui suscite la curiosité de la Silicon Valley, n’avait guère montré de résultats face à la concurrence de Google, en pointe dans le secteur de l’intelligence artificielle après avoir racheté Deep Mind, créateur de la machine championne du jeu de go. Mais Open AI vient de frapper un grand coup en apprenant à de petits robots comment jouer à cache-cache !

Trouvé ! Les petits androïdes jouent à cache-cache… (source © Open AI)

L’affaire paraît bien anodine et ferait se gausser n’importe quel élève de maternelle tant le jeu de cache-cache est à la portée du premier garnement venu. Compter jusqu’à 10 pendant que ses petits copains se planquent et fureter ensuite dans tous les recoins pour les débusquer, voilà qui ne fait pas appel à une stratégie très complexe à première vue.

En l’occurrence, comme l’explique notamment Sciences & Avenir, l’expérience d’Open AI ressemble à un jeu de plateau avec de petits agents dotés d’intelligence artificielle, propulsés par un système informatique constitué de 5 réseaux de neurones artificiels indépendants : les robots qui évoluent au milieu de cloisons et de différents objets, sont en capacité de prendre des décisions de façon autonome et apprennent de leurs erreurs afin de développer de nouveaux comportements.

Vu ! Au début, les bleus se font repérer comme des bleus… (source © Open AI)

L’équipe bleue doit se cacher et les rouges se mettent à leur recherche. Les consignes données aux 2 équipes, constituées chacune de 1 à 3 joueurs, sont assez sommaires : tout joueur bleu qui se retrouve dans le champ de vision à 135 ° d’un joueur rouge est considéré comme repéré et son équipe a perdu la partie.

Au début, les bleus font une prestation pitoyable : ils courent dans tous les sens et tentent vainement de s’abriter derrière une cloison mais il suffit que leurs alter-ego rouges contournent la cloison en question pour les dénicher : pas très futés les petits bonshommes bleus…

Les portes sont bloquées : les bleus sont à l’abri… (source © Open AI)

Mais après 25 millions de parties, le déclic se fait : les bleus à force de perdre comprennent qu’ils peuvent tirer parti des objets qui les entourent. Ils se mettent à pousser les caisses pour bloquer les portes et se constituent un fortin où les rouges ne peuvent pénétrer. Il leur faut pour cela collaborer ensemble puisque tout joueur détecté fait perdre son équipe : avec ce type de règle, la solidarité est naturelle, même en intelligence artificielle !

Dès lors, les rouges sont à la peine et il leur faut 75 millions de parties supplémentaires avant de trouver la parade : ils se mettent alors à utiliser les objets en forme de rampes pour grimper dessus et venir débusquer les bleus retranchés dans leur fortin.

Les rouges ont trouvé la parade en utilisant des rampes… (source © Open AI)

L’espoir a changé de camp mais la guerre n’est pas perdue pour autant… Encore quelques millions de parties et les bleus finissent par mettre au point une nouvelle stratégie : pendant que les rouges comptent, ils leur piquent tous les objets susceptibles de servir de tremplin et viennent les cacher dans le fortin où ils se retranchent avant d’en fermer tous les accès par des blocs.

Les bleus reprennent l’avantage en stockant les rampes dans leur camp retranché (source © Open AI)

Les chercheurs pensaient qu’à ce stade le jeu était terminé et que les bleus, bien rodés, étaient désormais en capacité de se mettre systématiquement à l’abri du regard de leurs poursuivants en toutes circonstances, même avec des objets de formes différentes. Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité des petits humanoïdes rouges qui, après 380 millions de parties, ont fini par détecter un bug auquel les développeurs n’avaient pas pensé et qui se sont mis à faire du surf en grimpant sur des boîtes. Cet expédient leur a redonné une supériorité irrépressible pour repérer leurs adversaires, même bien planqués dans leur fortin inexpugnable, jusqu’à ce que ces derniers, à leur tour, viennent verrouiller chaque objet à sa place avant de se mettre à l’abri : à toute stratégie se développe une contre-stratégie adaptée…

Les rouges trouvent la solution en surfant sur les boîtes mobiles (source © Open AI)

Une belle leçon en tout cas qui montre que de petits robots dotés d’intelligence artificielle apprennent plus vite qu’on ne l’imagine et s’avèrent capable d’élaborer en groupe des stratégies guerrières redoutables. De quoi donner des sueurs froides à tous les amateurs de science-fiction qui s’interrogent sur ce qu’il adviendra de l’humanité le jour où les robots androïdes dotés d’intelligence artificielle décideront de s’émanciper du contrôle des humains. Ce jour-là, inutile de se cacher pour tenter de leur échapper : le jeu de cache-cache est justement leur passe-temps favori et sachez qu’ils y sont imbattables…

L. V.

La musique adoucit les mœurs et protège des bactéries…

27 octobre 2019 by

Le 5 novembre prochain se tiendra à Aubagne une conférence intitulée « Pourquoi et comment les plantes sont sensibles à la musique », sensée nous expliquer en quoi certaines musiques seraient capables de faciliter ou au contraire d’inhiber l’action de protéines cibles, devenant ainsi des auxiliaires utiles pour lutter contre les caries dentaires ou aider les agriculteurs à remplacer les produits phytosanitaires.

Une telle découverte scientifique est de première importance, assurément : plus besoin désormais de s’écharper pour déterminer à quelle distance des habitations il convient de se placer pour pouvoir épandre les pesticides. Le glyphosate lui-même perd d’un seul coup tous ses attraits s’il est démontré qu’il suffit de diffuser quelques notes de musique appropriées au milieu d’un champ de maïs pour le protéger contre toutes les attaques de parasites. Plus besoin d’agrochimistes, c’est désormais de mélomanes dont l’agriculture moderne a besoin…

Claude Touzet en 2010

Organisée dans le cadre des mardis scientifiques par l’Université du temps libre du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, on pourrait croire au premier abord à un canular, histoire de distraire les Aubagnais qui disposent de temps libre et ne savent pas comment l’occuper. Mais le conférencier, Claude Touzet, maître de conférences au Laboratoire de neurosciences sensorielles et cognitives de l’Université Aix-Marseille, n’est pas un charlatan.

Spécialisé en neurosciences du comportement et auteur d’une thèse de doctorat intitulée sobrement « Modèles connexionnistes séquentiels de l’apprentissage », il a notamment publié en 2014 un ouvrage relatif à la « Théorie neuronale de la cognition » et enseigne la théorie des réseaux de neurones artificiels devant les élèves en cinquième année de l’école d’ingénieurs PolyTech Marseille. Il développe aussi des programmes d’entraînement de la mémoire et de l’attention pour des personnes âgées et souffrant de maladies neurodégénératives.

Joël Sternheimer en 2009 (source © extrait d’interview / Dailymotion)

Claude Touzet s’intéresse par ailleurs aux travaux d’un autre chercheur français, Joël Sternheimer qui, à l’issue de son doctorat en physique théorique, obtenu en 1966 à l’Université de Princeton est ensuite devenu chanteur sous le nom de scène d’Evariste, tout en poursuivant ses travaux de recherche scientifique de manière indépendante, jusqu’à déposer en 1992 un brevet intitulé en toute simplicité « Procédé de régulation épigénétique de la synthèse des protéines par résonance d’échelles ».

Il s’agit là des fondements d’une théorie tout aussi révolutionnaire que sujette à polémique, au point d’ailleurs que beaucoup la qualifient de « pseudo science » non démontrée. Sa théorie se situe au croisement de la physique quantique et de la biologie moléculaire.

Pour faire simple, la synthèse des protéines dans notre corps se fait à partir d’éléments d’ARN messager contenant une séquence de nucléotides (les fameuses quatre bases : uracile, adénine, cytosine et guanine) copiées à partir d’un gène de notre ADN. Cet ARN messager sort du noyau de la cellule et vient se fixer sur un petit organite du cytoplasme : le ribosome. Celui-ci est chargé de traduire l’information contenue dans l’ARN messager et fait correspondre en face de chaque triplet de bases ou « codon » un acide aminé apporté par un ARN de transfert, lequel vient d’ajouter à la chaîne protéique en cours de synthèse. Lorsque le ribosome reconnaît un codon stop, il arrête la synthèse et la protéine nouvellement formée se détache de l’ARN messager.

Schéma de principe de la fabrication des protéines en biologie cellulaire (source © TPE L’influence de la musique)

Dans ce schéma, Joël Sternheimer imagine que l’acide aminé apporté par l’ARN messager, au moment où il vient se fixer sur la chaîne protéique, passe brièvement d’un état corpusculaire à un état ondulatoire au sens de la théorie quantique, et, ce faisant, émet une onde dite « onde d’échelle ». Il a traduit ces ondes en fréquences audibles, autrement dit en notes de musique. A chaque protéine correspond donc une suite de notes, formant une mélodie qu’il a appelée « protéodie » et il a ainsi identifié, pour chaque protéine une protéodie stimulante, qui favorise la synthèse de la protéine, ainsi qu’une protéodie inhibante qui fait l’effet inverse.

L’approche assez originale développée par ce chercheur sous le nom de « génodique » et qui en laisse plus d’un assez sceptique, semble néanmoins présenter de multiples applications très concrètes. Ainsi, en juillet 1994, une expérience menée en Suisse a permis de comparer la croissance de plants de tomates : une protéodie correspondant à la stimulation du gène de la protéine TAS 14 (Tomato anti-sécheresse) était diffusée 3 mn par jour sur une partie des pieds, lesquels ont montré une croissance bien meilleure que ceux de la parcelle témoin pourtant convenablement arrosée.

Comparaison entre plants de tomates arrosés (à gauche) ou baignés de protéodies (à droite (source © Plantemusique)

L’expérience a été renouvelée en 1996 au Sénégal et a montré, là aussi, une croissance et un rendement bien meilleur pour les plants de tomates non arrosés mais baignés de protéodie du TAS 14…

Diffusion de protéodie contre l’esca dans une vigne de Buzet (source © Genodics / Paris Match)

D’autres utilisations de cette approche ont été expérimentées, notamment pour lutter contre l’esca, une maladie cryptogamique de la vigne, connue depuis les Romains et qui est due à l’action combinée de plusieurs champignons à dissémination aérienne. Longtemps combattue à coups d’arséniate de plomb, on la maîtrise désormais par une taille adaptée mais certains vignerons de Champagne ont aussi testé la diffusion en plein champ de protéodies ad hoc…

Un article paru dans la revue Nexus en juin 2018 évoque une autre application de la méthode, pour la lutte contre les caries dentaires. Les responsables de ce fléau mondial, qui fait la fortune des dentistes, sont les bactéries Streptoccus mutans, identifiées dès 1924 et qui transforment le sucre en acide lactique, à l’origine de l’attaque de l’émail dentaire. Pour cela, la bactérie a besoin d’une enzyme, la L-lactate déshydrogénase, LDH pour les intimes, constitué d’une séquence de 328 acides aminées.

Début de la partition de la protéodie inhibante de la LDH_STRMU (source © Revue Nexus)

Pour éviter la formation de caries, il suffit donc d’activer l’inhibition de la formation de LDH en écoutant la protéodie correspondante qui dure 1 mn 22. Une écoute musicale de 5 à 10 mn par jour est recommandée pour un résultat satisfaisant, sachant qu’une bonne hygiène dentaire est également nécessaire.

Autrement dit, il faut écouter la musique tout en se brossant les dents : on n’arrête pas le progrès, mais il y a des limites quand même !

L. V.

Les risques industriels sont-ils bien maîtrisés ?

24 octobre 2019 by

Incendie du site de l’usine Lubrizol à Rouen en septembre 2019 (photo © Beaufils / SIPA / 20 minutes)

L’incendie qui a ravagé le site de fabrication d’additifs lubrifiants Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019 a fortement frappé les esprits avec son spectaculaire panache de fumée noire qui a traversé toute la ville et ses retombées de suie sur des kilomètres à la ronde.

La Préfecture de Seine-Maritime a beau afficher jour après jour sur son site tous les résultats d’analyses et une multitude d’informations particulièrement détaillées, le doute s’installe dans la population, surtout chez ceux qui sont directement situés dans le périmètre de l’accident.

Jamais probablement on a été autant transparent sur les conséquences potentielles d’une telle catastrophe industrielle et sur les mesures qui ont été prises pour la gérer tant bien que mal. Et pourtant, nombre de citoyens et même d’élus locaux restent persuadés que les autorités leur cachent délibérément des informations cruciales, qu’on leur ment pour ne pas les affoler comme on l’a fait en 1986 lorsque le nuage radioactif provoqué par l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a traversé le territoire national.

Une chose est sûre en tout cas : faire cohabiter des sites de production industrielle avec des agglomérations urbanisées ne peut que se traduire par des catastrophes de ce type même si celle-ci n’a causé à ce jour aucune victime. Ce n’est pas le cas, loin s’en faut, des innombrables catastrophes industrielles qui ont jalonné le cours de l’Histoire. Les historiens citent souvent en exemple l’explosion de la poudrière de Grenelle, survenue le 31 août 1794 en plein Paris et qui fit environ un millier de victimes parmi les ouvriers du site comme parmi les riverains.

A la une du Petit Provençal du 18 novembre 1936… (source © Randomania)

Les premières réglementations françaises en matière de sécurité des installations industrielles, adoptées en 1810, se basent d’ailleurs sur les enseignements tirés de ce feu d’artifice impromptu. Ce qui n’empêchera pas deux accidents majeurs survenus sur la poudrerie installée à Saint-Chamas, dans les Bouches-du-Rhône (laquelle a fermé définitivement en 1974), à l’origine de 53 décès en 1936 et de 11 autres en 1940…

Au XIXème siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, ce sont surtout les coups de grisou dans les mines de charbon qui endeuillent régulièrement le monde du travail et font la une des journaux avec notamment la catastrophe de Courrières, dans le Pas-de-Calais, qui causa plus de 1000 morts. Mais rapidement, l’essor des industries chimiques est venu prendre le relai.

Catastrophe survenue en 1966 à la raffinerie de Feyzin (source © spdu 10 / espace.yh)

On retiendra par exemple les pollutions graves au mercure qui ont fait plus de 3000 victimes dans la baie de Minamata au Japon du fait des rejets mal maîtrisés d’une usine de fabrication d’engrais entre 1932 et 1968. Mais on pourrait citer aussi l’explosion survenue à la raffinerie de Feyzin, au sud de Lyon, en janvier 1966, qui a causé 18 morts dont 11 pompiers, ou encore celle qui a affecté un réacteur chimique à Seveso en 1976 et qui sera à l’origine d’une directive européenne sur les installations classées.

Les réglementations en matière de sécurité industrielle se sont considérablement renforcées depuis. L’explosion d’un stock de nitrate d’ammonium survenu le 21 septembre 2001 à l’usine AZF de Toulouse et qui avait entraîné la mort de 31 personnes tout en causant d’énormes dégâts matériels, avait d’ailleurs conduit à adopter deux nouveaux textes : la loi relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages, datée du 30 juillet 2003 et suivie le 13 août 2004 par la loi de modernisation de la sécurité civile.

Intervention des pompiers après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en septembre 2001 (source © AFP / Sud-Ouest)

De nets progrès ont incontestablement été réalisés en matière de prévention des risques, d’information du public et de préparation à la gestion de crise. Ce sont pas moins de 388 plans de prévention des risques technologiques (PPRT) qui ont été prescrit dont 380 d’ores et déjà approuvés, qui limitent le développement de l’urbanisation à proximité des sites les plus dangereux et permettent de financer les travaux de mise en sécurité de l’habitat existant, exposé en cas d’accident sur ces sites.

De très nombreux plans particuliers d’intervention (PPI) prescrits par les préfets et élaborés par les exploitants ont été adoptés, couvrant la quasi-totalité des installations potentiellement dangereuses telles que les centrales nucléaires, les barrages, les sites de stockage de gaz ou les installations de traitement de déchets. Destinés à anticiper et caractériser le danger, à identifier les enjeux potentiellement concernés, à informer la population et à préparer les services de secours, ils s’accompagnent d’une obligation, pour les communes du périmètre, d’élaborer un plan communal de secours (PCS), afin d’organiser par avance les modalités de gestion de crise en cas d’événement.

Usine Arkema de Saint-Menet en bordure de l’Huveaune (source © Arkema)

La commune de Carnoux-en-Provence est d’ailleurs directement concernée par la démarche puisqu’elle se situe dans le panache potentiel en cas d’accident touchant l’usine Arkema de Saint-Menet, basée dans la vallée de l’Huveaune à l’entrée de Marseille. Ce site industriel, implanté ici depuis 1955 et qui emploie 317 salariés, produit, à partir de l’huile de ricin, de l’acide amino undécanoïque, matière première du Rilsan, un plastique technique qui possède de multiples usages dans l’industrie automobile ou pétrolière mais aussi dans le domaine alimentaire, médical ou sportif. Classé Seveso seuil haut (comme l’usine de Lubrizol), ce site avait fait l’objet en juillet 2019 d’une mise en demeure du Préfet pour avoir, selon Marsactu, rejeté en 2018 dans l’atmosphère 27,6 tonnes de benzène, un produit considéré comme hautement cancérigène.

Toujours est-il que l’usine d’Arkema a fait l’objet en mars 2018 d’une révision de son PPI qui datait de 2014. A cette occasion, le périmètre concerné en cas d’accident a été considérablement élargi puisqu’il s’étend désormais sur 12,6 km et qu’il englobe donc la commune de Carnoux, directement touchée par le panache sous l’effet des vents dominants. Mis à l’enquête publique en février 2019, dans la plus grande discrétion, le document a été approuvé par le Préfet le 8 avril 2019 et la ville de Carnoux modifie actuellement son document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM) afin d’intégrer ce nouveau risque affiché.

Usine Arkema de Saint-Menet (source © PPRT)

Nul doute que le prochain bulletin municipal, toujours très riche en informations à destination des citoyens, évoquera en détail les mesures de prévention à adopter en cas d’accident survenant à l’usine Arkema. Car paradoxalement, malgré les effets des délocalisations qui ont entraîné la fermeture de très nombreux sites industriels en France et malgré ces gros efforts entrepris pour développer la prévention des risques technologiques, on assiste à une recrudescence des incidents et accidents déclarés sur des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) : + 34 % en deux ans avec 1112 événements recensés en 2018 selon La Gazette des Communes, dont un quart sur des établissements classés Seveso. Voilà qui explique peut-être pourquoi les citoyens français sont aussi attentifs et parfois inquiets sur ces questions, malgré les incontestables efforts de transparence qui sont réalisés par les services de l’État : on doit sans doute encore progresser sur le sujet…

L. V.

Le pin d’Alep enfin réhabilité ?

21 octobre 2019 by

 

Ce n’est certes pas l’affaire Dreyfus. Mais quand même… Le pin d’Alep qui couvre l’essentiel des espaces naturels boisés de Carnoux et d’une bonne partie de la région PACA, vient enfin d’être réhabilité en accédant au statut de bois d’œuvre.

Pins d’Alep dans les calanques (photo © CPC)

Il faut dire que cette essence de pin a mauvaise réputation chez les forestiers. Considérée comme une espèce pionnière, elle se satisfait des sols argilo-calcaires rustiques et peu épais de la garrigue méditerranéenne et des conditions de sécheresse estivale même sévère. Ses cônes sérotineux, soigneusement cachetés de résine, ne s’ouvrent que sous l’effet de la chaleur intense et brutale des incendies, libérant alors une pluie de graines qui germent en quelques jours et contribuent à reboiser les terrains ravagés par les feux de forêt.

Pins d’Alep en flammes sur les hauts de Carnoux le 19 août 2027 (photo © CPC)

Mais, revers de la médaille, si le pin d’Alep est si résilient, c’est aussi parce qu’il constitue une espèce hautement inflammable. Ses branches mortes ne s’élaguent pas naturellement, favorisant la propagation des incendies. Son houppier lui-même est particulièrement inflammable avec ses cônes riches en résine, sa fable densité d’aiguilles qui facilite la circulation de l’air et ses rameaux très chargés en terpènes et autres essences extrêmement volatiles. On l’a encore vu lors du dernier feu de forêt qui a menacé Carnoux en août 2017 avec les pins d’Alep transformés en torches surmontés de flammes s’élevant à deux fois leur hauteur…

Contrairement à ce que son nom pourrait faire croire, ce pionnier n’est pas pour autant un ancien réfugié syrien. C’est un botaniste écossais, Philip Miller, sans doute piètre géographe, qui lui a donné ce nom de Pinus halepensis, tandis que d’autres le nomment parfois pin de Jérusalem. Mais bien entendu, le pin d’Alep ne pousse naturellement ni en Israël ni en Syrie où l’on retrouve néanmoins son cousin proche, Pinus brutia. Il s’épanouit néanmoins aussi en Afrique du Nord et en Espagne, mais c’est bien une espèce endémique de nos collines provençales où il occupe actuellement de l’ordre de 240 000 hectares principalement en région PACA, présent jusqu’à 800 m d’altitude, mais aussi en Languedoc-Roussillon ainsi que dans la Drôme et en Ardèche. Une belle progression d’ailleurs, puisque cette espèce ne couvrait que 50 000 ha en 1978.

Rameau de pin d’Alep avec des cônes femelles (source © SNV Jussieu)

On l’appelle d’ailleurs aussi plus justement pin blanc de Provence en raison de ses fines aiguilles vert clair légèrement argentées qui permettent de le distinguer du pin parasol. Mais le port de l’arbre est aussi assez différent, les pins d’Alep ayant souvent un tronc plus tortueux, sculpté par le vent et les embruns.

On utilisait jadis ce bois comme étais pour le boisage des mines et même en charpente, mais aussi pour des menuiseries extérieures et pour confectionner des caisses et des douelles en tonnellerie, voire dans le domaine des infrastructures portuaires du fait de son abondance sur le rivage méditerranéen. Mais ces usages nobles se sont perdus avec le temps et le pin d’Alep n’est plus devenu bon qu’à faire de la pâte à papier par trituration, ou des palettes de manutention, voire des pellets pour la combustion dans les chaudières à bois et les unités de cogénération.

Il a donc fallu que certains retroussent leurs manches pour tenter de réhabiliter ce bois si présent dans nos forêts méditerranéennes et si négligé. Déjà en 1998, une étude menée par le Centre régional de la propriété forestière (CRPF) Rhône-Alpes avait permis de tester l’aptitude au sciage puis à la menuiserie intérieure et extérieure d’une centaine de pins d’Alep de belle taille prélevés dans la Drôme, près de Nyons. L’essai avait été particulièrement positif mais il a pourtant fallu attendre 2014 pour que d’autres prennent le relai, sous l’égide de France Forêt PACA, une association qui regroupe les principaux producteurs de bois de la région Sud à savoir Fransylva, l’ONF, le CRPF PACA, la Coopérative Provence Forêt, et les Communes forestières.

Sélection en forêt de pins d’Alep pour la valorisation en bois d’œuvre (photo © Communes forestières / Forestopic)

Pour cela, une soixantaine de pins d’Alep bien droits de diamètre compris entre 30 et 50 cm ont été abattus et débités en 1200 éléments de taille et de forme bien précises, confiés au laboratoire spécialisés Céribois, pour y subir toute une batterie d’essais en laboratoire, dont de nombreux essais mécaniques de résistance en flexion, lesquels ont montré que le pin d’Alep présentait en définitive un comportement mécanique plutôt meilleur que nombre de ses concurrents.

Après d’âpres discussions, l’AFNOR (Agence française de normalisation) a finalement intégré le pin d’Alep dans sa norme NF B52-001, relative aux règles d’utilisation du bois dans la construction, à l’occasion de l’actualisation de ce document de référence, publié le 14 avril 2918. Depuis cette date, cette espèce autochtone emblématique de nos forêts provençales a retrouvé ses lettres de noblesse et peut donc à nouveau être utilisée en charpente, comme bois de structure pour la construction bois en plein essor, ou en agencement et bardage intérieur.

Menuiseries réalisées en pin d’Alep (source © Fransylva)

Un récent ouvrage : Le pin d’Alep en France, 17 fiches pour connaître et gérer, sous la coordination de Bernard Prévosto, éditions Quae, 2013 (source © Fransylva)

Une belle victoire donc pour les exploitants forestiers de la région, qui ouvre désormais la voie à une meilleure valorisation des forêts méditerranéennes à condition de conduire ces exploitations de manière plus rationnelle afin de favoriser les sujets les plus beaux et produire en 80 ans des pins de 35 à 45 cm de diamètre pour ces nouveaux débouchés commerciaux comme bois d’œuvre. Au-delà du changement de regard porté sur le pin d’Alep, c’est peut-être l’opportunité de développer une nouvelle filière économique qui permette à la fois de valoriser les ressources naturelles locales tout en gérant ce patrimoine forestier de manière plus durable…

L. V.