Services publics / Dette bientôt en débat à Carnoux

23 mai 2018 by

Ce jeudi 24 mai 2018, à Carnoux, Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité : « Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? » et « Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien, accessible gratuitement à tous, se tiendra dans la salle du Clos Blancheton à partir de 18h30. Elle sera suivie d’un échange avec le public et d’un apéritif convivial pour poursuivre les échanges autour d’un verre.

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Maryse Joissains au tribunal

21 mai 2018 by

Maryse Joissains aux côtés de la Garde des sceaux, Nicole Belloubet, le 7 mai 2018, pour la pose de la première pierre du chantier du futur TGI d’Aix-en-Provence (photo © William Allaire / TPBM)

L’affaire pourrait prêter à sourire, et c’est d’ailleurs ainsi que la présente le Canard enchaîné qui ne rate jamais une occasion d’appuyer là où ça fait mal, surtout en matière de probité de nos élus locaux… Le 7 mai dernier, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, venue inaugurer le nouveau Palais de Justice de Martigues, a jugé utile de se rendre ensuite à Aix-en-Provence pour y poser la première pierre du futur Tribunal de grande instance qui devrait permettre de rendre la justice pénale et civile, à partir de 2021, dans de nouveaux locaux pourvus de 6 salles d’audience publique.

Les photos officielles montrent donc la Ministre tout sourire inaugurer en grandes pompes le chantier du futur Palais de Justice, main dans la main avec la maire LR d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, alors que cette dernière –petit détail anodin- est mise en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts, et cela une semaine tout juste avant que ne débute son procès : voilà qui fait en effet un peu désordre…

Car les faits qui sont reprochés à la maire d’Aix-en-Provence et qui lui ont donc valu cette comparution le 14 mai dernier devant le Tribunal correctionnel de Montpellier, où le procès avait été prudemment délocalisé pour plus de discrétion et moins de pression, ne sont pas anodins.

Alerté en mars 2012 par une lettre anonyme signée d’un « contribuable du pays d’Aix qui en a marre de l’usage frauduleux de l’argent public », le parquet avait ouvert une enquête et les enquêteurs avaient pointé du doigt, au terme des investigations, « un mélange d’autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l’engagement des deniers publics » à la mairie d’Aix-en-Provence, ainsi qu’à la communauté de communes. Du lourd donc, même si l’élue minimise les faits et affirme au contraire « avoir une conception très rigoureuse des deniers publics ».

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière au fauteuil de maire en 2001 (photo d’archive – DR)

Âgée désormais de 75 ans et élue à la tête de la ville depuis 2001, Maryse Joissains s’est surtout fait remarquée pour son franc-parler et son ton gouailleur, elle qui est issue d’une famille de militants communistes modestes de Toulon et dont le père avait même été un temps garde du corps de Maurice Thorez, selon les informations du Nouvel Obs. C’est son mariage avec l’ancien et éphémère maire d’Aix, Alain Joissains, qui l’a poussée à se présenter en 2001, avec pour principale motivation le souhait de venger ce dernier, balayé en 1983 par de sordides accusations de détournement de fonds publics, destinés à un collège et qui auraient servi à faire construire une belle villa au père de Maryse Joissains. Ce dernier s’est tiré une balle dans la tête et Alain Joissains a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et une lourde amende pour complicité de recel d’abus de biens sociaux.

Mais Maryse Joissains a un grand sens de la famille et la main sur le cœur. Sitôt élue en 2001, elle nomme son ex-mari directeur de cabinet avec le salaire le plus élevé de tout le personnel communal, puis elle recrute sa fille, Sophie, comme chef de cabinet à la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont maman est présidente. Une belle saga familiale mais qui s’étend aussi à de nombreux autres proches.

Maryse et Sophie Joissains en mars 2014 (photo © Jérémy Bouillard)

C’est notamment le cas de son chauffeur, Omar Achouri, 65 ans, un fils de harki avec qui la maire entretient des rapports de grande proximité et qui fait office d’intermédiaire pour quiconque veut demander une faveur à l’élue, « un personnage-clé du clientélisme dans le pays d’Aix » de l’avis général. Un chauffeur en tout cas particulièrement méritant puisque la maire n’a pas hésité en 2013 à le promouvoir au rang d’attaché territorial, le plus haut grade de la filière administrative dans la fonction publique territoriale, avec un modeste salaire de 4 400 euros, alors même que de très nombreux collègues figuraient avant lui sur la liste des cadres pouvant prétendre à cette promotion. Du «jamais-vu» pour nombre de hauts fonctionnaires territoriaux…

Caricature publiée en 2013 sur le blog de Lucien Castronovo, conseiller municipal d’opposition

Une décision qui avait d’ailleurs été annulée par la Cour administrative d’appel pour erreur manifeste d’appréciation de la valeur et de l’expérience professionnelle de l’intéressé, mais que Maryse Joissains continue de défendre bec et ongles à la barre du Tribunal, alors que le Procureur a évoqué, selon le témoignage du Monde, une « promotion anormale », « une appréciation de la situation de M. Achouri erronée de façon manifeste et criante », uniquement « destinée à gratifier un proche ».

Et ce n’est pas tout puisque Maryse Joissains était aussi poursuivie pour deux autres nominations tout aussi rocambolesques. La première concerne justement le propre fils de son chauffeur, Christophe Achouri, qui comparaissait lui-aussi devant la Justice pour avoir bénéficié d’emplois de complaisance au sein de structures sportives où, selon l’enquête, il aurait surtout brillé par son absence.

Quant à la seconde, elle concerne la fille d’une des amies proches de Maryse Joissains, une certaine Sylvie Roche que la maire avait recrutée comme collaboratrice à son cabinet de Présidente de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, avec voiture de fonction, pour s’occuper de la cause animale. Un dossier de premier plan aux yeux de la maire « aveuglée par [son] amour des animaux » mais qui n’entre absolument pas dans le champ de compétences de l’intercommunalité et alors même qu’il existe déjà un service municipal à la ville d’Aix pour les chiens et chats errants et maltraités.

Interview de Maryse Joissains avant son passage au tribunal correctionnel de Montpellier, le 14 mai 2918 (extrait reportage © France 3)

Un emploi dont la maire a justifié ainsi au Tribunal la nécessité : « Souvent, je me balade dans les campagnes, je rencontre des animaux maltraités ou abandonnés, j’avais besoin de quelqu’un qui soit disponible ». Et si cette militante de la cause animale a été embauchée sans vote préalable de la communauté de communes, c’est parce que « le président a droit à cinq collaborateurs ». Et l’élue d’expliquer que sa collaboratrice était disponible le week-end, tard le soir, « toujours prête à intervenir même dans les caves lors des combats de chiens ou de coqs. Et ça, je ne peux pas le demander à un fonctionnaire ». On n’aurait jamais imaginé qu’il se passe de telles histoires dans les sous-sols aixois…

Des arguments imparables donc, mais qui ne semblent cependant guère avoir convaincu le Procureur de la République pour qui les accusations de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts pour lesquels l’élue d’Aix-en-Provence est poursuivie sont « parfaitement caractérisées » et « d’une gravité extrême, car ils sont le contraire de la probité attendue d’un élu ». Une appréciation que bien évidemment Maryse Joissains conteste fermement, elle qui considère être une élue « intègre » et « rigoureuse » et qui a affirmé sans rire à la barre du Tribunal : « Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur ».

La décision a été mise en délibéré au 18 juillet, mais le Tribunal a requis à l’encontre de Maryse Joissains une peine plutôt sévère de 18 mois d’emprisonnement dont 9 mois ferme et 10 ans d’inéligibilité : serait-ce le début de la fin pour la dynastie Joissains à Aix-en-Provence ?

L.V. 

Aux armes, citoyens ?

19 mai 2018 by

Serait-ce l’esprit de Mai 1968 qui anime la société française et lui insuffle un goût pour l’insurrection ? 50 ans sans une petite révolution, voilà qui commence à faire long… En tout cas les images diffusées récemment dans les médias montrent que certains travaillent activement à réveiller, sinon les consciences, du moins cet esprit révolutionnaire qui sommeille en chaque Français, râleur et rétif à l’ordre par habitude.

Un véhicule en feu devant une concession Renault attaquée le 1er mai 2018 à Paris (Photo © Christian Hartmann / Reuters)

Les troupes de casseurs soigneusement entraînées et parfaitement préparées, ces fameux Black blocs, se sont ainsi livrées, en marge des manifestations syndicales du 1er mai, à des actes de violence et de destruction urbaine assez spectaculaires, n’hésitant pas à saccager une trentaine de commerce, à incendier des véhicules et à provoquer les forces de l’ordre.

Scènes de guérilla urbaine initiée par les Black blocs à Paris le 1er mai 2018 (Photo © Julien Mattia / Le Pictorium / MAXPPP)

Les affrontements dans les facs occupées entre groupuscules d’extrême gauche et d’extrême-droite se caractérisent également par des actions d’une violence parfois inouïe entre individus cagoulés, et profondément déterminés. A Montpellier, le 14 avril, une manifestation d’étudiants s’est ainsi achevée par un déchaînement de violences urbaines avec, là encore des affrontements particulièrement violents entre un groupe de Black blocs et les CRS.

Violence urbaine dans le centre-ville de Nantes le 7 avril 2018 (Photo © Stéphane Mahé / Reuters)

La contestation du projet d’aéroport sur le site de Notre-Dame des Landes et les évacuations en cours de la fameuse ZAD ont également donné lieu à des scènes de véritable guérilla. Une manifestation courant avril dans les rues de Nantes s’est ainsi soldée par des violences de rue assez effrayantes tandis que les opérations d’évacuation de la ZAD ont vu des militants aguerris et très déterminés, tout de noir vêtus, masqués et protégés avec casques, lunettes de ski, masques à gaz et gants ignifugés, monter au front contre les forces de l’ordre, n’hésitant pas à les bombarder de blocs de ballast, billes d’acier, mortiers de feux d’artifice, cocktails Molotov, fusées de détresse, bouteilles d’acide et autres joyeusetés.

Des zadistes à Notre-Dame-des-Landes le 10 avril 2018 (Photo © Loïc Venance / AFP)

Une telle explosion de violence reste paradoxalement contenue du fait de l’évolution des stratégies policières qui, traumatisées par les bavures comme celles ayant causé la mort de Malik Oussekine en 1986 ou celle de Rémi Fraisse à Sivens en 2014, font en sorte que la répression se fasse autant que possible sans blessé grave et surtout sans mort. Cela les conduit à ces mobilisations démesurées consistant par exemple à engager 2500 policiers pour expulser 250 zadistes à Notre-Dame des Landes ou pour évacuer le campus de l’université de Tolbiac, mais du coup les manifestants, qui ne sont retenus par aucune consigne de prudence, sont d’autant plus en position de force et ne reculent devant aucune provocation.

Une telle escalade de la violence et des affrontements est d’autant plus inquiétante dans une société démocratique comme la nôtre, où justement il existe de nombreux outils de débats et de dialogues social et politique destinés à réguler ces conflits, que les sources de différents entre groupes sociaux semblent s’accumuler.

C’est en tout cas la thèse que développe le philosophe Yves Michaux, auteur de Changements dans la violence (2002) et qui vient de publier un livre de dialogue avec le journaliste Denis Lafay, justement intitulé Aux armes, citoyens !

Il constate que les fossés se creusent dans notre société entre riches et pauvres, entre urbains et ruraux, entre personnes éduquées et qualifiées et celles qui ne disposent pas d’un tel niveau de qualification, mais aussi entre populations précaires (chômeurs et salariés précaires, à temps partiel subi ou intérimaires) et ceux qui ont acquis une situation stable (fonctionnaires ou retraités notamment). Des fractures apparaissent aussi entre ceux qui sont exposés au quotidien à l’insécurité (gardiens de prison, travailleurs de nuit, soignants mais aussi enseignants ou policiers intervenant dans certains quartiers sensibles) et ceux qui en sont globalement à l’abri.

Le philosophe Yves Michaud (Photo © Hannah Assouline)

Il relève aussi un fossé de plus en plus profond entre une majorité croyante ou indifférente à la religion mais avant tout tolérante, et une minorité d’activistes religieux en voie de radicalisation et qui rejette toute valeur républicaine jugée incompatible avec ses croyances.

La société se retrouve donc confrontée à de multiples fractures et revendications catégorielles de clientèles séparées, qui généralement s’ignorent mutuellement, mais qui n’hésitent pas à recourir à une action violente pour exprimer leurs revendications. L’État, supposé être le garant de la cohésion du corps social et dont le rôle d’arbitre protecteur est parfois reconnu comme cela a été le cas après les derniers attentats islamistes, est trop souvent perçu comme un ennemi répressif que ce soit par les zadistes de Notre-Dame des Landes, les étudiants grévistes ou encore les Bonnets rouges qui avaient mis à sacs les portiques de la défunte écotaxe.

Que faire face à un tel morcellement des revendications corporatistes pour redonner davantage de cohésion à une société traversée de multiples fractures identitaires ? Les discours extrémistes de droite (avec en particulier la revendication identitaire voire religieuse en décalage complet avec le multiculturalisme qui caractérise désormais la société française, qu’on le veuille ou non) comme de gauche (avec l’émergence d’un populisme radicalisé qui agite des menaces violentes contre le gouvernement, contre les riches et contre la classe médiatique) ne peuvent que renforcer cet éclatement de la société.

Yves Michaud propose au contraire, comme il l’explique dans un entretien à Marianne, de mettre en avant les valeurs républicaines pour redonner de la cohérence à notre société et de séparer davantage les croyances religieuses de la vie politique. Il suggère notamment l’organisation d’un court service civique obligatoire à 16 ans, débouchant sur une prestation individuelle de serment républicain, ouvrant des droits à la citoyenneté et à la responsabilité juridique, mais exposant aussi à la perte éventuelle de ces nouveaux droits civiques : une piste parmi d’autre pour recréer un nouveau contrat social dans une démocratie en crise ?

L.V. 

Sainte-Martine, payez pour nous !

16 mai 2018 by

Devenue en avril 2015 Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, à la suite de l’inénarrable Jean-Noël Guérini, mis en examen en 2011 pour trafic d’influence, prise illégale d’intérêt et association de malfaiteurs, mais toujours en attente de son jugement, Martine Vassal sort le grand jeu en bourrant les boîtes aux lettres du département d’un épais document couleur de 84 pages tout à sa gloire et qui ressemble furieusement à un tract de campagne XXL intégralement payé par le contribuable.

Ce numéro spécial du bulletin d’information départemental rebaptisé « Accents de Provence », s’intitule en effet sobrement « Martine Vassal & sa majorité : 3 ans d’actions et de promesses tenues ». Et sa lecture est des plus instructives pour le citoyen lambda qui imaginait naïvement que le rôle du Conseil départemental et de ses 7000 agents consistait pour l’essentiel, et comme le prévoit la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, à gérer les aides sociales, la construction et la maintenance des collèges ainsi que la voirie départementale.

Sur un budget global de 2,6 milliards d’euros adopté en 2018, dont 2,2 millions uniquement pour son fonctionnement, la part majeure des dépenses du Département concerne bien en effet l’aide sociale qui absorbe pas moins de 1,3 milliards d’euros. Il faut néanmoins atteindre la page 70 de cet épais document de propagande pour apprendre que la collectivité dépense 285 millions d’euros pour l’aide aux personnes âgées (pardon, « le Bel âge »), et 275 millions pour les personnes en situation de handicap, mais il n’y a pas un mot sur les quelques 70 000 allocataires du RSA alors que leur soutien par les allocations versées par le Département est essentiel.

Extrait du numéro spécial d’Accents de Provence, à la gloire de Martine Vassal (source © CD 13)

De même, seules quelques pages tout à la fin de l’épais dossier rappellent que le Département gère et entretient quand même plus de 3 000 km de routes départementales et quelque 135 collèges publics, investissant pas moins de 2500 € par an pour chacun des 97 000 collégiens du département.

Mais le but de cette plaquette est tout autre : il vise à démontrer que le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’est en réalité qu’une agence de financement au service des élus locaux et de leurs projets. Elle passe ainsi en revue, territoire par territoire, toutes les réalisations rendues possibles grâce au financement du Département. C’est un véritable catalogue à la Prévert de tout ce qui a pu être réalisé, commune par commune, avec l’aide financière du Département, qui se monte jusqu’à 70 % du montant total de certains investissements : piscines, salles de spectacle, ronds-points, crèches municipales, écoles, musées, installations sportives, épiceries, caméras de vidéosurveillance, églises et même mairies : aucun aménagement public dans le département ne semble pouvoir se faire sans l’aide précieuse du Conseil départemental, même pour ceux qui relèvent sans conteste de la stricte compétence communale.

L’exemple de notre commune est d’ailleurs emblématique. Alors que le budget communal est excédentaire depuis des années sans aucun recours à l’emprunt, et que la ville est déjà totalement saturée d’équipements publics du dernier cri, la commune de Carnoux continue de réclamer, année après année, de nouvelles subventions du Département pour poursuivre ses investissements. Le groupe scolaire municipal, pourtant plutôt récent et déjà l’un des mieux équipés du Département, a ainsi fait l’objet de multiples réfections et embellissements, de même que les installations sportives municipales très largement dimensionnées.

Le centre-ville a été entièrement refait, toujours grâce aux subventions du Département, alors même qu’il est bien loin de présenter le même degré de vétusté que de nombreux quartiers de Marseille ou même d’Aubagne. Tout le réseau électrique et l’éclairage urbain ont été entièrement remplacés avec enfouissement total des lignes électriques, ce qui contribue incontestablement à l’embellissement du cadre de vie carnussien mais pourrait difficilement être étendu à l’ensemble des villes du département vu le montant des investissements nécessaires pour cela, subventionnés pour l’essentiel grâce à la générosité du contribuable buco rhodanien.

Extrait du bulletin municipal de Carnoux Le Messager n°51, avril 2018 (source © Commune de Carnoux-en-Provence)

Et ne parlons même pas du chantier pharaonique d’extension de l’hôtel de ville, dernière étape des 12 travaux de Giorgi. Là aussi, c’est le Département qui paiera la moitié de la note comme le confirme le numéro spécial de la revue Accents qui évoque un montant global du projet de 4,44 millions d’euros, subventionné à hauteur de 50 % par le Conseil départemental. D’ailleurs, les éléments budgétaires qui figurent dans la dernière livraison du Messager d’avril 2018 confirment s’il en était besoin, que les recettes d’investissement de la commune de Carnoux dépendent à près de 60 % des subventions d’autres collectivités, au premier rang desquelles le Département, le maire s’inquiétant même ouvertement d’une disparition éventuelle de cette collectivité, au risque pour les communes « de perdre le soutien financier sans faille du Département et donc de réduire leurs capacités d’action ».

Sur ce plan, Carnoux n’est pas un cas isolé. On apprend en effet, toujours dans le bilan à mi-parcours de Martine Vassal, que même la richissime commune de Gemenos, dont le maire ne sait plus comment dépenser son budget et est allé jusqu’à distribuer des bons d’achats à ses concitoyens, réclame sa part du gâteau et a obtenu une subvention du Département pour l’extension de sa crèche municipale, au titre de la solidarité territoriale en faveur des petites communes rurales sans doute…

Martine Vassal dans l’église de Châteauneuf-les-Martigues en février 2017 (source © Twitter)

Bien entendu, il n’est pas question de soupçonner la moindre volonté de clientélisme dans toutes ces subventions distribuées à tour de bras. Du temps où elle était dans l’opposition, Martine Vassal a suffisamment accusé Jean-Noël Guérini de faire des chèques aux élus locaux de certaines communes périphériques en fonction de considérations purement électoralistes pour qu’elle soit désormais au-dessus de tout soupçon, au moins sur ce plan.

D’ailleurs, l’arrivée au pouvoir de Martine Vassal, toujours deuxième adjointe au maire de Marseille où elle est élue depuis 2001 aux côtés de Jean-Claude Gaudin, s’est traduite par un net rééquilibrage des subventions départementales en faveur de la cité phocéenne, comme le rappelle le dernier numéro d’Accents. En politique en effet, il ne faut jamais injurier l’avenir et Martine Vassal n’est pas trop mal placée pour ambitionner succéder dans 2 ans à Jean-Claude Gaudin au fauteuil de maire de Marseille, maintenant que ce dernier a confirmé qu’il ne briguerait pas un ultime mandat.

Désormais, le Département investit aussi sur Marseille (extrait d’Accents de Provence n° 243, avril 2018)

S’il n’est pas totalement sûr que Martine Vassal sera bien candidate à la mairie de Marseille, en revanche, on ne voit pas très bien, en dehors peut-être de ses ennuis judiciaires, ce qui pourrait l’empêcher de remplacer très prochainement Gaudin à la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence et elle ne cache d’ailleurs pas ses ambitions dans ce domaine, elle qui est déjà première vice-présidente de cette institution.

La logique voudrait que le Département et la Métropole fusionnent sur le territoire métropolitain comme cela s’est fait en 2015 dans le Rhône sous l’égide de l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, devenu depuis ministre de l’Intérieur. Les deux collectivités étant déjà dirigées par les mêmes équipes, une telle fusion simplifierait quelque peu la répartition des compétences sur l’agglomération métropolitaine sans introduire de bouleversement politique majeur, ce qui ne serait manifestement pas pour déplaire à « Sainte-Martine » même si tous les élus locaux s’y opposent, on se demande bien pourquoi…

L.V. 

Le mirage de la mer à boire…

14 mai 2018 by

Dessaler l’eau de mer pour satisfaire nos besoins en eau douce : la solution technique paraît séduisante pour faire face à la raréfaction des ressources en eau douce, menacées par les épisodes de sécheresse et contaminées par les pollutions. Sachant que les océans recouvrent 70 % de la surface du globe terrestre, l’eau de mer apparaît pour beaucoup comme une ressource inépuisable. La transformer en eau potable après élimination de ses sels minéraux pourrait donc constituer, aux yeux de nombreux responsables politiques, une solution d’avenir à généraliser.

Usine de dessalement de l’eau de mer de Fujairah aux Émirats arabes unis (source © Suez)

En apparence, la solution technique n’est pas compliquée et les marins grecs la mettaient déjà en œuvre dans l’Antiquité en appliquant une recette concoctée par Aristote et qui consiste simplement à chauffer l’eau et à récupérer par condensation la vapeur ainsi émise. C’est le principe de la distillation, utilisé dans la marine de manière industrielle dès le XIXème siècle.

Depuis, il a fait naturellement l’objet de multiples améliorations techniques, avec notamment le développement de la vaporisation multi-flash qui consiste à faire passer l’eau, initialement chauffée sous pression, dans des enceintes à pression de plus en plus réduite qui entraînent sa vaporisation quasi instantanée. C’est ce type de procédé qui est notamment employé à grande échelle dans les pays du Golfe où l’énergie à base d’hydrocarbures ne coûte pas très cher.

Vue de la plus grande usine de dessalement de l’eau de mer fonctionnant en Europe, près de Barcelone

Car – est-il besoin de le préciser ? – l’opération est particulièrement gourmande en énergie. Certes, dans nombre de pays, comme le Qatar, qui recourt massivement au dessalement de l’eau de mer pour son approvisionnement en eau potable, l’eau est distribuée gratuitement et son prix de revient n’est donc pas considéré comme un problème. Ce qui explique d’ailleurs qu’un Qatari consomme en moyenne 1200 litres d’eau par jour, là où un Allemand n’en utilise que 95 litres !

L’usine de dessalement de l’eau de mer construite en 2010 à Hadera, au nord de Tel-Aviv en Israël

Heureusement, la technique a fait de nombreux progrès en la matière et on a de plus en plus recours à d’autres procédés nettement moins énergivores comme celui de l’osmose inverse. Là encore, le principe est simple puisqu’il consiste en une ultrafiltration sous pression à travers une membrane poreuse semi-perméable qui retient les sels. C’est cette technique qui est notamment utilisée couramment en Israël où près de 70 % de l’eau consommée par les particuliers provient du dessalement de l’eau de mer.

Pour autant, même avec ce type de procédé, dessaler l’eau de mer consomme encore cinq fois plus d’énergie que les usines de traitement d’eau douce classiques. Certes, on développe désormais de plus en plus d’installations de dessalement alimentées par des énergies renouvelables, comme c’est le cas par exemple sur l’île d’El Hierro aux Canaries, où trois usines fonctionnent grâce à l’énergie éolienne ou hydraulique et on commence à exploiter, pour l’instant à titre expérimental, des systèmes de distillation à four solaire.

Principe de fonctionnement de l’alimentation électrique d’une station de dessalement d’eau de mer sur l’île El Hierro, aux Canaries (source © Futura Sciences)

Mais tout cela ne résout pas le problème majeur qui est celui des rejets : la saumure concentrée et les produits destinés à limiter l’entartrage des installations, sont purement et simplement rejetés en mer où ils s’avèrent particulièrement néfastes pour le milieu naturel, surtout dans une mer fermée comme l’est la Méditerranée. Poussé à l’extrême, le principe consiste à augmenter sans cesse la salinité de l’eau laissée en mer, alors que cette salinité, qui est en moyenne de 35 g/l dans les océans atteint déjà 39 à 40 g/l en Méditerranée, 42 g/l dans le Golfe Persique et dépasse 50 g/l dans la Mer Rouge.

Sans aller jusqu’à prétendre, bien évidemment, que c’est à cause des usines de dessalement que l’eau de mer est salée, il n’en reste pas moins que les impacts environnementaux des rejets de ces installations apparaissent comme des plus préoccupants, en particulier sur les fonds marins où la saumure se dépose et perturbe non seulement la vie benthique mais aussi les courants marins.

Là aussi, les ingénieurs ne manquent pas d’imagination pour rechercher des solutions techniques. C’est ainsi qu’un cabinet canadien a imaginé, dans le cadre d’un appel à projet pour la production d’eau potable à Santa Monica, en Californie, une construction en forme de gros cigare posé à quelques encablures de la côte et qui devrait permettre de produire, grâce à l’énergie solaire, 4,5 millions de m3 d’eau potable par an tout en rejetant les saumures dans un bassin central à usage thermal : de quoi faire d’une pierre deux coups…

Maquette du projet The Pipe destiné à dessaler l’eau de mer près de Santa Monica en Californie (source © Khalili Engineers – Land Art Generator Initiative Design)

Mais l’on se rend compte aussi que l’alimentation en eau potable à partir d’eau de mer dessalée peut être à l’origine de carences graves en magnésium et en iode, comme c’est déjà le cas en Israël. Il faut donc rajouter ces éléments dans l’eau douce après s’être évertué à les enlever de l’eau de mer, ce qui du coup rend le procédé encore moins économique.

Globalement, le dessalement de l’eau de mer reste en tout cas un procédé coûteux qui n’est envisagé que faute d’alternative plus simple permettant d’exploiter les eaux de surface ou les nappes souterraines. Pourtant, on constate que certains pays n’hésitent pas à utiliser de l’eau dessalée y compris pour l’irrigation agricole. C’est le cas désormais en Espagne où, dès 2006, 40 % de l’eau produite par dessalement était en fait destinée à la production de tomates sous serres, en particulier dans la région d’Alméria.

Serres de cultures intensives près d’Alméria, alimentée à l’eau de mer dessalée (source © Ecotoxicologie)

Une telle situation paraît aberrante mais répond à une logique purement économique : cette production d’eau douce est indispensable pour répondre à l’afflux saisonnier de touristes dans une région où l’aridité du climat rend les ressources en eau douce trop rares, et le meilleur moyen de rentabiliser de tels investissements est de les faire fonctionner toute l’année en approvisionnant les agriculteurs pour la production maraîchère de contre-saison qui permet d’inonder tout le marché européen à bas coût.

Pas sûr que cette démarche soit la plus rationnelle en termes d’exploitation raisonnée et durable des ressources naturelles, mais dans le domaine de l’alimentation en eau, comme dans beaucoup d’autres, ce sont bien souvent d’autres critères qui dictent les investisseurs économiques…

L.V. 

Marseille : poubelle la ville !

11 mai 2018 by

Déchets abandonnés sur un trottoir de Marseille dans le centre-ville (source © MPLV)

Qu’on le veuille ou non, Marseille a la réputation bien établie d’être une ville salle. Il suffit de la quitter et de voyager dans d’autres cités pour s’en rendre compte. C’est ce qui est arrivé à Sarah Bourgeois qui vit à Marseille depuis 18 ans : de retour de vacances au Japon en août 2017, le constat lui saute à la figure ! Difficile de marcher sur un trottoir à Marseille, même dans l’hyper-centre, sans slalomer entre canettes de bière, papiers gras, déjections canines et amoncellement de détritus, de vieux cartons et d’encombrants accumulés autour des poubelles et des containers à ordures qui débordent.

Excédée, la jeune femme s’épanche sur les réseaux sociaux en demandant à la cantonade : « c’est normal cette odeur d’égout et cette sensation de vivre au milieu d’une poubelle ? ». Et là, surprise : ses réflexions outrées suscitent des réactions, beaucoup de réactions : plus de 400 commentaires en quelques jours ! Chacun y va de son témoignage, souvent accompagné d’une photo montrant, qui une poubelle éventrée sur le trottoir, qui un amoncellement de gravats sur la chaussée, qui des matelas ou de vieux réfrigérateurs déposés à même la voie publique et jamais ramassés.

Une internaute, Karine, lui conseille de créer un groupe dédié et en quelques semaines ce sont plusieurs milliers d’interlocuteurs qui se mobilisent. Le mouvement est baptisé « Marseille : poubelle la vie ! » en référence à la célèbre série télévisée tournée à Marseille et diffusée sous le nom de Plus belle la vie

Une pétition est bientôt lancée sur le site Change.org. Elle recueille plus de 11 000 signatures et surtout des milliers de témoignages visuels des nuisances liées à une gestion défaillante des ordures dans la cité phocéenne. En octobre 2017, à l’issue d’une n-ième grève des éboueurs comme la ville en connaît régulièrement et qui voit les déchets s’entasser sur les trottoirs tandis que les rats prolifèrent, la pétition est adressée à Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et Président de la métropole Aix-Marseille-Provence, en charge de la compétence de gestion des ordures ménagères et de la propreté.

Extrait du livre noir publié par Marseille : poubelle la vie ! en octobre 2017 (source © MPLV)

Elle est accompagnée d’un livre noir rassemblant plus de 3000 photos révélatrices de l’ampleur du désastre, même en dehors des périodes de grève des éboueurs. Le tableau décrit dans le courrier adressé au maire est sombre mais réaliste : « Notre célèbre cité ressemble à une poubelle. Les encombrants et les dépôts illicites jonchent les rues. L’odeur ambiante des égouts se mélange à celle de l’urine et des déjections canines. Les rats envahissent la ville. Les tags sauvages et les façades des immeubles noircies par la pollution pèsent lourdement sur l’image de Marseille. Les arbres sont asphyxiés sous le ciment et les espaces verts ont disparus sous les déchets. Les plages sont souillées de détritus qui polluent la mer en détruisant la faune et la flore ».

Et la pétition ne parle même pas de ces montagnes de déchets qu’on peut voir à la fin des marchés comme celui de la Plaine qui se tient trois fois par semaine et qui fait l’objet d’un nettoyage pour le moins sommaire, laissant s’envoler dans les rues avoisinantes son lot de sacs plastiques que le mistral s’ingénie ensuite à disperser dans toute la ville, transformant les arbres d’alignement en sapins de Noël décorés de toutes les couleurs, au point qu’une marque de bière brassée à Marseille a même repris l’image sur son logo tant il fait partie du folklore local…

Avec désormais 15 000 personnes ayant adhéré en quelques mois au groupe Facebook dont la presse locale s’est largement fait l’écho, le mouvement s’est structuré et érigé en véritable association en février 2018, se dotant d’un site internet sur lequel on peut admirer d’édifiantes photos de déchets éparpillés dans les rues de la ville, tous quartiers confondus.

Bien que se définissant comme apolitique, l’initiative agace fortement la mairie qui a bien été obligée de réagir en convoquant, fin novembre 2017, une réunion des différents acteurs impliqués. Monique Cordier, l’adjointe au maire depuis 2014 et vice-présidente de la métropole, en charge de la propreté et de la gestion des déchets, reconnaît que « tout n’est pas parfait » et que « la propreté, c’est les douze travaux d’Hercule ».

Essai du robot-méduse dans le Vieux-Port à Marseille le 14 octobre 2017 (source © société IADYS)

Quelques initiatives ont été prises pour tenter d’améliorer la collecte des déchets avec notamment l’emploi de bennes plus volumineuses en centre-ville. Il est même envisagé l’emploi d’un petit robot muni d’un aspirateur à déchets pour nettoyer les eaux du Vieux-Port, le Jellyfishboat, conçu à Aubagne par la société Iadys !

Sur la ville, la collecte est effectuée aux deux-tiers par des employés municipaux, recrutés pour la plupart davantage par clientélisme que pour leur engagement au travail, et dont les tournées continuent à battre des records de vitesse, même si le système du « fini-parti » est désormais officiellement abandonné. De fait, force est de constater que les secteurs où le ramassage des ordures est confié au privé, comme c’est le cas à Carnoux par exemple, mais aussi, depuis septembre 2017, dans le secteur de l’hyper-centre autour du Vieux-Port, le ramassage des ordures ménagères est nettement plus soigneux.

Amoncellement de déchets pendant une grève des éboueurs à Marseille en octobre 2017 (source © MPLV)

Les relevés effectués par les membres du collectif MPLV (Marseille poubelle la vie !), comme les signalements effectués via l’application Engagés au quotidien, mise en place par les services de la métropole, confirment d’ailleurs ce que chacun pressentait : même si les ordures sont présentes partout, globalement les arrondissements des quartiers les plus défavorisés, aux mains d’élus de gauche voire du FN, sont encore plus mal traités. Sans doute les incivilités y sont-elles aussi pires que dans les quartiers bourgeois, mais on constate aussi que la saleté appelle la saleté : à quoi bon faire l’effort de se rendre dans une déchetterie quand on a un tas de gravats jamais ramassés en bas de chez soi ?

Monceau de déchets au pied d’un container de tri sélectif à Marseille (source © MPLV)

C’est d’ailleurs sur ce point que la métropole Aix-Marseille-Provence a encore été épinglée via un rapport au vitriol de la Chambre régionale des comptes (CRC) publié en décembre 2017 et qui pointe le coût exorbitant de la propreté : 53 millions d’euros par an, soit 92 000 € au km de voirie alors que ce chiffre est en moyenne 7 fois moins élevé dans des agglomérations comparables. Or la CRC considère qu’une partie de cet écart s’explique par un volume très excessif de déchets produits, deux fois plus élevé qu’à Lyon par exemple. Elle incite donc les élus locaux à mettre enfin l’accent sur la sensibilisation et le développement du tri sélectif pour faire baisser ce volume de déchets comme dans toutes les autres grandes villes françaises.

Mais changer les comportements ne se fera pas du jour au lendemain : le chantier est immense et mérite d’être attaqué de tous les côtés, à la fois via un service public plus réactif et plus efficace, mais aussi via des actions de sensibilisation, de prévention et aussi de répression plus nombreuses et soutenues. Le succès de l’initiative Marseille : poubelle la vie ! montre que nombre de citoyens marseillais sont prêts à se mobiliser en ce sens : chiche ?

L.V. 

La fraise Tagada, argument décisif de Macron

9 mai 2018 by

Les campagnes présidentielles se suivent et ne se ressemblent pas. On se souvient que celle de 2012, qui avait permis l’arrivée au pouvoir du socialiste François Hollande, s’était également soldée, fait rarissime, par le rejet des comptes de campagne du candidat sortant Nicolas Sarkozy. A l’époque, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), créée en 1990 mais qui ne contrôle les comptes de la campagne présidentielle que depuis 2007, avait estimé que les dépenses du candidat UMP dépassaient de 363 000 € le plafond maximal de dépenses autorisé, fixé à 16,85 millions d’euros pour le premier tour et à 22,5 pour le second tour.

Un dessin de Mutio publié sur le site Pinterest

En réalité, l’enquête judiciaire qui s’en est suivi a révélé que les turpitudes du candidat étaient sans commune mesure avec ce que la commission, aux moyens d’investigation très limités, avait pu imaginer, puisque le dépassement se montait en fait à au moins 18,5 millions d’euros. L’ex Président de la République a d’ailleurs depuis été mis en examen, en février 2017, pour financement illégal de campagne électorale, tandis que de forts soupçons pèsent également sur le financement illégal de sa campagne précédente de 2007 par le gouvernement libyen.

Pour l’élection présidentielle de 2017, les comptes de campagnes des 11 candidats présents au premier tour ont donc été examinés à la loupe par la commission, composée de 9 membres permanents et qui recrute, pour se faire aider, des rapporteurs chargés d’éplucher les liasses de justificatifs. Publiés au Journal officiel du 3 août 2017 tels qu’ils ont été déposés par les équipes de campagnes, les comptes ont été passés à la moulinette et la commission a remis son verdict cinq mois plus tard, en janvier 2018.

Cette fois, aucun des candidats n’a dépassé le plafond autorisé, même si Emmanuel Macron, le plus dépensier de tous, s’en est approché avec un montant total de 16,6 M€ pour le premier tour. Une analyse détaillée de ces dépenses, disponible notamment sur BFMTV, montre d’ailleurs que sa stratégie très ciblée, avec près de 5 millions consacrée aux appels téléphoniques, courriers et SMS, a été payante puisque l’investissement rapporté au nombre de suffrages obtenus est de 0,81 € par voix. Par comparaison, la campagne du socialiste Benoît Hamon, qui a coûté un peu plus de 15 M€ est un vrai fiasco économique, et pas seulement idéologique, avec un prix de revient de 6,58 € par voix obtenue…

Emmanuel Macron en meeting à Bercy pendant la campagne des présidentielles (photo © Eric Feferberg / AFP)

A se demander d’ailleurs si un tel déluge de moyens financiers est vraiment nécessaire dans une telle campagne quand on constate que l’iconoclaste Jean Lassalle, avec un budget très modeste de 257 000 €, a obtenu le meilleur retour sur investissement puisque chaque suffrage recueilli ne lui a coûté que 0,51 € !

En tout cas, chacun des candidats a pu obtenir un remboursement conséquent de ses frais de campagne, quasi intégral pour un candidat comme Jean Lassalle ou Philippe Poutou et atteignant jusqu’à 10,7 M€ pour les deux finalistes Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Certes, toutes les dépenses présentées par les candidats n’ont pas été intégralement retenues dans les calculs de la commission, mais les écarts avec les comptes présentés restent modestes.

Un dessin de Lara publié dans le Nouvel Obs

Le Monde signale néanmoins que l’un des rapporteurs, en charge d’examiner les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon (qui s’élèvent quand même à 10,7 M€ soit quasiment autant que le Front national) a émis de fortes réserves quant à l’éligibilité de certaines des dépenses présentées, pour un montant de 1,5 M€) et a démissionné avec fracas de la Commission car cette dernière ne l’a pas suivi dans son analyse, permettant à la France insoumise d’empocher, suite à cette élection, un joli pactole de plus de 6 millions d’euros, soit trois fois plus que le pauvre François Fillon pourtant arrivé devant lui : le monde est décidément trop injuste…

Et voilà que l’on apprend, via La Dépêche du Midi, que les comptes de campagne du candidat de la France en marche, élu triomphalement en mai 2017, recèlent des ingrédients insoupçonnés qui expliquent peut-être en partie le succès inattendu de ce mouvement surgi de nulle part. En épluchant les documents comptables remis à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, cette dernière s’est en effet étonnée de trouver une facture correspondant à l’achat de 17,8 kg de fraises Tagada !

Les politologues ne manqueront pas, bien entendu, d’analyser les vertus pédagogique et la force de persuasion d’une friandise sucrée offerte au tournant d’une campagne présidentielle. Nul doute en tout cas que les fraises Tagada d’Emmanuel Macron l’ont porté au pouvoir bien plus sûrement que les costumes pourtant de bonne facture du candidat LR…

Le député Mickaël Nogal en compagnie du Président de la République dans les rues de Toulouse le 11 septembre 2017 (source : site Mickaël Nogal)

 

Certes, la vérité oblige à dire que les fraises Tagada en question n’ont pas été commandées en direct par le candidat lui-même mais par l’un de ses stratèges, le futur député LREM de la 4ème circonscription de Haute-Garonne, Mickaël Nogal, qui est allé lui-même acheter ces paquets de fraises Tagada, le 1er mars 2017, au magasin Haribo du village de marques de Nailloux, au sud de Toulouse, pour la somme rondelette de 102,80 €. L’idée était de distribuer aux passants de petits sachets de bonbons accompagnés d’un flyer détaillant les propositions du candidat Macron à l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars 2017.

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques s’est longuement tâtée au sujet de l’éligibilité de cette facture et a interrogé officiellement l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron pour qu’elle fournisse « des éléments démontrant le caractère électoral de cette dépense ». Il semblerait néanmoins que la fraise Tagada soit désormais considérée comme faisant partie intégrante de la panoplie du candidat en campagne, un argument que les campagnes publicitaires d’Haribo ne devraient pas manquer d’exploiter…

L.V.  

Les Albanais se pressent à Marseille

7 mai 2018 by

Lorsqu’on évoque les populations migrantes qui se pressent à nos frontières pour demander l’asile politique, on a tous en tête les pays victimes de la guerre civile comme la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, le Soudan ou encore l’Érythrée où le Président Afwerki, au pouvoir depuis 1993 sans qu’il y ait eu de nouvelles élections depuis cette date, s’assoit ouvertement sur les libertés individuelles et les droits de l’homme.

Et pourtant, c’est d’un État européen tout proche, l’Albanie, que proviennent la majorité des demandeurs d’asile politique qui frappent à notre porte. Un pays considéré comme « sûr » par les autorités françaises et européennes, une démocratie parlementaire, membre de l’OTAN et membre associé depuis 2006 de l’Union européenne, candidat officiel depuis 2009 à une adhésion à l’UE.

L’Albanie, un pays si proche de nous… (source © Toute l’Europe)

L’histoire de ce petit état du nord des Balkans est complexe. Charles d’Anjou, le frère de Saint Louis, se proclama même roi de ce pays en 1272. Tombée aux mains des Ottomans au 15e siècle, il fallu attendre 1912 pour que l’Albanie retrouve son indépendance. Occupée par l’Italie en 1939, l’Albanie connaîtra à partir de 1944 et jusqu’en 1991 un des pires régimes staliniens qui ait existé, personnifié par Enver Hoxja, chef du gouvernement et premier secrétaire du parti communiste albanais. Pendant plus de 40 ans, le pays a vécu en quasi autarcie et sous la terreur permanente avec plus de 8000 condamnés à mort et des milliers d’habitants enfermés dans des camps.

Le pays lui-même est peu étendu, plus petit que la région PACA, et présente un relief très montagneux, peu propice à l’agriculture, même si la moitié de la population vit encore de cette activité. L’économie y est globalement peu prospère et le salaire minimum, qui représentait 155 € par mois début 2017, y est le plus bas d’Europe. Le taux de chômage y est officiellement de 16,8 %,mais s’élève à 33 % chez les jeunes selon la Banque mondiale.

Vue de Tirana, capitale de l’Albanie avec le parc Rinia (source © Intelligent Community)

La population n’atteint même pas 3 millions d’habitants dont un tiers vivent dans la capitale Tirana. Et on estime que l’Albanie est le pays d’Europe qui subit le plus fort taux d’émigration. En 2006, le nombre de ressortissants albanais vivant à l’étranger était ainsi estimé à plus de 900 000 et cette émigration ne cesse d’augmenter, se traduisant par une baisse constante de la population malgré un taux naturel d’accroissement très supérieur à la moyenne européenne.

Demandeurs d’asile albanais à Valence en décembre 2016 (photo © Betrand Gaudillère / ITEM pour Le Monde)

Concentré surtout vers la Grèce et l’Italie à la fin des années 1990, malgré de nombreux retours consécutifs à la crise de 2008, l’émigration albanaise s’est ensuite tournée massivement vers l’Allemagne, surtout à partir de 2010, date à laquelle a été supprimée l’obligation d’un visa pour permettre aux Albanais de pénétrer dans l’espace Schengen. En 2015, ce sont ainsi plus de 50 000 Albanais qui ont demandé l’asile politique outre-Rhin. Mais la quasi totalité d’entre eux reçoit désormais une réponse négative et seuls 0,4 % des dossiers sont acceptés.

C’est ce qui explique que depuis 2016, la France soit devenue une destination privilégiée : sur les quelques 20 000 demandes d’asile déposés cette année là en Europe par des migrants albanais, chiffre estimé par Amnesty International, 7 432 l’ont été sur le territoire français et ce chiffre est même monté à 7 630 pour l’année 2017.

Bien évidemment, seule une infime minorité de ces demandes est satisfaite, de l’ordre de 6,5 % selon l’OFPRA (source citée par l’Express) et uniquement pour des cas particuliers justifiant de véritables persécutions individuelles, liées notamment à des questions de violences conjugales, de persécutions touchant des minorités ethniques ou sexuelles, et de menaces mafieuses. Car l’Albanie, comme le Kosovo voisin, outre son extrême pauvreté qui justifie l’essentiel de ce mouvement migratoire, connaît aussi une corruption endémique, une tradition séculaire de vendetta et une violence généralisée liée à l’emprise très forte de systèmes mafieux, à la tête de trafics de drogues et autres activités clandestines développés dans toute l’Europe.

Famille albanaise déboutée du droit d’asile à Auch en octobre 2015 (source © La Dépêche)

On assiste donc depuis quelques années à un véritable déferlement d’Albanais qui viennent chercher asile en France. En 2013, plusieurs centaines de migrants, principalement albanais mais pour certains venus aussi du Kosovo voire d’Arménie, avaient ainsi défrayé la chronique en se regroupant sous un pont autoroutier près de la gare de Perrache à Lyon, alors que leurs dossiers de demande d’asile étaient en cours d’examen.

Des centaines de demandeurs d’asile sous un pont à Lyon en octobre 2013 (photo © Romain Lafabregue / afp.com)

Aujourd’hui, les familles sont logées dans des hôtels ou des logements de façon provisoire, et les enfants sont scolarisés en attendant la réponse définitive à leur demande d’asile. Elles perçoivent par ailleurs une indemnité pour subvenir à leurs besoins. Lorsque leur demande est rejetée, ce qui le cas de la grande majorité des cas, ces aides sont supprimées. Les familles peuvent alors demander de bénéficier d’une aide au retour (transport). Beaucoup de familles ne l’acceptent pas et font le choix de rester, dans des conditions de très grande précarité et en situation d’illégalité par rapport à la loi française. Une situation des plus préoccupantes pour les nombreuses associations qui s’efforcent de leur venir en aide.

Centre de rétention administrative du Canet à Marseille

Quelle autre solution à un tel problème sinon la nécessité d’accroître l’aide politique et économique à ce petit pays d’Europe afin d’y inciter sa jeunesse à rester sur place plutôt que de tenter l’aventure sur les routes d’Europe ? Une aventure qui se termine trop souvent en tragédie comme l’a encore rappelé le décès d’un jeune migrant albanais, suicidé en décembre dernier dans sa chambre du centre de rétention administrative du Canet à Marseille : l’émigration n’est jamais un long fleuve tranquille…

L.V.  

Dette et services publics : une conférence du CPC

5 mai 2018 by

Le Cercle Progressiste Carnussien organise une nouvelle conférence sur l’économie qui se tiendra à 18h30 le jeudi 24 mai 2018 dans la salle du Clos Blancheton à Carnoux-en-Provence.

 

Alain BEITONE, économiste et enseignant honoraire de chaire supérieure en Économie à Marseille et à l’Université d’Aix-Marseille abordera deux questions d’actualité :

« Pourquoi se focaliser sur la dette publique ? »

« Quel modèle économique pour le service public ? »

Il développera une réflexion sur l’État, sa place dans l’économie, son financement, sa gestion de la dette publique, mais aussi sur les services publics, sujets décisifs pour l’avenir.

Cette conférence sera suivie d’un échange avec le public présent que nous souhaitons nombreux compte-tenu de l’importance des questions traitées.

M.M.

Le champignon de Marseille va-t-il détrôner celui de Paris ?

3 mai 2018 by

L’agriculture urbaine, tout comme la permaculture sont en train de devenir des concepts à la mode. A Singapour, un État minuscule de 715 km2 (moins que la superficie de la seule commune d’Arles !) dans lequel s’entassent pas moins de 75 millions d’habitants, soit davantage que sur le territoire français, on compte ainsi déjà une centaine de fermes verticales, des tours édifiées en site urbain et dans laquelle on pratique le maraichage hors-sol.

Ferme verticale hors-sol à Singapour (source © Sky Greens)

Le principe est simple, sachant qu’une plante pour se développer a besoin, comme chacun sait, d’un peu d’amour et de beaucoup d’eau fraîche, mais aussi de lumière (l’énergie qui permet d’activer la photosynthèse) et de certains nutriments, généralement contenus dans le sol mais aussi apportés par les épandages d’engrais. A défaut de substrat, il suffit de verser les apports dans l’eau où baignent les racines des plantes. C’est ce même principe de l’hydroponie qui va être mis en œuvre à Romainville, en Seine Saint-Denis où plusieurs bâtiments dont une tour maraîchère de 24 m de hauteur sont en cours de construction, qui comprendront, outre des serres pour le maraîchage hors-sol, une champignonnière, un laboratoire pour la germination des graines, une serre pédagogique, un point de vente et, en extérieur, des petits vergers et un poulailler.

Maquette de la future tour maraîchère de Romainville (source © Ilimelgo et Secousses architectes / Poltred perspectiviste)

A Montréal, c’est ce même principe de la culture hydroponique qui est mis en œuvre dans deux serres installées sur les toits de la ville et dont la production est vendue sur internet sous forme de paniers de légumes. Cultiver sur les toits en ville présente en effet de multiples avantages, le moindre n’étant pas la proximité avec les consommateurs, ce qui permet de réduire fortement les coûts de commercialisation et de distribution.

Cultures maraichères sur le toit d’un supermarché à Montréal (source © Cent degrés)

Mais l’autre avantage est paradoxalement de profiter d’une qualité de l’air parfois meilleure en ville, surtout en altitude : les gaz d’échappement restent généralement bloqués au sol et ne dépassent pas le 2ème ou le 3ème étage, si bien que l’air en toiture est très acceptable.

Julien Girardon, créateur d’Abricotoit

C’est ce qui explique que les toitures marseillaises deviennent un lieu de refuge pour l’agriculture des Bouches-du-Rhône. C’est en tout cas le pari de la structure créée sous le joli nom d’Abricotoit par Julien Girardon, un jeune Marseillais, titulaire d’un doctorat en biotechnologie végétale, et qui propose d’aménager des jardins potagers sur les toits des immeubles du centre-ville, soit pour faciliter sa production personnelle, soit pour alimenter des restaurants en produits frais.

D’ailleurs les toits des immeubles sont de plus en plus convoités pour de multiples activités liés à l’agriculture, y compris pour y installer des ruches. Force est en effet de constater que les apiculteurs trouvent désormais en ville un terrain nettement plus propice à l’élevage mellifère du fait de l’absence de pesticides dans l’environnement proche et en raison de la plus grande diversité des espèces florales. On compte ainsi plus de 700 ruches à paris où la mortalité des abeilles ne dépasse pas 3 à 4 % alors qu’elle atteint désormais 30 à 40 % en milieu rural.

C’est la raison pour laquelle on voit désormais fleurir des ruches non seulement sur certains ronds-points comme c’est le cas à Vitrolles par exemple, mais aussi sur le toit des hôtels. Les clients de l’hôtel Sofitel situé sur le Vieux Port savourent ainsi depuis plusieurs années déjà le miel produit sur le toit du bâtiment et il en est de même pour ceux qui fréquentent l’hôtel Ibis de Bonneveine. Gérard Jourdan, l’apiculteur à l’origine de cette initiative, basé à Auriol, a depuis multiplié les implantations de ruches dans l’agglomération marseillaise et estime que la qualité du miel récolté ainsi en site urbain est généralement excellente.

Ruches installées sur le toit de l’hôtel Sofitel sur le Vieux Port de Marseille (source © Gérard Jourdan)

Depuis 2014, c’est le Castorama de Saint-Loup qui s’est lancé dans l’aventure, pour le plus grand bénéfice des employés du magasin qui se partagent la récolte, tandis qu’une association, intitulé Une ruche dans mon jardin, s’efforce d’implanter des ruches dans différents quartiers périphériques de Marseille, dont la Cité des Néréides, dans un but pédagogique afin d’inciter les enfants à retrouver le goût de la nature et de l’activité agricole.

Et voilà que ce sont désormais les caves de Marseille qui commencent à être investies par les adeptes de l’agriculture urbaine. Comme le relate Agathe Perrier sur le site Made in Marseille, deux amis, Maxime et Nicolas, ont eu l’idée de développer la culture de champignons (non hallucinogènes, est-il besoin de le préciser ?) dans les sous-sols de l’Équitable café situé sur le Cours Julien. Le substrat utilisé pour cela est en effet tout simplement du marc de café, mélangé aux spores de champignons et enserré dans des filets en forme de gros boudins, conservés pendant 15 jours dans l’obscurité puis exposés à la lumière dans une atmosphère très humide qui fait pousser en 5 jours de gros bouquets de pleurotes plutôt appétissantes.

Les boudins contenant le marc du café qui sert de support à la culture des champignons (photo © Agathe Perrier / Made in Marseille)

Une fois les champignons récoltés, le substrat est donné à l’association Terre de Mars, qui cultive d’anciens terrains agricoles dans le quartier de Sainte-Marthe : un apport organique idéal pour enrichir la terre. « C’est là que l’on boucle la boucle, car on produit des champignons grâce à des déchets et, de notre côté, on ne crée aucun déchet », met en avant Maxime.

Un cageot de pleurotes produites à Marseille (photo © Agathe Perrier / Made in Marseille)

Un bel exemple d’économie circulaire et qui pourrait encore évoluer puisque les deux amis se sont lancés dans d’autres expérimentations en essayant de recycler comme substrat des sciures de bois issus d’un chantier naval du Pharo.

D’ailleurs, leur ambition est de produire à terme une tonne de champignons par mois. Pour cela, ils envisagent sérieusement de déporter leur champignonnière urbaine dans les sous-sols du fort Saint-Nicolas et viennent de répondre à un appel à projet dans ce but. Le champignon de Marseille est peut-être promis à un bel avenir ?

L.V.

Où est passé l’esprit de Mai 1968 ?

1 mai 2018 by

C’était il y a tout juste 50 ans… Ceux qui avaient entre 20 et 30 ans en mai 1968, ont désormais pour la plupart quitté la vie active. Et pourtant il se murmure que le mois de mai 2018 pourrait bien, comme en 1968, cristalliser les frustrations et les revendications pour une nouvelle explosion sociale, comme la France en connaît périodiquement.

1968 – 2018 : même combat ? (source Twitter / Le Parisien)

Comme en mai 1968, les étudiants occupent bruyamment les facs. Les cheminots de la SNCF entament leur deuxième mois de grève perlée qui paralyse, semaine après semaine, les déplacements quotidiens des Français. Même les pilotes d’Air France, pourtant parmi les salariés les mieux payés du pays, ont arrêté le travail pour défendre leurs revendications salariales. S’achemine-t-on de nouveau vers une convergence des luttes, la grève générale et la « chienlit » que déplorait le Général de Gaulle en mai 1968 ? Emmanuel Macron, que beaucoup présentent comme le « Président des riches » sera-t-il confronté à une nouvelle explosion sociale que certains redoutent et que d’autres appellent de leurs vœux ?

 

Un dessin de Charmag

L’avenir le dira, mais objectivement, force est de constater que le contexte n’est pas exactement le même qu’en 1968. Les rigidités du corps social contre lesquelles protestaient les étudiants en mai 1968 se sont nettement assouplies. Les progrès des libertés individuelles, voire de l’individualisme, ajoutés à l’ancrage d’un certain hédonisme, rendent plus difficile la mobilisation collective. On le voit dans les affrontements qui ont eu lieu dans plusieurs universités où la minorité agissante qui déclare l’occupation des locaux en assemblée générale, se retrouve confrontée à une majorité d’étudiants d’abord soucieux de valider leurs partiels et de ne pas perdre leur année de scolarité.

En mai 1968, c’est le mouvement ouvrier, mobilisé par la révolte étudiante (mais qui dans certains cas l’avait aussi précédé), qui a conduit à de véritables changements via les accords de Grenelle. En 2018, que reste-il de cette mobilisation ouvrière ? Après des décennies de désindustrialisation consécutive à la mondialisation, le monde du travail a profondément changé et jamais sans doute le syndicalisme n’a été aussi peu représentatif des salariés français. Le réformisme n’est plus de mise et les syndicats qui pilotent le mouvement des cheminots, en s’accrochant aux avantages acquis ont une vision plus conservatrice que réellement progressiste.

Un dessin de Vomorin paru dans la Tribune Hebdo Orléans

Certes, jamais les inégalités de richesses n’ont été aussi fortes en France (comme d’ailleurs dans le reste du monde) entre une frange d’ultra-riches toujours plus riches et la masse des salariés (et, bien pires encore, des chômeurs pour certains éloignés du monde du travail depuis des années et sans guère de perspective d’y revenir un jour). Cela suffira-t-il à permettre cette fameuse convergence des luttes sociales comme en mai 1968 ? Rien n’est moins sûr dans une France où la droite reste largement majoritaire et où l’extrême-droite est plus ancrée que jamais, témoin d’un repli sur soi et d’une peur de l’autre qui se traduit par un rejet non seulement de l’immigration et de la mondialisation mais aussi de l’Europe, de l’universalisme et même de toute idée de mobilisation collective.

Un dessin de Lardon

Un dessin de Rémi Malingrëy pour 01Net magazine

Un dessin de Kroll pour le Soir

Alors, à défaut de se hasarder à prédire une réédition prochaine de mai 1968, prenons au moins le temps de sourire au vu de ces quelques dessins piochés dans la presse et qui évoquent tous les 50 ans de mai 1968…

L.V. 

Vaincu par les protestations, Sarkissian a démissionné !

28 avril 2018 by

A l’instar de son homonyme, le major Sarkissian, qui dirige depuis des années la brigade de gendarmerie nationale de Carnoux en s’asseyant ouvertement sur les règles de déontologie et le devoir de réserve pourtant en vigueur dans cette institution, le premier ministre arménien Serge Sarkissian, a toujours affiché un certain mépris pour les règles institutionnelles de nature à brider sa liberté d’agir comme bon lui semble.

Serge Sarkissian en février 2007, alors Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle (photo © Misha Japaridze / AP)

Né en 1954 dans la province du Haut-Karabagh, alors rattachée à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, Serge Sarkissian a servi dans l’armée soviétique avant de gravir tous les échelons du Parti communiste. Nommé ministre de la Défense peu après l’indépendance du pays survenue en 1991, il est en première ligne dans la guerre qui oppose Arméniens et Azéris pendant des années à propos du statut de cette région du Haut-Karabagh dont le sort n’est toujours pas fixé malgré une trêve négociée en 1994.

Ministre de l’intérieur puis ministre de la Sécurité nationale jusqu’en 1999, Sarkissian est nommé ensuite chef d’Etat-major par le nouveau chef de l’État Robert Kotcharian, puis à nouveau ministre de la Défense en 2000. En mai 2007, c’est lui qui est choisi pour remplacer Andranik Margarian au poste de Premier ministre avant de remporter, dès le premier tour, l’élection présidentielle du 19 février 2008, une élection pour laquelle l’opposition crie au scandale et à la fraude massive.

Réélu Président de la République en 2013, Serge Sarkissian se heurte à la fin de son second mandat présidentiel qui s’est terminé le 9 avril dernier, à un petit obstacle, la constitution arménienne lui interdisant formellement de briguer un troisième mandat. Mais qu’à cela ne tienne ! Prenant l’exemple sur son grand ami, Vladimir Poutine, qui avait déjà montré l’exemple en échangeant provisoirement les rôles avec son Premier ministre, Dimitri Medvedev, histoire de contourner ouvertement la constitution russe pour se maintenir au pouvoir, Sarkissian a pris les devants et fait adopter dès 2015 une réforme constitutionnelle taillée à sa mesure.

Le dirigeant arménien Serge Sarkissian et le président russe Vladimir Poutine, le 15 mars 2017 à Moscou (photo © Sergei Chririkov / AFP)

Bien décidé à rester à vie au pouvoir, il avait en effet préparé la transformation du poste de Président de la République en une fonction purement honorifique, transférant l’essentiel des pouvoirs au futur Premier ministre, tout en jurant bien entendu que jamais, au grand jamais, il ne briguerait lui-même ce poste. Dès le 17 avril 2018, une semaine seulement après la fin de son mandat présidentiel, il ne lui restait donc plus qu’à se faire désigner Premier ministre, une simple formalité, et le tour était joué…

L’opposant Nikol Pachinian (source © Public radio of Armenia)

C’était cependant sans compter sur la détermination d’une poignée d’opposants qui ont organisé des rassemblements quotidiens de protestation, et ceci depuis le 12 avril. A leur tête, un certain Nikol Pachinian : 42 ans, barbe grisonnante et casquette sur la tête, cet opposant opiniâtre est l’ancien rédacteur en chef d’un journal contestataire, élu député depuis 2007 au nom du parti qu’il a lui-même créé sous le nom de Contrat civil, et dont le cheval de bataille est la lutte contre la pauvreté et la corruption qui ravagent le pays.

En 2008, Pachinian faisait déjà partie de ceux qui contestaient la victoire de Serge Sarkissian à l’élection présidentielle. Les manifestations d’alors avaient été violemment réprimées, 10 personnes ayant trouvé la mort à l’issue des affrontements avec les forces armées. Nikol Pachinian n’avait eu alors d’autre choix que de passer dans la clandestinité pour échapper à la répression avant de finalement se rendre à la police en 2009. Condamné à 7 ans de prisons, il est finalement libéré en 2011 à la faveur d’une amnistie générale.

Cette fois, cet orateur hors-pair, parfois comparé à Jean-Luc Mélenchon pour sa force de conviction et son franc-parler, a mobilisé ses troupes en n’hésitant pas à parcourir, à pied, les 200 km qui séparent Gioumri, seconde ville du pays, à la capitale Erevan, dormant à la belle étoile et haranguant les militants, juché depuis le toit d’un garage.

Manifestants rassemblés à Erevan le 13 avril 2018 pour protester contre la nomination de Sarkissian au poste de Premier ministre (photo © Karen Minasyan / AFP)

La manœuvre a été payante puisque, après 11 jours seulement de manifestations, la révolution de velours a triomphé, poussant Serge Sarkissian à démissionner le 23 avril 2018. Une bien mauvaise nouvelle pour son mentor, Vladimir Poutine, à quelques jours de l’investiture de ce dernier, prévue le 7 mai prochain, pour un nouveau mandat de 6 ans…

Serge Sarkissian annonçant sa démission le 23 avril 2018 (source © Sputnik)

D’autant que, contrairement à ce qui s’était passé en Ukraine en 2014 et à ce qui alimente la rhétorique russe depuis des années, cette révolution ne peut en aucun cas être accusée d’avoir été fomentée depuis l’étranger, l’opposition ne se réclamant ni du camp russe ni du clan occidental.

Il n’en reste pas moins que rien n’est encore joué. Nikol Pachinian a en effet très peu de chance de remporter l’élection, prévue le 1er mai, pour être nommé Premier ministre car le Parti républicain de Serge Sarkissian détient une majorité écrasante au Parlement. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’opposition réclame des élections législatives anticipées, mais sans avoir été entendue jusqu’à présent. Rien ne dit donc que Sarkissian, malgré sa démission, ne va pas revenir au pouvoir une fois de plus : la justice sociale et l’état de droit, en Arménie, comme dans bien d’autres contrées, risquent de se faire encore attendre un peu…

L.V. 

Le CRIF en voie de radicalisation ?

25 avril 2018 by

Théo Klein, ancien président du CRIF jusqu’en 1989

Le Conseil représentatif des institutions juives de France, plus connu sous son acronyme de CRIF, a beaucoup évolué depuis sa création en 1944 dans le but de contribuer au sauvetage des Juifs menacés par la Shoah. Autrefois espace de dialogue sous la présidence du modéré Théo Klein, entre 1983 et 1989, lequel a d’ailleurs claqué la porte en 2012, le CRIF est devenu, pour reprendre l’expression de Jean Daniel exprimée en 2009 un lieu de « solidarité inconditionnelle et aveugle avec l’extrême droite de l’État israélien ».

C’est une fédération qui regroupe de nombreuses associations juives mais pas toutes, loin s’en faut. Même le Consistoire central israélite de France, créé en 1808 par Napoléon et qui nomme le Grand Rabbin de France, s’en est retiré en 2004, de même d’ailleurs que de nombreuses autres associations dont l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide, plutôt marquée à gauche, qui en est parti bruyamment en 2009. Sans même parler de l’Union juive française pour la paix, présidée par Pierre Stamboul, et qui est carrément traitée d’« imposture » par le CRIF…

Il faut dire que depuis 2001, la ligne du CRIF s’inscrit dans une défense indéfectible du gouvernement israélien, toute critique envers la politique menée par ce pays étant considérée comme un acte d’antisémitisme caractérisé. Et l’actuel président du CRIF, Francis Kalifat, un ancien militant du Betar, mouvement sioniste radical qui prône l’autodéfense, a encore accentué cette tendance depuis sa désignation à ce poste en mai 2016. On se retrouve un peu dans la même situation que lorsque le PCF défendait sans la moindre nuance la politique de l’URSS, la moindre analyse un tant soit peu critique étant considérée comme un acte déviationniste lourdement suspect.

La Président de la République Emmanuel Macron avec le Président du CRIF, Francis Kalifat, le 7 mars 2018 (photo © Erez Lichtfeld / CRIF)

Depuis les années 2000, il est incontestable que les actes individuels antisémites se sont développés en France. Le CRIF n’arrête pas de se lamenter de cette situation pour le moins inquiétante mais s’en prend violemment à ceux qui voudraient exprimer leur solidarité avec les Juifs de France.

C’est encore ce qui s’est produit le 28 mars dernier à l’occasion de la marche blanche organisée en mémoire de Mirelle Knoll, une octogénaire assassinée le 23 mars, de même que l’avait été Sarah Halimi le 3 avril 2017, défenestrée par un voisin totalement allumé, sous les yeux de la police qui a assisté impuissante à la scène, n’osant pas intervenir car craignant l’acte d’un terroriste djihadiste qui aurait pu se faire exploser. Avec des forces de l’ordre aussi timorées, il devient inutile de les appeler en renfort…

Manifestation en mémoire de Mireille Knoll à Paris le 28 mars 2018 (photo © Alain Jocard / AFP)

Toujours est-il que les leaders d’extrême gauche comme ceux d’extrême droite qui ne sont pour rien dans cette querelle de voisinage et qui avaient exprimé leur souhait de montrer leur solidarité face à cet acte ignoble ont été vertement rabroués par le président du CRIF qui a annoncé clairement la couleur la veille : « soyons clairs : ni Jean-Luc Mélenchon et les insoumis, ni Marine Le Pen et le FN ne seront les bienvenus demain ». Et le geste a suivi la parole puisque Marine Le Pen a dû être exfiltrée en catastrophe sous les huées d’une bande d’excités tandis que le leader de la France insoumise était violemment pris à partie par les nervis de la Ligue de défense juive.

Le CRIF crie sans cesse à la victimisation des Juifs de France, mais choisit ses défenseurs de manière très sélective, à l’exemple de ses invitations au fameux repas annuel du CRIF : il ne fait pas bon vouloir exprimer sa solidarité au peuple juif si l’on ne respecte pas les canons politiques du CRIF…

Ceci est d’autant plus inquiétant que ce durcissement de la position du CRIF se calque sur la droitisation de la politique menée depuis des années par l’État hébreux, sous l’impulsion du gouvernement de Benyamin Netanyahou. La répression aveugle et meurtrière exercée le 2 avril dernier contre un rassemblement de jeunes Palestiniens à la frontière entre la bande de Gaza et Israël en est encore un exemple.

Manifestation le 2 avril 2018 à la frontière entre Israël et la bande de Gaza

Ce jour-là, des milliers de citoyens de Gaza mobilisés par de nombreuses associations avaient organisé une grande marche pour protester contre le blocus économique imposé depuis des années par l’État d’Israël et réclamer une fois de plus le droit au retour pour les 700 000 Palestiniens chassés de leurs terres en 1948. Mais l’armée israélienne était en embuscade de l’autre côté de la frontière et n’a pas hésité à tirer sur la foule des manifestants, tuant 17 d’entre eux et en blessant 1400 dont 750 touchés par des tirs à balles réelles.

De tels actes de violence ne peuvent bien entendu que renforcer la détermination des jeunes Gazaoui désespérés, d’autant que le gouvernement israélien a immédiatement rejeté toute idée d’une enquête indépendante sur ces événements sanglants, Benyamin Netanyahou allant jusqu’à lancer un tonitruant : « Bravo à nos soldats ! ». Un tel niveau de provocation totalement irresponsable est confondant et on a vraiment du mal à suivre la position du CRIF qui approuve bruyamment cette véritable politique de la terre brûlée, renforçant jour après jour le désespoir des familles palestiniennes acculées par l’extension de la colonisation et rejetées dans les mains des extrémistes du Hamas qui rêvent d’en découdre. On a décidément connu des dirigeants du CRIF plus inspirés et meilleurs défenseurs de leur cause…

L.V.

Totalitarisme numérique : Pékin montre la voie…

23 avril 2018 by

Depuis quelques semaines, tous ceux qui gèrent de près ou de loin des données numériques n’ont que cet acronyme à la bouche : RGPD. Ce qui signifie bien sûr, comme chacun l’aura deviné, règlement général pour la protection des données. Un nouveau règlement européen qui entrera en vigueur simultanément dans tous les pays de l’Union européenne le 25 mai 2018, et que les parlementaires français s’efforcent d’examiner en urgence en vue de sa transposition dans le droit français.

Ce nouveau corpus réglementaire, qui abroge la directive de 1995 sur les données personnelles, nécessite en effet d’adapter la loi dite Informatique et liberté, adoptée en 1978 et révisée en 2004. Il permettra de conforter les droits individuels par rapport à leur fichage informatique, avec un niveau d’information plus élevé et la création d’un droit à l’effacement pour ceux qui souhaitent voir leurs données personnelles retirées de certains fichiers.

Un dessin de François Cointe

Il vise aussi à alléger certaines formalités administratives en matière de déclaration des fichiers auprès de la CNIL, la Commission nationale informatique et liberté, en favorisant un contrôle a posteriori assorti de lourdes sanctions financières pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros voire 4 % du chiffre d’affaire mondial, de quoi faire trembler Facebook et Google

Tous les acteurs publics qui gèrent des fichiers contenant des données personnelles vont devoir en tout cas se mettre à la page en commençant par désigner un délégué à la protection des données qui sera le garant de la bonne mise en œuvre de cette nouvelle directive plus exigeante en matière de protection des données individuelles, et tout particulièrement celles dite sensibles, car concernant les orientations politiques, religieuses ou sexuelles d’une personne, voire les données à caractère médical, judiciaire ou ethnique.

Un dessin de Denis Boutant (source © Les Echos Publishing Experts infos – 2017)

Et pendant ce temps-là, les Chinois non seulement ne s’embarrassent pas de ce type de précautions, mais sont en train de mettre en place une situation de totalitarisme numérique à côté de laquelle celle imaginée par le romancier Georges Orwell dans son célèbre roman d’anticipation 1984, passe pour une aimable bleuette.

Ainsi que l’a révélé le Washington Post fin 2016, le Parti communiste chinois a développé un système, dit de « crédit social » permettant de collecter de manière systématique les données personnelles des 1,4 milliards d’habitants du pays, afin de noter ces derniers. Le dispositif est des plus simples et relève du flicage classique mais appliqué à une échelle jamais imaginée jusqu’alors.

Un dessin de Gros, publié dans Marianne le 6 avril 2018

Monsieur Li, citoyen lambda, se risque à griller un feu rouge. Au vu des millions de caméras qui fleurissent à chaque coin de rue, ce n’est guère prudent et le voilà qui perd 50 points sur son compte individuel, initialement crédité de 1000 points. Pour peu qu’il oublie de payer l’amende dans les délais, c’est encore 100 points en moins… Si de surcroît il se permet d’aller consulter sur internet des sites qui ne sont pas du goût du gouvernement, voire d’acheter via internet des livres qui ne s’inscrivent pas dans la ligne du parti, sans même aller jusqu’à dialoguer avec des citoyens considérés comme opposants au régime, voilà son crédit de points qui s’effrite dangereusement.

Et Monsieur Li s’aperçoit alors qu’il n’est plus autorisé à voyager en première classe où à acheter un billet d’avion pour un séjour à l’étranger. La promotion qu’il attendait depuis des années est brusquement refusée, il n’a plus accès au crédit immobilier et ses enfants qui ambitionnaient d’intégrer une université reconnue voient leur inscription rejetée.

Le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, désormais élu à vie (photo © Michael Clement – RIA Novosti/Camera Press/Redux)

Il ne reste plus d’autre solution à Monsieur Li pour récupérer des points lui permettant de retrouver une vie sociale normale, qu’à aller sur les sites officiels pour approuver bruyamment les dernières réformes du gouvernement et de son chef bien aimé, Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine depuis 2013 et désormais assuré depuis la toute récente modification de la constitution adoptée le 17 mars 2018, de rester à vie à ce poste.

Avec un tel système, on se doute bien que de toute façon il ne doit plus grand-chose avoir à craindre d’éventuels opposants. Selon l’agence de presse Chine nouvelle, ce dispositif qui se met en place progressivement jusqu’en 2020, permettra dès le 1er mai prochain, de bloquer l’achat par les citoyens les moins bien notés, d’un billet d’avion ou de train.

La base de données gigantesque qui se constitue ainsi sera alimentée par les fichiers de l’administration, les banques, les hôpitaux, les réseaux de caméras de surveillance urbaine à reconnaissance faciale mais aussi par les plateformes privées qui gèrent les réseaux sociaux et les sites d’achat en ligne. Un dispositif imparable de contrôle social qui devrait permettre de traquer le moindre comportement déviant et transformer le peuple chinois en un troupeau de moutons, aussi conformistes que dociles.

De quoi réaliser le vieux rêve de Mao Tsé-toung qui plaçait le « contrôle de la pensée » au cœur de son système politique, et de quoi donner des idées à bien d’autres dirigeants dans le monde…

L.V. 

Vers une privatisation des barrages hydroélectriques ?

21 avril 2018 by

Voilà une information qui a fait le buzz dans tous les médias, de Libération à La Dépêche du midi, en passant par le blogger Ludo Torbey dont la vidéo d’Osons causer sur le sujet fait un tabac : Macron ose s’attaquer à notre patrimoine hydroélectrique et veut privatiser les barrages d’EDF, pour le plus grand bénéfice des multinationales, Total en tête, mais aussi les Allemands EON et Vattenfall, l’Italien Enel, le Canadien Hydro-Québec, voire des entreprises chinoises qui vont donc s’emparer de nos grands barrages, fleurons du génie industriel français.

Un véritable cauchemar pour les 160 000 salariés d’EDF dont 21 000 dans le secteur de l’hydroélectricité, et principalement les syndicalistes de la CGT qui ont été les premiers à monter au créneau après avoir appris, à l’occasion d’une réunion intersyndicale à Matignon le 7 février dernier, de la bouche de Thibaud Normand et Antoine Peillon, conseillers énergie du Premier ministre, que la France avait fini par céder aux exigences de la Commission européenne et acceptait d’ouvrir à la concurrence certaines des 433 concessions hydroélectriques françaises, et ceci dès 2018.

Barrage EDF de Sainte-Croix sur le Verdon, mis en service en 1974 (source © photothèque EDF)

On dénombre en France de l’ordre de 2300 installations hydroélectriques dont 433 donc qui relèvent du régime de la concession car d’une puissance supérieure à 4,5 MW. Elles totalisent à elles-seules 95 % de la puissance installée, soit de l’ordre de 24 GW. La part de l’hydroélectricité dans le mix énergétique français est relativement modeste, autour de 12 % (deux fois moins qu’au Portugal par exemple), même si l’hydroélectricité représente plus des deux tiers de l’énergie renouvelable produite en France.

Quoi qu’on en dise, la France reste totalement dépendante de la filière nucléaire pour son alimentation électrique et EDF fait tout pour que cette situation perdure, s’opposant de toutes ses forces à la volonté politique de réduire la part du nucléaire, refusant obstinément de fermer ces centrales même en fin de vie.

Or sur ces 433 concessions hydroélectriques, l’entreprise EDF en gère près de 85 %, le reste se partageant entre la CNR (Compagnie nationale du Rhône) et la SHEM (Société hydro-électrique du Midi). La CNR, créée en 1933, privatisée en 2001 et premier producteur français d’énergie exclusivement renouvelable est détenue principalement par le groupe public Caisse des Dépôts et des collectivités territoriales, avec comme actionnaire de référence minoritaire ENGIE (ex GDF-Suez). La SHEM, également producteur d’énergie 100 % renouvelable et lointaine héritière de la Compagnie des chemins de fer du Midi est aussi une filiale d’ENGIE.

C’est cette position dominante, quasi exclusive, d’EDF sur le parc hydroélectrique français, que l’Union européenne conteste depuis des années, prônant pour une ouverture à la concurrence. Car, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les barrages en question n’appartiennent pas à EDF mais à l’État qui en a financé la construction (un gros investissement puisque l’on considère qu’il faut de l’ordre de 1 milliard d’euros pour aménager de quoi produire 1 GW).

Marcel Paul, syndicaliste et résistant, ministre de la production industrielle dans le gouvernement de Charles de Gaulle et instigateur de la création d’EDF-GDF en 1946

A l’époque où la plupart de ces barrages ont été construits, juste après la guerre, EDF était un service public, créé en 1946 sous l’impulsion du ministre et ancien résistant Marcel Paul avec un statut d’établissement public à caractère industriel et commercial. Bénéficiant alors d’un régime de monopole, EDF a pu s’arroger la quasi-totalité des concessions hydroélectriques, pour des durées de 75 ans.

Depuis, on s’est rendu compte que les situations de monopole jouaient rarement en faveur de l’usager ou du consommateur. La loi Sapin, adoptée en 2013 pour tenter de lutter contre les pratiques de corruption, a réduit la durée des délégations de services publics précisément pour éviter les dérives liées aux rentes de situation. En parallèle, l’ouverture progressive du marché de l’électricité à la concurrence sous l’impulsion politique de l’Union européenne et la transformation du statut d’EDF, devenue en 2004 une société anonyme cotée en bourse, ont radicalement changé la donne.

Certes, EDF reste détenue à près de 85 % par l’État français, ses autres actionnaires étant pour l’essentiel des investisseurs institutionnels (majoritairement étrangers). Mais l’entreprise se comporte désormais comme un champion de l’ultralibéralisme qui semble avoir totalement tourné le dos à ses valeurs initiales, ouvrant des filiales dans des paradis fiscaux, refusant de développer les énergies renouvelables, confiant la maintenance de ses centrales nucléaires à près de 20 000 sous-traitants en situation de grande précarité, exigeant sans cesse de nouvelles hausses des tarifs de l’électricité tout en amassant de juteux bénéfices.

EDF, fortement critiquée pour la gestion peu durable de son parc électronucléaire

Et l’hydroélectricité participe pour beaucoup à la constitution de ces bénéfices puisqu’on estime qu’ils s’élèvent à 1,25 milliards par an du seul fait de l’exploitation des concessions hydroélectriques depuis longtemps amorties, au point que l’électricité produite ainsi ne coûte de 20 à 30 € le MWh, contre 50 € le MWh d’origine nucléaire. Ces bénéfices sont principalement réinvestis à l’étranger et notamment au Royaume Uni où EDF a racheté British Energy en 2008 et lancé fin 2016 la construction des deux réacteurs nucléaires très controversés d’Hinkley Point, pour la modique somme d’au moins 21 milliards d’euros.

En 2010, l’État français avait annoncé une première vague d’appels d’offres pour la reprise de certaines concessions hydroélectriques mais sans jamais y donner suite. Au contraire, les concessions d’EDF déjà arrivées à échéance avaient été subrepticement rallongées moyennant quelques menus travaux supplémentaires de maintenance des ouvrages, au point qu’en octobre 2015, la commissaire européenne chargée de la concurrence, Margrethe Vestager, a adressé à Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères et responsable à ce titre des questions européennes, un courrier pour l’informer de l’ouverture d’une enquête sur les concessions hydrauliques accordées en France à EDF.

Travaux de rénovation sur le barrage de Sarrans sur la Truyère en 2014 après vidange complète de la cuvette (source © L’Usine nouvelle)

Depuis, les acteurs français jouaient la montre alors que d’autres pays européens dont l’Allemagne avaient dès 2011 obtenu de sortir leurs barrages hydroélectriques du champ de la directive européenne sur les concessions, au même titre que les centrales nucléaires sont exclues du domaine concurrentiel car relevant d’activités « d’importante vitale ».

A l’époque, la France était déjà en position de faiblesse à cause de son taux d’endettement colossal totalement dérogatoire aux critères de Maastricht. Et désormais il se murmure que si le gouvernement a été contraint de céder aux injonctions de Bruxelles c’est pour faire baisser la pression contre le maintien des aides publiques françaises à l’agriculture…

Barrage de Bort-les-Orgues, sur la haute vallée de la Dordogne, mis en service en 1952 (source © Corrèze tourisme)

Toujours est-il que l’on annonce dès 2018 la remise en concurrence de certaines concessions hydroélectriques dont les barrages de Haute-Dordogne, celui de Beaufortain en Savoie et celui du Lac Mort en Isère. Les autres concessions suivront progressivement jusqu’en 2050, au fur et à mesure que les concessions initiales arriveront à échéance, conformément aux conventions signées initialement mais qu’EDF espérait bien ne jamais voir appliquer : dura lex, sed lex…

L.V. 

Al-Ula, la future Mecque du tourisme ?

19 avril 2018 by

Emmanuel Macron avec le prince Mohammed ben Salman à Paris le 10 avril 2018 (photo © Yoan Valat / AFP)

On en a beaucoup parlé à l’occasion de la toute récente visite en France de Mohammed ben Salman, prince héritier du Royaume d’Arabie saoudite, cet immense pays islamique qui couvre plus de 80 % de la péninsule arabique, le plus vaste État du Moyen-Orient : non pas du droit des femmes, placée dès leur naissance sous la tutelle d’un homme, en application stricte de la charia et qui n’ont le droit que depuis 2016 d’obtenir copie de leur contrat de mariage « pour en prendre connaissance ».

Pas plus d’ailleurs du respect des libertés individuelles et des droits d’expression qui sont des plus limités dans cette monarchie absolue de droit islamique aux mains de la famille régnante Al Saoud depuis sa création en 1932, qui ne s’encombre même pas d’une constitution et qui cherche, année après année, à battre son propre record du nombre de lapidations et décapitations au sabre, avec, rien qu’en 2015, pas moins de 153 exécutions connues.

Après un bombardement à Sanaa le 25 août 2017, une petite fille seule survivante de sa famille (photo © Khaled Abdullah / Reuters)

Il n’y a guère été question non plus de la guerre civile qui fait rage depuis 2004 au Yémen et dans laquelle l’armée saoudienne, conduite justement par le prince Salman, nommé ministre de la Défense en janvier 2015, s’efforce d’écraser la rébellion houthiste, au prétexte qu’elle serait soutenue par son ennemi héréditaire : l’Iran. Les bombardements de populations civiles depuis 2004 sont tels que l’Arabie saoudite avait été inscrite en octobre 2017 par les Nations-Unies sur la liste noire des pays qui ne respectent pas les lois internationales visant à protéger les enfants, après qu’il a été dénombré au moins 638 enfants victimes en 2016 des bombardements saoudiens sur des écoles et des hôpitaux.

Mais tout ceci n’est que broutilles et n’a bien entendu pas sa place dans une rencontre au sommet entre deux pays amis entre lesquels il est surtout question de commercer en bonne intelligence. En matière de diplomatie comme ailleurs, les affaires sont les affaires !

Dessin de Jiho publié dans Marianne le 13 avril 2018

Certes, le marché de l’armement y tient une place privilégiée, l’Arabie saoudite étant de longue date un client fidèle de la France qui s’est hissé récemment à la troisième place mondiale des vendeurs d’armes. Mais le sujet est plus sensible qu’il n’y paraît car lorsqu’un pays achète des armes à un autre, il achète d’abord une garantie stratégique, celle d’un soutien sans faille en cas de conflit. Et de ce point de vue, l’Arabie saoudite préfère de loin faire son marché aux États-Unis où le prince Salman vient d’ailleurs de passer trois semaines (contre 3 jours en France…) et où il a signé des contrats mirifiques avec Donald Trump, sans doute pour des dizaines de milliards de dollars.

Du coup, Macron et Salman ont préféré parler tourisme et culture ! Un sujet pour le moins saugrenu avec la monarchie wahhabite qui jusqu’en 2017 ne délivrait même pas de visa de tourisme, se contentant de gérer, de manière très encadrée, les flux de pèlerins (2 millions par an tout de même !) se rendant sur les lieux saints de l’Islam, principalement à La Mecque. Mais les temps changent et le prince Salman, voyant décliner ses réserves pétrolières, cherche à diversifier les sources de revenus du royaume, pourquoi pas dans le tourisme qui permet en même temps d’atténuer un peu l’image ultra-conservatrice du pays…

Un des vestiges de la région d’Al-Ula (photo © Nadine Epstain – Radio France)

Or il se trouve que la région d’Al-Ula, localité de 40 000 habitants située au nord-ouest de Médine, à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau des côtes de la Mer Rouge, se trouve près du site archéologique antique d’Al-Hijr, connu des Européens au moins depuis 1907, où s’étendent sur environ 500 hectares de désert les ruines de la cité antique d’Hégra, premier site du pays à être inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité en 2008 et qui fait l’objet depuis cette date de campagnes de fouilles archéologiques franco-saoudiennes : une destination de choix pour y développer un tourisme féru de découverte culturelle et de dépaysement, dans un secteur désertique et peu peuplé, même si un groupe d’expatriés français y a été attaqué le 26 février 2007 par des combattants d’Al-Quaida qui ont abattu 4 des membres du groupe.

Tombes nabatéennes sur le site archéologique de Madâin Sâlih (photo © Kazuyoshi Nomachi / Getty Images)

Jusque-là, l’Arabie saoudite avait toujours exprimé un souverain mépris pour ces ruines préislamiques, vestiges d’une cité antique édifiée il y a plus de 2000 ans (bien avant l’Hégire donc !) par les Nabatéens, sur une piste reliant Pétra (actuellement en Jordanie) au Hedjaz, l’ancien royaume bordant les côtes arabiques de la Mer Rouge. Comme à Pétra, les Nabatéens ont creusé dans la roche des centaines de tombeaux rupestres monumentaux, sculptés de haut en bas, la plateforme de travail étant progressivement détruite au fur et à mesure de la progression.

Des paysages d’oasis au milieu du désert, de quoi attirer le touriste en mal d’exotisme…

Et comme Pétra est devenue le principal centre d’attraction touristique de la Jordanie avec pas moins de 600 000 visiteurs par an, forcément cela donne des idées au prince Salman… D’autant que la zone, située à seulement 1h30 d’avion de Riyad, compte, outre les fameuses ruines nabatéennes d’Hégra, à Madâin Sâlih, mais aussi celles de Dadab à Al-Khuraybah, des paysages d’une grande variété, avec des parois de grès noir et des canyons ocre rouge, des étendues de sable blanc et des palmeraies, de quoi fasciner le touriste occidental en mal d’exotisme.

Campagne de fouilles archéologiques à Madâin Sâlih (photo © Mission archéologique de Madâin Sâlih)

Pour mettre en valeur une telle destination, une commission royale a donc été créée mi-2017, présidée par le prince Bader Ben Abdullah Ben Mohammed, celui-là même qui, selon le New York Times se serait porté acquéreur du tableau Salvator Mundi, attribué à Léonard de Vinci et destiné à enrichir la collection du Louvre des sables d’Abu Dhabi, pour lequel la France avait justement fait preuve de tout son savoir-faire en matière d’aménagement de site culturel. Et c’est donc naturellement vers la France, « référence internationale incontestée de la culture et du bon goût », selon les termes d’un diplomate saoudien, que l’Arabie saoudite s’est tournée pour mettre en place ce projet qui vise ni plus ni moins qu’à transformer la ville actuellement sinistre d’Al-Ula en une destination touristique de premier plan à l’exemple de Marrakech.

Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie, à la manœuvre (photon © Pascal Guittet)

En 2017, Emmanuel Macron a missionné à cette fin, pour négocier un accord, Gérard Mestrallet, président du conseil d’administration d’Engie (ex GDF-Suez) et familier de l’Arabie saoudite où son groupe produit entre 10 et 15 % de l’électricité du pays. Le bon Mestrallet a donc invité ses homologues saoudiens à visiter Gordes, dans le Luberon, ainsi que le site des Baux-de-Provence où la société Cultures espaces (une filiale d’Engie, cela tombe bien) exploite les Carrières de lumière, de quoi en mettre plein la vue à ses invités et vanter la maestria française en matière de sons et lumière.

On ne connaît pas dans le détails le calendrier et le budget qui sera dévolu à ce projet, même si l’on évoque un investissement de l’ordre de 50 à 100 milliards de dollars à mettre en œuvre dans les 10 ans à venir, avec pour les entreprises françaises une part du gâteau qui pourrait s’avérer appétissante, plus juteuse même que les 12 milliards d’euros engrangés sur le marché des ventes d’armes à l’Arabie saoudite entre 2007 et 2016, et un tantinet plus flatteur pour l’égo national qui se targue de rayonnement culturel et de soutien au patrimoine historique antique du Moyen-Orient. On parle déjà d’ouvrir un musée, présentant l’histoire des tombes nabatéennes et les inscriptions visibles à Al-Ula, mais aussi de programmes de recherche universitaire et aussi du développement de l’agro-tourisme et des activités sportives de plein air dont des balades à cheval, arabe bien entendu…

L.V.

Les rivières mystérieuses de Cassis s’invitent au JT de TF1 !

16 avril 2018 by

C’est une belle consécration pour l’association de spéléologues qui travaille depuis des années à améliorer la connaissance des rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou qui débouchent en mer dans la baie de Cassis : le 12 avril 2018, un reportage tourné le 31 mars par une équipe de reporters de TF1 était diffusé au journal télévisé de 20h dans la rubrique Découverte.

Le reportage dure moins de 5 mn mais, diffusé à une heure de grande écoute, c’est un bel hommage pour cette équipe de passionnés qui passe tous ses week-end à poursuivre pas à pas ses explorations, en particulier dans la galerie noyée de Port-Miou qui fait l’objet de ce reportage.

Comme le président de l’association, Gérard Acquaviva, l’avait lui-même expliqué devant une assemblée très nourrie de Carnussiens à l’occasion d’une conférence organisée par le CPC en octobre 2015, cette source d’eau douce qui débouche en mer à l’entrée de la calanque de Port-Miou est en réalité l’exutoire d’une galerie souterraine karstique désormais noyée que les plongeurs ont pu remonter à contre-courant sur une distance supérieure à 2 km.

Dans les années 1960, la SEM s’était intéressée de très près à cette source sous-marine comme ressource potentielle d’eau douce pour l’approvisionnement de Cassis et avait été jusqu’à investir dans la construction d’un barrage souterrain situé dans une cloche d’air à 500 m en amont de l’exutoire en mer. L’objectif de ce barrage était d’empêcher les remontées d’eaux salines dans la galerie. Mais depuis, on a compris que les communications avec l’eau de mer se faisaient surtout par d’autres conduits naturels plus profonds, vestiges d’un ancien réseau karstique développé lorsque le niveau marin se situait nettement plus bas.

Infographie TF1

Le puits creusé à l’époque pour le chantier du barrage facilite néanmoins les explorations sous-marines qui se font à l’aide d’un matériel aussi encombrant et lourd que sophistiqué. Le lendemain du passage des reporters de TF1, l’équipe de plongeurs conduite par Xavier Meniscus s’est ainsi offert le luxe de progresser d’une vingtaine de mètres en terrain jamais exploré jusque-là.

Plongeur à Port-Miou (extrait du reportage de TF1 – source Xavier Meniscus)

A l’extrémité amont de la galerie s’ouvre en effet un immense puits qui descend jusqu’à 232 m sous le niveau de la mer, en limite des capacités actuelles de la plongée souterraine. Le 1er avril dernier, l’équipe de plongeurs est descendue jusque-là et s’est avancé jusqu’à un nouveau carrefour ouvrant sur deux galeries, l’une se dirigeant vers la mer et l’autre sous forme d’une diaclase par où proviennent vraisemblablement les eaux du bassin versant amont. La zone de contact entre l’eau douce, issue des écoulements souterrains amont et une eau très salée, proche de la concentration de l’eau de mer, a d’ailleurs été bien repérée, ce qui confirme que l’eau salée remonte depuis la mer par des conduits plus profonds.

A de telles profondeurs et dans des conditions d’accès aussi périlleuses, la progression des explorations sous-marines devient délicate. C’est pourquoi les spéléologues travaillent en parallèle à rechercher des accès depuis la surface du plateau calcaire, comme cela a déjà été exposé ici et comme l’indique le reportage. Les essais de colorations effectués en 2015 sur deux gouffres situés tout près de Carnoux avaient connu des fortunes diverses. Celui des Gorguettes, situé en contrebas de la descente de Cassis, n’avait pas mis en évidence de jonction avec la galerie de Port-Miou alors que la coloration effectuée sur le gouffre du Mussuguet 3 s’était révélée nettement plus prometteuse.

Entrée du puits Mussuguet 3

Depuis, les membres de l’association s’acharnent donc à tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel, initialement comblé d’éboulis. Le travail, bien que fastidieux et harassant, est payant puisque le fond du puits approche désormais de la profondeur de 50 m ! On est encore très au-dessus du niveau de la galerie de Port-Miou qui court plus bas, mais les spéléologues gardent bon espoir…

D’autant qu’un autre trou est identifié à quelques centaines de mètres de là, présentant en outre l’avantage de se situer de l’autre côté de la limite du périmètre du Parc national des Calanques, ce qui en facilite l’exploration. Dans les deux cas, la présence en profondeur d’une forte concentration de gaz carbonique toxique complique la tâche des spéléologues et exige de prendre des précautions spécifiques pour extraire le gaz avant toute pénétration.

Ce second puits, baptisé Sumac, fait également l’objet d’un gros travail de désobstruction depuis plusieurs années et atteint désormais une profondeur comparable. Une nouvelle coloration est d’ailleurs prévue la semaine prochaine dans ce dernier gouffre, avec le secret espoir que la fluorescéine débouche bien dans la galerie de Port-Miou, où des capteurs très précis permettent de la repérer même à de faibles concentrations. Si tel est le cas, nul doute que cela regonflera le moral des spéléologues de Cassis, les rivières mystérieuses, qui redoubleront d’efforts pour parvenir un jour, qui sait ?, à la jonction entre ces conduits karstiques qui drainent le plateau calcaire, et cette galerie noyée qui débouche en mer. De quoi entretenir la fièvre de ceux qui explorent l’inconnu, à deux pas de chez nous !

L.V.  

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’inconnu, pour trouver du nouveau.

Baudelaire, in Les Fleurs du mal

Coca-Cola se jette à l’eau…

14 avril 2018 by

Un dessin signé Nagy

Décidément, ces commerciaux sont vraiment trop forts, ou les consommateurs trop crédules ! Voilà que le géant de l’agro-alimentaire, la firme créée à Atlanta en 1885, The Coca-Cola Company, à l’origine de moult scandales de corruption, d’actions musclées de lobbying et d’études pseudo-scientifiques mensongères, voilà que cette société multinationale s’apprête à vouloir vendre aux Français de l’eau en bouteille au prix astronomique de 2,80 € le litre !

Voyant en effet les ventes de ses sodas stagner dans les pays européens où le marché est depuis longtemps saturé, la société cherche à se diversifier. Elle a déjà investi dans le domaine du bio avec les thés et infusions Honest et Fuze Tea. Mais son calcul vise surtout le marché de l’eau en bouteille, particulièrement florissant notamment en France où la consommation par habitant d’eau en bouteille est la deuxième du monde ! En 2015, la vente d’eau embouteillée en France représentait un chiffre d’affaire colossal de 2 milliards d’euros, avec une croissance estimée à 4,9 % pour l’année 2017, tant en volume qu’en valeur.

Un dessin d’Olivero

C’est incontestablement une victoire impressionnante des rois du marketing que d’avoir ainsi réussi à instiller aux Français l’idée que les eaux vendues dans des bouteilles en plastiques sont meilleures que celle qui sort du robinet alors que cette dernière est nettement plus contrôlée et infiniment moins chère.

En tout cas, Coca-Cola a bien repéré qu’il y avait là des bénéfices à engranger et s’apprête donc à venir tailler des croupières aux trois grands groupes qui se partagent actuellement 80 % de ce marché juteux. Nestlé Waters caracole en tête des ventes avec notamment ses marques d’eaux minérales Perrier, Vittel, Hépar ou encore Contrex, suivi de près par Danone, propriétaire entre autres des marques Evian, Badoit ou Volvic. Le troisième larron est le groupe Neptune qui commercialise par exemple Vichy Célestins, Saint-Yorre ou Pierval.

Mais Coca-Cola, troisième producteur mondial d’eau en bouteille, est prêt à en découdre et il met donc un pied sur le marché hexagonal en lançant la commercialisation de son eau en bouteille Smartwater après trois ans d’étude de marché. Lancée en 1996 aux États-Unis, puis en 2014 au Royaume Uni, cette marque, bien que vendue 5 fois plus cher que ses concurrents, s’est rapidement imposée sur le marché américain où elle truste 63 % des ventes, tandis que chez nos voisins anglais elle a déjà conquis 11 % de parts du marché en moins de 4 ans.

Un succès commercial d’autant plus étonnant qu’il s’agit d’une eau captée à la source de Morpeth, une ville du Northumberland, dans le nord de l’Angleterre, mais cette eau naturelle est ensuite distillée par évaporation puis reconstituée en y introduisant des sels minéraux, ceux-là même que le processus de distillation a éliminés. Une véritable aberration en matière de traitement d’eau, qui explique d’ailleurs le coût particulièrement élevé de cette eau totalement artificielle. Mais cela ne semble guère gêner les consommateurs qui retiennent seulement l’argument commercial de la purification à outrance…

Dès le mois d’avril, les consommateurs français qui ne regardent pas à la dépense trouveront donc, pour l’instant uniquement dans les magasins de la chaîne Monoprix, les bouteilles étiquetées Smartwater. De contenance 600 ml, ces bouteilles seront vendues au prix exorbitant de 1,40 € le flacon pour l’eau plate, et jusqu’à 1,75 € pour l’eau gazeuse. Un vrai luxe quand on compare avec l’eau du robinet qui revient en moyenne à moins de 4 € le mètre cube, soit 0,4 centimes le litre…

Dasani, l’eau en bouteille de Coca-Cola qui a fait un flop en Europe

Rien ne dit que le succès commercial sera au rendez-vous, d’autant que Coca-Cola a déjà subi un échec cuisant sur le marché européen. C’était en mars 2004. La firme d’Atlanta venait de dépenser 20 millions d’euros en budget publicitaire pour préparer l’ouverture du marché français à accueillir son eau en bouteille vendue sous la marque Dasani.

Un beau succès commercial aux USA où cette marque introduite en 1999 avait réussi à se placer parmi les eaux les plus vendues, mais un véritable accident industriel au Royaume Uni où la compagnie américaine se trouvait alors confrontée à une levée de bouclier totalement inattendue malgré le matraquage publicitaire qui avait accompagné l’arrivée de Dasani Outre-Manche. Il faut dire que les commerciaux américains ne faisaient pas dans la dentelle, présentant leur « pure eau plate » vendue en petite bouteille bleu clair comme un véritable concentré de pureté, contrairement aux eaux douteuses distribuées au robinet.

Le hic, c’est que l’eau en question, vendue 1,40 € la bouteille de 500 ml, n’était ni plus ni moins que de l’eau du robinet acheminée directement à l’usine Coca-Cola de Sidcup, située dans la banlieue londonienne, par le réseau public géré par Thames Water, une compagnie britannique de distribution d’eau, laquelle facture cette même eau à 0,4 centimes le demi-litre. La compagnie de service public en question ne s’est bien entendu pas privée de faire remarquer que le procédé frisait l’escroquerie…

Coca-Cola a certes fait valoir que l’eau en question subissait une purification supplémentaire par osmose inverse avant ajout de sels minéraux. Mais quand, de surcroît, la firme a été contraint de retirer de la vente 500 000 bouteilles en raison d’un taux de bromates supérieur aux normes britanniques autorisées, elle a alors préféré jeter l’éponge et renoncer à introduire son eau en bouteille Dasani tant en France qu’en Allemagne, se limitant à y commercialiser l’eau minérale issue de la source belge de Chaudfontaine acquise par les Américains en 2003.

A l’époque, la firme Coca-Cola s’était même vu décerner le prix Ig Nobel (prononcez « ignoble » en anglais, un prix satirique attribué chaque année par le magazine scientifique Annals of Improbable Research) de chimie 2004 « pour son usage de la technologie avancée pour convertir l’eau contaminée de la Tamise en Dasani, une eau minérale embouteillée… qu’il a fallu finalement retirer des étalages, pour présence d’un produit cancérigène ». Une distinction dont la firme d’Atlanta se serait sans doute bien passée mais que chacun a déjà oubliée… Vive le marketing !

L.V. 

Sous les ponts d’Ispahan coule…plus rien !

11 avril 2018 by

Vue de la ville d’Ispahan et de la rivière Zayandeh

La ville d’Ispahan, troisième d’Iran par sa population, avec plus de 2 millions d’habitants, fait partie de ces grandes métropoles urbaines qui se sont développées autour d’un cours d’eau, en l’occurrence le Zayandeh Rud, « le fleuve qui donne la vie » en persan. Prenant sa source dans les Monts Zagros, ce cours d’eau, l’un des rares permanents du pays, parcourt plus de 400 km avant de se jeter dans le lac Gavkhuni, un grand lac salé saisonnier perdu dans le désert.

Le madi Farshadi, canal d’irrigation destiné à répartir l’eau du Zayandeh

Située à plus de 1500 m d’altitude sur le plateau iranien aride, la ville est une oasis où la vie n’est possible que grâce au fleuve et aux multiples canaux d’irrigation, les madis, aménagés dès le 17e siècle qui distribuent l’eau à travers toute la ville et ses environs, y compris dans chaque maison organisée traditionnellement autour d’un patio intérieur cultivé et arboré. Avec une pluviométrie moyenne de 130 mm par an alors que l’évapotranspiration potentielle y atteint 1500 mm, aucune culture n’est en effet possible dans un tel contexte climatique sans irrigation.

C’est donc la rivière Zayandeh qui a permis à cette ville de se développer, au moins depuis le 4e siècle de notre ère puisque elle était un des centres urbains de l’empire sassanide avant la conquête musulmane, et de prospérer. C’est Malik Chah, un sultan seldjoukide qui en fait sa capitale après son accession au pouvoir en 1072.

La place meydān-e Naghsh-e Jahān au coeur de la ville d’Ispahan

Mise à sac par les troupes de Tamerlan en 1387, la ville redevient capitale à partir de 1597, à l’instigation de Chah Abbas, fondateur de la dynastie des Safavides, lequel transforme en profondeur la cité, aménageant notamment une grande place de 510 m de longueur, meydān-e Naghsh-e Jahān, une des plus grandes du monde, d’ailleurs classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1979.

C’est de cette époque que date également la construction des grands ponts d’Ispahan, qui sont aujourd’hui au nombre de 11, permettant de franchir la rivière Zayandeh. Le plus ancien d’entre eux est probablement le pont Sharestan, dont les piles datent précisément de cette période sassanide entre le 3e et le 7e siècle après J.-C., mais dont les arches actuelles ont été reconstruites sous la dynastie des Seldjoukides aux alentours du 11e siècle.

Au pied du Si-o-Se Pol, l’un des plus célèbres ponts d’Ispahan, en 2002 (photo © Behrouz Mehri / AFP)

Le Si-o-Seh Pol, ou pont aux trente-trois arches, porte aussi le nom de son commanditaire Allahverdi Khan, un ministre de Chah Abbas, d’origine géorgienne, qui le fit construire vers 1608. Cet ouvrage sert non seulement pour le franchissement du cours d’eau mais a aussi une fonction de seuil, permettant de rehausser le niveau de l’eau à l’amont, pour permettre d’alimenter des prises d’eau qui irriguent les jardins de part et d’autre.

Le pont Khadju à Ispahan (photo © Kelly Cheng Travel Photography /Getty Images)

Comme le précédent, le pont Khadju, édifié cinquante ans plus tard sur les fondations d’un ouvrage préexistant, remplit également ce double office de pont et de barrage et sa structure est comparable, avec deux niveaux superposés, le second étant destiné à la promenade avec une allée centrale pour le passage des chevaux et des charrettes, et des allées latérales voûtées pour les piétons, mais aussi des cafés et des loggias permettant d’admirer le paysage. Pourvu de 23 arches, il présente une longueur totale de 133 m, pour une largeur de 12 m, ce qui en fait un ouvrage d’art remarquable pour cette période.

Ces ponts d’Ispahan, très prisés comme lieux de promenade, constituent un attrait touristique majeur. Sauf que la belle carte postale de l’eau coulant majestueusement entre les arches, formant au passage de joyeuses cascades, relève désormais du passé. Périodiquement asséchée au plus fort de l’été, la rivière Zayandeh a en effet purement et simplement disparu du paysage, ne laissant aux yeux du visiteur ébahi qu’un paysage aride de sable et de gravier ! A se demander même pourquoi l’empire perse a dépensé une telle énergie pour édifier de pareils ouvrages d’art alors que le lit de la rivière se traverse désormais à pied sec quasiment toute l’année…

Le pont Khadju dans son état actuel (source © Le site de Madeleine et Pascal)

La disparition du cours d’eau qui alimente depuis toujours la ville d’Ispahan date du début des années 2000. A l’époque, chacun accusait la sécheresse qui bien sûr n’est pas totalement étrangère au phénomène. Mais la vérité est que l’essentiel de l’eau du Zayandeh Rud est, depuis cette date, détournée en amont vers la région de Yadz qui se trouve être la ville natale de l’ancien président Mohammad Khatami.

Musée antique de l’eau à Yadz

Une ville oasis également, sans doute une des plus anciennes cités du monde puisque fondée aux alentours du troisième millénaire avant J.-C., située dans l’ancien empire des Mèdes, un des foyers de la religion zoroastrienne, puis une étape caravanière sur la Route de la Soie. Le canal qui détourne l’eau du Zarendeh vers cette zone désertique alimente d’ailleurs aussi la ville de Kerman, région natale d’un autre président, Hachemi Rafsandjani, lequel possède des champs de pistache qui en font un des premiers exportateurs du pays et pour lesquels les besoins d’irrigation sont prioritaires.

Cette disparition du fleuve détourné au profit d’autres régions alimente la colère des habitants d’Ispahan et surtout des agriculteurs de la région qui se désespèrent de voir leurs récoltes se dessécher sur pied. Plusieurs émeutes ont ainsi éclaté, les dernières datant de février 2013 selon Le Monde : les habitants du village de Varzaneh ont alors détruit les installations d’eau dans leur village, amenant les prêcheurs publics de la ville à les traiter d’« opportunistes égarés » et à les accuser de « collaboration avec l’ennemi ». La police n’a pas hésité à tirer, blessant trois manifestants avec des balles en caoutchouc, mais les habitants ont du moins obtenu, suite à ces incidents, la reconnaissance, par le procureur du tribunal révolutionnaire d’Ispahan, de la mauvaise gestion de certains anciens responsables du ministère de l’énergie dans la répartition de l’eau.

Manifestation d’agriculteurs devant le pont Khadju au centre d’Ispahan, le 7 avril 2018 (source : France Mojahedin)

De nouvelles émeutes se sont encore produites tout récemment, depuis le 16 février 2018, selon un communiqué du Conseil national de la résistance iranienne, les habitants de plusieurs quartiers périphériques d’Ispahan défilant en scandant « Rohani le menteur, où est notre rivière ? ». Le 18 mars dernier, un camion transportant des munitions a d’ailleurs pris feu alors qu’il venait ravitailler les forces spéciales anti-émeutes de la police à Varzaneh, de nouveau engagées contre les manifestations d’agriculteurs en colère.

Encore un exemple qui prouve à quel point les batailles de l’eau deviennent un enjeu majeur, surtout dans des régions en forte croissance démographique et confrontées à un climat aride pour lequel les effets du réchauffement climatique global ne vont certainement pas arranger les choses…

L.V.  

Pass intégral : comme un parfum de métropole…

8 avril 2018 by

Un dessin d’Ysope (source : Conseil de Développement de MPM)

C’était l’un des objectifs ouvertement affichés de la création de la Métropole Aix-Marseille-Provence : faire en sorte que les 1,8 millions habitants de l’aire métropolitaine puissent enfin disposer un jour d’un réseau de transports en communs structuré et cohérent permettant à chacun de se déplacer de manière acceptable de son domicile vers les principaux lieux d’activité économique, sociale et culturelle de l’agglomération.

Un rêve qui paraît encore bien lointain au rythme où vont les choses dans cette métropole que les élus locaux ont tout fait pour saboter et en retarder autant que possible la mise en place avec plusieurs faux départs et tous les recours juridiques possibles et imaginables. La métropole AMP, désormais unique autorité organisatrice des transports sur son territoire, a quand même fini par voir le jour début 2016 comme la loi le prévoyait.

Depuis cette date cependant, force est de constater que la population n’a pas encore vu d’amélioration très significative de la qualité des transports en commun qui aurait même plutôt tendance à se dégrader, certains projets tels que celui du Val’Tram, pourtant déjà quasiment sur les rails, ayant même été remis en cause.

Il convient donc de saluer comme il se doit la formidable avancée qui s’est opérée le 1er février dernier avec l’arrivée du « Pass intégral », un abonnement unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du territoire métropolitain, pour le prix de 73 € par mois, un tarif très comparable à celui du Pass Navigo proposé aux Franciliens pour un coût variant entre 65 et 75 € par mois selon le zonage. Un abonnement mensuel d’autant plus accessible que son coût est pris en charge à 50 % par l’employeur pour tous les salariés.

Ce dispositif a été adopté le 19 octobre 2017 par les conseillers métropolitains et offre ainsi la possibilité de circuler sans contrainte sur le territoire des 92 communes du territoire métropolitain, aussi bien en métro qu’en train TER, en bus, en tramway, en autocar, et même en utilisant les vélos en libre-service.

Le Pass est le fruit d’une collaboration avec la Région puisque c’est cette dernière qui gère les transports ferroviaires régionaux. Une région qui a d’ailleurs changé de nom puisqu’une délibération de ses élus le 15 décembre dernier l’a rebaptisée Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, son Président actuel, Renaud Muselier, ne supportant plus l’acronyme PACA, et qu’il convient donc désormais d’appeler Région Sud : un geste de rapprochement que ne devraient pas manquer d’apprécier, en cette période de revendication sociale à la SNCF, les nombreux cheminots syndiqués chez Sud-Rail…

Jean-Pierre Serrus (à gauche) et Renaud Muselier (à droite) inaugurant le dispositif Pass intégral, le 30 mars 2018 en gare de La Blancarde (photo © Marine Stromboni / La Provence)

Renaud Muselier était d’ailleurs présent aux côtés de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Métropole en charge des transports, ce 30 janvier 2018, pour inaugurer le nouveau Pass intégral en gare de La Blancarde et en vanter les mérites, en attendant la mise en place d’un abonnement à l’année qui reviendra encore moins cher, à 68 € par mois.

On peut ainsi, avec ce tout nouveau sésame, prendre le bus à Carnoux jusqu’au pôle d’échange d’Aubagne, poursuivre son trajet vers Marseille soit en TER soit avec la navette par car, prendre ensuite le métro et finir son trajet en vélo, le tout accessible librement grâce au Pass intégral payé mensuellement, qui est valable également sur les lignes Cartreize ou pour la navette desservant l’aéroport de Marignane.

Le pôle d’échange d’Aubagne où se croisent bus et tramways des Lignes de l’Agglo, TER et autocars Cartreize (photo © Sylvain Fournier / La Marseillaise)

L’avenir dira si cette belle avancée suffira à désengorger un peu l’agglomération marseillaise engluée dans les bouchons et asphyxiée par la pollution atmosphérique. En tout cas, c’est un bel outil qui devrait faciliter grandement la vie des habitants et leur permettre de faire de substantielles économies, surtout pour ceux qui font des longs trajets quotidiens avec différents modes de transports en commun successifs. Ainsi, pour un usager circulant chaque jour entre La Ciotat et Marseille via Ciotabus et le réseau RTM, l’économie mensuelle sera de 14,60 €. Elle atteindra même 34,50 € pour un usager se déplaçant quotidiennement entre Martigues et Aix-en-Provence via les réseaux Ulysse et Aix en Bus, ce qui n’est pas négligeable.

Ce précieux Pass est en vente dans 8 boutiques mobilité métropolitaines dont la gare Saint-Charles à Marseille ou la gare d’Aubagne, mais également dans l’agence Ciotabus de La Ciotat ou celle des Bus de l’Etang à Vitrolles, ainsi que dans toutes les gares SNCF et les points de vente de Cartreize ou de Pays d’Aix Mobilité, et bien sûr via internet sur les sites de RTM et Le Pilote. De quoi assurer une large distribution à ce premier dispositif opérationnel dont a accouché la nouvelle métropole, pour la plus grande satisfaction de son délégué aux transports qui n’hésite pas à se présenter comme « métropolitano-optimiste », une catégorie encore fort peu répandue dans le paysage politique local…

L.V.