Archive for the ‘Histoire’ Category

Lustucru ou l’histoire de la halle voyageuse…

7 février 2018

A Arles, voilà que la friche Lustucru fait de nouveau parler d’elle, et c’est l’occasion de retracer l’histoire peu banale d’une gigantesque structure métallique construite en 1906 par un proche de Jean Eiffel et qui a beaucoup voyagé depuis…

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille (source © Iris blog)

En 1906 donc, se tient à Marseille la troisième Exposition coloniale, après celles organisées en 1896 à Rouen et en 1989 à Rochefort. L’idée vient du docteur Heckel, fondateur de l’école de médecine du Pharo, spécialisée dans l’épidémiologie et les pathologies tropicales. Le maire de Marseille, un certain Jean-Baptiste-Amable Chanot, fait voter un budget d’un million de francs et le projet est entériné par un décret présidentiel signé en 1904.

L’exposition se tiendra sur un terrain de près de 40 ha situé entre le boulevard Rabatau, le rond-point du Prado et le boulevard Michelet, utilisé jusque là par l’armée comme champ de manœuvre, et qui deviendra le futur parc Chanot. Une cinquantaine de pavillons, tous plus exotiques les uns que les autres sont construits autour d’une grande allée centrale, tous destinés à être détruits à l’issue de l’exposition, laquelle fut un beau succès avec 1,8 millions de visiteurs entre avril et novembre 1906. Le Président de la République en personne, Armand Fallières, viendra visiter l’exposition avant de poser la première pierre du futur Canal du Rove. De nombreuses personnalités dont Frédéric Mistral, Auguste Rodin ou Jean-Baptiste Charcot ainsi que le général Lyautey, s’y rendent également.

Au centre du parc, à l’extrémité de l’allée centrale, se trouve le grand palais où sont présentées les diverses activités de la métropole et surtout de Marseille ; huilerie et savonnerie, tannerie, raffinage du soufre et du sucre, métallurgie du plomb, chantier naval, etc. Cet immense édifice, dessinée par Edouard Allar, jeune ingénieur de l’Ecole Centrale et ancien adjoint de Gustave Eiffel, a été construit par la Société de construction de Levallois-Perret (ex Compagnie des établissements Eiffel).

Carte postale de l’exposition coloniale de 1906 à Marseille avec une vue du Grand Palais

De forme rectangulaire, la halle mesure 99 m de long pour 44,5 m de largeur et près de 20 m de hauteur intérieure. Elle est constituée d’une nef centrale prolongée de quatre bas-côtés et possédait à l’origine une galerie desservie par deux escaliers intérieurs. Construite à Levallois-Perret et assemblée à Marseille, la structure métallique y sera à maintes reprises rhabillée pour abriter diverses manifestations jusqu’en 1939. Réquisitionnée ensuite successivement par les armées française, puis allemande et finalement américaine, la grande halle peut s’enorgueillir d’avoir connu de près les vicissitudes de l’Histoire…

Elle finit par être démontée et en 1951, elle est transportée à Arles où elle est remontée, sans sa galerie, pour servir de hangar agricole pour les usines de conditionnement de riz Lustucru qui s’établissent dans la plaine de Montmajour, à l’entrée nord de la ville. 

L’ex usine Lustucru est devenu un terrain de jeu pour graphistes (photo © Amélie / Ad-Urbex)

En 2003, la crue du Rhône dévaste totalement les usines Lustucru, rachetées entre temps par le groupe Panzani. Devant l’ampleur des dégâts, Panzani annonce le 26 mars 2004 la fermeture définitive du site. Malgré une très forte mobilisation des salariés qui occupent les locaux et malgré l’appui du préfet Christian Frémont qui va jusqu’à déclarer en septembre 2004 que « tout ceci est immoral », il faut se rendre à l’évidence et le site est définitivement abandonné en 2005, pour devenir le paradis des taggeurs et autres graphistes qui s’en donnent à cœur joie.

En octobre 2016, la ville d’Arles, qui avait racheté les 7,3 ha de la friche industrielle pour 1 € symbolique, accepte finalement de la céder au groupe Frey, un promoteur champenois qui projette d’y créer un centre commercial de plein air regroupant 13 moyennes surfaces et autant de boutiques dans le domaine de l’équipement de la personne et de la maison. Évalué à 1,8 millions d’euros par France Domaine, le tout est cédé à moitié prix au vu des frais particulièrement élevés envisagés pour démolir les bâtiments après les avoir désamiantés, et dépolluer le sol.

Etat actuel de la halle (photo © Jonathan Dahan / Le Moniteur)

Mais des défenseurs du patrimoine s’émeuvent de voir ainsi disparaître l’ancienne halle métallique, qualifiée de « cathédrale d’acier » et qui avait été labellisée en 2012 par l’État « Patrimoine du XX° siècle ». Une pétition recueille 3 000 signatures et est adressée à la ministre de la culture, l’Arlésienne Françoise Nyssen.

Vue aérienne du chantier de la digue des papeteries Etienne (source © SYMADREM)

A l’issue de moult tractations, une solution vient semble-t-il d’être trouvée, le 9 janvier 2018, à l’issue d’une réunion qui s’est tenue en sous-préfecture d’Arles en présence de tous les acteurs du dossier et au terme de laquelle, le groupe Frey a accepté de procéder à un nouveau démontage de la halle pour la déplacer une fois de plus. Le prochain point de chute de cette structure métallique qui aura finalement beaucoup voyagé, sera le site des Papeteries Etienne, une autre friche industrielle située à l’ouest d’Arles, en rive droite du Rhône, rachetée par l’Établissement public foncier régional, et que la Communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette projette de transformer en un nouveau pôle économique dédié à l’économie créative et aux industries culturelles et du patrimoine.

Sauf que pour l’instant ce site, lui-même en zone inondable, attend d’être requalifié en fonction du niveau de protection des digues qu’il est prévu de renforcer. Un laps de temps qui pourra donc être mis à profit pour lancer une consultation citoyenne et réfléchir aux contour du futur projet et au devenir de la fameuse structure métallique si souvent démontée et remontée. A moins qu’elle ne finisse par revenir à son point de départ, le parc Chanot, comme le suggère Christian Mourisard, adjoint au maire d’Arles, délégué au patrimoine et au tourisme. Au point où on en est, la « cathédrale d’acier » à monter en kit n’en est plus à un déplacement près…

L.V.  

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Au Mexique aussi les explorations se poursuivent…

20 janvier 2018

Alors que les spéléologues de l’association Cassis, les rivières mystérieuses, poursuivent leurs explorations pour tenter de remonter les deux rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou, envisageant désormais la réalisation d’un forage pour explorer le puits terminal situé à 3 km de l’exutoire du Bestouan, voilà que leurs collègues mexicains viennent de faire un grand pas en avant dans la connaissance de réseaux souterrains ennoyés dans la région du Yucatan.

Gran Cenote près de Tulum, site touristique très prisé…

Comme en Provence calcaire, ce secteur du Yucatan est un massif karstique dans lequel les circulations d’eau souterraines ont créé des galeries souterraines par dissolution progressive du calcaire sous l’effet de l’acidité des eaux. Lorsque le toit de ces galeries s’effondre, on observe en surface la formation de vastes puits ou avens, connus localement sous le nom de cénotes. Certains de ces effondrements se forment sous la surface d’un plan d’eau (lac, lagune ou même dans la mer), et ne sont alors visibles sur sous la forme de tâches plus foncées, trous bleus ou trous noirs selon leur perception…

Les Mayas, qui occupaient la péninsule du Yucatan avant l’arrivée des Espagnols, connaissaient bien ces puits naturels donnant accès à de vastes réserves d’eau douce (et parfois salée lorsque les réseaux karstiques communiquement avec la mer, comme c’est le cas aussi à Port-Miou). Ils les utilisaient comme source d’approvisionnement en eau potable. Mais, ils les considéraient également comme des bouches d’accès permettant d’entrer en communication avec les dieux de l’infra-monde, d’où l’origine du mot cénote qui dérive d’un ancien vocable maya signifiant « puits sacré ». Ils s’en servaient donc aussi comme lieux de sacrifice et y jetaient des offrandes et autres victimes expiatoires, ce qui, dans notre conception hygiéniste moderne, paraît bien peu approprié…

Salle ornée de concrétions dans le réseau de Sac Actun (source : Feel the planet)

Toujours est-il que ces cénotes et les réseaux de galeries souterraines noyées qui les relient constituent un immense terrain de jeu pour les spéléologues et les archéologues qui les explorent depuis des années. L’un d’entre eux, le plongeur allemand Robert Schmittner, qui réside au Yucatan depuis maintenant 20 ans et dirige le projet intitulé Gran Acuifero Maya (GAM), explore ainsi depuis des années les réseaux sub-aquatiques autour de la cité balnéaire de Tulum. Il vient de faire la une de très nombreux médias en annonçant, le 15 janvier 2018, avoir réalisé la jonction entre deux réseaux désormais reliés entre eux, ce qui en fait la plus vaste grotte noyée du monde avec pas moins de 347 km de galeries connues !

Progression de plongeurs de l’équipe du GAM dans les galeries de Sac Actun (photo © Herbert Mayrl / GAM via Reuters)

Jusque-là, le réseau de Sac Actun, situé au nord de Tulum, était le deuxième plus vaste système subaquatique exploré au monde avec déjà 262 km de galeries, juste derrière un autre réseau de 269 km, situé dans la même région mais plus au sud et dénommé Ox Bel Ha. Quant au second réseau exploré par les équipes du GAM, connu sous le nom de Dos Ojos, il s’agissait d’un vaste labyrinthe de près de 84 km de longueur cumulée, qui se classait à la quatrième place mondiale. La jonction réalisée entre ce dernier système et celui de Sac Actun montre que les deux ne constituent qu’un seul et unique réseau qui prend désormais le nom du plus grand des deux.

Et le mouvement n’est sans doute pas fini car Robert Schmittner compte bien poursuivre ses explorations. Rien que dans le nord-est de l’État de Quintana Roo où se situe le réseau karstique ennoyé de Sac Actun, on a répertorié pas moins de 358 réseaux subquatiques accessibles, représentant à ce jour un linéaire total de 1 400 kilomètres !

Plongeur de l’équipe du GAM à Sac Actun (photo © Herbert Mayrl / GAM via Reuters)

Outre l’intérêt spéléologique et hydrologique d’une telle découverte de la plus grande grotte noyée du monde, cette meilleure connaissance des réseaux souterrains du Yucatan est une aubaine pour les paléontologues, archéologues et autres anthropologues. On retrouve en effet dans ces galeries noyées et au fond des puits qui en donnent accès, de très nombreux vestiges, ossements animaux et humains, mais aussi poteries et objets sacrificiels mayas qui permettent d’en savoir toujours davantage sur l’histoire de la région et les différentes civilisations qui s’y sont succédées.

Crâne de Naia découvert en 2007 (photo © Roberto Chavez ARCE / AFP )

C’est ainsi qu’a été retrouvé en 2007, dans les eaux du gouffre de Hoyo Negro (en français « trou noir »), un aven de 43 m de profondeur qui fait partie du réseau de Sac Actun, le squelette de Naia, une jeune fille de 15 à 16 ans qui vivait dans la région il y a environ 13 000 ans, en plein âge glaciaire, et qui était malencontreusement tombée au fond du gouffre où elle s’était noyée.

A l’époque, avant la fin de la dernière glaciation, le niveau de la mer était plus bas d’environ 120 m et du coup les grottes du Yucatan n’étaient pas ennoyées à leur niveau actuel si bien que l’accès au puits se faisait à pied sec. Outre ses restes, l’aven abritait également des ossements de 26 autres mammifères terrestres dont un tigre à dents de sabre et un gomphothère, sorte d’éléphant préhistorique.

Selon Le Monde, la découverte n’avait été annoncée qu’en mai 2014 par l’Institut mexicain d’anthropologie et d’histoire, à l’issue de nombreuses analyses. De fait, la découverte des restes particulièrement bien conservés de cette jeune fille de 13 000 ans s‘est révélée très enrichissante sur le plan scientifique car les populations amérindiennes indigènes de cette période étaient des groupes nomades peu nombreux et leurs vestiges ne sont donc pas si fréquents. L’analyse génétique de l’ADN mitochondrial de Naia a permis ainsi de confirmer d’une part son origine asiatique et d’autre part son apparentement aux actuels indiens d’Amérique malgré des différences morphologiques qui traduisent simplement les évolutions génétiques subies depuis que ces peuplades, venues de Sibérie par le détroit de Behring, se sont lentement répandues sur l’immense territoire américain. Des conclusions qui corroborent d’ailleurs celles issues de l’analyse d’un autre squelette découvert dans le Montana, plus ou moins contemporain de Naia et également issu d’une souche de population sibérienne.

Une chose est sûre, les grottes ennoyées du Yucatan, tout aussi mystérieuses que celle de Cassis, n’ont pas fini de livrer tous leurs secrets…

L.V.  

Paris : la bataille de l’eau s’engage !

20 décembre 2017

L’agglomération parisienne fait partie de ces grandes métropoles mondiales pour lesquelles la gestion de l’eau ne va pas de soi. Nos ancêtres les Gaulois de la tribu des Parisii, en installant leurs cabanes de torchis sur l’île de la Cité (à moins que ce ne soit à Nanterre comme le laissent à penser certaines fouilles récentes), en bordure de la Seine, croyaient pourtant s’être prémunis contre cette question de l’approvisionnement en eau potable.

Le lac du Der, en dérivation de la Marne, un des 4 lacs réservoirs en amont de Paris

Mais ils n’imaginaient pas que leur petite cité deviendrait un jour une métropole de 7 millions d’habitants. Or la Seine n’est somme toute qu’un petit fleuve dont le débit en plein été peut devenir ridiculement bas. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ont été construits, après la grande sécheresse de 1921, les quatre grands lacs-réservoirs qui stockent, très en amont du Bassin parisien, sur les cours de la Seine, de la Marne, de l’Aube et de l’Yonne, plus de 800 millions de m3 d’eau qui sont ensuite relâchés progressivement pendant tout l’été et l’automne afin de soutenir le débit d’étiage de la Seine à Paris, tout en contribuant également à la protection de l’agglomération contre les crues d’hiver.

Eugène Belgrand, concepteur du réseau d’eau et d’assainissement de Paris (source © Ecole Polytechnique)

C’est en 1776, sous le règne de Louis XVI, que les frères Perrier créent la première Compagnie des eaux et installent une pompe sur la Seine pour alimenter un réseau de fontaines. Et c’est Napoléon qui fait creuser le canal de l’Ourcq, imaginé jadis par Colbert, et qui alimente encore de nos jours le réseau d’eau non potable qui sert notamment à nettoyer à grandes eaux les rues de la capitale.

Mais c’est à partir de 1854 que, sous l’impulsion du baron Haussmann et de l’ingénieur Eugène Belgrand, se met en place l’essentiel du réseau actuel d’alimentation en eau potable (et du réseau d’assainissement) de la ville. En 1865, les eaux de la Dhuis permettent d’approvisionner les quartiers les plus hauts de Belleville et de Ménilmontant.

Un des ponts aqueducs acheminant les eaux de la Vanne à Paris

Dix ans plus tard, ce sont les eaux de la Vanne, captées à plus de 170 km au sud de Paris, qui sont dérivées vers la capitale, au prix d’aqueducs interminables. En 1893, ce sont les sources de l’Avre, de la Vigne et du Breuil, dans l’Eure à plus de 100 km de Paris, qui sont à leur tour acheminées vers Paris. A l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, elles sont grossies par les eaux prélevées sur le Loing et le Lunain, et en 1925 par celles de la Voulzie. En parallèle sont construites deux usines de pompage des eaux de la Seine (à Ivry) et de la Marne (à Saint-Maur). Une troisième, implantée à Orly, les renforcera en 1969.

Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris

Et c’est la Compagnie générale des eaux, créée en 1852 sous Napoléon III et rejointe en 1880 par son principal concurrent, la Lyonnaise des Eaux, qui se partagent rapidement la gestion du dispositif. Sur Paris, il a fallu une décision politique du maire Bertrand Delanoë en 2008 pour sortir de ce face-à-face et mettre en place une régie municipale, Eaux de Paris, actuellement présidée par Célia Blauel et qui assure depuis le 1er janvier 2010 l’approvisionnement et la distribution de l’eau potable pour trois millions de Parisiens.

Mais dans le reste de l’agglomération, c’est encore Véolia et Suez, les deux mastodontes héritiers de la Générale et de la Lyonnaise, qui se partagent le gâteau. Suez s’occupe comme délégataire du Syndicat des eaux de la presqu’île de Gennevilliers (SEPG) de la distribution d’eau auprès de 600 000 abonnés de l’ouest parisien, tandis que Véolia gère les 4,5 millions d’usagers du SEDIF, le Syndicat des eaux d’Ile de France, qui règne sur pas moins de 150 communes en Petite et Grande Couronne. Et dans les deux cas depuis 1923 : un record de longévité !

André Santini, président du SEDIF (photo © SIPA)

Certes, la loi Sapin a mis un terme à ces délégations de service public qui s’éternisent et dont la durée légale ne peut désormais excéder 12 années. En 2008, André Santini, maire inamovible d’Issy-les-Moulineaux et président du SEDIF sans discontinuer depuis 1983, a donc été contraint de remettre en jeu le contrat de Véolia. Un appel d’offre a été lancé qui a rapidement tourné à l’affrontement sans pitié entre les deux géants du secteur, jusqu’à ce que Suez se retire de la course, à l’issue d’un combat homérique que relate un savoureux article du Point. Dans l’affaire, Véolia a été contraint de réduire sa marge de 20 % mais le fromage reste alléchant puisque ce contrat représenterait 37 % des 600 millions d’euros de chiffre d’affaire de Véolia Eau.

La Chambre régionale des comptes, qui vient tout juste d’analyser la gestion de ces trois grands services d’eau franciliens sur la période 2010-2014, n’a pas manqué, une fois de plus, de tresser des lauriers à la Ville de Paris qui a parfaitement réussi son pari du retour à une régie municipale et qui offre à ses abonnés le prix de l’eau le moins cher tout en assurant une qualité du service et un niveau d’investissement irréprochables.

Usine de potabilisation de l’eau à Neuilly-sur-Marne (source © SEDIF)

Inversement, les critiques pleuvent sur les délégations de services publics du SEDIF et du SEPG pour lesquels la CRC passe en revue nombre d’irrégularités, de manquements, d’abus et de dérives de toutes sortes, conduisant à une déconnexion totale entre les montants facturés à l’usager et la réalité des dépenses effectives d’investissement, comme l’analyse notamment Marc Laimé sur son site très documenté Les eaux glacées du calcul égoïste.

Ce qui n’empêche pas le SEDIF de fanfaronner et de promouvoir partout son projet de « grand ring de l’eau ». Un concept qui vise à mailler encore davantage les différentes sources d’approvisionnement de l’agglomération parisienne et qui s’est traduit notamment par l’acquisition en février dernier de 6 km de conduites, en vue de relier deux des trois principales usines de pompage et de potabilisation du SEDIF, celle de Méry-sur-Oise et celle de Neuilly-sur-Marne (la troisième étant celle de Choisy-le-Roi, sur la Seine). En fait, une formidable offensive pour étouffer Eau de Paris et viser à terme le monopole de la distribution d’eau potable sur l’ensemble du territoire métropolitain dont les contours restent encore un peu flous.

Unité de nano-filtration dans l’usine du SEDIF à Méry-sur-Oise (source © Véolia)

Du coup, la bataille entre le SEDIF (dont le contrat actuel prend fin en 2022) et Eau de Paris a repris de plus belle, à la faveur des dernières évolutions institutionnelles et notamment de la loi NOTRe qui prévoit qu’à compter du 1er janvier 2020 ce sont désormais aux intercommunalités de prendre la compétence de la production et de la distribution de l’eau potable (comme d’ailleurs de l’assainissement). Sur le territoire de la Métropole du Grand Paris, ce sont désormais les EPT (établissements publics territoriaux) qui sont donc aux manettes, s’étant substitués automatiquement aux communes ou aux intercommunalités. A eux donc de décider s’ils souhaitent ou non adhérer au SEDIF pour lui déléguer cette compétence, et ceci avant le 31 décembre 2017.

Le collectif citoyen Coordination Eau Ile de France, milite donc auprès des élus de certains EPT de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne en les incitant à profiter de cette fenêtre de tir inespérée pour tenter de sortir du SEDIF et reprendre la gestion de l’eau en régie, ce qui est totalement impossible en temps normal car les statuts du SEDIF empêchent tout départ unilatéral. Et c’est ainsi que 24 des 36 communes des trois EPT Plaine-Commune, Est-Ensemble et Grand Orly-Seine-Bièvre, ont délibéré pour décider de ne pas réadhérer au SEDIF pour les deux ans qui viennent, jusqu’à cette fameuse date butoir du 1er janvier 2020.

Le SEDIF avait bien tenté de bloquer toute initiative en ce sens en laissant entendre qu’en cas de décision de la sorte il se verrait contrait de fermer le robinet sans autre forme de procès le 31 décembre 2017 à minuit et que les élus récalcitrants devront alors se débrouiller pour expliquer leur décision politique malheureuse à leurs électeurs assoiffés. Mais André Santini a fini par reconnaître que cela ressemblait un peu trop à du chantage et avait accepté le 20 octobre dernier le principe de signer des conventions provisoires pour les deux ans à venir, le temps pour les EPT concernés de mener les études nécessaires en vue de déterminer leur position pour 2020. Est-ce un premier pas vers le retour à une extension des régies en Ile de France ? L’avenir le dira…

L.V.

Auchan, une affaire de famille, un peu envahissante

17 décembre 2017

Une enseigne bien connue localement… (photo © Rémy Gabalda / AFP)

L’empire Auchan, qui figure à la deuxième place de la Grande distribution en France, derrière Carrefour, et à la douzième place à l’échelle mondiale, a été créé en 1961 par Gérard Mulliez, lorsque ce dernier a ouvert son premier magasin à Roubaix dans les locaux désaffectés d’une usine Phildar. A l’époque, l’entreprise familiale, dirigée par son père et homonyme, était déjà florissante puisque le groupe comptait pas moins de 1 400 salariés et en emploiera 3 000 à son apogée en 1973, 30 ans seulement après l’ouverture du premier magasin dénommé initialement Au fil d’art à Poitiers.

Lorsque le jeune Gérard Mulliez décide d’ouvrir son pemier magasin dans le quartier des Hauts-Champs à Roubaix en 1961, il travaille déjà depuis quelques années dans l’entreprise familiale et rentre d’un séjour aux États-Unis où il a découvert les techniques de la Grande distribution dont le modèle est alors Marcel Fournier, fondateur de Carrefour. Mais les débuts sont difficiles et ce sont les bénéfices de l’empire Phildar qui permettent de tenir, au point que Mulliez finit par aller demander conseil à l’un de ses concurrents, Edouard Leclerc, lequel lui explique que le secret est de vendre le moins cher possible mais en grandes quantités…

Le premier supermarché Auchan en 1964, à une période où l’essence ne coûtait rien… (photo © Nord Eclair, source : Ateliers Mémoire de Roubaix)

En appliquant ce précepte, Gérard Mulliez parvient enfin à décoller et à ouvrir son deuxième magasin à Roncq en 1967, et ceci en se gardant bien de faire appel au système bancaire dont la famille Mulliez se méfie comme de la peste. Le développement du groupe (qui ouvre également son premier magasin Pimkie à Lille en 1971) est basé entièrement sur l’actionnariat familial au travers de l’Association familiale Mulliez, un groupement d’intérêt économique créé en 1955 pour gérer la succession du grand-père, Louis Mulliez.

Dès 1971, Auchan ouvre ses premiers magasins en dehors de son berceau d’origine et, à partir de 1981 s’attaque au marché européen avec les premiers Alcampo en Espagne. Depuis 2015, le groupe a pris le nom d’Auchan Holding et est désormais composé de trois entreprises autonomes qui sont Auchan Retail, Immochan et Oney Banque Accord.

Bienvenue dans le monde merveilleux d’Auchan !

Auchan Retail gère les magasins avec pas moins de 962 hypermarchés dont 144 en France (où le groupe gère également 455 supermarchés sous enseigne) et est présent dans seize pays, employant 337 800 salariés dont plus de 50 000 en France. Immochan, filiale immobilière du groupe créée en 1976, est chargée d’assurer la maîtrise foncière de l’environnement commercial des hypermarchés et est à la manœuvre pour les extensions et les créations de nouveaux projets comme sur le site des Gargues à Aubagne ou dans le cadre d’Europa City.

Quant à la banque Accord, créée en 1983 et devenue Oney en 2016, elle est spécialisée dans le crédit à la consommation, la monétique, la gestion des moyens de paiement et la connaissance des clients. Elle est notamment à l’origine en 1993 des premiers crédits à la consommation proposés au clients directement lors de leur passage en caisse, une prodigieuse incitation au surendettement…

C’est bien entendu cette branche de la holding qui est chargée des opérations d’optimisation fiscale auxquelles se livre le groupe au travers de ses filiales maltaises Oney Insurance Limited (pour les activités d’assurance dommages) et Oney Life Limited (pour les activités d’assurance-vie), un montage financier qui a permis au groupe d’économiser 21 millions d’euros d’impôts entre 2014 et 2016, en toute légalité bien entendu !

Une activité globalement florissante en tout cas pour ce groupe dont le chiffre d’affaire annuel avoisine les 40 milliards d’euros et qui permet à la famille Mulliez, actionnaire à près de 90 % du goupe (le reste du capital étant désormais détenu par les salariés, ce qui met la holding à l’abri de toute OPA hostile), de se placer à la troisième place des grandes fortunes hexagonales.

Et bien entendu, le nombre de marques contrôlées par la holding familiale, outre celles déjà citées, est innombrable : Saint-Maclou, Décathlon, Pimkie, Alinéa, Norauto, Simply Market, Flunch, Midas, Boulanger, Pizza Paï, Cabesto, Leroy-Merlin, Quechua, Kiabi, Kiloutou, Les 3 Suisse, Surcouf, Cultura, et bien d’autres encore…

La galaxie Mulliez en 2014 (source : Altermonde sans frontière)

Et l’on apprend désormais que l’un des membres de l’Association familiale Mulliez, un certain Matthieu Leclercq s’intéresse de près au développement des circuits courts. Son père, Michel Leclercq, était en 1961 boucher dans le premier magasin de son cousin germain, Gérard Mulliez. Un voyage d’études aux USA le convainc de lancer un magasin de sport et il ouvre en 1976 son premier Decathlon dans la zone commerciale Auchan à Englos, près de Lille. Là aussi, les débuts sont difficiles mais dès 2008 la nouvelle enseigne se retrouve en position hégémonique sur la quasi totalité du territoire national, avec désormais plus de 300 magasins en France et 1100 dans le monde entier.

Le magasin Decathlon de la zone des Paluds à Aubagne (source : Decathlon)

Olivier Leclerc, fils aîné du fondateur de Decathlon, remplace en 2009 son père à la tête du réseau Oxylane qui regroupe désormais l’ensemble des activités de sports et loisirs rattachées initialement à Décathlon. Mais en 2012, il cède les rênes de la société et la destinée de ses 55 000 salariés à son frère cadet, Matthieu, lequel a d’ailleurs en 2015 débaptisé le groupe pour lui redonner son nom initial de Décathlon

Or il se trouve que ce même Matthieu Leclerc, flairant la nouvelle appétence du public pour les produits de terroirs et les circuits paysans courts, « de la fouche à la fouchette », avait créé en 2006, son premier magasin dénommé La Ferme du Sart : un concept commercial (comme on dit chez ces gens-là) basé sur la vente de produits frais produits sur place, avec des animaux de la ferme sur le parking, histoire d’attirer le chaland familial.

Un concept en tout cas fermement dénoncé par de nombreux producteurs locaux et la Confédération paysanne qui flairent l’arnaque. Lorsque l’héritier Mulliez veut ouvrir son second magasin en 2009 à Wambrechies, une commune de 10 000 habitants située à 7 km de Lille, cinq exploitants agricole du crû qui ont déjà développé leurs propres circuits courts de vente, se rebiffent et décident de mettre en place leur propre point de vente.

Quelques-uns des producteurs qui alimentent le magasin Talents de fermes

Regroupés en association sous le nom L’Union fait la ferme, ils finissent par concrétiser leur projet et ouvrent enfin en 2014, après 5 années de réflexion, de formations et de démarches administratives leur magasin de 600 m², partagé entre la surface de vente et un atelier de transformation des produits. Fonctionnant désormais depuis plus de 3 ans, ce nouveau supermarché paysan à l’enseigne Talents de fermes, est désormais alimenté par une douzaine d’exploitants agricoles et un boulanger, et fournit une large gamme de produits issus du terroir local.

Guillaume Steffe, directeur de la Ferme du Sart (source : La Voix du Nord)

Quant à la Ferme du Sart, le patron de Decathlon l’a rebaptisée O’Tera pour éviter les critiques de la profession agricole mais n’en a pas moins poursuivi son expansion avec l’ouverture d’un second magasin à Avelin, toujours dans le Nord, en 2011, suivi d’un troisième à Saint-André, dans la banlieue lilloise en 2014, et d’un quatrième en 2016 près de Valencienne. Sur les 450 références vendues, 60 % seulement sont réellement issues de producteurs locaux selon le directeur du site du Sart, Guillaume Steffe, interrogé par La Voix du Nord, et une seule a le label bio. Mais le succès est néanmoins au rendez-vous et le PDG de Decathlon annonce désormais un objectif de 10 000 nouvelles implantations à travers toute la France : les paysans français adeptes des circuits courts sont prévenus…

L.V. 

Cercle, vous avez dit cercle ? Pourquoi ?

15 décembre 2017

Quand il s’est agi en 2001 de nommer notre association, c’est le terme de « cercle » qui fut choisi en référence au patronyme de nombreuses associations nées du désir de sociabilité au milieu du XIXème siècle dans notre région, Provence et Pays Niçois, ainsi qu’en Gascogne.

Le Cercle républicain à Gordes fondé en 1912 (source : atlas obscura)

Ces cercles, autrefois appelés aussi « chambrées », se sont constitués différemment selon leur localisation, citadine, périurbaine ou rurale, et aussi selon les valeurs qui les sous-tendent : républicaines (en opposition aux réactionnaires, royalistes ou dévots), de bienfaisance, religieuses, culturelles, corporatistes et économiques ou encore liées à une origine commune comme c’est le cas du Cercle Garibaldi fondé par des travailleurs sardes des (ex-)chantiers navals de La Ciotat. On peut ainsi trouver plusieurs cercles au sein d’une même commune avec une distinction à la fois géographique et idéologique. Ainsi à Fuveau, situé en haut près de l’église, on trouve le Cercle St-Michel créé en 1877 qui promeut la culture et la tradition provençale et, en bas, le Cercle Philarmonique qui depuis 1835 développe une éducation musicale et instrumentale.

Le point commun entre toutes ces associations est la solidarité manifestée d’abord entre membres, qui se concrétise par la création de coopératives et de mutuelles d’aide, puis tournée aussi vers les habitants du village ou de la ville.

Le Cercle des Travailleurs à Roquefort-La Bédoule

A Roquefort-La-Bédoule, il existe toujours le Cercle républicain des Travailleurs. Comment s’est-il constitué ? Deux ans après l’adoption de la constitution de 1875 qui renforçait la République, les libertés et la démocratie, les monarchistes et les cléricaux ligués contre la IIIème République naissante, créèrent le Cercle catholique des ouvriers (cercle qui fait partie de ceux que l’on nomme les cercles blancs). Cela conduisit alors républicains et démocrates du même lieu à s’établir en association de défense de la jeune République. Ainsi naquit en 1879 le Cercle républicain (classé parmi les cercles rouges) qui s’implanta au plus près des usines à La Bédoule, alors hameau de Roquefort.

Brochure éditée en 2014 par le Pays d’art et d’histoire de la Provence Verte (source DRAC)

Dans le Haut-Var, subsistent des cercles à visées coopératives (alimentaires et vinicoles) et économiques pour la plupart installés dans des salles attenantes à des bars, dont les activités sont maintenant orientées vers des organisations de fêtes, de jeux (pétanque) et de loisirs comme la chasse, la pêche ou la musique.

Les cercles constituent des associations qui souvent faute de locaux dédiés, requièrent de la bonne volonté conjuguée à une passion certaine. Elément de l’idéal républicain, le cercle constitue une réponse toute simple au fait d’individualisme et à l’esprit de liberté qui caractérise le Provençal.

Créé en 2001 avec le statut d’association Loi 1901, le Cercle Progressiste Carnussien s’inscrit dans ce droit fil. Il est porteur des valeurs de la société citoyenne et de toutes les idées progressistes dans leur diversité et leur richesse. Par ses activités, il s’attache à :

  • favoriser l’information, la participation et les rencontres entre citoyens,
  • créer des lieux permanents de débats relatifs à l’évolution de la Société, tant sur les aspects sociaux, culturels, éducatifs, économiques que sur les grands enjeux planétaires,
  • développer la démocratie participative.

Le Cercle de l’Union à Auriol (source : Pierre Chabert – « Rouges » et « Blancs » : Cercles en Provence)

Quant à l‘idée de progrès, elle est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières (XVIIIème siècle) qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissances dotant les êtres humains des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d’Ancien Régime …et cela demeure une acception valide !

Le progressisme à l’heure actuelle s’attache à défendre des idéaux comme l’égalité entre les humains, quels que soient leurs origines, leurs nationalités et leur sexe, ainsi que la laïcité. Dans le domaine économique, il défend les valeurs sociales et écologistes. Philosophiquement, les courants progressistes prônent l’humanisme et le rationalisme. En quelques mots, progressiste s’oppose à réactionnaire.

Les cercles en Provence constituent un ensemble d’assemblées et de lieux où la transmission de savoirs se conjugue avec le sens de la convivialité. Cercles Républicains, de l’Union, des Travailleurs, de la Renaissance ou Progressistes, ce sont tous des exemples vivants de sociabilité.

Michel Motré

Références :

Pierre CHABERT, Les Cercles, une sociabilité en Provence, Coll . Monde contemporain, PUP (Publications de l’Université de Provence, 2006

Collectif, Roquefort-la-Bédoule, 100 ans du Cercle Républicain des Travailleurs, Association des amis de Marius Aimonetto, 1996.

Le déluge : mythe ou réalité ?

11 décembre 2017

Chacun a en mémoire le fameux récit biblique du déluge dans lequel il est écrit en substance que Dieu, mécontent de la conduite des hommes, déclencha une formidable inondation qui dura 40 jours et 40 nuits, et noya toute trace de vie sur terre à l’exception du brave Noé et de toute sa famille. Celui-ci avait été chargé de construire une solide arche, aux planches soigneusement calfatées de goudron et dans laquelle il avait mis à l’abri un couple de chacune des espèces animales, ce qui lui permit finalement de repartir sur de nouvelles bases, une fois l’inondation achevée et l’arche échouée.

L’arche de Noé sur le Mont Ararat (tableau de Simon de Myle, peint vers 1570)

Ce récit fondateur qui marque les esprits a longtemps servi de fil conducteur, y compris aux yeux de certains scientifiques qui s’appuyaient sur lui pour expliquer la présence de nombreux coquillages fossiles retrouvés jusque sur les sommets des montagnes alpines. On sait désormais, grâce à la compréhension des mouvements tectoniques et à une meilleure connaissance de la datation des couches sédimentaires, qu’il n’est nul besoin de faire appel à ce récit biblique pour expliquer de telles observations.

Onzième tablette racontant l’épopée de Gilgamesh et le récit du déluge (source © British Museum)

Et pourtant, paradoxalement, les connaissances historiques et géologiques récentes donnent du crédit à ce récit de l’Ancien Testament. L’affaire ne date pas d’hier puisque c’est en 1872 que George Smith, un des premiers à découvrir et à traduire les tablettes d’argile recouvertes d’écritures cunéiformes de Mésopotamie, gravées il y a plus de deux mille ans avant J.-C., a fait connaître au monde entier l’épopée de Gilgamesh.

Dans cette histoire, dont on a désormais retrouvé de nombreuses versions, les plus anciennes remontant à l’époque sumérienne, au 3ème millénaire avant J.-C., le héros Gilgamesh rencontre le supersage Atrahasis qui lui raconte que jadis les dieux en colère, lassés du vacarme incessant des humains, avaient décidé de s’en débarrasser en inondant la terre. Mais le dieu des eaux souterraines, un certain Ea, les trahit, avertit son ami Atrahasis du danger, et lui enjoint de fabriquer sans attendre un solide bateau aux planches calfatées de bitume, et d’y faire entrer un specimen de chaque espèce animale (d’autres versions, plus futuristes, évoquent plutôt « la semence de toutes les créatures vivantes »).

Les tablettes d’argile relatent une inondation plus courte (7 jours seulement) mais l’épilogue, qui consiste à lâcher une colombe pour vérifier si elle aperçoit signe de terre rappelle furieusement l’idée de Noé, même s’il fallut, dans la version sumérienne, doubler la tentative avec le lâcher d’une hirondelle puis d’un corbeau…

Le déluge, frontispice de la bible illustrée par Gustave Doré (1866)

Bref, les nombreuses similitudes entre ces récits indiquent avec une quasi certitude que l’histoire de Noé, probablement écrite vers le VIIe siècle avant J.-C., soit plusieurs millénaires sans doute après les premières versions assyriennes, fixée sur les rouleaux manuscrits de la Mer Morte puis recopiée de génération en génération, s’est très vraisemblablement inspiré du précédent, d’autant que le peuple juif a été longtemps placé sous domination assyrienne.

De nombreux chercheurs ont cherché d’autres filiations de ce type, tant les récits fondateurs qui évoquent des inondations cataclysmiques du même type se retrouvent dans le monde entier, en Inde comme parmi certaines civilisations amérindiennes, et même chez les aborigènes d’Australie où il se raconte l’histoire d’une grenouille qui aurait bu toute l’eau de la Terre, au point que les autres animaux assoiffés n’ont eu d’autre choix que de la faire rire, provoquant de la sorte une formidable inondation…

Certains de ces récits retiennent néanmoins l’attention, dont celui retracé dans les écrits mythologiques du pseudo Apollodore, datés du 1er siècle et qui évoquent un déluge qui aurait mis fin à l’âge du bronze, les seuls survivants étant le fils de Prométhée, un certain Deucalion et son épouse Pyrrha, dont la barque s’échoue sur le sommet des montagnes. Là aussi, les convergences avec le récit biblique sont étonnantes, ce qui tend à affermir l’idée d’une inondation exceptionnelle survenue en des temps très reculés dans cette région et dont la mémoire collective se serait transmise de génération en génération.

Les Américains William Ryan et Walter Pitman, auteurs en 1998 de l’ouvrage Noah’s Flood

Curieusement, plusieurs scientifiques pensent désormais disposer d’hypothèses assez solides qui pourraient expliquer l’origine de tels événements. En 1993, une expédition géologique américano-russe a ainsi en évidence, en analysant des sédiments déposés au fond de la Mer Noire, des indices montrant un passage assez brutal d’eau douce à de l’eau salée. Selon leurs observations, au cours de la dernière glaciation, celle du Würm, qui s’est étalé de -110 000 à -10 000 ans environ, la Mer Noire s’est retrouvée totalement déconnectée de la Méditerranée. Du fait de la glaciation, le niveau des océans avait baissé de plus de 130 m et les détroits du Bosphore et des Dardanelles étaient alors émergés.

Avec le réchauffement progressif, la fonte des glaces sur les plaines ukrainiennes a alimenté en eau la vaste dépression de la Mer Noire qui se transforma en un lac d’eau douce, toujours isolé de la Méditerranée et autour duquel se sont installées de nombreuses populations. Vers 7500 avant J.-C., la brutale remontée du niveau de la Méditerranée se serait traduite par un déversement brutal des eaux de cette dernière dans la Mer Noire dont le niveau se situe 200 m plus bas, provoquant la fuite des populations vers le Mont Ararat, seul point culminant situé à 300 km du rivage mais visible de très loin.

La Mer Noire (source © Google Earth)

Le géologue américain Robert Ballard

En 1999 et 2000, le géologue Robert Ballard, celui-là même qui retrouva l’épave du Titanic, avait également entrepris des investigations dans ce secteur et retrouvé des traces de l’ancien rivage côtier de la Mer Noire avec des vestiges d’érosion qu’il attribue à des flots se déversant sous forme de cataractes depuis la Méditerranée. Autant d’éléments qui accréditeraient cette hypothèse d’une inondation brutale et rapide des riveges de la Mer Noire, provoquant chez les survivants un traumatisme de nature à se transcrire de génération en génération sur un temps long. De nombreux chercheurs attribuent d’ailleurs cette ouverture brutale du détroit du Bosphore à un mouvement sismique de l’extrémité de la faille nord-anatolienne, ce qui aurait en effet pu provoquer un déversement cataclysmique des eaux de la Méditerranée dont le niveau était fortement remonté sous l’effet du réchauffement climatique.

Le chercheur français Guillaume Soulet, auteur d’une thèse intitulée Changements hydrologiques de la mer Noire au cours des 30 derniers millénaires et la dernière déglaciation en Europe centrale, sous la direction d’Edouard Bard et Gilles Lericolais

L’équipe d’Edouard Bard basée au CEREGE s’est également intéressée de près à ce sujet et a montré que la réalité était sans doute beaucoup plus complexe que ne l’avaient imaginé en 1997 les Américains Bill Ryan et Walt Pitman, dont l’ouvrage paru en 1998 sous le nom de Noah’s Flood avait eu alors une énorme retentissement. D’après Guillaume Soulet, qui a soutenu en 2011 une thèse sur le sujet, la connexion de la Mer Noire via le Bosphore est plus ancienne et daterait plutôt de 8 300 avant J.-C. Et il s’agirait plus vraisemblablement d’un phénomène se produisant par a-coups, suite à des épisodes de réchauffement successifs, étalés sur de longues périodes, ce qui laisse penser que les mouvements de population des rives de la Mer Noire vers les plaines plus fertiles de la Mésopotamie, survenus vers 7500 avant J.-C., pourraient avoir été induites au moins davantage par une évolution démographique inéluctable que par un phénomène d’inondation brutale.

Un scénario qui demande sans doute à être confirmé et vraisemblablement affiné mais qui laisse songeur quand à ce qui peut nous attendre du fait du réchauffement climatique actuellement à l’oeuvre et qui lui est d’une rapidité jamais rencontrée dans l’histoire de la Terre. Quand on sait que la fin de cette glaciation, qui s’est traduite par une élévation du niveau des mers d’environ 130 m, ne résulte finalement que d’une augmentation moyenne de 4 °C de la température du globe, soit une valeur tout à fait comparable à ce que prédisent les scénarios du GIEC pour les décennies à venir, voila qui ne devrait pas manquer de nous inquiéter…

L.V.  

Payer l’impôt ? Quelle drôle d’idée !

7 décembre 2017

Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’impôt ? A priori, ce sacré Charlemagne n’y est pour rien et d’ailleurs, à vrai dire, on ne sait pas très bien… Mais il semblerait que la notion d’impôt, ce tribut que l’on paye à l’État pour alimenter le budget de la Nation et permettre le fonctionnement des services publics, soit une notion ancienne, instauré sous une forme ou sous une autre depuis que l’Homme vit en société. Dès l’instant où la vie en communauté fait émerger des castes spécialisées, de guerriers destinés à défendre le clan contre les razzias ennemies, ou de religieux permettant d’intercéder avec les Dieux, il faut bien subvenir à leurs besoins et l’instauration de l’impôt devient nécessaire.

Dans l’Égypte antique, les paysans étaient déjà lourdement taxés par l’impôt et dans la France du Moyen-Age, la situation de ces derniers n’est guère meilleure. A la corvée, un impôt en nature qui consiste à donner du temps de travail en échange de la protection du seigneur local, succède, surtout à partir du XIe siècle, la taille qui se paye en espèce et à laquelle s’ajoute bientôt la dîme, un autre impôt en nature payé à l’Église ou au seigneur, puis la gabelle, un impôt indirect payé sur certaines denrées de première nécessité comme les draps, le vin ou sel, sans compter bien sûr les droits d’octroi de péage ou de douane…

Le Paiement de la dîme (tableau de Pierre Bruegel le Jeune / musée des Beaux-Arts de Bruges)

Face à cette pression fiscale croissante, les gueux se révoltent, comme l’a rappelé un certain professeur Raymond Butcher, enseignant à la Harvard Business School, dans une conférence intitulée « Les révoltes fiscales, toujours ? », présentée devant le Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise et dont Médiapart s’est fait l’écho.

Le sujet ne manque pas d’intérêt car il montre à quel point le rapport à l’impôt a évolué dans la société française depuis l’Ancien Régime. Une des premières révoltes fiscales que notre pays ait connues et que fait revivre cet érudit est celle des Cabochiens en 1413. A l’époque, le Roi Charles VI qui venait de convoquer les États Généraux pour obtenir de lever de nouveaux impôts permettant de faire face au train de vie dispendieux de la cour, se heurte à une révolte populaire, menée par un certain Simon Caboche, à la tête de la toute puissante corporation des bouchers. Prélude à la Révolution de 1789, les insurgés s’emparent de la Bastille, comme avant eux, en 1382, l’avait déjà fait le Peuple de Paris à l’occasion de la révolte des Maillotins, déjà en rébellion contre un taux d’imposition jugé exorbitant.

La révolte des Nu-pieds (gravure éditée à Rouen)

Et ceci n’est que l’un des épisodes d’une longue série de révoltes populaires contre le poids jugé exorbitant des impôts. En 1637, sous le règne de Louis XIII, ce sont les Croquants du Périgord qui se soulèvent : une véritable jacquerie paysanne contre laquelle il faudra mobiliser plus de 3000 soldats pour en venir à bout. Et deux ans plus tard, ce sont les Nu-pieds de Normandie, ces ancêtres des Sans-dents, qui se révoltent à leur tour contre l’instauration de la gabelle sur le sel. Là encore, la répression est sanglante et sans pitié.

Il y aura bien d’autres révoltes populaires par la suite, contre une fiscalité jugée excessive. On pourrait même entrevoir une lointaine filiation entre ces soulèvements plus ou moins spontanés et le mouvement des Bonnets Rouges qu’a connu récemment la Bretagne pour protester, avec succès, contre l’instauration de l’écotaxe pour les poids lourds.

Manifestation violente des Bonnets Rouges devant le portique écotaxe de la RN12 (photo © Eric Rannou / Le Télégramme de Brest)

Mais la thèse que développe le professeur Butcher est quelque peu différente. Selon lui, le peuple s’est désormais résigné à payer l’impôt et n’en est plus à rassembler fourches et gourdins pour aller affronter les forces de l’ordre afin de protester contre la pression fiscale. En revanche, et toujours selon lui, « les réticents, les contestataires et les pourfendeurs de l’impôt sont aujourd’hui les actionnaires, les milliardaires, les banques, le CAC 40, les fonds d’investissement et leur partie la plus mystérieuse, les hedge funds, en français les fonds spéculatifs ».

Les Pigeons, un mouvement de défense des entrepreneurs français qui maîtrise bien sa communication… (source : Le Monde)

Certes, comme le souligne le conférencier, ces privilégiés ne se rebellent pas ouvertement contre la pression fiscale, encore que les exemples soient nombreux de mouvements de protestations de la sorte : qu’on se rappelle les fameux Pigeons, ces patrons qui avaient réussi à faire reculer le gouvernement Ayrault dans sa tentative de rééquilibrer la taxation des revenus du capital, ou encore le Rassemblement des contribuables français du poujadiste boursicoteur Nicolas Miguet dont les affiches fleurissent régulièrement dans nos rues pour hurler à la spoliation d’État.

Mais selon R. Butcher, la pratique de ceux qui refusent l’impôt est devenue plus insidieuse : plutôt que de protester contre la taxation, le plus efficace, pour ces hommes d’affaires, généralement proches du pouvoir, est plutôt d’user de leur influence et de leurs réseaux pour faire en sorte d’échapper à la pression fiscale en toute légalité.

Dessin de Deligne publié dans La Croix

Il cite pour exemple, en appui à sa démonstration, le dossier LuxLeaks, ce scandale financier dénoncé en novembre 2014 à la suite des investigations du Consortium international des journalistes d’investigation du Center for Public Integrity : des milliards d’euros de recettes fiscales évaporées grâce à des accords fiscaux conclus de gré à gré entre le gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg et plus de 300 multinationales, parmi lesquelles Apple, Amazon, Ikéa, Pepsi, mais aussi BNP Paribas, Crédit Agricole, Axa, et bien d’autres encore.

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013 et président de la Commission européenne depuis 2014, se rit de la lutte contre les paradis fiscaux… (photo © Francois Lenoir / Reuters)

Le principe de cette fraude fiscale à grande échelle était des plus simples puisqu’il reposait tout simplement sur des accords secrets passés entre l’État du Luxembourg, dont le premier ministre n’était autre que Jean-Claude Juncker, l’actuel président de la Commission européenne, et des centaines de multinationales afin de faire bénéficier à ces dernières de taux d’imposition dérisoires, parfois inférieurs à 1 %. Libre ensuite à ces entreprises de gérer leur organisation interne de manière à rapatrier au Luxembourg l’essentiel de leurs recettes européennes, grâce à des jeux d’écritures, et les voilà quasiment exemptes d’imposition grâce au bon docteur Juncker qui a alors beau jeu de pointer du doigt les États en déficit budgétaire pour cause de rentrées fiscales insuffisantes…

Tout le monde peut constater l’ampleur de cette évasion fiscale massive que pratiquent les multinationales, mais aussi la timidité avec laquelle sont pointés du doigts les paradis fiscaux sans qui ne pourrait se faire ce détournement de fonds qui siphonne les rentrées fiscales des États et rend si difficile la mise en œuvre de politique publiques ambitieuses.

Dessin de Bar (source : BarActu)

L’Union européenne vient d’ailleurs tout juste de publier une nouvelle liste noire de 17 pays considérés comme paradis fiscaux parmi lesquels les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, la Corée du Sud, Panama ou encore la Tunisie et la Mongolie. Aucun pays européen ne figure sur cette liste bien évidemment, pas même l’île de Jersey et encore moins le Luxembourg, la Suisse ou l’Irlande. L’honneur est donc sauf, même si certaines mauvaises langues ont la désagréable impression qu’on se moque du monde. Même le très libéral commissaire européen à la fiscalité Pierre Moscovici considère que cette liste reste « une réponse insuffisante face à l’ampleur de l’évasion fiscale à l’échelle mondiale ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.

11 novembre 1918 : un siècle déjà…

11 novembre 2017

Devant le wagon, après la signature de l’Armistice (source © photo d’archive anonyme)

C’était il y a tout juste un siècle, ou presque : le 11ème jour du 11ème mois de l’année 1918, à 11h du matin : les dernières salves de la Grande guerre débutée 4 ans plus tôt, début août 1914, s’arrêtaient enfin, tandis que, sur tout le territoire national français, se déclenchaient des sonneries de clairons et que les cloches se mettaient à carillonner à tue tête, pour annoncer à chacun la fin de cette immense boucherie qui venait de coûter la vie à 18,6 millions de personnes, dont près de 9 millions de civils (en comptant les pertes liées au génocide arménien).

Cette date symbolique, destinée à marquer la fin des combats entre les troupes françaises et allemandes, résulte d’un choix imposé par l’État-major français puisqu’elle coïncide avec la fête de Saint-Martin, l’ancien légionnaire romain, fondateur du monastère de Ligugé près de Poitiers et devenu malgré lui évèque de Tours. C’est lui en effet que les Francs s’étaient choisis comme saint patron, après que le Mérovingien Clovis, venu se recueillir sur sa tombre, eut remporté en 507 à Vouillé une victoire décisive contre les Wisigoths d’Alaric II.

source © exposition BNF

On frémit en pensant à ces pauvres soldats morts dans les dernières heures de la guerre alors qu’il eut été tout à fait possible de l’abréger de quelques jours sans attendre la date fatidique, mais l’Histoire se nourrit aussi de ces symboles et parfois de ces absurdités… On considère ainsi que pas moins de 11 000 soldats ont été tués au cours du dernier jour de la guerre, dont un Américain abattu 60 secondes avant l’entrée en vigueur de l’armistice, alors qu’il s’échinait à charger un peloton d’Allemands s’apprêtant à fêter la fin des hostilités. Les historiens ont aussi gardé en mémoire l’obstination du général américain William M. Wright qui tenait absolument à reprendre la petite ville de Stenay dans la Meuse, afin d’avoir la certitude de pouvoir s’y établir et profiter de ses installations balnéaires une fois l’armistice signé : 365 soldats de la 89ème division d’infanterie américaine y ont laissé la vie, mais le général a pu prendre son bain en terrain reconquis, ouf !

L’armistice lui-même avait été signé le jour-même, dès poltron minet, à 5h15 du matin, dans le fameux wagon-restaurant réquisitionné auprès de la Compagnie des wagons lits et qui servait de poste de commandement au maréchal Foch, alors commandant en chef des forces alliées sur le front de l’ouest. Mais en réalité, le sort de la guerre était déjà scellé depuis début août 1918.

Arrivée de troupes de renforts à Faverolles (Somme) lors de la seconde bataille de Picardie en août 1918 (source © archives ECPAD)

Depuis la signature du traité de Brest-Litovsk, en mars 1918, actant le retrait de la Russie de la guerre suite à la révolution bolchévique, les Allemands avaient pu replier l’essentiel de leurs troupes sur le front ouest et repasser à l’offensive après des années de guerres de tranchées. Face à ce revirement de situation, beaucoup pensent que la guerre est perdue et de nombreux Parisiens fuient la capitale en mars-avril 1918, pour se mettre à l’abri. Les Allemands franchissent la Marne pour la seconde fois le 15 juillet 1918. Mais des contre-attaques victorieuses rétablissent la situation et le 8 août 1918 a lieu une grande offensive décisive menée par les forces alliées, d’une part en Picardie, par des forces canadiennes soutenues par des soldats australiens, français et britanniques, et d’autre part en Argonne par des forces américaines et françaises.

A partir de cette date, Erich Ludendorff, alors général en chef des armées allemandes, sait que la guerre est perdue et il organise le recul des forces allemandes sur tout le front franco-belge, au prix de lourdes pertes. Dès septembre, État-major allemand fait savoir à l’empereur Guillaume II qu’il n’y a plus d’espoir, mais ce dernier n’est pas prêt à assumer la défaite… Pourtant, les autres fronts orientaux s’effondrent les uns après les autres. Le 29 septembre, un armistice est signé avec la Bulgarie et le 30 octobre avec l’empire ottoman (qui ne survivra pas à cette guerre) suite à la lourde défaite de ses armées face aux Britanniques. Enfin, le 4 novembre, c’est l’empire austro-hongrois, lui aussi voué à disparaître dans les oubliettes de l’Histoire, qui signe à son tour un armistice après la percée des armées italiennes et alliées.

Philipp Scheidemann proclamant la République allemande depuis le Reichstag le 9 novembre 1918 (source © Bundesarchiv)

Face à cette accélération de l’Histoire, le chancelier allemand adresse dès le 4 octobre une demande d’armistice au Président américain Woodrow Wilson, mais ce dernier la rejette, exigeant d’abord l’abdication du Kaiser Guillaume II. Une nouvelle constitution impériale à caractère parlementaire est alors adoptée le 28 octobre tandis que le général Ludendorff démissionne. Dès le lendemain, des mutineries éclatent dans la Marine à Kiel, avant de se propager dans d’autres villes. Des conseils ouvriers se forment à Stuttgart le 4 novembre, puis en Bavière. Le climat insurrectionnel s’étend, entraînant la fuite du roi de Bavière puis de celui de Saxe, mais l’empereur, alors à Spa, en Belgique, ne veut rien entendre.

Le mouvement gagne Berlin le 9 novembre où la troupe fraternise avec les comités ouvriers. Face à la tournure des événements, Guillaume II accepte finalement d’abdiquer ce même jour à 11 h et l’annonce par téléphone à son chancelier et cousin, Maximilien de Bade. C’est le social-démocrate Friedrich Ebert qui accepte alors de devenir chancelier et entame des négociations pour stopper le mouvement révolutionnaire en pleine ébullition, tandis que son collègue Philipp Scheidemann proclame la République allemande depuis une fenêtre du Reichstag, pour prendre de vitesse le spartakiste Karl Liebknecht.

C’est donc un représentant civil du gouvernement de la toute jeune République allemande, Mathias Erzberger, qui signera l’armistice, dans le fameux wagon-restaurant stationné à Rethondes, en forêt de Compiègne, alors que la partie française est représentée par le maréchal Foch et son chef d’état-major, le général Weygand. Le texte de l’armistice en soi n’a que pour but de mettre fin aux hostilités pour une période limitée à 36 jours, mais il contient de nombreuses clauses organisant non seulement l’arrêt des combats mais aussi les conditions de l’évacuation des territoires occupés et le retour aux frontières initiales. C’est le radical-socialiste Georges Clémenceau, alors Président du Conseil depuis un an, qui en lira le texte devant l’Assemblée nationale le jour-même à 16 h.

Les signataires de l’Armistice de 1918 (source © ABECASIS/SIPA)

Clemenceau dans les tranchées fin 1917 (source © collection du Musée Clemenceau)

Et c’est d’ailleurs à ce même Georges Clémenceau que le Président de la République, Emmanuel Macron, a rendu aujourd’hui un hommage appuyé, celui-là même à qui la droite nationaliste de l’époque avait donné le sobriquet de « Perd la victoire » parce qu’il avait préféré hâter la signature de l’armistice pour mettre fin dans les meilleurs délais à ce carnage devenu inutile, tandis que certains souhaitaient poursuivre les troupes allemandes jusqu’à Berlin pour pouvoir imposer des conditions de capitulation encore plus humiliantes.

On sait pourtant désormais, avec le recul du temps, que celles qui furent imposées à l’Allemagne lors de la signature du traité de Versailles en juin 1919, portaient en germe les conditions qui déboucheront quelques années plus tard sur l’arrivée au pouvoir du parti hitlérien national-socialiste et le déclenchement de la seconde guerre mondiale, prouvant une fois de plus à quel point il est toujours plus difficile de bâtir la paix que de déclarer la guerre…

L.V.  

A rebours de l’Histoire, un nouvel État pied-noir ?

7 novembre 2017

Décidément, ce début du XXIe siècle connaît un bien inquiétant renouveau des crises identitaires. Alors que les Kurdes revendiquent la création d’un nouvel État dans le nord de l’Irak et que les Catalans cherchent à sortir du giron espagnol, voici que les Pieds-noirs eux-mêmes, ces Français d’origine européenne installés en Afrique du Nord et chassés par la décolonisation, veulent faire reconnaître leur propre État et viennent de constituer un « gouvernement provisoire pied-noir en exil » à cette fin.

Près de soixante ans après les déclarations d’indépendance des pays du Maghreb, il peut sembler incroyable que certains soutiennent ce type de position qui paraît aller totalement à rebours de l’Histoire, d’autant que les références historiques sur lesquelles s’appuie ce mouvement identitaire sont la Convention de Montevideo, adoptée en 1933 sous l’égide de la défunte Société des Nations, et la création en Palestine d’un foyer national juif, rendue possible par la déclaration Balfour en 1917.

Il est vrai que la mémoire des Pieds-noirs, en particulier pour ce qui concerne les rapatriés d’Algérie, est restée vive depuis la signature des accords d’Evian en 1962 et que nombre d’associations s’emploient à entretenir ce souvenir, y compris parmi les jeunes générations nées sur le territoire métropolitain. Les Carnussiens sont bien placés pour le constater avec en particulier ce curieux appendice de la médiathèque municipale Albert Camus privatisé par l’association Carnoux Racines et qui sert de lieu d’archivage pour différents documents rappelant le passé colonial de la France en Afrique du Nord.

Un espace mémoire qui aura bientôt un concurrent direct puisque le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), qui recueille lui aussi depuis 1974 des archives sur cette même période, est en train de voir aboutir son projet de Conservatoire national de la mémoire des Français d’Afrique du nord.

Pose de la première pierre du futur Conservatoire à Aix le 6 octobre 2017 (source © Philippe Tortora / Le Pertuisien)

Un temps imaginé dans les locaux du fort Saint-Jean à Marseille, c’est finalement à Aix-en-Provence tout près de la maison du Maréchal Juin que sera érigé ce futur édifice dont la première pierre vient d’être posée, le 6 octobre 2017, en présence de tout le gratin des responsables politiques du cru, dont Maryse Joissains, Martine Vassal et Renaud Muselier.

Ce conservatoire qui se veut le dépositaire de la mémoire de la présence française en Algérie, Tunisie et Maroc, sera constitué d’un silo pour le stockage des archives et d’un vaste bâtiment de trois niveaux destiné à l’accueil du public et aux salles de consultation et de conférence.

Un projet architectural ambitieux dont le coût a été estimé à 4,6 millions € et qui sera très largement financé sur fonds publics par les collectivités territoriales, à raison de 900 000 € du Département des Bouches-du-Rhône, autant de la Région PACA, 500 000 € de la Métropole et 750 000 € de la commune qui met en outre le terrain à disposition gratuitement, démontrant s’il en était besoin l’audience politique dont bénéficie localement la communauté pied-noir.

Maquette du futur Conservatoire à Aix (document © CDHA, publié dans La Provence)

De là à ce que les Pieds-noirs obtiennent de la part des Nations-Unies leur reconnaissance comme peuple à part entière comme certains l’ont proclamé le 12 octobre dernier à Marseille, il y a un pas qui n’est pas encore franchi. Peut-on d’ailleurs vraiment parler d’un « peuple pied-noir » puisque c’est le terme qui est utilisé pour désigner cette communauté qui comprendrait, selon ses représentants de l’ordre de 5 millions d’individus dont environ 3,5 millions seraient citoyens et résidents français ?

Selon les termes de « l’État pied-noir en exil », ce « peuple » s’est « enraciné en Afrique du Nord, depuis le deuxième siècle avec l’arrivée de juifs venus de Palestine, au 16ème siècle par l’exode d’Espagnols et au 19ème siècle par la pénétration de Français, d’Italiens et de ressortissants de tous les peuples de la Méditerranée ». La définition est quelque peu alambiquée et à tout le moins sélective : pourquoi intégrer dans cette communauté des Juifs venus de Palestine au IIe siècle et pas les descendants des cohortes romaines qui ont occupé cette région au moins depuis la troisième guerre punique et jusqu’au IVe siècle après J.-C. ?

S’il s’agit des différents envahisseurs étrangers qui ont à un moment ou un autre occupé une partie de l’Afrique du Nord, pourquoi ne pas prendre aussi en compte les descendants des troupes de Barberousse, dont on dit qu’il était d’origine grecque ou albanaise et qui s’est emparé d’Alger en 1516 ? Ou des janissaires ottomans qui ont conservé une emprise sur cette région jusqu’en 1881 ?

Christian Shembré, président du parti Pied-noir, Me Pierre Courbis, secrétaire général du mouvement Pied-noir génération, et Jacques Villard, cofondateur du Cercle algérianiste (photo © Cyril Dodergny)

En tout cas, affirmer que ce « peuple pied-noir » a été victime d’un « génocide » comme l’affirme sans sourciller le communiqué de l’État pied-noir relève sans aucun doute de l’inexactitude, et ceci quel que soit le niveau de compassion que l’on peut avoir pour ces populations prises dans le tourment de l’Histoire et arrachées brutalement au cadre de vie qui était le leur, parfois depuis plusieurs générations. Le fait que ce groupe ait été « injustement et illégalement spolié de ses biens immobiliers et mobiliers » au moment des indépendances ne souffre pas de contestation, mais cela n’en fait pas pour autant un « peuple » au sens juridique et ne peut cacher le fait que les populations indigènes aient elles-mêmes souffert de spoliation au moment de la colonisation de leur territoire, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron, alors en campagne, n’avait pas hésité à évoquer la notion de « crime contre l’humanité » à ce sujet, au prix d’une vive polémique.

Drapeau de la Fédération des deux rives

Ce peuple qui peut difficilement se revendiquer comme tel, est-il vraiment légitime vouloir s’ériger en État ? C’est en tout cas ce que prétend ce groupuscule qui porte cette démarche depuis plus d’un an maintenant et qui s’est donc réuni le 20 septembre 2017 dans un restaurant de Lattes, près de Montpellier, pour acter la constitution de ses instances représentatives. Le nouvel État revendiqué, a donc pris le nom de « Fédération des deux-rives » et est présidé par un certain Pierre Granès, astrophysicien de son état. Une assemblée nationale formée de 35 membres s’est auto-désignée, présidée par Christian Schembré, président montpelliérain de l’Association pour la promotion du peuple pied-noir, et président du parti pied-noir, créé à Marseille en 1999. Un gouvernement provisoire a été constitué, composé de 13 ministres. Il est dirigé par Jacques Villard, cofondateur, en 1973, du Cercle algérianiste, et qui fait office de porte-parole.

Réunion le 20 septembre 2017 à Lattes officialisant la revendication de reconnaissance du peuple pied-noir (source © Fédération des deux rives)

Ce « gouvernement en exil », une formule qui résonne étrangement de manière assez gaulienne, se présente pour l’instant comme sans territoire. On pourrait croire qu’il revendique celui des pays maghrébins d’où il a été chassé par les mouvements de décolonisation. Mais curieusement ce n’est pas le cas puisque les porte-paroles du mouvement mettent plutôt en avant leur souhait d’acquérir des terrains privés dans le Sud de la France voire en Italie afin d’y implanter leur nouvel État. On ne voit pas très bien comment une telle acquisition pourrait permettre juridiquement à ce nouvel État autoproclamé d’y édicter ses propres législations, à moins qu’il ne s’agisse que d’une galéjade, à l’instar de la République Indépendante de Figuerolles, fermement ancrée à La Ciotat depuis plus de 50 ans…

L.V. 

Marseille enterre son passé celto-ligure

14 octobre 2017

Jean-Claude Gaudin en colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial (source : capture écran © France2)

A Marseille, il est temps de faire table rase du passé. L’inamovible Jean-Claude Gaudin, 77 ans au compteur, vient enfin de se résoudre à quitter son poste de sénateur qu’il occupait depuis 24 ans, et ceci après avoir piqué une énorme colère face à un journaliste d’Envoyé Spécial venu l’interroger sur les petits chèques de 5000 € qu’il a touchés chaque trimestre pendant au moins 4 ans dans le cadre d’un système très organisé de détournement de fonds publics mis en place par une structure associative dénommée Union républicaine du Sénat. Finies donc les distributions trimestrielles de « chocolats » puisque la loi ne lui permet plus de cumuler cette sinécure sénatoriale avec ses fonctions de maire de la cité phocéenne et de président de la métropole Aix-Marseille-Provence.

Mais la ville s’apprête aussi à enterrer, au sens propre cette fois, certains vestiges de son illustre passé, en l’occurrence un ancien oppidum celto-ligure situé dans le quartier de Verduron, en limite nord de la ville, près de Saint-Antoine. Découvert fortuitement en 1905 par le sculpteur Sébastrien Clastrier qui est tombé sur un amoncellement de grosses pierres et de tessons de poteries en défrichant la propriété qu’il venait d’acquérir, ce site est classé monument historique depuis 2004 et a bénéficié de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques entre 2000 et 2005.

Vestiges de l’oppidum de Verduron, sur les hauteurs de Marseille (source : Marsactu)

L’oppidum, qui daterait de la fin du IIIème siècle avant J.-C., est implanté sur un éperon rocheux qui culmine à 195 m d’altitude et domine la route menant de Marseille à la plaine de Marignane en passant par l’Estaque. Le site est ceinturé par un fossé et un mur d’enceinte bati en pierres, dont l’épaisseur à la base atteint 80 cm à 1 m. On pénétrait dans l’enceinte via une porte fortifiée située au sud-est, en partie basse, et le site lui même était traversé par une rue principale desservant 36 cases d’habitation dont on a retrouvé les vestiges. Au sommet se trouvent les restes d’un édifice carré divisé en quatre parties.

Cet habitat fortifié d’origine celto-ligure ne semble pas avoir été occupé pendant une très longue période et il a manifestement subi une destruction violente occasionnée par un siège militaire avec utilisation de catapultes, sans qu’on sache très bien si les agresseurs étaient des Grecs ou des Romains. Toujours est-il que l’édifice continue à se dégrader même longtemps après le départ de ceux qui l’ont jadis assiégé, si bien qu’en 2009 une étude scientifique avait préconisé d’en recouvrir les parties les plus vulnérables par une couche de sable afin de les protéger de l’érosion atmosphérique et du vandalisme.

Après réflexion, la Ville de Marseille a finalement annoncé, par la voix de l’adjoint au maire en charge du patrimoine, André Malrait, au cours d’une conférence de presse dont Marsactu s’est fait l’écho, que le site allait être entièrement recouvert et disparaîtrait ainsi des regards. Exit donc l’ex-oppidum de Verduron, en espérant que certains ne l’oublient pas totalement au point d’aller y construire un lotissement, ni vu ni connu, sur ce promontoire à la vue imprenable… Voilà au moins un monument historique dont les urbanistes marseillais n’auront plus à subir le poids des contraintes réglementaires induites !

Il existe certes de multiples autres oppidum de ce type dans toute la région, y compris tout près de Carnoux, sur la commune de Roquefort-La Bédoule, sans oublier naturellement celui d’Entremont, en limite sud du plateau de Puyricard, au nord d’Aix-en-Provence, là où se situait probablement l’ancienne capitale de la confédération des Celto-Ligures, prise en 123 avant J.-C. par les troupes du futur consul de Rome Caius Sextius Calvinus qui fondera au pied du plateau la ville d’Aquae Sextiae, la future Aix-en-Provence.

Vue partielle du site de l’oppidum d’Entremont (source © Archeopterre)

Les nombreux vestiges retrouvés sur ce site et visibles au musée Granet nous en apprennent un peu plus sur les mœurs de nos ancêtres locaux, ces Salyens de l’arrière-pays marseillais qui au IVème siècle avant J.-C. étaient en pleine expansion et avaient chassé les Grecs massaliotes de leur comptoir rhodanien qu’ils rebaptisent Arelate et qui deviendra la future Arles.

Mur d’enceinte du Baou de Saint-Marcel

Un autre site très réputé est celui du Baou de Saint-Marcel, situé dans ce quartier marseillais, au droit d’un rétrécissement de la vallée de l’Huveaune. Cet habitat protohistorique, qui s’étend sur 3 ha environ, présente à l’ouest une falaise rocheuse abrupte constituant une défense naturelle utilisée épisodiquement comme abri au Paléolithique alors que les autres versants en pente douce sont protégés par une enceinte en pierres, construite dès le deuxième quart du VIème siècle av. J.-C. Ce site montre des traces d’occupation quasi continue jusqu’à la deuxième moitié du IIème siècle avant J.-C. et de nombreux restes de poteries provenant principalement de Grèce et d’Etrurie y ont été découverts.

Citons aussi pour faire bonne mesure l’oppidum de La Cloche, situé sur la commune des Pennes-Mirabeau, en haut d’un promontoire rocheux offrant une vue imprenable sur les pistes de l’aéroport de Marignane et l’étang de Berre. On accédait jadis à ce site perché via une voie marqué de profondes ornières encore bien visible et qui passe désormais au dessus du tunnel ferroviaire du Rove dont le tracé est marqué par les cheminées d’aération.

Vue aérienne de l’oppidum de La Cloche (source : © Service régional de l’Archéologie DRAC-PACA)

La porte d’entrée qui permettait de pénétrer à l’intérieur du mur d’enceinte était surmonté d’une poutre à laquelle étaient cloués quelques crânes de guerriers ennemis, en guise de marque d’accueil. Edifié dans la première moitié du premier siècle avant notre ère et probablement détruit en 49 avant J.-C. par les armées romaines du général Trebonius, l’oppidum ressemble à un véritable village perché avec ses nombreuses maisons d’habitation serrées les unes contre les autres et étagées selon la topographie du promontoire rocheux.

Bien d’autres sites archéologiques datant de cette époque salyenne d’avant la conquête romaine pourraient être évoqués ici, qui témoignent s’il en était besoin de la richesse de l’histoire ancienne de cette région. Certains pourraient en être fiers et chercher à mettre en valeur ce patrimoine protohistorique singulier. D’autres préfèrent tout simplement les enterrer à jamais…

L.V.  

Assemblée nationale (partie 1) : une histoire mouvementée

19 septembre 2017

Cet été, l’Assemblée nationale se trouve au cœur de l’actualité. Après les élections législatives qui ont recomposé le paysage politique, les nouveaux élus se voient face à l’immense chantier des réformes à mettre en œuvre, évolutions promises par le nouveau Président de la République et attendues par les Français avec beaucoup d’interrogations quant à leurs bénéfices au quotidien dans la vie locale.

Mais la rapidité avec laquelle le travail législatif a commencé s’effectue sous la contrainte des événements qui ont entaché la campagne présidentielle, suite aux révélations sur les emplois fictifs d’assistants parlementaires de certains élus, et sur l’usage aléatoire et inéquitable de la « réserve parlementaire », révélations qui ont abouti à la loi de moralisation de la vie publique.

Séance à l’Assemblée nationale (photo © AFP)

Ces mesures, et d’autres attendues (ou annoncées), seront-elles suffisantes pour réconcilier les électeurs avec leur parlement ? Il faut le constater, depuis un certain nombres de scrutins, les Français ont délaissé le chemin des urnes. Aux élections de juin dernier, les abstentionnistes sont devenus majoritaires, représentant 51,3 % des inscrits au 1er tour et même 57,4 % au second.

Rarement pourtant la palette de candidats a été aussi variée ! Cela viendrait-il alors de la qualité de leurs programmes et de leurs résultats qui découragent les électeurs ? Cette défiance envers les élus parlementaires s’expliquerait plutôt, comme on l’entend régulièrement, par leur statut privilégié, leur manque d’assiduité en séance, leur nombre excessif, et surtout leur manque d’indépendance face aux lobbies et aux directives européennes.

Un dessin de Deligne

Si, en effet, ces critiques sont, en partie, fondées, attention à ne pas céder pour autant à un « anti-parlementarisme primaire ». Le socle de notre République, basée sur la représentation et l’expression de tous dans la Nation, réside dans un régime démocratique parlementaire, garant des libertés avec le système judiciaire. Si les Français ont régulièrement élu des représentants depuis 1789, les périodes d’effacement de l’institution parlementaire coïncident généralement avec un recul des libertés publiques.

Notre pays se doit de moderniser ses institutions pour faire face aux défis d’un monde en perpétuelle évolution, mais pour engager cette modernisation il faut rappeler que la situation d’aujourd’hui est le résultat d’un héritage qu’il pourrait être bon d’évoquer (source principale : site de l’Assemblée nationale).

A cet égard, les dénominations ne sont pas innocentes. Celle d’Assemblée nationale, choisie dans la ferveur de 1789, ne réapparaîtra – si l’on excepte la brève parenthèse de 1848 – qu’en 1946. Se succéderont entre temps des appellations plus ou moins réductrices (« Chambre des représentants », « Corps législatif », « Chambre des députés » …) qui traduisent, à des degrés divers les réticences, voire l’hostilité déclarée des gouvernants à l’égard du principe de la souveraineté du peuple.

La naissance : 1789

Le 17 juin 1789, un mois après la réunion à Versailles des États généraux, les députés du Tiers état, considérant qu’ils représentent « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation » se proclament Assemblée nationale. Ils font acte de souveraineté en matière d’impôt et décident d’élaborer une constitution limitant les pouvoirs du roi. La souveraineté réside désormais, non plus dans la personne du monarque, mais dans la nation qui l’exerce par l’intermédiaire de représentants qu’elle choisit. Cette conception révolutionnaire va trouver son expression dans les constitutions de 1791 et de 1795.

L’Assemblée nationale constituante dans la nuit du 4 août 1789 (gravure d’Isidore Stanislas Helman)

Après la déchéance de Louis XVI, le 10 août 1792, une nouvelle assemblée élue au suffrage universel, dénommée Convention par référence à l’exemple américain, est chargée d’élaborer une constitution républicaine. Après quatre années de forte instabilité politique, le coup de grâce est porté à ce régime le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) par Bonaparte dont la prise de pouvoir ouvre une longue période d’effacement des assemblées.

La représentation muselée (1799-1830)

La Constitution de l’an VIII (1799), qui régit la France sous le Consulat et le Premier Empire, partage le pouvoir législatif entre quatre assemblées (Conseil d’État, Tribunat, Corps législatif et Sénat) dont aucune n’est élue au suffrage direct.

Avec le retour du roi durant la Restauration, la Chambre des députés des départements, élue pour cinq ans au suffrage restreint, et la Chambre des pairs héréditaires ou désignés à vie, constituent des instances privées de toute initiative ou moyen d’action sur le Gouvernement.

Prémices du régime parlementaire (1830-1848)

Sous le régime qui succède à la Révolution de 1830 se fait jour une conception nouvelle de la souveraineté : la Charte constitutionnelle est votée par la Chambre et acceptée par le roi qui lui jure fidélité. Les deux Chambres se voient restituer l’initiative des lois. C’est au cours de cette période qu’apparaît le principe de la responsabilité des ministres devant le Parlement.

De l’épisode républicain au Second Empire (1848-1870)

La Constitution républicaine établie après la révolution de 1848 plaçait face à face une Assemblée nationale législative de 750 membres et un président élus tous deux au suffrage universel mais dépourvus de tout moyen d’action l’un sur l’autre. Cette séparation excessive des pouvoirs aboutit au coup d’État du 2 décembre 1851 : Louis-Napoléon Bonaparte dissout l’assemblée et se fait remettre, par un plébiscite, le pouvoir constituant.

La Troisième République (1870-1940)

C’est elle qui enracine le régime parlementaire en promulguant Les lois constitutionnelles de 1875 qui partagent le pouvoir législatif entre la Chambre des députés, élue pour quatre ans au suffrage universel direct, et le Sénat, élu pour neuf ans au suffrage indirect. Dans la pratique, ce pouvoir est exercé essentiellement par la Chambre des députés.

Séance au Palais-Bourbon sous la Troisième République (peinture de Rousseau-Decelle, 1907)

Le 10 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat convoqués à Vichy en Assemblée nationale confèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain malgré le refus de 80 parlementaires. Il n’existera plus aucun organe de représentation de la volonté nationale jusqu’en août 1944, date à laquelle le Gouvernement provisoire mettra en place une assemblée consultative, avant qu’une assemblée constituante élue élabore les institutions de la Quatrième République.

La Quatrième République (1944-1958)

La Constitution du 27 octobre 1946 consacre, comme la précédente, la souveraineté parlementaire et la primauté du pouvoir législatif. L’Assemblée nationale élue au scrutin proportionnel peut seule renverser le Gouvernement. En contrepartie, le Gouvernement peut la dissoudre. Favorisée par un régime électoral qui ne permet pas la constitution de majorités politiques homogènes, l’instabilité ministérielle sera de nouveau la règle jusqu’à la crise de mai 1958 qui voit le retour du général de Gaulle.

Georges Pompidou, Premier ministre, à la tribune de l’Assemblée nationale le 22 mai 1968, avec Jacques Chaban-Delmas au perchoir (photo © AFP)

La Cinquième République (depuis 1958)

Les institutions de la Cinquième République, mises en place en 1958, correspondent aux idées du général de Gaulle, telles qu’il les avait exposées dès 1946. Une phase s’engage, sur le plan institutionnel, avec l’élection du Président de la République au suffrage universel direct et l’apparition d’une majorité homogène à l’Assemblée nationale. l’Assemblée nationale de 2002 et de 2007 ont peu à peu modifié le fonctionnement des institutions. L’Assemblée nationale voit son rôle de plus en plus affirmé, tant du point de vue politique qu’en matière de contrôle du Gouvernement, disposition confirmée par la révision constitutionnelle de juillet 2008 (modifiant ainsi le temps législatif : partage de l’ordre du jour, renforcement du rôle des commissions parlementaires, pacification des débats à l’Assemblée nationale) .

La façade de l’Assemblée nationale et le pont de la Concorde à Paris

Le palais Bourbon est le siège de l’Assemblée Nationale, avec l’Hôtel de Lassay. Il tient son nom de la duchesse de Bourbon qui le fit édifier de 1722 à 1725. Confisqué en 1791, le palais « ci-devant Bourbon » fut déclaré « bien de la Nation ». Il abrita en 1794 la future école polytechnique avant d’être affecté en 1795 au Conseil des Cinq-Cents (chambre basse, assemblée législative du Directoire).

Au total, le Palais Bourbon et ses annexes représentent aujourd’hui une superficie au sol de 124 000 m², occupée par près de 9 500 locaux de toute nature dans lesquels travaillent, toutes catégories confondues, environ 3 000 personnes.

C.M.

Gardanne valorise ses friches minières

22 août 2017

La ville de Gardanne fait partie de ces terroirs durablement marqués par l’extraction minière. Dès le 18e siècle, de nombreux habitants de la région s’adonnaient à l’exploitation du charbon de terre pour pallier la rareté du bois de chauffage. Au début du 19e siècle, on compte ainsi déjà plus de 80 puits de mines en activité et sans doute 200 déjà abandonnés.

L’arrivée du chemin de fer accélère le mouvement et les années 1880-90 voient à la fois le creusement du premier puits de mine moderne au coeur de la cité minière de Biver, et l’installation de l’usine Péchiney d’alumine, qui profite du lignite de Gardanne et de la bauxite extraite dans le bassin minier varois tout proche. C’est cette même usine qui sera à l’origine des rejets en mer de boues rouges dans les années 1960 et qui défraie toujours la chronique sous son nouveau nom d’Alteo. Après la deuxième guerre mondiale, enfin, est édifiée la centrale thermique de Meyreuil, alimentée par le lignite dont l’extraction bat alors son plein à Gardanne.

Mais tout cycle minier a une fin. L’exploitation du lignite de Gardanne stagne à partir des années 1960. Soutenue artificiellement pour des raisons politiques, la production s’effondre à partir des années 1990 et le dernier puits ferme en 2003. Alors que l’industrie minière employait jusqu’à 6500 personnes au début des années 1950, à une période où le site attirait une forte population de travailleurs immigrés, et encore autour de 2000 après la relance de l’activité impulsée en 1981, il ne restait plus que 600 à 700 mineurs encore employés au moment de la fermeture du dernier site.

Depuis, la ville de Gardanne s’efforce de retrouver un nouveau souffle, à l’image du bassin d’emploi voisin, qui s’étend sur les communes de Peynier, Fuveau et Rousset, où s’est développée depuis les années 1960 une activité industrielle florissante axée sur la micro-électronique. L’histoire de cette zone d’activité est d’ailleurs très intéressante car liée étroitement au déclin de l’extraction minière comme l’a bien analysé Olivier Lambert, professeur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de l’histoire industrielle locale.

Zone industrielle de Peynier-Rousset vue d’avion (source : Pays d’Aix développement)

Cette zone industrielle de Peynier-Rousset, créée en 1961, est en effet située dans le même bassin minier que Gardanne, situé à une quinzaine de km seulement. Les premiers puits pour l’exploitation du lignite y ont été creusés à partir de 1912 et une usine de production d’alumine y est construite à partir de 1917 par les Norvégiens de la Norsk Aluminium Company qui ont bien repéré l’intérêt des lieux, situés à proximité des futures mines de lignite en cours d’aménagement, de la vallée de l’Arc, source d’eau abondante, et de la voie ferrée Carnoules-Gardanne, pourvoyeuse de la bauxite varoise.

Mais en décembre 1918, alors que le creusement des puits atteint 425 m de profondeur, l’eau de la nappe s’engouffre brusquement dans les travaux miniers et ruine définitivement toute velléité d’exploitation houillère. Echaudés par cet échec industriel, les Norvégiens se retirent également. De nouveaux projets industriels sont bien relancés dans les années 1940 pour valoriser l’usine d’alumine en vue de produire des carburants de synthèse puis du gaz de ville, mais sans succès et en 1949, l’ensemble des terrains et des bâtiments est racheté par les Houillères du bassin de Provence, issues de la nationalisation des mines de charbon décidée à la Libération.

Ce sont donc les Houillères qui seront à l’origine de la création de la zone industrielle de Peynier-Rousset, la première des Bouches-du-Rhône, en 1961, déjà dans une perspective de reconversion pour pallier la baisse d’activité inéluctable de l’extraction du lignite de Gardanne. Fortement aidée à coup de subventions publiques et malgré certaines implantations durables comme celle de Volvic qui y produit son jus de fruit Oasis avec l’eau du puits de l’Arc, la zone industrielle vivote pendant une vingtaine d’années, tenue à bout de bras par les Houillères.

En 1979, la zone industrielle prend enfin son essor avec l’arrivée d’Eurotechnique, issu d’une association entre les Américains de National Semiconductor et le Français Saint-Gobain. La première usine de fabrication de puces électroniques au silicium est construite à Rousset. Elle passera en 1983 dans le giron de Thomson avant de rejoindre en 1987 SGS-Thomson, une nouvelle société franco-italienne de semi-conducteurs qui prendra plus tard son nom actuel de STMicroelectronics.

Effectifs des Houillères et de la zone industrielle de Rousset entre 1945 et 2010 (source : O. Lambert / revue Rives, 2013)

Depuis, ce site est devenu un pôle d’activités prospère tourné vers la microélectronique et les nouvelles technologies, qui employait en 2013 de l’ordre de 7000 personnes, soit davantage que l’industrie minière de Gardanne à son apogée, sans pour autant qu’il s’agisse d’une véritable reconversion industrielle même si le contexte politico-économique mis en place par l’action des Houillères et les nombreuses aides publiques à la reconversion de cet ex-bassin minier ont fortement contribué à ce succès.

Centre Georges Charpak à Gardanne (source : Ville de Gardanne)

Nul doute en tout cas que la ville de Gardanne souhaite manifestement s’inspirer de cet exemple pour assurer l’avenir de ses propres friches minières. L’inauguration en 2008 du centre de microélectronique Georges Charpak, rattaché à l’école des mines de Saint-Étienne, sur un campus de 6 ha, partie prenante du pôle de compétitivité « Solutions communicantes innovantes », illustre bien cette volonté de s’inscrire dans un environnement technologique en pleine évolution.

Centrale thermique de Meyreuil

En parallèle, la centrale thermique à charbon de Meyreuil, d’abord détenue par une filiale de Charbonnage de France, et désormais dans les mains de l’énergéticien allemand Uniper, tente une conversion difficile d’une des deux unités vers une centrale à biomasse. Le projet, lancé en 2103 et pour lequel ont déjà été investis 250 millions d’euros, devrait permettre à terme de brûler 850 000 t de bois chaque année, issus pour moitié de déchets et pour moitié de coupes de bois. C’est cependant ce dernier point qui inquiète fortement les associations locales de défense de l’environnement puisque cela reviendrait à prélever un tiers du gisement forestier disponible dans un rayon de 250 km… Le Tribunal administratif de Marseille a d’ailleurs annulé, le 8 juin dernier, l’autorisation d’exploitation accordée à la centrale !

Quant aux anciennes installations minières elles-mêmes, la ville tente de les valoriser après avoir racheté en 2006 les emprises du puits Morandat et du puits Z. Les puits ont été au préalable mis en sécurité et obturés en tête par des dalles en béton armé très épaisses pour éviter tout risque d’effondrement. La SEMAG (Société mixte d’aménagement de Gardanne) est ainsi à l’oeuvre pour réaménager les 14 ha de la future zone d’activité qui sera développée autour du puits Morandat, avec pour objectif l’implantations d’entreprises innovantes et de PME axées vers l’économie sociale et solidaire, permettant de générer près d’un millier d’emplois selon les prévisions les plus optimistes.

L’ancien hall des mineurs accueille d’ores et déjà une pépinière d’entreprises tandis que le bâtiment du Parc héberge l’unité territoriale après-mine créée par le BRGM et Charbonages de France pour gérer la mise en sécurité des anciennes mines dans le tiers sud-est de la France.

Le chevalement de l’ancien puits Morandat (source : Ville de Gardanne)

Les travaux de viabilisation ont déjà été lancés en vue d »aménager les premières tranches destinées à l’accueil d’entreprises. Il est notamment prévu la fourniture de chaleur via un réseau qui exploite le gisement géothermique des anciennes galeries minières désormais ennoyées. Une société spécifique, dénommée Énergie solidaire, a été créée pour cela, via une association entre la SEMAG et Dalkia EDF. Elle prévoit un investissement de 4 millions d’euros, la moitié de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner la station de pompage étant issue de panneaux photovoltaïques.

Le chevalement du puits Morandat pourrait, quant à lui, être reconverti en un restaurant panoramique tandis que l’ancien vestiaire des mineurs devrait accueillir d’ici 2022 un centre de culture scientifique et technique imaginé dans l’esprit de la Cité des sciences de la Villette à Paris. Bref, les projets ne manquent pas à Gardanne pour valoriser ces anciennes friches minières, sans totalement tourner le dos à un passé dont la ville continue à s’enorgueillir.

L.V.  

Chine – Inde : vers une guerre imminente ?

18 août 2017

Dessin de Lounis

Va-t-on assister à un nouveau conflit armé entre ces deux géants mondiaux que sont l’Inde et la Chine ? Alors que tous les yeux sont rivés sur la Corée du Nord et les menaces fantasques de son dirigeant Kim Jong-un, un autre conflit frontalier probablement autrement dangereux est en train de se développer dans la région himalayenne, entre le monstre économique et militaire chinois et son voisin indien, dirigé par l’ultra-nationaliste Narendra Modi.

Le contexte est d’autant plus tendu que tout laisse penser que l’Inde affiche désormais un taux de croissance économique supérieur à celui de la Chine, tandis que sa population, désormais estimée à 1,32 milliards d’habitants aurait, selon les derniers chiffres disponibles, d’ores et déjà dépassé celle de son redoutable voisin chinois, probablement plus proche de 1,28 milliards malgré les affirmations de la propagande officielle. Cette rivalité démographique n’est d’ailleurs sans doute pas pour rien dans le revirement idéologique affiché récemment par les autorités chinoises qui, après avoir longtemps imposé une politique familiale répressive de l’enfant unique, encouragent maintenant ouvertement la natalité.

Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping à Tachkent en juin 2016 (Photo PTI)

Les échanges économiques entre les deux pays restent fortement déséquilibrés puisque les exportations chinoises vers l’Inde représentent plus de 60 milliards de dollars par an, six fois plus que celles des Indiens vers la Chine. Mais la Chine développe fortement ses échanges avec le Pakistan, ennemi héréditaire de l’Inde, dans le cadre de la politique très offensive menée par Xi Jinping, à la tête de la deuxième puissance économique mondiale, tandis que l’Inde s’est sentie poussée des ailes suite au rapprochement opéré depuis une quinzaine d’années avec les États-Unis.

Toujours est-il que la tension monte entre les deux géants. La raison de cette discorde ? De vieux conflits frontaliers jamais réglés et qui ont déjà occasionné une guerre en 1962, qui a fait plus de 3000 morts côté indien et près de 900 côté chinois. A l’époque, la Chine conquérante de Mao Zedong, après avoir purement et simplement annexé le Tibet en 1951, pénètre au Ladakh en 1959.

L’armée chinoise en manœuvre au Tibet

L’armée populaire de libération engage alors la construction d’une route permettant de relier une partie de ce territoire himalayen indien, l’Aksai Chin, à la province chinoise du Sinkiang. La guerre est déclenchée par la Chine en octobre 1962 et la plupart des soldats indiens qui défendent ces territoires montagneux sont massacrés ou faits prisonniers. Un mois plus tard, l’armée chinoise, sous la pression américaine mais aussi soviétique, se retire des territoires occupés, à l’exception de l’Aksai Chin qu’elle conserve. Depuis, le climat entre les deux voisins reste tendu avec de multiples conflits frontaliers sporadiques, qui dégénèrent parfois en combats à l’artillerie comme en 1967.

Et voilà qu’en juin de cette année, l’armée chinoise se met en tête de construire une nouvelle route militaire sur le plateau de Doklam situé aux confins du Bouthan, un petit royaume inféodé à son voisin indien et qui fait office d’État tampon entre les deux grandes puissances. Pour l’Inde, la menace est évidente car une telle route militaire permettrait d’amener à pied d’œuvre blindés et combattants chinois à proximité de son point faible, connu localement sous le doux nom de « cou de poulet ».

Carte de la zone frontalière (infographie : source blog de Philippe Fabry – Historionomie)

Cet étranglement de 20 km de largeur que constitue le corridor de Siliguri, coincé entre les frontières du Népal et du Bengladesh, est en effet hautement stratégique pour l’Inde puisqu’il permet de relier au reste du pays l’ensemble des territoires du Nord-Est, totalement enclavés par ailleurs, y compris ceux de l’Arunal-Pradesh qui avaient été déjà envahis par la Chine en 1962 et que les Chinois continuent de revendiquer ouvertement. L’invasion de ce corridor signifierait pour l’Inde la perte quasi inéluctable de ces vastes territoires s’étendant au nord-est du Bengladesh.

Il va donc de soi que l’armée indienne ne pouvait rester indifférente à une telle incursion et s’est donc immédiatement déployée sur ce plateau de Doklam. Depuis, les deux armées se font face, dans un contexte particulièrement tendu où la moindre étincelle menace de mettre le feu aux poudres.

Soldats chinois et indien gardant le poste frontière de Nathu, au nord-ouest de l’Etat du Sikkim, en Inde (photo © Diptendu Dutta / AFP)

La guerre des communiqués fait rage, chacun intimant à l’autre l’injonction de se retirer immédiatement du territoire litigieux. « Il est plus aisé d’ébranler une montagne que de faire reculer notre armée » a ainsi affirmé le porte-parole de l’armée chinoise sur un ton martial. Le paisible Bouthan, théâtre malgré lui de ces gesticulations nationalistes, prend quant à lui l’affaire avec philosophie, à l’image de ce député de l’opposition qui déclare : « En cas de guerre entre l’Inde et la Chine, nous serions la viande dans le sandwich… »

Il est bien difficile à ce stade de deviner jusqu’où se poursuivra cette escalade, d’autant que l’on signale en parallèle d’autres escarmouches entre les armées indiennes et chinoises, survenues cette semaine près du lac Pangong, à la frontière entre le Ladakh et le Tibet. L’intransigeance chinoise fait cependant craindre le pire, l’armée de libération populaire semblant en effet prête à en découdre, convaincu de sa suprématie militaire. La guerre du Bouthan aura-t-elle lieu ?

L.V.

U-864 : une bombe à retardement ?

27 juin 2017

Michel L’Hour, directeur du DRASSM

L’affaire a été de nouveau évoquée à l’occasion d’un colloque sur le trafic d’antiquités en eaux profondes, organisée tout récemment pour célébrer la création du tout nouveau tribunal maritime de Marseille qui couvre désormais 26 départements de la façade sud du pays. Michel L’Hour, directeur du DRASSM, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service de l’État créé par André Malraux et basé à l’Estaque, y a notamment rappelé que le trafic d’antiquités, actuellement en pleine expansion, est désormais le troisième au monde en importance, derrière celui des stupéfiants et celui des armes.

Et les antiquités présentes dans les nombreuses épaves qui jonchent les fonds marins sont de plus en plus exposées à ces pilleurs modernes redoutablement équipés. Comme l’a évoqué Michel L’Hour, « l’archéologue aux pieds palmés », ainsi qu’il aime se définir lui-même, « la mer est le plus grand musée du monde, ouvert jour et nuit, mais sans aucune sécurité ni vitrines protégées », d’où cette grande vulnérabilité aux pilleurs d’épaves.

Mais Michel L’Hour a aussi évoqué un autre danger qui guette les fonds marins du fait de ces multiples épaves coulées au fil de l’Histoire : le risque de pollution. Des centaines de milliers d’épaves de navires engloutis jouchent les fonds marins : on en recense 9000 uniquement sur les côtes Sud et Est de l’Angleterre ! Plus de 70 % des épaves qui se trouvent dans les eaux européennes datent de la première et seconde Guerre mondiale. Or, la corrosion, menace de libérer leurs contenus : dans la mer, le métal se corrode inéxorablement, perdant chaque année de l’ordre de un dizième de mm d’épaisseur…

Caisses de munitions jetées en mer au large de Singapour après la 2ème guerre mondiale (photo d’archive, Imperial War Museums)

Le pétrole qui se trouve encore dans ces épaves n’est pas le pire des composants qu’ils contiennent. Les anciennes munitions et certains produits chimiques sont autrement plus inquiétant. C’est le cas notamment du fameux gaz moutarde, l’ypérite, largement utilisé lors de la Première guerre mondiale et dont on s’est souvent débarrassé des stocks devenus inutiles en les immergeant en mer. Dans l’eau, ce produit se transforme en une pâte jaunâtre ingérée par les poissons et qui entre ainsi dans notre chaîne alimentaire…

Et parmi ces bombes à retardement qui hantent nos côtes, citons le cas du sous-marin allemand U-864 et de sa cargaison de mercure qui se déverse lentement au large des côtes scandinaves depuis meintant plus d’un demi-siècle…

Torpillé devant Bergen, en Norvège, par les Britanniques le 9 février 1945, avec à bord 73 hommes d’équipage, alors qu’il partait pour le Japon avec les moteurs et les plans du Messerschmitt 262, premier avion à réaction, ce sous-marin allemand transportait aussi à son bord 67 tonnes de mercure conditionné dans des bouteilles en acier de 37 kg. Parti le 5 décembre 1944 de Kiel, il était chargé d’une mission secrète, baptisée « Opération Caesar », destinée à apportée aux alliés japonais les technologies nécessaires pour augmenter leur effort de guerre en cette période décisive. Mais lors d’une escale technique à Bergen, il subit un bombardement car les Britanniques ont percé le code Enigma et identifié l’enjeu de cette mission. Lorsqu’il peut enfin reprendre la mer, une nouvelle avarie machine le contraint à rebrousser chemin vers Bergen et c’est là qu’il est pris en chasse par un sous-marin britannique, le HMS Venturer, qui l’envoie par le fond, au large de l’ïle de Fedge.

L’épave de l’U-864 au fond de la mer (photo © Van Oord)

Au début des années 2000, un pêcheur norvégien remonte dans un de ses filets une pièce de U-Boot et la Marine norvégienne entreprend des recherches qui lui permettent de retrouver, le 22 février 2003, l’épave du sous-marin, coupé en deux, reposant par 150 m de fond, à quelques km des côtes de la petite île norvégienne. Dès lors se pose la question de l’avenir des 1857 flasques en acier contenant les 67 tonnes de mercure liquide, destiné à la fabrication d’amorces de munitions (à base de fulminate de mercure) et désormais éparpillé au fond de l’eau.

En 2005, on observe ainsi qu’une de ces bouteilles s’est ouverte sous l’effet de la corrosion et que tout le mercure s’en est échappé. On en retrouve sur une surface estimée à 3 ha ! Les Norvégiens commencent à redouter une nouvelle catastrophe sanitaire à l’égal de ce qui s’était produit dans la baie de Minamata au Japon, où les rejets de métaux lourds issus de l’industrie pétrochimique avaient occasionné plus de 900 décès entre 1949 et 1965. Des prélèvements sont effectués et on constate que l’acier des flasque, dont l’épaisseur initiale atteignait 5 mm, ne faisait plus qu’1 mm par endroit, du fait de la lente corrosion…

Une des 1857 flasques remplies de mercure et désormais fuyardes

Les études s’enchaînent à partir de 2006, pour tester différentes solutions techniques. Les autorités privilégient plutôt le recouvrement de l’épave par un sarcophage tandis que les populations riveraines, dont les 561 habitants de l’île de Fedge, préfèrent une solution plus durable mais plus coûteuse et techniquement complexe qui consiste à renflouer l’épave. Un bras de fer s’engage et finalement en 2009, le gouvernement norvégien accepte d’engager les travaux de renflouement pour un montant estimé à un milliard de couronnes norvégiennes, mais estime nécessaire d’engager au préalable des études complémentaires…

Quatre ans plus tard, en janvier 2013, Lisbeth Berg-Hansen, ministre des Pêches et Affaires côtières, indique devant le Parlement que les études sont toujours en cours et qu’il n’existe toujours pas de calendrier prévisionnel pour les travaux. D’ailleurs, en mai 2014, un nouveau rapport est publié, préconisant une fois de plus la solution du recouvrement par un sarcophage jugée plus raisonnable. Il a fallu finalement attendre le printemps 2016 pour que les travaux de recouvrement de l’épave soient enfin réalisés, confiés au spécialiste néerlandais du dragage et des opérations offshore Van Oord. Une couche de sable a été déposée sur l’ensemble de l’espace contaminé et l’épave, au moyen d’un diffuseur crée spécialement pour cet usage et été installé sur le robot télé-opéré (ROV) du navire de pose de flexibles Stornes. En tout, près de 30.000 tonnes ont été déposées, formant une couche de 50 cm d’épaisseur. Celle-ci a ensuite été recouverte par 160.000 tonnes de rochers. Pourvu que ça dure…

L.V.  

Le Sénat, mode d’emploi

21 juin 2017

Le vent d’un besoin de réformes souffle depuis plusieurs mois, dès avant la campagne des élections présidentielles. Ces réformes pourraient concerner en particulier le mode de fonctionnement de nos institutions, dont le Sénat. Des partis réformistes proposent en effet soit la suppression pure et simple de celui-ci, soit une diminution drastique du nombre des sénateurs.

Le Conseil des Anciens, au Palais des Tuileries en 1795, ancêtre du Sénat

Avant d’aller plus loin, un petit rappel historique s’impose pour nous, citoyens souvent oublieux des prérogatives parlementaires. Seconde chambre créée par la Constitution de Thermidor de 1785 et dénommée Conseil des Anciens, le Sénat dans l’histoire fut successivement le Sénat du Consulat et de l’Empire appelé Sénat Conservateur, la Chambre des Pairs de la Restauration puis de la Monarchie de Juillet, le Sénat du Second Empire, puis le Sénat Républicain. Sous la IVème République, il devient Conseil de la République avec un rôle moindre avant d’être rétabli par la Constitution de 1958 qui fonde la Vème République.

Le Sénat siège au palais du Luxembourg dont la première pierre fut posée en 1615 par Marie de Médicis. D’abord demeure royale, le bâtiment devient une prison révolutionnaire, puis brièvement le siège du pouvoir exécutif après la Révolution. Il accueille le Sénat de la République depuis 1879.

Le Palais du Luxembourg à Paris, siège du Sénat (crédit photo : 7sprod.com)

Comment fonctionne le Sénat ?

Aujourd’hui au nombre de 348, les sénateurs examinent les projets de loi que le gouvernement leur soumet. Ils peuvent également déposer des propositions de loi. Ils contrôlent aussi l’action du gouvernement et vérifient que les lois sont bien appliquées. Ils peuvent créer des instances temporaires (mission d’information, commission d’enquête, etc.) pour étudier un sujet particulier de manière approfondie et proposer des réformes.

En vertu de la Constitution, le Sénat « assure la représentation des collectivités territoriales de la République ». Il est le garant de la stabilité des institutions et, à la différence de l’Assemblée nationale, il ne peut être dissous. De plus, le Président du Sénat assure l’intérim en cas de vacance ou d’empêchement de la Présidence de la République.

Les sénateurs en séance au Palais du Luxembourg (crédit photo Denis / REA)

Les sénateurs sont élus pour 6 ans au suffrage universel indirect par 162 000 grands électeurs représentant notamment les élus municipaux, départementaux et régionaux. Leur nombre varie selon la population : un seul pour la Lozère, 8 dans les Bouches-du-Rhône et 12 à Paris.

Chaque renouvellement, tous les 3 ans, permet d’élire environ la moitié des sénateurs répartis en deux séries : la série 1 qui comporte 170 sièges sera renouvelée lors des élections sénatoriales de septembre 2017, les 178 sièges de la série 2 ayant été renouvelés en septembre 2014.

Selon le nombre de sièges à pourvoir, les sénateurs sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours (circonscriptions désignant 1 ou 2 sénateurs) ou au scrutin de liste à la représentation proportionnelle (circonscriptions désignant 3 sénateurs ou plus). La durée du mandat est de 6 ans et il faut être âgé d’au moins 24 ans pour pouvoir se présenter aux élections sénatoriales.

Pour accomplir leur mandat dans de bonnes conditions, les sénateurs disposent de moyens qui leur sont accordés par l’institution. Chaque sénateur dispose d’un bureau dans l’enceinte du palais du Luxembourg ou à proximité. Près de 1 200 fonctionnaires et contractuels assistent les sénateurs dans l’exercice de leur mandat. Chaque sénateur dispose d’un crédit de 7 548,10 € bruts (chiffres de 2016) pour rémunérer ses collaborateurs (3 en moyenne).

Les sénateurs, qu’ils soient élus de métropole, d’outre-mer ou représentant les Français établis hors de France, bénéficient de la prise en charge de leurs déplacements, en transports publics entre Paris et leur département. Ils ont en effet à gérer une permanence parlementaire dans leur circonscription.

Un dessin de Vissecq publié dans Pointe à mines

Au premier janvier 2016, un sénateur perçoit une indemnité parlementaire de 5 514,68 € bruts par mois, et une indemnité de résidence de 165,44 € bruts par mois. Il touche également une indemnité de fonction de 1 420,03 € bruts (l’indemnité parlementaire de base ainsi que l’indemnité de résidence étant soumis à l’impôt sur le revenu). Enfin, une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) est destinée à couvrir les frais liés à l’exercice de la fonction de sénateur : elle s’élève à 6 037,23 € nets par mois au 1er janvier 2016.

Par ailleurs, un sénateur ne peut cumuler son indemnité parlementaire et les indemnités afférentes à d’autres mandats électifs que dans la limite d’une fois et demi le montant brut de l’indemnité parlementaire de base. Depuis le 1 er octobre 2015, un dispositif de retenues financières visant l’indemnité de fonction et/ou l’IRFM a été mis en place à l’égard des sénateurs n’atteignant pas les seuils de présence fixés par le règlement. Moyennant ces dispositions, le Sénat coûte 5 € par an et par Français…

Quelles prérogatives pour le Président du Sénat ?

Gérard Larcher au Sénat, en 2016 (crédit photo Lionel Bonaventure / AFP)

Le Président du Sénat préside l’assemblée et dirige les débats. Il préside en outre deux organes essentiels : le bureau du Sénat et la Conférence des présidents. Il dispose de prérogatives constitutionnelles majeures puisqu’il exerce un pouvoir de nomination et peut saisir le Conseil constitutionnel si des dispositions de lois votées ou des traitées lui paraissent contraires à la Constitution.

Il exerce provisoirement les fonctions de Président de la République en cas de vacance ou d’empêchement de celui-ci et est à ce titre présenté comme le 2ème personnage de la République. C’est Gérard Larcher, sénateur des Yvelines, qui assure la présidence actuelle du Sénat depuis 2014.

Quelles sont les missions des sénateurs ?

Chaque sénateur est membre de l’une des 7 commissions : Affaires économiques, Affaires étrangères, défense et forces armées, Affaires sociales, Culture, éducation et communication, Aménagement du territoire et développement durable, Finances, Lois constitutionnelles, législation, suffrage universel, règlement et administration générale, Affaires Européennes.

Avant la séance publique, les textes sont examinés par la commission compétente sur le sujet. Un rapporteur analyse le texte et fait des propositions : supprimer, ajouter ou modifier un article par exemple.

Le contrôle s’exerce sur le Gouvernement en séance publique et, de façon permanente, par le travail des commissions et des délégations. Les actions de contrôle prennent aussi la forme de questions d’enquête, missions d’information, auditions et débats. Cela peut concerner l’audition de ministres, de responsables publics, d’ambassadeurs, de ministres de gouvernements étrangers, de commissaires européens, de représentants de la société civile ou du secteur privé.

En séance publique, dans l’hémicycle, les sénateurs débattent, votent et contrôlent le gouvernement. Ils prennent position sur les grandes orientations de chaque texte puis l’examinent en détail, article par article. Ils le modifient en déposant des amendements (repris par l’Assemblée nationale pour plus de la moitié).

Une caricature de Diem en 2013

Au cours de l’année parlementaire (2015-2016) l’activité de contrôle se résume à : 113 rapports d’information, 145 heures consacrées au contrôle en séance, 4 837 questions écrites déposées, et 34 séances de questions d’actualité au gouvernement.

Les sénateurs se répartissent par affinités politiques dans des groupes qui doivent comprendre au minimum 10 membres. Un sénateur peut être membre d’un groupe, lui être apparenté ou lui être simplement rattaché administrativement.

Pour protéger leur indépendance, les sénateurs bénéficient d’une immunité leur permettant de s’exprimer en totale liberté dans l’exercice de leurs fonctions et ne peuvent faire l’objet d’une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de liberté sans l’accord préalable du Bureau du Sénat.

Quel avenir pour le Sénat ?

Cette institution doit-elle disparaître ou se réformer en vue de moderniser la vie démocratique pour une plus grande efficacité dans la prise de décision du Parlement d’une nation moderne ? Ce sont des questions que doivent se poser les citoyens que nous sommes et interpeller nos élus qui sont les premiers impliqués dans les conséquences de tels choix, s’ils en ont la volonté.

Un référendum sur le Sénat fatal au général De Gaulle…

Rappelons que le référendum de 1969 soumis au peuple de France par Charles de Gaulle avait deux objets : la création des régions et la réforme du Sénat qui aurait été fusionné avec le Conseil économique et social. La question posée était la suivante : « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et relatif à la création de régions et à la rénovation du Sénat ? ». Près de 80 % des Français s’exprimèrent et le non l’emporta par 52,41 % des voix… Mais plus qu’un rejet des réformes, c’est celui du Président de la République qui a prévalu.

Notons pour conclure et boucler avec l’introduction de cet article que la fusion du Sénat avec le Conseil économique, social et environnemental demeure un point de questionnement qui fait régulièrement l’objet de propositions de lois, de rapports et de déclarations. L’Histoire n’est sans doute pas terminée !

C.M.

Comment lutter contre les moustiques ?

17 juin 2017

Le moustique tigre, Aedes albopictus

Avec le retour des beaux jours et l’arrivée des cigales, ce sont aussi les moustiques qui s’en donnent à coeur joie, et parmi eux le redoutable moustique tigre, Aedes albopictus, potentiel vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika ! Arrivé en France en 2004, en provenance de l’Asie du sud-est, le moustique tigre est désormais implanté durablement dans une trentaine de départements français et son expansion se poursuit grâce à son excellente adaptation aux milieux urbains et à la capacité de ses œufs à résister aux périodes de froid hivernal.

Pour autant, le moustique tigre n’est que l’une des 3500 espèces de moustiques recensées dans le monde, dont 64 en France métropolitaine (et 238 en Guyane !). Seules environ 200 de ces espèces s’attaquent à l’homme, parmi lesquelles le moustique ordinaire, Culex pipiens, encore très répandu en France mais qui commence à se faire rare à Carnoux où il a été largement supplanté par son cousin asiatique nettement mieux adapté à l’environnement local.

Le classique, Culex pipiens (photo Stephen Doggett, NSW Health Pathology)

La lutte contre les moustiques s’est développée au tout début du XXème siècle, après que le médecin militaire Alphonse Laveran, alors en poste à Alger, a découvert en 1880 que le paludisme était provoqué par un hématozoaire, Plasmodium falciparum, puis a compris le rôle des moustiques de type anophèles dans la transmission de ce parasite. Jusque là, on se contentait de lutter contre la malaria en tentant d’assécher les zones humides. A partir de cette période, les actions sont devenues plus ciblées, et moins impactantes pour ces zones humides qui jouent par ailleurs un rôle majeur pour la biodiversité mais également pour la régulation du cycle de l’eau : diffusion des moustiquaires, introduction massive de gambusies, poissons dont les larves se nourrissent de moustiques et qui se sont révélés particulièrement invasifs, mais aussi campagnes de désinsectisation à coup de produits chimiques peu ragoûtants…

Epandage de DDT sur une plage dans les années 1950

C’est ainsi que dès 1943 et avec l’aide des troupes américaines de débarquement, des campagnes s’organisent pour pulvériser, à l’intérieur même des habitations de certains régions de Corse, un mélange à base de pétrole et de DDT… Dans les années 1960, ce sont les zones côtières du Languedoc qui sont aspergées de DDT par voie aérienne pour les assainir avant d’y développer le tourisme de masse.

La mise en évidence des risques liés à l’utilisation massive de cet insecticide, révélés notamment par le livre de la biologiste américaine Rachel Carson, Printemps silencieux, publié en 1962, mettra progressivement un terme à de telles pratiques. En 1976, la découverte du Bti, Bacillus thuringiensis israelensis, insecticide biologique très sélectif et peu toxique pour les autres espèces, permet de lancer la démoustication dans des zones comme la Camargue qui jusque là avaient été relativement épargnées par ces campagnes du fait de son statut de zone naturelle protégée, et ceci bien qu’elle ait été le théâtre de la dernière épidémie de paludisme connue sur le territoire métropolitain en 1943.

En Camargue, comme sur toute la frange littorale des Pyrénées-Orientales jusqu’aux Bouches-du-Rhône, c’est un établissement public créé en 1958, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (IED) qui est chargé de la lutte contre la prolifération des moustiques et principalement des espèces les plus nuisibles pour l’homme que sont Aedes caspius et Aedes detrius, dont les larves se développent en milieu humide. La stratégie adoptée depuis août 2006 en Camargue consiste à identifier les gîtes larvaires qui font l’objet d’une surveillance permettant de déclencher à bon escient les traitements (principalement par voie aérienne) à base du larvicide Bti, qui n’est toxique (par ingestion) que pour les larves de nématodes (dont font partie les moustiques) mais pas pour les autres organismes aquatiques.

Epandage de Bti en Camargue (source Actu environnement)

Ces pratiques sont fortement encadrées et accompagnées d’une démarche de suivi environnemental pour évaluer l’impact de ces interventions sur le milieu naturel. Le Parc naturel de Camargue impose en effet que 10 % de l’enveloppe consacrée à la démoustication soit affectée à un suivi de son impact écologique et sociologique. Or ces études ont mis en évidence que l’effet de ces traitements est loin d’être négligeable et se répercute sur toute la chaîne alimentaire : la destruction des larves de moustiques et de chironomes provoque une diminution de moitié des populations d’odonates (libellules et autres agrions) et de 60 % des araignées, ce qui se traduit déjà par une diminution d’un tiers des passereaux, confirmant s’il en était encore besoin, que tout équilibre écologique est par nature fragile…

Du coup, les recherches s’orientent désormais vers la mise en œuvre de stratégies encore plus ciblées qui visent à réguler les populations de moustiques uniquement là où elles constituent une véritable gêne pour les populations, donc dans les lieux habités. Il s’agit pour cela de mettre en place des pièges à moustiques pour constituer des barrières autour des zones urbanisées.

Schéma de principe d’un piège à moustique artisanal (source : espacebuzz)

L’idée du piège à moustique individuelle est vieille comme le monde et il suffit de regarder sur internet d’excellentes vidéo qui expliquent en détail comment constituer un piège à moustique en coupant en deux une bouteille en plastique au fond de laquelle on dispose un mélange de sucre roux, d’eau et de levure de boulanger, avant de refermer le récipient avec la partie conique renversée : les moustiques attirés par le produit sucré rentrent dans la bouteille mais n’arrivent plus à en ressortir. Le système est efficace mais doit être renouvelé régulièrement.

Les inventeurs de la borne anti-moustiques (source : Qista)

Pour être utilisé à une échelle plus industrielle, d’autres dispositifs existent dont un breveté en 2013 et désormais produit par la société Qista, basée à Aix-en-Provence. Ces BAM, ou bornes anti-moustiques, attirent les moustiques en reproduisant la respiration humaine au repos (par expirations saccadées de gaz carbonique) et en diffusant des composés chimiques à base d’acide lactique proches de la sueur humaine. Les moustiques sont aspirés par un ventilateur dès qu’ils s’approchent du piège et sont retenus dans un filet. Le dispositif a été testé dans un hameau d’Arles en 2015 et s’est avéré particulièrement efficace pour un coût relativement modique tout en se montrant particulièrement sélectif : sur plus de 250 000 insectes capturés, 99,7 % appartiennent à 9 espèces de moustiques ciblées ! En 2016, 15 pièges de ce type ont été mis en place et l’expérience pourrait encore s’étendre.

Piège contre le moustique tigre développé par l’IED (source © France3 Languedoc-Roussillon)

Vis à vis du moustique tigre, des démarches similaires se développent également. La particularité de cette espèce est que les femelles pratiquent une ponte fractionnée en répartissant leurs œufs dans différents endroits jugés propices mais dispersés et peu aisés à détecter. L’idée consiste donc à les attirer dans des gîtes très attractifs mais rendus inaccessibles par une moustiquaire munie d’une chambre de contamination où le moustique s’enduit les pattes d’un peu d’insecticide. Ne réussissant pas à y déposer ses œufs, la femelle ira pondre ailleurs mais en disséminant l’insecticide sur tous ses lieux successifs de ponte, ce qui le rend du coup très opérant sur les futures larves.

Bref, l’ingéniosité humaine dans la lutte contre son ennemi séculaire, le moustique, n’a pas de limite…

L.V.  

La plupart des informations de cet article sont issues du n° 92-93 de l’excellente revue Zones Humides infos publiée par la SNPN (Société nationale de protection de la nature)

Peut-on encore croire au progrès ?

10 juin 2017

Le progrès n’est pas un concept nouveau puisqu’il se dit que c’est François Rabelais qui a employé ce mot pour la première fois dans le Tiers Livre publié en 1546. Repris depuis par bien d’autres, dont Montaigne qui définit cette notion quelques années plus tard dans ses Essais, comme une « transformation graduelle vers le mieux », jusqu’à notre nouveau Président de la République qui considère désormais qu’ « Aujourd’hui, le vrai clivage se situe entre progressistes et conservateurs », lui qui affirme ni plus ni moins que « la maison des progressistes s’appelle En marche », renvoyant ainsi implicitement tous ceux qui ne le suivent pas dans le camp des réactionnaires et autres ringards, accrochés à la tradition comme des moules à leur rocher…

Dessin de Tesson

Fini donc le clivage dépassé entre Gauche et Droite, entre Jacobins et Girondins, entre Républicains et Démocrates. Place désormais à l’alternative entre Progressistes et Conservateurs ! Voilà en tout cas qui interpelle nécessairement une association comme le Cercle progressiste carnussien qui a justement voulu accoler, lors de sa création en 2001, ce qualificatif de « progressiste » à la notion de « cercle républicain », en référence à ces mouvements qui avaient fleuri dans la Provence de la 3ème République sous forme de lieux de convivialité et de débats, destinés à animer la vie publique locale et à forger, au coeur des villages et dans les milieux les plus populaires, une certaine conscience politique républicaine.

Reste à savoir ce que recouvre ce mot-valise de « progrès » ? A quelques jours de l’épreuve de philosophie qui attend nos candidats bacheliers et dont les sujets tournent régulièrement autour de cette notion de progrès, on se gardera bien de disserter sur une telle question car le sujet est vaste et complexe !

Dessin de Gros (source : Le Progrès social)

Le concept même de progrès, qui renvoie à une tendance générale à l’amélioration, présente plusieurs facettes. Les plus évidentes sont sans doute celles qui correspondent au progrès technique, qui donne à l’Homme une emprise croissante sur les forces de la Nature, et au progrès économique qui permet à nos sociétés de globalement s’enrichir. Mais on peut aussi envisager la notion de progrès social, qui pourrait se traduire par une amélioration des conditions matérielles d’existence de chacun des membres de la société, ce qui suppose une juste répartition des fruits du progrès économique. Et on peut s’attacher aussi au progrès culturel et moral qui vise à l’épanouissement intellectuel de chacun et à un enrichissement des interactions entre individus, visant au bonheur de tous.

La vision rationnelle du siècle des Lumières, qui animait des hommes comme Condorcet ou Diderot, a longtemps incité à penser que ces différentes formes de progrès découlaient naturellement l’une de l’autre, le progrès technique débouchant sur le progrès économique, lui-même à l’origine du progrès social qui, à son tour, ne pouvait que concourir au bonheur de chacun. Cette vision humaniste d’un progrès qui, s’apuyant sur l’éducation, le travail, la recherche scientifique et l’inovation technique ne pouvait que déboucher sur un avenir meilleur de la société toute entière, a fortement prévalu durant tout le XIXème siècle et jusqu’aux deux guerres mondiales.

Depuis, force est de constater que cet optimisme indécrottable en un avenir radieux de l’humanité, a été un peu douché par les horreurs dont les hommes ont su faire preuve à l’occasion de ces conflits meurtriers. L’Holocauste orchestrée par le régime nazi ou les bombardements atomiques décidés par les Américains ont été vécus comme des preuves évidentes que le progrès technique et le rafinement intellectuel n’étaient en rien des garanties d’amélioration du sort de l’humanité, bien au contraire.

L’humanité en marche vers le progrès ? (dessin de Gunduz Aghayev – source : epanews)

Les excès du néolibéralisme au cours des dernières décennies et les ravages de notre environnement, rendus possibles grâce au haut niveau de technicité et de développement économique auquel nous sommes parvenus, confirment cette appréciation pessimiste et suscitent nécessairement de fortes interrogations : jamais sans doute nous n’avons connu collectivement, surtout dans un pays riche comme la France, un tel niveau de maîtrise technique, d’éducation, de confort, de sécurité. Et pourtant, jamais non plus les inégalités n’ont été aussi fortes et les tensions aussi palpables, avec un état d’esprit globalement plus proche de la dépression et de la peur généralisée du déclassement que de l’euphorie et du bonheur collectif !

Extrait des « Temps modernes », de Charlie Chaplin (NANA PRODUCTIONS/SIPA)

Il ne serait bien évidemment pas raisonnable, dans un tel contexte, de tout miser sur le progrès, en espérant que les évolutions technologiques et les avancées scientifiques à venir résoudront d’elles-mêmes les défis qui se posent à nous. Les avancées techniques ne sont jamais que des outils dont on peut tirer le meilleur comme le pire, même si elles contribuent globalement à améliorer la condition humaine.

De même, réformer et moderniser nos codes sociaux et nos règles économiques n’ont d’intérêt que si cela se traduit par plus d’efficacité et de fluidité dans notre mode de fonctionnement et nos rapports humains, mais on a connu trop de réformes qui s’apparentent à de véritables retours en arrière et à une régression sociale pour ne pas considérer avec prudence ces velléités de changements.

Emmanuel Macron a sans doute raison de vouloir mobiliser la société française pour la faire évoluer, en insistant sur cette démarche qu’il qualifie de progressiste. On voit bien d’ailleurs qu’il s’oppose en cela assez frontalement au discours conservateur de la droite et en particulier des franges les plus traditionalistes qui ne rêvent que de « restaurer », « rétablir », « revenir » en arrière vers un passé jugé plus faste.

Les relations sociales en France, en particulier dans le monde du travail, manquent fortement de fluidité et le dialogue social s’y apparente trop souvent à un dialogue de sourds où chacun campe sur ses positions et préfère la démonstration de force à la recherche du compromis. S’il est un domaine où la notion de progrès à un sens, c’est donc sans doute celui-là ! L’avenir dira si le nouveau Président aura été capable de faire bouger les lignes et de redonner de la cohésion à notre corps social. Pour des citoyens qui croient encore à la notion de progrès social et moral, la voie mérite en tout cas d’être explorée…

L.V.  

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Croisière autour du monde : 14ème escale

1 mars 2017

Nos deux croisiéristes à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour de l’Australie : après une escale à Sydney, les voici désormais à Brisbane.

 Nos deux reporters sous un « arbre bouteille » qui aurait plu à Botero !

Nos deux reporters sous un « arbre bouteille » qui aurait plu à Botero !

Mardi 28 février :

Brisbane est une ville de 2 000 000 d’habitants, située au bord du fleuve Brisbane (du nom d’un gouverneur des Nouvelles Galles du Sud).

L’Australie est composée de 6 états : Western  Australia, Northern territory, Queensland, New South Wales, Victoria, South Australia, plus la Tasmanie au sud. A Sydney, nous étions dans les Nouvelles Galles du Sud. A Brisbane, nous voila dans le Queensland.

C’est un pays plat, où les colons s’installèrent dès 1842. La tribu des Turball, venue du détroit de Torres, nommait la ville Mian Jin.

Le plus grand hôtel de la ville dans un bâtiment victorien

Le plus grand hôtel de la ville dans un bâtiment victorien

Nous n’avons pas prévu d’excursions et allons nous balader au gré de nos envies. Il faudra être de retour pour 18 h, le départ étant prévu à 18 h 30.

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blog402_phgrattecielUne petite balade sur le fleuve nous a permis d’admirer l’architecture ultra moderne de la ville, avec des gratte-ciel tout en verre dignes des USA.blog402_phguerre

 

Le monument aux morts des deux guerres mondiales mérite le coup d’œil : c’est émouvant d’y lire comme lieux de bataille La Somme, Amiens…

 

 

 

Mercredi 1er mars :

Nous voici de nouveau au large : deux jours de mer nous attendent pour atteindre Cairns et la grande barrière de corail….

Je vais profiter de ces deux jours de mer pour vous parler un peu de la nourriture sur le bateau. Au 9ème il y a le Lido : il est ouvert presque 24 h sur 24. Le matin, il fait le petit déjeuner sous forme de buffet, plus copieux que je ne saurais dire ! A midi, il sert le déjeuner toujours en buffet et toujours très bon. A 4 h il sert le the à l’anglaise avec scones, crème fouettée et confitures, petits sandwiches au pain de mie fourrés au saumon, concombre (très british !). Le soir, dîner buffet et, avec supplément d’environ 18 dollars, repas typiques changeant tous les soirs : indien, mexicain, chinois…

blog402_phlido

Un stand « pizza » existe aussi. Votre pizza est préparée devant vous et vous en choisissez les ingrédients. Ce n’est pas mauvais mais un peu fade car sans thym, ni romarin, ni huile d’olive ! A éviter si on aime la vraie pizza comme à Naples !

blog402_phbritanniaAu 2ème et 3ème (sur deux niveaux donc), le Britannia vous accueille pour un petit déjeuner servi à table (sympa mais un peu long) et un déjeuner idem. Le soir, nous y avons notre table réservée  depuis le début du voyage. Un repas de 3 plats, service grand style, sommelier, musique d’ambiance… Le grand chic, quoi !blog402_phannie

Maintenant si vous payez votre cabine plus chère ou si vous prenez une suite (ce qui n’est pas notre cas), vous aurez droit à des restaurants pour les « happy few » comme le Princess Grill, le Queen Grill, le Britannia club.

Enfin, la cuisine française se trouve à « la verandah », pont 2. On la dit très bonne, mais nous n’avons pas essayé ! Le supplément est de 25 dollars pour le lunch, et 35 pour le diner.

J’ajoute qu’à tout moment de la journée et de la nuit, the, café, boissons fraîches, biscuits sont disponibles.
En somme, il est difficile de ne pas prendre du poids sur un bateau comme celui-ci !

Annie

Algérie : Macron met les pieds dans le plat de couscous…

16 février 2017

A moins de trois mois de l’élection présidentielle française et alors que le candidat Emmanuel Macron est crédité de scores assez inattendus dans les sondages, voila qu’une nouvelle polémique vient de naître, comme les médias en raffolent. En visite en Algérie depuis la fin de la semaine dernière, l’ancien ministre de l’économie, le seul des candidats à la présidentielle qui ait jugé utile de se déplacer dans ce pays, a en effet tenu des propos sur la colonisation qui ont fait bondir la droite et encore plus l’extrême droite !

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Tout heureux de faire oublier momentanément ses petits déboires avec la justice et surtout ses grands écarts avec la morale, François Fillon est aussitôt monté sur ses grands chevaux, jugeant indignes les propos tenus par Emmanuel Macron qui avait qualifié de crime contre l’humanité et de barbarie la colonisation française en Algérie. Sur ce plan, le clivage entre les deux candidats est flagrant, François Fillon ayant exprimé sa volonté en août dernier de réécrire l’Histoire de France sous forme d’un grand roman destiné à glorifier uniquement les grandeurs de la Nation et n’hésitant pas à affirmer que « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique ».

Quant au Front National, il se déchaîne, accusant Macron de tirer dans le dos de la France depuis l’Algérie et le jugeant indigne de représenter la France à partir du moment où il ose dénigrer certains pans de son histoire.

Mais qu’a donc bien pu dire Emmanuel Macron pour déclencher de telles passions sur un sujet qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas franchement au cœur de la campagne électorale ni au centre des préoccupations du Français moyen ? Il suffit pour s’en rendre compte de surfer sur le site d’information particulièrement bien fait de TSA (pour « Tout sur l’Algérie », tout simplement…). On peut y voir in extenso l’interview télévisée donnée par Emmanuel Macron et diffusée mardi 14 février 2017 à la chaîne algérienne Echorouk News.

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Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le candidat à la présidentielle fait preuve d’un ton éminemment mesuré et responsable, très éloigné de celui qu’emploient ses adversaires pour le dénigrer. L’essentiel de son discours porte d’ailleurs sur des aspects plus généraux liés au renforcement de la coopération entre la France et l’Algérie, qu’il appelle de ses vœux dans de nombreux domaines culturels, mais aussi économiques et diplomatiques voire sécuritaires mais aussi linguistiques.

Sur la colonisation française en Algérie, Emmanuel Macron commence par citer une phrase qu’il avait lui-même employée la veille lors d’une intervention précédente : « La France a apporté la déclaration des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ». Le propos résume finalement assez bien la position de Macron qui ne nie pas les effets bénéfiques de la colonisation mais ne cherche pas non plus à en masquer les effets délétères et les excès auxquels elle a donné lieu : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il ainsi expliqué.

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On le voit, le propos n’est pas aussi caricatural que certains voudraient le faire croire. Il est d’ailleurs cocasse qu’on lui ait fait exactement le procès inverse, comme le lui rappelle le journaliste qui l’interroge, pour avoir déclaré en novembre dernier dans une interview au Point : « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ».

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Serait-on encore, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un tel climat passionnel qu’il ne serait pas possible d’envisager avec la sérénité et le recul de l’historien, les deux faces antagonistes de la colonisation comme s’efforce de l’exprimer Emmanuel Macron lorsqu’il déclare : « La colonisation est un acte de domination et de non reconnaissance de l’autonomie d’un peuple. Tout en reconnaissant ce crime, je ne veux pas qu’on tombe dans la culture de la culpabilisation sur laquelle, on ne construit rien. C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble » ?

Combien de temps faudra t-il encore pour que Français et Algériens puissent enfin regarder en face ce passé qui décidément a bien du mal à passer ? Il n’est finalement peut-être pas inutile que certains, de temps à autre, mettent un peu les pieds dans le plat pour rappeler des vérités que l’on aimerait tellement oublier après les avoir discrètement glissées sous le tapis. Ce n’est pas dénigrer son pays que de rappeler que ses responsables n’ont pas toujours été irréprochables ! Un regard lucide et objectif sur les erreurs du passé n’est jamais inutile et vaut sans doute mieux qu’une réécriture aveugle et orientée de notre histoire commune…

Ceci dit, Emmanuel Macron n’imaginait sans doute pas soulever un tel tollé en exprimant en Algérie ses réflexions sur la colonisation et il s’est du coup senti obligé, de retour sur le sol français et face à la polémique naissante, d’enregistrer un message vidéo spécifique pour expliquer et justifier sa position. C’est le problème quand on met les pieds dans le plat de couscous : on risque ensuite de pédaler quelque temps dans la semoule…

L.V. lutinvert1small