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Algérie : Macron met les pieds dans le plat de couscous…

16 février 2017

A moins de trois mois de l’élection présidentielle française et alors que le candidat Emmanuel Macron est crédité de scores assez inattendus dans les sondages, voila qu’une nouvelle polémique vient de naître, comme les médias en raffolent. En visite en Algérie depuis la fin de la semaine dernière, l’ancien ministre de l’économie, le seul des candidats à la présidentielle qui ait jugé utile de se déplacer dans ce pays, a en effet tenu des propos sur la colonisation qui ont fait bondir la droite et encore plus l’extrême droite !

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Emmanuel Macron interviewé par la chaîne algérienne Echorouk News

Tout heureux de faire oublier momentanément ses petits déboires avec la justice et surtout ses grands écarts avec la morale, François Fillon est aussitôt monté sur ses grands chevaux, jugeant indignes les propos tenus par Emmanuel Macron qui avait qualifié de crime contre l’humanité et de barbarie la colonisation française en Algérie. Sur ce plan, le clivage entre les deux candidats est flagrant, François Fillon ayant exprimé sa volonté en août dernier de réécrire l’Histoire de France sous forme d’un grand roman destiné à glorifier uniquement les grandeurs de la Nation et n’hésitant pas à affirmer que « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique ».

Quant au Front National, il se déchaîne, accusant Macron de tirer dans le dos de la France depuis l’Algérie et le jugeant indigne de représenter la France à partir du moment où il ose dénigrer certains pans de son histoire.

Mais qu’a donc bien pu dire Emmanuel Macron pour déclencher de telles passions sur un sujet qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas franchement au cœur de la campagne électorale ni au centre des préoccupations du Français moyen ? Il suffit pour s’en rendre compte de surfer sur le site d’information particulièrement bien fait de TSA (pour « Tout sur l’Algérie », tout simplement…). On peut y voir in extenso l’interview télévisée donnée par Emmanuel Macron et diffusée mardi 14 février 2017 à la chaîne algérienne Echorouk News.

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Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le candidat à la présidentielle fait preuve d’un ton éminemment mesuré et responsable, très éloigné de celui qu’emploient ses adversaires pour le dénigrer. L’essentiel de son discours porte d’ailleurs sur des aspects plus généraux liés au renforcement de la coopération entre la France et l’Algérie, qu’il appelle de ses vœux dans de nombreux domaines culturels, mais aussi économiques et diplomatiques voire sécuritaires mais aussi linguistiques.

Sur la colonisation française en Algérie, Emmanuel Macron commence par citer une phrase qu’il avait lui-même employée la veille lors d’une intervention précédente : « La France a apporté la déclaration des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ». Le propos résume finalement assez bien la position de Macron qui ne nie pas les effets bénéfiques de la colonisation mais ne cherche pas non plus à en masquer les effets délétères et les excès auxquels elle a donné lieu : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il ainsi expliqué.

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On le voit, le propos n’est pas aussi caricatural que certains voudraient le faire croire. Il est d’ailleurs cocasse qu’on lui ait fait exactement le procès inverse, comme le lui rappelle le journaliste qui l’interroge, pour avoir déclaré en novembre dernier dans une interview au Point : « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ».

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Serait-on encore, plus de soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un tel climat passionnel qu’il ne serait pas possible d’envisager avec la sérénité et le recul de l’historien, les deux faces antagonistes de la colonisation comme s’efforce de l’exprimer Emmanuel Macron lorsqu’il déclare : « La colonisation est un acte de domination et de non reconnaissance de l’autonomie d’un peuple. Tout en reconnaissant ce crime, je ne veux pas qu’on tombe dans la culture de la culpabilisation sur laquelle, on ne construit rien. C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble » ?

Combien de temps faudra t-il encore pour que Français et Algériens puissent enfin regarder en face ce passé qui décidément a bien du mal à passer ? Il n’est finalement peut-être pas inutile que certains, de temps à autre, mettent un peu les pieds dans le plat pour rappeler des vérités que l’on aimerait tellement oublier après les avoir discrètement glissées sous le tapis. Ce n’est pas dénigrer son pays que de rappeler que ses responsables n’ont pas toujours été irréprochables ! Un regard lucide et objectif sur les erreurs du passé n’est jamais inutile et vaut sans doute mieux qu’une réécriture aveugle et orientée de notre histoire commune…

Ceci dit, Emmanuel Macron n’imaginait sans doute pas soulever un tel tollé en exprimant en Algérie ses réflexions sur la colonisation et il s’est du coup senti obligé, de retour sur le sol français et face à la polémique naissante, d’enregistrer un message vidéo spécifique pour expliquer et justifier sa position. C’est le problème quand on met les pieds dans le plat de couscous : un risque ensuite de pédaler quelque temps dans la semoule…

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Croisière autour du monde : 8ème escale

12 février 2017

Des nouvelles de nos deux croisiéristes en vadrouille autour du monde à bord du Queen Elisabeth, après leur dernière halte à San Francisco.

Mercredi 8 février :

Sur le bateau, quelque part dans l’Océan Pacifique entre San Francisco et Hawaï…

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A bord, la musique est partout et c’est toujours de la musique vivante et non un enregistrement. Ici vous avez le quatuor à cordes Tiffany, mais aussi un orchestre de jazz et un piano solo…

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Ici deux duos très performants : flûte traversière et guitare par 2 jeunes Allemands, piano et violon par deux Anglais.

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blog394_phhonolulu3Jeudi 9 février :

Quelques mots sur Hawaï que nous atteignons aujourd’hui. C’est un archipel de 6 îles appartenant aux USA qui les ont annexées en 1898. Hawaï est la plus grand île de l’archipel, Ohau la plus peuplée, les autres étant Honolulu et Pearl Harbour où nous feront escale demain, puis Mauï où nous ferons escale ensuite, mais aussi Lauai, Molokai et Kauaï.

Elles ont été découvertes par Cook, le grand homme de la région dont le nom revient à chaque fois ! Il y avait La Perouse aussi bien sûr mais il a été probablement tué et peut-être même mangé dans les Samoa… Des traces retrouvées récemment laissent à penser que les Espagnols avaient peut être trouvé ces îles 200 ans avant Cook mais qu’il ne s’y étaient pas intéressés…

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Les îles sont une grande destination pour le tourisme avec un climat très agréable toute l’année. On y pratique tous les sports nautiques et en particulier le surf. Deux vues de la plage de Waikiki à Honolulu…

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui !

blog394_phhawai3Vendredi 10 février :

Quelques mots sur Pearl Harbour où nous avons débarqué aujourd’hui. C’est un excellent mouillage à 11 km au nord ouest d’Honolulu et dont le nom vient du fait qu on y a élevé des huîtres perlières.

En décembre 1941, 150 avions japonais détruisent presque toute la flotte US et précipitent les USA dans la seconde guerre mondiale, faisant des milliers de morts.

Aujourd hui c’est un lieu de recueillement pour les Américains. On y évoque la mémoire de 3 bateaux en particulier, le SS Arizona, le SS Missouri et le SS Bowfin, un sous-marin.

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A Pearl Harbour, le sous marin Bowfin, la plaque d’accueil et des canons embarqués sur les sous marins.

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Une scène qui m’a évoqué irrésistiblement un plan du film culte de Fred Zinnemann, avec Burt Lancaster et Frank Sinatra, « Tant qu’il y aura des hommes »…

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blog394_phmaui2Samedi 11 février :

Hello, nous venons d’apprendre qu’il y a une modification par rapport à l’itinéraire prévu : avant d’aborder aux îles Tonga, nous nous arrêterons un jour (le 16 mars) à Apia, dans les îles Samoa, là où Robert Louis Stevenson a vécu les dernières années de sa vie et où il est enterré.

Par contre on est vraiment au bout du monde et je ne sais pas si les communications seront faciles ! Je ferai pour le mieux..…

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blog394_phmaui3Nous étions aujourd’hui sur l’île de Mauï. Dans le patio du Pioneer inn, le plus ancien hôtel de l’île. Une pirogue polynésienne et un bouquet de fleurs qui sont naturelles je vous le jure !

Pas grand chose à faire sur l’île de Mauï… Il faisait gris et donc prendre un bain n’était pas très tentant.  Des inondations avaient coupé la route menant aux volcans. Alors on s’est contenté de flâner dans le centre de la petite bourgade, sorte de super marché pour touriste proposant les inévitables tee shirts, magnets, colliers de fleurs en soie…

Sur la grand place nous avons admiré un banian géant, planté en 1870. Nous avons vu l’ancien tribunal et la maison du missionnaire Baldwin. Nous avons bu un verre dans le très charmant Pioneer Inn, premier hôtel construit à Mauï, et puis nos chaloupes nous ont ramenés au bateau.

En effet Mauï ne possède pas de port et on effectue le transport avec des canots appelés tenders. De retour à bord, une belle surprise nous attendait: des baleines s’ébattaient dans la baie et nous avons vu un festival de sauts, souffle projeté très haut, acrobaties de toute sorte effectuées par ces mastodontes qui sont en même temps si légers dans leurs déplacements dans l’eau…

Cinq jours de mer à présent pour rejoindre, en franchissant l’équateur, les îles Samoa. La mer est très calme et la température voisine de 25 degrés, fort agréable.

A bientôt !

Annie

Croisière autour du monde : 6ème escale

4 février 2017
Des lions de mer se prélassent sur les pontons

Des lions de mer se prélassent sur les pontons

Le Queen Elisabeth à bord duquel ont pris place nos deux croisiéristes a désormais quitté la côte mexicaine pour aborder en Californie dans la baie de San Francisco.

Vendredi 3 février :

Nous voici près de San Francisco. Après un tour sur le bord de mer pour voir les phoques et les lions de mer, nous avons pris un ferry pour aller voir la célèbre prison de haute sécurité Alcatraz (qui signifie pingouin en espagnol).

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blog389_phalcatraz5Elle a abrité plus de 230 prisonniers dont le célèbre Al Capone qui en est sorti mentalement atteint (il faut dire qu’il était presque toujours à l’isolement dans une cellule sans lumière !)

La prison a été fermée par Robert Kennedy en 1963. Ce que l’on sait moins, c’est que l’île a été autrefois occupée par des indiens de différentes tribus. Leur porte parole, un mohawk, disait : « il me paraît juste que les bateaux du monde entier arrivant devant le golden Gate voient cette île indienne et se souviennent alors de la vraie histoire de cette nation ».

Les photos vous montrent quelques détails de la vie des prisonniers et des lieux qu’ils occupaient.

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L’entrée de la prison d’Alcatraz

Vue intérieure des coursives

Vue intérieure des coursives

Une cellule d'Alcatraz

Une cellule d’Alcatraz

Une visite très intéressante que je rêvais de faire depuis longtemps…

Annie

Croisière autour du monde : premières nouvelles…

14 janvier 2017

Nos intrépides croisiéristes repartis pour un nouveau périple autour du monde ont embarqué comme prévu le 7 janvier à Southampton d’où ils nous avaient envoyés leurs premières impressions et devaient traverser l’Atlantique nord en direction de New York, pour une arrivée prévue aujourd’hui 14 janvier. Mais depuis, sans doute en raison des difficultés de liaisons, nous n’avons reçu de leur part que ce premier message que nous vous livrons donc en l’état :

Nous naviguons toujours plein ouest et sommes à peu près à l’endroit où se produisit le naufrage du Titanic de la compagnie Cunard le 14 avril 1912. Le navire se déplace à 14 noeuds aujourd’hui sous un ciel nuageux et avec une température de 10 degrés.

A bord du Quenn Elisabeth de la compagnie Cunard

A bord du Quenn Elisabeth de la compagnie Cunard

J’ai envie de vous donner quelques chiffres concernant ce vaisseau. Il a été lancé en 2010 en remplacement du premier Queen Elisabeth qui avait commencé à voguer en 1929. Il fait 294 m de long pour 32 m de large et une hauteur de 54 m.

Il offre 12 ponts aux passagers qui sont 2081 quand le navire est plein, ce qui sera le cas après les grandes escales américaines (New York et San Francisco). Ces passagers sont répartis dans 1043 cabines et ils sont servis par un équipage de 1005 personnes.

La mer est un peu agitée mais pas au point d’être malades en ce qui nous concerne.
Nous avons deux piscines et 4 jacuzzis, 4 ou 5 restaurants dont des grills en plein air bien délaissés en ce moment mais qui feront le plein des que nous atteindrons des latitudes plus méridionales.
L’animation musicale est assurée par 4 pianistes, un orchestre de jazz de 8 musiciens, un quartet à cordes classique et l’orchestre du bateau qui illustre les soirées au Royal Court Theatre dont je vous ai parlé je crois.

La décoration du bateau est assez sobre avec des harmonies de beige et de vert amande. Elle évoque les années 30, lère des grands « liners » qui faisaient la traversée de l’Atlantique pour les magnats américains mais qui remplissaient aussi leurs soutes avec les émigrants venus de toute l’Europe.

Voilà, je crois que vous connaissez mieux le bateau maintenant et j’ajouterai pour conclure, qu’il est dirigé par une femme ce qui est une grande première depuis que nous faisons des croisières !

Annie

Nous aurons sans doute très prochainement un nouveau message, probablement une fois le navire arrimé dans le port de New York, en espérant bien entendu qu’il n’ait pas subi le même sort que son illustre prédécesseur évoqué dans ces quelques lignes.

Dessin de Lasserpe, publié dans Marianne

Dessin de Lasserpe, publié dans Marianne

On vient d’ailleurs d’apprendre que, selon le journaliste et écrivain irlandais Senan Molony, qui défend cette thèse dans un documentaire intitulé Titanic: The New Evidence et diffusé sur Channel 4, le naufrage du célèbre paquebot aurait pu en réalité être provoqué par un incendie mal maîtrisé qui s’était produit à bord avant sa mise en eau et qui aurait gravement fragilisé la coque, expliquant ainsi que le bateau ait pu couler aussi rapidement après avoir heurté un iceberg.

Quoi qu’il en soit, rien n’indique que le Queen Elisabeth ait subi le même sort que le Titanic lors de sa traversée de l’Atlantique nord, mais nous sommes en tout cas rassurés sur un point : même si cela devait arriver, l’orchestre à bord devrait être à la hauteur ! Dans la marine, on voit que les traditions ne se perdent pas…

A Marseille, le point G du système clientéliste…

12 décembre 2016

blog368_phextraitcarteC’est un reportage réalisé par trois jeunes auteurs-réalisateurs marseillais, Fanny Fontan, Romain Fiorucci et Frédéric Legrand, diffusé le 28 novembre 2016 dans l’émission Qui sommes nous ?, qu’il faut absolument visionner tant qu’il est encore disponible sur le site de France 3 Côte d’Azur. Un documentaire décapant, joliment intitulé « Le système G », en référence au clientélisme marseillais fortement développé par Gaston Deferre mais dont le successeur Jean-Claude Gaudin et son adversaire politique Jean-Noël Guérini se sont très largement inspirés pour le poursuivre voire l’amplifier.

Basée sur de nombreuses images d’archives et ponctuée par les témoignages d’une quinzaine d’acteurs locaux, élus, syndicalistes, militants associatifs ou universitaires, l’enquête est une plongée dans les turpitudes de la vie politique marseillaise mais avec une volonté de comprendre et d’expliquer qui en font un document très pédagogique et vivifiant.

Simon Sabiani

Simon Sabiani

Le reportage revient longuement sur la genèse de ce clientélisme à la marseillaise développé en particulier par Simon Sabiani qui fut premier adjoint de la ville à partir de 1929 et qui a organisé méthodiquement l’intimidation et la fraude électorale en s’appuyant sur ses « phalanges prolétariennes », véritables milices fascistes encadrées par deux figures notoires du grand banditisme, Paul Carbone et François Spirito.

Mais c’est le résistant socialiste Gaston Deferre qui installera le système dans toute sa splendeur. S’étant rendu maître, les armes à la main et avec l’aide d’une petite troupe de truands locaux, du siège du Petit Provençal, le journal collaborateur local, il s’appuie sur cet organe de presse devenu Le Provençal, pour conquérir la mairie et s’installer dans le fauteuil de maire en 1953 jusqu’à sa mort en 1986. A l’époque, les communistes représentent plus du tiers de l’électorat marseillais alors que le groupe socialiste de Gaston Deferre est très minoritaire à gauche. Qu’à cela ne tienne : il s’allie avec la droite en jouant sur la peur du communisme en cette période où la guerre froide bat son plein.

Gaston Deferre aux côtés de François Mitterrand en 1982 (photo AFP)

Gaston Deferre aux côtés de François Mitterrand en 1982 (photo AFP)

C’est d’ailleurs le point que met en avant le reportage : à Marseille, peu importe les idéologies, l’essentiel est de conquérir le pouvoir et de le conserver. Jean-Claude Gaudin sera élu en 1965 sur la liste conduite par Gaston Deferre et mettra en œuvre les mêmes recettes lorsqu’il conquerra à son tour la mairie en 1995, après l’intermède de Robert Vigouroux, présenté dans le film comme un véritable extraterrestre qui cherche à donner à la ville un nouvel élan en impulsant le projet Euroméditerranée mais qui ne sera pas réélu faut d’avoir su entretenir le réseau clientéliste local.

Jean-Claude Gaudin, en revanche, est tombé dans la marmite tout petit et poursuit avec bonheur la pratique de la cogestion avec le syndicat FO, tout puissant dans les services municipaux, de par la volonté de Gaston Deferre qui l’avait imposé pour affaiblir la CGT. La menace communiste a disparu depuis belle lurette, mais Gaudin continue à s’appuyer sans vergogne sur ce clientélisme syndical, allant jusqu’à se faire nommer membre d’honneur du syndicat en 2014 et déclarant devant la caméra : «  Aujourd’hui, il serait difficile d’accentuer le clientélisme. Par contre, vous avez la possibilité de recruter un certain nombre de personnes de votre choix, et ça, tout le monde l’a fait ». On ne saurait être plus clair en effet…

Réunion de syndicalistes de Force Ouvrière à Marseille en octobre 2016 (photo ©  J. Vinzent / Marsactu)

Réunion de syndicalistes de Force Ouvrière à Marseille en octobre 2016 (photo © J. Vinzent / Marsactu)

A Marseille, peu importe les idées politique et l’intérêt général : on s’arrange. Le documentaire insiste en particulier sur la fracture entre quartiers sud et quartiers nord de Marseille, là où l’on a construit à tour de bras pour loger les 300 000 nouveaux habitants, notamment pieds-noirs et harkis, venus grossir la ville entre 1950 et 1965, pour le plus grand profit de ceux qui étaient propriétaires de ces terrains. A chacun sa clientèle électorale et tant pis si ces nouveaux quartiers manquent d’équipements publics et s’il faut attendre la fin des années 1970 pour y installer le tout-à-l’égout. L’important est de s’assurer, par une distribution judicieuse des logement sociaux et des emplois, que chacun vote correctement, quitte à y ajouter un peu d’intimidation si besoin. Ici, on ne cherche pas à améliorer la vie sociale, on s’assure le maintien au pouvoir et on achète la paix sociale…

Lisette Narducci rejoint Jean-Claude Gaudin lors des municipales de 2014

Lisette Narducci rejoint Jean-Claude Gaudin lors des municipales de 2014

Même l’affrontement entre gauche et droite n’est souvent qu’un spectacle de façade. Renaud Muselier en fera les frais en 2008 et se faisant souffler la présidence de la communauté urbaine de Marseille malgré sa confortable avance électorale, grâce à une alliance objective de nombreux maires de droite avec le président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, le socialiste Jean-Noël Guérini, alors au fait de sa puissance et dont les services arrosaient alors à tour de bras. On voit d’ailleurs dans le documentaire ce même Guérini, revendiquant fièrement devant les caméras : « J’assume totalement le mot clientélisme ». De même, on verra lors des dernières élections municipales de 2014, une proche de Jean-Noël Guérini, Lucette Narducci, rejoindre carrément la liste de Jean-Claude Gaudin pour se faire élire maire de secteur.

On conçoit que dans un tel contexte, la population n’ait pas une grande estime envers les élus politiques locaux et que les taux d’abstention aux élections atteignent des sommets, pour le plus grand bénéfice d’ailleurs de ceux qui se chargent d’en orienter le résultat : moins l’on vote, moins il y a de voix à acheter pour peser efficacement sur les élections !

La sénatrice Samia Ghali et son mari Franck Dumontel

La sénatrice Samia Ghali et son mari Franck Dumontel

Les récents déboires avec la justice de la sénatrice Samia Ghali, relayés notamment par des articles publiés par Marsactu et Médiapart, montrent en tout cas que les nouvelles générations ne sont pas exemptes de dérive clientéliste, comme l’avait déjà mis en évidence l’affaire de corruption qui a abouti à la condamnation définitive de Sylvie Andrieux, accusée d’avoir versé entre 2005 et 2008 pour 700 000 € de subventions régionales pour des fins électorales à des associations fictives et qui vient tout juste de démissionner enfin de son poste de députée, le 9 décembre 2016.

Comme l’avait déjà révélé le journaliste Xavier Monnier dans son livre Les Nouveaux Parrains de Marseille (Fayard, septembre 2016), Samia Ghali et son mari Franck Dumontel (ancien directeur de cabinet à la région puis à la Communauté urbaine) ont quant à eux fait l’objet d’une enquête ouverte en mai 2016 pour détournement de fonds publics, corruption, favoritisme et blanchiment. Les faits reprochés sont multiples et concernent en particulier les conditions d’acquisition (et de régularisation) du patrimoine immobilier du couple, mais aussi la manière dont des subventions publiques conséquentes ont été accordées à plusieurs cousins de Samia Ghali alors que celle-ci était vice-présidente du conseil régional déléguée aux sports, à la jeunesse et à la vie associative, entre 2004 et 2010. On y apprend aussi que la sénatrice a versé 20 000 € de subvention à la commune d’Aubagne sur sa réserve parlementaire, juste après que cette même ville a accordé à son mari (devenu entre temps consultant auprès de collectivités territoriales) un juteux marché pour lequel il était seul à concourir.

Bref, le clientélisme politique et la corruption ordinaire n’ont pas encore totalement disparu du paysage politique local, loin s’en faut, et l’on voit bien que ceci ne peut que contribuer à alimenter la rhétorique du « tous pourris » dont le Front National fait ses choux gras. Ce n’est pas le moindre intérêt de ce documentaire que de montrer que les acteurs locaux ne sont pas dupes de ce système et que les citoyens aspirent désormais à d’autres pratiques plus constructives pour l’intérêt général. Chiche ?

L.V.  lutinvert1small

Le chauffage central, une idée vieille comme le monde !

15 novembre 2016

Les veillées autour du feu de camp ne datent pas de l’invention des joyeuses colonies de vacances ni même de la ruée vers l’ouest et de son folklore de cow-boys. On sait maintenant que la domestication du feu par l’homme est très ancienne, beaucoup plus en tout cas que ce qu’imaginait en 1909 l’écrivain de science fiction connu sous son pseudonyme J.H. Rosny aîné dans son célèbre roman La guerre du feu, qui était supposé se dérouler au Paléolithique, vers 80 000 ans avant notre ère, même si le roman fait se croiser des tribus apparentées pour partie aux Néanderthaliens et pour partie à des Homo sapiens, voire à des reliquats d’Homo erectus pourtant vraisemblablement disparus à cette date.

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Il a été depuis retrouvé en Chine sur le site de Zhoukoudian, des traces indiscutables d’un foyer entretenu par des Sinanthropes il y a plus de 400 000 ans, et sur lequel ont été durcies à la flamme des pointes de flèche en os et en bois de cerf. En Europe même, le plus ancien foyer préhistorique connu serait celui identifié en 2016 sur le site de Cueva Négra en Espagne, qui présente des traces de foyer vieux de 800 000 ans.

De ce point de vue, la grotte de Bruniquel découverte en 1980 en surplomb de l’Aveyron, dans le département de Tarn-et-Garonne, ne manque pas d’intérêt. Une vaste galerie qui a servi d’abri à des générations d’ours des cavernes conduit à une salle, située à plus de 300 m de l’entrée, qui présente au sol une construction circulaire formée d’un amoncellement soigneusement ordonné de 400 fragments de stalagmites brisées entassées comme pour circonscrire un foyer. De fait, des vestiges de combustion et des morceaux d’os calcinés ont été retrouvés dans cette structure étrange.

Structure circulaire construite à l'aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Structure circulaire construite à l’aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Une datation au carbone 14 a été réalisée en 1995 sur un morceau d’os brûlé trouvé sur place, mais le carbone 14 n’y est plus décelable, ce qui indique un âge supérieur à 47 600 ans. Il a fallu attendre 2011 pour qu’une chercheuse belge ait l’idée de procéder à une datation de la calcite des stalagmites en utilisant la méthode uranium-thorium. Cette datation a été effectuée par des équipes franco-belges issues en partie du CNRS, et les résultats de leurs analyses ont été publiées le 25 mai 2016 dans la revue Nature.

Les datations effectuées sur la calcite qui s’est déposée sur la structure construite, donc après l’abandon du site par ses aménageurs, aboutissent à un âge de 176 500 ans ! Cela signifie donc que les hommes qui ont réalisé cette construction et l’ont utilisée étaient les premiers représentants européens de l’Homme de Néanderthal, bien avant le Paléolithique supérieur.

Comme chacun sait, sauf le petit Nicolas (Sarkozy) qui l’a appris à ses dépens à l’occasion d’une visite en Dordogne, les Néanderthaliens ont côtoyé l’homme de Cro Magnon (qui lui est un Homo sapiens) mais ils étaient présents sur notre territoire bien avant lui. Rappelons en effet que les peintures rupestres de Lascaux (datées de 13 000 ans avant notre ère) et même celles de la grotte Cosquer (27 000 ans) voire celles de la grotte Chauvet (qui remontent à 38 000 ans) sont bien postérieures à cette époque où une tribu de Néanderthaliens se massait au fond de sa grotte de Bruniquel pour s’éclairer, se chauffer et sans doute se rassurer, autour d’un bon feu.

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Cette datation récente remet en question bien des préjugés sur la société néanderthalienne dont on n’imaginait pas jusque là qu’elle ait pu atteindre un tel niveau d’organisation collective pour construire et entretenir une telle structure relativement complexe, ni même qu’elle ait pu à une date aussi reculée apprivoiser de telle manière le monde hostile et inhospitalier des grottes souterraines, jusqu’à s’y aménager un intérieur douillet autour d’un bon feu de bois soigneusement entretenu.

L’histoire ne dit pas (encore) à quoi a servi réellement cet amoncellement de fragments de stalagmites peut-être davantage destinées à l’éclairage qu’au chauffage du groupe humain qui l’avait ainsi édifié au centre de son habitation. Elle ne précise pas non plus comment étaient évacuées les fumées dans un espace aussi confiné. Certes, l’époque ne se prêtait pas encore à la controverse quant au rôle nocif des particules fines liées à une combustion incomplète dans un foyer ouvert. Il importe donc de ne pas tirer de conclusion hâtive quant à l’impact sanitaire d’une telle exposition en s’appuyant sur le fait que tous les témoins de la scène sont malheureusement morts depuis belle lurette…

L.V.   lutinvert1small

Mais que faisait donc Tony Garnier à Carnoux ?

19 septembre 2016

Chacun à Carnoux-en-Provence a déjà entendu le nom de Tony Garnier qui a donné son patronyme à une salle municipale, une rue et maintenant au parc qui vient d’être aménagé en plein centre ville, en lieu et place de l’ancienne galerie marchande désuète et vétuste, construite en 1960 entre l’église et la mairie de Carnoux. Mais qui à Carnoux sait réellement qui était ce fameux Tony Garnier et en quoi il a marqué d’une telle empreinte indélébile l’histoire de la jeune commune qui vient tout juste de fêter son premier cinquantenaire ?

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Le nouveau Parc Tony Garnier à Carnoux

Ce n’est en effet ni un de ces pionniers qui ont aménagé ce vallon suite à leur rapatriement forcé d’Afrique du Nord, ni un ancien maire de la commune comme Jean Chaland qui a laissé son nom à un autre jardin public de la ville, ni même un de ces anciens officiers de l’armée coloniale, le maréchal Lyautey en tête, dont on retrouve les noms sur nombre de plaques de rue carnussiennes.

L'architecte Tony Garnier

L’architecte Tony Garnier

A Lyon, en revanche, chacun connaît Tony Garnier, un enfant du pays, qui y est né en 1869 et y a passé l’essentiel de sa vie. Cet architecte a remporté en 1899 le premier grand prix de Rome, ce qui lui a valu un séjour très prisé à la fameuse Villa Médicis à Rome, séjour durant lequel il imagine son projet de Cité industrielle, une forme urbaine idéale en béton armé et en verre, destinée à héberger 35 000 habitants et conçu dans le plus pur esprit des utopies socialistes du XIXème siècle.

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

Vue aérienne de la halle Tony Garnier à Lyon

L’arrivée à la mairie de Lyon du radical Edouard Herriot en 1905 lui permet de lancer ses premières grandes réalisations. C’est notamment lui qui érige la fameuse halle en structure métallique de 210 m de longueur qui porte toujours son nom et qui servit longtemps d’abattoirs pour l’agglomération lyonnaise. Classée monument historique en 1975, elle est toujours debout et a été reconvertie en salle polyvalente et lieu d’exposition.

Vue aérienne récente de l'hôpital Edouard Herriot

Vue aérienne récente de l’hôpital Edouard Herriot

A partir de 1911, c’est le même Tony Garnier qui s’attelle à la construction de l’hôpital Grange-Blanche, qui reste à ce jour le plus grand complexe hospitalier de la métropole lyonnaise, après avoir été rebaptisé du nom de l’ancien maire Edouard Herriot. Conçu sous forme de multiples pavillons spécialisés reliés entre eux par des coursives souterraines, cet hôpital est toujours fonctionnel près d’un siècle après son achèvement.

Le stade de Gerland peu après sa construction

Le stade de Gerland peu après sa construction

Et ce n’est pas tout car on doit aussi à cet architecte lyonnais la réalisation du célèbre stade de Gerland, toujours exploité même si l’Olympique Lyonnais a désormais déménagé pour investir le nouveau stade construit à Décines à l’occasion de l’Euro 2016.

La cité des États-Unis à Lyon

La cité des États-Unis à Lyon

C’est lui encore qui a conçu et réalisé, entre 1919 et 1933, le fameux quartier des États-Unis, dans le 8ème arrondissement de Lyon. Un ensemble urbain pour revenus modestes, inauguré en même temps que le quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, encore habité de nos jours et où a été récemment installé un musée urbain en son honneur, qui retrace son parcours et ses réflexions d’urbaniste précurseur. Son style dépouillé et très fonctionnel inspirera d’ailleurs largement les urbanistes soviétiques de la période stalinienne.

On ne s’attend donc pas nécessairement à ce qu’un tel personnage soit autant célébré dans une ville comme Carnoux, aussi loin de ses terres de prédilection ! La raison d’un tel engouement des habitants de Carnoux en faveur de cet architecte et urbaniste lyonnais réside en réalité dans le fait que Tony Garnier est venu passer les dernières années de sa vie à l’hôtellerie de la Crémaillère où il est mort en janvier 1948… A l’époque, la ville de Carnoux n’existait pas encore et l’ancienne bâtisse du XVIIème siècle, autrefois utilisée comme relais de diligence et alors reconvertie en hôtel, se trouvait à cette époque sur le territoire de Roquefort-La Bédoule.

L'hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’hostellerie de la Crémaillère à Carnoux, où Tony Garnier a fini ses jours

L’architecte n’est d’ailleurs même pas enterré ici puisque ses restes ont été rapatriés à Lyon dès 1949 et reposent désormais au cimetière de la Croix-Rousse. Il n’en demeure pas moins que sa villégiature provençale au soir de sa vie aura suffi à ancrer fortement la mémoire de ce personnage dans l’imaginaire carnussien au point de voir son nom omniprésent dans la commune. Comme quoi, la renommée post-mortem ne tient parfois qu’à un fil…

L.V.  LutinVert1Small

Marseille a du plomb dans la calanque…

7 septembre 2016

Reconnues pour la beauté de leurs paysages et la richesse de leurs fonds marins, classées Natura 2000 et intégrées depuis 2012 dans un Parc national, les calanques de Marseille n’ont pas toujours été protégées comme elles le devraient. Au XIXe siècle, elles étaient au contraire le siège d’une intense activité industrielle, en cohérence avec un décret napoléonien de 1810 qui préconisait précisément que les usines dangereuses et polluantes devaient être reléguées le plus loin possible des endroits habités. Quoi de plus logique donc que de implanter dans les calanques qui n’étaient guère fréquentées que par quelques pêcheurs et de rares bergers.

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Carte des anciennes activités industrielles entre Montredon et Callelongue

Dès 1810, une première usine de soude destinées à alimenter les savonneries de Marseille s’installe ainsi au pied du Mont Rose, dans la calanque de Saména, le long de la petite route qui conduit de la Madrague de Montredon à Callelongue en passant par le petit port des Goudes.

C’est le début d’une vague d’industrialisation qui verra le littoral se couvrir progressivement d’innombrables entreprises polluantes. A partir de 1870, le développement du procédé Solvay, permettant de fabriquer la soude à moindre coût, entraine le déclin des usines marseillaises qui n’ont pas réussi à négocier ce virage technologique. Mais ce n’est pas pour autant que les activités polluantes disparaissent du secteur, bien au contraire. Dès le milieu du XIXe siècle s’installent une nouvelle activité liée au traitement de minerai de plomb, importé par bateaux depuis les mines italiennes et espagnoles.

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Ancienne usine de l’Escalette (www.delcampe.net)

Sept unités de production voient ainsi le jour, la plus importante étant celle de l’Escalette qui fournira jusqu’à 3000 tonnes de lingots de plomb par an et qui sera la dernière à fermer ses portes en 1924 après 73 ans d’activités. D’autres activités industrielles se développent dont une verrerie à Montredon, une usine de soufre aux Goudes ou une station de traitement de pétrole au col de Sormiou. L’ancienne usine de plomb de l’Escalette, quant à elle, est reconvertie pour fabriquer de l’acide tartrique, encore une activité potentiellement impactante pour l’environnement.

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Vue aérienne de l’ancienne usine de l’Escalette et dépôts de scories

Elle sera la dernière à fermer, en 2009, après un baroud d’honneur de ses salariés qui essaient tant bien que mal de conserver leur outil de travail. L’usine Legré-Mante est alors la dernière à produire en France de l’acide tartrique, un produit très utilisé dans l’industrie alimentaire et notamment pour la vinification, mais aussi en pharmacie. Mais son propriétaire, la famille Margnat, magnat du gros rouge qui tâche, patron de multiples sociétés dont Kiravi, et gros contributeur de l’UMP, a d’autres projets de nature immobilière et envisage de revendre le tout pour 42 millions d’euros. L’usine est évacuée de force par les CRS, les installations rapidement saccagées, mais le projet tombe à l’eau car le coût de dépollution du site est jugé pharamineux…

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic...

La calanque de Saména, un petit coin de paradis riche en arsenic…

Il faut en effet se rendre à l’évidence : après deux siècles d’activité industrielle débridée, les dégâts environnementaux sont colossaux…Depuis 2000, les plaintes des riverains commencent à faire bouger l’État et le Département. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, gros acquéreur d’espaces naturels, se retrouve en effet un des principaux propriétaires foncier du secteur. Les anciens exploitants s’étant discrètement défilés, c’est donc lui qui entreprend en 2002 une série de travaux d’urgence. Le sable de la petite plage de Saména est remplacé et on projette un peu de béton pour masquer les terrils de scories les plus voyant qui menacent de s’ébouler.

Scories en remblai sous la route des Goudes

Scories en remblai sous la route des Goudes

En 2005, les services de l’État attrapent le taureau par les cornes et lancent un premier inventaire des zones polluées. Ils recensent ainsi pas moins de 29 ha d’accumulation de scories chargées en métaux lourds et riches en arsenic. Ces dépôts ont même été largement utilisés pour refaire l’assise de la route jusqu’à Callelongue, tout le long du littoral !

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Panneaux mis en place en 2005 à Saména

Les sédiments côtiers révèlent des teneurs en plomb et en arsenic qui dépassent allègrement toutes les normes admises. Quant aux moules et aux oursins, leur teneur en plomb les rend totalement impropres à la consommation. A l’issue de cette étude réalisée par l’institut national de veille sanitaire, des mesures drastiques sont prises car le risque est jugé très élevé en particulier pour les enfants. Des consultations pour le dépistage du saturnisme sont organisées. La pêche est interdite, de même que l’accès à la plage de Saména, le Conseil général se chargeant de mettre en place des panneaux avertissant du danger.

Ensuite, il ne se passe plus grand-chose jusqu’en 2012, les habitudes reprenant rapidement le dessus et les panneaux étant discrètement arrachés pour ne pas inquiéter inutilement les touristes. En mars 2012 cependant, toujours à l’initiative du Ministère de l’environnement, l’ADEME est chargé de mettre en place un programme de dépollution du site. Il était grand temps, un mois avant la création officielle du Parc national des Calanques !

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Ruines de l’ancienne usine de Plomb à L’Escalette © DR

Avec l’aide du bureau d’étude Burgeap, l’ADEME s’attache donc à dresser un diagnostic de la situation et à proposer un programme d’action. La tâche est immense car il faudrait retirer ou neutraliser des dizaines milliers de m3 de dépôts fortement chargés en métaux et métalloïdes en évitant toute dispersion dans l’atmosphère, le tout dans des secteurs difficiles d’accès, très fréquentés, avec des contraintes environnementales sévères, en bordure de mer et dans les vallons. Il convient aussi de mettre en sécurité les immenses cheminées rampantes, partiellement éventrées et encroutées de scories dangereuses, qui servaient à extraire les fumées des anciennes fonderies et courent à flanc de colline sur plusieurs centaines de mètres.

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Piquets délimitant les zones les plus polluées (photo publiée par Marsactu)

Une œuvre titanesque dont le coût a été évalué en 2013 entre 2 et 3 millions d’euros ! Dans le cadre du Contrat de Baie signé le 29 octobre 2015, l’État s’est engagé à hauteur de 2 millions d’euros et le Conseil général pour près de 1 million. Mais en 2016, rien n’a encore été mis en œuvre… Le reportage d’Envoyé spécial, diffusé le 28 juillet 2016 et intitulé « Calanques en eaux troubles » confirme que sur place rien ne permet plus aux touristes de savoir qu’ils se baignent dans un site fortement pollué. Des piquets ont bien été mis en place pour délimiter les principaux dépôts de scorie comme l’a observé un journaliste de Marsactu dans un article publié le 6 août 2016, mais sans aucune indication pour préciser de quoi il retourne !

Calanque de samena (source : La Nuit magazine)

Calanque de Saména (source : La Nuit magazine)

Quant au maire de Marseille, l’affaire ne l’inquiète pas plus que ça. Estimant que les mesures prises sont largement excessives, il considère que la presse « affole les foules ». Pas de quoi en tout cas l’inciter à retirer la calanque de Saména de la liste des 21 plages dont le site internet de la Ville fait la promotion. Même si la baignade n’y est pas surveillée, le site est encore placé en bonne position sur le site officiel de la mairie sous le slogan réconfortant : « un été en toute sécurité ». On ne saurait mieux dire en effet…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Carnoux jubile… sous le regard de Marsactu

18 juillet 2016

Blog324_PhJubilePersonne, parmi les quelques 6900 habitants de Carnoux-en-Provence, ne peut décemment ignorer que la ville, érigée en commune en 1966, fête cette année son jubilé, comme le proclament fièrement les placards publicitaires de 12 m² loués à l’année par la municipalité à chacune des entrées de la commune, et comme il est affiché en lettres géantes sur le fronton de la mairie depuis le début de l’année. Bien peu en revanche, sans doute, connaissent Marsactu, qui pourtant vient de consacrer à Carnoux un long article à découvrir ici.

Créé début 2010, Marsactu est un site web d’information locale, généralement bien informé et qui n’hésite pas à creuser les sujets en grattant un peu derrière la façade à laquelle s’arrête trop souvent le quotidien local de référence qu’est La Provence. Collaborant fréquemment avec Mediapart ou Rue89, en particulier sur des sujets touchant à la vie politique marseillaise et au fonctionnement -parfois surprenant- des collectivités territoriales du crû, Marsactu a connu un certain succès grâce à son modèle de diffusion gratuite, financée par la publicité. En mars 2015 néanmoins, sa société éditrice, Raj Médias, est placée en liquidation judiciaire. Cinq journalistes de la rédaction décident alors de racheter le site et ses archives après avoir lancé une demande de financement participatif, et en octobre 2015 le site est de nouveau actif. Fort désormais de 1500 abonnés, Marsactu s’apprête à ouvrir une plateforme de blog et lance une nouvelle souscription pour se développer.

Blog324_PhMessager1961

Dans ce long article paru en juin 2016, la journaliste de Marsactu, Clémentine Vaysse, insiste lourdement sur l’histoire de la ville, fondée par des rapatriés du Maroc puis d’Algérie à partir de 1962, n’hésitant pas à remuer le couteau dans la plaie en rappelant les malversations de la Coopérative immobilière française, créée en 1957 à Casablanca par Gilbert Cabanieu et Emilien Prophète, qui n’hésitait pas à revendre plusieurs fois des terrains à des expatriés français aux abois mais encore très éloignés de là. La journaliste a ainsi interrogé Christian Fenech, président de l’association Racine Pieds-Noirs qui se souvient : « Fin 61-début 62 mon grand-père avait vu une annonce dans la presse locale vantant ce vallon qui pouvait accueillir les rapatriés. La CIF avait vendu plusieurs fois les terrains en pensant que les pieds-noirs ne quitteraient jamais l’Algérie. Quand ma famille est arrivée, moi bébé, le terrain était occupé et on nous a mis ailleurs, sous des tentes de camping ». Comme le rappelle Marsactu, ces magouilles vaudront à Emilien Prophète d’être condamné…

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

Emilien Prophète, interviewé en 1966 par Cinq colonnes à la une (archives INA)

L’article de Marsactu s’étonne d’ailleurs que le jubilé de Carnoux soit aussi peu centré sur l’histoire si singulière et somme toute encore très récente qui a conduit à l’édification, par une poignée de rapatriés d’Afrique du Nord, d’une ville nouvelle dans ce vallon déserté entre Aubagne et Cassis où ne se trouvaient alors que « des terrains cultivés et beaucoup de garrigue avec deux fermes inoccupées », comme l’a décrit l’adjoint au maire Nicolas Bouland dans sa conférence le 20 mai dernier, un des rares événements de ce jubilé qui se fasse l’écho de ce passé original.

La journaliste a certes observé que le nom du maréchal Lyautey, grande figure militaire de la colonisation du Maroc, est omniprésent dans la ville mais, comme nous, s’est étonnée que son buste qui trônait pourtant en bonne place sur ce qui faisait office de monument aux morts avant d’être évincé au profit d’un immeuble HLM, ait disparu de la circulation : aurait-il été perdu lors du déménagement ?

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Inauguration du centre-ville de Carnoux le 11 juin 2016

Un nouveau monument aux morts a bien été édifié en bordure du nouveau parc Tony Garnier, inauguré en grandes pompes le 11 juin 2016 en présence du gratin de la Droite locale et bien sûr de la présidente du Conseil départemental qui a très largement financé l’essentiel des travaux de réhabilitation du centre-ville de Carnoux.

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Nouveau monument aux morts de Carnoux

Curieusement, l’inscription portée sur cette plaque de calcaire précise que le monument en question a été « offert par Carnoux Racines », l’autre association de pieds-noirs installée à Carnoux, elle-même largement subventionnée par la Commune, au point que l’on ne sait plus très bien qui a finalement payé cette plaque…

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (reportage Cinq colonnes à la une)

Melchior Calendra dans sa boutique de Carnoux en 1966 (archives INA)

Toujours est-il que cette plaque porte une inscription pour le moins ambiguë puisqu’il y est écrit en partie basse : « En hommage aux Français d’Afrique du Nord morts pour la France ». S’agit-il d’un hommage aux anciens terroristes de l’OAS dont on sait que le président de Carnoux Racines, l’ex vendeur de parapluies Melchior Calandra, interviewé dans son magasin de Carnoux en 1966 pour les besoins de l’émission Cinq colonne à la une, s’est toujours senti très proche ? Ou s’agit-il plutôt de rappeler le souvenir des goumiers, ces troupes de supplétifs marocains créées en 1908 et qui en août 1944 ont participé activement à la libération de Marseille après avoir débarqué à Fréjus le 17 août ?

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Troupes de goumiers sur le sol français en août 1944

Après avoir participé à la libération de Toulon, trois groupements de tabors marocains (un tabor étant l’équivalent d’un bataillon constitué de 3 à 4 goums) traversent alors rapidement le massif de la Sainte-Baume et participent à partir du 21 août 1944 à de violents accrochages avec l’armée allemande du côté d’Auriol et de la Valentine, mais aussi à Peypin et Cadolive. Ce sont aussi des troupes marocaines qui sont chargées d’attaquer Aubagne et il échoit au 1er Tabor, commandé par le chef de bataillon Meric et constitué des 58ème, 59ème et 60ème Goums, de déborder les défenses allemandes par le Sud le long de la voie ferrée. Le lendemain, c’est le 6ème Goum qui s’empare de la colline de Carnoux avant d’occuper le camp de Carpiagne, point d’appui pour filer vers Marseille par le col de la Gineste tandis que des unités du génie civil s’emploient à déminer la route Aubagne-Cassis qui traverse le vallon de Carnoux.

Une histoire glorieuse donc, qui se solda par de très nombreux morts parmis les rangs des soldats marocains et de leurs officiers français, mais qui semble avoir été quelque peu occultée par les deux associations dont le siège est à Carnoux et qui entretiennent la mémoire des pieds-noirs, mettant pourtant en exergue la célèbre citation d’Albert Camus : « Nul ne peut savoir où il va s’il ne sait d’où il vient ».

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

Pèlerinage du 15 août à Carnoux-en-Provence

A Carnoux, 50 ans après la création de la commune par ceux que le maire actuel qualifie dans son dernier éditorial du Messager d’ « admirables pionniers », il semblerait qu’enfin la page du souvenir ait été tournée, même si déjà se prépare le prochain rassemblement de pieds-noirs organisé traditionnellement chaque année à Carnoux pour le 15 août avec procession, curé en tête et bannières au vent, jusqu’à la croix, perchée sur la colline et supposée orientée en direction de Sidi Ferruch, une presqu’île située à 30 km d’Alger où a débarqué l’armée française en juin 1830, premier acte de l’invasion de ce pays.

Pour Marsactu, la meilleure preuve de la perte d’influence des pieds-noirs à Carnoux réside dans le choix d’un groupe de musique celtique pour le concert gratuit qui devait se dérouler samedi 16 juillet, et qui d’ailleurs a finalement été annulé suite à l’attentat de Nice. Il semblerait en effet que pour ce concert certains Carnussiens, qui n’ont donc pas été suivis, auraient préféré un récital d’Enrico Macias : nostalgie, quand tu nous tiens…

L.V. LutinVert1Small

Inondations à Paris : qui l’eut cru ?

11 juillet 2016

Le 4 juin 2016, l’épisode est encore tout frais dans notre mémoire, la Seine à Paris atteignait au petit matin la cote de 6,10 m au droit du pont d’Austerlitz qui sert de référence pour les mesures hydrométriques. Le RER C avait alors été fermé par précaution et la navigation interrompue depuis plusieurs jours déjà, tant au niveau des voies sur berges alors largement submergées que sur la Seine elle-même qui n’est plus navigable dès que la cote atteint 4,30 m : il ne s’agit pas qu’une péniche vienne se coincer sous un pont !

Les journaux télévisés diffusaient alors en boucle les images de l’autoroute A10 totalement noyée à proximité d’Orléans, prenant au piège des centaines d’automobilistes et de camionneurs, tandis que le centre de Nemours était évacué de ses habitants à l’aide de barques et de kayaks. Mais ce que chacun redoutait alors, c’est que la Seine ne continue à monter dans l’agglomération parisienne, au risque de s’engouffrer dans les tunnels de métro et les innombrables galeries souterraines qui minent le sous-sol parisien.

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

La gare Saint-Lazarre sous les flots en 1910

Il s’en est fallu encore une fois de quelques dizaines de centimètres, comme en 1982 où la Seine avait atteint la cote de 6,15 m le 14 janvier. Heureusement, on était loin des niveaux atteints en 1955 (7,10 m) et surtout en janvier 1910, dernière crue importante de la Seine qui était alors montée à 8,62 m au pont d’Austerlitz, provoquant une inondation très large de Paris et de sa banlieue. L’eau s’était alors propagée très loin du lit habituel de la Seine en s’engouffrant dans les tunnels de métro alors en construction et venant s’étaler jusqu’au niveau de la gare Saint-Lazarre. Il avait alors fallu attendre plus d’un mois pour que l’eau finisse par disparaître des rues de la capitale, et bien plus longtemps encore pour arriver à nettoyer la ville des déchets et de la boue qui s’étaient amoncelés.

C’est ce souvenir de la dernière crue centennale de la Seine à Paris que le photographe de talent Jérôme Knez a voulu faire revivre en superposant des images d’archives avec d’autres prises exactement au même endroit lors de cette inondation récente de juin 2016.

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Baignade dans la Seine, quai d’Orléans, vers 1930 (© J. Knez)

Cet artiste, dont les œuvres sont diffusées sur son blog Golem13, s’est fait connaître en superposant des photos anciennes à leur décor actuel et sa série sur le Paris historique, intitulée « Paris. Fenêtre sur l’Histoire » est absolument remarquable.

En tout cas, l’idée de juxtaposer des prises de vue du même paysage urbain lors des deux crues de 1910 et 2016 donne un résultat saisissant et particulièrement pédagogique. Une occasion unique de nous rendre compte que l’épisode que nous venons de vivre il y a quelques semaines, s’il a pu être localement exceptionnel en particulier dans la vallée du Loing, était très en deçà de ce que pourrait produire à Paris une crue centennale comme celle vécue en janvier 1910.

Blog321_PhOdeon

Un admirable travail de photographe, cadré au millimètre, mais aussi un véritable talent de pédagogue qui méritait d’être salué. Chapeau l’artiste !

Sur le pont d'Arcole en 1910

Sur le pont d’Arcole en 1910

et en 2016

et en 2016

Le pont Saint-Michel en 1910...

Le pont Saint-Michel en 1910…

et en 2016

et en 2016

Sur le pont Sully en 1910...

Sur le pont Sully en 1910…

et en 2016

et en 2016

Un constat en tout cas au vu de ces photographies : quelle que soit l’époque, en juin 2016 comme en janvier 1910, le Parisien est toujours aussi curieux des phénomènes naturels et vient s’agglutiner en masse sur tous les ponts de la capitale à la moindre crue…

L.V.  LutinVert1Small

Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit

4 juillet 2016

L’ancien premier ministre Michel Rocard s’est éteint le 2 juillet 2016, à l’âge de 85 ans, sans avoir pu exercer la fonction de Président de la République à laquelle il avait longtemps aspiré. L’ancien scout dont le nom de totem était Hamster érudit, figura pourtant un temps parmi les personnalités politiques les plus populaires auprès des Français.

Blog319_PhAdieuRocard

Son père était le physicien renommé Yves Rocard, qui dirigea, après la mise à l’écart de Frédéric Joliot-Curie, les programmes scientifiques ayant conduit à l’élaboration de la bombe atomique française avant de se passionner pour le magnétisme et de tenter d’expliquer rationnellement l’utilisation de la radiesthésie par les sourciers. Il semblerait d’ailleurs que le physicien, impérieux et plutôt conservateur, n’ait jamais beaucoup apprécié les orientations professionnelles ni le parcours politique de son fils, ce qui fut assez mal vécu par le jeune Michel Rocard…

Ce dernier intègre Sciences Po et l’ENA où il se lie d’amitié avec un certain Jacques Chirac qu’il essaie de convaincre d’adhérer également à la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, dont Michel Rocard était membre dès ses 17 ans. Peine perdue : pas assez à gauche pour Chirac qui n’avait pas encore fait son revirement idéologique !

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

D’ailleurs, le militant Rocard quittera lui-même le navire dès 1958, en plein désaccord avec Guy Mollet et François Mitterrand, quant à la position des socialistes sur l’indépendance de l’Algérie. Il entame alors une carrière de haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances tout en continuant à militer, sous le pseudonyme de Georges Servet… Il participe ainsi à la création du Parti socialiste autonome, puis unifié, le PSU, dont il prendra la tête en 1967.

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

En 1969, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle suite au départ anticipé du général de Gaulle et recueille à peine 3,66 % des suffrages. Ce n’est pas brillant, mais le candidat de la SFIO, Gaston Deferre, fait à peine mieux avec 5 % des voix ! Ce n’est qu’en 1974, 3 ans après le congrès d’Epinay, que Michel Rocard finit par rejoindre le PS, où il incarna longtemps l’aile droite, la fameuse « deuxième gauche » sociale-démocrate et réformiste, désormais représentée notamment par Manuel Valls qui débuta d’ailleurs sa carrière politique dans son cabinet…

Elu brièvement député des Yvelines dès 1969, c’est en 1977 que Michel Rocard devient maire de Conflans-Sainte-Honorine avant de retrouver son mandat de député en 1978. En 1981, il se voit obligé de retirer sa candidature à la Présidence de la république au profit de François Mitterrand mais sera nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy ministre du Plan (où il fut à l’origine des fameux contrats de plans État-Régions, les CPER, toujours en vigueur actuellement), puis ministre de l’agriculture, avant de démissionner en 1986 pour protester contre l’adoption du scrutin proportionnel qui permettra au Front National de rentrer à l’Assemblée.

En 1988, c’est la consécration puisque François Mitterrand, nouvellement réélu, le nomme premier ministre. Mais les élections législatives qui suivent ne lui donnent qu’une majorité relative, ce qui l’amène à nommer dans son deuxième gouvernement des « ministres d’ouverture », tels que Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru.

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Ces trois années passées à la tête du gouvernement laisseront de nombreuses traces avec notamment la création du RMI, le revenu minimum d’insertion, qui entre en vigueur début 1988. C’est lui aussi qui met en place la CSG, la Contribution sociale généralisée, destinée à élargir l’assiette des contributions sociales. Lui aussi qui contribue à ramener la paix civile en Calédonie après l’épisode sanglant de l’assaut à la grotte d’Ouvéa. Lui enfin qui devra faire face à une forte poussée de la xénophobie attisée, déjà, par le Front National, en pleine affaire du foulard islamique à l’école. Il prononcera d’ailleurs dès juin 1989 une phrase souvent reprise depuis « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ». Certains ont voulu depuis édulcorer sa pensée mais, comme l’a encore rappelé Libération, ses paroles reflétaient bien alors un discours de fermeté face à l’immigration économique.

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Et pourtant, malgré un bilan plus qu’honorable, le mercredi 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie sans prévenir pour nommer à sa place la maire de Châtellerault, Edith Cresson, qui ne restera que moins d’un an en poste. Le coup est rude pour Michel Rocard qui avait déjà beaucoup souffert, durant son séjour à Matignon, d’une hostilité à peine masquée de la part du Chef de l’État.

En 1993, Michel Rocard espère que son heure est enfin arrivée. Il devient premier secrétaire du PS suite à l’échec des législatives et se prépare pour les présidentielles de 1995. Mais en juin 1994, la liste PS qu’il conduit pour les élections européennes ne recueille que 14,5 % des voix : un score dérisoire qui est dû à la concurrence de la liste Tapie, largement soutenue par François Mitterrand. Cette dernière peau de banane sera fatale puisqu’elle lui fait perdre son fauteuil de premier secrétaire du PS et le conduit même à abandonner en 1994 sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Il se place alors largement en retrait de la vie politique même s’il a du mal en 2007 à rester coi face à la candidature de Ségolène Royal qui l’exaspère. En janvier 2009, il démissionne de son dernier mandat au Parlement européen, sous les applaudissements de l’hémicycle. Il continue néanmoins à s’investir auprès de la fondation Terra Nova et accepte même plusieurs missions que lui confie Nicolas Sarkozy en 2009, dont un rapport sur la taxe carbone et une réflexion sur la mise en œuvre du grand emprunt national.

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

A 80 ans, il est même nommé ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique ! Un âge qu’il a d’ailleurs bien du mal à accepter malgré un grave accident cardio-vasculaire qui l’avait atteint en 2007 lors d’un voyage en Inde. Le Monde rapporte qu’il avait coutume de dire : « La vie active s’arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi ! » Une belle leçon de vie en tout cas de la part d’un homme de conviction, travailleur acharné et débateur passionné dont le débit de mitraillette et les phrases alambiquées laissaient souvent perplexe mais rarement indifférent…

L.V.   LutinVert1Small

Dom Helder Camara : paroles de sagesse

1 juin 2016

Disparu en 1999 à 90 ans, l’évêque brésilien Dom Helder Camara a fortement marqué l’Église de son temps et fut dans les années 60 à 80 une figure marquante de la Théologie de la Libération et plus largement des efforts d’émancipation des populations du Tiers-Monde. Proposé quatre ans de suite pour recevoir le Prix Nobel de la Paix, Dom Helder Camara fut aussi en butte à l’hostilité des factions les plus réactionnaires de l’Église catholique. Et pourtant, son procès en béatification ouvert en juillet 2013 est en bonne voie, sous l’impulsion de l’actuel pape François, le Saint-Siège ayant fait savoir début 2015 que « rien ne s’oppose » à l’ouverture de l’enquête en béatification qui est donc en cours.

Blog308_PhLivreAlors que l’on reparle ainsi de « l’évêque des pauvres », voici que vient de paraître aux éditions Bayard un livre passionnant qui propose une sélection de lettres écrites par Dom Helder Camara en 1964 et 1965, alors qu’il vient tout juste d’être nommé archevêque d’Olinda et de Recife et qu’il prend ses fonctions dans un contexte très particulier puisque survenant juste après le coup d’état militaire de l’armée brésilienne et en pleine préparation du Concile Vatican II.

Ces missives, traduites par le journaliste José de Broucker et soigneusement sélectionnées par Sophie Gallé-Soas, sont dites « interconciliaires » car rédigées entre deux sessions du concile, avec d’ailleurs une interruption en milieu de période, alors que l’évêque se rend à Rome pour la troisième session du concile entre le 10 septembre et le 23 novembre 1964. Rédigées de nuit, ces lettres qui reflètent l’activité et les réflexions du nouvel évèque, traduisant au jour le jour ses espoirs et ses doutes, constituent un extraordinaire témoignage d’une période d’intense engagement de sa part.

Issu d’une famile brésilienne de 13 enfants, Dom Helder Camara avait été ordonné prêtre en 1931 à Fortaleza, puis consacré en 1952 évêque de Rio de Janeiro où il s’emploie à défendre les droits des habitants les plus pauvres des favelas tout en concourrant à la création du Conseil épiscopal d’Amérique latine et à la préparation du futur concile Vatican II, ouvert en 1962 par le pape Jean XXIII et clôturé en 1965 par son successeur Paul VI dont Helder Camara était assez proche.

Dom Helder Camara en 1974

Dom Helder Camara en 1974

Violemment attaqué par certains milieux conservateurs de l’Église brésilienne, Helder Camara est écarté de Rio et nommé archevêque de Recife, la capitale du Pernambouc un des états les plus pauvre du nord-est brésilien. A 55 ans, il prend ses nouvelles fonctions en avril 1964, une dizaine de jours seulement après le coup d’état militaire qui sonne le glas de la démocratie brésilienne. Il restera à ce poste jusqu’en 1985, ce qui coîncide précisément avec la fin de la dictature militaire et l’élection du président Tancredo Neves…

Ses relations avec la junte militaire au pouvoir sont d’ailleurs parfois tendues, lui que certains n’hésitaient pas à surnommer « l’évêque rouge » et qui s’en étonnait en ces termes : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste ». Dans ses premières lettres retraçant son arrivée à Recife, il évoque d’ailleurs ses démêlés avec les militaires qui pénètrent en armes jusque dans le palais épiscopal pour venir arrêter des suspects, ce dont il proteste officiellement auprès du cabinet du général.

Avec même un certain succès, au point de conclure modestement : « l’incident m’a rapproché du véritable commandant de la révolution ici ». Il relate ainsi un entretien de 2 heures avec le général de la place à qui il n’hésite pas à dire ; « Général : celui qui vous parle est votre évêque […]. Acceptez cet avis fraternel […] : la sincérité de l’anticommunisme de beaucoup de militaires a été amplifiée par l’anticommunisme d’hommes d’affaires qui voulaient seulement défendre leurs propres intérêts… ».

Favela actuelle à Recife

Favela actuelle à Recife

Les relations avec les autorités locales de la junte militaire ne seront pas toujours aussi cordiales, d’autant que l’évêque dès les premiers jours de son arrivée part à la rencontre des pauvres dans leurs baraquements des favelas locales, pataugeant dans la boue des alagados, au milieu des marécages inondables… Et l’évêque se fait géographe pour analyser : « Des 146 km² du territoire de Recife, 97 sont occupés par des bidonvilles… Seulement 9 % des taudis sont la propriété des occupants, les autres sont loués ».

Face à cet océan de misère, Dom Helder Camara s’efforce de réduire le train de vie de son Église. Il se déplace en autobus et décide d’ouvrir le palais épiscopal à la foule des fidèles, laissant les enfants des rues gambader dans les jardins, quand il ne joue pas avec eux, leur proposant des parties de billes et de lancer de fléchettes… Mais il se retrousse les manches et se coltine aux dures réalités économiques qui entretiennent la pauvreté. Il se bat pour que son diocèse accepte de libérer une partie de son patrimoine foncier afin que les plus pauvres aient accès à la terre : « Nous allons parler sérieusement des terres de l’archidiocèse. Nous avons des arguments très forts et pressants pour nous défaire d’elles : la réforme agraire a été décrétée et le geste du pape exige une réponse immédiate ».

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d'un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

Dom Helder Camara en 1970 avec des enfants d’un bidonville de son diocèse (photo Archives CIRIC)

On découvre à travers de ces pages non seulement un homme de coeur, un théologien épris de justice et de charité, mais d’abord un homme d’action, un organisateur qui jongle avec les projets, s’inquiète de trouver des débouchés aux briques ou aux sandales qu’il fait fabriquer et encourage ses séminaristes à la menuiserie ou au maraîchage aux côtés des salariés. Car le rôle d’un évêque n’est pas seulement de guider spirituellement ses ouailles : « Dans mon esprit, l’évêque d’une région sous-développée a l’obligation chrétienne et apostolique d’aider son peuple à s’arracher au sous-développement, dans lequel la vie humaine est impossible, et donc aussi, sauf miracle, la vie chrétienne ». On l’entend ainsi disserter sur les limites de l’aide au développement apportée notamment par la France, regrettant que celle-ci ne représente qu’une infime part de son PNB et estimant que « la France doit susciter de nouvelles modalités de relations économiques plus favorables au développement ».Blog308_PhCamara1964

Une analyse politique lucide qui lui vaut bien des critiques mais qu’il n’hésite pas à défendre devant ses interlocuteurs y compris étrangers et à la télévision. Car Dom Helder Camara est un homme de communication qui a saisi tout l’intérêt des médias pour diffuser ses messages. Cela lui est d’ailleurs vertement reproché par les autorités ecclésiastiques, au même titre que ses efforts oecuméniques en vue d’un rapprochement avec les églises réformées. Mais il ne se laisse pas démonter : « accuser l’évêque d’une grande ville, en plein 1964, de participer à une émission de télévision, c’est ignorer que la télévision nous porte au coeur des foyers, dans l’intimité des familles, nous permettant d’avoir partout une audience inimaginable pour qui ne la voit pas ».

Blog308_PhFemmeIndigeneTout au long de ces témoignages au ton enjoué, on découvre un homme chaleureux et épris de liberté, qui ne déteste rien de plus que de voir un oiseau en cage : « C’est ainsi que j’aime les oiseaux : lâchés, totalement libres, jouant dans les branches des arbres. Aussi grande soit-elle, aucune volière ne me paraît raisonnable ». Il y a du Saint-François d’Assises derrière le Dom… Il n’hésite pas à rendre visite aux prisonniers et va jusqu’à remettre en cause les plans proposés par ses architectes pour la construction du futur séminaire : « J’ai horreur de peiner qui que ce soit. Mais comment permettre que mes séminaristes grandissent avec l’impression d’être cloîtrés et même en prison !? ».

Un livre magnifique en tout cas qui permet de faire connaissance avec un être hors du commun, un homme visionnaire et engagé qui avait dès son intronisation en avril 1964 prononcé un véritable discours programme dans lequel il se présentait « comme un Nordestin qui s’adresse aux Nordestins avec les yeux rivés sur le Brésil, sur l’Amérique latine et sur le monde. Un être humain qui se considère frère de faiblesse et de pêché des homes de tous les coins du monde. Un évêque de l’Église catholique qui, à l’image du Christ, ne vient pas pour être servi mais pour servir ». Plus que le « Journal d’un évêque prophétique », une véritable leçon de sagesse, de détermination et d’humilité…

L.V.  LutinVertPetit

Le buste du maréchal Lyautey, ou le mystère de la stèle baladeuse…

27 avril 2016
Buste de Lyautey à son emplacement historique de Carnoux (photo © AAKPPA, 2007)

Buste de Lyautey à son emplacement historique de Carnoux (photo © AAKPPA, 2007)

A Carnoux-en-Provence, commune dont l’histoire ne date que de 50 ans comme chacun sait (ou en tout cas finira bien par le savoir, fêtes du jubilé obligent…), le buste du maréchal Lyautey fait partie du rare patrimoine architectural des lieux. Adulé par les uns pour son œuvre de « pénétration pacifique » au Maroc dont il fut le premier résident général, honni par d’autres notamment pour la répression sanglante qu’il a conduite à Madagascar, le personnage est ambigu mais en tout cas c’est devant son buste en bronze que se déroulent à Carnoux toutes les cérémonies militaires et commémorations nationales, faute sans doute de monument aux morts qui n’a pas vraiment lieu d’être pour une commune aussi jeune !

Blog296_PhImageLyautey

Lors de la construction de la ville dans les années 1960, le buste en question trônait semble t-il dans les bâtiments qui faisaient office de mairie. C’est du moins ce que laisse entendre le témoignage de pieds-noirs rapatriés de la ville marocaine de Kenitra, l’ancienne Port-Lyautey, sur le blog de leur association, l’AAKPPA. Si l’on en croit leurs souvenirs, le buste en question ornait auparavant le hall d’entrée des services municipaux de  Port-Lyautey et aurait été rapporté à Carnoux par Madame Vincent-Briandet.

Ces mêmes anciens de Kenitra indiquent sur leur blog que le buste aurait ensuite été volé puis refait à l’identique par les bons soins d’une école d’apprentissage de Marseille. D’autres témoignages indiquent que le buste actuel aurait été donné à la ville de Carnoux par Jean-Paul Thepot, dernier commandant du paquebot Lyautey, appartenant à la Compagnie de navigation Paquet (CNP).

Créée en 1858 par Nicolas Paquet, la CNP fait partie des grandes compagnies historiques de navigation basées à Marseille. Ses bateaux ont acheminé des troupes françaises au Maroc dès 1907 et la compagnie possédait 15 navires en 1913.

Le navire Maréchal Lyautey de la compagnie Paquet

Le navire Maréchal Lyautey de la compagnie Paquet

A partir de 1922, elle se spécialise sur les lignes vers le Maroc et le Sénégal et se dote de 6 navires supplémentaires dont le Maréchal Lyautey, construit dans les chantiers navals de La Seyne-sur-mer, lancé en 1924 et sabordé en 1944 par les Allemands dans le port de Marseille. Un buste de Lyautey trônait tout naturellement en bonne place dans le salon d’honneur du bateau, et une réplique de ce buste se trouve désormais dans le jardin Masséna à Nice.

Le paquebot Lyautey dans le port de Marseille

Le paquebot Lyautey dans le port de Marseille

Un second paquebot, baptisé plus sobrement Lyautey et destiné à remplacer le précédent a été également construit à La Seyne, dernier paquebot de ligne issu des chantiers varois sous pavillon français. Lancé en 1950, il est remis à la Compagnie Paquet en 1952 en présence de la veuve du maréchal Lyautey, ce dernier étant décédé en 1934. Ce second paquebot qui contenait également un buste du maréchal, assura les liaisons régulières vers le Maroc et au delà, transportant ses 1200 passagers en moins de 100 heures de Marseille à Dakar. Blog296_PhPubPaquet

Victime d’un incendie de ses cuisines en 1958, le navire fut ensuite revendu en Italie où il fut rebaptisé du nom moins glorieux de Margarita… Face à la concurrence du transport aérien, en effet, la Compagnie Paquet s’essouffle et se recentre alors sur le secteur des croisières avant de se transformer en simple agence de voyages.

Frontispice d’un livre sur le paquebot Lyautey

Frontispice d’un livre sur le paquebot Lyautey

L’ex Lyautey, racheté par un armateur grec sera finalement voué à la démolition en 1975. Mais qu’est donc devenu le buste en bronze du maréchal qui ornait son salon d’honneur et dont on retrouve des illustrations sur les brochures publicitaires du paquebot ?

Mémorial du maréchal dans le parc du château de Thorey-Lyautey

Mémorial du maréchal dans le parc du château de Thorey-Lyautey

Selon toute vraisemblance, il aurait été remis par la Compagnie Paquet à l’Association Lyautey et installé en 1990 entre les colonnades et l’épitaphe provenant du mausolée de Rabat, eux-mêmes transférés en 1968 et qui constituent désormais le Mémorial Lyautey, érigé dans le parc du château de Thorey-Lyautey, en Lorraine.

C’est en effet dans ce château que le maréchal s’est installé à son retour du Maroc en 1925, en lieu et place de sa demeure familiale de Crévic, pillée et incendiée par les Allemands en août 1914. Il y avait fait notamment aménager un fabuleux salon oriental où il reçut le sultan Moulay Youssef en personne en 1926 et c’est dans ce château qu’il est mort en 1934.

Salon mauresque du château de Thorey-Lyautey

Salon mauresque du château de Thorey-Lyautey

Inhumé un an plus tard dans le fameux mausolée de Rabat dont il avait rédigé lui-même l’épitaphe grandiloquente, sa dépouille fut rapatriée en 1961 à la demande du général De Gaulle et est conservée depuis aux Invalides.

Quant au fameux buste qui orne le mausolée de Thorey, tout indique qu’il s’agit bien du bronze réalisé en 1950 pour le paquebot Lyautey par le sculpteur François Cogné. Ce dernier personnage, mort en 1952, fut le sculpteur officiel du régime de Vichy et l’auteur d’une statue en pied du maréchal Pétain mais il a aussi beaucoup œuvré pour laisser à la postérité de multiples effigies du maréchal Lyautey.

Statue équestre de Lyautey à Casablanca en 1938

Statue équestre de Lyautey à Casablanca en 1938

... et dans son état actuel

… et dans son état actuel

On lui doit en particulier une monumentale statue équestre du maréchal installée à Casablanca en 1938 sur la place de la Victoire, rebaptisée depuis place Mohamed V. La dite statue a d’ailleurs été déplacée de quelques centaines de mètres en 1955 pour l’abriter dans le jardin de ce qui est devenu depuis le Consulat général de France.

Statue en pied de Lyautey à Paris (photo © N. Buscot)

Statue en pied de Lyautey à Paris (photo © N. Buscot)

... et sa copie à Nancy

… et sa copie à Nancy

 

Une autre statue en pied du maréchal signée du même sculpteur Cogné est toujours visible place Denys Cochain à Paris tandis qu’une copie se promène du côté de la rue des Cordeliers à Nancy.

Buste en plâtre de Lyautey signé de François Cogné en 1930

Buste en plâtre de Lyautey signé de François Cogné en 1930

Quant aux bustes du maréchal, il semble que celui qui trônait dans le salon d’honneur du paquebot Lyautey était bien de la main du même François Cogné mais d’autres bustes en plâtre du même artiste sont connus dont un daté de 1930. Tous ces bustes montrent une étrange similitude et bien malin qui pourrait reconnaitre le vrai du faux parmi tous ces exemplaires en circulation. Espérons qu’un lecteur bien intentionné nous dira ce qu’il en est de l’origine réelle de celui qui est exposé à Carnoux… Buste qui a d’ailleurs disparu de la circulation il y a quelque temps déjà, lorsqu’il a fallu faire place nette en 2013 pour permettre la construction à son emplacement d’un nouvel immeuble dans le prolongement de la résidence III le long du mail.

Commémoration à Carnoux devant le buste de Lyautey en 2014

Commémoration à Carnoux devant le buste de Lyautey en 2014

La stèle est réapparue provisoirement en 2014 à l’occasion des commémorations dont celle du 14 juillet, installée désormais sous les frondaisons du parc situé devant l’auberge de la Crémaillère, avec les enseignes du Crédit Mutuel en arrière plan. Mais elle en a rapidement été chassée lorsqu’ont débuté les travaux de réaménagement du parc Tony Garnier. Qui sait où erre actuellement la version carnussienne de ce fameux buste du maréchal Lyautey ? L’avis de recherche est lancé …

L. V.  LutinVertPetit

 

Si Carnoux m’était contée… (partie 4)

15 avril 2016

LogoJubileEt voici le quatrième et dernier épisode de cette série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence, retraçant les premières années de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Après les années de l’acquisition des terrains, celles des premières constructions, puis l’arrivée des pieds-noirs algériens, voici venu le temps de la constitution en commune nouvelle…

En 1964, le projet de faire de Carnoux une commune est approuvé par le Conseil général, mais il faudra attendre encore deux ans pour le voir aboutir.

On se souvient que c’est par un vote en date du 19 décembre 1964 que le Conseil général approuve enfin le projet de faire de Carnoux une commune à part entière. Le dossier est alors transmis à Paris. Mais la politique de l’époque ne favorise pas la création de villes nouvelles ; tout au contraire, on prône le regroupement de communes ! Le dossier va donc être enterré pendant deux ans, et c’est grâce à une intervention de trois Carnussiens, MM. Verlet, Couston et Dubois, auprès du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, que le décret portant création de la commune voit enfin le jour le 26 août 1966. Entre temps, des élections municipales avaient eu lieu en 1965. Aucun Carnussien sur la liste élue à Aubagne. En revanche, 5 Carnussiens sur celle de Roquefort-la-Bédoule. Parmi eux, deux personnages qui joueront un rôle dans l’avenir de Carnoux et dont nous aurons l’occasion de reparler, MM. Maret et Faure, qui seront respectivement premier et second maire de la ville.

Mais un village sans église n’est pas tout à fait un village ! Or, on se souvient que les messes continuaient à être dites par l’abbé Morin de Roquefort-la-Bédoule, dans une ancienne écurie de la Bastide. C’est en juillet 64 que va être posée, sur un terrain donné par la CIF, la première pierre de la nouvelle église érigée en partie grâce à une souscription régionale.

Pose de la première pierre de l'église Notre-Dame d'Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

Pose de la première pierre de l’église Notre-Dame d’Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

L’architecte en est M. Faure-Ladreyt. Le style en a été voulu contemporain pour mieux s’insérer dans ce village moderne. C’est l’archevêque de Marseille, monseigneur Lallier, qui posera symboliquement la première pierre en présence d’une foule nombreuse. Le choix du nom de l’église, Notre-Dame d’Afrique, fait bien entendu référence à la population pied-noire de Carnoux. Rappelons que Notre-Dame d’Afrique est le nom de la basilique qui s’élève sur les hauteurs d’Alger, en un site assez semblable, d’ailleurs, à celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

1966, année de l’indépendance

Dans son discours, Monseigneur Lallier déclarait : « Si tous ceux qui ont prié Notre-Dame d’Afrique à Alger restent unis, alors Dieu saura écouter leur intense prière. La vierge Marie qui dut fuir son village pour sauver Jésus enfant, connaît bien la souffrance qui est au cœur des rapatriés ». Le 10 septembre 1966, une grande fête réunit des centaines de personnes sur la place Lyautey. La Marseillaise titre : « Carnoux-en-Provence dans la joie et dans l’union a fêté son indépendance ». Il y a là M. Edmond Garcin, député maire d’Aubagne, qui déclare : « N’oubliez jamais que l’administration d’une commune doit toujours être déterminée par l’intérêt de la population, et que jamais ne doivent prévaloir les intérêts particuliers ». Maurice Aimonetto, maire de Roquefort-la-Bédoule rappelle dans son discours que dès 1958, il avait déclaré : « Camoux sera indépendante, c’est la seule façon pour cette cité de vivre et de prospérer ».

Le sénateur Léon David, qui avait œuvré lui aussi pour cette indépendance, était également présent. La réunion était présidée par Adolphe Faure, qui faisait alors figure de prochain maire de la commune. L’année 66 devait voir l’achèvement de l’église et sa consécration à Notre-Dame d’Afrique. Un peu plus tard s’installait la tradition du pèlerinage du 15 août qui, chaque année, attire une assistance nombreuse dans notre ville.

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d'Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d’Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Chaque municipalité apporte sa pierre

Les 8 et 15 janvier 1967 sont organisées les premières élections à Carnoux. Deux listes, toutes deux de droite, sont en présence : celle du colonel Verlet et celle conduite par Pierre Maret, enseignant. C’est cette dernière qui sera élue. Écoutons encore une fois Maurice Bonneau : « Je me suis présenté deux fois. Avec Maret, j’ai été conseiller municipal et avec Adolphe Faure, je suis devenu adjoint ». Adolphe Faure se présente contre Henri Faig en mars 71. Il fera un premier mandat puis un second, de mars 77 à décembre de la même année. Il démissionne alors pour laisser la place à son adjoint Marc Laprie. « Tout ça avait été entendu d’avance ! », confie M. Bonneau.

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Chaque municipalité ajoute sa pierre à la nouvelle cité : le gymnase le Montfleury, la halte garderie, l’école en dur, la mairie. Le temps a passé. La 119e commune des Bouches-du-Rhône a grandi. Elle dépasse actuellement les 7 500 habitants. Dès les années 70, les Marseillais découvrent et investissent cette petite ville accueillante où les terrains sont vastes et tellement moins chers qu’à Marseille ! Que reste-t-il maintenant de la population de départ ?

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Jean Chaland, qui fut le cinquième maire de Carnoux, citait le chiffre de 30 %. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui… Mais qu’importe ? Tout le monde s’est fondu dans le creuset carnussien et les vieilles inimitiés ne sont plus que des souvenirs. Carnoux existe envers et contre tout, elle peut légitimement revendiquer la devise du maréchal Lyautey dont le buste orne la salle des mariages et le monument aux morts : « Réussir l’impossible ».

Annie MONVILLE

Article publié le 31 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 3)

13 avril 2016

LogoJubileNous poursuivons notre petit retour en arrière sur les débuts de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année ses 50 ans. Après avoir évoqué l’acquisition des premiers terrains en 1957 par un groupe de Français établis au Maroc, puis les premières années au cours desquelles se construit l’ébauche d’une nouvelle ville, voici venu le temps de l’arrivée des pieds-noirs d’Algérie. Cet article est le troisième d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

Eté 1962, un million de pieds-noirs quittent l’Algérie en catastrophe. Un certain nombre d’entre eux découvre Carnoux dont on dit que c’est « la ville des pieds-noirs ».

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Arrivée de pieds-noirs à Marseille en 1962

Les réactions sont variées. « Un jour, mon père m’a amenée voir la ville qui était minuscule et qui surtout était entourée de collines pelées et il m’a dit : « Tu vois, c’est là qu’ils veulent nous installer… » Pour lui c’était un ghetto et il n ‘avait aucune confiance en ce projet », raconte Annie, de Blida, qui d’ailleurs a, depuis, acheté une maison à Carnoux !

Pour d’autres, au contraire, Carnoux est la ville où ils veulent vivre. Entre « Marocains » et « Algériens », on doit pouvoir se comprendre…

Pour s’installer, il faut aller voir la CIF et être « parrainé ». Deux Carnussiens doivent se porter garants de votre moralité. Le prix du terrain reste de 30 à 40 % inférieur à celui pratiqué dans la région, et une villa de 4 pièces revient 50 000 nouveaux francs comme on disait à l’époque. Les « Logéco » de l’avenue Paul-Verlaine sont même moins chers : 40 000 NF.

En janvier 63, un journaliste du « Méridional », Melchior Calandra, écrit sous le titre « Carnoux en Provence ville de l’avenir » : « Au milieu des pins, embaumant le thym et le romarin, entre mer et montagne, à 250 mètres d’altitude, abrité du Mistral par les monts de la Sainte-Baume, Carnoux, de par sa situation privilégiée, semble faire partie d’un autre monde… On se demande bien vite et non sans étonnement, comment l’homme a pu dédaigner durant tant de siècles, ce lieu paradisiaque ».

Deux communautés différentes

En 63, Carnoux compte 334 villas bâties, 76 en cours de construction, 60 appartements en copropriété, 30 en location et une douzaine de magasins. Pour satisfaire les demandes des pieds noirs d’Algérie, on entreprend, le long du Mail, la construction des immeubles qu’on appelle encore parfois « immeubles des rapatriés », et qui portent des noms d’aviateurs, Mermoz, Guynemer… Mais tout ne va pas pour le mieux entre les deux communautés. D’un côté, des hommes installés, aisés, plus très jeunes, M. Prophète par exemple, né en 1896, avait donc 66 ans en 1962, De l’autre, des gens traumatisés par un départ plus que douloureux, beaucoup ont tout perdu, ils sont jeunes avec des enfants. A l’un d’entre eux, Emilien Prophète lancera même : « Vous n’êtes que des va-nu-pieds ! ». Paroles que beaucoup ne lui pardonneront pas. En même temps se met en place, côté Carpiagne, la zone industrielle. Parmi les premiers installés, citons la fabrique de cotillons et de feux d’artifice de M. Bernard, Soprafêtes, la marbrerie Colombo ou la ferronnerie Moyo.

Côté commerces, madame Petit tient une boutique de bonneterie qui fait aussi pressing. Les Girard, venus d’Agadir où ils ont tout perdu dans le tremblement de terre, sont dépositaires de presse. Il y a deux salons de coiffure, l’un pour hommes, l’autre pour femmes. Maria del Carmen Plattilero et son mari tiennent une librairie qui sera bientôt transformée en droguerie outillage et dépôt de gaz butane.

Vers l’autonomie de la commune

« Nous étions de Belcourt (banlieue algéroise) où nous tenions un magasin de pièces détachées auto. En 63, nous nous sommes classés cinquièmes dans un concours organisé par une marque de butane et impliquant les 230 concessionnaires des Bouches-du-Rhône ! Il faut dire que nous vendions plus de 50 bouteilles de gaz par semaine », se souvient Maria avec une certaine fierté.

Notre ami Maurice Bonneau n’a pas voulu être en reste. Rompant avec son ancien métier, il ouvre un commerce de chaussures, jouets et articles de sport.

De plus en plus de voix s’élèvent pour que Carnoux devienne une commune à part entière. Une seconde enquête en juillet 63 échoue comme la première. Il était cette fois question de rattacher Carnoux à Aubagne. Un « comité des cinq », composé de MM. Heinrich, Laforêt, Faure, Calandra et Bonan, se constitue et invite la population à signer une pétition en vue d’obtenir l’autonomie de Carnoux. La troisième et dernière enquête aura lieu en septembre 64. Peu à peu, devant la détermination des Carnussiens, les obstacles s’effacent un à un et c’est le 19 décembre 1964 que le conseil général approuve enfin le projet d’érection de Carnoux en commune distincte.

Annie MONVILLE

Article publié le 30 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 2)

11 avril 2016

LogoJubileAlors que la commune de Carnoux-en-Provence fête cette année ses 50 ans d’existence, nous poursuivons notre petit retour en arrière, sur les premières années de cette 119ème commune des Bouches-du-Rhône, créée dans des conditions si particulières par un groupe de Français établis au Maroc et qui ont décidé, en 1957, d’acquérir un vallon quasi désert situé entre Aubagne et Cassis pour y construire ce qui deviendra une véritable ville nouvelle, ainsi que nous l’avons déjà évoqué. Cet article est le second d’une série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence.

En 1960, deux ans, donc, après les premiers achats de terrains, Carnoux compte 34 familles installées et une vingtaine de villas en cours de construction.

« Quand nous sommes arrivés, raconte madame Paris, notre villa que nous croyions terminée ne l’était pas ! Des amis nous ont heureusement prêté leur maison pour un mois. En août, il a fallu tout de même emménager. L’électricité venait d’un compteur de chantier, nous étions seuls ou presque au milieu des vignes, c’était le Farwest ! »

L’agglomération ne compte alors aucun commerce. On va chercher le pain à Roquefort-la-Bédoule par un petit chemin de terre. En septembre s’ouvre la première épicerie tenue par M. et Madame Roy. « Ça nous a changé la vie, commente M. Carita. M. Roy faisait toutes les courses à la Bédoule, il passait chercher les médicaments chez le pharmacien, il apportait le pain pour tous. Ah oui, les Roy nous ont beaucoup aidés ».

Le mail en cours de construction

Le mail en cours de construction

Le médecin le plus proche était à Aubagne qui, rappelons-le, n’était à l’époque qu’une toute petite ville. Il n’y avait pas non plus d’église bien entendu. Les messes étaient dites par le curé de La Bédoule dans la salle voûtée de la Bastide dont le rez-de-chaussée abritait les bureaux de la Coopérative immobilière. Une éolienne se dressait sur l’emplacement actuel de Notre Dame d’Afrique. Elle fournissait l’eau.

Une station d’épuration innovante

Ce n’est qu’en 1959, le 14 décembre, que fut inaugurée la station de pompage et d’épuration des Barles. Les prévisions initiales étaient de 1000 m3 par jour ce qui permettait une dotation quotidienne de 250 litres par habitant. Beaucoup de communes, à l’époque, n’en fournissaient pas autant. De plus cette idée d’épurer les eaux usées était très nouvelle pour l’époque et on peut dire que la station d’épuration de Carnoux a été l’une des premières de la région et peut-être de toute la France. Les enfants de Carnoux -ils n’étaient pas nombreux, puisque comme nous l’avons dit les premiers Carnussiens étaient plutôt des gens d’âge moyen- ont tout d’abord été scolarisés à Roquefort-la-Bédoule. Un mini car les y transportait chaque matin. Ce n’est qu’en octobre 62 que se déroulera la première rentrée scolaire à Carnoux, mais dans des conditions très précaires : « Nous avions aménagé deux classes dans le sous-sol d’une villa et notre première institutrice fut mademoiselle Stéfani bien connue à Carnoux où elle a accompli toute sa carrière », dit Maurice Bonneau.

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l'école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Les commerces le long du mail devant la Crémaillère et l’école provisoire en 1962 (source : site de la commune)

Des préfabriqués, installés là où se trouve la mairie, viendront plus tard, en 1963. Sur le plan administratif, c’est la confusion : une partie de Carnoux est rattachée à Aubagne, l’autre à La Bédoule ! Dès 1960 des voix s’élèvent pour faire de Carnoux une commune indépendante. Pour ce faire, trois enquêtes seront réalisées : en 60, en 63 et en 64.

Une commission syndicale de cinq membres MM. Cabanieu, Labbat, Claudel, Gravallon et Vialet est élue. La municipalité de Roquefort-la-BédouIe donne un avis favorable à l’érection de Carnoux en commune distincte et accepte de céder une partie de son territoire pour ce faire. Cassis, par la voix de son maire, M. Agostini, refuse par contre toute aide. À Aubagne, le maire était M. Chouquet, il donne un avis favorable mais refuse de céder du terrain. Or, pour qu’une commune soit reconnue en tant que telle, il faut qu’elle ait une certaine superficie. La commission départementale à l’Équipement fixe celle-ci à 2 330 hectares. Or, Carnoux ne couvre à ce moment-là que 456 hectares.

Une vie rude, mais heureuse

« On reste loin du compte et ainsi se confirme que rien n’était simple à Carnoux dans les premières années », explique Roger-Pierre Raoult, un des premiers habitants qui est l’auteur de la seule étude actuelle sur la naissance de Carnoux, Naissance d’une idée, création d’une cité, Carnoux en Provence ouvrage rédigé en 1987 et auquel nous avons emprunté quelques dates et chiffres. La première enquête ne donne donc aucun résultat et il en faudra encore deux pour que tous les obstacles soient surmontés. Néanmoins les constructions avancent. Le terrain a été divisé en trois zones : « La zone A qui a été urbanisée la première, se trouvait autour de l’église actuelle, explique Maurice Bonneau. La Zone B s’étendait entre la mairie et l’immeuble Le Panorama avec une partie de la rue Paul-Verlaine. Enfin, la zone C se trouvait autour du gymnase le Montfleury ».

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Les débuts de la construction (source : site de la commune)

Lorsqu’on demande à ces premiers Carnussiens de définir l’ambiance de la ville à cette époque, un mot revient sans cesse : Convivialité ! « Tout le monde se connaissait, on fêtait la nouvelle année tous ensemble dans les locaux de la bastide… », se souvient Maurice. « Les jeunes jouaient dans les collines, c’était magnifique », ajoute M. Carita. « Côté sud il y avait des sources d’eau fraîche qui ont malheureusement disparu. C’était une vie rude par manque d’infrastructures, mais en même temps nous étions entre nous, nous nous sentions libres ! ».

L’été 62 va mettre fin à cet équilibre en amenant à Carnoux une population nouvelle issue elle aussi de l’Afrique du Nord, mais qui arrive avec des besoins et des désirs bien spécifiques. Un chapitre se clôt, un autre va s’ouvrir qui débouchera sur le Carnoux d’aujourd’hui.

Annie MONVILLE

Article publié le 29 décembre 2004 dans La Provence

Si Carnoux m’était contée… (partie 1)

9 avril 2016

LogoJubileEn cette année 2016, la ville de Carnoux-en-Provence fête ses 50 ans ! Un jubilé bien modeste pour une commune française à l’histoire très singulière et particulièrement brève par rapport à sa grande voisine Marseille, l’antique colonie grecque fondée par les Phocéens vers l’an 600 avant Jésus-Christ sous le nom de Massalia et qui a fêté son vingt-sixième centenaire d’existence il y a déjà quelques années…

C’est en tout cas l’occasion de revenir sur les conditions si particulières de la fondation de cette ville érigée en commune en 1966 seulement. Nous avons choisi pour cela de reprendre une série d’articles publiés en décembre 2004 par Annie Monville dans les colonnes de La Provence et que nous vous livrons in extenso.

Maurice Bonneau habite Carnoux depuis 45 ans. Vue l’extrême jeunesse de notre commune, il fait figure de patriarche parmi les Carnussiens. L’œil vif, l’esprit prompt, vous ne lui donneriez jamais ses 83 printemps ! « Je suis le plus âgé ici, je peux dire que je suis la mémoire de Carnoux » souligne-t-il avec humour.

Infatigable, Maurice est en train de rédiger, à l’intention de ses enfants, un livre de souvenirs et de photos rappelant la naissance si particulière de notre cité. Il a bien voulu nous ouvrir ses albums et raconter, à bâtons rompus, les faits marquants qui ont conduit à la naissance d’une nouvelle commune dans les Bouches-du-Rhône en 1966. « Je vous parlerai d’abord de la période que j’appellerai ‘marocaine’, dit-il, ensuite ce sera la période de la Compagnie Immobilière Française (CIF), puis en 62, j’évoquerai l’arrivée des rapatriés d’Algérie, jusqu’à la création de la commune. Après, ce n ‘est plus pareil, Carnoux est devenue une ville comme les autres… ».

Dans les jours qui suivent, La Provence publiera donc les souvenirs de Maurice Bonneau et ceux d’autres Carnussiens arrivés aux temps héroïques. Cette chronique intitulée « Si Carnoux m’était contée » évoquera sans doute bien des images dans l’esprit et le cœur de ceux qui ont vécu cette époque, et apprendra certainement quelques détails pittoresques aux nouveaux venus de notre chère ville.

Carnoux-en-Provence aujourd'hui

Carnoux-en-Provence aujourd’hui

L’histoire de la commune commence, dès les années 40, au Maroc, avec les premières rumeurs d’indépendance. Une folle aventure débute alors.

L’histoire, qui allait aboutir à la création d’une commune nouvelle dans les Bouches-du-Rhône, commence, étrangement, au Maroc. Dès 1944 ce protectorat français est agité de troubles fomentés par un parti nouveau, l’Istiqlal, qui réclame le départ des Français.

Ce n’est pourtant qu’en 56, le 2 mars, qu’est déclarée l’indépendance du pays. A partir de ce jour, va se poser avec acuité, pour de nombreux Français, le problème du retour définitif en métropole.

C’est alors qu’à Casablanca, un petit groupe de cinq hommes, trois entrepreneurs, un comptable, et un psycho-technicien, vont élaborer, dans l’indifférence générale d’abord, un projet insensé : Créer une ville en France pour accueillir les Marocains de retour au pays.

Ces hommes ce sont Emilien Prophète, qui deviendra le président de la CIF – Coopérative immobilière française —, Gilbert Cabanieu, premier vice-président, Ernest Toro, secrétaire général, Raymond Bauzon, administrateur, et André Roldan, administrateur.

L’idée prend corps rapidement et le 24 mars 1957 est officiellement créée la Coopérative immobilière française.

Trouver un terrain… en Provence

II fallait alors trouver du terrain à acheter. De l’avis général, ce devait être en Provence, dont le climat dépayserait moins ces amoureux du soleil qu’étaient les gens de Casa ou de Rabat.

Le vallon de Carnoux lors de la fondation de la ville. A droite, l'ancienne bastide de la Crémaillère

Le vallon de Carnoux lors de la fondation de la ville. A droite, l’ancienne bastide de la Crémaillère

Sur ce point, les versions divergent : certains disent qu’un notaire d’Aubagne, maître Seguin, signala à Emilien Prophète un vallon de 300 hectares à vendre, n’appartenant qu’à deux propriétaires. D’autres préfèrent une version plus romantique ; à Tanger, lors d’une soirée, on présente à M. Cabanieu la veuve de l’architecte lyonnais Tony Garnier, mort en 1948 à Carnoux dans sa bastide du XVIIIe siècle qui avait appartenu aux Clermont-Tonnerre avant de devenir un relais de diligences. Cette dame souhaite vendre son terrain avec la bastide… On imagine la suite…

Quoiqu’il en soit, les gestionnaires de la CIF font le voyage et, en avril 57, ils découvrent 270 hectares de vignes, d’arbres fruitiers et de garrigue comme une immense coulée verte entre deux collines aux pierres blanches. C’est le lieu-dit Carnoux, relié par des chemins de terre à Aubagne et à Cassis. Le coup de foudre est immédiat : « Vous pouvez préparer l’acte de vente », s’écrie Emilien Prophète.

Fonder une ville au XXe siècle, une folie !

Maurice Bonneau se souvient : « Outre la veuve de Tony Garnier, la CIF a acheté 139 hectares à un certain Tessier pour la somme de 350 000 francs. L’acte a été signé le 18 décembre 57. Sabiani, Arnaud et Blanchard ont vendu 172 hectares pour 57 500 francs ». Interrogé sur les raisons d’une telle disparité de prix, Maurice Bonneau explique que certains terrains étaient plats, alors que d’autres, plus pentus, représentaient moins de valeur à l’époque. C’est dans un cinéma d’Ain Sebaa, le Beaulieu, que vont avoir lieu les réunions de la nouvelle coopérative. Le terrain est loti en parcelles de 1 000 à 1500 mètres vendues à 1 franc le mètre carré. Le prix est dérisoire par rapport à ceux qui se pratiquent dans les environs. Mais il n’y a ni eau, ni électricité, ni tout à l’égout. Tout est à faire, à créer. Les journaux ne sont guère encourageants : les mots « fadas », « illuminés », sont employés. Fonder une ville en plein milieu du XXe siècle, quelle folie ! Qui sont les nouveaux coopérateurs qui deviendront les premiers Carnussiens ? En majeure partie des gens d’âge moyen, aisés, qui assurent ainsi leurs arrières mais qui resteront peut-être au Maroc si les choses s’arrangent.

Les Paris, lui 29 ans, elle 23, un petit garçon de 2 ans, font figure d’exception : « Nous étions de loin les plus jeunes, les autres avaient plutôt la quarantaine… ».

La construction des premières villas à Carnoux

La construction des premières villas à Carnoux

Une entreprise est choisie pour construire, dans un premier temps, 50 villas sur des plans type aux noms évocateurs : La Mireille, La Tramontane, La Cigale… Ce seront des villas blanches aux toits en terrasses, celles qu’à Carnoux on continue d’appeler « villas première génération ».

« Mon voisin Tognazzi et moi avons été les premiers à construire », se souvient Maurice Bonneau. Les deux villas, non loin de l’église, sont proches de celle de M. Carita, aujourd’hui décédé, et qui a été lui aussi, parmi les premiers occupants.

Annie MONVILLE

Article publié le 28 décembre 2004 dans La Provence

Colonisation et migrations : que nous enseigne l’histoire ?

30 octobre 2015
Le philosophe Edgar Morin

Le philosophe Edgar Morin

Cet article est issu des échanges entre Edgar Morin (sociologue et philosophe) et Régis Debray (universitaire) lors de l’émission Les Grandes Questions du 15 octobre dernier au cours de laquelle F.O. Gisbert invitait à débattre sur un sujet d’actualité : « Peut-on s’affranchir des frontières ? »

Outre la qualité des réflexions tenues qui ont laissé Gisbert à distance, c’est la hauteur de vue des propos des deux invités qui invite à aborder la question des réfugiés et des mouvements de migration en la reliant à celle de la naissance du monde contemporain suite au démantèlement du système colonial.

Petit rappel historique

Comme le développe Jean Bruhat dans l’article qu’il consacre à la colonisation dans l’Encyclopedia Universalis, le monde a connu deux grands systèmes coloniaux.

Le premier dont l’Espagne et le Portugal sont les initiateurs, marque le début du partage du monde et de ses ressources. Ces deux états sont ensuite suivis par la France, l’Angleterre et la Hollande qui font commerce avant d’installer des compagnies. Le cas de l’Allemagne est un peu différent car elle s’est unifiée bien plus tard alors que le partage du monde était déjà bien avancé.

Si le XIXème siècle voit apparaître les premières indépendances, la révolution industrielle, en Angleterre notamment, bouleverse l’organisation en compagnies qui ne suffisent plus pour satisfaire les besoins en matières premières et en débouchés pour les ventes de produits manufacturés.

Blog242_PhColonisationDébute alors, dans les années 1880-1890, le second système colonial et la création des empires. Cette époque de fièvre expansionniste et de distribution du monde, avec la création de l’empire britannique et de l’empire colonial français, s’achèvera avec la première guerre mondiale.

Durant cette période, de nouveaux concurrents apparaissent : l’Allemagne qui intervient en Afrique et dans les îles du Pacifique, l’Italie avec la Tripolitaine (Lybie) et des îles grecques, la Belgique au Congo (1908), et les USA à partir de 1888. Une nouvelle forme d’empire économique naît après la première guerre mondiale : l’URSS intervient en Chine, en Iran, en Amérique du Sud et dans l’empire Ottoman ; en 1930 le Japon se tourne vers la Chine.

Notons enfin le rôle joué par les puissances européennes (France et Grande-Bretagne) au Proche-Orient.

La décolonisation

La colonisation implique une occupation territoriale et une dépendance des pays occupés. Comme nous venons de le voir, il existe différentes formes de colonisation, de commerce avec les comptoirs, de peuplement avec la réception d’immigrants, de ressource avec la recherche et la production de produits de base, et enfin la colonisation stratégique. Cela s’accompagne par la mise en place d’administrations incorporées ou protégées qui toutes manifestent un souci de domination économique, politique et culturelle. La France s’est toutefois caractérisée par son hésitation entre assimilation et association.

Au-delà de jugements moraux, l’œuvre colonisatrice a été à la fois destructive et constructive, mais toujours au profit de la métropole.

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923...

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923…

Le démantèlement du système colonial a eu plusieurs conséquences dont une qui nous intéresse dans le contexte actuel et que l’auteur de l’article cité nomme une « balkanisation territoriale « (en Afrique comme au Proche-Orient) dont la caractéristique est l’absence de pleine prise en compte des réalités ethniques et géographiques.

...et les frontières actuelles du Moyen-Orient

…et les frontières actuelles du Moyen-Orient

La création de ces nouveaux états aux frontières souvent artificielles n’a pas réglé les questions économiques et politiques locales. Les peuples qui les composent, dans une économie mondialisée, ne parviennent pas à satisfaire les besoins d’autosubsistance.

Près d’un siècle après la seconde phase de décolonisation, nous sommes confrontés en Europe à la venue de ceux que l’on a colonisés.

M. M.

Grande souscription citoyenne : offrez un peu d’Amour !

9 octobre 2015
Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Pour Puget

Jean-Luc Martinez, Président-Directeur du Musée du Louvre lançant officiellement la souscription dans la Cour Puget

Le Musée du Louvre vient de lancer cette semaine sa sixième campagne de souscription populaire sur son site Tous mécènes. C’est ce même procédé qui lui avait permis d’acquérir en 2010 Les trois grâces, un petit tableau de Lucien Cranach daté de 1571 et que la générosité de 7000 donateurs avait permis de faire entrer dans les collections du Louvre.

Cette fois, l’objet de la convoitise de notre musée national concerne une petite sculpture en marbre datant de 1753 et intitulée L’Amour essayant une de ses flèches. Réalisée par le sculpteur français méconnu Jacques Saly, cette œuvre magnifique de réalisme avait été commandée par la marquise de Pompadour. Comme chacun sait, Jeanne-Antoinette Poisson de son vrai nom, fut l’épouse de Charles-Guillaume Lenormant d’Étiolles et surtout la maîtresse de Louis XV qui la nomma marquise de Pompadour puis lui offrit comme résidence parisienne l’hôtel d’Évreux, devenu depuis le palais de l’Élysée.

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

Sculpture de Jacques Saly : L’Amour essayant une de ses flèches (Photo : Musée du Louvre)

C’est justement dans cette demeure, où l’Amour est roi, que Mme de Pompadour fit transporter la fameuse statue en marbre de Cupidon vérifiant ses pointes de flèches, lorsqu’elle vendit en 1757 son château de Bellevue. Son auteur, Jacques Saly, passa la majeure partie de sa vie à l’étranger, à Rome d’abord puis au Danemark, où il fut nommé directeur de l’Académie des Beaux-Arts, ce qui explique que ses œuvres soient assez peu connues en France, en dehors de sa ville natale, Valenciennes. Les représentations de l’Amour jouant avec son arc et ses flèches sont en revanche très répandues à cette époque et celle-ci fait partie incontestablement des plus réussies.

Selon La Tribune de l’Art, le musée du Louvre lorgnait dessus depuis 2009, date à laquelle la sculpture a été mise en vente, mais n’avait pu donner suite à cause du prix exorbitant de 8 millions d’euros que réclamait son propriétaire. La négociation s’est finalement conclue à 5,5 millions d’euros, ce qui reste une belle somme. Mais quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu.

Une partie importante de la somme (2,8 millions d’euros) sera versée par l’Association des amis du Louvre et 2 millions au moins sont apportés par de grands donateurs et le mécénat d’entreprises. Il reste néanmoins 600 000 € à récolter, pour lesquels le Musée du Louvre fait appel à la générosité du public, via une de ses campagnes de souscription citoyenne qui finalement semblent assez bien fonctionner.

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

© Mathieu Ferrier, Agence Photo F

Alors, si le cœur vous en dit de contribuer à offrir un peu de cet Amour au Musée du Louvre, n’hésitez-pas à mettre la main à la poche, avant le 14 février prochain, date de la Saint-Valentin naturellement ! Les générations futures, en quête d’un peu de tendresse dans ce monde en crise, vous en seront sans doute reconnaissantes…

L.V.  LutinVertPetit