Archive for août 2014

KATULU n° 39

30 août 2014

Voici un bref aperçu des livres que les lecteurs de Katulu ont évoqués lors de leur dernière réunion d’avril-mai 2014. Le texte plus détaillé des lecteurs de Katulu est téléchargeable Katulu_Mai2014. Si vous aussi avez envie d’échanger autour de vos dernières lectures et de faire partager vos coups de cœur littéraires, n’hésitez pas à rejoindre le groupe de lecture Katulu qui se réunit à Carnoux le deuxième jeudi de chaque mois.

En finir avec Eddy Bellegueule

Edouard Louis

Il s’agit de la description de l’enfance et de la jeunesse d’un homosexuel dans une famille déshéritée, tant sur le plan des moyens financiers que sur le plan social et culturel. La télé, l’alcool et le foot sont les trois seuls centres d’intérêt. La description du milieu ambiant est particulièrement crue et réaliste : il y a de la violence dans toutes les relations…

Edouard Louis (photo John Foley)

Edouard Louis (photo John Foley)

Toute la souffrance de cet enfant vient de ce qu’il a des manières efféminées et que, dans ce milieu-là, l’homosexualité est rejetée comme une tare profonde, une honte. Il va donc passer son enfance et sa jeunesse à souffrir de ce rejet, autant dans sa famille qu’à l’école ou au village et à essayer de « devenir un dur ».

L’écriture est précise, incisive, rapide, violente ; pas de doute que cet écrivain en herbe (il a 21 ans) devrait continuer à écrire. Il ne s’agit pas d’un témoignage mais d’un roman où l’auteur a noirci ou inventé certains épisodes de sa vie pour en faire une œuvre littéraire et c’en est une !

Cécile Tonnelle

Il faut beaucoup aimer les hommes

Marie Darieussecq

Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq

C’est l’histoire d’une actrice française à Hollywood, Solange, de second rôle, mais qui gagne bien sa vie. Elle tombe amoureuse d’un acteur (de second rôle aussi), noir, né au Cameroun anglophone, qui a pris la nationalité canadienne, Kouhouesso. Il partage aussi ce coup de foudre, mais à sa façon. C’est l’histoire d’une passion amoureuse mais inégale.

Il a le projet de faire un film sur l’histoire du Congo adaptation du « cœur des ténèbres » de Conrad : « Il était temps qu’un africain s’empare d’Hollywood. Il était temps de reprendre à l’Amérique l’histoire des peuples ».

Lui a ce projet qui prend toute sa vie alors qu’elle n’a que lui en projet. Le livre va être celui de l’attente de cette femme, attendre qu’il arrive, attente du prochain SMS, mais ils n’ont pas de projet commun. La fin est cruelle quand elle va découvrir, après qu’il l’ait abandonnée, qu’il a au montage enlevé toutes les scènes où elle apparaissait : son nom n’apparaît plus nulle part, elle n’existe plus pour lui.

Un livre bien écrit très agréable à lire, qui aborde l’inégalité de la passion amoureuse. La différence de couleur de peau ne pose pas de problème dans ce livre, c’est le regard des autres sur le couple qui en pose.

Cécile Tonnelle

La démesure

Céline Raphaël

Cette autobiographie est un livre sur la maltraitance d’un enfant en milieu aisé : chose assez exceptionnelle car souvent on pense que cela n’arrive que dans les milieux défavorisés..

Ph4_DemesureCéline est une jeune fille de bonne famille : son père, cadre supérieur d’une grande société, souhaitait que sa fille pratique le piano et de façon excellente ! Il avait rêvé d’être pianiste mais faute de moyens il n’avait pu faire que de l’accordéon. Il en avait gardé une grande frustration et avait reporté cette folle ambition sur sa fille. C’est un paranoïaque qui n’a jamais voulu reconnaître ses torts.

C’est dès 2 ans et demi que son père lui offre un piano et l’astreint d’abord à 30 mn par jour puis rapidement à une heure et peu à peu elle pourra dire « bientôt je ne serai plus rien uniquement focalisée sur ma survie ». En plus de cet autoritarisme, elle subit la violence de son père : coups de ceinture, privation de nourriture, de sommeil. Elle devint anorexique ! En classe de seconde elle pesait 38 kgs !

La mère et sa sœur aussi angoissées qu’elles, s’enfoncent dans la faiblesse et la lâcheté devant lui. Enfin elle ose se confier à une infirmière scolaire. Placée en famille d’accueil, grâce à une volonté, un courage et une abnégation hors du commun, par un travail acharné, elle poursuivit des études (médecine et piano). Alors qu’elle était épuisée, anorexique et malheureuse, elle réussit à ses examens !

Céline Raphaël (photo Louise Allavoine / Babel)

Céline Raphaël (photo Louise Allavoine / Babel)

Maintenant elle joue pour les malades, en particulier pour les malades en fin de vie (dont elle s’occupe en tant qu’interne d’hôpital), pour son conjoint, sa famille. Sa souffrance, elle a voulu la transcender et en tirer un bien qu’elle donne à l’autre : « je voudrais que la maltraitance faite aux enfants soit déclarée grande cause nationale car trop souvent les tortionnaires paraissent respectables et les victimes se taisent ».

Josette Jegouzo

Le soldeur

Michel Field

Ou l’art de vendre sa bibliothèque… « Un homme qui vient vendre ses livres, c’est un peu de sa vie qu’il livre ? ou dont il se délivre ». En deux pages d’introduction le constat est fait.

En dernière page du livre, en quelques lignes l’affaire est conclue : « Un homme…cherche sa vérité…sa vie se confondait avec ses livres ? Alors qu’est-elle sans eux ? Que va-t-il découvrir derrière sa bibliothèque, quand il l’aura vidée ? Lui ou rien ?… ».

Le journaliste Michel Field (photo JC Marmara / Le Figaro)

Le journaliste Michel Field (photo JC Marmara / Le Figaro)

Entre ces deux petits paragraphes, 348 pages… d’une belle écriture, alerte, agréable, écriture d’un érudit qui bombarde le lecteur de titres, d’auteurs, de citations… et le culpabilise ! Il émerge de ces pages avec le sentiment qu’il n’a rien lu, qu’il est d’une inculture crasse !

Ph5_SoldeurLe tout raconté sous forme d’une rencontre chez un soldeur entre un intellectuel replié sur lui-même, cloîtré dans sa bibliothèque, et une jeune femme achetant des livres d’occasion… Une histoire de séduction qui pourrait ne pas exister (l’auteur s’en explique en fin de livre) mais qui donne un peu de légèreté à l’ensemble. Le fil rouge de ces pages : l’impact du livre, le livre outil à double tranchant. Il forge la personnalité, il est une ouverture au monde mais il est aussi repliement sur soi, un enfermement.

Tout ce qui peut être dit sur le livre est abordé : le livre en tant qu’objet, la relation livre-lecteur, l’acte d’écrire, l’obsession de la publication, les livres d’autrefois, les thèmes abordés. L’autre sujet du « soldeur » : l’art de créer sa bibliothèque, matériellement, physiquement, intellectuellement.

Un livre où l’auteur propose ses réflexions sur de multiples sujets, d’une écriture alerte, agréable. De nombreuses réflexions que l’on peut apprécier, critiquer, approuver ou rejeter au gré de chacun.

Marie-Antoinette Ricard

 

N’oublie pas les oiseaux

Murielle Magellan

Une jeune artiste de 17 ans arrive à Paris, à l’école de variétés. Elle rencontre un professeur de 40 ans homme charismatique, charmeur, volage insaisissable et complexe. Autour de lui les femmes défilent attirées par « le Russe ». Comment peut-elle capter son attention ?

Murielle Magellan

Murielle Magellan

C’est une autobiographie. Cette vie amoureuse va s’étaler sur 20 ans, elle aura 34 ans lorsqu’il meurt. Cet homme slave s’appelle Francis Morane, pour qui Murielle va tout accepter, tout encaisser tromperies, mises à l’écart, mensonges, fugues.

Elle raconte cet amour, adolescente de 17 ans, mal dans sa peau, mais qui dégage déjà une détermination et une certitude de ne pouvoir se résoudre de passer à côté d’un tel homme. Non seulement c’est un pygmalion de l’amour mais artistiquement il l’encourage et lui donnera la force de croire en elle. Cet amour va la détruire mais aussi la faire grandir. Ph7_Oiseaux

Elle raconte sans mélodrame ses hésitations, ces journées à attendre, des heures devant une porte close, cette dépendance à l’autre, les affres de l’infidélité et du mensonge.

Le personnage est très intéressant par sa fragilité et d’un autre côté sa force, et puis une douce mélancolie très touchante. Elle finit par dresser l’image d’une femme que l’amour et la souffrance ont rendu forte.

Suzanne Bastit

 

Poésie

Il n’est guère facile de commenter la poésie ; je souhaite seulement vous présenter trois recueils qui ont résonné pour moi et vous proposer de les ouvrir… et peut-être de les savourer comme je l’ai fait.

Michel Onfray

Michel Onfray

Michel Onfray : « Un requiem athée »

L’auteur a emprunté la structure du Requiem (liturgie catholique) en souvenir de sa compagne disparue. La mort est placée dans « le grand cycle naturel de la transformation et non de la disparition ».

« Il y eu le néant

Il y aura le néant.

Mais,

Entre les deux néants,

Il y eut aussi

Ta vie.

Anne Houdy : « La petite entomologiste »

« La terre vaut deux lunes »

Ph11_EntomoCes deux recueils de prose sont d’une intensité exceptionnelle. Un chant mélancolique qui laisse à penser la solitude et souvent la tristesse de l’auteur. Les jeux de mots de « La petite entomologiste », fruits d’une imagination débordante, sont enchanteurs : une leçon de poésie avec Colette, la poule, et son alphabet sous l’aile, la mante religieuse avec sa bible, le lombric accordant son luth, Hector le chien qui avait décidé d’être le pion… et le doryphore à court d’idées ! Et le rat de bibliothèque à qui les points de suspension donnent de l’aérophagie !

« je n’ai toujours pas compris le mode d’emploi de la vie… »

Il me reste encore une place pour écrire…

une place pour le chagrin…

une place vacante…

une place qui manque

une pour ce qui doit arriver… »

Dans « La terre vaut deux lunes », la musique se mêle à l’écriture . En introduction l’auteur explique son recueil :

En musique il y a une clef pour lire, pour accéder à la mélodie : « Pour ouvrir le livre, il faut ouvrir les yeux… Avoir la clef des mots, pour ouvrir les mots qui nous ouvrent les choses et les êtres. Ouvrir les mots pour voir dedans et pour comprendre le monde. Ouvrir les êtres et mettre des mots pour panser leurs blessures. »

Anne Houdy

Anne Houdy

Anne Houdy est comédienne et auteur dramatique. Née en France, elle a longtemps vécu au Québec puis à Paris . Aujourd’hui, elle anime des ateliers d’écriture à Marseille, et à Carnoux en 2014. Elle a publié, entre autre, en 1999 « Le milieu du silence » Théâtre, en 2010 « H et autres problèmes de lettres ».

Marie-Antoinette Ricard

 

Tempête – deux novellas

J.M.G. Le Clézio

Deux novellas, des nouvelles ainsi nommées parce qu’elles sont longues et ont un rapport entre elles. Terriblement sombres. Une magnifique écriture (comme toujours!) qui ne lasse jamais. Le thème de la tempête dans le cœur de l’homme. Le destin implacable qui brise les êtres, le destin de l’un qui transforme celui de l’autre. Le viol (celui que l’on a pas empêché et celui que l’on a subi) et le remords. Une note d’espoir en fin de chacun de ces textes cependant.

J.M.G. Le Clezio (photo C. Hélie / Gallimard)

J.M.G. Le Clezio (photo C. Hélie / Gallimard)

La première nouvelle, « Tempête », est celle de la rencontre d’une jeune fille de 12 ans avec un homme de 60 ans dans une île d’Extrême-Orient. La mer joue un rôle essentiel dans ce récit. L’homme qui revient dans ce lieu pour se donner la mort, repartira délivré après la rencontre avec l’enfant : « Il m’a donné son passé, il s’est libéré en moi, il m’a remplie de sa destinée ». Elle, aussi quittera l’île, sans regret, « libre » de s’inventer une nouvelle vie.

Le deuxième récit, « Une femme sans identité », est celui d’une jeune femme, née d’un viol, adoptée, rejetée par sa belle-mère. Une vie de « galère » à Paris avec la haine au fond du cœur, mais aussi l’amour qu’elle porte à sa petite sœur. Elle retrouvera l’espérance en partant pour l’Afrique où elle était née même si « c’est toujours angoissant de commencer une nouvelle histoire ».

Un livre dont on sort avec un profond malaise : l’ambiguïté de la première histoire, la noirceur de la seconde sont difficiles à supporter.

Marie-Antoinette Ricard

 

Réparer les vivants

Maylis de Kerangal

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Tout se passe en vingt-quatre heures exactement.

Entre l’accident de Simon, jeune surfeur de 20 ans, et la transplantation de son cœur dans le thorax d’une quinquagénaire, c’est le récit des angoisses, des questionnements d’un père, d’une mère, d’une fiancée, du receveur du don et de tout le personnel médical mobilisé pour la transplantation.

Maylis de Kerangal

Maylis de Kerangal

Avec une précision méticuleuse, que ce soit celle de la technique du surf ou celle de l’acte chirurgical, l’auteur dans une écriture qui envoûte, riche, foisonnante, poétique, tient son lecteur en haleine ; elle lui fait vivre ces 24 h, comme s’il était l’un des multiples acteurs de cette chaîne qu’est la transplantation.

« Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour ».

Marie-Antoinette Ricard

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« Libérez-vous en libérant la Palestine »

27 août 2014

Une nouvelle salve de violences vient d’éclater entre Israël et la Palestine et une fois encore, des enfants meurent. Voici venu le temps de l’action non-violente pour mettre fin à ce cauchemar. Nos États et entreprises financent, profitent et investissent dans la violence, mais nous pouvons y mettre fin en appelant les grandes banques, fonds de pension et entreprises à cesser leurs investissements. Comment cela ? En faisant connaître par exemple la lettre de l’archevêque émérite sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. Dans un article exclusif pour le journal israélien Haaretz, publié en français sur le site d’Avazz, il appelle à un boycott mondial d’Israël et demande aux Israéliens et aux Palestiniens de réfléchir, au delà de leurs dirigeants, à une solution durable à la crise en Terre Sainte. Il adresse aussi au peuple israélien le plaidoyer suivant :

Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix (photo Reuters)

Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix (photo Reuters)

Les dernières semaines, des membres de la société civile du monde entier ont lancé des actions sans précédent contre les ripostes brutales et disproportionnées d’Israël au lancement de roquettes depuis la Palestine. Si l’on fait la somme de tous les participants aux rassemblements du week-end dernier exigeant justice en Israël et en Palestine – à Cape Town, Washington, New-York, New Delhi, Londres, Dublin et Sydney, et dans toutes les autres villes – cela représente sans aucun doute le plus important tollé de l’opinion citoyenne jamais vu dans l’histoire de l’humanité autour d’une seule cause.

Manifestation de soutien au peuple palestinien à Lyon (juillet 2014) _ photo Joël Philippon

Manifestation de soutien au peuple palestinien à Lyon (juillet 2014) _ photo Joël Philippon

Il y a un quart de siècle, j’ai participé à des manifestations contre l’apartheid qui avaient rassemblé beaucoup de monde. Je n’aurais jamais imaginé que nous assisterions de nouveau à des manifestations d’une telle ampleur, mais celle de samedi dernier à Cape Town fut au moins aussi importante. Les manifestants incluaient des gens jeunes et âgés, musulmans, chrétiens, juifs, hindous, bouddhistes, agnostiques, athées, noirs, blancs, rouges et verts… C’est ce à quoi on pourrait s’attendre de la part d’une nation vibrante, tolérante et multiculturelle.

J’ai demandé à la foule de chanter avec moi : « Nous sommes opposés à l’injustice de l’occupation illégale de la Palestine. Nous sommes opposés aux assassinats à Gaza. Nous sommes opposés aux humiliations infligées aux Palestiniens aux points de contrôle et aux barrages routiers. Nous sommes opposés aux violences perpétrées par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas opposés aux Juifs. »

Plus tôt dans la semaine, j’ai appelé à suspendre la participation d’Israël à l’Union Internationale des Architectes qui se tenait en Afrique du Sud. J’ai appelé les sœurs et frères israéliens présents à la conférence à se dissocier activement, ainsi que leur profession, de la conception et de la construction d’infrastructures visant à perpétuer l’injustice, notamment à travers le mur de séparation, les terminaux de sécurité, les points de contrôle et la construction de colonies construites en territoire palestinien occupé. « Je vous implore de ramener ce message chez vous : s’il vous plaît, inversez le cours de la violence et de la haine en vous joignant au mouvement non violent pour la justice pour tous les habitants de la région », leur ai-je dit.

Quartier de Shujayea à Gaza le 26 juillet 2014 après des bombardements israéliens

Quartier de Shujayea à Gaza le 26 juillet 2014 après des bombardements israéliens

Au cours des dernières semaines, plus de 1,7 million de personnes à travers le monde ont adhéré au mouvement en rejoignant une campagne d’Avaaz demandant aux compagnies tirant profit de l’occupation israélienne et/ou impliquées dans les mauvais traitements et la répression des Palestiniens de se retirer. La campagne vise spécifiquement le fonds de pension des Pays-Bas ABP, la Barclays Bank, le fournisseur de systèmes de sécurité G4S, les activités de transport de la firme française Véolia, la compagnie d’ordinateurs Hewlett-Packard et le fournisseur de bulldozers Caterpillar.

Le mois dernier, 17 gouvernements européens ont appelé leurs citoyens à ne plus entretenir de relations commerciales ni investir dans les colonies israéliennes illégales. Récemment, on a pu voir le fonds de pension néerlandais PGGM retirer des dizaines de millions d’euros des banques israéliennes, la fondation Bill et Melinda Gates désinvestir de G4S, et l’église presbytérienne américaine se défaire d’un investissement d’environ 21 millions de dollars dans les entreprises HP, Motorola Solutions et Caterpillar. C’est un mouvement qui prend de l’ampleur.

Maisons du village de Khouza'a touchées par des tirs israéliens

Maisons du village de Khouza’a touchées par des tirs israéliens

La violence engendre la violence et la haine, qui à son tour ne fait qu’engendrer plus de violence et de haine. Nous, Sud-Africains, connaissons la violence et la haine. Nous savons ce que cela signifie d’être les oubliés du monde, quand personne ne veut comprendre ou même écouter ce que nous exprimons. Cela fait partie de nos racines et de notre vécu.

Blog98_PhTutu2Mais nous savons aussi ce que le dialogue entre nos dirigeants a permis, quand des organisations qu’on accusait de « terroristes » furent à nouveau autorisées, et que leurs meneurs, parmi lesquels Nelson Mandela, furent libérés de prison ou de l’exil. Nous savons que lorsque nos dirigeants ont commencé à se parler, la logique de violence qui avait brisé notre société s’est dissipée pour ensuite disparaître. Les actes terroristes qui se produisirent après le début ces échanges – comme des attaques sur une église et un bar – furent condamnés par tous, et ceux qui en étaient à l’origine ne trouvèrent plus aucun soutien lorsque les urnes parlèrent.

L’euphorie qui suivit ce premier vote commun ne fut pas confinée aux seuls Sud-Africains de couleur noire. Notre solution pacifique était merveilleuse parce qu’elle nous incluait tous. Et lorsqu’ensuite, nous avons produit une constitution si tolérante, charitable et ouverte que Dieu en aurait été fier, nous nous sommes tous sentis libérés.

Bien sûr, le fait d’avoir eu des dirigeants extraordinaires nous a aidés. Mais ce qui au final a poussé ces dirigeants à se réunir autour de la table des négociations a été la panoplie de moyens efficaces et non-violents qui avaient été mis en œuvre pour isoler l’Afrique du Sud sur les plans économique, académique, culturel et psychologique. A un moment charnière, le gouvernement de l’époque avait fini par réaliser que préserver l’apartheid coûtait plus qu’il ne rapportait. L’embargo sur le commerce infligé dans les années 80 à l’Afrique du Sud par des multinationales engagées fut un facteur clé de la chute, sans effusion de sang, du régime d’apartheid. Ces entreprises avaient compris qu’en soutenant l’économie sud-africaine, elles contribuaient au maintien d’un statu quo injuste.

Ceux qui continuent de faire affaire avec Israël, et qui contribuent ainsi à nourrir un sentiment de « normalité » à la société israélienne, rendent un mauvais service aux peuples d’Israël et de la Palestine. Ils contribuent au maintien d’un statu quo profondément injuste. Ceux qui contribuent à l’isolement temporaire d’Israël disent que les Israéliens et les Palestiniens ont tous autant droit à la dignité et à la paix.

A Gaza pendant le cessez-le-feu du 26 juillet 2014

A Gaza pendant le cessez-le-feu du 26 juillet 2014

A terme, les évènements qui se sont déroulés à Gaza ce dernier mois sont un test pour ceux qui croient en la valeur humaine. Il devient de plus en plus clair que les politiciens et les diplomates sont incapables de trouver des réponses, et que la responsabilité de négocier une solution durable à la crise en Terre Sainte repose sur la société civile et sur les peuples d’Israël et de Palestine eux-mêmes.

Outre la dévastation récente de Gaza, des personnes honnêtes venant du monde entier – notamment en Israël – sont profondément perturbées par les violations quotidiennes de la dignité humaine et de la liberté de mouvements auxquelles les Palestiniens sont soumis aux postes de contrôle et aux barrages routiers. De plus, les politiques israéliennes d’occupation illégale et la construction d’implantations en zones tampons sur le territoire occupé aggravent la difficulté de parvenir à un accord qui soit acceptable pour tous dans le futur. L’Etat d’Israël agit comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ses habitants ne connaîtront pas l’existence calme et sécuritaire à laquelle ils aspirent, et à laquelle ils ont droit, tant que leurs dirigeants perpétueront les conditions qui font perdurer le conflit.

J’ai condamné ceux qui en Palestine sont responsables de tirs de missiles et de roquettes sur Israël. Ils attisent les flammes de la haine. Je suis opposé à toute forme de violence. Mais soyons clairs, le peuple de Palestine a tous les droits de lutter pour sa dignité et sa liberté. Cette lutte est soutenue par beaucoup de gens dans le monde entier.

Nul problème créé par l’homme n’est sans issue lorsque les humains mettent en commun leurs efforts sincères pour le résoudre. Aucune paix n’est impossible lorsque les gens sont déterminés à l’atteindre. La paix nécessite que le peuple d’Israël et le peuple de Palestine reconnaissent l’être humain qui est en eux et se reconnaissent les uns les autres afin de comprendre leur interdépendance. Les missiles, les bombes et les invectives brutales ne sont pas la solution.

Banlieue de Shujayea pendant le cessez-le-feu du 26 juillet 2014

Banlieue de Shujayea pendant le cessez-le-feu du 26 juillet 2014

Il n’y a pas de solution militaire. La solution viendra plus probablement des outils non violents que nous avons développés en Afrique du Sud dans les années 80 afin de persuader le gouvernement sud africain de la nécessité de changer sa politique. La raison pour laquelle ces outils – boycott, sanctions et retraits des investissements – se sont finalement avérés efficaces, est qu’ils bénéficiaient d’une masse critique de soutien, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Le même type de soutien envers la Palestine dont nous avons été témoins de par le monde durant ces dernières semaines.

Mon plaidoyer envers le peuple d’Israël est de voir au-delà du moment, de voir au-delà de la colère d’être perpétuellement assiégé, de concevoir un monde dans lequel Israël et la Palestine coexistent – un monde dans lequel règnent la dignité et le respect mutuels. Cela demande un changement de paradigme. Un changement qui reconnaisse qu’une tentative de maintenir le statu-quo revient à condamner les générations suivantes à la violence et l’insécurité. Un changement qui arrête de considérer une critique légitime de la politique de l’Etat comme une attaque contre le judaïsme. Un changement qui commence à l’intérieur et se propage à travers les communautés, les nations et les régions – à la diaspora qui s’étend à travers le monde que nous partageons. Le seul monde que nous partageons !

Quand les gens s’unissent pour accomplir une cause juste, ils sont invincibles. Dieu n’interfère pas dans les affaires humaines, dans l’espoir que la résolution de nos différends nous fera grandir et apprendre par nous-mêmes. Mais Dieu ne dort pas. Les textes sacrés juifs nous disent que Dieu est du côté du faible, du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger qui a permis à des esclaves d’entamer leur exode vers une Terre Promise. C’est le prophète Amos qui a dit que nous devrions laisser la justice couler telle une rivière.

À la fin, le bien triomphera. Chercher à libérer le peuple de Palestine des humiliations et des persécutions que lui inflige la politique d’Israël est une cause noble et juste. C’est une cause que le peuple d’Israël se doit de soutenir. Nelson Mandela a dit que les Sud Africains ne se sentiraient pas complètement libres tant que les Palestiniens ne seraient pas libres. Il aurait pu ajouter que la libération de la Palestine serait également la libération d’Israël.

Desmond TUTU

Les photos de Gaza sont issues du site electrinicintifada.net.

La baguette coréenne s’implante à Paris

25 août 2014

S’il est une activité industrielle où le savoir-faire français est mondialement reconnu c’est bien celui de la boulangerie. La fameuse baguette française s’exporte bien et nombre de boulangers formés en France se sont implantés avec succès dans le monde entier.

Photo Fabrice Pouliquen / 20Minutes

Photo Fabrice Pouliquen / 20Minutes

Juste retour des choses : voilà qu’une entreprise sud-coréenne vient d’ouvrir, le 21 juillet dernier, sa première boulangerie en plein cœur de Paris, à deux pas de la station de métro Châtelet, rue Jean Lentier. Paris Baguette : tel est le nom de cette chaîne qui possède déjà 180 magasins à l’étranger, pour l’instant situés principalement en Chine, au Vietnam et aux États-Unis. Elle souhaite désormais s’attaquer au marché européen et quel meilleur symbole que de s’installer en priorité au centre de la capitale française ?

Blog97_Ph1Pour l’occasion, la marque coréenne a laissé tomber son logo un peu provocateur en forme de tour Eiffel sur fond bleu ciel et a habillé sa devanture avec discrétion pour se fondre dans le paysage, à l’image de Mac’ Donald qui a créé une gamme spécifique pour mieux développer ses implantations sur le sol français…

Du coup, rien ne laisse deviner au client de passage que la boulangerie en question dépend du groupe coréen SPC créé en 1988 par le milliardaire Hur Young-In, qui détient déjà 3 000 points de vente Paris Baguette en Corée du Sud et qui compte en ouvrir autant dans les années qui viennent en misant sur le développement à l’international. Pour ne pas heurter la clientèle parisienne, la boulangerie Paris Baguette du Châtelet n’offre pour l’instant que du très classique : pain, viennoiseries, sandwichs et tartes, pour ne pas effrayer la clientèle avec ses spécialités plus traditionnelles de gâteau à la patate douce ou de pains fourrés à l’ail ou aux haricots rouges…

Photo parue dans Le Parisien

Photo parue dans Le Parisien

Blog97_PhBaguetteVoilà en tout cas qui nous interpelle sur l’avenir de notre petit commerce de proximité, déjà mis à mal par les offensives de la grande distribution. Pour l’instant largement épargné par les affres de la délocalisation, le voici donc menacé par la bienfaisante « concurrence libre et non faussée » de la « mondialisation heureuse ». Il existerait en France de l’ordre de 35 000 boulangeries, soit une pour 1 800 habitants en moyenne d’après la Confédération nationale des boulangers, la boulangerie-pâtisserie se classant au premier rang des commerces alimentaires de détail. Avec un chiffre d’affaire global évalué par l’INSEE à environ 11 milliards d’euros par an, le secteur emploie de l’ordre de 160 000 personnes dans un marché plutôt en bonne santé. Même si la consommation quotidienne de pain a fortement baissé en France, passant de 900 g par personne dans les années 1950 à moins de 140 g actuellement, l’activité a su se diversifier et s’adapter aux nouvelles habitudes alimentaires de la clientèle.

Pour l’instant, les boulangeries sont pour l’essentiel des entreprises individuelles ou de très petite taille, 77 % elles ayant entre 0 et 5 salariés. Mais on y observe aussi le développement de chaînes régionales voire nationales, ce qui traduit une évolution progressive de l’activité vers une plus forte concentration. Dans ces conditions, on peut imaginer que l’arrivée du groupe sud-coréen sur ce marché n’est peut-être que la première étape d’une restructuration qui risque de modifier en profondeur le paysage des boulangeries de nos centre-ville dans les années à venir…

L. V.  LutinVertPetit 

Les captages d’eau potable menacés par les pollutions agricoles ?

23 août 2014

Les organisations syndicales agricoles sont une fois de plus en émoi suite à l’annonce faite par Ségolène Royal le 23 juillet 2014 d’étendre fortement les zones jugées vulnérables aux nitrates dans lesquelles épandages d’engrais et effluents d’élevage devront être mieux maîtrisés.

Photo copyright Olympixel

Photo copyright Olympixel

Cette décision, qui ajoute 3 888 communes aux 19 200 qui étaient déjà classées en zone vulnérable, s’inscrit dans un processus qui a débuté en 1991 avec l’adoption par les instances européennes de la Directive nitrates. En France en effet, toute la politique de protection de la ressource en eau depuis de nombreuses années ne progresse que sous l’impulsion de Bruxelles. C’est une autre directive européenne, celle concernant les eaux résiduaires urbaines, adoptée également en 1991, qui a imposé à la France de s’équiper progressivement en stations d’épuration afin de réduire l’impact des eaux usées, fortes contributrices en nitrates et phosphates notamment. Malgré un effort financier colossal apporté depuis des années par les Agences de l »Eau, de l’ordre de 10 % des stations d’épuration ne seraient pas encore conformes mais les choses se sont quand même bien améliorées.

On est loin cependant d’atteindre l’objectif fixé par une autre directive européenne, la fameuse DCE (directive cadre sur l’eau, adoptée en 2000) qui impose d’atteindre d’ici 2015 le bon état de deux-tiers des eaux superficielles et souterraines. Les raisons de cet échec sont multiples mais force est de constater que les effluents d’origine agricole, pesticides et surtout nitrates, y contribuent pour une large part. Les nitrates, très solubles dans l’eau et qui sont notamment à l’origine des proliférations de certains organismes dont les fameuses algues vertes qui asphyxient le milieu naturel, proviennent à la fois du lessivage des excédents d’engrais azotés et d’une mauvaise gestion des effluents d’élevage. L’objectif de ce classement en zones vulnérables est de faciliter, par des subventions, la modernisation des exploitations agricoles qui doivent s’orienter progressivement vers une utilisation plus raisonnée des intrants et des installations de traitement de leurs effluents, en particulier à travers leur valorisation via la production de méthane.

Blog96_PhCarteZVBien entendu, les organisations syndicales agricoles, FNSEA en tête, s’étranglent et dénoncent à cors et à cris une telle stratégie qui risque de peser sur l’avenir de certaines exploitations déjà en difficulté économique. C’est en effet désormais 70 % de la surface utile agricole qui est concernée mais la France, déjà condamnée en 2013 par la Cour de justice européenne, ne pouvait pas indéfiniment se moquer des injonctions de Bruxelles au risque de devoir payer de lourdes amendes pour non respect de ses engagements.

Blog96_PhEffluentsFace à une telle situation, la FNSEA suggère plutôt de dénoncer les directives européennes et de fermer les yeux sur les impacts environnementaux de l’agriculture intensive fortement rémunératrice. Mais peut-on sérieusement s’engager dans une telle impasse qui conduirait fatalement à dégrader encore la qualité de nos rivages et de nos cours d’eau, jusqu’à devenir irréversible ?

Au delà du risque de contentieux financier et de la dégradation de notre environnement, n’oublions-pas que c’est notre approvisionnement en eau potable et celui des générations à venir qui est d’abord en cause. On estime ainsi qu’à l’heure actuelle 12 % du montant de notre facture d’eau sert à payer les dommages provoqués par les pollutions d’origine agricole. Sur 35 000 captages d’eau potable exploités en France, 400 en moyenne ont dû être abandonnés chaque année entre 1998 et 2008 à cause d’une teneur excessive en nitrate (au delà de 50 mg/l, l’eau n’est plus considérée comme potable). Les distributeurs d’eau potable font face en procédant à des mélanges d’eau issus de captages moins contaminés pour rester en dessous des normes. Ils engagent également de coûteux investissements pour traiter l’eau via des techniques de dénitrification. Plusieurs procédés ont ainsi été mis au point : biologiques (traitement bactérien) ou physico-chimique (résines échangeuses d’ions ou osmose inverse notamment). Ils ont tous en commun de se traduire par des coûts d’investissement et d’exploitation très élevés.

Blog96_PhRiviereC’est pourquoi il est préférable, y compris sur la base de considérations économiques, de privilégier les solutions préventives qui visent à réduire l’impact des pollutions agricoles sur le milieu. De très nombreux agriculteurs en sont d’ailleurs convaincus et la Fédération nationale de l’agriculture biologique vient justement de publier un bilan des actions pilotes qu’elle mène depuis 2010 avec une douzaine de collectivités locales engagées dans cette voie. Un des exemples mis en avant et sur lequel la FNAB s’est appuyé pour développer sa démarche est celui de la ville de Munich : sur les 2250 hectares cultivés autour de cette ville, 83 % sont passés en agriculture biologique grâce aux aides financière de la collectivité, aides qui ne représentent pourtant que moins de 0,01 € par m3 d’eau distribuée ! Depuis que ce programme a été initié en 1991, les teneurs en nitrates et en pesticides ont chuté respectivement de 43 et 54 %, pour un coût jugé 27 fois moins élevé que la mise en œuvre d’un procédé de traitement.

En France, plusieurs collectivité se sont engagées dans une voie similaire, dont la ville de Niort qui aide au développement de l’agriculture biologique autour de ses captages d’eau et favorise ensuite la commercialisation des produits via ses cantines scolaires. Les outils existent pour une mutation progressive de notre agriculture au bénéfice de l’intérêt général (et de la santé des agriculteurs eux-mêmes). Reste à convaincre les représentants des grandes organisations syndicales agricoles qui sont malheureusement les principaux freins à cette évolution. Il y a encore du pain sur la planche…

L. V. LutinVertPetit 

L’Argentine menacée de faillite par un fonds spéculatif ?

17 août 2014

En 2001, on se souvient que l’Argentine avait été déclarée en défaut de paiement de sa dette qui s’élevait alors à quelques centaines de milliards de dollars. Ce pays, qui était pourtant la cinquième puissance économique du monde au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait subi des décennies de crises politiques et économiques. Carlos Menem, arrivé au pouvoir en 1989 alors que le pays était confronté à une période d’hyperinflation, applique à la lettre les théories ultralibérales de l’École de Chicago et les injonctions du FMI, privatisant à tour de bras des pans entiers de l’économie et taillant à la hache dans les services publics.

En 1992 est créé un nouveau peso, aligné sur le dollar américain, qui permet à l’Argentine de retrouver des taux de croissance remarquables. Mais à partir de 1998, la remontée brutale du dollar et la dévaluation du real brésilien donnent un coup d’arrêt aux exportations de l’Argentine dont l’économie s’enfonce dans la crise. Elle fait de nouveau appel au FMI qui prône des réductions drastiques dans les budgets. Les taux de chômage explosent et les tensions sociales s’aggravent.

Emeutes à Buenos Aires en décembre 2001 (photo archives AFP)

Emeutes à Buenos Aires en décembre 2001 (photo archives AFP)

L’explosion finale se produit en décembre 2001 lorsque le ministre des finances limite les retraits bancaires pour tenter de bloquer la fuite des liquidités. Après un refus du FMI de soutenir davantage le pays en faillite, ce dernier finit par déclarer son insolvabilité et dévalue sa monnaie, rendant caducs tous les contrats libellés en dollars. Les Argentins y perdent une grande partie de leur épargne, de même que les banques et les entreprises étrangères qui avaient investi massivement dans ce pays.

Un plan de conversion de la dette argentine est négocié à partir de 2004, proposant aux banques de renoncer à une partie de leur créance. Cette phase de restructuration de la dette se poursuit jusqu’en 2010. A cette date, 93 % des créanciers ont accepté une décote de l’ordre de 65 % en moyenne sur leurs titres.

Mais il reste des irréductibles parmi lesquels deux fonds spéculatifs, NML Capital et Aurelius Management, qui avaient acheté des titres à une valeur décotée dérisoire et qui cherchent à les négocier au prix fort en refusant tout compromis. NML en particulier avait acheté en 2008 pour 50 millions d’euros de dette argentine et en réclame désormais la somme colossale de 800 millions !

Le juge Thomas Griesa, 84 ans...

Le juge Thomas Griesa, 84 ans…

Pour cela, leur arme consiste à utiliser les tribunaux américains. C’est ainsi que le 23 juillet 2012, ils ont obtenu une première victoire devant le juge new-yorkais Thomas Griesa qui interdit à l’Argentine d’honorer le paiement de sa dette restructurée tant qu’elle n’a pas remboursé les fonds spéculatifs au prix qu’ils exigent. La Cour suprême des États-Unis ayant refusé de se prononcer sur le dossier, l’ordonnance du juge Griesa est entrée en application et l’Argentine est donc de nouveau en défaut de paiement depuis le 31 juillet 2014 !

L’Argentine a illico saisi l’autorité boursière américaine et la présidente Cristina Kircher (qui a succédé à son mari en 2007 à la tête du pays) clame haut et fort son rejet du jugement, estimant qu’il n’a ni queue ni tête. Du coup, le juge Griesa (84 ans tout de même…), s’est fâché tout rouge et menace à son tour d’attaquer le gouvernement argentin pour outrage… En contrepartie, l’Argentine menace de saisir la Cour internationale de justice à La Haye, mais en pure perte car les États-Unis ne reconnaissent toujours pas cette juridiction des Nations Unies…

Au delà de ces péripéties, ce dossier interroge sur le bras de fer qui se joue de plus en plus fréquemment entre pays endettés et créanciers privés et dont les premières victimes sont les populations de ces pays exsangues. Si les banques comme les états sont en mesure d’accepter des restructurations de dettes publiques, il apparaît de plus en plus dans le jeu des acteurs privés qui, à l’instar de ces « fonds vautour » ne veulent rien entendre et jouent les jusqu’au boutistes en s’appuyant sur les tribunaux américains (car les obligations souveraines sont généralement émises en droit anglo-saxon).

Paul Singer, patron d'Elliott Management

Paul Singer, patron d’Elliott Management

Le cas du fonds NML, filiale d’Eliott Management, est assez représentatif. Son fondateur, Paul Singer, très proche des Républicains américains dont il finance régulièrement les campagnes électorales, s’est fait une spécialité de traquer les états et les entreprises en difficulté dont il rachète les titres de dette à prix cassé pour en exiger ensuite le remboursent à prix fort devant les tribunaux. Après des études de psychologie, Paul Singer travaille à Wall Street comme avocat puis banquier d’affaire. C’est en 1977 qu’il crée Elliott avec un apport de 1 million de dollars emprunté à ses proches mais c’est seulement à partir du krach boursier de 1987 qu’il se tourne vers les produits de dette décotée. En 1996, il achète des emprunts péruviens, refuse la restructuration de la dette, et après 4 ans de procédure judiciaire empoche cinq fois sa mise initiale ! Il refera le coup en Zambie et en République démocratique du Congo.

Cristina Kirchner, présidente de la république d'Argentine

Cristina Kirchner, présidente de la république d’Argentine

A 70 ans, Paul Singer possède un patrimoine estimé à 1,5 milliards de dollars et le fonds d’investissement Elliott Management Corporation, dont le siège est basé aux iles Caïman, gère 24 milliards de dollars. Pour lui, tous les coups sont permis. Il n’a pas hésité ainsi à faire saisir en octobre 2012 au Ghana le trois-mâts école de la marine argentine, la Libertad, pour exiger 370 millions de la part de l’État ! En mars 2013, la Cours de cassation a bloqué in extremis la saisie de sommes dues par plusieurs entreprises françaises implantées en Argentine, dont Air France, Total et BNP Paribas. Depuis, la présidente argentine Cristina Kirchner évite soigneusement de se déplacer avec son avion officiel de peur qu’il ne soit confisqué dans un aéroport étranger… Les fonds vautour n’ont pas fini de faire trembler les états en difficulté économique…

L. V. LutinVertPetit 

Habitants de Carnoux, tous nasranis ?

14 août 2014

Blog94_Ph2Depuis quelques jours, chacun à Carnoux a pu observer cette curieuse banderole qui se détache en lettres de sang sur la façade de Notre-Dame d’Afrique, en plein centre de la ville le long du mail. On y voit la lettre n de l’alphabet arabe, le « noun », complété par ce slogan énigmatique « Tous nasranis ». Pour qui a vécu en pays islamique, cette expression de « nasrani » évoque la manière vaguement méprisante dont sont habituellement désignés les chrétiens, par allusion à Jésus le Nazaréen. De fait, ce sigle est celui qui a été apposé sur les maisons des chrétiens vivant à Mossoul, l’antique Ninive située au nord de l’Irak actuel, lorsque la ville est tombée entre les mains des djihadistes de l’État islamique, le 10 juin 2014.

Les hommes de l’émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Ourashi, autoproclamé calife, ont alors laissé le choix aux quelques 25 000 chrétiens encore présents soit de se convertir soit de payer l’impôt spécial réservés aux dhimmi, non musulmans. On retrouve là des pratiques qu’on croyait disparues mais qui ont été souvent appliquées dans l’histoire, y compris d’ailleurs à l’encontre des musulmans persécutés par les autorités catholiques lors de la Reconquista espagnole. En l’occurrence, elles ne concernent actuellement pas seulement les Chaldéens mais aussi les Juifs ou les Zoroastriens et un certain nombre d’autres communautés dont les Yézidis, les Turkmènes et d’autres, également victimes des mêmes persécutions du fait de l’expansion territoriale de l’État islamique en Irak comme en Syrie.

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L’initiative prise par le père Bernard Lucchesi à Carnoux, exprimant une solidarité quelque peu sélective envers les seules populations d’obédience chrétienne, ne laisse donc pas d’étonner : s’agirait-il de ranimer l’esprit de croisade ou les guerres de religions qui ont fait tant de dégât dans le passé ?

Certes, la situation géopolitique dans la région est dramatique mais il serait pour le moins erroné de la réduire à une offensive de combattants islamistes contre les seules minorités chrétiennes d’Orient. Les cibles principales contre lesquelles combattent les djihadistes salafistes de l’État islamique sont d’abord des Chiites et les peshmergas kurdes. L’enjeu de ce conflit ne se réduit pas à de simples considérations religieuses, loin s’en faut.

Du prosélytisme sur un bâtiment public à Carnoux ?

Du prosélytisme sur un bâtiment public à Carnoux ?

Que des musulmans irakiens affichent leur solidarité à Bagdad vis-à-vis de leurs compatriotes chrétiens persécutés en arborant ce slogan généreux  » Tous nasranis  » est fort louable. Que le même message s’affiche ainsi sur la façade d’une église en France en change nécessairement la portée et pourrait même être considérée comme une provocation par certains ! Surtout quand au même moment la même équipe paroissiale juge utile d’afficher sur la façade opposée de l’église en question une affiche monumentale proclamant un autre message qui lui relève sans la moindre ambiguïté d’une démarche de prosélytisme catholique traditionnaliste.

On ne peut certes qu’être solidaire des populations persécutées par les exactions des djihadistes de l’État islamique et même appeler de ses vœux une réponse militaire contre leur offensive qui déstabilise toute la région. Attention cependant à ne pas tomber dans le même travers que ces fous de Dieu qui prétendent faire passer le fait religieux avant toute autre considération ! Rappelons au passage la fameuse maxime républicaine laïque qui garde toute son actualité :  » La loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi « …

L. V. LutinVertPetit

Les fourmis de la Crau : un chantier à haute intensité de main d’œuvre !

10 août 2014
Constat des dégâts après la rupture du pipeline (photo © RNCC – CEN PACA)

Constat des dégâts après la rupture du pipeline
(photo © RNCC – CEN PACA)

Le 7 août 2009, un garde de la réserve naturelle des coussouls de Crau a la désagréable surprise d’observer un geyser de pétrole brut en plein milieu de la plaine de Crau, un écosystème très particulier qui s’étend entre Arles et Fos-sur-mer, et dont une grande superficie est classée Natura 2000.

Ce fameux coussoul de Crau constitue en effet un milieu naturel très spécifique. Cette immense plaine caillouteuse est issue des dépôts alluvionnaires de la Durance qui y avait là son delta avant qu’elle ne change son cours pour aller se jeter dans le Rhône. Le sol est ainsi constitué d’une épaisse couche de galets plus ou moins cimentés et a donné naissance à un milieu d’apparence hostile recouvert d’une maigre végétation, broutée par des générations de moutons, grillée par le soleil provençal et balayée par les furieux assauts du mistral que rien n’arrête.

Blog93_PhCrau

Ganga cata dans la Crau

Ganga cata dans la Crau

Mais cette steppe aride, proche de celles d’Afrique du Nord ou de l’Espagne, est aussi un écosystème d’une incroyable richesse où l’on peut observer près de 300 espèces d’oiseaux sur les 479 répertoriées en France ! Parmi celles-ci se trouvent le faucon crécerelle, l’outarde canepière ou encore le ganga cata dont la Crau constitue le seul habitat connu en France. D’autres espèces sont également emblématiques des coussouls de Crau, dont le lézard ocelé ou le criquet rhodanien sans aile…

Bref, on comprend l’émoi du garde face à cette marée noire qui se déverse en ce petit matin d’août 2009 sur près de 5 hectares… Le coupable est un oléoduc enterré à faible profondeur et qui conduit le pétrole depuis le l’étang de Berre vers les zones de raffinage et les complexes pétrochimiques de Feyzin et de l’axe rhénan en Allemagne. Il appartient à la Société du pipeline sud-européen, la SPCE, une filiale des majors du pétrole (Shell, Exxon, Total et BP). Malgré l’alerte précoce, la quantité de pétrole répandue est estimée à environ 5000 tonnes avec un risque de pollution pour la nappe phréatique qui est exploitée pour l’approvisionnement en eau potable.

Vue aérienne de la pollution en 2009

Vue aérienne de la pollution en 2009

Des systèmes de pompage sont aussitôt mis en place pour éviter que les hydrocarbures n’aillent migrer dans la nappe et un chantier énorme d’excavation est entrepris sans tarder. Ce sont au total 72 000 m3 de terre souillées qui sont décaissés et mis en décharge, le chantier de dépollution mobilisant près de 50 hectares. Des biologistes de l’Institut méditerranéen de biologie et d’écologie, l’IMBE, un laboratoire de l’université d’Avignon rattaché au CNRS, sont mis à contribution. Une carrière proche est remise en exploitation pour y extraire les terrains de substitution, lesquels sont mis en place en respectant l’ordre des horizons pédologiques et en tentant de conserver la faune d’invertébrés qui les a colonisés.

Au total, la SPCE affirme avoir dépensé de l’ordre de 50 millions d’euros pour remettre en état le site. Assignée en justice par deux associations de protection de l’environnement, dont France Nature Environnement, la société vient d’être condamnée le 29 juillet 2014 par le Tribunal correctionnel de Tarascon, à payer une amende dérisoire de 75 000 euros, assortie de 400 000 euros de dommages et intérêts, les juges ayant considéré que la société avait entrepris des efforts incontestables pour réparer autant que possible les dommages occasionnés.

Fourmi moissonneuse au travail (photo R. Jaunâtre - CNRS-IMBE)

Fourmi moissonneuse au travail (photo R. Jaunâtre – CNRS-IMBE)

Pour tenter de recréer l’écosystème, la SPCE a subventionné l’équipe de chercheurs de l’IMDE afin de mettre en place une démarche originale en vue de réinstaller la végétation initiale malgré l’aridité du climat et les conditions naturelles assez hostiles. Le programme de recherche imaginé par Thierry Dutoit et son équipe s’appuie sur une main d’œuvre locale toute trouvée, l’une des 14 espèces de fourmis présentes dans la Crau, en l’occurrence les fourmis moissonneuses (messor barbarus). Les ouvrières de cette espèce ont en effet la particularité d’aller rechercher des graines jusqu’à une trentaine de mètres de leur nid et ceci plusieurs fois par jour. Malgré leur ténacité, il arrive fréquemment qu’elles perdent leur fardeau en chemin, si bien qu’elles jouent gratuitement le rôle de semoir manuel.

Introduction d'une reine sous un galet (photo IMDE)

Introduction d’une reine sous un galet (photo IMDE)

A l’automne 2011, les chercheurs de l’IMDE ont donc récupéré près de 200 reines qu’ils ont acclimatées sur les 5 hectares pollués en 2009 ainsi que sur un autre espace de 375 hectares jadis exploité en verger et rendu à sa vocation naturelle. Protégées sous un galet, les reines ont pondu et produit les premières équipes d’ouvrières dès l’année suivante. Trois ans plus tard, 40% des reines fondatrices ont survécu, chaque nid comprenant entre 8000 et 20000 ouvrières qui travaillent d’arrache-pied à la revégétalisation du secteur. Une belle tentative de restauration écologique dont l’avenir dira si l’opération peut être reproductible dans d’autres écosystèmes…

L. V. LutinVertPetit 

Des vestiges historiques près de Carnoux…

8 août 2014

Comme chaque Carnussien le sait, Carnoux-en-Provence ne se caractérise guère par son passé historique puisque la commune n’a été créée qu’en 1966 à l’issue d’un processus engagé quelques années plus tôt, à partir de 1957. Certes le territoire de la commune, auparavant rattaché pour l’essentiel à sa voisine Roquefort – La Bédoule, a été peuplé et exploité bien avant l’arrivée des rapatriés du Maroc et de l’Algérie. En témoigne notamment la bastide du XVIIIème siècle située derrière la mairie et qui abrite l’actuelle hostellerie de La Crémaillère après avoir été utilisée comme relais de poste sur la route reliant Aubagne à Cassis. D’autres bâtiments de Carnoux sont également très anciens dont le moulin des Calanques ou le hameau situé chemin des bastides avec ses anciens corps de fermes, son four à pain et son moulin qui aurait connu son essor durant l’épisode de la peste apportée à Marseille par le Grand Saint-Antoine en 1720.

D’autres vestiges d’occupation ancienne existent sans doute ou restent à découvrir, mais l’exiguïté du territoire communal (370 hectares seulement !) fait que l’amateur d’histoire ancienne ira plutôt s’intéresser aux communes voisines et en particulier à celle de Roquefort – La Bédoule puisque c’est le territoire d’origine sur lequel a été fondé Carnoux.

Castrum Roche Fortis

Castrum Roche Fortis

Là, les vestiges anciens ne manquent pas avec pas moins de trois oppida, promontoires rocheux fortifiés perchés sur les crêtes et sur lesquels la population pouvait se réfugier et se défendre contre des envahisseurs. L’occupation de ces sites date probablement du Néolithique mais les vestiges de ces habitats fortifiés permettent plutôt de les attribuer aux populations celto-ligures qui occupaient la région avant l’arrivée des Grecs et des Romains, au même titre que l’oppidum d’Entremont situé au dessus d’Aix-en-Provence ou celui de La Cloche sur la commune des Pennes-Mirabeau par exemple.

Le premier de ces oppida, dit du Baou Redon, se situe dans le bois de la Marcouline, près de la source de Ratataigne. Le second se trouve sur un promontoire au dessus du village de Roquefort et aurait été réutilisé par les armées romaines qui y ont établi en 59 avant J.C. un poste avancé sous le nom de Rocca Fortis pour surveiller les mouvements de rébellion des tribus gauloises soutenues par la cité grecque de Massalia. Enfin, l’oppidum le plus à l’Est est celui qui s’étend autour de la chapelle Saint-André, en limite de la forêt de Fontblanche.

Blog92_PhStAndreCette chapelle Saint-André, construite au XIIème siècle en style roman et aussi connue sous le nom de Notre-Dame de la sécheresse à cause des pèlerinages qui y avaient lieu pour appeler la pluie, est classée à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1987 et a bénéficié d’une remarquable restauration commencée par une association locale et achevée récemment par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Cette chapelle se prolonge par un mur d‘enceinte qui abritait au Moyen-Âge plusieurs habitations formant un village perché protégé contre les incursions des Sarrasins.

Entre le Vème et le XIème siècle, il semble que la population s’était plutôt regroupée sur l’ancien oppidum des Romains, devenu castrum Roche Fortis. A l’époque, l’antique Portus Carsicis, s’était semble t-il partiellement vidé de sa population du fait des raids barbaresques et certains avaient ainsi trouvé refuge sur ce promontoire fortifié où un château a été édifié au XIème siècle ainsi qu’une église Saint-Jean Baptiste, bâtie sur les fondations de l’ancien temple des soldats de Jules César et dont on a conservé la dédication par le pape Grégoire VII en 1079. Le château lui-même aurait été construit en 1030 par le Vicomte de Marseille qui avait reçu ce domaine dit de Julhans des mains de Guillaume II, comte de Provence, en remerciement pour sa participation à une campagne militaire contre les Sarrasins qui depuis deux siècles pillaient régulièrement la région et venaient de s’emparer de Fraxinet (actuellement La Garde Freinet, dans les Maures).

Château de Julhans

Château de Julhans

A partir de 1229, Roquefort passa dans les mains de la puissante abbaye Saint-Victor de Marseille et y resta pendant de nombreuses années avant de devenir propriété du baron d’Aubagne, Hughes de Baux dont la famille cédera le domaine en 1479 à Jacques de Condolle. En 1585, les deux frères de Garnier, épousant deux demoiselles de Condolle, deviennent propriétaires des terres et l’un d’eux fait construire en 1639 l’actuel château de Julhans qui abritera à la révolution les amours de Napoléon Bonaparte et de Désirée de Clary, une des filles du nouveau propriétaire. Ce même château sera racheté en 1959 par la Caisse d’allocations sociales du commerce de la région de Constantine pour y servir de lieu d’accueil pour des colonies de vacances…

Vestiges de l'ancien village de Roquefort

Vestiges de l’ancien village de Roquefort

A partir du XVIIème siècle, les habitants du lieu ne craignent plus les attaques et abandonnent le site de l’ancien oppidum dont le château est démantelé sur ordre de Richelieu. Le village s’installe dès lors dans la plaine autour du hameau des Bastides et du village de Roquefort où une nouvelle église Saint-Jean Baptiste est érigée en 1734. Le château de Roquefort est plus ancien puisqu’il a été attribué en 1505 par le roi Louis XII au chevalier et baron de Trans, Louis de Villeneuve, devenu marquis de France. Ce château, qui a été fortement modifié au XIXème siècle, est toujours la propriété de la famille Villeneuve qui exploite plus de 30 hectares de vignes en agriculture biodynamique depuis 1988.

En 1837 s’ouvre sur la commune une nouvelle ère industrielle à l’initiative de Benoît-Hippolyte de Villeneuve-Flayosc et des ingénieurs Tocchi et Roux qui mettent au point un nouveau procédé breveté pour la fabrication de la chaux hydraulique à partir des couches marneuses du Bédoulien dont le stratotype a été décrit sur la commune.

Carrière Comte à Roquefort - La Bédoule

Carrière Comte à Roquefort – La Bédoule

Les fours à chaux se développent tandis que des carrières souterraines de sable pour la fabrication de verre à bouteille sont creusées au Pas d’Ouilier et que s’ouvrent plusieurs exploitations de pierre à bâtir dans le calcaire urgonien. Cet essor industriel lié aux extractions de matériaux attire sur place de nombreux ouvriers venant surtout d’Italie, d’Espagne ou d’Arménie, qui s’installent à proximité des carrières et des usines de transformation au lieu-dit La Bédoule. Un nouveau village voit ainsi le jour au carrefour des quatre chemins qui conduisent à Aubagne, Cassis, La Ciotat et Cuges-les-pins. En 1895, ce nouveau quartier étant devenu le plus dynamique et le plus peuplé, la mairie et l’école y sont transférées, tandis que le hameau initial de Roquefort conserve son église et une mairie annexe ainsi qu’une petite école qui fermera au milieu du XXème siècle. En 1895 débute la construction de l’église Sainte-Roseline sur un terrain appartenant à la marquise Roseline de Villeneuve-Flayosc et en 1918, la commune prend définitivement le nom de Roquefort – La Bédoule.

Puisse ce petit raccourci historique donner envie à chacun de découvrir le riche passé historique de notre voisinage immédiat !

L. V. LutinVertPetit

 

Stade Vélodrome : l’OM rechigne à payer…

3 août 2014

Depuis son inauguration en 1937, le mythique stade Vélodrome accueille l’Olympique de Marseille. Plusieurs fois modifié depuis sa construction initiale, il vient de bénéficier d’une ambitieuse opération de rénovation en prévision du championnat d’Europe de football 2016. Surnommé  » l’enrhumeur  » par Roland Courbis, le stade Vélodrome sera désormais entièrement couvert et sa capacité portée à un peu plus de 67 000 places, ce qui est pour le moins ambitieux pour un stade qui accueille en moyenne moins de 40 000 spectateurs lors des matchs de l’OM !

Blog91_Ph4ChantierLe projet de rénovation a été adopté par la ville de Marseille en juin 2010 et les travaux ont débuté un an plus tard. Ils ont duré trois ans pour une livraison en juin 2014, trois années durant lesquelles le stade a continué à être utilisé, ce qui a nécessité une organisation très complexe du chantier avec un phasage particulièrement fin des travaux. Le projet de rénovation a été conçu dans le cadre d’un partenariat public privé confié en octobre 2010 à l’entreprise Bouygues construction qui a créé pour l’occasion une société spécifique Arema. Le montage financier de l’opération, dont le montant total s’élève à 269 millions d’euros, est plutôt favorable au groupe de BTP qui n’apporte à l’opération qu’un peu plus de 100 millions d’euros, lesquels lui seront remboursés très largement par la ville de Marseille. Le reste du financement provient pour l’essentiel de la commune (44,7 millions), du Conseil général des Bouches du Rhône (30 millions), de l’État (28 millions), de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (20 millions) et de la Région PACA (12 millions). Le tour de table est complété par 30,3 millions d’euros correspondant aux droits à bâtir concédés pour la construction autour du stade de plusieurs immeubles d’habitation et de bureaux ainsi que des complexes hôteliers et un centre commercial.

Blog91_PhAerienneLe chantier étant désormais terminé, le temps des comptes arrive. Le contrat entre Arema et la ville de Marseille prévoit que cette dernière lui versera une redevance de 12 millions d’euros par ans pendant 31 ans, ce qui représente une somme totale de l’ordre de 400 millions d’euros, très largement supérieure donc à la mise de fonds initiale du groupe Bouygues, merci pour lui… Ce contrat totalement disproportionné avait d’ailleurs été largement critiqué par un rapport de la Cour régionale des comptes rendu public en septembre 2013. Celle-ci fustigeait le projet lui-même, monté après une analyse des besoins jugée trop sommaire et qui aboutissait à un coût délirant de plus de 4 000 euros la place après rénovation, soit deux fois plus cher que le prix de la place pour le stade de Bordeaux construit à neuf !

Mais le rapport de la Cour régionale des comptes est surtout accablant pour ce qui concerne le montage financier du projet, totalement défavorable à la Ville de Marseille. Il regrette notamment qu’aucun engagement n’ait été demandé au club résident, en l’occurrence la société anonyme sportive professionnelle Olympique de Marseille, dirigée par Margarita Louis-Dreyfus, qui attend tranquillement que le chantier de rénovation soit achevé pour négocier avec la commune quelle sera sa quote-part ! Pourtant, l’exigence de pouvoir continuer à utiliser le stade pendant la période de travaux a occasionné à elle seule un surcoût estimé à 15 millions d’euros qui sont donc payés par le contribuable !

Blog91_Ph1Déjà dans un rapport précédent daté de 2008, la Cour régionale des comptes avait estimé que les relations entre l’OM et la ville de Marseille étaient très déséquilibrées au profit du club qui ne payait pas la mise à disposition du stade Vélodrome à sa juste valeur, l’entretien et le nettoyage des installations étant toujours assurées gracieusement par la collectivité…. Mais depuis, ce déséquilibre n’a fait que s’accentuer. La convention signée en 2011 et courant jusqu’à la date de livraison du stade rénové ne prévoit en effet qu’une redevance très modeste de 50 000 € par an, une misère, d’autant que dans le même temps la ville dépenserait plus de 700 000 € en achat de places et en prestation publicitaires en faveur de l’OM !

Dans son rapport de 2013, la Cour régionale des comptes est on ne peut plus claire en exigeant que la convention entre le club et la ville soit revue à partir de 2014 car les dispositions actuelles contreviennent au Code du sport (qui interdit les subventions en dehors de missions d’intérêt général) et au Code général de la propriété des personnes publiques. Ce dernier prévoit en effet que la redevance payée pour occupation du domaine public dépend des avantages qui sont tirés de son exploitation, d’autant que celle-ci est assujettie à la TVA. Sur la base de son analyse, la Cour des comptes estime ainsi que la redevance annuelle payée par l’OM doit comporter une part fixe d’au moins 8 millions par an et une part variable assise sur les recettes, en tenant compte du fait que la société Arema bénéficie aussi de l’exploitation du stade.

Jean-Claude Gaudin et Margarita Louis-Dreyfus le 31 juillet 2014 (photo marsactu)

Jean-Claude Gaudin et Margarita Louis-Dreyfus le 31 juillet 2014 (photo marsactu)

Seulement voilà, au moment d’engager les discussions avec l’OM pour revoir la convention, le club a refusé de payer, menaçant même d’aller s’exiler à Montpellier pour jouer ses matchs  » à domicile « . Chacun a pu assister dans les médias au jeu de dupe en direct entre le pagnolesque Jean-Claude Gaudin et les dirigeants de l’OM, lesquels ont, sans trop se forcer, eu facilement gain de cause en réduisant leur part fixe de redevance à 4 millions seulement par an avec une part variable plus ambitieuse mais forcément aléatoire…  » Un loyer, ça se deale à deux et à la fin c’est l’OM qui gagne  » a pu ainsi titrer très judicieusement marsactu à l’occasion de la signature de l’accord survenu le 31 juillet dernier. Une bonne affaire donc pour l’OM et un boulet de plus pour le contribuable marseillais déjà fortement endetté par la gestion calamiteuse de l’équipe municipale en place, à moins que Bruxelles ne vienne remettre en cause cette nouvelle subvention déguisée ?

L.V.  LutinVertPetit

Le casse-tête des cartes d’identité périmées…

2 août 2014

 Peut-être l’information vous a t-elle échappée mais depuis le 1er janvier 2014 la durée de validité des cartes nationales d’identité est passée de 10 à 15 ans. Dans un souci louable d’économie et de simplification de la vie quotidienne des Français, cette prolongation de validité est automatique pour toutes les cartes délivrées jusqu’à cette date. Inutile donc de vous précipiter en mairie pour faire refaire votre carte d’identité, même si la date de validité indiquée dessus est dépassée…

Blog90_PhPetit inconvénient néanmoins : pour ceux qui partent en vacances à l’étranger dans les pays qui n’exigent pas forcément un passeport, il peut s’avérer délicat de faire comprendre à un policier zélé que la date de validité qui figure sur le document officiel qu’on lui présente est bel et bien dépassée mais que le document reste valide du fait de cette décision de l’administration française qui a pu lui aussi lui échapper : nul n’est sensé ignorer la loi mais comment reprocher à un policier croate ou chypriote de ne pas se tenir au fait des dernières subtilités de l’administration française ?

Le cas de figure n’est malheureusement pas si marginal qu’il n’y paraît et nombre de vacanciers français viennent d’en faire la cruelle expérience en se faisant refouler lors de l’embarquement sur leur vol ou sur leur bateau de croisière. Au point que l’administration française a dû mettre en ligne une page de conseils aux voyageurs pour aider ses ressortissants à se dépatouiller de cette situation kafkaïenne. Les plus optimistes pourront même y télécharger une fiche d’information traduite en différentes langues pour tenter d’expliquer la situation aux autorités locales. Car les choses ne sont pas simples. Quelques pays (dont Monaco quand même) acceptent effectivement des cartes d’identité au delà de la date de validité qui y figurent tandis que certains les refusent catégoriquement. Mais le plus grand nombre n’a pas fait connaître sa position officielle et là c’est un peu la loterie…

Dessin de Gros paru dans Marianne n°902

Dessin de Gros paru dans Marianne n°902

Pour éviter de se faire refouler à la frontière, le ministère des affaires étrangères recommande donc dans ce cas de voyager avec un passeport, qui coûte quand même 86 € alors que la carte d’identité est gratuite. Du coup, face à la multiplication des réclamations, le gouvernement a décidé d’autoriser le renouvellement anticipé des cartes d’identités pour les voyageurs qui se rendent  » là où se posent des difficultés récurrentes « . Comme la liste des destinations concernées n’est pas clairement définie, encore faut-il arriver à convaincre les services de la Préfecture du bien fondé d’une telle demande…

A défaut, il reste la solution préconisée sur certains forums de voyageurs : faire une fausse déclaration de perte ou de vol et demander une nouvelle carte d’identité dans la foulée. Il vous en coûtera 25 € de timbre fiscal et cela suppose de s’y prendre suffisamment à l’avance car les délais peuvent être longs, mais cela fonctionne. Comme quoi, même les réformes les plus audacieuses peuvent devenir acceptables grâce au système D à la Française…

L.V. LutinVertPetit