Les captages d’eau potable menacés par les pollutions agricoles ?

by

Les organisations syndicales agricoles sont une fois de plus en émoi suite à l’annonce faite par Ségolène Royal le 23 juillet 2014 d’étendre fortement les zones jugées vulnérables aux nitrates dans lesquelles épandages d’engrais et effluents d’élevage devront être mieux maîtrisés.

Photo copyright Olympixel

Photo copyright Olympixel

Cette décision, qui ajoute 3 888 communes aux 19 200 qui étaient déjà classées en zone vulnérable, s’inscrit dans un processus qui a débuté en 1991 avec l’adoption par les instances européennes de la Directive nitrates. En France en effet, toute la politique de protection de la ressource en eau depuis de nombreuses années ne progresse que sous l’impulsion de Bruxelles. C’est une autre directive européenne, celle concernant les eaux résiduaires urbaines, adoptée également en 1991, qui a imposé à la France de s’équiper progressivement en stations d’épuration afin de réduire l’impact des eaux usées, fortes contributrices en nitrates et phosphates notamment. Malgré un effort financier colossal apporté depuis des années par les Agences de l »Eau, de l’ordre de 10 % des stations d’épuration ne seraient pas encore conformes mais les choses se sont quand même bien améliorées.

On est loin cependant d’atteindre l’objectif fixé par une autre directive européenne, la fameuse DCE (directive cadre sur l’eau, adoptée en 2000) qui impose d’atteindre d’ici 2015 le bon état de deux-tiers des eaux superficielles et souterraines. Les raisons de cet échec sont multiples mais force est de constater que les effluents d’origine agricole, pesticides et surtout nitrates, y contribuent pour une large part. Les nitrates, très solubles dans l’eau et qui sont notamment à l’origine des proliférations de certains organismes dont les fameuses algues vertes qui asphyxient le milieu naturel, proviennent à la fois du lessivage des excédents d’engrais azotés et d’une mauvaise gestion des effluents d’élevage. L’objectif de ce classement en zones vulnérables est de faciliter, par des subventions, la modernisation des exploitations agricoles qui doivent s’orienter progressivement vers une utilisation plus raisonnée des intrants et des installations de traitement de leurs effluents, en particulier à travers leur valorisation via la production de méthane.

Blog96_PhCarteZVBien entendu, les organisations syndicales agricoles, FNSEA en tête, s’étranglent et dénoncent à cors et à cris une telle stratégie qui risque de peser sur l’avenir de certaines exploitations déjà en difficulté économique. C’est en effet désormais 70 % de la surface utile agricole qui est concernée mais la France, déjà condamnée en 2013 par la Cour de justice européenne, ne pouvait pas indéfiniment se moquer des injonctions de Bruxelles au risque de devoir payer de lourdes amendes pour non respect de ses engagements.

Blog96_PhEffluentsFace à une telle situation, la FNSEA suggère plutôt de dénoncer les directives européennes et de fermer les yeux sur les impacts environnementaux de l’agriculture intensive fortement rémunératrice. Mais peut-on sérieusement s’engager dans une telle impasse qui conduirait fatalement à dégrader encore la qualité de nos rivages et de nos cours d’eau, jusqu’à devenir irréversible ?

Au delà du risque de contentieux financier et de la dégradation de notre environnement, n’oublions-pas que c’est notre approvisionnement en eau potable et celui des générations à venir qui est d’abord en cause. On estime ainsi qu’à l’heure actuelle 12 % du montant de notre facture d’eau sert à payer les dommages provoqués par les pollutions d’origine agricole. Sur 35 000 captages d’eau potable exploités en France, 400 en moyenne ont dû être abandonnés chaque année entre 1998 et 2008 à cause d’une teneur excessive en nitrate (au delà de 50 mg/l, l’eau n’est plus considérée comme potable). Les distributeurs d’eau potable font face en procédant à des mélanges d’eau issus de captages moins contaminés pour rester en dessous des normes. Ils engagent également de coûteux investissements pour traiter l’eau via des techniques de dénitrification. Plusieurs procédés ont ainsi été mis au point : biologiques (traitement bactérien) ou physico-chimique (résines échangeuses d’ions ou osmose inverse notamment). Ils ont tous en commun de se traduire par des coûts d’investissement et d’exploitation très élevés.

Blog96_PhRiviereC’est pourquoi il est préférable, y compris sur la base de considérations économiques, de privilégier les solutions préventives qui visent à réduire l’impact des pollutions agricoles sur le milieu. De très nombreux agriculteurs en sont d’ailleurs convaincus et la Fédération nationale de l’agriculture biologique vient justement de publier un bilan des actions pilotes qu’elle mène depuis 2010 avec une douzaine de collectivités locales engagées dans cette voie. Un des exemples mis en avant et sur lequel la FNAB s’est appuyé pour développer sa démarche est celui de la ville de Munich : sur les 2250 hectares cultivés autour de cette ville, 83 % sont passés en agriculture biologique grâce aux aides financière de la collectivité, aides qui ne représentent pourtant que moins de 0,01 € par m3 d’eau distribuée ! Depuis que ce programme a été initié en 1991, les teneurs en nitrates et en pesticides ont chuté respectivement de 43 et 54 %, pour un coût jugé 27 fois moins élevé que la mise en œuvre d’un procédé de traitement.

En France, plusieurs collectivité se sont engagées dans une voie similaire, dont la ville de Niort qui aide au développement de l’agriculture biologique autour de ses captages d’eau et favorise ensuite la commercialisation des produits via ses cantines scolaires. Les outils existent pour une mutation progressive de notre agriculture au bénéfice de l’intérêt général (et de la santé des agriculteurs eux-mêmes). Reste à convaincre les représentants des grandes organisations syndicales agricoles qui sont malheureusement les principaux freins à cette évolution. Il y a encore du pain sur la planche…

L. V. LutinVertPetit 

Publicités

Étiquettes : , , , , ,

2 Réponses to “Les captages d’eau potable menacés par les pollutions agricoles ?”

  1. Préservation des ressources en eau : les collectivités locales vont devoir s’impliquer ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] rapidement comme le montrent plusieurs indices. Nous l’évoquions récemment sur ce même blog au travers de l’extension du périmètre des zones vulnérables aux nitrates. Mais […]

  2. Louis Vuitton alma noir Says:

    Louis Vuitton alma noir

    You have observed very interesting details! ps nice web site.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :