Posts Tagged ‘Argentine’

Le tour du Monde en 114 jours : 6ème escale

8 février 2015

Nos deux globe-trotters en route pour le tour du Monde viennent de nous envoyer des nouvelles. Après leur escale à Buenos Aires, ils viennent de doubler le Cap Horn et accostent au Chili. La suite au prochain épisode…

Vendredi 30 janvier, Montevideo

Le Costa Deliziosa dans le port de Montevideo

Le Costa Deliziosa dans le port de Montevideo

Aujourd’hui, le bateau fait escale à Montevideo, capitale de l’Uruguay. C’est une petite ville jardin (un arbre pour 3 habitants nous dit le guide !) dont nous avons admiré la belle promenade du front de mer. A part ça, pas grand chose à y faire… Une pensée pour Jacques Médecin, ancien maire de Nice qui s’y était réfugié pour fuir la justice française et jouir des millions d’argent public soustraits aux Niçois !

Dimanche 1er février, Puerto Madryn

Nous achevons le mois de janvier en mer et c’est le 1er février que nous abordons Puerto Madryn, situé en Argentine. Surprenante histoire que celle de ce petit port fondé au XIXe siècle par 100 Gallois qui, jusqu’à aujourd’hui  parlent encore leur langue d’origine, une des langues les plus difficiles au monde, et ils continuent à l’enseigner dans plusieurs écoles !

Puerto Madryn (Argentine) : une cote très sèche avec, au pied des falaises, des colonies de lions de mer

Puerto Madryn (Argentine) : une cote très sèche avec, au pied des falaises, des colonies de lions de mer

Il fait beau. La côte abrite des colonies de lions de mer encore appelés otaries à fourrure. La femelle, petite, est une otarie alors que le mâle, massif, arbore une crinière de longs poils autour du cou. Nous assistons à la tonte de brebis mérinos dont la laine peut faire 10 cm d’épaisseur. Ce sont des animaux placides, très gros, dont la race a été améliorée grâce à l’insémination artificielle avec du sperme venu d’Australie ou de Nouvelle Zélande.

Mercredi 4 février, Cap Horn

C’est le 4 février que nous passons le Cap Horn, cap mythique qui, avec Lewen et Bonne Espérance forment les 3 caps notables de l’hémisphère austral.

Le passage au large du Cap Horn avec une mer assez calme

Le passage au large du Cap Horn avec une mer assez calme

La mer est assez calme, le ciel nuageux et tout le monde, groupé à tribord sur le pont n° 3, darde ses jumelles vers cette petite île en forme de croissant de lune qui est considérée comme le point le plus au sud du continent américain. Un phare y a été bâti, dont s’occupe un gardien qui y vit seul ou en famille et qu’on relève une fois par an. Ça fait froid dans le dos d’imaginer la solitude de ce type ! Heureusement qu’il a quelques bateaux pleins de croisiéristes européens et américains qui passent de temps en temps et qu’il peut examiner à la jumelle !

Glacier le long de la côte chilienne

Glacier le long de la côte chilienne

Le long de la côte chilienne, nous apercevons de magnifiques fjords et glaciers. La lumière n’est malheureusement pas exceptionnelle. Par beau soleil, les anfractuosités de la glace sont d’un bleu presque irréel…

Vendredi 6 février, Ushuaia

Au centre ville d'Ushuaia, le monument à Evita Peron

Au centre ville d’Ushuaia, le monument à Evita Peron

Nous passons les 5 et 6 février à Ushuaia, capitale de la Terre de feu, à l’extrémité sud de l’Argentine. Ushuaia veut dire, dans la langue des indiens Onas, la baie qui s’ouvre vers l’ouest. La ville que nous avions déjà vue il y a environ 10 ans, s’est beaucoup agrandie et des bâtiments modernes et imposants ont remplacé les petites maisons de bois que j’avais gardées en souvenir.

Sur le port, des panneaux vengeurs rappellent que les Malouines (Malvinas) sont argentines et qu’elles ont été volées en 1833 par ces « maudits anglais »… On sent que cette affaire est comme une épine dans leur chair et ils tenteraient un de ces jours de récupérer Port Stanley que je n’en serais pas étonnée !

Une balade en catamaran nous permet d’aller voir une île pleine de pingouins de Magellan (petite espèce) avec les bébés qui ont encore leur duvet…

Dans la cabine nous avons la télé et suivons bien entendu ce qui se passe en Europe et en France. Nous sommes assez inquiets et craignons de voir venir une nouvelle période de guerre froide…

Annie Monville

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Le tour du Monde en 114 jours : 5ème escale

31 janvier 2015

Après une plongée vertigineuse dans les profondeurs abyssales de la dette grecque et les eaux glacées de l’égoïsme européen, nous voici de nouveau à flots au large de l’Amérique latine, avec nos deux globe-trotters, dans leur croisière autour du Monde…

Mardi 27 janvier, Punta del Este

L’Uruguay que nous venons d’atteindre est un tout petit pays (grand comme le Benelux), avec 3 000 000 d’habitants, coincé entre ces deux géants que sont l’Argentine et le Brésil.

Punta del Este est surnommée la Côte d’Azur de l’Amérique du Sud. Dès le port, yachts somptueux et immeubles ultra modernes donnent le ton. Pas de favélas ici ! Les jardins non clôturés montrent que le pays est sûr. Les parterres de fleurs et les longues plages de sable blanc donnent envie de s’y attarder…

Monumento al Ahogado, les doigts de Punta del Este

Monumento al Ahogado, les doigts de Punta del Este

Œuvre d’un artiste chilien, « les doigts » se dressent sur la plage, appel au secours de l’humanité qui perd pied….? Les interprétations sont nombreuses…

Un tour dans les quartiers les plus huppés nous montre des villas de rêve entre hibiscus, palmiers et plumbagos…

Casa pueblo à Punta del Este

Casa pueblo à Punta del Este

Un peu à l’écart de la ville la « casa pueblo » de Carlos Paez Vilaro sera notre coup de cœur de la journée. Ce complexe, hôtel, bars, restaurant, galerie d’art… a été bâti entre 1940 et 1970. Vilaro l’appelait « un rêve habitable ». Imaginez un salmigondis entre Picasso, Gaudi, Dali avec une touche de Santorin… Les murs d’un blanc immaculé ont des formes arrondies et des dessins (poissons, soleils) en bleu outre-mer. La végétation est celle d’un climat méditerranéen chaud et, au pied, la mer vient lécher doucement les gros rochers sombres. Nous en sortirons éblouis !

Mercredi 28 janvier, Buenos Aires

Nous passons deux jours dans la capitale de l’Argentine, Buenos Aires.

C’est sous une pluie battante que nous allons découvrir la ville de Tigre, située juste en amont de Buenos Aires, et le delta du Rio Parana. La région est traversée par les innombrables bras de ce fleuve au bord duquel s’alignent des maisons sur pilotis, modestes pour la plupart. Ce sont en général des résidences secondaires, chacune avec son petit ponton pour y amarrer un bateau. En effet, on vit ici comme à Venise avec le bateau-poubelle, le bateau-épicerie, le bateau-courrier, le bateau-bus… Beaucoup de charme avec une végétation tout à fait européenne : saules pleureurs, hortensias…

Le soir Costa nous a promis une retransmission de la Traviata de Verdi. Nous y courons pour nous trouver en face d’un vieil enregistrement fait à Tokyo en 1974 , avec une prima donna qui pèse 90 kg et que le pauvre José Carreras a bien du mal à enlacer. Le premier acte nous a suffi et nous rentrons dans notre cabine. Demain, nous verrons le centre de Buenos Aires avec un arrêt shopping. Ça ne nous emballe pas des masses, mais nous pourrons toujours quitter le groupe si nous le souhaitons.

Danseurs de tangos dans le quartier de la Bocca à Buenos Aires

Danseurs de tangos dans le quartier de la Bocca à Buenos Aires

Jeudi 29 janvier, Buenos Aires

Notre second jour à Buenos Aires, nous sommes allés voir un quartier de marins et de pêcheurs, La Boca. Ce fut une véritable découverte : des gens presque sans moyens qui ont fait d’une espèce de bidonville un endroit où la couleur et les inventions de toute sorte sont reines. On y danse le tango dans la rue, les terrasses sont pleines de monde, et tout ça exsude une joie de vivre en dépit du fait que les maisons sont en tôle… Cela restera un des moments forts du tour du monde.

Le repas qui a suivi, copieux et délicieux (la viande argentine est égale à sa réputation) a terminé  joliment cette journée. Le soir, un groupe de chanteurs, musiciens et danseurs argentins nous a régalés d’une soirée tango, suivie par un hommage à Astor Piazzola et par un ultime rendez-vous ou ils ont exprimé leur amour pour leur pays et pour cette idole que demeure Eva Peron dans le cœur du peuple argentin.
Les spectacles du soir sur le bateau, une séance à 19 h et une autre à 21 h, sont d’inégale valeur, mais là, ce furent 3 rencontres inoubliables…

Annie Monville

 

L’Argentine menacée de faillite par un fonds spéculatif ?

17 août 2014

En 2001, on se souvient que l’Argentine avait été déclarée en défaut de paiement de sa dette qui s’élevait alors à quelques centaines de milliards de dollars. Ce pays, qui était pourtant la cinquième puissance économique du monde au lendemain de la seconde guerre mondiale, avait subi des décennies de crises politiques et économiques. Carlos Menem, arrivé au pouvoir en 1989 alors que le pays était confronté à une période d’hyperinflation, applique à la lettre les théories ultralibérales de l’École de Chicago et les injonctions du FMI, privatisant à tour de bras des pans entiers de l’économie et taillant à la hache dans les services publics.

En 1992 est créé un nouveau peso, aligné sur le dollar américain, qui permet à l’Argentine de retrouver des taux de croissance remarquables. Mais à partir de 1998, la remontée brutale du dollar et la dévaluation du real brésilien donnent un coup d’arrêt aux exportations de l’Argentine dont l’économie s’enfonce dans la crise. Elle fait de nouveau appel au FMI qui prône des réductions drastiques dans les budgets. Les taux de chômage explosent et les tensions sociales s’aggravent.

Emeutes à Buenos Aires en décembre 2001 (photo archives AFP)

Emeutes à Buenos Aires en décembre 2001 (photo archives AFP)

L’explosion finale se produit en décembre 2001 lorsque le ministre des finances limite les retraits bancaires pour tenter de bloquer la fuite des liquidités. Après un refus du FMI de soutenir davantage le pays en faillite, ce dernier finit par déclarer son insolvabilité et dévalue sa monnaie, rendant caducs tous les contrats libellés en dollars. Les Argentins y perdent une grande partie de leur épargne, de même que les banques et les entreprises étrangères qui avaient investi massivement dans ce pays.

Un plan de conversion de la dette argentine est négocié à partir de 2004, proposant aux banques de renoncer à une partie de leur créance. Cette phase de restructuration de la dette se poursuit jusqu’en 2010. A cette date, 93 % des créanciers ont accepté une décote de l’ordre de 65 % en moyenne sur leurs titres.

Mais il reste des irréductibles parmi lesquels deux fonds spéculatifs, NML Capital et Aurelius Management, qui avaient acheté des titres à une valeur décotée dérisoire et qui cherchent à les négocier au prix fort en refusant tout compromis. NML en particulier avait acheté en 2008 pour 50 millions d’euros de dette argentine et en réclame désormais la somme colossale de 800 millions !

Le juge Thomas Griesa, 84 ans...

Le juge Thomas Griesa, 84 ans…

Pour cela, leur arme consiste à utiliser les tribunaux américains. C’est ainsi que le 23 juillet 2012, ils ont obtenu une première victoire devant le juge new-yorkais Thomas Griesa qui interdit à l’Argentine d’honorer le paiement de sa dette restructurée tant qu’elle n’a pas remboursé les fonds spéculatifs au prix qu’ils exigent. La Cour suprême des États-Unis ayant refusé de se prononcer sur le dossier, l’ordonnance du juge Griesa est entrée en application et l’Argentine est donc de nouveau en défaut de paiement depuis le 31 juillet 2014 !

L’Argentine a illico saisi l’autorité boursière américaine et la présidente Cristina Kircher (qui a succédé à son mari en 2007 à la tête du pays) clame haut et fort son rejet du jugement, estimant qu’il n’a ni queue ni tête. Du coup, le juge Griesa (84 ans tout de même…), s’est fâché tout rouge et menace à son tour d’attaquer le gouvernement argentin pour outrage… En contrepartie, l’Argentine menace de saisir la Cour internationale de justice à La Haye, mais en pure perte car les États-Unis ne reconnaissent toujours pas cette juridiction des Nations Unies…

Au delà de ces péripéties, ce dossier interroge sur le bras de fer qui se joue de plus en plus fréquemment entre pays endettés et créanciers privés et dont les premières victimes sont les populations de ces pays exsangues. Si les banques comme les états sont en mesure d’accepter des restructurations de dettes publiques, il apparaît de plus en plus dans le jeu des acteurs privés qui, à l’instar de ces « fonds vautour » ne veulent rien entendre et jouent les jusqu’au boutistes en s’appuyant sur les tribunaux américains (car les obligations souveraines sont généralement émises en droit anglo-saxon).

Paul Singer, patron d'Elliott Management

Paul Singer, patron d’Elliott Management

Le cas du fonds NML, filiale d’Eliott Management, est assez représentatif. Son fondateur, Paul Singer, très proche des Républicains américains dont il finance régulièrement les campagnes électorales, s’est fait une spécialité de traquer les états et les entreprises en difficulté dont il rachète les titres de dette à prix cassé pour en exiger ensuite le remboursent à prix fort devant les tribunaux. Après des études de psychologie, Paul Singer travaille à Wall Street comme avocat puis banquier d’affaire. C’est en 1977 qu’il crée Elliott avec un apport de 1 million de dollars emprunté à ses proches mais c’est seulement à partir du krach boursier de 1987 qu’il se tourne vers les produits de dette décotée. En 1996, il achète des emprunts péruviens, refuse la restructuration de la dette, et après 4 ans de procédure judiciaire empoche cinq fois sa mise initiale ! Il refera le coup en Zambie et en République démocratique du Congo.

Cristina Kirchner, présidente de la république d'Argentine

Cristina Kirchner, présidente de la république d’Argentine

A 70 ans, Paul Singer possède un patrimoine estimé à 1,5 milliards de dollars et le fonds d’investissement Elliott Management Corporation, dont le siège est basé aux iles Caïman, gère 24 milliards de dollars. Pour lui, tous les coups sont permis. Il n’a pas hésité ainsi à faire saisir en octobre 2012 au Ghana le trois-mâts école de la marine argentine, la Libertad, pour exiger 370 millions de la part de l’État ! En mars 2013, la Cours de cassation a bloqué in extremis la saisie de sommes dues par plusieurs entreprises françaises implantées en Argentine, dont Air France, Total et BNP Paribas. Depuis, la présidente argentine Cristina Kirchner évite soigneusement de se déplacer avec son avion officiel de peur qu’il ne soit confisqué dans un aéroport étranger… Les fonds vautour n’ont pas fini de faire trembler les états en difficulté économique…

L. V. LutinVertPetit