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Les Français, ignares en matière de changement climatique ?

27 août 2022

En matière de politique publique, l’adhésion des populations est un point essentiel, surtout dans un pays comme la France qui se targue de démocratie et où la mauvaise humeur du peuple a plus d’une fois conduit nos responsables politiques à une piteuse reculade, voire à une fuite éperdue lorsque la révolte devenait trop violente…La crise des gilets jaunes, fin 2018, tout comme celle des bonnets rouges en 2013, sont là pour nous rappeler que l’esprit insurrectionnel n’est jamais très loin lorsque le gouvernement s’attaque à certains sujets qui fâchent.

Manifestation des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre 2018 (photo © AFP / La Dépêche)

C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’extrême prudence de nos dirigeants, voire leur frilosité que beaucoup jugent excessive, à imposer des mesures qui permettraient de lutter plus efficacement contre l’aggravation du changement climatique et ceci malgré l’urgence de la situation. L’été 2022, comme plusieurs autres ces dernières années, vient pourtant encore nous rappeler que le réchauffement climatique global n’est pas qu’une lubie de spécialiste mais a des effets désormais bien visibles sur notre vie quotidienne.

En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 personnes tirées au sort dans un échantillon représentatif de la population française, avait mené à bien un travail intense de débats et de réflexion et établi une série de 149 propositions de bon sens, destinées à adapter nos modes de consommation, de production, de déplacement, de nourriture et de logement, en vue de limiter notre impact climatique et se donner une chance de ne pas trop dépasser les seuils au-delà duquel on sait d’ores et déjà que le réchauffement global risque de conduire au chaos généralisé.

Intervention d’Emmanuel Macron lors de la Convention citoyenne pour le climat (photo © Lemouton / SIPA / 20 minutes)

Mais le gouvernement, qui s’était engagé à ce que ces propositions soient soumisse « sans filtre » à adoption directe ou à référendum, s’est bien vite empressé de remiser ce brûlot au fond d’un placard, estimant manifestement que l’opinion publique n’était pas prête à mettre en œuvre des mesures pourtant identifiées comme nécessaires par un groupe de citoyen lambda pour peu qu’il prenne la peine de creuser un minimum le sujet.

De fait, une étude récente, publiée le 27 juin 2022 par l’OCDE, vient conforter cette impression que la population française dans son ensemble est loin d’être convaincue par la nécessité de prendre des mesures volontaristes pour tenter de réduire enfin nos émissions de gaz à effet de serre. Certes, les pseudo-scientifiques climato-sceptiques à la Claude Allègre ont désormais quasiment disparu du paysage médiatique et les médias eux-mêmes peuvent difficilement se voir reproché de ne pas en faire assez sur le problème de la perte de biodiversité et sur les effets délétères du changement climatique.

Comment concilier politiques climatiques et justice sociale ? Un dessin signé Notto

Cette vaste enquête de l’OCDE a été menée auprès de plus de 40 000 citoyens du monde entier, issus de 20 pays différents, les plus concernés puisque émettant à eux seuls de l’ordre de 72 % des gaz à effet de serre de la planète. Et ses résultats sont assez consternant pour les Français qui se classent parmi les plus climato-sceptiques, au-delà même des États-Unis ou de l’Australie. Malgré tout le battage médiatique auquel nous sommes soumis, seule une petite moitié des Français (57 %) se dit effectivement persuadée de l’existence d’un lien entre le réchauffement climatique observé et l’activité humaine ! Pire encore, 12 % des Français se disent même convaincus que le réchauffement climatique est une pure chimère… Par comparaison, 84 % des Chinois et des Japonais ont parfaitement intégré ce lien entre activité humaine et changement climatique, de même que 80 % des Espagnols et des Anglais. En France, manifestement, la vulgarisation des sujets scientifiques a encore des marges de progression…

Selon cette enquête, plus de 80 % des Français ont bien intégré que le réchauffement climatique allait se traduire par une aggravation des périodes de sécheresse et une montée du niveau de la mer, même si cette proportion est plutôt de l’ordre de 90 % dans bon nombre de pays, voire supérieure en Indonésie par exemple. Mais curieusement ils ne sont pas moins de 63 % à penser que ce changement climatique est lié à des éruptions volcaniques plus fréquentes ! Force est de constater que la plupart des Danois, des Allemands ou même des Sud Coréens sont, ce ce point de vue, nettement moins crédules que nous…

Des stratégies personnelles liées à une mauvaise compréhension des mécanismes du changement climatique… Un dessin signé Wingz

Quant à déterminer les facteurs qui permettent de caractériser la source des gaz à effets de serre (GES) responsable de ce changement climatique, les Français sont systématiquement ceux des pays développés qui fournissent le plus fort taux de mauvaises réponses. Ainsi ils ne sont que 72 % à avoir intégré que produire de la viande de bœuf émet davantage de GES que produire des pâtes ou du poulet. Seuls 62 % des Français interrogés sont en capacité d’affirmer que l’empreinte environnementale de l’avion est supérieur à celle du train ou du bus. Et seuls 50 % ont compris que l’émission de GES de l’énergie nucléaire était inférieure à celle du gaz ou du charbon : étonnant dans un pays champion du monde du recours à l’électricité d’origine nucléaire et dont le gouvernement se bat pour tenter d’imposer cette réalité à ses voisins européens…

Dans un autre registre, un Français sur deux ignore que les USA sont le pays du monde qui émet le plus de GES par tête d’habitant et 40 % d’entre eux ne savent pas que c’est la Chine qui est le plus gros émetteur mondial de GES. Un niveau d’information aussi faible sur un sujet dont on nous rebat pourtant les oreilles à longueur de journée interroge de fait sur la capacité de notre pays à prendre les décisions qui s’imposent en la matière et surtout à les faire accepter par l’opinion publique. Nombre de scientifiques se sont d’ailleurs émus de ce constat, parmi lesquels François Gemenne, spécialiste des questions de migrations environnementales et climatique qui déplore qu’en France, la science soit devenue « affaire de croyance et d’opinion politique, ce qui est dramatique pour la démocratie ».

Toute l’ambiguïté de la lutte contre le changement climatique, un dessin d’Alexandre Magnin

Pas très rassurant en effet quant à l’acceptation collective de politiques publiques plus volontaristes en matière environnementale, d’autant que, sur ce point, les Français rejoignent les autres, comme le souligne l’OCDE qui constate que « dans tous les pays, le soutien aux politiques climatiques dépend des perceptions des citoyens concernant trois facteurs clés : l’efficacité perçue des politiques en matière de réduction des émissions, leur impact distributif présumé sur les ménages à faibles revenus (préoccupations en matière d’inégalité), et leur impact direct anticipé (gains et pertes) sur le revenu disponible du ménage ». Autrement dit, chacun est d’accord pour s’investir mais à condition que cela soit efficace, que l’effort soit équitablement réparti et que les conséquences sur son pouvoir d’achat et son niveau de confort personnel soit minimes. Une équation pas si facile à résoudre…

L. V.

Restriction d’eau à Carnoux

28 juillet 2022

Le mois de juillet 2022 restera sans doute dans les annales météorologiques comme l’un des plus chauds que la France ait jamais connu. Il est en tout cas bien parti pour être le plus sec observé en France depuis 1958, selon un communiqué diffusé par Météo-France dès le 26 juillet. Il est tombé en moyenne 8 mm seulement entre le 1er et le 25 juillet : une misère ! C’est deux fois moins que durant tout le mois de juillet 2020, le plus sec jamais observé en France, pour lequel on avait enregistré un cumul annuel moyen de 16 mm sur le territoire national…

Le lit de la Loire à Ancenis en mai 2020 (photo © Franck Dubray / Ouest France)

Certes, l’été est souvent une période plutôt sèche, surtout en climat méditerranéen, et ces pluies estivales ne servent guère à recharger les réserves, à une période où l’évaporation est forte et la végétation avide d’eau. Mais cette année, ce déficit pluviométrique couplé à de fortes chaleurs vient couronner une longue période de faibles précipitations. A tel point que le 26 juillet 2022, pas moins de 87 départements français étaient soumis, sur tout ou partie de leur périmètre, à des mesures préfectorales de restriction d’eau et de limitation de l’irrigation, auxquels s’ajoutaient 3 département placés en vigilance : du jamais vu à l’échelle nationale !

Carte des communes françaises soumis à des mesures de restriction de l’usage de l’eau au 27 juillet 2022 : vigilance en gris, alerte en jaune, alerte renforcée en orange et crise en rouge (source © Propluvia)

On trouve des départements en alerte renforcée jusque dans le Finistère ou les Vosges, régions pourtant habituellement plutôt réputées pour leurs paysages verdoyants. Quant aux départements classés en crise, on les retrouve quasiment sur tout le territoire national jusqu’en Normandie, en Bretagne ou dans le Val de Loire. Voies Navigables de France, qui gère 6700 km de rivières et de canaux constate ainsi que le taux de remplissage de ses réserves ne dépassait pas 60 % globalement début juillet, alors qu’à cette date ce taux tourne plutôt autour de 80 % en moyenne sur les 10 dernières années…

Carte de vigilance sécheresse dans le département des Bouches-du-Rhône au 22 juillet 2022 (source © DDTM 13)

Forcément, les Bouches-du-Rhône, comme d’ailleurs le Var voisin où certaines communes voient leurs sources tarir, font partie de ces département en tension, du fait de cette situation de sécheresse inhabituelle. Sur l’ensemble du département, 85 communes ont été placées en état d’alerte et 31 en alerte renforcées tandis que 19 sont en état de crise, le niveau le plus élevé, qui se traduit par des restrictions d’usage fortes. Carnoux-en-Provence fait partie de ce dernier groupe, comme la totalité des communes du bassin versant de l’Huveaune, et ceci sans discontinuer depuis le 19 mai 2022, ce qui traduit bien l’ampleur inhabituelle de la situation hydrométéorologique de cette année.

Le lit de l’Huveaune quasi sec entre Aubagne et La Penne-sur-Huveaune dès le mois de mai 2022 (photo © C. Matias / La Provence)

Un tiers du cours de l’Huveaune est désormais totalement à sec et il devient donc vital de limiter autant que possible les prélèvements dans ce cours d’eau et ses affluents pour tenter d’y préserver un minimum de vie biologique. C’est pourquoi les différents arrêtés préfectoraux pris depuis le mois de mai restreignent de manière drastique les usages de l’eau sur ce bassin, interdisant tout prélèvement en nappe ou en rivière sauf pour des usages considérés comme vitaux.

Le lavage des voitures, le remplissage des piscines ou l’arrosage des espaces verts ou des jardins potagers sont interdits sauf de nuit, à partir de 20 h, et uniquement à partir de « ressources maîtrisée ». Une expression typiquement technocratique qui en réalité vient totalement dénaturer la réalité de ces restrictions. En effet, rappelons qu’à Carnoux-en-Provence comme sur la majeure partie du département, l’alimentation en eau ne se fait plus à partir de ressources locales mais par importation et transfert sur de longues distances de l’eau de la Durance et du Verdon, via le Canal de Marseille et le Canal de Provence, selon un maillage désormais interconnecté.

Un dessin signé Na !

Par conséquent, les mesures de restriction décidées par les services de l’État sont assez symboliques puisqu’elles ne s’appliquent pas vraiment à l’usage de l’eau du robinet qui continue allègrement à couler, étant prélevée dans les Alpes, bien loin des zones où elle est consommée, jusque sur la presqu’île de Saint-Tropez. Comment dans ces conditions faire véritablement œuvre pédagogique en incitant tout un chacun à ne pas gaspiller cette ressource en eau inestimable en période de sécheresse et vitale pour maintenir la fonction biologique de nos cours d’eau ?

A partir du moment où il suffit de tourner le robinet pour bénéficier à très bas coût d’une eau de qualité quasiment inépuisable, pourquoi se préoccuper de maintenir dans le ruisseau de Carnoux comme dans le fleuve Huveaune, un débit d’eau suffisant pour permettre à nos cours d’eau de rester vivants toute l’année ? C’est bien là tout le paradoxe de notre système régional d’alimentation en eau qui repose sur un import massif d’eau prélevée sur d’autres bassins versants alpins très éloignés, au risque de puiser au-delà des capacités de ces derniers et sans même se rendre compte des impacts de nos prélèvements sur les besoins écologiques et économique de ces zones d’apport…

L. V.

Feux de forêts et fonte des glaciers, fléaux des temps modernes ?

24 juillet 2022

Pour les quelques récalcitrants qui n’auraient pas encore bien saisi les impacts concrets et désormais bien visibles du réchauffement climatique global en train de s’accélérer sous nos yeux, les récents épisodes climatiques de cet été 2022 pourraient peut-être avoir valeur pédagogique. Contribueront-ils à faire enfin réagir nos responsables politiques et, il faut bien le dire, la grosse majorité de nos concitoyens, qui semblent toujours faire comme si rien n’était ?

Un dessin de Gilles Macagno (source © Le Bien public)

Les alertes de tous les scientifiques ont beau se multiplier et les rapports du GIEC se succéder, chaque fois plus alarmants, rares sont ceux qui semblent avoir vraiment pris la mesure des changements climatiques radicaux en train de se produire sous nos yeux, à une vitesse probablement jamais observée sur la Terre, couplés, qui plus est, à un effondrement massif et tout aussi brutal de la biodiversité qui nous entoure…

En juin puis en juillet 2002, les températures ont atteint des records en plusieurs endroits du globe et notamment en France. Le 19 juillet 2022, on a par exemple enregistré 40,2 °C à l’aéroport londonien d’Heathrow, dans un pays habituellement plutôt réputé pour ses brumes et son crachin persistant. En France, dès le 16 juin, le thermomètre grimpait déjà à 40 °C dans l’Hérault, ce qui ne s’était jamais vu aussi tôt dans la saison. Le 18 juin, le mercure indiquait jusqu’à 43 °C dans le bassin d’Arcachon ! Et une semaine plus tard, rebelote avec une nouvelle vague de chaleur qui s’est amplifiée jusqu’au 18-19 juillet. La station de Biscarosse, dans les Landes, a ainsi battu ses records de température à deux reprises cet été, avec 41 °C en juin puis 42,6 °C en juillet ! Et c’est loin d’être la seule, celle de Nantes ayant battu de près de 2 degrés son précédent record qui datait de 1949… Même la ville normande de Dieppe a vu le thermomètre dépasser 40 °C en juillet 2022, tandis qu’il frôlait les 43 °C à Biarritz comme à Paris !

Pins brûlés le 26 mars 2022, sur le versant nord de la colline de Carnoux, au dessus de l’A50 (photo © CPC)

Avec de telles températures, pas étonnant que les feux de forêts aient été catastrophiques en ce début d’été 2022 qui est encore bien loin d’être terminé. Comme à l’accoutumée, la région PACA fait partie des victimes avec déjà 213 incendies recensés à cette date dans le seul département des Bouches-du-Rhône. A Carnoux même, un feu de forêt s’était déclaré dès le samedi 26 mars 2022, en bordure de l’autoroute A50, dans un secteur très escarpé où les pompiers avaient dû batailler pendant plusieurs heures avant d’arriver à fixer l’incendie attisé par un fort vent de mistral. Et bien d’autres départs de feux ont eu lieu depuis dans tout le département, notamment à Velaux début juillet, puis à Martigues, quelques jours plus tard, ou encore dans le massif de la Montagnette, pour le 15 juillet.

Feu de forêt dans les landes bretonnes des Monts d’Arrée, à Brasparts le 19 juillet 2022 (photo © Mathieu Rivrin / France 3 Régions)

Mais ce qui a surtout frappé les esprits cet été, c’est la localisation plus improbable de feux de forêts majeurs dans le nord de la Gironde ou encore dans les Monts d’Arrée, en Bretagne. Dans cette région de landes habituellement humides du Centre Bretagne, la canicule avait complètement desséché la végétation qui s’est embrasée en plusieurs endroits, probablement sous l’effet d’une mise à feu volontaire sur la commune de Brasparts, dans le Finistère, le 18 juillet 2022. Les pompiers ont dû lutter plusieurs jours avec une forte mobilisation pour venir à bout de ce feu qui a ravagé plus de 1700 hectares, du jamais vu dans cette région, même si des feux de ce type avaient déjà eu lieu, lors de la sécheresse historique de 1976.

En Gironde, ce sont deux incendies majeurs qui se sont déclarés dès le 12 juillet, l’un dans la forêt de Landiras, l’autre dans celle de La Teste de Buch, nécessitant l’évacuation de plus de 37 000 personnes et de plusieurs campings directement menacés sous les pins. Le 19 juillet, on recensait déjà plus de 19 000 hectares partis en fumée sur ces deux secteurs où les dégâts, matériels et écologiques, sont considérables.

Incendie en cours dans la forêt de la Teste de Buch, près de la dune du Pilat (photo © Guillaume Bonnaud / Sud-Ouest / Le Parisien)

Et voilà qu’en parallèle on observe aussi des mouvements inquiétants du côté des glaciers alpins qui soufrent directement des effets de la canicule. Chacun a pu voir les images effrayantes de la propagation de blocs issus de l’effondrement d’une partie du sérac du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, le dimanche 3 juillet 2022. La coulée de blocs et de glace a dévalé la pente à une vitesse prodigieuse, estimée à environ 300 km/h, balayant tout sur son passage et emportant plusieurs cordées d’alpinistes, faisant au moins 11 morts.

Un événement spectaculaire et plus fréquent qu’on ne l’imagine, à l’image de celui qui s’est produit une semaine plus tard au Kirghizistan, dans les gorges du Juuku, à l’ouest de la Chine et qui a été filmé par une cordée d’alpinistes britanniques. On y voit, là-aussi, une véritable avalanche de blocs et de neige dévaler la pente à une allure prodigieuse, parcourant une distance incroyable et remontant même sur le versant opposé où les observateurs, qui se croyaient bien abrités et filmaient goulûment la scène, se sont retrouvés brusquement enfouis sous une nuée de blocs lancés à pleine vitesse. Heureusement, ils ont pu s’abriter suffisamment pour n’écoper que de blessures et d’entailles non létales…

Avalanche issue de la fonte d’un glacier au Kirghizistan le 11 juillet 2022, filmée depuis le versant opposé par des alpinistes britanniques (source © YouTube)

Dans les dolomites en tout cas, le glacier de la Marmolada, qui culmine à 3.343 m d’altitude, avait enregistré un record de température avec 10 °C la veille de l’effondrement, ce qui n’arrive jamais à une telle altitude où la température reste toujours proche de 0 °C, même en plein été. A 2.000 m d’altitude, le thermomètre était même monté à 24 °C. Des conditions idéales pour faire fondre le glacier et en détacher d’énormes blocs, lorsque de l’eau se met à couler dans les interstices et sous la glace.

Point de départ de l’effondrement de sérac sur le glacier de la Marmolada, près de Punta Rocca, dans les Dolomites italiennes (photo © Soccorso alpino / MaxPPP / France TV info)

Ces conditions n’étaient pas limitées à ce secteur des dolomites puisqu’on a relevé également 10,4 °C au sommet du Mont Blanc, à 4.807 m d’altitude, le 18 juin 2022, du jamais vu ! Sur le versant autrichien aussi, les alpinistes ont constaté que début juillet, toute la neige qui recouvre habituellement le mont Sonnblick, lequel culmine à 3.105 m, avait déjà disparu alors qu’une telle fonte n’avait jusque-là jamais été observée avant le 13 août, lors de la précédente canicule de 2003. Autant d’indices qui confirment, s’il en était besoin, que nos glaciers alpins sont en sursis et ne devraient pas tarder à disparaître définitivement, les scientifiques estimant que celui de la Marmolada n’en a plus que pour 25 ou 30 ans au mieux.

Mais ces considérations ne semblent guère émouvoir ceux qui considèrent encore que tout ceci n’est qu’une élucubration de scientifiques déjantés à tendance écologiste et que rien surtout ne doit venir entraver notre business as usual : les Cassandre d’aujourd’hui ne sont pas plus écoutées que celles d’hier…

L. V.

NUPES : un jeu de dupes ?

8 mai 2022

Pour une fois, lors des prochaines élections législatives qui auront lieu dans un mois, la gauche française présentera des listes d’union. Un véritable exploit qui n’était pas arrivé si souvent dans l’histoire récente de la démocratie de notre pays. Les médias ne se sont d’ailleurs pas privés de le souligner en rappelant ce fameux 3 mai 1936, date de la victoire du Front populaire aux législatives. Une date anniversaire qui n’a d’ailleurs pas pu être totalement respectée puisqu’il a fallu attendre le jeudi 5 mai au soir pour arriver à boucler cet accord électoral initié par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

L’affiche de campagne de l’Union populaire pour les législatives, dévoilée dès le 25 avril au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République (source © France TV info)

Curieusement, c’est ce même Mélenchon qui avait tout fait pour éviter de participer à une primaire de la gauche, en 2022 comme d’ailleurs lors de la précédente présidentielle en 2017, qui s’est donc posé en champion d’une nouvelle union de la gauche, rassemblée autour de sa personne et de ses idées. Fort de son score de près de 22 % au premier tour de l’élection présidentielle, il ambitionne en effet désormais de virer en tête à l’issue des prochaines législatives pour que le président réélu Emmanuel Macron n’ait d’autre choix que de le nommer Premier ministre.

Un scénario bien entendu fortement improbable au vu de l’état de l’opinion tel qu’il se dessine à l’issue du dernier suffrage qui a quand même vu une très large majorité de Français se prononcer en faveur du Président sortant tandis qu’une forte minorité exprimait son penchant pour les idées populistes d’extrême-droite défendues par Marine Le Pen et Eric Zemmour. Certes, la gauche a plutôt fait bonne figure en réussissant à capter, toutes tendances confondues, un peu plus de 30 % des suffrages exprimés. Mais c’est pour l’instant bien loin de faire une majorité…

D’autant que l’état de désagrégation avancée dans lequel les deux principaux partis de gouvernement traditionnels se retrouve à l’issue de cette dernière séquence électorale, incitent bon nombre de figures politiques, du PS comme des LR, à rejoindre fissa le parti de la majorité présidentielle appelé a priori à gouverner le pays pour les 5 ans à venir.

Édouard Philippe, Richard Ferrand, François Bayrou, l’air accablé, et Stanislas Guerini annoncent la création d’une nouvelle confédération de soutien présidentiel le 5 mai 2022 (photo © Stéphane de Sakutin / AFP / Le Parisien)

Un parti qui fait d’ailleurs lui aussi sa mue au passage, comme l’a annoncé son porte-parole, Stanislas Guerini, ce même jour du 5 mai 2022, indiquant que la défunte République en Marche portera désormais le nom de Renaissance, un parti présidentiel dont l’objectif est « toujours de faire le choix des Lumières contre l’obscurantisme », rien de moins… Et avec, là aussi, une volonté de faire bloc, au sein d’une nouvelle confédération baptisée Ensemble, laquelle regroupera également le MODEM de François Bayrou, ainsi qu’Horizons, le parti de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, en attendant peut-être d’y agréger d’autres mouvements centriste de droite ou de gauche.

Comme pour la majorité présidentielle, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale créée à l’initiative de la France insoumise pour fédérer les forces de gauche est d’abord un accord électoral destiné à éviter que tous les candidats de gauche se fracassent une fois de plus sur le filtre redoutable du premier tour. Contrairement à l’accord précédent, celui de la gauche plurielle, qui remonte à 25 ans, suite à la dissolution anticipée de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac en 1997 et qui avait permis d’obtenir pas moins de 319 sièges de députés, il n’est plus question désormais de se désister au second tour pour le candidat le mieux placé car chacun sait bien que des candidats de gauche concurrents n’auraient que très peu de chance de parvenir au second tour en juin 2022.

Jean-Luc Mélenchon a fait le point sur l’avancée des négociations autour de la NUPES en marge de la manifestation du 1er mai 2022 (photo © Thomas Coex / AFP / RTL)

La seule stratégie possible est donc de se répartir les circonscriptions pour y présenter des candidats uniques, tout en faisant en sorte que chacun des partis alliés puisse espérer créer son propre groupe à l’Assemblée, ce qui suppose de disposer d’au moins 15 élus. Cette stratégie d’union qui se réduit donc au strict minimum, à savoir permettre à chacune de ses composantes, de survivre à la prochaine élection, comporte même une composante financière non négligeable. N’oublions-pas, en effet, que le financement public des partis politiques français dépend exclusivement de leurs résultats aux législatives, ce qui a permis notamment à l’ex LREM de toucher de l’ordre de 100 millions d’euros de fonds publics lors du dernier quinquennat. Ce financement dépend du nombre de parlementaires élus mais est réservé aux partis qui ont présenté des candidats ayant obtenu au moins 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions.

Le financement public des partis politiques, directement dépendant du résultat des législatives : un dessin signé Ranson (source © Le Parisien)

C’est la raison pour laquelle la France insoumise a accordé à son allié du Parti communiste français ces 50 circonscriptions sans lesquelles le PCF ne pouvait plus espérer toucher de financement public. Une bonne affaire pour le PCF qui devrait permettre à ses 11 députés sortant, dont le député de Martigues, Pierre Dharréville, de se représenter, tout en concourant dans 5 circonscriptions supplémentaires jugées gagnables par la gauche.

Pour les écologistes, qui obtiennent la possibilité de présenter un candidat dans une centaine de circonscriptions, dont 80 pour le parti EELV, l’affaire paraît plutôt positive également pour un parti qui, en 2017 n’avait réussi formellement à obtenir qu’un seul élu, lequel s’était empressé de rallier la majorité macroniste. Un groupe intitulé Écologie, démocratie, solidarité avait bien été créé en mai 2020, mais il était principalement constitué de députés élus sous l’étiquette LREM et il a d’ailleurs disparu quelques mois plus tard.

Meeting de la Nouvelle union populaire écologique et solidaire à Aubervilliers le 7 mai 2022 (photo © Julien de Rosa / AFP / France Culture)

Même s’ils ne seront présents que dans moins de 20 % des circonscriptions en juin 2022, les écologistes ne pourront donc guère faire pire qu’en 2017 et il se dit qu’une trentaine de ces circonscriptions seraient potentiellement gagnables, réparties entre EELV (dirigé par julien Bayou), Génération écologie (de Delphine Batho) et Générations (de Benoît Hamon), notamment à Bordeaux, Lyon et Strasbourg. Dans les Bouches-du-Rhône, en revanche, les 2 circonscriptions réservées à des candidats écologistes (Alexandre Rupnik dans le sud de Marseille et Stéphane Salord aux Pennes-Mirabeau) ne sont pas des cadeaux, ce qui fait quelque peu grincer les dents à certains élus locaux, dont l’écologiste marseillaise, Christine Juste, qui espérait bien se présenter…

En revanche, la pilule est un peu amère pour les socialistes qui obtiennent la possibilité de se présenter dans 69 circonscriptions seulement, alors qu’ils avaient obtenu 30 sièges en 2017, ce qui a d’ailleurs été l’objet de vertes critiques en interne lors du vote destiné à entériner cet accord, et laisse présager bien des candidatures dissidentes. Dans le meilleur des cas, le PS pourra donc simplement maintenir son nombre actuel d’élus, et ce n’est certainement pas dans notre département qu’il pourra espérer obtenir des élus, les 2 circonscriptions qui lui sont réservées, dans l’Est marseillais, ayant bien peu de chance de basculer à gauche !

Signature de l’accord NUPES par Olivier Faure malgré les mises en garde de certains ténors du PS, dont l’ancienne maire de Strasbourg, Catherine Trautmann : un dessin signé Yannick Lefrançois (source © Dernières Nouvelles d’Alsace)

En définitive et comme on pouvait s’y attendre, c’est évidement la France insoumise qui se taille la part du lion en obtenant le droit de présenter un candidat unique dans pas moins de 326 circonscriptions, sans compter les 32 encore en balance. Les 4 circonscriptions des Bouches-du-Rhône où la gauche a fait son meilleur score aux présidentielles, lui sont naturellement acquises. Jean-Luc Mélenchon lui-même ne devrait cependant pas se représenter à sa propre succession dans le centre ville où Kevin Vacher espère récupérer l’investiture. Ce dernier devra d’ailleurs peut-être laisser la place à Manuel Bompard, l’artisan des négociations de la Nouvelle union populaire écologique et sociale, cette NUPES qui reste en travers de la gorge de certains militants du parti socialiste où il se murmure que l’acronyme lui-même fait un peu trop penser à un « new PS » où Jean-Luc Mélenchon voudrait faire régner sa loi…

L. V.

Augmentation des retraites : un cadeau empoisonné ?

19 avril 2022

Au 1er janvier 2022, le montant des pensions de retraite a été revalorisé de 1,1 %. A l’approche des élections présidentielles, c’est le moment ou jamais de faire ce genre de petit cadeau qui peut mettre l’électeur de bonne humeur… D’autant que le geste n’est pas isolé puisque s’y ajoute le fameux bonus de 100 €, dénommé « indemnité inflation » que les retraités ont perçu le 1er février 2022 pour les aider à faire face à la hausse du prix de l’énergie et des carburants, au même titre que 38 millions de Français de plus de 16 ans qui ont gagné moins de 2000 € net par mois en octobre 2021, période de référence.

Emmanuel Macron en quête de voix chez les retraités ? Ici en visite dans un EHPAD en janvier 2019 (photo © Clément Mahoudeau / REA/ Les Echos)

Certes, on pourrait considérer que la mesure n’est pas excessivement généreuse au vu du montant de l’inflation qui est en train de repartir à la hausse. Sur l’ensemble de l’année 2021, la hausse des prix en France est évaluée à 1,6 %, mais sur les 12 derniers mois, depuis mars 2021 donc, elle atteint désormais 4,5 % ! La raison principale en est bien sûr l’envolée des prix du gaz et du pétrole, en lien direct avec l’invasion de l’Ukraine mais pour lequel bien d’autres facteurs contribuent. Cette hausse des carburants et de l’énergie atteignait déjà 10,5 % sur l’année 2021, avant donc que Poutine ne déclenche son « opération militaire spéciale », et n’en finit pas de s’envoler depuis. Par comparaison, les prix des denrées alimentaires n’avaient augmenté que de 0,6 % en 2021 et ceux des produits manufacturés étaient restés quasiment stables avec une hausse limitée à 0,3 %.

Évolution du taux d’inflation en France depuis 2012 en moyenne annuel sur 12 mois glissant (source © France inflation)

Dans ce contexte, l’augmentation de 1,1 % des pensions de retraite du régime général n’était donc pas un luxe même si elle fleure bon le petit coup de pouce d’un gouvernement désireux de se monter sous un jour favorable à quelques mois d’une échéance électorale majeure.

Sauf que certains retraités modestes ont eu la désagréable surprise de constater, comme cet ancien postier de Seine Maritime cité par France TV info, que malgré cette revalorisation modeste mais toujours bienvenue, sa pension de retraite avait en réalité baissé de 43 € ! Un comble pour ce qui était supposée être, sinon une opération de séduction d’un électorat souvent acquis au gouvernement, du moins une aide en ces temps de forte hausse des prix…

Sans commentaire… (source © Anti K)

Mais cette mauvaise surprise qu’ont constaté plusieurs milliers de retraités modestes et qui n’a rien de machiavélique, s’explique tout simplement par un effet de seuil de la CSG, cette contribution sociale généralisée, qui est prélevée sur l’ensemble des revenus, y compris ceux des pensions de retraite, de même d’ailleurs que la CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale). Le taux de la CRDS est relativement modeste puisqu’il est fixé à 0,5 %. Celui de la CSG est déjà plus conséquent et il est progressif avec trois tranches croissantes : un taux réduit de 3,8 %, un taux normal de 8,3 % et un taux intermédiaire de 6,6 %.

Les retraités les plus modestes, qui perçoivent un revenu fiscal annuel inférieur à 11 431 € pour une personne seule (ou 17 535 € pour un couple) sont totalement exonérés de la CRDS comme de la CSG. C’était le cas de notre postier à la retraite qui touchait, jusqu’à fin 2021, 1341 € par mois de retraite. Début 2022, le montant de sa pension a donc été revalorisée pour atteindre la somme royale de 1356 € par mois. Mais ce simple petit coup de pouce, pourtant bien modeste, a propulsé notre retraité juste au dessus du seuil de 11 431 € de revenu annuel fiscal, si bien qu’il voit désormais sa pension de retraite amputée de 3,8 % de CSG et 0,5 % de CRDS, ce qui l’a ramène de fait à 1298 € par mois : soit une perte de 43 € tous les mois du fait de cette petite augmentation qui partait pourtant d’un bon sentiment !

Un dessin signé Deligne, pour Libération (source © Urtikan)

Bien évidemment, cette mauvaise surprise ne concerne qu’une infime minorité des retraités, la plupart d’entre eux voyant bel et bien les effets positifs de cette revalorisation de leur pension sous forme d’une augmentation faible mais palpable de leur revenu mensuel. Il n’en reste pas moins que pour les malchanceux qui voient leur revenu baisser du fait de cette augmentation de leur pension, la pilule est un peu amère à avaler et il n’est pas sûr du tout que cela les mette dans les meilleures dispositions pour voter Emmanuel Macron lors du second tour des présidentielles !

Ils devraient pourtant se réjouir de pouvoir enfin, grâce à ce coup de pouce bienvenu, contribuer comme d’autres au grand effort national de redressement des comptes de notre système de Sécurité sociale. Participer à un tel élan de solidarité nationale n’a pas de prix et mérite bien un petit sacrifice, assurément…

L. V.

Présidentielle : on prend les mêmes et on recommence !

12 avril 2022

Tout ça pour ça ! Des mois et des mois de campagnes, des milliers de militants mobilisés, des pages et des pages de programme, des meetings aux quatre coins de la France, 12 candidats mobilisés… Et au bout du bout, on se retrouve à l’issue du premier tour de cette présidentielle 2022 avec les deux mêmes finalistes qu’en 2017 ! C’est à désespérer de l’imagination politique des Français…

Un premier tour finalement plein de surprises… (source infographie © L’Humanité)

Le second tour de la présidentielle, le 24 avril prochain, opposera donc le président sortant de la République, Emmanuel Macron, à la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui se présente comme « femme d’État » et ne se fait plus appeler que par son prénom sur ses professions de foi, histoire de montrer à tous sa grande proximité avec l’électeur lambda, comme si elle faisait partie de la famille après trois campagnes présidentielles consécutives…

Le chef de l’État est incontestablement arrivé en tête de ce premier tour et il améliore sensiblement son score de 2017, avec près de 28 % des suffrages exprimés, ce qui relève de l’exploit après cinq années au pouvoir et malgré les épreuves traversées, de la crise des Gilets jaunes à la guerre en Ukraine en passant par la pandémie de Covid-19 et la crise économique majeure qui s’en est suivie. François Hollande, qui avait dû jeté lamentablement l’éponge après un quinquennat dont il était sorti lessivé, doit en pâlir de jalousie…

Marine Le Pen et Emmanuel Macron avant le débat de l’entre-deux tours le 3 mai 2017 (photo ©
Eric Feferberf / AFP / France TV Info)

Pour autant, Marine Le Pen réussit elle aussi l’exploit d’augmenter son score du premier tour par rapport au scrutin de 2017 avec un peu plus de 23 % des suffrages exprimés, sachant qu’elle a dû pour cela faire face à la concurrence frontale d’un Eric Zemmour venu chasser directement sur ses terres et qui à un moment donné faisait largement jeu égal avec la patronne du Rassemblement national. Marine Le Pen est d’ailleurs arrivée en tête de ce premier tour dans pas moins de 20 000 communes française, là où Macron n’en a remporté que 11 000, ce qui est quand même révélateur d’un profond ancrage du Rassemblement national dans le paysage politique français, surtout en milieu rural…

Carte des communes française avec le candidat arrivé en tête du premier tour (source © Ministère de l’Intérieur / Le Télégramme)

Mais la grande particularité de ce scrutin de 2022 par rapport à celui de 2017, est que les suffrages des Français se sont concentrés sur trois candidats principaux seulement. Certes, comme en 2017 et désormais à chaque élection, un électeur sur quatre n’a pas jugé utile de se déplacer, ce qui est pour le moins regrettable, surtout parmi les plus jeunes générations où ce taux d’abstention atteint des sommets. Mais pour ceux qui ont glissé un bulletin dans l’urne, plus de 70 % d’entre eux se sont portés sur les trois candidats arrivés en tête, ce qui était loin d’être évident avec 12 candidats sur la ligne de départ et confirme, s’il en était besoin, la grande cohérence de l’électorat, nettement plus raisonnable que ne le sont les responsables politiques qui aspirent à le représenter…

Le troisième homme de cette campagne, Jean-Luc Mélenchon, qui frôle les 22 % de suffrages exprimés a brillamment réussi sa troisième et sans doute dernière campagne présidentielle, ratant de peu (450 000 voix quand même…) l’accession au second tour, handicapé par son obstination à avoir refusé toute participation à une éventuelle primaire et toute alliance, y compris avec le Pari communiste, pourtant son allié traditionnel, qui a siphonné à son profit les électeurs dont il aurait eu besoin pour se qualifier.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims pendant la campagne 2022 (photo © François Nascimbeni / AFP / Les Echos)

On me manquera pas d’observer que le candidat de la France insoumise fait un score remarquable dans les départements d’Outre-mer, remportant même la majorité absolue en Martinique (53,1%) et en Guadeloupe avec 56,2 %, du jamais vu ! Il vire également en tête à la Réunion avec un peu plus de 40 % des suffrages exprimés, mais aussi dans certaines communes de la banlieue parisienne avec plus de 60 % à Trappes notamment. Il finit d’ailleurs en tête dans 5 des 8 départements de la région Île-de-France, avec en particulier plus de 49 % en Seine-Saint-Denis ! Mais il est aussi en tête du premier tour dans plusieurs grandes villes dont Marseille, Lille, Strasbourg ou même Amiens, la ville natale d’Emmanuel Macron…

Du coup, pour les autres candidats qui, à l’exception d’Eric Zemmour, finissent tous sous la barre fatidique des 5 % qui donne droit au remboursement des frais de campagne, c’est la soupe à la grimace. Une véritable claque pour Valérie Pécresse qui conduit les Républicains à un niveau jamais atteint pour sa famille politique tandis que le parti socialiste, mal représenté par une Anne Hidalgo en perdition, produit l’exploit de finir en dessous des 2 %, derrière le représentant du parti communiste, Fabien Roussel : du jamais vu depuis bien longtemps ! Le Vert Yannick Jadot fait lui-aussi un score très décevant avec à peine plus de 4,6 % des suffrages, même s’il frôle la barre des 10 % dans certaines villes comme Rennes ou Nantes et fait de très bons scores à Lyon, Grenoble, Bordeaux ou La Rochelle.

Yannick Jadot en campagne à Lyon le 29 janvier 2022 (photo © Robert Derail / Getty / France Culture)

Ce n’est bien sûr pas le cas à Carnoux qui place, comme en 2017, Marine Le Pen largement en tête de ce premier tour, avec sensiblement le même pourcentage de près d’un tiers des suffrages exprimés. Si on y ajoute les voix qui se sont portées sur Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, on est quasiment à un électeur sur deux en faveur de l’extrême-droite ! Pourtant, Emmanuel Macron fait un bon score avec 24 % des suffrages exprimés quand il n’était qu’à 17 % en 2017. Quant à la gauche, elle fait finalement plutôt un bon résultat en atteignant un total de 20 %, dont 13,4 % pour Jean-Luc Mélenchon, sensiblement comme en 2017, et 4 % pour Yannick Jadot. Des résultats qui viennent quand même confirmer, pour ceux qui en douteraient encore, que la ville de Carnoux reste largement une terre de mission pour la gauche !

L. V.

Jean-Pierre Giorgi toujours fan de Nicolas Dupont-Aignan

2 mars 2022

A un peu plus d’un mois du premier tour des présidentielles, la course aux parrainages est sur le point de se terminer. Vendredi 4 mars à 18 heures, seuls les candidats disposant de leurs fameuses 500 signatures, pourront donc se présenter. Et comme à chaque élection, on a entendu les mêmes polémiques de candidats se plaignant du caractère discriminatoire de ce filtre qui empêcherait certains de concourir à l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour ou encore Marine Le Pen, pourtant crédités d’un score plus qu’honorable dans les sondages et qui tous ambitionnent d’atteindre le second tour de cette élection, ont ainsi eu des sueurs froides pour boucler leur liste de soutiens.

Un dessin signé Deligne, publié dans Nice Matin

La règle n’est pourtant pas nouvelle puisqu’elle date de 1962, lorsqu’il a été décidé que le Président de la République serait élu au suffrage universel. Le seuil initial avait d’ailleurs été fixé à 100 signatures seulement, puis porté à 500 en 1976 au vu du nombre pléthorique de 12 candidatures enregistrées en 1974 ! Mais la liste des élus habilités à fournir leur parrainage a aussi été revue et dépasse désormais les 42 000 : députés, sénateurs, élus au Parlement européen, maires (y compris les maires d’arrondissement), conseillers départementaux et régionaux, cela fait en effet beaucoup de monde.

Au point que l’inénarrable Jean Lassalle, crédité au mieux de 1,5 % des intentions de vote, fanfaronne en estimant qu’il s’agit d’une simple formalité et se moque allègrement de ses concurrents à la peine en déclarant : « si on n’est pas capable d’avoir 500 signatures sur un panel de 42 000 élus, alors on n’a rien à faire dans cette compétition »…

Un dessin signé Man, publié dans le Midi libre

De fait, alors même que le recueil des formulaires se poursuit encore pendant quelques jours, 10 candidats déclarés ont d’ores et déjà dépassé la barre fatidique. Certains, comme Valérie Pécresse, forte des milliers d’élus locaux étiquetés LR, survolent même le jeu avec bientôt 2500 signatures en sa faveur, de même que la socialiste Anne Hidalgo avec ses 1318 formulaires validés au 1er mars tandis que le chef de l’État sortant, bien que toujours pas déclaré candidat à sa succession mais ultra favori des sondages, en aligne 1785 à la même date. Même des candidats pourtant aussi marginalisés que Nathalie Artaud, la représentante de Lutte ouvrière, n’a au aucun mal à obtenir ses 568 signatures, et ceci bien avant Jean-Luc Mélenchon : comprenne qui pourra…

Il faut dire que ces formulaires de parrainage, qui correspondent à un acte individuel des élus, ne valent pas forcément soutien politique. Nombre d’élus le revendiquent d’ailleurs ouvertement, à la manière de François Bayrou qui dit apporter son parrainage à Marine Le Pen, estimant que la démocratie serait écornée si celle que les sondages placent actuellement en deuxième place des intentions de vote devait être empêchée à se présenter. Jean-Luc Mélenchon lui-même, a utilisé son statut de député pour parrainer son adversaire du Nouveau parti anticapitaliste, Philippe Poutou. Mais ce sera sans doute insuffisant pour repêcher ce dernier qui rame encore très en deçà du seuil fatidique, de même d’ailleurs que la finaliste de la Primaire populaire, Christiane Taubira, partie très tardivement à la pêche aux soutiens.

Un dessin signé KAK, publié dans l’Opinion

La liste des parrainages, désormais publique depuis 2016 et consultable sur le site du Conseil constitutionnel, où elle a été mise à jour deux fois par semaine durant toute la campagne, montre d’ailleurs que bien des parrainages se sont dispersés, parfois au bénéfice d’illustres inconnus ou de non-candidats avérés comme Michel Barnier, François Hollande ou encore Thomas Pesquet. Cette liste révèle aussi qu’à peine un élu sur quatre a pris la peine de remplir et de renvoyer son formulaire de parrainage, ce qui montre que l’abstention n’est pas réservée aux seuls citoyens de base…

Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône, seuls 123 élus ont joué le jeu. Marine Le Pen tire bien son épingle du jeu avec 15 parrainages dans ce département, presque le double d’Eric Zemmour, tandis que Emmanuel Macron en récolte plus de 30 et Valérie Pécresse près de 40. Le communiste Fabien Roussel bénéficie de 13 parrainages quand Jean-Luc Mélenchon n’en engrange que 2, tout comme Christiane Taubira qui bénéficie de celui du Maire de Marseille en personne, Benoît Payan.

Extrait de la liste des parrainages publiée par le Conseil constitutionnel

Curieusement, comme en 2017, on constate que le maire de Carnoux, Jean-Pierre Giorgi, n’a pas accordé son parrainage à Valérie Pécresse comme l’ont fait tous les élus locaux de droite du secteur, de Bernard Deflesselles à Danielle Milon, en passant par Gérard Gazay ou Sophie Joissains. Comme en 2017, c’est à Nicolas Dupont-Aignan, le député de l’Essonne, président du mouvement nationaliste Debout la France, qu’il a fourni son précieux sésame pour l’élection présidentielle.

En 2017, Nicolas Dupont-Aignan se voyait déjà Premier ministre de Marine Le Pen (photo © Geoffroy Van der Hasselt / AFP / L’Express)

Entre les deux tours de la dernière élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, avait pourtant éberlué la France entière en annonçant son ralliement opportuniste à Marine Le Pen, laquelle avait confirmé dès le lendemain qu’elle le nommerait Premier ministre en cas de victoire du Rassemblement national au second tour. On aurait donc pu penser qu’un tel positionnement à l’extrême droite aurait quelque peu refroidi notre maire, lequel se positionnait alors ouvertement comme soutien du candidat LR François Fillon, n’hésitant pas à déclarer en novembre 2016 à un journaliste du Monde qu’il n’était « pas du tout de gauche, pas du tout d’extrême droite » et qu’il envisageait « d’appuyer François Fillon à la primaire ».

Il s’en était d’ailleurs expliqué cet été avec Cristele Chevalier et Jacques Boulesteix, alors élu de la liste Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire, reconnaissant que « c’est un type sympathique, rencontré par hasard, par l’intermédiaire d’un Carnussien », à qui il a apporté son parrainage tout en l’avertissant qu’il ne votera pas pour lui. Un positionnement un peu particulier mais que Jean-Pierre Giorgi assume sans complexe, considérant que cela relève de la stratégie politique la plus élémentaire, quoi qu’en pensent ses propres électeurs, sur la base du raisonnement suivant : « de toute façon, il ne passera pas, mais il peut pomper des voix à Le Pen, c’est pour ça que je l’ai parrainé ».

Jean-Pierre Giorgi réelu en 2020 pour son quatrième mandat à Carnoux-en-Provence (photo © RA / La Provence)

Il faut donc se méfier du parrainage des hommes politiques qui ne vaut pas approbation, loin s’en faut, puisque le maire de Carnoux l’affirme avec force : « Jamais je ne voterai Dupont-Aignan, pas plus que Marine Le Pen ou Eric Zemmour ». Ce qui ne l’empêche donc pas de redonner, cette année encore, son parrainage au leader de Debout la France, dont on ne sait d’ailleurs plus très bien ce qui le distingue vraiment de ses concurrents d’extrême-droite.

Mais après tout, puisque c’est un « type sympathique » et que le but est d’affaiblir le vote en faveur de Marine Le Pen, pourquoi chercher plus loin ? De mauvais esprits pourraient certes arguer que ce genre d’attitude tacticienne vient quelque peu dévaloriser la crédibilité de nos élus et renforcer la défiance des citoyens, mais quand on a le culte de la performance, comme le revendique notre maire, il est bien connu que la fin justifie les moyens !

L. V.

Sinistres sécheresse : la Cour des Comptes s’en mêle…

17 février 2022

Contrairement à d’autres phénomènes naturels comme les séismes, les inondations, les coulées de boue ou les éboulements de falaises rocheuses par exemple, les mouvements de terrain liés au retrait-gonflement des sols argileux sont plus insidieux car ils évoluent lentement dans le temps, au fil des saisons, mais peuvent finir par faire des dégâts importants.

Un sol argileux présente en effet, selon la nature des minéraux qu’il renferme, la caractéristique d’absorber, par infiltration naturelle, des quantités d’eau qui le font gonfler, à la manière d’une éponge. Inversement, en période sèche, l’évaporation naturelle et surtout l’effet de la végétation dont les racines vont pomper l’eau du sol par capillarité, amène ce type de sol à se rétracter progressivement. Un tel phénomène n’est pas perceptible à l’œil nu. Mais lorsqu’une structure rigide comme une maison est posée sur ce type de sol, elle est soumise à ces mouvements saisonniers qui, à la longue, finissent par la fragiliser, provoquant l’apparition de fissures et de déformations, pouvant aller jusqu’à la ruine du bâtiment.

Schéma de principe des tassements différentiels liés au retrait-gonflement des sols argileux (source © BRGM / ORRM PACA)

En effet, ces tassements du sol d’assise sont rarement homogènes, ne serait-ce que parce que le sol reste plus humide sous la maison qu’à sa périphérie. Pour un peu que le sol d’assise soit hétérogène, ce qui est très fréquent, l’amplitude des mouvements sera variable d’un point à un autre et la maison, si elle n’est pas assez solide, aura bien du mal à résister à ces tassements différentiels. Si en plus on a eu la mauvaise idée de planter des arbres à proximité, l’assèchement du sol sera amplifié dans la zone d’influence de leur système racinaire, et le risque de tassement différentiel est alors maximal.

Bien entendu, si la maison a été bien construite, ancrée suffisamment en profondeur, là où les différences d’humidité sont faibles, et suffisamment rigidifiée avec des chaînages en béton armé à chaque niveau et autour des ouvertures, il ne se passera rien et la construction encaissera sans dommage ces tassements différentiels du sol d’assise. Mais trop souvent, surtout pour des maisons individuelles construites à l’économie, on se contente de fondations très superficielles, aux armatures mal liaisonnées, et les mesures élémentaires de respect des règles de l’art sont loin d’être toujours bien observées.

Schéma de principe des mesures à respecter pour construire sur sol argileux (source © BRGM / repris par le Moniteur)

C’est pourquoi on assiste, depuis des années, à une forte augmentation des sinistres liées à ce phénomène de retrait-gonflement des sols argileux, la plupart des désordres se manifestant pendant les périodes de sécheresse, lorsque les sols se tassent, et les dégâts se poursuivant ensuite à chaque nouveau cycle de dessiccation/humidification. Indemnisés en France depuis 1989 au titre du régime des catastrophes naturelles, ces sinistres ont déjà coûté la bagatelle de 13,8 milliards d’euros en 30 ans et représentent en moyenne 36 % des indemnisations versées dans ce cadre, juste derrière le risque inondation.

Fissuration d’une maison sous l’effet du retrait-gonflement des sols argileux, dans le Nord de la France (source © Cour des Comptes)

Chaque année, désormais, des milliers de communes font une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour des sinistres sécheresse : plus de 6000 communes par exemple pour la seule année 2019, et presque autant en 2018 ! Toutes les régions de France sont concernées, même si certaines sont davantage touchées selon la nature géologique des sols et selon les conditions climatiques. Une cartographie nationale des zones les plus exposées a été dressée par le BRGM (service géologique national) entre 1997 et 2010, actualisée en 2018, qui considère que 48 % du territoire métropolitain est exposé à un aléa fort ou moyen.

Or on dénombre plus de 10 millions de maisons individuelles, soit plus de la moitié du parc de maisons individuelles françaises, sur ces zones a priori les plus exposées. En région PACA, ce sont même 90 % des maisons individuelles qui se situées sur ces zones d’aléa moyen à élevé ! Et avec le réchauffement climatique, toutes les projections montrent que l’intensité et la fréquence des périodes de sécheresse est en train d’augmenter, ce qui va se traduire immanquablement par une forte augmentation de la sinistralité dans les années à venir. Les assureurs ont fait tourner leurs modèles et estiment que pour les 30 prochaines années, le coût des dommages à indemniser dans ce cadre pourrait atteindre 43 milliards d’euros, plus de trois fois plus qu’au cours des 30 dernières années…

Carte nationale d’aléa retrait-gonflement des sols argileux actualisée en 2018 (source © BRGM)

Dans ce contexte, on comprend que chacun s’inquiète et que les rapports sur le sujet s’enchaînent. Même la Cour des Comptes s’est penchée sur la question, à la demande du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale et vient de publier, le 15 février 2022, un n-ième rapport sur ce dossier explosif. Elle s’alarme en particulier des risques financiers que pourrait faire courir à terme cette sinistralité sur l’équilibre du régime des catastrophes naturelles, même si elle reconnaît que ce dernier se porte plutôt bien, merci pour lui, et qu’il rapporte même de l’argent à la Caisse centrale de réassurance comme à l’État, lequel n’a eu à abonder les caisses qu’une seule fois, à l’occasion de la tempête de 1999.

Pour autant, la tentation de sortir le risque sécheresse du régime des catastrophes naturelle en démange plus d’un et on sent que la Cour des Comptes le verrait d’un bon œil même si elle ne se prononce pas ouvertement. D’ailleurs, l’adoption de la loi ELAN, en 2018, avait ouvert la voie à une telle évolution en inscrivant la prévention de ce risque dans les réglementations constructives, rendant obligatoire la réalisation d’une étude de sol lorsqu’on vend un terrain à bâtir et lorsqu’on veut y construire, sauf à respecter les règles forfaitaires permettant de construire une maison individuelle sur sol argileux de manière à résister aux tassements différentiels éventuels. Cette nouvelle réglementation, assise sur la carte d’aléa actualisée en 2018, vient du coup se surimposer aux Plans de prévention des risques liés au retrait-gonflement des sols argileux qui existaient déjà dans près de 2000 communes françaises, dont celle de Carnoux-en-Provence qui dispose d’un tel PPR depuis 2014.

Zonage réglementaire du PPR retrait-gonflement des sols argileux de Carnoux-en-Provence (source © Préfecture des Bouches-du-Rhône)

Le fait que la carte d’aléa qui avait alors servi de base à l’élaboration de ce PPR ait évolué depuis ne facilite certes pas la compréhension d’une politique de prévention qui reste encore très insuffisante comme le reconnaît bien volontiers la Cour des Comptes. On sait pourtant depuis des années comment construire sans risques sur des sols argileux, mais trop souvent les constructeurs passent outre les mesures préventives, comptant sur le fait que leur responsabilité n’est de fait engagée que durant les 10 ans de la garantie décennale alors que, bien souvent, les dommages n’apparaissent que plus tard, après plusieurs cycles de sécheresses et ré-humidification.

Carte actualisée d’aléa retrait-gonflement des sols argileux de Carnoux-en-Provence (source © georisques)

Les propriétaires des maisons ainsi impactées se retrouvent alors face à un véritable parcours du combattant pour tenter de se faire indemniser les dommages qui apparaissent au fil du temps et dont les réparations peuvent coûter très cher lorsqu’il s’agit de reprendre les fondations en sous-œuvre. La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle est une condition nécessaire pour prétendre à une telle indemnisation, sous réserve d’une expertise favorable et après déduction d’une franchise qui s’élève quand même à 1520 € pour ce type de sinistre. Mais cette reconnaissance ne va pas de soi puisque moins de 50 % des demandes reçoivent une réponse favorable, sur la base de critères météorologiques par nature très difficiles à élaborer et du coup fortement contestés.

Pour le risque sécheresse comme pour beaucoup d’autres, il vaut toujours mieux prévenir que guérir, car les surcoûts occasionnés par une construction initiale selon les règles de l’art sont infimes par rapport à ceux d’une réparation après sinistre, mais la prévention des risques reste bien difficile à intégrer : sans doute l’esprit humain est-il trop joueur pour accepter de se plier de bonne grâce aux règles de prudence élémentaires ?

L. V.

Nucléaire : au cœur du réacteur électoral ?

13 février 2022

Depuis des années en France, la question du recours à l’énergie nucléaire était un peu tombée aux oubliettes et avait quasiment disparu du paysage des préoccupations politiques. En dehors d’une poignée de militants dont ceux de l’association Greenpeace qui se mobilisaient périodiquement pour protester contre le relâchement des mesures de sécurité sur les sites des centrales nucléaires, contre les convois de déchets radioactifs ou contre les projets d’enfouissement de ces mêmes déchets, le sujet ne passionnait plus les foules, comme si un consensus national s’était peu à peu installé autour des bienfaits de cette énergie qui alimente, en France, l’essentiel de notre consommation électrique.

Manifestation en 2011 à Saint-Vulbas, réclamant la fermeture de la centrale nucléaire de Bugey (source © France 3 Rhône-Alpes)

Alors même que la catastrophe de Fukushima en mars 2011 avait amené le Japon à fermer brutalement toutes ses centrales nucléaires et l’Allemagne à prendre la décision historique d’abandonner totalement le nucléaire d’ici 2022 (les 3 derniers réacteurs encore en activité étant toujours amenés à cesser leur activité d’ici la fin de cette année…), la France avait fait comme si rien n’était et poursuivi la construction du fameux EPR de Flamanville, débuté en 2007 et toujours pas achevé malgré le gouffre financier et le fiasco industriel que représente cette opération peu glorieuse pour le génie industriel national…

L’EPR de Flamanville, toujours en chantier depuis 2007 (source © Eco CO2)

En 1986, lors de l’accident nucléaire de Tchernobyl, dont les impacts sanitaires avaient touché directement le sol française, l’émoi avait été nettement plus important. Mais là encore, les débats politiques sur la place du nucléaire civil dans le mix énergétique national n’avaient guère agité au-delà de certains cercles militants, contrairement à l’Allemagne où l’événement avait conduit à l’abandon du projet d’une usine de traitement de combustible radioactif en Bavière, ou encore à l’Italie qui avait alors mis fin à son propre programme nucléaire.

Dans les années 1970, le petit autocollant qu’on voyait partout…

Il faut en réalité remonter aux années 1970 pour retrouver une véritable mobilisation populaire contre le recours à l’énergie nucléaire. A l’époque, on voyait fleurir un peu partout les fameux autocollants jaunes avec ce soleil goguenard qui clamait, tout sourire, « Nucléaire ? Non merci ». Au tout début des années 1980, les projets de construction de centrales nucléaires mobilisaient encore des manifestations monstres d’opposants, comme à Plogoff où le 12 décembre 1981, le gouvernement socialiste de François Mitterrand avait finalement dû jeter l’éponge et abandonner le projet de construire une centrale nucléaire sur la lande bretonne, près de la Pointe du Raz.

Manifestation anti-nucléaire sur le site de Plogoff en 1980 (photo archives © Eugène Le Droff / Le Télégramme)

Ce projet, décidé en 1974 s’inscrivait alors dans un vaste programme piloté par EDF, alors tout puissant, qui prévoyait de couvrir la France de pas moins de 400 réacteurs nucléaires, avec en général l’appui enthousiaste des élus locaux qui voyaient s’amasser une véritable manne d’argent public, permettant de construire, à proximité des centrales nucléaires, lotissements neufs, équipements sportifs surdimensionnés, salles des fêtes, piscines et voiries éclairées à gogo. Une manne à laquelle le maire de Plogoff n’avait pas été sensible, préférant, en accord avec son conseil municipal, brûler spectaculairement le dossier d’enquête publique sur la place de la mairie, donnant ainsi le signal d’une véritable révolte populaire au cours de laquelle on a vu les grands-mères bigouden aux gendarmes mobiles puis aux parachutistes dépêchés en renfort de Paris…

Quelques années auparavant, en 1977, c’était le projet de surrégénérateur Superphénix qui mobilisait contre lui des foules de militants écologistes avec notamment une manifestation rassemblant plus de 60 000 personnes en juillet 1977 sur le site de Creys-Malville, avec de violents affrontements avec les forces armées, qui causeront d’ailleurs la mort d’un militant. Ces mouvements anti-nucléaires, qui s’étaient illustrés dès avril 1971 en organisant une marche contre le projet de construction de la centrale de Fessenheim, sont alors directement issus des milieux pacifistes qui luttent depuis plusieurs années déjà contre l’armement militaire nucléaire, avec des mouvements comme le Groupe d’action et de résistance à la militarisation, mené notamment par Théodore Monod.

Explosion d’une bombe atomique dans le désert du Nevada en 1957 (source © Getty / France Culture)

Né après la guerre, en réaction aux bombardements américains de Hiroshima et Nagasaki, sous la caution d’éminents scientifiques comme Frédéric Joliot-Curie qui lance dès 1950 l’Appel de Stockholm en vue d’interdire le recours à l’arme nucléaire, ces mouvements alimentent d’autant plus naturellement les rangs des opposants au nucléaire civil qu’à l’époque les deux programmes étaient très intimement liés et que le développement des centrales nucléaires à uranium appauvri favorisait en réalité le risque de prolifération nucléaire et de banalisation du recours à la bombe atomique. Des arguments renforcés ensuite par une réflexion sur le risque lié à la sécurité des installations nucléaires elles-mêmes et à la gestion dans le temps des déchets radioactifs, un processus toujours aussi mal maîtrisé.

Alors que de nombreux pays ont peu à peu abandonné le recours à l’énergie nucléaire comme source de production d’électricité, la France fait un peu figure d’exception avec, en 2020, encore plus de 67 % de l’électricité produite d’origine nucléaire, et 37 % de l’énergie primaire consommée issue de l’atome, un record mondial sachant que cette part est en moyenne de 4 % dans le monde !

Mais voilà qu’après des années de relative indifférence vis à vis de cette énergie nucléaire dont les Français ont largement profité, laissant peu à peu vieillir leur parc de 56 réacteurs nucléaires, répartis sur 18 sites, le fermeture en 2020 des deux réacteurs de Fessenheim, décidée par François Hollande, et les déboires du chantier de Flamanville avec ses retards et ses surcoûts accumulés, ont remis progressivement le sujet dans le débat, au point de venir s’inviter dans la campagne des présidentielles 2022. Le président sortant vient justement d’annoncer, à deux mois du scrutin, sa volonté de faire construire, d’ici 2050 six nouveaux réacteurs nucléaires EPR et en envisage même huit supplémentaires, complétés par de petits réacteurs modulables de plus faibles capacités, tout en voulant prolonger au delà de 50 ans la durée de vie des réacteurs actuellement en service.

Emmanuel Macron sur le site de General Electric à Belfort, annonçant le 10 février 2022 la relance du programme nucléaire français (photo © Jean-François Badias / Reuters / Courrier International)

Un tel positionnement en faveur de la relance d’un vaste programme d’investissement nucléaire, est d’ailleurs assez conforme à ce que prônent plusieurs autres candidats depuis le communiste Fabien Roussel jusqu’à la candidate frontiste Marine Le Pen en passant par la LR Valérie Pécresse. A l’extrême droite, on va même encore plus loin puisque le Rassemblement national veut carrément rouvrir la centrale de Fessenheim, tandis que Eric Zemmour souhaite prolonger la vie des réacteurs à 60 ans au moins et construire 14 réacteurs EPR d’ici 2050, exigeant l’abandon total de l’énergie éolienne.

Des positions qui vont complètement à rebours du scénario préconisé par l’association négaWatt qui vise à atteindre la neutralité carbone de la France d’ici 2050 avec un mix énergétique issu à 96 % de sources renouvelables. Une vision que l’on retrouve en grande partie dans les propositions du candidat écologiste Yannick Jadot, lequel prône également un abandon progressif du nucléaire couplé à une forte augmentation du recours aux énergie renouvelables. Une position largement partagée par les autres candidats de gauche, Jean-Luc Mélenchon, Anne Hidalgo et Christiane Taubira, qui tous visent une sortie complète du nucléaire d’ici 2045 à 2050. Contre toute attente, la question du nucléaire fait donc de nouveau partie des points de clivage de la nouvelle campagne électorale…

L. V.

Valérie Pécresse sur les pas de François Fillon ?

3 janvier 2022

Dans quatre mois seulement aura lieu le premier tour de l’élection présidentielle française, le 10 avril prochain et l’on ne sait toujours pas avec certitude qui seront les prétendants. Ce ne sont pourtant pas les candidatures déclarées qui manquent, même si la principale d’entre elle, celle du Président de la République sortant, reste à venir, alors même que ce dernier est habituellement considéré comme le favori de ces élections. Ce serait même sans doute la première fois depuis le début de la Cinquième République, qu’un président en exercice aurait autant de chances d’être réélu, malgré l’absence de cohabitation qui avait permis, en leur temps, à François Mitterrand puis à Jacques Chirac, de se refaire une popularité suffisante pour enquiller un second mandat…

Présidentielle 2022 : la course est lancée, malgré le contexte sanitaire… un dessin de Fey, publié dans Le Progrès en août 2020

Face au président sortant, force est de reconnaître que les candidats de gauche risquent fort de ne faire que de la figuration. Les 7 candidats pour l’instant déclarés, hors candidature éventuelle de Christiane Taubira et hors hypothèse d’une nouvelle primaire permettant de départager certains d’entre eux, totalisent à eux tous à peine 25 % des intentions de vote, ce qui est bien peu pour construire une majorité, d’autant que celui qui fait le meilleur score, Jean-Luc Mélenchon, crédité de 8 à 12 % selon les sondages, est aussi l’une des personnalités politiques françaises qui suscite le plus de rejet dans l’opinion publique.

En 2017, un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, largement remporté par le premier à l’issue d’un débat déséquilibré entre les deux tours (photo © Reuters / Huffington Post)

Tout le monde imaginait, jusqu’il y a peu, un nouveau duel au second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, comme en 2017, mais l’irruption dans l’arène du trublion Eric Zemmour a fortement rebattu les cartes. Alors que Marine Le Pen se positionnait clairement en outsider, créditée de plus de 20 % des intentions de vote jusqu’en septembre, elle se positionne désormais autour de 16 à 17 %, tandis qu’Eric Zemmour pointerait autour de 14 % même s’il est en baisse désormais, n’ayant pas réussi à rallier l’électorat populaire resté plus sensible au discours du Rassemblement national.

Évolution des intentions de vote au 1er tour des présidentielles de 2022 entre septembre et début décembre 2021 selon un sondage ELABE pour BMFTV, l’Express et SFR (source © BFMTV)

Dans ce contexte et au vu des sondages actuels, à prendre bien entendu avec toutes les précautions d’usage, il est donc probable que le second tour de la présidentielle, le 24 avril 2022, opposera à Emmanuel Macron la candidate issue des primaires LR, à savoir la présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, un duel qui s’annonce d’ailleurs particulièrement serré et pas forcément en faveur du président sortant, lequel aura à assumer tous les inévitables mécontentements et frustrations accumulés au cours de son quinquennat.

Valérie Précresse, la candidate surprise, issue des primaires de la droite… un dessin signé Kak, publié dans l’Opinion le 6 décembre 2021

Il n’est donc pas sans intérêt de commencer à s’intéresser au programme de cette Valérie Roux, née en 1967 à Neuilly-sur-Seine, fille d’un ancien président de la société Bolloré Télécom. Pur produit de l’enseignement privé catholique, elle s’initia au russe à 15 ans dans un camp de jeunesse communiste à Yalta avant d’aller perfectionner son japonais en vendant des camescopes à Tokyo. Formée à HEC puis à l’ENA, elle devient maître des requêtes au Conseil d’État avant d’épouser en 1994 Jérôme Pécresse, actuel PDG de General Electric Renewable Energy où il vient de supprimer 800 emplois.

Ayant rejoint l’Elysée en 1998 comme chargée de mission auprès de Jacques Chirac, elle est élue députée des Yvelines dès 2002, puis nommée ministre de l’enseignement supérieur en 2007 dans le premier gouvernement de François Fillon. En 2011, elle devient ministre du budget et porte-parole du gouvernement, se vantant d’avoir réussi à supprimer 150 000 postes de fonctionnaires grâce à la mise en œuvre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), permettant une économie de 9,5 milliards d’euros entre 2008 et 2011. Réélue députée en 2012, elle devient en décembre 2015 présidente de la Région Ile-de-France, mandat qu’elle a conservé lors des régionales de 2021.

Valérie Pécresse, probable finaliste de la prochaine élection présidentielle ? (photo © Delphine Goldsztejn / Le Parisien)

Fervente adapte du libéralisme économique, elle se définit elle-même « deux-tiers Merkel, un tiers Thatcher », tout un programme ! Dans la droite ligne de son ex mentor, l’ancien premier ministre François Fillon, elle promet, si elle est élue en 2022, de diminuer les dépenses publiques, de réduire encore les impôts sur les entreprises et les frais de succession, de supprimer les 35 heures, de faire passer l’âge de la retraite de 62 à 65 ans, de baisser les allocations chômage et de supprimer pas moins de 200 000 postes dans la fonction publique : exactement le programme que proposait Fillon en 2017…

Cette obsession de la droite à supprimer toujours davantage d’agents de la fonction publique ne laisse d’ailleurs pas d’interroger à l’heure où les Français réclament toujours plus de protection ainsi que des services publics plus proches et plus performants. La crise épidémique de Covid-19 a pourtant montré à quel point la population française attend de l’État un engagement total pour garantir sa sécurité sanitaire et économique via des investissements publics massifs, « quoi qu’il en coûte ».

Supprimer des fonctionnaires, mais lesquels ? … un dessin signé Deligne (source © La Montagne)

Toutes les enquêtes d’opinion indiquent que la population regrette, assez majoritairement, les politiques d’ajustement budgétaire qui se sont traduites, année après année, par une disparition des infrastructures hospitalières de proximité, une diminution drastique du nombre de lits en réanimation et une pénurie de personnel de santé, au point que les médecins sont désormais sollicités pour édicter des critères de tri des malades à sauver en cas de nouveau pic épidémique excédant nos capacités de prise en charge… Et pourtant, voilà que ces mêmes Français, à en croire les sondages, seraient séduits par ce discours ultralibéral un peu suranné qui vise avant tout à réduire le rôle de l’État en taillant dans les effectifs des services publics, au risque de détériorer encore davantage la qualité de nos écoles, de nos universités, de nos tribunaux, de nos transports publics, de nos commissariats de police ou de nos hôpitaux. Qui a dit que les Français étaient pétris de contradictions ?

L. V.

Nouvelle-Calédonie : les gros sabots de Macron

18 décembre 2021

Les Néocalédoniens ont donc décidé, le 12 décembre 2021, lors du troisième et dernier référendum prévu par l’accord de Nouméa, signé le 5 mai 1998, de rester français, à ceci à une large majorité de 96,5 % des suffrages exprimés. Le Président de la République, Emmanuel Macron, s’en est immédiatement félicité, estimant, un brin lyrique, : « Ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester », tout en reconnaissant : « nous ne pouvons ignorer que le corps électoral est resté profondément divisé ».

Emmanuel Macron lors d’un déplacement en Nouvelle-Calédonie en mai 2018 (photo © Ludovic Marin / AFP / Les Echos)

De fait, les résultats de ce troisième référendum sont bien différents des deux précédents et laissent perplexe. Certains comme Jean-Luc Mélenchon considèrent d’ailleurs carrément ce vote comme « pas légitime » car entaché par une abstention massive, plus de 56 % des 185 000 électeurs appelés à y participer ne s’étant pas déplacés. Ce taux d’abstention n’a certes plus rien d’exceptionnel par les temps qui courent, celui observé en métropole lors du second tour des dernières municipales, en juin 2020, étant encore supérieur ! Pour autant, le contexte est ici bien différent. Lors du premier référendum qui s’était déroulé le 4 novembre 2018, le non à l’indépendance l’avait déjà emporté mais avec 56,7 % seulement des suffrages exprimé et un taux de participation supérieur à 81 %. Deux ans plus tard, le second référendum, organisé le 4 octobre 2020, voyait une mobilisation encore plus forte, de 85,7 % et une légère progression du vote indépendantiste, le non ne l’emportant plus qu’avec 53,3 % des suffrages exprimés et seulement 2000 voix d’avance.

Trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie mais un dossier toujours en suspens… (photo © Charles Baudry / Outremer 360)

Pour cette troisième consultation, le scrutin s’annonçait donc particulièrement serré et nombre d’Européens vivant en Nouvelle-Calédonie s’inquiétaient sérieusement d’une victoire possible du oui, susceptible de déboucher sur une indépendance où ils n’auraient plus forcément les coudées aussi franches. Mais en septembre 2021, l’archipel, jusque-là totalement épargné par la pandémie mondiale de Covid grâce à des mesures de protection assez drastiques, se retrouve confronté à une vague brutale de cas de Covid avec près de 300 morts enregistrés en quelques mois. Les Kanak, particulièrement touchés, mettent en avant ce contexte sanitaire défavorable pour demander un report du référendum, estimant qu’il ne peut pas se tenir dans de telles conditions, alors que de nombreuses familles sont préoccupées par les cérémonies de deuil, très importantes dans la culture kanake.

Mais le gouvernement a préféré passer en force et est resté totalement sourd à cette demande de report de quelques mois qui aurait probablement permis d’organiser ce suffrage dans de meilleures conditions. Confronté à un tel bras de fer, les indépendantistes du FLNKS et d’autres mouvements ont donc appelé, dès le mois d’octobre, au boycott, lequel a été scrupuleusement respecté par leur électorat, ce qui a conduit à cette situation totalement surréaliste au soir du 12 décembre : seules ou presque les populations d’origine européenne se sont exprimées, aboutissant à ce véritable plébiscite du refus de l’indépendance. Mais que vaut un référendum binaire si seuls les partisans d’une des deux options s’expriment ?

Panneaux électoraux lors du référendum de Nouvelle-Calédonie (photo © MaxPPP / Midi Libre)

Certes, l’histoire n’est probablement pas définitive, même si nombre de représentants des Caldoches expriment désormais bruyamment leur satisfaction et considèrent que l’affaire est entendue. Pour autant, les négociations vont devoir reprendre durant la période de transition de 18 mois qui s’ouvre désormais et qui doit aider à définir les modalités de gouvernance à venir, via la rédaction d’un nouveau statut pour l’archipel, lequel devra faire l’objet d’une adoption via un nouveau référendum. Les indépendantistes ont d’ores et déjà annoncé qu’il préféraient attendre, pour reprendre les discussions, le futur gouvernement dont la France devrait se doter à l’issue de la présidentielle puis des législatives du printemps 2022.

On n’a donc pas fini d’entendre parler de l’avenir de la Nouvelle Calédonie, cet archipel situé dans le Pacifique sud, à plus de 16 000 km de la France et un peu plus de 1 400 km des côtes australiennes ou de celles de la Nouvelle-Zélande. Ce territoire ne couvre qu’un peu plus de 18 000 km², soit environ trois fois le département du Var, mais donne accès à 14 % de l’espace maritime national et abrite la plus grande base militaire française dans le Pacifique, sans compter ses richesses en nickel qui représenteraient près du quart des ressources mondiales connues alors que ce métal est très utilisé comme alliage et pour la fabrication de batteries électriques, un marché en plein essor. La Chine s’intéresse d’ailleurs de très près à ce territoire qui pourrait aussi renfermer des ressources minérales sous-marines stratégiques sous forme d’hydrocarbures (gaz naturel et hydrate de méthane) et de nodules polymétalliques.

Exploitation de nickel en Nouvelle-Calédonie (photo © AFP / Sud Ouest)

Pour autant, les conflits interethniques rendent la situation sociale fragile sur cet archipel qui compte un peu plus de 270 000 habitants dont les deux-tiers sont concentrés dans l’agglomération urbaine de Nouméa, à l’extrémité sud de l’île principale. La population autochtone kanak est issue de vagues successives de navigateurs austronésiens provenant des Philippines, d’Indonésie et de Nouvelle-Guinée, qui auraient commencé à peupler l’archipel il y a environ 3000 ans. Les premiers européens à avoir accosté sont les Britanniques de l’expédition de James Cook, en 1774, qui donne d’ailleurs ce nom de New Caledonia à l’archipel. Les premiers comptoirs y sont installés à partir des années 1820 pour les besoins de la chasse à la baleine et aux tortues, mais c’est en 1853, sous Napoléon III, que la France s’installe pour fonder une nouvelle colonie et y ouvrir un bagne où seront déportés de nombreux communards (dont Louise Michel) mais aussi plusieurs milliers d’Algériens résistants à l’occupation française.

Volontaires kanaks s’engageant en 1941 dans le Bataillon du Pacifique (carte postale © source Ville de Nouméa)

Le statut de l’indigénat, adopté en 1887, est à l’origine de la création de véritables réserves où sont parqués les autochtones tandis que les colons européens s’emparent des meilleures terres pour y développer l’agriculture. La pression accrue de la métropole qui exige de ses colonies un effort de guerre en hommes et en ressources, déclenche en 1917 une violente révolte, sévèrement réprimée et qui préfigure les affrontements des années 1980. Une embuscade tendue par des militants caldoches aboutit en 1984 au massacre de 10 indépendantistes à Hienghène, dont 2 frères du leader du FLNKS, Jean-Marie Tjibaou. L’acquittement des assassins par un jury d’Européens provoque un sursaut de colère fin 1987, qui débouchera en avril 1988, en pleine élection présidentielle, à la prise d’otage d’Ouvéa. L’assaut, décidé par Jacques Chirac malgré les réticences du Président François Mitterrand, est mené au lance-flammes et aboutit à un véritable massacre. Michel Rocard lui-même, qui sera à l’origine des accords de Matignon signés en juin 1988, confirme que des blessés kanak ont été achevés à coups de bottes après l’assaut par des militaires français.

Funérailles des militants kanaks tués suite à l’assaut de la grotte d’Ouvéa le 5 mai 1988 (photo © Rémy Moyen / AFP / Le Figaro)

Un contexte qui explique largement les tensions manifestement toujours vives entre la communauté kanak, dont se revendiquent plus de 110 000 résidents, et les européens caldoches (descendants de colons) ou « Zoreilles » (d’origine métropolitaine) qui totalisent un peu plus de 65 000 personnes, le reste de la population étant constituée de métis mais aussi d’habitants issus de nombreux autres pays, dont Wallis et Futuna, l’Indonésie, le Vietnam, la Chine et la Polynésie notamment. Un melting pot qui est encore bien loin de former une communauté unie et apaisée…

L. V.

Présidence de l’AMF : un camouflet pour l’Elysée

23 novembre 2021

Le 103e congrès de l’Association des Maires de France (AMF) vient de se clôturer avec l’élection à sa Présidence du maire de Cannes, David Lisnard, qui remplace donc à ce poste, depuis le 17 novembre 2021, le maire de Troyes, François Baroin qui occupait ce poste depuis 7 ans, l’épidémie de Covid ayant empêché l’association de tenir en 2020 son rituel congrès annuel.

David Lisnard, nouveau président de l’Association des Maires de France, le 18 novembre 2021, à la tribune du congrès (photo © Ludovic Marin / AFP / Le Monde)

Créée en 1907 à l’initiative du maire de Nantes, l’association plus que centenaire avait fusionné en 1925 avec sa concurrente d’alors et est reconnue d’utilité publique depuis 1933. Se targuant de rassembler pas moins de 34 000 maires, même si seulement un peu plus de 11 000 d’entre eux ont participé au vote du dernier congrès, il s’agit d’un acteur incontournable du lobbying des élus locaux auprès du Parlement comme du gouvernement.

Mais, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, en 2017, le torchon brûle avec les maires de France en général, et avec le président de l’association en particulier. « Avec Emmanuel Macron, on avait trop de désaccords de fond pour que ça se passe bien sur la forme » a ainsi déclaré le maire de Troyes le 15 novembre dernier sur la chaîne Public Sénat, mettant notamment en avant leurs désaccords profonds sur la suppression de la taxe d’habitation et le contrôle des dotations de fonctionnement aux communes.

François Baroin, président sortant de l’AMF (photo © Michael Baucher / Panoramic / Bestimage / Closer)

Curieusement, on assiste, au travers de ces échanges souvent tendus entre l’exécutif et les élus locaux, à une crispation des positions non plus sur des questions liées aux idées politiques des uns et des autres mais plutôt en fonction du positionnement entre État central et pouvoirs locaux. Depuis la décentralisation, les élus locaux se sont sentis poussé des ailes et ils n’hésitent pas à tirer à boulets rouge sur le pouvoir en place, quel que soit sa couleur politique, comme s’ils étaient les seuls représentants légitimes de la population face à un État retranché dans sa tour d’ivoire, reprochant sans arrêt à ce dernier de ne pas leur donner assez de moyens pour mener leur propre politique, comme si l’argent public et les subventions allouées par le pouvoir central ne venaient pas directement de la poche de tout un chacun, via le consentement à l’impôt…

Le changement de bureau qui vient de se produire à la tête de l’AMF traduit cette crispation. François Baroin avait choisi lui-même son successeur en la personne du maire de Cannes, le LR David Lisnard, déjà vice-président de l’association et ancien collaborateur de Jacques Pélissard qui présida l’AMF jusqu’en 2014. Positionné très à droite de l’échiquier politique, au point d’avoir appelé à voter pour le candidat RN Thierry Mariani contre Renaud Muselier lors des dernières élections régionales en PACA, David Lisnard a pourtant fait campagne en tandem avec l’autre vice-président de l’AMF, le maire socialiste d’Issoudun, André Laignel, ancien ministre de Michel Rocard et de Pierre Bérégovoy et instigateur en 1986 du slogan « Au secours ! La droite revient ».

André Laignel (à gauche) aux côtés de David Lisnard, au congrès de l’AMF (photo © Ludovic Marin / AFP / France 3 Régions)

Un tel attelage paraît assez curieux vu de l’extérieur mais il traduit de fait le positionnement majoritaire au sein des maires qui visent toujours plus de décentralisation et toujours plus de pouvoir donné aux élus locaux, en lutte contre le pouvoir de l’État, des institutions et de la technocratie. Un positionnement qui a d’ailleurs fait toussé certains piliers de la gauche, dont Stéphane Le Foll ou François Rebsamen, qui s’étonnent d’un tel rapprochement d’André Laignel avec un représentant de ce qu’ils qualifient de « droite dure ».

En tout cas, la manœuvre a parfaitement fonctionné puisque le maire de Cannes a été élu à la tête de l’AMF avec plus de 62 % des suffrages exprimés, en face justement d’un autre candidat, Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et secrétaire général sortant de l’AMF, qui incarnait davantage le rapprochement avec le gouvernement actuel. Même si Philippe Laurent s’est toujours défendu de rouler pour Macron, il ne faisait aucun doute que son élection aurait permis de nouer des relations moins conflictuelles avec l’AMF où le Chef de l’État se fait régulièrement siffler lorsqu’il y prend la parole.

Les maires en guerre contre le pouvoir central : un dessin signé Keno (source © Le Télégramme)

Le message des maires est donc clair et celui de son nouveau président encore plus, qui se veut « le garant scrupuleux de l’indépendance de l’AMF », oubliant au passage que les maires n’ont pas seulement pour rôle de représenter leurs administrés mais qu’ils sont aussi, et même d’abord, les délégués de l’État dans leur commune, chargés notamment de remplir, au nom de l’État et sous l’autorité du Préfet ou du Procureur de la République, nombre de fonctions administratives et judiciaires. Un positionnement que certains élus locaux ont parfois tendance à oublier, aveuglés par leur toute puissance de barons locaux et désireux d’en découdre face à un État central qu’ils accablent de tous les maux. Qui donc a parlé de démocratie apaisée ?

L. V.

Immigration / émigration : la vérité des chiffres…

7 novembre 2021

L’immigration, c’est comme la température : il y a les chiffres et le ressenti. Le ressenti, c’est ce qui est véhiculé chaque jour par des commentateurs peu rigoureux et des responsables politiques marqués à droite et à l’extrême droite. L’immigration serait « une invasion sans précédent », « un grand remplacement » qui menacerait les fondements de la nation… Ceci n’est pas nouveau.

Les chiffres, eux, sont nombreux. Jamais les statistiques sur les étrangers ont été aussi précises. Elles montrent pourtant d’autres tendances, d’autres vérités.

Le rejet de l’Autre, une vieille et triste histoire

La Une de Détective, le 26 mai 1938, peu après la parution du décret-Loi de Daladier sur le statut des étrangers, le 2 mai 1938

Comme le montre la Une ci-dessus du magazine Détective de mars 1938, cette idéologie a accompagné la montée du fascisme et abouti, dès mai 1938 au tristement célèbre décret-loi du gouvernement Daladier sur la police des étrangers, dont l’attendu fait état « d’indésirables » et qui a ouvert la voie à l’internement abusif de centaines de milliers d’étrangers en France, bien avant la collaboration et Pétain.  

Car c’est sous la Troisième République, entre septembre 1939 et mai 1940, qu’ont été créés les camps de Rieucros, le Vernet, Gurs, les Milles, où, en dehors de toute décision de justice, ont été alors internés les étrangers réfugiés en France.

Aujourd’hui : 3,5 à 4,3 millions d’immigrés en France

Données provisoires de l’INSEE 2020 concernant l’estimation de la population d’origine étrangère en France (source © INSEE)

Mais qu’appelle-t-on « immigré » ? Une personne née à l’étranger et ne possédant pas la nationalité française ? Certainement. Mais, lorsqu’elle a été naturalisée, est-elle française ou immigrée ? Et ceux qui sont nés en France, mais de nationalité étrangère, et qui deviendront français à leur majorité, sont-ils vraiment des immigrés ? En vérité, en France, aujourd’hui, il y a :

  • 3,5 millions d’immigrés nés à l’étranger et de nationalité étrangère (qui l’on peut donc appeler « étrangers »)
  • 0,8 million d’étrangers nés en France, pour la plupart des mineurs, qui pourront obtenir automatiquement la nationalité française à leur majorité.

Les 2,5 millions de naturalisés de tous âges sont évidemment Français et non pas étrangers. Le chiffre total représentant les immigrés est donc compris entre 3,5 et 4,3 millions, selon que l’on compte ou pas les mineurs nés en France qui sont potentiellement Français.

Aujourd’hui : 3,3 à 3,5 millions d’émigrés français à l’étranger

Il est beaucoup plus difficile de compter les Français émigrés. En effet, l’inscription sur les registres consulaires français n’est pas obligatoire. En Belgique, par exemple, en 2008, seuls 78 500 des Français y étaient inscrits, alors que les statistiques belges comptabilisaient 132 421 ressortissants français. Pour la Belgique, 40 % des Français émigrés n’apparaissent donc pas dans les statistiques françaises.

L’INSEE estimait en 2015 à 3,3 à 3,5 millions le nombre d’émigrés français, alors que seuls 1,8 millions de Français étaient officiellement déclarés sur les registres consulaires et qu’au minimum 500 000 Français supplémentaires résidant à l’étranger étaient par contre signalés par les mêmes consulats.

J. Bx.

Cet article est extrait du site Carnoux citoyenne, écologiste et solidaire

Il suffit de passer le pont…

28 septembre 2021

Georges Brassens le clamait déjà, dans sa ritournelle un peu coquine : « Il suffit de passer le pont / C’est tout de suite l’aventure ! ». Sauf que parfois, oser s’engager sur le pont, c’est déjà l’aventure…

Dans le Tarn, les plus intrépides s’engageront sans hésiter sur la passerelle de Mazamet pour une belle balade au pied de la Montagne Noire qui, par une ancienne voie romaine, permet de rejoindre le village médiéval d’Hautpoul, perché sur un piton rocheux, de l’autre côté des gorges de l’Arnette. Et pour traverser ces gorges, il suffit d’emprunter cette belle passerelle toute neuve, de 140 m de long, inaugurée en 2018, qui surplombe de 70 m le lit de la rivière. Malgré son aspect aérien et quelque peu arachnéen, la structure métallique munie de garde-corps inspire confiance et la traversée ne pose pas de problème, même pour ceux qui sont sensibles au vertige.

Passerelle de Mazamet, dans le Tarn (photo © Mairie de Mazamet / Actu.fr)

Il en est d’ailleurs de même pour les deux belles passerelles himalayennes qui permettent de traverser le lac de barrage de Monteynard-Avignonet, près de Grenoble. Celle qui enjambe le Drac mesure 220 m de longueur et le dénivelé, qui varie selon la cote des eaux dans le lac, peut atteindre au maximum 85 m, de même d’ailleurs que sa jumelle qui permet de franchir l’Ebron, sur une longueur plus modeste de 180 m.

Passerelle de l’Ebron, au dessus du lac de Monteynard dans l’Isère (photo © V. Thiébault / Trièves – Vercors)

Et pour ceux qui ne voudraient pas aller aussi loin pour éprouver cette douce sensation de vertige en traversant une passerelle qui tangue légèrement sous le poids des promeneurs, tout en jetant un œil inquiet sur le vide abyssal entraperçu au travers du tablier ajouré, les gorges de la Nartuby, à Trans-en-Provence, tout près de Draguignan sont la destination idéale. Longue de 70 m seulement et surplombant de 30 m les eaux de la Nartuby en contrebas, l’ouvrage, tout récemment inauguré en avril 2021, permet du moins d’imaginer comment cette petite rivière affluent de l’Argens, a pu le 10 juin 2010, grossir brusquement au point de ravager ses berges et causer de nombreuses victimes.

Passerelle au dessus des gorges de la Nartuby à Trans-en-Provence (photo © S. F. / Var Matin)

Assurément, les plus aventuriers n’hésiteront pas à franchir les frontières pour aller chercher plus loin des sensations encore plus fortes. En Suisse par exemple, près de Zermatt, où se trouve le plus long pont suspendu piétonnier des Alpes, une passerelle étroite, où l’on ne peut se déplacer qu’à a file indienne, et qui se déploie sur une longueur de près de 500 m. L’ouvrage, inauguré en 2017 sur la commune de Randa et qui porte le nom de son sponsor principal, Charles Kuonen, un commerçant en vins du Valais, domine la vallée de 85 m à son point le plus haut et donne accès à un panorama exceptionnel.

La passerelle suspendue de Randa en Suisse, longue de 494 m (source © Zermatt)

Mais depuis avril 2021, cet ouvrage, bien qu’exceptionnel, a perdu son titre de passerelle la plus longue du monde qui revient désormais à un autre ouvrage de franchissement piétonnier, de 516 m de longueur, construit à Arouca, au Portugal, et qui surplombe le Rio Palva, à une hauteur qui atteint 175 m. Un beau pont à haubans, de 4 m de largeur, dont le tablier métallique est suspendu par des câbles en acier et dont l’accès est payant et uniquement possible après réservation sur internet.

Passerelle d’Arouca, au dessus du Rio Palva, au Portugal (photo © AFP / 24 heures)

Et pourtant, il semblerait que la passerelle la plus longue du monde ne soit pas celle-ci mais celle de Baglung Parbat, au Népal, qui franchit la rivière Kaligandaki à une hauteur maximale de 122 m et dont la portée atteint 576 m de longueur ! Un ouvrage moderne avec tablier métallique et haubans en acier également, inauguré récemment en 2020, dans un pays où les passerelles vertigineuses sont légions.

La passerelle entre Baglung et Parbat, au Népal, la plus longue du monde (source © Reddit)

Un pays où les accidents ne sont pas rares non plus, comme celui qui s’est produit le 25 décembre 2017 à Chunchu, un village de l’ouest du pays, à 500 km de Katmandou, où une passerelle pourtant récente a brusquement cédé sous le poids cumulé d’environ 500 personnes qui se rendaient simultanément au marché voisin et qui ont été brusquement précipités dans les eaux glacées de la rivière Bheri qui tourbillonnent 30 m plus bas et qui a emporté au moins une centaine de corps.

Rupture de la passerelle de Chunchu le 25 décembre 2017 au Népal (source © La Croix)

On retrouve d’ailleurs encore dans ces régions montagneuses reculées des ponts traditionnels qui sont loin de répondre aux normes de construction actuels et dont le franchissement relève donc largement de l’acte de foi ou de l’inconscience. C’est le cas par exemple du pont suspendu Husseini, qui franchit au Pakistan la rivière Hunza. Bricolé par les habitants eux-mêmes à l’aide de câbles et de planches de récupération, cet ouvrage de franchissement qui ne devait être que provisoire, est toujours en place.

Pont Husseini au Pakistan : un ouvrage manifestement hors-normes… (source © Planet.fr)

Il subsiste dans le monde nombre de ces ponts construits en cordage, comme le pont de Carrick-a-Rede, en Irlande du Nord, même si la version actuelle, qui ne date que de 2004, est nettement plus sécurisée que celle qui était en place depuis 350 ans au moins. C’est d’ailleurs le point faible de ces ouvrages de franchissement en corde tressée qui doivent faire l’objet d’un entretien très régulier. Les ponts traditionnels Incas que l’on retrouve encore au Pérou, dont celui de Q’eswachaka, qui franchit sur 28 m de longueur les gorges de la rivière Apurimac, doivent en effet être refaits chaque année pour s’assurer de leur solidité. Les communautés Quechua locales se retrouvent donc tous les ans depuis au moins 5 siècles, pour refaire entièrement le pont à l’aide de cordes tressées à partir d’une herbe qui pousse sur l’Altiplano.

Pont en corde de Q’eswachaka au Pérou (source © Fibra award)

Dans d’autres contrées, cette utilisation de matériaux locaux biosourcés, dont les architectes du monde entier se gargarisent désormais, a été poussée à l’extrême avec l’édification de ponts vivants en racines d’arbres ! Cette pratique se retrouve notamment en Indonésie et surtout au nord-est de l’Inde, sur le plateau de Shillong où les peuples Khasi et Jaintia ont mis au point une méthode de construction astucieuse qui consiste à guider au dessus d’un cours d’eau les racines du Ficus elastica, souvent en les tressant entre elles pour renforcer leur résistance. Leur croissance naturelle finit par transformer ces racines fines et flexibles en un réseau suffisamment solide pour supporter le poids des piétons. Tant que continue à se développer l’arbre dont les racines aériennes ont ainsi été détournées de leur usage premier, le pont ne fait ainsi que gagner en résistance, ce qui ne manque en effet pas d’intérêt.

Ponts en racines tressées de Ficus, à Nongriat en Inde (photo © Rex Features / Daily mail)

Quant aux techniques de construction, elles sont très variables, certains ponts de ce type étant en fait édifiés à partir d’une structure préexistante en bois ou en bambou, servant à guider les racines dont la croissance viendra peu à peu renforcer et pérenniser l’échafaudage provisoire initial au fur et à mesure que celui-ci se dégrade. Une belle illustration d’un mode de construction durable basé sur des solutions proches de la nature et qui valorisent des matériaux naturels locaux…

L. V.

Solaire flottant : une nouvelle source d’énergie renouvelable

14 septembre 2021

N’en déplaise aux détracteurs des énergies renouvelables qui ne jurent que par le nucléaire, la production d’électricité par capteurs photovoltaïques connaît un beau développement en France. Selon un rapport de l’ADEME, la puissance totale de production photovoltaïque installée en France atteignait, fin 2019, 9934 MW, pour l’essentiel raccordé au réseau, à l’exception d’environ 30 MW produit en site isolé pour les besoins locaux. Bien sûr, rapportée à l’ensemble de la capacité de production d’électricité française qui s’élevait en 2019 à 135,3 GW, cela reste faible. La part des énergies renouvelables dans cette capacité de production représente néanmoins désormais 53,6 GW, soit un peu plus de 40 % du total, ce qui commence à être très significatif, même si cette capacité de production d’électricité renouvelable provient majoritairement de l’hydraulique et de l’éolien.

Moutons pâturant au milieu de la centrale solaire de Vinon-sur-Verdon, qui s’étend sur plus de 9 ha (source © Le Moniteur)

En termes d’énergie produite, on estime ainsi qu’en 2019, on a produit en France 11,6 TWh, en augmentation de 14 % par rapport à l’année précédente, ce qui confirme le dynamisme de la filière photovoltaïque en France. Rapportée à la consommation totale d’électricité en France, qui était de 474 TWh en 2019, cela ne représente encore que moins de 2,5 % des besoins électriques du pays. Mais force est de constater que l’équipement en photovoltaïque solaire se développe rapidement en France. Vingt ans plus tôt, en 1999, la puissance photovoltaïque installée n’était ainsi que de 9 MW en France et,10 ans plus tard, elle était passée à 371,2 GW. Une capacité de production qui a donc été multipliée par 1000 en 20 ans et par près de 30 au cours des 10 dernières années !

Bien entendu, la production d’électricité solaire n’est pas près de répondre à tous nos besoins, d’autant qu’elle présente deux handicaps majeurs : le fait d’être intermittente mais aussi les superficies au sol qu’elle mobilise, même si nombre d’installations se font en toiture ou sous forme d’ombrières. Sur ce dernier point cependant, des solutions existent. Nombre d’installations photovoltaïques au sol se font désormais sur d’anciens sites industriels pollués, voire d’anciennes décharges comme c’est le cas sur celle d’Entressen par exemple, sites dont la réhabilitation pour d’autres usages coûterait très cher et qui peuvent ainsi être valorisés à moindre coût.

Centrale photovoltaïque mise en service en 2012 sur le site de l’ancienne décharge d’Entressen à Saint-Martin de Crau, sur 29 ha (photo © EDF-EN / L’Usine nouvelle)

Mais les plans d’eau peuvent aussi devenir un support pratique pour des panneaux photovoltaïques à condition d’installer ces derniers sur des flotteurs, sous forme de radeaux ancrés au fond. La technologie, développée notamment au Japon connaît depuis un grand succès mondial. En mai 2017, la Chine a ainsi mis en service une centrale solaire flottante de 40 MWc sur un lac artificiel implanté à l’emplacement d’une ancienne mine de charbon dont les eaux polluées étaient totalement impropres à tout autre usage. Depuis, de nombreuses autres fermes photovoltaïques flottantes de grande taille ont fleuri sur d’autres sites chinois, mais aussi en Inde et en Australie notamment.

Centrale photovoltaïque flottante mise en service en Chine en 2017 au droit d’une ancienne mine de charbon (photo © Anhui Energy Administration / Maison de l’énergie)

En France, c’est la PME lilloise Ciel & Terre qui a, la première, importé la technique en développant son propre dispositif breveté sous le nom d’Hydrelio, lequel a fait l’objet d’un premier test en vraie grandeur sous la forme d’une installation pilote de 15 kWc sur un ancien lac de gravière à Piolenc, dans le Vaucluse. Fruit d’un partenariat avec le producteur français d’énergie renouvelable, Akuo Energy, ce projet a abouti en 2019 à l’inauguration de la centrale photovoltaïque flottante alors la plus grande d’Europe, implantée sur cette même gravière de Piolenc : 47 000 panneaux solaires flottant déployés sur 17 ha, en attendant d’autres réalisations comparables en particulier à Raissac d’Aude, toujours à l’emplacement d’anciennes carrières en eau.

Centrale photovoltaïque flottante de Piolenc dans le Vaucluse (photo © Akuo energy / France Bleu)

Bien évidemment, la région PACA est particulièrement adaptée pour le développement de ce type d’installations. Outre le site de Piolenc, c’est celui du Vallon Dol, une réseau d’eau brute exploitée par la Société du Canal de Provence , située sur les hauteur de Marseille près de l’usine de traitement des eaux de Sainte-Marthe, qui pourrait ainsi être équipée au moyen de panneau photovoltaïques flottants. Le projet, à l’étude depuis quelques années et qui vise une puissance installée de 12 MWc pour une superficie de 10 à 12 ha de panneaux et un coût estimé à 10 M€, vient d’obtenir le feu vert de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation qui s’inquiétait des interférences éventuelles des radeaux flottants en matière plastique sur une réserve d’eau destinée à l’alimentation en eau potable.

La réserve d’eau de Vallon Dol sur les hauteurs de Marseille (photo © Camille Moirenc / SCP / GoMet)

En parallèle, un autre site au moins est en train de voir le jour, dans le sud des Hautes-Alpes cette fois, sur le lac de barrage de Lazer. C’est la société EDF renouvelables qui pilote ce projet dont la mise en service est prévue pour le printemps 2022. La puissance de cette installation sera de 20 MWc et les panneaux seront déployés sur une superficie totale de 24,5 ha, soit les deux tiers de l’étendue du lac. L’idée est séduisante puisque la part d’électricité produite par cette future centrale photovoltaïque sera sensiblement équivalente à celle issue de la centrale hydroélectrique déjà alimentée par ce lac de barrage artificiel. Sur place, les ancrages des futurs flotteurs ont déjà été posés au printemps dernier et, cet été, Enedis a enfoui une nouvelle ligne électrique sur 9 km pour raccorder la futur centrale au réseau de distribution électrique.

Mise en place des ancrages pour la future centrale flottante de Lazer (photo © Enedis Provence Alpes sud / Actu.fr)

Nul doute que cette technologie qui se développe à grands pas dans le monde entier a de beaux jours devant elle en France où les sites à équiper ainsi ne manquent pas…

L. V.

Afghanistan : la fin des illusions occidentales

24 août 2021

La prise de Kaboul par les Talibans en ce dimanche 15 août 2021, quelques jours seulement après le retrait de l’essentiel des troupes américaines, a été ressentie comme une véritable claque par la plupart des démocraties occidentales, États-Unis en tête, après autant d’efforts pour essayer d’imposer la paix et un régime démocratique durable dans ce pays. Les images de l’aéroport pris d’assaut par des Afghans paniqués, cherchant à tout prix à fuir le pays dans le sillage des occidentaux rapatriés en catastrophe par leurs chancelleries respectives, rappelaient furieusement celles de la déroute consécutive à la chute de Saïgon, en 1975, après la débâcle américaine au Vietnam.

Le tarmac de l’aéroport de Kaboul envahi dès lundi 16 août 2021 par des Afghans cherchant à fuir le pays par tous les moyens (photo © Wakil Kohsar / AFP / Libération)

Quant aux vidéos diffusées par les Talibans, nouveaux maîtres du pays rassemblés avec armes et turbans dans le bureau présidentiel de l’ancien chef de l’État, Ashraf Ghani, parti précipitamment le 18 août avec sa famille chercher refuge aux Émirats arabes unis, elles ont fait le tour du monde et confirment, s’il en était besoin, la fierté du nouveau pouvoir à avoir ainsi repris les rênes du pays, 20 ans après en avoir été chassé par une coalition occidentale rassemblée sous l’égide des USA.

Combattants Talibans prenant la pose dans le palais présidentiel à Kaboul le 15 août 2021 (photo © Zabi Karimi / AP Photo / Euronews)

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, rares étaient en effet les voix qui s’opposaient à la guerre contre le terrorisme enclenchée par l’administration de Georges Bush pour aller traquer dans leur fief les combattants islamistes d’Al-Qaïda et leur chef charismatique Oussama ben Laden, qui avaient installé en Afghanistan de nombreuses bases d’entraînement avec la bénédiction des Talibans alors au pouvoir à Kaboul depuis 1996, à la tête de l’Émirat islamique d’Afghanistan.

Enfants afghans montrant un paquet de chewing-gum à l’effigie de ben Laden à Kandahar le 14 décembre 2001, au début de l’intervention américaines (photo © John Macdougall / AFP photo / NouvelObs)

Sous commandement militaire de l’OTAN, la coalition qui débarque alors en Afghanistan sous le nom de Force internationale d’assistance à la sécurité, dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, quelques mois seulement après le déclenchement de l’opération militaire américaine, comprend de fait des ressortissant de plus de 40 pays dont certains ne faisant même pas partie de l’Organisation atlantique. Jusqu’à 150 000 hommes ont ainsi été mobilisés au plus fort des opérations, en juin 2011, avec jusqu’en 2006, un commandement confié à des généraux de nationalité britannique, française, allemande, italienne, canadienne ou même turque.

Soldat de la coalition internationale en opération sur le sol afghan (photo © DR / Midi Libre)

La quasi totalité des pays européens ont participé à ces opérations militaires. La France y a mobilisé jusqu’à 4 000 hommes en 2011 et 89 d’entre eux y ont perdu la vie. La Grande-Bretagne en a engagé plus du double mais l’Italie a également mobilisé plus de 3 500 soldats en 2011 et l’Allemagne près de 3 000. Australiens, Canadiens, Néo-Zélandais, Finlandais, Belges, Hollandais, Polonais, Albanais, Danois, Norvégiens, mais aussi Géorgiens, Ukrainiens, et même des Suisses ont ainsi participé à cette force armée internationale. Des ressortissants d’Azerbaïdjan, de Corée du Sud, de Singapour, des Émirats arabes unis ou encore de Mongolie ont également contribué à la coalition. Celle-ci a même reçu le soutien du Pakistan, pourtant engagé dans un jeu très ambigu, fournissant des armes aux Talibans avant de se retourner contre eux à partir de 2007 et payant un lourd tribut avec plus de 3 000 soldats tués.

Cérémonie aux Invalides le 21 août 2008 en hommage à 10 soldats français tués dans une embuscade en Afghanistan trois jours plus tôt (photo © Michel Euler / AFP com / l’Express)

Il paraît donc bien délicat, 20 ans plus tard, d’affirmer que cette intervention qui se termine en fiasco, reflète uniquement l’aveuglement de la toute puissance américaine, persuadée de son rôle messianique d’aller remettre de l’ordre dans le chaos afghan et de conduire ce pays aux mœurs tribales vers les lumières d’une démocratie moderne à l’occidentale. D’autant plus que l’URSS s’y était déjà essayé, certes dans un contexte et selon un corpus idéologique différent, et s’y était également cassé les dents après 10 ans d’occupation militaires qui n’avaient fait que forger, contre l’envahisseur étranger, des alliances militaires entre chefs de guerre et tribus traditionnellement rivales. Force est aussi de reconnaître que c’est durant cette période que les occidentaux ont joué la carte du fondamentalisme islamique en n’hésitant pas à soutenir les mouvements traditionalistes contre les velléités laïques de Moscou. Même les ONG françaises, très présentes dans les années 1980, aux côtés des chefs de guerre afghans en lutte contre l’armée rouge, se sont retrouvées à encourager cet islamiste conservateur qui formait alors le ciment de la rébellion contre les Russes.

Intervention de Médecins sans frontières en Afghanistan en 1989 (photo © Kees Schaap / MSF)

Avec du recul, il apparaît que cette nouvelle prise du pouvoir par les Talibans est bel et bien un échec cuisant pour tous les démocrates occidentaux qui ont cru pouvoir faire évoluer ce pays vers plus de démocratie, de rationalité et de modernité. Les élites intellectuelles sur lesquelles les occidentaux se sont appuyés pour mettre en œuvre ce projet se retrouvent désormais en situation de grand danger, accusés par les nouveaux maîtres de Kaboul d’avoir trahi les valeurs fondamentales de leur pays, et plus ou moins abandonnés à leur triste sort par des démocraties occidentales peu désireuses de leur offrir l’asile politique.

Des démocraties qui sont d’ailleurs surtout préoccupées de mettre à l’abri leurs propres ressortissants et qui donnent le spectacle d’une vaste débandade peu glorieuse. La quasi totalité des pays européens a décidé illico de fermer sa représentation diplomatique à Kaboul et s’occupe avant tout de rapatrier son personnel. Par comparaison, la calme détermination affichée par la Russie comme la Chine, le Pakistan ou encore l’Iran de maintenir ouvertes leurs représentations diplomatiques, ne fait que renforcer ce sentiment que c’est bien l’Occident qui sort affaibli et discrédité par ce fiasco retentissant. Russes comme Chinois visent avant tout à nouer de bonnes relations avec le nouveau régime en place à Kaboul afin d’éviter l’effondrement du pays, de préserver leurs intérêts économiques dans la région, de limiter l’afflux de migrants sur leur sol ou celui de leurs satellites proches tels que l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, et surtout d’éviter que le nouveau régime ne s’avise d’encourager les mouvements de rébellion islamiques sur leur propre territoire.

Une position très pragmatique dont l’Occident semble avoir un peu de mal à s’inspirer : faire le deuil de ses illusions perdues, surtout lorsqu’elles touchent à des valeurs aussi profondément ancrées, n’est jamais chose aisée…

L. V.

Trappes : chausse-trappe de la laïcité ?

15 février 2021

Il suffit parfois de peu de choses pour faire naître dans notre pays une belle et forte polémique qui enflamme tous les esprits, met le feu aux plateaux-télé, noircit les pages de nos quotidiens et vient semer la pagaille en dressant les uns contre les autres, au sein des foyers comme entre collègues de travail, chacun s’invectivant à qui mieux mieux, comme si sa vie en dépendait. La dernière en date porte sur des sujets liés à la place de la laïcité dans l’éducation nationale, un point particulièrement sensible qui ne peut manquer de susciter polémiques et invectives.

En l’occurrence, tout est parti d’une lettre ouverte aux enseignants, publiée le 1er novembre 2020 dans le Nouvel Obs par Didier Lemaire, professeur de philosophie depuis 20 ans au lycée de La Plaine de Neauphle à Trappes dans les Yvelines. Au lendemain de l’assassinat de Samuel Patty, cet enseignant décapité par un jeune islamiste tchétchène pour avoir parlé à ses élèves de la liberté d’expression en évoquant les caricatures de Mahomet, Didier Lemaire fait part de ses difficultés croissantes face à « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte sur les consciences et sur les corps ».

Le professeur de philosophie Didier Lemaire sur le plateau de Cnews (source © Le JDD)

Le professeur, que certains décrivent comme obsédé par l’influence croissante de l’islamisme radical, s’est pourtant fortement investi après les attentats de 2015, pour développer des actions de prévention auprès de ses élèves, comme en témoigne notamment le politologue Rachid Benzine, enfant de Trappes lui-même et auteur d’une pièce de théâtre intitulée « Lettres à Nour », que l’enseignant a réussi à faire jouer au lycée. En 2018, Didier Lemaire avait cosigné une lettre au Président de la République pour défendre la laïcité à l’école, avec Jean-Pierre Obin, auteur en 2004 du fameux rapport sur « les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ».

Et voilà que le 6 février 2021, un article du Point se fait l’écho des inquiétudes persistantes de ce professeur de philo chevronné qui affirme désormais s’inquiéter pour sa propre vie du fait de l’ambiance délétère dans laquelle il exerce son métier, sous une protection assez lâche de la police, et qui dénonce une sorte de laisser-faire généralisé dont profiteraient les milieux islamistes. Un emballement médiatique généralisé s’ensuit qui conduit le professeur à exprimer ses craintes sur nombre de plateaux télé où il explique que la ville de Trappes est gangrénée par une expansion incontrôlée du salafisme.

Une situation que d’autres avant lui ont déjà dénoncé, en particulier les journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, auteurs en 2018 du livre « La Communauté », une enquête particulièrement fouillée qui dénonce de fait l’emprise islamiste sur cette petite cité de 32 000 habitants qui a connu un essor démographique très rapide à partir des années 1970, du fait de sa localisation dans l’emprise de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Tenue par le PCF jusqu’en 2001, la ville a vu s’ériger de nombreuses barres HLM dans lesquelles sont venues s’entasser de nombreuses familles issues de l’émigration maghrébine. La plupart des familles d’origine française, italienne ou portugaise ont quitté la ville à partir des années 1980 tandis que s’installait une délinquance endémique alimentée par le trafic de drogue. Dès 1989, la ville fait partie de ces laboratoires où se développent les projets de rénovation urbaine : plus de 350 millions d’euros y ont été investis dans le cadre de la politique de la ville. L’incendie (probablement d’origine accidentelle même si cette thèse reste controversée) de la synagogue en 2000 se traduit par un départ massif de la communauté juive, jusque-là très présente.

Prière à la mosquée de Trappes (source © Trouve ta mosquée)

En 2001, la ville bascule aux mains du socialiste Guy Malandain qui promet la construction d’une mosquée. La ville compte désormais 15 mosquées et 6 salles de prières. La cellule islamiste locale Ansar-el-Fath, dont le chef avait recruté Khaled Kelkal, un des auteurs de l’attentat contre le RER B à Saint-Michel en 1995, enrôle des combattants pour l’Irak avant d’être démantelée en 2005. D’autres prennent le relai et, entre 2014 et 2016, ce sont pas moins de 77 jeunes de la ville qui partent faire le Jihad en Syrie. De fait, il est bien difficile de nier l’emprise qu’a réussi à imposer au fil du temps la mouvance salafiste dans une ville où la plupart des femmes ne sortent que voilées et où, en juillet 2013, l’arrestation d’une femme en burqa avait provoqué de violentes émeutes qui ont embrasé certains quartiers pendant 3 jours consécutifs.

Un dessin signé Plantu, paru dans Le Monde

Si le discours de cet enseignant de Trappes a suscité une telle polémique, c’est en partie parce qu’il a été plus que mollement soutenu par le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, lequel a tenu à préciser que le prof de philo n’avait à sa connaissance jamais reçu de menace de mort directe. Bref un mythomane, à qui Gérald Darmanin a quand même fini par proposer, le 11 février, de bénéficier d’une protection rapprochée. Mais si l’affaire s’est ainsi emballée, c’est surtout parce que tout ceci a coïncidé avec le vote de la loi sur les valeurs de la République et surtout avec l’annulation de l’élection municipale de Trappes qui a été décidée le 2 février 2021 par le tribunal administratif de Versailles.

En mars 2020, le premier tour de cette élection avait vu s’opposer le maire sortant socialiste, Guy Malandain qui, à 82 ans briguait un quatrième mandat, et son ancien adjoint à la jeunesse et aux sports, un certain Ali Rabeh. Ce dernier, membre de Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon, reprochait à son mentor de se rapprocher de LREM mais surtout de ne pas lui laisser la place tant attendue. De fait, les électeurs avaient largement tranché en faveur d’Ali Rabeh qui avait donc remporté ces élections avec 40,4 % des suffrages devant son challenger de droite, Othman Nasrou qui recueillait 37,2 % des suffrages tandis que Guy Malandain arrivait en troisième position. Or le futur maire n’a pas hésité à utiliser sa propre association « Cœurs de Trappes » à « des fins de propagande et de promotion personnelle » en procédant, entre les deux tours des élections, à une distribution massive de masques anti-Covid accompagnés d’une « notice d’utilisation où figurait une photo d’Ali Rabeh identique à celle utilisée pour ses documents et affiches de campagne ». La ficelle était en effet un peu grosse, d’autant que le nouvel élu a aussi été épinglé en décembre 2020 par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Ali Rabeh, élu maire de Trappes le 3 juillet 2020 (source © La Gazette de Saint-Quentin-en-Yvelines)

Bien que condamné à un an d’inéligibilité, Ali Rabeh a immédiatement fait appel en Conseil d’État afin de pouvoir conserver son siège et se représenter en attendant. Et voilà que le jeudi 11 février, le maire entouré de plusieurs de ses adjoints s’est rendu en personne à 8 h du matin devant le lycée où enseigne Didier Lemaire, pour distribuer aux élèves des tracts les assurant de son soutien indéfectible contre les propos de leur professeur, qu’il juge infamant à leur égard. Le maire n’a ainsi pas hésité à pénétrer à l’intérieur de l‘établissement pour discuter directement avec les élèves devant les autres enseignants ébahis.

Une intrusion jugée totalement démagogique et parfaitement inadaptée par l’ensemble des professeurs de l’établissement, d’autant que le proviseur du lycée avait pris la peine la veille, de préciser aux élus qu’aucun tract ne devait être distribué dans son enceinte. Les enseignants, choqués par une telle récupération politique, se sont immédiatement fendus d’un communiqué exprimant leur solidarité avec leur collègue mis en cause dont « la sincérité de son engagement ne fait aucun doute » et rappelant que « la récupération politique actuelle dont notre lycée fait l’objet est proprement insupportable et doit immédiatement cesser ».

Du coup, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a diffusé à son tour un communiqué réprouvant fermement cette intrusion politique au sein d’un établissement, tandis que toute la droite montait au créneau, Valérie Pécresse et Renaud Muselier en tête, pour dénoncer cette manœuvre visant à « attaquer un peu plus encore un professeur déjà pris pour cible et sous protection policière ».

On assiste ainsi, à travers cette nouvelle polémique qui, malheureusement vient s’ajouter à de multiples autres, à la confirmation que nos responsables politiques ne savent plus très bien où ils habitent… Pendant des décennies, la gauche a défendu bec et ongles la notion de laïcité face aux résistances du clergé catholique unanimement soutenu par la droite. Et voilà que désormais, une frange importante de cette même gauche, sous couvert de solidarité avec les minorités, quand ce n’est pas par simple calcul électoral, fait preuve d’un aveuglement coupable face à la menace islamiste tandis que la droite, et maintenant l’extrême-droite, se retrouve à défendre la notion de laïcité…

Un dessin signé Cambon, repris dans urtikan.net

Un tel aveuglement idéologique de la gauche la pousse, sans qu’elle ne s’en aperçoive, à adopter un positionnement qui va à l’encontre même de sa nature profonde et des principes de fraternité et de justice républicaine qu’elle a toujours défendue. Un piège politique majeur dans laquelle elle est en train de sauter à pieds joints et dont l’affaire de Trappes est un bon exemple. Les passionnés de toponymie ne manqueront d’ailleurs pas d’observer que le nom même de la ville est issu de l’ancien français qui désigne justement un piège en forme de fosse recouverte de branchages qui servait à attraper les jeunes loups aux dents longues : un mécanisme vieux comme le monde mais qui semble toujours fonctionner…

L. V.

Mais où est passé le vaccin français ?

18 janvier 2021

« Pourquoi la France, le pays de Pasteur, n’a pas son vaccin ? », telle est la question posée par le député François Ruffin sur son blog. D’autant plus que nous hébergeons un géant du domaine, SANOFI. Cette société française, occupe le troisième rang mondial dans le secteur de la santé. C’est un poids lourd dont le chiffre d’affaire était de 34 milliards d’euros en 2018. Troisième capitalisation boursière de la Bourse de Paris, elle emploie 100 000 personnes et a distribué près de 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2018.

François Ruffin devant le site industriel de Sanofi à Mourenx en octobre 2018 pour protester contre l’affaire de la Depakine (photo © Jean-Philippe Gionnet / La République des Pyrénées)

Alors pourquoi, après une subvention de 200 millions d’euros annoncée par Emmanuel Macron à l’été de 2020, le vaccin Sanofi-GSK ne sera-t-il donc pas disponible avant… fin 2021 ? En attendant, Sanofi est incitée par le gouvernement à mettre son outil industriel à disposition des laboratoires concurrents pour accélérer la production des vaccins qui fonctionnent. Comment en est-on arrivé là ? Pays de Pasteur, la France se voit condamnée à vacciner sa propre population avec des vaccins étrangers…

Le centre de recherche et de production de l’entreprise Sanofi à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne (photo © Charles Platiau / Reuters / France 24)

Sanofi invoque des erreurs techniques, des déconvenues de réactifs, des lourdeurs imprévisibles. Mais la raison, souligne François Ruffin, n’est pas à rechercher de ce côté-là. En fait, « en dix ans, Sanofi a licencié près de la moitié de ses chercheurs, quatre mille dans le monde, deux mille en France : les effectifs de la « Recherche et développement » sont passés de 6350 à 3500. Le groupe s’est désengagé d’un tas de domaines, les antibiotiques, la cardio, la neurologie, la maladie d’Alzheimer, le diabète. Dès cette année, avec les fermetures annoncées de Strasbourg et d’Alfortville, il restera que trois labos de recherche en France, contre onze il y a dix ans ». En parallèle, Sanofi perçoit, de la part de L’État, le Crédit Impôt Recherche, entre 100 et 200 millions d’euros par an, et, comme le 16 juin dernier, est félicitée par Emmanuel Macron… Des subventions destinées à la recherche pour supprimer des emplois de chercheurs. Bravo, quand-même !

Emmanuel Macron en visite à l’usine de production de vaccins de Sanofi Pasteur à Marcy-L’Étoile près de Lyon en juin 2020 (photo © Gonzalo Fuentes / Le Progrès)

Et si la France montre son impuissance dans la course au vaccin, si Sanofi continue, avec l’aide de l’État, à diminuer son effort de recherche, si le pays est devenu totalement dépendant en matière de santé, est-ce vraiment l’essentiel ? « En pleine crise du Covid, en avril 2020, les dividendes de Sanofi étaient [encore] en hausse, comme toujours depuis 26 ans, à 4 milliards d’euros. Et même temps, en pleine pandémie, les dirigeants annonçaient à nouveau 1700 suppressions de postes, dont 1000 en France ».

JBx

Covid-19 : Mauricette s’est fait vacciner…

28 décembre 2020

On attendait la nouvelle avec impatience depuis le début de cette pandémie virale : quand allait-on enfin disposer d’une solution vaccinale pour éviter le confinement généralisé qui paralyse la moitié de la planète et ravage l’activité mondiale depuis bientôt un an ? Rarement pourtant les équipes de recherche médicale ont œuvré avec autant de rapidité et d’efficacité pour arriver à mettre au point un vaccin contre ce fameux coronavirus SARS-CoV-2 dont on ignorait tout l’an dernier à la même période et pour lequel tous les spécialistes s’accordaient à dire que la recherche d’un vaccin serait particulièrement ardue.

Modélisation du coronavirus SARS-CoV-2 avec ses protéines proéminentes (source © Science et Vie)

Et pourtant, force est de constater que la mise au point de vaccins contre ce virus mondialisé s’est faite au pas de charge. Dès le 17 mars 2020, la société pharmaceutique américaine Pfizer annonçait un partenariat avec la firme allemande BioNTech pour développer un vaccin révolutionnaire à base d’ARN messager. Les tests de phase III, initiés en avril 2020 sur un échantillon de 44 000 personnes font l’objet de publications dès le mois de juillet et le vaccin est autorisé le 2 décembre 2020 au Royaume-Uni, le 11 aux États-Unis et le 21 décembre en Europe qui avait déjà précommandé des millions de doses, sans compter les nombreux autres vaccins en phase de test ou déjà autorisés pour certains d’entre eux.

C’est dimanche 27 décembre donc que les premiers Français ont commencé à être vaccinés selon un protocole établi à l’avance et qui cible en priorité et en toute logique les personnes âgées vivant en EHPAD ainsi que le personnel soignant qui y travaille. Les deux premiers établissements retenus sont l’unité de soins de longue durée de l’hôpital René Muret à Sevran en Seine-Saint-Denis et l’EHPAD de Champmaillot à Dijon. Dans les deux cas, les médias étaient présents pour donner un retentissement maximum à ces premières vaccinations.

C’est donc une dame de 78 ans, prénommée Mauricette, ancienne aide ménagère de son état, qui a ainsi reçu la première dose de vaccin délivrée sur le territoire national, dans l’établissement de Sevran où elle réside, devant les caméras et en présence du patron de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, l’ancien ministre Martin Hirsch, qui n’a pas pu s’empêcher de commenter l’évènement en lâchant sur Twitter : «  Une petite piqûre pour l’infirmière, un grand pas pour l’immunité, nous espérons ». Une déclaration historique à la hauteur de l’évènement, suivi, juste après, par la vaccination d’un cardiologue de Sevran, âgé de 65 ans qui, au moment de recevoir l’injection salvatrice a déclaré avoir « une pensée pour tous ceux qui ont laissé leur peau dans ce truc-là ».

Mauricette vaccinée contre le Covid-19 devant les caméras le 21 décembre 2020 (photo © Thomas Samson / AFP / Le Parisien)

Trente minutes après la première vaccination, et alors que la campagne se poursuivait pour une vingtaine de résidents et soignants de l’hôpital de Sevran, le chef du service de gériatrie de l’établissement faisait savoir urbi et orbi, que Mauricette se portait comme un charme. De quoi peut-être rassurer les innombrables complotistes et sceptiques, persuadés que le vaccin injecté n’est que du liquide physiologique vendu à prix d’or par des laboratoires pharmaceutiques assoiffés de bénéfices pour leurs actionnaires, avec la complicité active des responsables politiques.

Au point que le Chef de l’État français, Emmanuel Macron s’est cru obligé de le marteler : « Je l’ai dit, je le répète : le vaccin ne sera pas obligatoire. Ayons confiance en nos chercheurs et médecins. Nous sommes le pays des Lumières et de Pasteur, la raison et la science doivent nous guider ». Un message qui n’est sans doute pas inutile en effet tant est forte la défiance des Français envers leurs élites, qu’elles soient scientifiques ou encore plus politiques. Un sondage réalisé par Ipsos en octobre 2020 indiquait que seuls 54 % d’entre eux se disaient prêts à se faire vacciner contre le SARS-CoV-2, alors que cette proportion s’élevait à 73 % dans l’ensemble du panel testé, issu de 15 pays différents et dépassait largement les 80 % dans des pays aussi différents que le Royaume-Uni, l’Australie, le Brésil ou la Chine !

Le vaccin sans danger, en principe… Dessin d’actualité de Karim (source © Blagues et dessins)

Chacun a encore en mémoire le fiasco de la vaccination contre la grippe A (H1N1). Comme pour le Covid-19, la coopération internationale avait permis de mettre très rapidement au point plusieurs vaccins, une bonne douzaine au total. Trois d’entre eux, produits respectivement par Sanofi-Pasteur, GlaxoSmithKline et Novartis, ont reçu une autorisation de mise en vente par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.

La ministre de la santé de l’époque, une certaine Roselyne Bachelot, se démène alors pour faire savoir que la France a commandé pas moins de 94 millions de doses, pour un montant colossal de 712 millions d’euros, avec une commande optionnelle de 34 millions de doses supplémentaires pour 2010. Les centres de vaccination sont ouverts à compter du 12 novembre 2009 un peu partout, accessibles à tous mais avec une priorité pour les professionnels de la santé, des secours et de la sécurité. Un dispositif dimensionné pour permettre de vacciner 6 millions de personnes par mois !

Roselyne Bachelot vaccinée contre la grippe A devant les caméras en 2009 (photo © SIPA / Challenges)

Sauf que la campagne de vaccination de 2009 a été un flop total. A peine plus de 5 millions de Français se sont fait vacciner jusqu’en juin 2010, date à laquelle les centres de vaccination totalement désertés ont fini par fermer leurs portes. En janvier 2010, Roselyne Bachelot confirme d’ailleurs qu’elle est obligée de renoncer à se faire livrer 50 millions de doses commandées mais pas encore fournies tandis qu’il en reste encore autour de 40 millions en stock dont on ne sait pas que faire… Quelques uns seront revendues au Qatar et en Égypte, mais globalement l’affaire se solde par un fiasco financier retentissant. Un rapport d’enquête du Sénat fustige d’ailleurs le rôle des lobbies et les relations déséquilibrées qui ont conduit les responsables politiques à accepter de la part des laboratoires pharmaceutiques des contrats commerciaux trop contraignants.

Que faire des vaccins inutilisés ? Un dessin de Chaunu dans Ouest-France

Une chose est sûre : même si Roselyne Bachelot a réussi à rebondir après cet échec cuisant, l’affaire a laissé des traces et on sent que les autorités sanitaires marchent sur des œufs pour tenter d’aborder cette nouvelle campagne vaccinale dans un climat plus favorable. Pas question donc de rendre cette vaccination obligatoire pour ne pas exacerber les méfiances. Transparence absolue sur les conditions commerciales négociées à l’échelle européenne. Et un rôle majeur accordé aux médecins généralistes qui en 2009 avaient mené la charge contre la campagne de vaccination dont ils s’étaient sentis exclus. Cette fois, ils sont mis en avant pour essayer de convaincre leurs patients que le vaccin n’est pas seulement une pompe à fric pour les lobbies pharmaceutiques ou, pire, une arme d’infection massive comme en sont persuadés de nombreux complotistes : bon courage quand même…

L. V.

Le français une langue animale…

4 décembre 2020

Jean d’Ormesson, qui nous a quitté en 2017 à l’âge de 92 ans, quelques heures avant une autre icône de la culture populaire, Johnny Halliday, restera dans les mémoires comme un virtuose de la langue française et de l’art de la conversation. Élu à l’Académie française en 1973, il y siégera pendant plus de 40 ans et s’en fera l’un des porte-paroles les plus appréciés du grand public pour son aisance à s’exprimer dans les médias. Homme de droite et conservateur par nature, se définissant lui-même comme gaulliste, lui qui dirigea pendant quelques années le journal Le Figaro se voyait néanmoins comme un homme de progrès et d’ouverture.

Jean d’Ormesson en 2014 dans le jardin de son hôtel particulier, à Neuilly-sur-Seine (photo © Patrick Lafrate / Valeurs actuelles)

Auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages, des grandes fresques historiques comme des essais philosophiques, il serait aussi à l’origine, dit-on, de ce petit billet d’humour qui resurgit régulièrement, repris un peu partout mais que l’on ne se lasse pas de relire, pour le plaisir des mots…

« Myope comme une taupe », « rusé comme un renard », « serrés comme des sardines » … les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les fables de La Fontaine, ils sont partout.

La preuve : que vous soyez fier comme un coq, fort comme un bœuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un chaud lapin, vous êtes tous, un jour ou l’autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.

Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là, … pas un chat ! Vous faites le pied de grue, vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin.

Il y a anguille sous roche et pourtant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon, vous l’a certifié : cette poule a du chien, une vraie panthère ! C’est sûr, vous serez un crapaud mort d’amour.

Mais tout de même, elle vous traite comme un chien.

Vous êtes prêt à gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive. Bon, vous vous dites que dix minutes de retard, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu’une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine.

Une vraie peau de vache, quoi !

Et vous, vous êtes fait comme un rat.

Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe.

Elle essaie bien de vous tirer les vers du nez, mais vous sautez du coq à l’âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l’envie vous prend de pleurer comme un veau (ou de verser des larmes de crocodile, c’est selon). Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventer une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre.

C’est pas que vous êtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce.

Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d’ours mal léché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup dans la bergerie.

Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence.

Après tout, revenons à nos moutons : vous avez maintenant une faim de loup, l’envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d’autres chats à fouetter.

Jean d’Ormesson