Posts Tagged ‘Architecture’

Croisière autour du monde : 23ème escale

27 mars 2017

En croisière à bord du Queen Elisabeth, nos deux globe-trotters sont en Chine où ils ont fait une première escale à Shangaï, avant de débarquer à Hong Kong.

Le skyline ultra moderne

Dimanche 26 mars :

C’est avec, une fois de plus, un ciel gris que nous avons visité Hong Kong. Décidément, dans cette partie du monde, le printemps a bien du mal à s’installer…

Cette ville, très cosmopolite et depuis longtemps, a été rendue à la Chine par la Grande Bretagne en 1997. Elle jouit toujours d’un statut particulier, une sorte de semi indépendance : monnaie différente (le dollar de Hong Kong), conduite à gauche (comme du temps des Anglais), et démographie débridée (par opposition à la politique de l’enfant unique en vigueur en Chine)…

La ville est juchée sur un territoire minuscule et pentu. Les gratte-ciel se serrent les uns contre les autres, les rues sont étroites et tortueuses, la circulation y est difficile et les ralentissements nombreux.

Vue du sommet de Victoria Peak le QE 2 est en plein centre à droite de la tour en forme de doigt

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Centre commercial

J’ai pour ma part éprouvé une impression d’étouffement, avec partout des grappes de gens agglutinés, des files d attente pour commander un café… Il est vrai que la densité de la population est supérieure à celle de Monaco !

Hong Kong Park et sa végétation luxuriante

Nous avons repris notre technique d’excursion semi-guidée. Nous avons ainsi vu successivement le parc avec sa végétation tropicale superbe, le point culminant, Victoria Peak, et la vue admirable sur la baie (ça aurait été encore plus beau avec un ciel bleu, mais bon….), la plage de Repulse Bay, plage artificielle dont le sable a été importe à grands frais de Chine et qui est protégée par un filet anti requin et, enfin, un marché dans un lacis de petites rues pittoresques où on trouve de tout : fruits, fleurs, objets artisanaux, soies, vêtements, copies de tableaux plus ou moins réussies …

Sur la plage de Repulse Bay

De retour au bateau, nous avons pris le thé dans la grande tradition : sandwiches de pain de mie, scones avec confiture de fraise et crème et serveurs en gants blancs !

Le spectacle du soir nous a permis d’entendre un Chinois, natif de Mongolie, qui joue d’un instrument admirable mais très peu connu en Occident, le dulcimer qu’on appelle aussi cymbalum en Europe de l’Est. Il a interprété beaucoup de classique mais aussi du rag time et des airs orientaux, une très belle soirée !

Hong Kong by night

Voilà, il n’est pas loin de minuit et je vais devoir vous dire à tous !

Annie

Croisière autour du monde : 22ème escale

25 mars 2017

Nos deux reporters en croisière à bord du Queen Elisabeth poursuivent leur périple autour du Monde. Après une dernière escale au Japon, les voici désormais en Chine.

Jeudi 23 mars :

En Chine nous allons avoir deux arrêts : Shanghaï et Hong Kong. Nous voici aujourd’hui à Shanghaï.

Nous avons décidé de ne pas acheter de visa (qui coûte plus de 100 euros par personne) et de sortir en profitant des excursions organisées par le bateau, ce qui est légal. Nous avons donc rejoint un groupe d’une trentaine de personnes pour « three sites, three stops » qui est une nouvelle forme d’excursion semi-guidée peut-on dire.

David, notre guide, nous donne rendez-vous devant le Starbucks

Le bus nous dépose successivement à 3 endroits, nous y laisse entre 45 minutes et deux heures puis vient nous rechercher et nous ramène au bateau. Lors de notre temps libre nous faisons ce que nous voulons mais David, notre guide, peut nous suggérer quelque chose si nous le lui demandons.

Nous avons donc quitté le bateau vers 9 heures sous un ciel désespérément gris avec un petit vent aigrelet. Heureusement ça s’est arrangé un peu plus tard et la journée n’a pas été si mal finalement.

Le Bund (bord de rivière) sur le Huangpu et la tour Oriental Pearl Tower

Le premier arrêt nous a menés au Bund, le bord de rivière en Chinois. C’est une promenade le long de la rivière Huangpu, bordée de beaux bâtiments datant du 19e siècle, construits par les Européens lorsque, suite aux deux guerres de l’opium, ils se sont implantés pour commercer dans ce qu’on a appelé les « concessions ». Une installation qui a perduré de 1842 à 1949. Les puissances concernées étaient l’Angleterre, la France, mais aussi le Japon. D’ordinaire ce Bund est très animé, mais ce matin, avec le froid et le brouillard, ce fut un peu décevant…

Les berges de la rivière Huangpu

Admirable architecture !

Nous voilà donc repartis pour le vieux quartier chinois et le marché. Là nous avons pu admirer une architecture très ouvragée avec des toits superposés aux bords relevés comme le bord d’un chapeau, murs foncés, lanternes de papier rouge, et marchands de toute sorte : soies, calligraphie, vêtements, chaussures…

Vélos à l’entrée du vieux quartier chinois

Repas dans un petit restaurant du quartier

Une halte dans une échoppe de cuisine à la vapeur, nous a permis de nous restaurer et de goûter l’atmosphère très chinoise de l’endroit. Je me rappellerai longtemps l’employée qui, avec une sorte de mépris, m’a répondu « no english » quand j’ai demandé si quelqu’un parlait la langue de Shakespeare ! On s’est donc débrouillés avec les mains… et ça a marché !

Un magasin de soieries

Le nouveau quartier de Pudong

Notre troisième et dernier arrêt nous a menés dans le tout nouveau quartier de Pudong de l’autre côté de la rivière. Une sorte de Manhattan de l’Asie où les gratte-ciel rivalisent de hauteur mais aussi de beauté et d’audace architecturale.

Un entrelacs de routes modernes

Nous sommes revenus au bateau à plus de 4 heures et une petite heure de sieste nous a remis sur pieds pour le dîner et la soirée.

Nous avons à présent 2 jours de mer devant nous pour nous reposer un peu de toutes ces fatigues !

Annie

Chinoiseries en verre et contre tous

1 octobre 2016

En Chine, on n’a pas l’habitude de faire les choses à moitié. Quand il a fallu préparer les Jeux olympiques de Pékin, plus de 6 000 familles ont été délogées entre 2002 et 2007, selon les chiffres officiels, pour faire place nette aux nouvelles infrastructures à construire. Et gare aux récalcitrants : une avocate de 47 ans, Ni Yulan, avait ainsi écopé de 2 ans de prison en 2008 pour « obstruction à l’ordre publique » après qu’elle ait tenté de s’opposer à la destruction de sa maison par un promoteur immobilier. Lors de son interpellation, elle avait été frappée à la tête par un ouvrier qui lui avait asséné un violent coup de brique mais les autorités l’avaient accusée d’avoir elle-même agressé l’équipe chargée de la démolition de son logement.

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

Maison traditionnelle à Pékin destinée à être démolie (http://chine.blog.lemonde.fr/2006/12/04/le-nouveau-vieux-pekin/)

A Pékin, l’extension progressive de la ville s’est d’abord traduite par l’expulsion de près d’un million de paysans installés en proche périphérie, mais désormais ce sont les quartiers historiques du centre ville qui sont rasés les uns après les autres pour céder la place aux tours de bureaux, hôtels de luxe et immeubles de standing, et tant pis pour ceux qui y logent.

Lorsqu’il s’agit de détourner ou de barrer le lit des fleuves, les Chinois n’y vont pas non plus avec le dos de la cuillère. Ainsi, pour la construction du gigantesque barrage des Trois-Gorges sur le Yangsi Jiang, ce sont pas moins de 1,4 millions d’habitants qui ont été déplacés et environ mille villes et villages qui ont été rayés de la carte pour laisser la place à cet ouvrage titanesque dont la capacité de stockage est évaluée à 39 milliards de m³, soit près de 3000 fois celle du barrage de Serre-Ponçon !

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT  GETTY OUT / AFP)

Le barrage des Trois-Gorges en Chine (CHINA OUT GETTY OUT / AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

Tronçon de la Grande Muraille bétonné (photo ATR/AFP)

En Chine désormais, on ne recule devant rien. On a ainsi appris récemment qu’un tronçon de la Grande Muraille de Chine, un des plus beaux datés du XIVème siècle et classé au Patrimoine mondial de l’humanité, avait été purement et simplement recouvert de béton sur 8 km en 2014 ! Le bureau des Reliques culturelles du comté de Suizhong où se situe la portion concernée affirme qu’il a reçu pour cela l’approbation de l’administration chinoise du Patrimoine culturel, tout en concédant que le résultat final est « fort laid ». C’est le moins qu’on puisse dire en effet…

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Le pont de verre de Zhangjiajie (photo F. Dufour / AFP)

Rien de tel en revanche pour une autre réalisation architecturale chinoise qui a fait récemment le buzz et qui montre que l’Empire du Milieu peut aussi se risquer à une certaine transparence. Il s’agit en effet du plus long pont de verre du monde, conçu par l’architecte israélien Haim Dotan et inauguré le 20 août 2016, une immense passerelle piétonnière de 430 m de longueur qui enjambe des gorges spectaculaires dans les montagnes de Zhangjiajie au centre de la Chine. Culminant à 300 m de hauteur, cette passerelle est supposée pouvoir accueillir simultanément 800 personnes malgré son tablier en verre.

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Passerelle en verre accrochée au mont Tianmen

Pour éprouver sa solidité, les premiers visiteurs étaient d’ailleurs invités à tenter de briser les plaques de verre à grands coups de masse, attestant ainsi au monde entier que les Chinois n’ont vraiment pas froid aux yeux !

Ces ponts de verre font partie des réalisations spectaculaires dont les Chinois raffolent. Une autre passerelle en verre de 100 m de longueur, accrochée en surplomb d’une falaise à plus de 300 m au dessus du vide a aussi été ouverte aux visiteurs en août 2016, dans les monts Tianmen, au sud-est de la Chine.

Le pont de verre de Shiniuzhai

Le pont de verre de Shiniuzhai

Une autre passerelle en verre, également chinoise et inaugurée en septembre 2015, détenait déjà le précédent record de la plus longue du monde avec 300 m de long et 180 m de hauteur. Implantée entre deux pics dans le parc géologique de Shiniuzhai, situé dans la province du Hunan, elle remplace un ancien pont de bois mais sa traversée exige le port de chaussures de protection spéciale, ce qui laisse penser que ses concepteurs ont davantage de doute sur sa résistance au piétinement : pas très rassurant…

En matière de structures en verre, les Chinois viennent encore de frapper un grand coup, ne reculant devant rien pour exposer aux yeux du monde entier la suprématie écrasante de leur technologie. C’est en effet encore dans ce pays que vient d’être mis en service le plus gros téléscope du monde, le « Five-hundred-meter Aperture Spherical Telescope », FAST pour les intimes. Construit en un peu plus de 5 ans seulement, il est destiné tout simplement à rechercher dans l’espace des signes de vie extraterrestre.

Téléscope FAST de Tianyan

Téléscope FAST de Tianyan

Ses 500 m de diamètre surpassent très sensiblement la taille du plus gros téléscope en service à ce jour, celui de l’Observatoire Arecibo à Puerto Rico, dont le diamètre ne dépasse pas 300 m. Baptisé modestement Tianyan, « l’oeil du paradis », il est constitué de pas moins de 4 450 panneaux réflechissants et sa construction a coûté la bagatelle de 180 millions de dollars. Pour pouvoir capter en toute sérénité le moindre signal en provenance de l’univers, il importe naturellement que l’installation bénéfice d’un silance radio absolu sur au moins 5 km à la ronde. Pour cela, là encore, les Chinois n’ont pas lésiné, n’hésitant pas à expulser de la zone plus de 8 000 habitant répartis dans 8 villages malencontrusement situés un peu trop près de l’oeil du Paradis : pas de chance vraiment…

L.V.  LutinVert1Small

La maison du fada, patrimoine mondial de l’Humanité

11 août 2016
Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier

C’est à Istambul, en Turquie, au moment même où se produisait la tentative de putch (avortée mais sévèrement réprimée) contre le régime d’Erdogan, qu’a été prise la décision, à l’occasion de la 40ème session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO : 17 œuvres de l’architecte franço-suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous son pseudonyme Le Corbusier, venaient d’être classées au patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’UNESCO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture.

C’était la troisième fois que le dossier était présenté après deux tentatives ratées en 2012 et 2014 et cette fois le jury s’est laissé convaincre. Sur la cinquantaine d’œuvres réalisées par cet architecte disparu en 1965, dix-sept ont ainsi été considérées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Humanité. Dix d’entre elles sont situées en France, parmi lesquelles la fameuse Cité radieuse construite à Marseille sur le boulevard Michelet au début des années 1950.

La Cité radieuse à Marseille

La Cité radieuse à Marseille

Bien connu des Marseillais sous le sobriquet de Maison du fada, cette Cité radieuse était sensée être un prototype de cité-jardin vertical destiné à être dupliqué un peu partout sous forme d’un ensemble d’unités d’habitation particulièrement innovantes et élaborées. D’autres tentatives similaires moins abouties avaient d’ailleurs été conçues à Firminy (près de Saint-Etienne), à Rezé (près de Nantes) et dans le bassin lorrain à Briey. Mais malgré son caractère innovant et ses nombreuses astuces architecturales, le modèle ne connu guère le succès escompté…

A Marseille, la Cité Radieuse conçue par Le Corbusier se présente comme une barre d’immeuble en béton, de 137 m de long, construit sur pilotis et munis de pare-soleil multicolores en façade. L’immeuble compte pas moins de 337 appartements, de 23 types différents, pour beaucoup en duplex et avec mobilier en partie intégré. Les appartements sont distribués autour de véritables rues internes avec commerces et services prévus au sein même de l’immeuble. Un hôtel, une piscine et même une école sont intégrées dans l’immeuble.

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Sur le toit terrasse de la Cité radieuse (photo A. Jahier)

Plus de 1200 personnes vivent encore dans cet immeuble géré en copropriété et déjà classé partiellement comme monument historique pour ce qui concerne la façade, la terrasse, les parties communes et l’appartement n°643 destiné aux visites. Avant même le classement par l’UNESCO, la Cité radieuse constituait déjà un des sites les plus visités de Marseille, après Notre-Dame de la Garde et le stade Vélodrome quand même ! Nul doute que sa renommée internationale devrait encore grandir après cette nouvelle reconnaissance et attirer encore davantage de visiteurs, même si la façade Est de l’immeuble est actuellement en travaux en vue de sa restauration, pour un montant de 5 M€.

Une autre œuvre du même architecte, également située en région PACA, figure sur la liste retenue par l’UNESCO. Il s’agit d’un cabanon minuscule de 13 m² seulement, édifié en bord de mer à Roquebrune-Cap Martin, dans le site de villégiature qu’affectionnait particulièrement Le Corbusier et où il s’est d’ailleurs noyé, le 27 août 1965. La fameuse église de Ronchamp ou le couvent de la Tourette à Evreux, ainsi que l’immeuble de la rue Nungesser et Coli à Paris, où Le Corbusier avait son atelier, figurent aussi sur la liste.

Mais si l’architecte a été ainsi distingué par l’UNESCO, c’est avant tout pour saluer la dimension universelle de sa pensée et de ses réalisations réparties dans le monde entier. Les œuvres ainsi classées au patrimoine mondial concernent en particulier des villas conçues par Le Corbusier en Suisse, en Allemagne, en Belgique mais aussi en Argentine, ainsi que le Palais de l’assemblée réalisé à Chandigarh (Inde) ou le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku (Japon).

Le Palais de l'Assemblée à Chandigarh

Le Palais de l’Assemblée à Chandigarh

Il n’en reste pas moins que le personnage lui-même a fait l’objet de nombreuses polémiques, et pas seulement pour le caractère innovant de la conception architecturale de la Cité radieuse du boulevard Michelet. Ses accointances fascistes, son antisémitisme avoué et ses amitiés vichyste exprimées durant la seconde guerre mondiale ont laissé des traces même si cette face sombre de l’architecte franco-suisse ne semble guère avoir ému le comité de l’UNESCO.UN FASCISME A LA FRANÇAISE

Plusieurs ouvrages viennent d’ailleurs de paraître sur le sujet qui remettent en perspective les faiblesses de l’homme. Citons notamment Le Corbusier, un fascisme français, de Xavier de Jarcy, ou Le Corbusier, une froide vision du monde, écrit par Marc Perelman : deux titres explicites et des analyses argumentées qui montrent que Le Corbusier n’était pas seulement l’architecte universaliste et visionnaire salué par l’UNESCO ni le fada des Marseillais…

L.V.  LutinVert1Small

Fondation Luma à Arles, une tour hallucinante…

16 juillet 2016

Un nouveau projet assez étonnant est en train de voir le jour à Arles, en plein centre ville, au sud du coeur antique, à l’emplacement des anciens ateliers de la SNCF, dont la fermeture en 1984 avait entraîné la perte de 1000 emplois et laissé la place à une vaste friche industrielle de 11 hectares.

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Vue aérienne du projet LUMA Arles

Heureusement pour le maire communiste de la ville, Hervé Schiavetti, la riche héritière suisse des laboratoires pharmaceutiques Roche, Maja Hoffmann, s’est entichée de la bonne ville d’Arles où elle a grandi à partir de l’âge de 15 ans. C’est donc tout naturellement à Arles que sa fondation LUMA, créée en Suisse en 2004 pour soutenir des artistes indépendants, va investir pour construire un vaste complexe artistique, à la place des anciens ateliers de la SNCF. Baptisée à partir du prénom de ses deux enfants Lucas et Marina, la fondation privée de Maja Hoffmann a lancé en 2013 ce projet de LUMA Arles qui se veut un nouveau complexe culturel expérimental rassemblant des artistes, des chercheurs et des créateurs issus de différents secteurs afin de développer des projets et des expositions pluridisciplinaires.

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Présentation de la maquette du projet à François Hollande en présence de Aurélie Filippetti, Hervé Schiavetti, Michel Vauzelle et Maja Hoffmann, le 26 juillet 2013 (photo Fondation Luma, Lionel Roux)

Le projet, qui a été présenté en grandes pompes à François Hollande, lors d’une visite officielle en juillet 2013, comprend la réalisation d’un vaste parc paysager (élaboré par le Belge Bas Smets), la rénovation de cinq anciens bâtiments industriels de la SNCF, convertis par le cabinet d’architectes Selldorf en de nouveaux espaces d’exposition, et la construction d’un nouveau bâtiment dit Bâtiment Ressource, une tour de 56 mètres de hauteur qui accueillera les collections de la fondation, des résidences pour les artistes et un restaurant. Les Editions Actes Sud, implantées de longue date à Arles dans le centre ancien, devraient trouver refuge dans le futur parc paysager de 6 hectares.

Le chantier en cours...

Le chantier en cours…

A ce jour, trois des anciens bâtiments industriels rénovés, encore baptisés selon leur ancienne fonction (La Grande Halle, Les Forges et la Mécanique Générale) sont déjà en service. Mais la tour qui constitue le point de mire de ce vaste projet culturel, monté comme un partenariat public-privé d’un montant de 150 millions d’euros, associant l’État, la Région, la Ville, l’association que sont Les Rencontres de la Photo et la fondation de droit privé LUMA, est encore en chantier.

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Maquette du futur Bâtiment Ressource

Conçu par l’architecte américano-canadien de 87 ans, Franck Owen Gehry, ce bâtiment dénotera fortement dans le paysage de l’ancien port romain d’Arelate devenue une modeste sous-préfecture provençale au pied des Alpilles, quelque peu assoupie entre deux corridas. L’édifice, construit en lieu et place de trois anciennes halles de la SNCF démolies en 2015, est agencé autour d’une gigantesque tour en béton de 10 étages, désormais bien visible et qui sert de noyau central, auquel seront ancrées quatre autres tours via un entrelacs de structures métalliques.

Les 10 000 m2 de surface de ce bâtiment hors normes seront constitués de 50 boîtes vitrées, d’une immense rotonde et de 11 000 blocs en inox sans couvercle vaguement empilés les uns sur les autres dans un désordre apparent tout à fait déstabilisant…

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

La Maison dansante à Prague, œuvre des architectes Vlado Milunić et Frank Gehry

Une tour de verre et d’acier en plein milieu de l’Arles antique, et sous le soleil de Provence, voilà qui était osé ! Mais l’architecte Franck Gehry n’en est pas à son coup d’essai, lui qui s’est déjà illustré pour avoir conçu le musée Guggenheim à Bilbao ou la Fondation Louis Vuitton à Paris, mais aussi bien d’autres structures pour le moins originales telles que la fameuse « Maison dansante » à Prague ou le Lou Ruvo Brain à Las Végas, un bien curieux amoncellement de tôles froissées en phase de liquéfaction avancée.

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Frank Gehry à Las Vegas

Lou Ruvo Brain Institute, conçu par Franck Gehry à Las Vegas

Certains racontent d’ailleurs qu’il fabrique les maquettes de ses œuvres « en froissant des bouts de papier et en posant une canette de Coca dessus », ce qui explique sans doute en effet l’impression générale ressentie au vue du résultat de ses conceptions architecturales…

L.V.  LutinVert1Small

Tours végétales ou jungle urbaine ?

5 avril 2016

Alphonse Allais avait proposé de construire plutôt les villes à la campagne « car l’air y est beaucoup plus pur ! », mais la tendance actuelle semble être davantage de construire la nature en ville. Fleurissent en effet toutes sortes de projets architecturaux qui intègrent une présence très forte de la végétation dans constructions urbaines.

La villa Méditerranée à Marseille

La villa Méditerranée à Marseille

Un des précurseurs de cette nouvelle mode est l’architecte italien Stefano Boeri, celui-là même qui a dessiné la Villa Méditerranée inaugurée en 2013 à côté du MUCEM, avec son impressionnant porte-à-faux surplombant un vaste bassin en eau. Cet architecte visionnaire a en effet imaginé voici près de 10 ans la construction de deux tours de respectivement 76 et 110 m de hauteur dont les façades s’ornent d’une véritable forêt verticale. Un projet, joliment dénommé Bosco verticale, qui ne laisse pas indifférent, réalisé dans le cadre d’un programme de rénovation urbain en plein coeur de Milan.

Blog291_PhToursBoeri

Inaugurées en 2014 après un chantier qui a duré 5 ans, les deux tours abritent désormais, sur 19 et 27 étages chacune, 480 habitants mais aussi 780 arbres et 11 000 plantes végétales sans compter de l’ordre de 1 600 oiseau et papillons venus nicher et se nourrir dans ce nouvel écosystème urbain, ainsi qu’environ 9 000 coccinelles qui ont été lâchées sur les deux tours pour réguler les colonies de pucerons et autres insectes nuisibles… Les balcons des deux tours abritent ainsi l’équivalant d’un hectare de forêt constituée d’essences variées parmi lesquels des chênes verts, des noisetiers, des hêtres, des frênes et des oliviers, mais aussi des pruniers, cerisiers et pommiers choisis pour la beauté de leur floraison au printemps.Blog291_PhBalcons

Toutes ces essences ont été sélectionnées en fonction de plusieurs critères, dont leur faible pouvoir allergène, leur absence d’épines, mais aussi leur résistance au vent et aux parasites, leur aptitude à un élagage périodique, ou encore leur pouvoir anti-polluant par la fixation des micro-poussières présentes dans l’air. Car le projet se veut exemplaire en matière environnementale et utilise notamment l’énergie solaire et la géothermie tout en testant un nouveau concept de façade boisée destiné à favoriser à la fois le confort des habitants qui profitent ainsi de larges balcons ombragés et le développement d’une biodiversité inédite en site urbain. Des nids et des mangeoires ont ainsi été aménagés afin de rendre ce nouvel environnement attractif pour les oiseaux, les abeilles et les papillons ou les chauves-souris…

Blog291_PhAngleTourBoeriLa conception d’un tel chantier n’a pas été simple et a nécessité de multiples innovations technologiques pour accrocher les vastes balcons de 3,50 m de largeur à la structure de chaque tour. Chaque balcon, équipé de parapets surélevés, bénéficie en effet de soutiens spécifiques en acier et est équipé de bacs à terreau d’une capacité de 5 m3 chacun. La résistance des plantes aux rafales de vent a dû être testée en soufflerie d’abord au Politecnico de Milan, puis à l’International Hurricane Center en Floride, et des systèmes de sanglage particulier ont été mis en place. L’irrigation de toutes ces plantes vertes est quant à elle centralisée et automatisée, alimentée à partir de l’eau usagée du circuit de climatisation. Les habitants sont donc déchargés de toute corvée d’arrosage et n’ont pas non plus à s’occuper de l’entretien de leur forêt puisque l’élagage est confié à une équipe de professionnels intervenant sur cordes.

Blog291_PhVilleToursBoeri

Il sera intéressant d’observer comment un tel projet perdure dans le temps et comment les habitants des deux tours s’y adaptent. En tout cas, l’originalité du concept lui a valu d’être récompensé en novembre 2014 par le premier prix de l’International Highrise Award 2014 (prix du gratte-ciel le plus innovateur) par un jury du Musée d’architecture de Francfort : une belle distinction pour un projet architectural qui ne manque pas d’originalité et de poésie.

Blog291_PhTourCedreLe cabinet de Stefani Boeri continue d’ailleurs d’exploiter cette veine avec un autre projet intitulé « Les terrasses des cèdres », une tour de 36 étages construite en 2015 près de Lausanne en Suisse et dont la façade s’orne d’une centaine de magnifiques cèdres qui, comme dans le Bosco verticale de Milan, sont transplantés par des grues dans les caissons accrochés aux balcons et remplis de terre.

Mais d’autres projets comparables voient le jour un peu partout dans les cabinets d’architectes. Ainsi, dans le 13ème arrondissement de Paris, la tour de 18 étages M6B2, plus connue sous son nom de « Tour de la biodiversité » vient d’être érigée par l’architecte Édouard François pour le compte de l’Office public d’habitation Paris Habitat. Recouverte de plaques de titane irisé vert et emmaillotée de filets d’acier, sa façade est destinée à se végétaliser par une seconde peau de plantes grimpantes. Cette tour pourra alors servir aussi d’abri pour la faune locale tout en disséminant graines et pollen dans son environnement proche.Blog291_PhTourM6B2

Bien d’autres exemples du même type existent ou sont à l’étude qui devraient permettre de réimplanter dans nos centres urbains des nouvelles constructions support de nature en ville. Les murs végétaux se multiplient dans toutes les grandes agglomérations, traduisant au-delà d’une nouvelle mode architecturale un véritable tournant dans notre conception de l’aménagement du territoire où il est de plus en plus question de préserver la biodiversité en ville, de rétablir les trames vertes et bleues, de végétaliser les toitures et de désimperméabiliser les sols. Plus de 2000 espèces végétales et animales sont déjà recensées dans une ville comme Paris et ce n’est peut-être qu’un début…

L.V.  LutinVertPetit