Posts Tagged ‘communication’

Écologie politique : les chasseurs sortent du bois…

3 septembre 2018

Les chasseurs français peuvent être fiers de leur tout récent tableau de chasse. Avant même l’ouverture de la saison, voilà qu’ils ont ramené dans leur escarcelle un gros gibier plutôt rare, en la personne du Ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot en personne.

Nicolas Hulot, martyr de la cause écologique, en une de Marianne

Certes, sa démission en direct au micro de France-Inter, le mardi 28 août aux aurores, n’est que l’aboutissement d’un vrai chemin de croix pour cet écologiste convaincu qui a perdu, en quinze mois passés au gouvernement, à peu près tous ses arbitrages, et pas seulement vis-à-vis des chasseurs. L’écologie politique vient d’hériter d’un nouveau martyr de la cause, qui a fini par succomber sous les assauts des lobbyistes de toute sorte, du nucléaire comme de l’agriculture, tel Saint-Sébastien percé de multiples flèches, ainsi que s’est amusé à le représenter le magazine Marianne à sa une…

Il n’en reste pas moins que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et l’a conduit à jeter l’éponge, c’est bien cette fameuse réunion interministérielle de la veille, à laquelle il avait eu la très désagréable surprise de se retrouver en présence de Thierry Coste, le lobbyiste en chef de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Emmanuel Macron ayant même l’outrecuidance de faire semblant de se demander lui-même comment ce monsieur avait bien pu entrer…

Le lobbyiste Thierry Coste (à gauche) et le président de la FNC, Willy Schraen, après un rendez-vous à l’Elysée, le 15 février 2018 (photo © Gonzalo Fuentes / Reuters)

Le résultat de cette réunion en tout cas est que Nicolas Hulot a dû, sur ce dossier comme sur quasiment tous les précédents, avaler une nouvelle couleuvre, en l’occurrence une division par deux du prix du permis de chasse et une ouverture béante pour élargir la liste des espèces susceptibles d’être chassées. Une véritable victoire par KO pour les chasseurs qui sont à l’Elysée comme chez eux depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, lequel a bien perçu le poids électoral des chasseurs qui se revendiquent plus de 1,1 million en France.

Du coup, ces derniers ne se sentent plus de joie et ont lancé, ce même 27 août 2018, une vaste campagne de communication en leur honneur. Comme le dit sans détour Willy Schraen, le Président de la FNC, le temps de la discrétion n’est plus de mise pour les chasseurs qui, pour cette campagne publicitaire tous azimuts se présentent ni plus ni moins comme « Les premiers écologistes de France » !

Ainsi que l’analyse finement un article du Monde, c’est une véritable révolution culturelle pour les chasseurs, souvent moqués pour leur instinct grégaire, leurs idées conservatrices, leur comportement arrogant et leur absence de compassion pour la souffrance animale, à l’image du personnage caricatural du Beauf de Cabu. Mais Cabu est mort, tombé sous les balles d’islamistes enragés, et l’écologie politique est elle-même bien mal en point…

Le Beauf de Cabu, chasseur invétéré…

Les associations de défense de l’environnement tentent bien, de leur côté, de mobiliser les consciences via leurs propres campagnes de sensibilisation, n’hésitant pas à culpabiliser chacun pour faire évoluer les comportements au quotidien, dans l’espoir de toucher un plus large public en alertant sur les enjeux liés à la détérioration de notre environnement naturel.

Campagne de sensibilisation de l’ONG Gestes propres, alertant sur la responsabilité de chacun quant aux déchets jetés dans la nature

Mais les chasseurs se placent, eux, sur un tout autre registre, n’hésitant pas à tourner le dos aux réalités les plus évidentes dans la dizaine de spot radio qu’ils ont élaborés et dont ils saturent les ondes, ainsi que dans leur vidéo qui, au travers de somptueuses photos de paysages naturels au soleil couchant, réalise l’exploit de ne pas montrer un seul fusil ni bien évidemment la moindre scène de chasse, à croire que les chasseurs ne se préoccupent plus, désormais, que d’investigations scientifiques et d’opérations de génie écologique…

Voilà bien en effet un tournant majeur en termes de positionnement du lobby de la chasse. Fini le temps de l’engagement politique au sein de Chasse, pêche, nature et tradition, le parti politique rural et ultra-conservateur, créé en 1989 en réaction au lancement des mouvements de l’écologie politique, mais désormais en perdition dans les sondages.

En 1998, les chasseurs se mobilisaient en masse pour manifester contre les directives européennes encadrant la chasse des oiseaux migrateurs et instaurant les zones protégées Natura 2000. Désormais, certaines fédérations départementales de chasse et associations cynégétiques n’hésitent plus à s’investir dans la gestion même de ces zones Natura 2000 et dans des actions d’aménagement du milieu naturel, qu’elles mettent ainsi en avant à l’occasion de cette campagne publicitaire sans précédent.

Un extrait de la vidéo de promotion de la FNC

De là à laisser croire que les chasseurs sont les premiers écologistes de France, le pas est peut-être un peu trop rapidement franchi. Lutter contre les espèces invasives ou contribuer à la restauration de zones humides, comme le revendique fièrement la FNC, participe effectivement de la préservation d’un milieu naturel menacé. Pour autant, si les chasseurs mobilisent autant de bénévoles, et pas seulement pour chasser, c’est d’abord dans l’intérêt du développement de leur activité cynégétique. Piéger certaines espèces jugées nuisibles, relâcher des faisans d’élevage la veille de l’ouverture ou clôturer des zones de chasse pour en privatiser l’usage et faire en sorte que les animaux ne puissent s’en échapper, ceci relève effectivement d’actions qui servent les intérêts des chasseurs, mais pas nécessairement ceux du milieu naturel.

Revendiquer, comme le fait la FNC, une expertise reconnue pour procéder au suivi et à la gestion des populations animales, via ses propres « organismes scientifiques » permet d’une part d’accéder à des subventions pour réaliser soi-même ces opérations, tout en maîtrisant directement les chiffres, même si ces derniers sont souvent contestés par d’autres opérateurs. Les chasseurs sont décidément en passe de réussir un joli coup politique en se plaçant ainsi au centre du jeu et de la communication : chapeau les artistes !

L.V. 

Publicités

A Paris, l’urinoir qui fait débat

21 août 2018

A Paris, la bataille pour les municipales de 2020 a déjà commencé et tous les coups sont permis pour commencer à descendre en flammes Anne Hidalgo et sa majorité de gauche plutôt brinquebalante. Après les attaques en règle contre la piétonisation des voies sur berge et les critiques tous azimuts suite aux ratés du renouvellement du marché des Vélib, sans parler de l’échec des Autolib de Bolloré, voilà que le débat prend de la hauteur en se focalisant autour d’un malheureux urinoir placé sur un quai de la Seine, en plein cœur de l’Ile Saint-Louis…

Un uritrottoir installé sur l’île Saint-Louis le 13 août 2018 (photo © Philippe Wojazer / Reuters)

En politique, la pissotière a souvent été aux cœur des débats publics. L’empereur romain Vespasien y a gagné une renommée internationale qui a traversé les âges, lui à qui on attribue, à tort, l’implantation d’urinoirs publics dans les rues de Rome, alors qu’il s’était plus prosaïquement contenté de lever un impôt public sur la collecte de l’urine, source précieuse d’ammoniac pour l’industrie teinturière de l’époque, justifiant sa décision par le constat, largement utilisé depuis, selon lequel « l’argent n’a pas d’odeur ».

Plus près de nous, l’inoubliable roman publié en 1934 par Gabriel Chevallier est resté comme un monument de l’analyse des débats citoyens locaux, lui qui raconte par le menu comment le maire de Clochemerle décide un jour de faire entrer le Progrès et l’Hygiène dans sa petite commune rurale du Beaujolais, sous la forme d’un urinoir moderne installé contre le mur de l’église, déclenchant les protestations horrifiées et la mobilisation acharnée de tout le clan clérical que compte la commune.

Un dessin signé Lacombe, publié dans Marianne le 17 août 2018

Le journaliste Guy Konopnicki, dans sa dernière chronique de Marianne, a beau jeu de faire le parallèle entre cette histoire croquignolesque et celle qui agite depuis quelques jours le microcosme de la politique parisienne, poussant l’ancienne patronne du MEDEF à s’interroger avec la plus extrême finesse qui la caractérise : « Mais qu’est-ce que cette très élégante nouvelle connerie parisienne ? », tandis que le journaliste déplore que « ce mobilier urbain ne semble pas du plus bel effet », ajoutant, un rien vachard, « le goût de chiotte des élus parisiens n’a jamais été pris en défaut »…

Il faut bien reconnaître pourtant, pour être honnête, que l’édicule en question n’a pas été conçu en conseil municipal parisien mais bien par les designers de l’agence nantaise Faltazi qui les commercialise sous le doux nom de marque déposée « uritrottoir ». Concepteur déjà de systèmes d’urinoirs secs destinés à équiper les festivals champêtres, la société a développé spécialement des pissotières urbaines écologiques installées depuis mai 2017 dans les rues de Nantes sans la moindre polémique locale. Même la petite commune bretonne de Locminé a adopté l’uritrottoir depuis plus d’un an sans faire d’histoire…

Un uritrottoir Stout installé rue de la Bléterie à Nantes (photo © Uritrottoir)

Le dispositif est astucieux, constitué grosso modo d’une botte de paille qui recueille les urines et est ensuite valorisée en compost, grâce à son enrichissement en ammoniac, permettant le développement des plantes à fleurs qui s’épanouissent en partie supérieure dans un bac dont le compost est renouvelé périodiquement. Un concept de « pipi fleuri » parfaitement maîtrisé, permettant des économies d’eau conséquentes, un entretien aisé et à moindre frais, ainsi que la valorisation d’un sous-produit de l’activité humaine tout en évitant la pollution olfactive liée à tous ces quidams qui se soulagent discrètement à tous les coins de rue.

Schéma de principe du fonctionnement des uritrottoirs (source © Uritrottoir)

L’appareil n’est pas donné, à raison de 3000 € pièce, mais il présente l’avantage de pouvoir être déposé partout sans le moindre raccordement, et déplacé à la demande. Une fonction qui ne devrait pas manquer d’être actionnée prochainement au vu des innombrables critiques qui se sont élevées lorsqu’il a été installé l’un de ces édicules sur l’Ile Saint-Louis, en plein cœur du Paris touristique. Deux premiers dispositifs similaires sont pourtant en fonction depuis janvier 2017 à proximité de la Gare de Lyon sans que cela ait déclenché la moindre réaction, et d’autre ont été installés depuis Place de Clichy et sur le quai Saint-Bernard, dans le 5ème arrondissement.

Uritrottoirs placés près de la Gare de Lyon (photo © Sylvie Charbonnier / Radio France)

Bien entendu, les féministes se sont emparés de l’affaire, tirant à boulets rouges contre cette initiative qui ne serait destinée qu’aux seuls représentants du sexe masculin, même si les initiateurs du projet se défendent tant bien que mal en expliquant que cela permettra au moins de désengorger les sanisettes locales, qui elles sont plus facilement adaptées aux deux sexes, et que cela vaut mieux en tout cas que de voir des hommes se soulager en pleine rue en se contentant de pisser contre un mur ou le tronc d’un platane comme si de rien n’était…

Curieusement, la polémique qui enfle autour de ce mobilier urbain renouvelé et qui meuble les conversations en cette période de creux estival, passe largement à côté de ce qui est pourtant un sujet majeur qui anime de plus en plus les milieux professionnels de l’assainissement urbain, à savoir : comment faire pour enclencher la collecte séparée des urines ?

La question paraît triviale mais elle fait d’ores et déjà l’objet de très sérieux projets de recherche. Le SIAAP (Syndicat intercommunal d’assainissement de l’agglomération parisienne) qui traite les effluents de près de 9 millions de Franciliens, constate en effet que la capacité épuratoire de ses usines est fortement impactée par les fortes teneurs des eaux usées en azote et en phosphore, deux composés qui proviennent justement à 80 % des urines humaine, alors que ces dernières ne représentent que 1 % des volumes à traiter !

On aurait donc tout intérêt à recueillir de manière séparée les urines humaines pour les valoriser, après nitrification qui transforme l’ammoniac et permet de valoriser de fortes quantités d’azote et de phosphore, très utiles comme fertilisants agricoles. Sachant que, chaque jour, l’humanité produit de l’ordre de 7 millions de tonnes d’urines, une telle valorisation permettrait de ne plus recourir aux exploitations minières de phosphore, et assainirait significativement les milieux aquatiques largement pollués par l’azote et le phosphore issus du rejet des effluents de station d’épuration.

Toilettes permettant le recueil séparé des urines (source SIAAP / colloque ARCEAU)

Une évolution vertueuse donc, mais qui nécessite de sortir de décennies de fonctionnement de nos toilettes classique et suppose une petite révolution culturelle… Techniquement, les systèmes sont au point avec des toilettes qui permettent de recueillir séparément les urines et de les stocker dans des cuves spécifiques avec un système de collecte adapté. Tout l’enjeu est maintenant de convaincre les aménageurs d’inclure cette évolution dans leurs nouveaux programmes de construction afin d’amorcer progressivement le changement.

Peut-être que les uritrottoirs de Nantes et de Paris, en attirant l’attention sur le pouvoir fertilisant des urines ainsi recueillies, auront-elles au moins l’avantage de faire avancer le débat sur ce dossier pressant…

L.V. 

Écopâturage dans la Vallée verte à Saint-Menet

26 juillet 2018

Le parc d’activité joliment dénommé Domaine Vallée Verte, situé à Saint-Menet, sur les bords de l’Huveaune, dans le 11ème arrondissement de Marseille, entre La Barasse et La Penne-sur-Huveaune, fait partie de ces sites industriels sinistrés de l’Est marseillais qui sont en train de connaître un véritable rebond.

Bâtiments de l’ancienne chocolaterie Nestlé à Saint-Menet (source © Tourisme Marseille)

Dessinés par les architectes de renom René Egger et Fernand Pouillon dans l’immédiat après-guerre, et construits entre 1949 et 1952, au prix d’un détournement du tracé de l’autoroute A50 alors en projet, les bâtiments ont été le siège, pendant plus de 50 ans, de l’usine à chocolat exploitée par Nestlé jusqu’en 2006 avec jusqu’à 1200 salariés sur place, puis, après un long conflit social avec occupation d’usine, par NetCacao jusqu’en 2011.

Tablettes de chocolat produites par la Chocolaterie de Provence (source © Tourisme Marseille)

Rachetée en 2012 à la barre du tribunal de commerce par le groupe russe ICC (Ivory Coast Cacao), et relancée sous le nom de Chocolaterie de Provence, l’usine n’emploie plus qu’une cinquantaine de salariés et s’est spécialisée dans le chocolat casher pour l’exportation, mais elle a fini par laisser la place fin 2017 à la brasserie artisanale Bières de La Plaine.

En 2012, c’est le groupe australien Goodman, spécialiste international des parcs d’affaires et des plates-formes logistiques, qui tente de reprendre le site avec pour ambition l’aménagement de 60 000 m2 de locaux supplémentaires, pour finalement laisser la place, fin 2013, à la société YG Investissement, basée à Beaulieu et dirigée par Yves Gouchon. Avec l’aide financière de la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce dernier lance donc un projet de parc d’activité qui s’étend désormais sur 20 hectares et abrite 22 entreprises parmi lesquelles Suez, Veolia, Orkyn, la Caisse d’Epargne, La Poste, le courtier Saretec, Poivre blanc, ou encore l’Etablissement français du sang.

Les bâtiments du Domaine Vallée verte dans un écrin de verdure (photo © DR)

Le trait marquant de ce parc d’activité dont les bâtiments occupent actuellement 40 000 m2, implantés dans un site autrefois très prisé par les notables marseillais pour son aspect verdoyant et sa proximité des berges de l’Huveaune, est justement d’en faire un site exemplaire en matière de respect de l’environnement. En avril 2017 a ainsi été inauguré un système très élaboré de collecte et de tri des déchets qui permet de valoriser de l’ordre de 75 % des déchets produits sur place, là où ce taux ne dépasse habituellement guère les 10 %.

Voiture électrique du Domaine Vallée verte (source © Chambre de commerce et d’industrie)

Le site ambitionne de devenir un pôle d’activité à énergie positive et dispose déjà d’un espace de production d’électricité par panneaux photovoltaïques tout en étudiant la faisabilité d’installer une boucle géothermique. En matière de transports en commun et sans attendre les dessertes que la Métropole tarde à assurer, le Domaine a mis en place un parc de voitures électriques et organisé un système de navettes privées qui permet de transporter entre 1200 et 1300 personnes tous les mois pour relier les lieux de travail aux quartiers d’habitation environnants et aux points de raccordement avec les réseaux RTM et SNCF.

Un club d’affaires, opérationnel depuis mi-2017, propose aux entreprises du domaine des services mutualisés dont un restaurant inter-entreprises, une crèche, une conciergerie d’entreprises « aux prestations 100 % bio », une salle de sport, des salles de réunion et des espaces de séminaires à louer à des prix préférentiels. Un parcours santé en milieu boisé a également été aménagé sur le site, ainsi qu’un espace dénommé, en provençal dans le texte, My Office Vallée Verte, et qui propose un espace de coworking, des bureaux à louer, et une pépinière d’entreprises. L’esprit start-up fonctionne à plein dans cette Vallée verte aux allures de Silicon Valley…

Selon son promoteur et concepteur, Yves Gouchon, « L’aspect humain, énergétique et sociétal, sont essentiels car ils permettent d’améliorer la performance en proposant une meilleure qualité de vie au travail. La vallée verte, c’est un écosystème, une signature, un symbole, une philosophie, une organisation du travail réinventée avec l’humain au cœur de la machine… ». Rien de moins…

Yves Gouchon interviewé par La Provence (extrait vidéo © La Provence)

Et pour faire bonne mesure et affirmer la volonté écologique de ce parc d’activité hors normes, le Domaine Vallée verte vient de s’équiper d’un troupeau de chèvres et de moutons pour procéder à l’entretien de ses espaces verts. Adepte d’une communication aux petits oignons, le promoteur avait invité, le 4 juillet 2018, les 800 salariés du site et leurs familles, à venir assister à l’arrivée du troupeau, sans oublier bien entendu de convoquer la presse locale.

Les chèvres destinées à l’entretien du domaine (source © compte Twitter Domaine vallée verte)

Une vidéo, disponible sur le site de La Provence, montre ainsi le promoteur Yves Gouchon se féliciter de son initiative, pour l’instant expérimentale jusqu’en novembre, mais qui devrait être pérennisée au-delà, et qui permet d’éviter le recours à des engins bruyants et polluants pour entretenir les espaces naturels qui s’étendent autour du site, tout en annonçant, à partir de 2019, la mise en place d’un système de compostage pour la valorisation des déchets verts.

Confiée à la société Ecozone, une structure créée à Lille par une ancienne bergère des Alpes de Haute-Provence, la prestation d’écopâturage donne assurément une touche bucolique à ce site industriel qui s’étend sur les bords verdoyants de l’Huveaune : une belle démonstration de prise en compte de l’environnement pour un cadre de travail agréable et préservé, et un exemple à suivre pour d’autres parcs d’activité du secteur…

L. V. 

Le « Manta », un géant des mers contre la pollution

29 juin 2018

Yves Bourgnon, un navigateur célèbre, a présenté le 9 avril 2018 à Paris la maquette de son prochain voilier le « Manta », dont le profil est inspiré de celui des raies mantas qui se nourrissent en filtrant l’eau de mer, et ingèrent de grandes quantités de zooplancton sous la forme de crevettes, krill et crabes planctoniques.

Le skipper franco-suisse Yvan Bourgnon présente la maquette du Manta (photo © Stéphane Vernay / Ouest France)

Tout en poursuivant sa carrière de skipper et de navigateur de l’extrême, Yvan Bourgnon a créé l’association « The Sea Cleaners » en septembre 2016 pour une nouvelle aventure écologique qui fait suite à son amer constat que, depuis quelques années, la pollution des eaux par les déchets plastiques est de plus en plus forte.

Le projet révolutionnaire consiste à construire un navire inédit, à la pointe de l’innovation, le Manta, collecteur de déchets plastiques en mer. Après un an et demi d’études de faisabilité et de recherches de financements, le navigateur-aventurier franco-suisse passe à l’étape supérieure en nous dévoilant une maquette de la version finale du navire !

Le voilier Manta (source © The SeaCleaners)

Depuis le succès de la campagne de crowdfunding de décembre 2016, The Sea Cleaners tient ses promesses. Ce mode de financement participatif avait permis à l’association de récolter 150 000 €, soit quasiment le double de la somme initialement envisagée. Depuis, plus de 3000 heures d’études ont pu être menées par 6 bureaux d’études, dont les spécialistes ont fait évoluer le projet pour le mettre en phase avec la réalité du terrain. Le résultat de cette première phase de travail permet aujourd’hui de dévoiler la version finale du navire avec une maquette au 1/80 qui présentera la combinaison inédite et impressionnante des technologies embarquées sur le premier quadrimaran collecteur de déchets marins.

Raie manta, inspiratrice du navigateur (source © Topdive)

Le Manta utilisera des outils à la pointe de la technologie afin de sortir les macro-déchets plastiques flottants avant qu’ils ne se dégradent et polluent irréversiblement la biodiversité marine. Pour cela, une véritable usine sera embarquée à bord pour collecter, trier, compacter et stocker les déchets plastiques. Trois collecteurs seront installés entre les coques du navire sous la forme de tapis roulants pour remonter rapidement de grandes quantités de plastiques. Le Manta sera capable de stocker plus de 250 tonnes de déchets dans ses coques avant de les rapatrier sur terre où ils seront pris en charge par des centres de recyclages adaptés.

Au-delà de sa mission de nettoyage des océans, le Manta est en lui-même un pari technologique sans précédent. La propulsion et l’autonomie énergétique du navire sont deux enjeux fondamentaux du projet. C’est dans une optique d’innovation toujours plus poussée que le Manta sera alimenté par plusieurs sources d’énergie renouvelable. Il sera propulsé par quatre gréements DynaRig et quatre moteurs électriques. Pour les alimenter, il embarquera plusieurs technologies combinées de production d’énergie renouvelable associées à un système de stockage énergétique optimisé. 2000 m2 de panneaux solaires vont ainsi être installés sur le pont du quadrimaran et deux éoliennes verticales utiliseront la force du vent pour produire de l’électricité. De quoi permettre au Manta d’être autonome dans ses phases de déplacement et de collecte et de pouvoir se déplacer sur toutes les zones de forte densité de pollution (estuaires, zones côtières…).

Schéma de principe du dispositif de ramassage des déchets en mer (source © L’Usine nouvelle)

La bataille contre la pollution des océans se mène sur tous les fronts et se remporte également à terre. Il est essentiel de remonter à la source de la pollution afin de réduire en amont la consommation de plastique et son gaspillage. Le Manta servira de base au développement d’actions de sensibilisation à destination des populations les plus impactées par la pollution plastique. C’est d’ailleurs la dimension la plus essentielle de cette mission écologique.

Une image 3D du futur voilier collecteur de déchets d’Yvan Bourgnon (source © Jérôme Vollet)

Dans la même lignée, ce projet est destiné à devenir un levier de l’économie circulaire. Le Manta permettra d’initier ou de développer des initiatives de transformation des déchets plastiques collectés en matière première et de dynamiser l’économie des pays où s’effectueront les collectes.
L’association poursuit également un but scientifique d’observation et d’analyse. Chaque collecte sera géolocalisée, quantifiée et qualifiée grâce à la mise en place d’un véritable laboratoire à bord du navire. Toutes les données seront ensuite publiées en Open Data afin d’en permettre l’accès à toute la communauté internationale.

« Nous terminons les études et ensuite il va falloir deux ans pour construire ce navire de 2.500 tonnes », explique le navigateur qui évoque un budget de 25 millions de dollars sur trente ans. « Pour le premier Manta, le financement est quasi bouclé grâce à nos mécènes mais il reste maintenant à convaincre d’autres pays de s’équiper de bateaux comme celui-ci. Car des zones de pollutions, il y en a partout et notamment aux embouchures des fleuves près des grandes villes. Il en faudrait une centaine pour agir correctement ».

« Selon les dernières estimations, il y aurait plus de 8 millions de tonnes de plastique rejetés en mer chaque année, des plastiques qui polluent, détruisent les coraux, tuent la faune marine et mettent à mal l’écosystème. Pour la première année, j’espère récolter au moins 5.000 tonnes avec le Manta qui, entre chaque collecte fera escale pour sensibiliser les populations à cette pollution ».

Apparemment ce serait une première pierre pour cesser d’alimenter le 7ème continent de déchets. On voudrait vraiment le croire…

C. T.

Qwant, le moteur de recherche qui défie Google

24 juin 2018

Un moteur de recherche est une application web permettant de trouver des ressources (images, vidéos, fichiers, etc.) à partir d’une requête sous forme de mots. Il est composé d’instruments de recherche sur le web sans intervention humaine, ce qui le distingue des annuaires. Il appuie son action sur des « robots » qui parcourent les sites à intervalles réguliers et de façon automatique pour découvrir de nouvelles adresses. Ces robots suivent les liens hypertextes qui relient les pages les unes aux autres, les uns après les autres. Chaque page identifiée est alors indexée dans une base de données, accessible ensuite par les internautes à partir de mots-clés.

Google : un bel instrument…de masse. Un dessin de Xavier Gorce (Les indégivrables)

Google est le moteur de recherche le plus utilisé dans le monde. Les Français en particulier sont de gros utilisateurs du moteur américain avec pas moins de 94,1 % d’usagers l’an dernier (contre 92,9 % à l’échelle mondiale). Un rouleau-compresseur qui laisse finalement peu de place à la concurrence en dépit des réserves des utilisateurs concernant la confidentialité des données. « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » : cette formule popularisée par Bruce Willis est néanmoins en train de tourner à la prise de conscience planétaire.

L’affaire Cambridge Analytica, qui vient de frapper au cœur l’empire Facebook, est une illustration du danger que fait peser sur la démocratie notre naïveté à l’égard des nouveaux outils technologiques. Les faits sont têtus : le réseau social n’a rien pu faire contre le vol des données de dizaines de millions d’utilisateurs et la mise en place de stratégies de manipulations politiques de masse.

Cédric Villani, mathématicien et député La République En Marche

Le défi posé par l’intelligence artificielle (IA), ce n’est pas tant le mythe de la Singularité (hypothèse selon laquelle l’IA déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine, et notamment la perte du pouvoir politique humain sur son destin) évoqué par les fous furieux de la Silicon Valley que celui de l’IA dite « faible », celle des algorithmes de tous les jours qui, selon Cédric Villani, « affectent notre accès à l’information, à la culture, à l’emploi ou encore au crédit » Et c’est d’autant plus dangereux qu’à la vérité – tous les chercheurs le reconnaissent – nous ne savons pas ce qui se passe à l’intérieur des algorithmes que l’on est en train d’entraîner à apprendre par eux-mêmes.

L’IA dans nos vies devient un danger potentiel. Sont concernés, non seulement les services aussi utiles que les assistants personnels intelligents, les systèmes de reconnaissance vocale, les traducteurs automatiques. Ce seront (et c’est déjà le cas) les technologies qui vont entrer dans notre intimité, interférer avec notre éducation, nos déplacements, nos finances personnelles, notre santé… Mais aussi la police ou la justice prédictive voire de nouvelles façons de faire la guerre, avec des soldats « augmentés » ou des armes létales autonomes, théoriquement interdites. Il faudra encadrer les dérives potentielles, mais « franchement, on ne sait pas» comment le faire, confie Cédric Villani. Le mathématicien se contente de proposer la création d’un « comité d’éthique en intelligence artificielle » et d’un « observatoire sur la non-prolifération des armes autonomes ». 

Mais il est à craindre que les appels à la régulation ne restent incantatoires. Le risque est double. D’abord, celui d’une révolte, déjà à l’œuvre, contre les technologies, au risque de freiner l’innovation. Le danger inverse est une forme de résignation où nous, le « produit », nous laisserions les géants de la technologie nous imposer un futur auquel nous ne comprenons rien. C’est tout l’enjeu du nouveau Règlement général sur la protection des données (RGPD) que de redonner à l’individu des outils pour tenter de reprendre la maîtrise de sa vie numérique qui va de plus en plus se confondre avec sa vie tout court.

La CNIL, garante des libertés individuelles … Un dessin de Denis Boutant

La prise en compte politique de ces risques est réelle, mais les dispositifs de contrôle adaptés sont à créer. La start-up nation est sollicitée, mais rien à l’horizon pour l’instant ! En attendant ces instruments, une prévention élémentaire consiste à mesurer les risques de manière citoyenne et à travailler à une prise de conscience aiguisée consistant à utiliser Internet au moyen de moteurs de recherche qui ne divulgueraient pas nos données personnelles. Ces fameuses données personnelles peuvent concerner les nom, prénom, adresse, le téléphone, les coordonnées bancaires, le numéro de sécurité sociale… Une adresse électronique ou e-mail, une adresse IP ou adresse numérique de l’ordinateur sont des données personnelles. Par extension ces données peuvent aussi concerner la famille, le patrimoine, la santé. Les empreintes génétiques, la voix, les images, doivent également être considérées comme des données personnelles. Il faut citer aussi le cas particulier de la vidéo-surveillance dont les enregistrements d’images et les sons font l’objet d’une législation spéciale.

Toutes ces informations peuvent être recueillies par l’éponge avide des Google, Facebook et autres réseaux sociaux dont nos concitoyens raffolent. Finalement, c’est bien l’utilisateur qui participe à la divulgation de ses propres données personnelles.

Un dessin de Chappatte publié sur Fanartstrip

L’emprise de Google n’a cependant pas empêché de jeunes entreprises hexagonales de proposer leur propre moteur de recherche. Avez-vous entendu parler de Qwant, Lilo, Exellead, Xooloo, Ecogine ? Ce sont cinq moteurs de recherche made in France qui offrent chacun leur propre vision du Web. Bien évidemment, il en existe beaucoup d’autres.

Fondé en 2011, Qwant est probablement l’un des moteurs de recherche français les plus connus. Son lancement officiel en langue française a eu lieu le 4 juillet 2013. Contrairement à Google qui est souvent pointé du doigt pour son utilisation obscure des données utilisateur, Qwant se veut un moteur de recherche neutre. Il n’installe aucun cookie et ne trace pas les habitudes de l’usager.

Après des débuts relativement chaotiques, l’algorithme de recherche a été grandement amélioré. Le moteur bénéficie aussi d’une nouvelle interface depuis 2015. Fort de son succès, Qwant lance de nouvelles versions destinées aux jeunes, Qwant Junior, et aux configurations PC légères, Qwant Lite.

En 2017, le moteur français a été intégré par défaut au navigateur Mozilla Firefox, lui aussi orienté vers le respect de la vie privée. Si on cherche un moteur de recherche complet et neutre, Qwant devrait pleinement satisfaire ! Il ne cesse d’évoluer et ajoute de nouveaux services régulièrement.

La politique de protection des données de Qwant a pour principe au cœur de sa philosophie, « de veiller à protéger au mieux votre vie privée ». L’utilisateur bénéficie des droits garantis par la loi dite « Informatique et Libertés » du 7 janvier 1978. Qwant déclare « s’interdire de collecter un grand nombre de données personnelles que d’autres collectent, qui sont inutiles pour vous apporter les services dont vous avez besoin. Nous ne cherchons jamais à savoir qui vous êtes ou ce que vous faites personnellement lorsque vous utilisez notre moteur de recherche. Lorsque nous devons collecter des données nous ne divulguons pas ni ne revendons ces données personnelles à des fins commerciales ou autres. En effet, nous utilisons vos données exclusivement pour vous fournir les services proposés par Qwant. »

Eric Léandri, PDG de Qwant (photo © Qwant)

Son fondateur Eric Léandri peut-il défier le leader mondial des moteurs de recherche ? Avec ses 165 salariés, qui ont mis à flot un moteur « neutre » et respectueux de la vie privée, Qwant espère conquérir de 5 à 10 % du marché européen d’ici à 2021, en pariant sur le choix du consommateur : « Je ne me bats pas contre Google, ce serait débile. C’est juste que je ne supporte pas qu’on n’ait pas le choix » déclare-t-il au Nouvel Obs. L’entreprise a le soutien des pouvoirs publics et la certitude d’être dans l’air du temps : chez eux, on ne sera jamais espionné… Car il s’agit d’affronter un monstre qui concentre 91 % des recherches faites par les Européens.

Avant sa rébellion, Eric Léandri a été salarié, consultant, patron et créateur d’entreprise dans l’informatique. L’idée de Qwant germe en 2009. Au départ, ce sont des algorithmes brevetés qui scannent le web social (Twitter, Facebook, blogs…). De fil en aiguille, Léandri et les trois autres cofondateurs décident de transformer Qwant en moteur de recherche grand public. En chemin, ils convainquent trois investisseurs prestigieux de les soutenir avec de très gros moyens : l’imposant éditeur allemand Axel Springer (qui a investi 8,5 millions d’euros en deux fois), la Banque européenne d’investissement (25 millions d’euros) et la Caisse des Dépôts (15 millions d’euros) sont ses principaux actionnaires. Eric Léandri est optimiste « On a la technologie qu’avait Google il y a trois ans. On espère rattraper cette année leur dernière technologie ».

Les dangers de Google… (dessin publié sur Blague.LOL)

Alors, Qwant, pour conquérir les foules, doit-il davantage ressembler à Google ? Question cruciale, équation insoluble. « Si on avait voulu faire du Google contre Google, on aurait perdu. C’est ce qui est arrivé à tous les autres alors qu’il y avait des gens sérieux derrière ces projets ». Outre le respect de la vie privée et la neutralité, il mise sur la recherche qualitative, dans les domaines de la musique et du contenu pour enfants, pour le moment, dans le sport et les jeux vidéo demain.

Hors moteur de recherche, Qwant travaille aussi sur quelques gros chantiers : la Qwant Map, semblable à Google Maps mais aura le tact d’oublier vos déplacements au bout de dix minutes. Le Qwant Masq, quant à lui, permettra à l’utilisateur d’enregistrer ses préférences sur différents appareils sans être pisté, sans inscription, sans données sur le cloud, bref, en toute sécurité.

Souhaitons que ces engagements aboutissent et soient tenus sur la durée. Le risque est clairement pour l’entreprise d’éparpiller ses forces. Et la bataille éthique risque d’être rude…

S. J.

Système d’alerte SAIP : l’État jette l’éponge

1 juin 2018

Alerter les populations en cas de péril grave et imminent, voilà qui relève pleinement du rôle régalien de l’État. Après les cornes de brume, la sonnerie du tocsin puis les sirènes installées sur le toit de l’école ou de la mairie, il est apparu nécessaire de moderniser et de rendre plus efficace les dispositifs d’alerte, pour faire face à des menaces qui ne se limitent plus à l’état de guerre et aux éventuelles attaques aériennes mais qui englobent aussi les risques d’attentat, de catastrophe naturelle ou d’accident technologique.

C’est ainsi qu’a été initié en 2009 le dispositif SAIP, un acronyme comme le Ministère de l’Intérieur les adore, et qui signifie « système d’alerte et d’information des populations ». Ce système est en fait destiné à remplacer le « Réseau national d’alerte », mis en place après la dernière guerre et qui s’appuyait sur un réseau de 4500 sirènes, testées tous les mercredis, mais qui n’avaient quasiment jamais été actionnées pour déclencher l’alerte en 50 ans d’existence et dont la maintenance devenait de plus en plus problématique du fait de l’obsolescence du dispositif.

Le nouveau SAIP continue néanmoins à s’appuyer sur ce réseau de sirènes qui a été complété et surtout modernisé à grands frais. Il vise à permettre aux acteurs de la gestion de crise de lancer l’alerte dans une zone géographique donnée en une unique opération sur différents vecteurs simultanément : sirènes, téléphones mobiles, mais aussi via Radio France, France Télévision et même sur les panneaux à message variable des gestionnaires d’infrastructures et des collectivités territoriales.

Remplacement des sirènes d’alerte sur le toit de la mairie de Fréjus (source © Ville de Fréjus)

Testé dans 3 départements en 2009, le dispositif a été étendu à la France entière et prévoyait le lancement de SMS d’alerte via les opérateurs de téléphonie mobile. Contrairement aux sirènes qui ne font qu’alerter, la diffusion de messages d’alerte sur les téléphones mobiles permet en effet de diffuser des messages plus complets et plus ciblés qui informent chacun quant au meilleur comportement à adopter en fonction de la nature effective du danger.

Dans ce domaine, il existe différentes technologies comme l’explique un rapport sénatorial très pédagogique (et plutôt critique) déposé en 2017 par le sénateur LR de la Sarthe, Jean-Pierre Vogel. La plus adaptée, utilisée notamment aux Pays-Bas depuis 2012, mais aussi au Japon depuis 2007 et aux États-Unis, dite de diffusion cellulaire (cell broadcast) permet d’envoyer, via le réseau de téléphonie mobile un même message à tous les utilisateurs présents dans une zone géographique donnée (correspondant à une ou plusieurs cellules du réseau). Ce système est particulièrement adapté car il ne crée pas de surcharge sur le réseau, les messages étant transmis par des canaux de contrôle spécifiques, et ne nécessite pas de connaître les numéros de téléphone des destinataires, mais il ne permet pas de savoir qui a effectivement reçu le message.

Une autre possibilité consiste à diffuser des SMS ciblés aux seuls usagers présents dans le secteur géographique concerné, en s’appuyant sur la géolocalisation de leur téléphone, un dispositif qui peut néanmoins conduire à saturer rapidement le réseau et qui ne permet pas de distinguer les SMS d’alerte de tous les autres. Ces deux pistes ont été explorées en 2011 mais abandonnées par le Ministère de l’Intérieur du fait de la mauvaise volonté des opérateurs de téléphonie mobile et des coûts envisagés.

C’est la raison pour laquelle l’État a choisi plutôt une troisième voie qui consiste à développer une application spécifique pour smartphones, permettant d’envoyer des messages d’alerte aux usagers. Ce choix était acté depuis 2011, mais il a fallu attendre fin 2015, au lendemain des attentats du 13 novembre, pour que le Ministère se décide à rédiger le cahier des charges et lancer la consultation, dans l’urgence puisque l’objectif était que le dispositif soit opérationnel pour l’Euro de football prévu en France depuis 2010 et qui devait débuter en juin 2016 !

Ecran d’alerte de l’application défunte SAIP

Le marché a été notifié le 27 mai 2016 à la société Deveryware, spécialisée dans les services s’appuyant sur la géolocalisation en temps réel et qui a dû développer en catastrophe un dispositif particulièrement sophistiqué puisqu’il s’agissait d’identifier tous les abonnés effectivement présents dans une zone géographique donnée à un instant t, sans toutefois que la liste de ces destinataires ne soit répertoriée sur un serveur central, ceci pour se conformer aux exigences de respect de la vie privée de chacun.

Le camion qui a provoqué la mort de 84 personnes à Nice le 14 juillet 2016 (photo © Eric Gaillard / Reuters)

Cette précipitation dans l’élaboration du dispositif explique en partie sa faiblesse puisque le système a été actionné dès le 14 juillet 2016, à l’occasion de l’attentat sur la Promenade des Anglais à Nice. Et pour ce premier test en vraie grandeur, le dispositif ne s’est guère montré performant puisqu’il a fallu 3 heures pour que l’alerte soit effectivement transmise aux personnes présentes sur place, alors que tout danger était écarté depuis bien longtemps, et plus d’un mois pour que les personnes présentes à Nice reçoivent le message de fin d’alerte…

Depuis, le système a gagné en efficacité mais il reste dépendant des services préfectoraux en charge de déclencher l’alerte, ce qui explique que l’application est restée étrangement muette à l’occasion de la prise d’otage au Super U de Trèbes en mars 2018 ou lorsqu’un militaire a été attaqué au Louvre l’été dernier, tandis qu’il ne manquait pas en revanche de relayer en 2016 un supposé attentat dans une église parisienne alors qu’il s’agissait d’un simple canular.

Deux ans après la mise en service de cette application, le Ministère de l’Intérieur vient d’annoncer que le contrat le liant à la société Deveyware ne sera pas reconduit et que le dispositif était purement et simplement abandonné. Les services de l’État reconnaissent, comme le relaie Le Monde, avoir fait fausse route avec cette application qui exigeait d’être téléchargée au préalable, ce qu’ont fait seulement 900 000 personnes (alors que plus de 30 millions de Français sont inscrits sur Facebook…), et qui, pour être fonctionnelle, nécessitait d’être ouverte en permanence, ce qui peut être rédhibitoire selon les forfaits et selon l’état des batteries de téléphone !

Humour noir signé Delucq : « Pas de bras, pas d’appli »

Un échec cuisant donc et qui nécessite de revoir complètement la stratégie d’alerte des populations. Pour cela, le Ministère prévoit désormais de faire allégeance à Google, Facebook et Twitter qui ont donc définitivement gagné la bataille… Google promet ainsi de mettre en avant les messages du Ministère de l’Intérieur pour les internautes recherchant des informations sur un attentat ou une catastrophe, tandis que Facebook et Twitter relaieront ces mêmes messages en cas d’alerte, au même titre que la RATP, Vinci Autoroutes ou encore Radio France.

Une preuve de plus que les multinationales de l’internet sont incontournables, même pour une mission aussi fondamentale par laquelle l’État cherche à informer sa population d’un danger imminent : dure leçon pour un État régalien aux abois !

L.V.

Totalitarisme numérique : Pékin montre la voie…

23 avril 2018

Depuis quelques semaines, tous ceux qui gèrent de près ou de loin des données numériques n’ont que cet acronyme à la bouche : RGPD. Ce qui signifie bien sûr, comme chacun l’aura deviné, règlement général pour la protection des données. Un nouveau règlement européen qui entrera en vigueur simultanément dans tous les pays de l’Union européenne le 25 mai 2018, et que les parlementaires français s’efforcent d’examiner en urgence en vue de sa transposition dans le droit français.

Ce nouveau corpus réglementaire, qui abroge la directive de 1995 sur les données personnelles, nécessite en effet d’adapter la loi dite Informatique et liberté, adoptée en 1978 et révisée en 2004. Il permettra de conforter les droits individuels par rapport à leur fichage informatique, avec un niveau d’information plus élevé et la création d’un droit à l’effacement pour ceux qui souhaitent voir leurs données personnelles retirées de certains fichiers.

Un dessin de François Cointe

Il vise aussi à alléger certaines formalités administratives en matière de déclaration des fichiers auprès de la CNIL, la Commission nationale informatique et liberté, en favorisant un contrôle a posteriori assorti de lourdes sanctions financières pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros voire 4 % du chiffre d’affaire mondial, de quoi faire trembler Facebook et Google

Tous les acteurs publics qui gèrent des fichiers contenant des données personnelles vont devoir en tout cas se mettre à la page en commençant par désigner un délégué à la protection des données qui sera le garant de la bonne mise en œuvre de cette nouvelle directive plus exigeante en matière de protection des données individuelles, et tout particulièrement celles dite sensibles, car concernant les orientations politiques, religieuses ou sexuelles d’une personne, voire les données à caractère médical, judiciaire ou ethnique.

Un dessin de Denis Boutant (source © Les Echos Publishing Experts infos – 2017)

Et pendant ce temps-là, les Chinois non seulement ne s’embarrassent pas de ce type de précautions, mais sont en train de mettre en place une situation de totalitarisme numérique à côté de laquelle celle imaginée par le romancier Georges Orwell dans son célèbre roman d’anticipation 1984, passe pour une aimable bleuette.

Ainsi que l’a révélé le Washington Post fin 2016, le Parti communiste chinois a développé un système, dit de « crédit social » permettant de collecter de manière systématique les données personnelles des 1,4 milliards d’habitants du pays, afin de noter ces derniers. Le dispositif est des plus simples et relève du flicage classique mais appliqué à une échelle jamais imaginée jusqu’alors.

Un dessin de Gros, publié dans Marianne le 6 avril 2018

Monsieur Li, citoyen lambda, se risque à griller un feu rouge. Au vu des millions de caméras qui fleurissent à chaque coin de rue, ce n’est guère prudent et le voilà qui perd 50 points sur son compte individuel, initialement crédité de 1000 points. Pour peu qu’il oublie de payer l’amende dans les délais, c’est encore 100 points en moins… Si de surcroît il se permet d’aller consulter sur internet des sites qui ne sont pas du goût du gouvernement, voire d’acheter via internet des livres qui ne s’inscrivent pas dans la ligne du parti, sans même aller jusqu’à dialoguer avec des citoyens considérés comme opposants au régime, voilà son crédit de points qui s’effrite dangereusement.

Et Monsieur Li s’aperçoit alors qu’il n’est plus autorisé à voyager en première classe où à acheter un billet d’avion pour un séjour à l’étranger. La promotion qu’il attendait depuis des années est brusquement refusée, il n’a plus accès au crédit immobilier et ses enfants qui ambitionnaient d’intégrer une université reconnue voient leur inscription rejetée.

Le Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, désormais élu à vie (photo © Michael Clement – RIA Novosti/Camera Press/Redux)

Il ne reste plus d’autre solution à Monsieur Li pour récupérer des points lui permettant de retrouver une vie sociale normale, qu’à aller sur les sites officiels pour approuver bruyamment les dernières réformes du gouvernement et de son chef bien aimé, Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine depuis 2013 et désormais assuré depuis la toute récente modification de la constitution adoptée le 17 mars 2018, de rester à vie à ce poste.

Avec un tel système, on se doute bien que de toute façon il ne doit plus grand-chose avoir à craindre d’éventuels opposants. Selon l’agence de presse Chine nouvelle, ce dispositif qui se met en place progressivement jusqu’en 2020, permettra dès le 1er mai prochain, de bloquer l’achat par les citoyens les moins bien notés, d’un billet d’avion ou de train.

La base de données gigantesque qui se constitue ainsi sera alimentée par les fichiers de l’administration, les banques, les hôpitaux, les réseaux de caméras de surveillance urbaine à reconnaissance faciale mais aussi par les plateformes privées qui gèrent les réseaux sociaux et les sites d’achat en ligne. Un dispositif imparable de contrôle social qui devrait permettre de traquer le moindre comportement déviant et transformer le peuple chinois en un troupeau de moutons, aussi conformistes que dociles.

De quoi réaliser le vieux rêve de Mao Tsé-toung qui plaçait le « contrôle de la pensée » au cœur de son système politique, et de quoi donner des idées à bien d’autres dirigeants dans le monde…

L.V. 

Coca-Cola se jette à l’eau…

14 avril 2018

Un dessin signé Nagy

Décidément, ces commerciaux sont vraiment trop forts, ou les consommateurs trop crédules ! Voilà que le géant de l’agro-alimentaire, la firme créée à Atlanta en 1885, The Coca-Cola Company, à l’origine de moult scandales de corruption, d’actions musclées de lobbying et d’études pseudo-scientifiques mensongères, voilà que cette société multinationale s’apprête à vouloir vendre aux Français de l’eau en bouteille au prix astronomique de 2,80 € le litre !

Voyant en effet les ventes de ses sodas stagner dans les pays européens où le marché est depuis longtemps saturé, la société cherche à se diversifier. Elle a déjà investi dans le domaine du bio avec les thés et infusions Honest et Fuze Tea. Mais son calcul vise surtout le marché de l’eau en bouteille, particulièrement florissant notamment en France où la consommation par habitant d’eau en bouteille est la deuxième du monde ! En 2015, la vente d’eau embouteillée en France représentait un chiffre d’affaire colossal de 2 milliards d’euros, avec une croissance estimée à 4,9 % pour l’année 2017, tant en volume qu’en valeur.

Un dessin d’Olivero

C’est incontestablement une victoire impressionnante des rois du marketing que d’avoir ainsi réussi à instiller aux Français l’idée que les eaux vendues dans des bouteilles en plastiques sont meilleures que celle qui sort du robinet alors que cette dernière est nettement plus contrôlée et infiniment moins chère.

En tout cas, Coca-Cola a bien repéré qu’il y avait là des bénéfices à engranger et s’apprête donc à venir tailler des croupières aux trois grands groupes qui se partagent actuellement 80 % de ce marché juteux. Nestlé Waters caracole en tête des ventes avec notamment ses marques d’eaux minérales Perrier, Vittel, Hépar ou encore Contrex, suivi de près par Danone, propriétaire entre autres des marques Evian, Badoit ou Volvic. Le troisième larron est le groupe Neptune qui commercialise par exemple Vichy Célestins, Saint-Yorre ou Pierval.

Mais Coca-Cola, troisième producteur mondial d’eau en bouteille, est prêt à en découdre et il met donc un pied sur le marché hexagonal en lançant la commercialisation de son eau en bouteille Smartwater après trois ans d’étude de marché. Lancée en 1996 aux États-Unis, puis en 2014 au Royaume Uni, cette marque, bien que vendue 5 fois plus cher que ses concurrents, s’est rapidement imposée sur le marché américain où elle truste 63 % des ventes, tandis que chez nos voisins anglais elle a déjà conquis 11 % de parts du marché en moins de 4 ans.

Un succès commercial d’autant plus étonnant qu’il s’agit d’une eau captée à la source de Morpeth, une ville du Northumberland, dans le nord de l’Angleterre, mais cette eau naturelle est ensuite distillée par évaporation puis reconstituée en y introduisant des sels minéraux, ceux-là même que le processus de distillation a éliminés. Une véritable aberration en matière de traitement d’eau, qui explique d’ailleurs le coût particulièrement élevé de cette eau totalement artificielle. Mais cela ne semble guère gêner les consommateurs qui retiennent seulement l’argument commercial de la purification à outrance…

Dès le mois d’avril, les consommateurs français qui ne regardent pas à la dépense trouveront donc, pour l’instant uniquement dans les magasins de la chaîne Monoprix, les bouteilles étiquetées Smartwater. De contenance 600 ml, ces bouteilles seront vendues au prix exorbitant de 1,40 € le flacon pour l’eau plate, et jusqu’à 1,75 € pour l’eau gazeuse. Un vrai luxe quand on compare avec l’eau du robinet qui revient en moyenne à moins de 4 € le mètre cube, soit 0,4 centimes le litre…

Dasani, l’eau en bouteille de Coca-Cola qui a fait un flop en Europe

Rien ne dit que le succès commercial sera au rendez-vous, d’autant que Coca-Cola a déjà subi un échec cuisant sur le marché européen. C’était en mars 2004. La firme d’Atlanta venait de dépenser 20 millions d’euros en budget publicitaire pour préparer l’ouverture du marché français à accueillir son eau en bouteille vendue sous la marque Dasani.

Un beau succès commercial aux USA où cette marque introduite en 1999 avait réussi à se placer parmi les eaux les plus vendues, mais un véritable accident industriel au Royaume Uni où la compagnie américaine se trouvait alors confrontée à une levée de bouclier totalement inattendue malgré le matraquage publicitaire qui avait accompagné l’arrivée de Dasani Outre-Manche. Il faut dire que les commerciaux américains ne faisaient pas dans la dentelle, présentant leur « pure eau plate » vendue en petite bouteille bleu clair comme un véritable concentré de pureté, contrairement aux eaux douteuses distribuées au robinet.

Le hic, c’est que l’eau en question, vendue 1,40 € la bouteille de 500 ml, n’était ni plus ni moins que de l’eau du robinet acheminée directement à l’usine Coca-Cola de Sidcup, située dans la banlieue londonienne, par le réseau public géré par Thames Water, une compagnie britannique de distribution d’eau, laquelle facture cette même eau à 0,4 centimes le demi-litre. La compagnie de service public en question ne s’est bien entendu pas privée de faire remarquer que le procédé frisait l’escroquerie…

Coca-Cola a certes fait valoir que l’eau en question subissait une purification supplémentaire par osmose inverse avant ajout de sels minéraux. Mais quand, de surcroît, la firme a été contraint de retirer de la vente 500 000 bouteilles en raison d’un taux de bromates supérieur aux normes britanniques autorisées, elle a alors préféré jeter l’éponge et renoncer à introduire son eau en bouteille Dasani tant en France qu’en Allemagne, se limitant à y commercialiser l’eau minérale issue de la source belge de Chaudfontaine acquise par les Américains en 2003.

A l’époque, la firme Coca-Cola s’était même vu décerner le prix Ig Nobel (prononcez « ignoble » en anglais, un prix satirique attribué chaque année par le magazine scientifique Annals of Improbable Research) de chimie 2004 « pour son usage de la technologie avancée pour convertir l’eau contaminée de la Tamise en Dasani, une eau minérale embouteillée… qu’il a fallu finalement retirer des étalages, pour présence d’un produit cancérigène ». Une distinction dont la firme d’Atlanta se serait sans doute bien passée mais que chacun a déjà oubliée… Vive le marketing !

L.V. 

Classement Forbes : les milliardaires vont bien, merci

17 mars 2018

Bernard Arnault, première fortune française et quatrième mondiale, à la une de l’édition française du magazine Forbes

Cela fait partie des marronniers traditionnels de la presse mondiale qui adore publier des classements de toutes sortes. La liste des milliardaires mondiaux, que le magazine économique américain Forbes édite chaque année, fait partie des références qui font toujours couler beaucoup d’encre. Celle qui vient d’être diffusée pour l’année 2018 et qui prend pour référence la date du 9 février, dénombre exactement 2043 milliardaires en dollars, détenant à eux seuls une fortune cumulée de près de 7 700 milliards de dollars, soit trois fois le PIB de la France… Le chiffre a doublé depuis 2010, tant en montant qu’en nombre, ce qui traduit une remarquable progression dans l’art de concentrer la fortune mondiale aux mains d’une poignée d’heureux élus. Et comme les précédents, ce classement par nature arbitraire et incomplet fait jaser.

Le Monde mais aussi Arrêt sur image se sont ainsi empressés de critiquer ce classement 2018 qui, comme les précédents, passe « à côté de fortunes gigantesques dissimulées par leurs propriétaires dans des juridictions discrètes et des structures opaques, comme les sociétés écran, les fondations ou les trusts ».

Par nature, le classement proposé ne peut guère représenter fidèlement la répartition mondiale de la richesse, quelle que soit la qualité des enquêtes journalistiques, tout simplement parce que les plus riches s’ingénient à masquer une partie de leur fortune pour s’épargner des prélèvements fiscaux trop importants. C’est ainsi que l’enquête sur les Paradise Papers, publiée en novembre 2017, avait révélé que l’homme d’affaires américain Jim Simons, fondateur et gérant du fonds spéculatif new-yorkais Renaissance Technologies, avait dissimulé entre 7 et 15 milliards de dollars qui s’ajoutent donc a minima à sa fortune estimée en 2017 par Forbes à 18,5 milliards, ce qui change quand même significativement la donne…

Le prince saoudien Mohamed ben Slaman (photo © Reuters)

On reproche souvent aussi au magazine Forbes de ne volontairement prendre en compte qu’une partie seulement des magnats de la planète, excluant délibérément tous les dirigeants politiques et les monarques alors que plusieurs d’entre eux auraient largement leur place dans cette liste d’heureux privilégiés. C’est ainsi que, contre toute attente, le prince héritier et nouvel homme fort d’Arabie saoudite, Mohamed ben Salman, qui s’était offert en 2015 la maison la plus chère du monde, pour la modique somme de 275 millions d’euros et qui est également l’heureux propriétaire d’un yacht estimé à 420 millions d’euros, ne fait pas partie de la liste Forbes des milliardaires mondiaux. Pas plus d’ailleurs que les nombreux autres milliardaires saudiens dont la fortune est pour le moins menacée dans le cadre de la récente campagne anti-corruption qui s’est traduite, depuis novembre 2017, par l’arrestation de 381 hauts dignitaires du régime dont une cinquantaine dort encore en prison et qui ont déjà dû verser à l’État la bagatelle de 107 milliards de dollards !

On ne trouvera pas non plus dans la liste de Forbes des dirigeants comme Vladimir Poutine alors que les Panama Papers ont révélé qu’il détenait des actifs conséquents dans certains paradis fiscaux, pas plus d’ailleurs que la famille royale d’Angleterre. Il faut dire que le classement de Forbes a quelques difficulté à rendre compte de la gestion familiale des grandes fortunes. Il fait ainsi apparaître de manière groupée les deux frères Martin et Olivier Bouygues, à la tête du groupe de BTP et de médias du même nom, avec une fortune globale de 4 milliards d’euros.

Emmanuel Besnier, dirigeant du groupe Lactalis et 5ème fortune française (photo © Eric Dessons/JDD)

Mais il dissocie d’une part le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier (5ème fortune de France avec un joli pactole de 11,3 milliards d’euros, malgré les déboires de son usine de lait infantile de Caen contaminée depuis des années à la salmonelle, et surtout grâce à ses pratiques commerciales qui étranglent les éleveurs laitiers) et d’autre part l’un de ses frères, Jean-François, et sa sœur, Marie, qui figurent tous deux également dans le classement Forbes en 14ème position des fortunes française avec 4 milliards d’euros chacun, excusez du peu...

Forbes ne cite pas en revanche des entrepreneurs comme Christian Courtins-Clarins, possesseur avec sa famille d’un empire du cosmétique qui réalisait, en 2016, 4,5 milliards de chiffre d’affaire. Il ne cite pas non plus les PDG de grosses sociétés de spiritueux tels que Pierre Castel ou Alexandre Ricard, ni même Benjamin de Rothschild, le président du groupe financier du même nom, pourtant crédité par Challenges de 4,5 milliards d’euros. Pas de trace non plus dans ce classement des familles Peugeot ou Michelin, ni même de la famille Mulliez dont la fortune est pourtant évaluée autour de 40 milliards d’euros, un oubli sans doute...

Dessin de Gros publié dans Marianne

Ces approximations incitent donc à traiter avec prudence un tel classement. Il présente néanmoins le mérite de montrer qu’il existe en France au moins de 40 milliardaires en dollars. Le magazine économique Challenges en avait dénombré 88 en 2017 et son prochain classement attendu en juillet sera probablement plus proche de la vérité. Quoi qu’il en soit, la bonne nouvelle, pour ceux qui s’inquiéteraient éventuellement de la bonne santé financière des grandes fortunes françaises, c’est que nombre de ceux qui figurent dans ce classement ont vu leur fortune s’accroître confortablement depuis l’an dernier.

A l’exception de quelques maladroits comme Patrick Drahi dont la fortune est passée de 13 milliards en 2017 à 6 milliards cette année du fait des difficultés que rencontre Altice, la maison-mère de SFR, nombre d’entre eux ont vu leurs actifs s’étendre de manière assez spectaculaire. Félicitations en particulier à Bernard Arnault, l’heureux patron du groupe LVMH qui, avec une fortune estimée à 72,2 milliards de dollars, occupe désormais la première place du classement français et est considéré par Forbes comme la quatrième fortune mondiale, certes derrière Jeff Bezos (Amazon) et Bill Gates (Apple), mais devant Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. En un an, sa fortune a tout simplement doublé, passant de 30 à 60 milliards d’euros, de quoi rassurer les porte-parole du patronat français, toujours inquiets quant à la rentabilité de nos entreprises hexagonales et au faible taux de rémunération de leurs dirigeants…

Tout ceci est d’autant plus encourageant que le cas n’est pas isolé puisque la troisième fortune de France (derrière la fille de Liliane Bettencourt, désormais 18ème fortune mondiale et détentrice d’un beau magot évalué à 42,2 milliards de dollars : on comprend mieux a posteriori pourquoi certains s’étaient donnés tant de mal pour tenter de capter l’héritage de l’empire l’Oréal…), le délicieux François Pinault, a lui aussi quasiment doublé son capital en un an grâce à la bonne santé de son groupe Kering, ex Pinault-Printemps-Redoute, dont le chiffre d’affaires a augmenté de près de 45 % depuis 2017 et les bénéfices de 120 % : merci patron ! Citons aussi au passage l’inénarrable Serge Dassault, patron du Figaro et vendeur de Rafale à ses heures perdues, dont la fortune s’est nettement consolidée, passant en un an de 16,1 à 22 milliards de dollars.

Dessin publié dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018

Voilà certainement qui devrait mettre du baume au cœur au reste des Français, certes moins fortunés et qui n’ont pas nécessairement connu une progression aussi fulgurante de leur fortune personnelle, mais c’est en tout cas sans doute la première fois que le classement Forbes fait état de 2 Français dans le Top 20 des plus grandes fortunes mondiales : la preuve assurément que l’économie du pays est sur la bonne voie…

L.V.  

Alimentation : les consommateurs passent à l’action !

12 février 2018

Dessin signé JM

En France, un tiers des adultes sont en surpoids et 7 millions de Français sont considérés comme obèses, ce qui représente quand même 15 % de la population. Et le phénomène n’arrête pas de s’aggraver : en 1965, seuls 3 % des enfants d’âge scolaire étaient obèses alors que cette proportion atteignait 13,3 % en 2000 et ne cesse de croître depuis. Une situation d’autant plus inquiétante que l’obésité acquise avant l’âge de 5 ans persiste ensuite à l’âge adulte. On reste certes loin des chiffres de nos amis canadiens où 26 % des enfants sont considérés en surpoids tandis que 36 % des adultes présentent de l’embonpoint et 25 % sont classés obèses. Reconnue comme maladie chronique depuis 1997 par l’OMS, l’obésité est devenue un problème majeur de santé publique.

Pourtant, en matière nutritionnelle, les principes à respecter sont simples et identifiés depuis bien longtemps. Sur le plan quantitatif, il s’agit de fournir à son corps de quoi équilibrer les dépenses énergétiques qui dépendent de différents facteurs dont l’activité physique, mais qui correspondent grosso modo à 2500 Cal/jour pour un homme et autour de 2000 pour une femme. Et sur le plan qualitatif, il est bien connu qu’il convient d’éviter de grignoter entre les repas et qu’il vaut mieux privilégier la consommation de fruits et légumes et limiter les apports en lipides, sel et sucres. Des règles de base que l’école comme les messages de santé publique n’arrêtent pas de rabâcher.

Composition des plats préparés : des listes de composants à rallonge… (source © Bien-être et fitness)

Seulement voilà : autant il est facile de faire des choix alimentaires sains lorsque l’on achète des produits bruts pour les cuisiner soi-même, autant la tendance est désormais de consommer pour l’essentiel (à 70 % dans un pays comme la France) des produits transformés, issus de l’industrie agro-alimentaire, et préparés principalement à base d’ingrédients peu coûteux et présentant des caractéristiques nutritionnelles déplorables : riches en calories, en graisses, en sucres et en sel, mais pauvres en fibres, en vitamines et en sels minéraux…

Le professeur Serge Hercberg (source © Observatoire des aliments)

Pour faire face à ce véritable fléau de santé publique et guider les consommateurs dans leurs achats, l’épidémiologiste Serge Hercberg, expert en nutrition à l’INSERM et président du Plan national nutrition santé, lancé en 2006, préconise depuis 2014 d’adopter un code couleur ultra simple permettant de classer de A (produit le plus favorable sur le plan nutritionnel) à E des aliments transformés, en se basant sur l’analyse de la composition de 100 g du produit, analyse qui prend en compte d’une part les nutriments jugés favorables (fibres, protéines, fruits et légumes) et d’autre part ceux à limiter (acides gras saturés, éléments caloriques, sucres, sel).

Ce code couleur ultra simple et très pédagogique pour les consommateurs, dénommé Nutri-Score, permet de comparer d’un seul coup d’œil dans les rayons du supermarché, la pizza surgelée ou le paquet de céréales qui présente la meilleure qualité nutritionnelle.

Une véritable hérésie pour les entreprises de l’agro-alimentaire et la grande distribution qui se battent bec et ongles depuis des années pour empêcher l’adoption d’un tel dispositif. Il faut lire les discours du président de l’ANIA, l’Association nationale des industries agro-alimentaires, pour voir avec quelle mauvaise foi les industriels du secteur s’acharnent à démonter une telle approche de santé publique afin de préserver leurs intérêts : « l’ANIA maintient son opposition à tout dispositif d’étiquetage nutritionnel simpliste reposant uniquement sur un code de couleurs et une approche médicalisée et théorique de l’alimentation. L’équilibre alimentaire d’un individu ne peut pas se réduire à une pastille de couleur sur un produit. Ces systèmes de notation nutritionnelle stigmatisent injustement les aliments car ils reposent sur des calculs théoriques prenant en compte 100 g de produit sans en distinguer la consommation réelle  par les consommateurs. »

Dessin signé Esclandre, publié dans Le querelleur

Comme toujours en la matière, les patrons du secteur préfèrent mettre en avant des démarches volontaristes basées sur la communication. Comparer la valeur nutritionnelle de deux produits en analysant la composition d’une même masse de référence de 100 g est une catastrophe à leurs yeux car le résultat est évidemment incontestable et pas forcément à leur avantage. En revanche, laisser libre cours à l’imagination de leurs équipes d’experts en marketing pour démontrer que, ramené à une « portion », leur produit est parfaitement adapté aux besoins du consommateur, voilà qui leur plaît davantage car laissant la porte ouverte à toutes les interprétations…

Histoire de gagner du temps en espérant que la pression retombe, les industriels ont donc réussi à bloquer le dispositif en 2015 et imposé aux pouvoirs publics une expérimentation en vraie grandeur et en conditions réelles d’achat, dans une soixantaine de points de vente répartis dans 4 régions. Cette expérimentation, qui s’est déroulé au dernier trimestre 2016, a porté sur 1200 produits référencés et a mis en concurrence 4 dispositifs différents d’affichage, dont deux très synthétiques basés sur un code à 4 (Sens) ou 5 couleurs (Nutri-Score) et deux autres plus analytiques et plus complexes, ayant la préférence des industriels et de la grande distribution car incompréhensibles pour le commun des mortels !

Les codes couleurs expérimentés fin 2016 (source Isa-conso)

Cette expérimentation s’est bien entendu accompagnée d’une vaste campagne d’information menée dans les magasins concernés, mais surtout d’analyses en continu à base d’enquêtes qualitatives et quantitatives conduites auprès des consommateurs et complétées par des études précises pour évaluer l’évolution des ventes, produit par produit. Ces résultats particulièrement riches ont permis à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de proposer finalement au ministère de la Santé d’adopter le système Nutri-Score, ainsi que l’a annoncé la ministre Marisol Touraine en mars 2017, en précisant que l’avantage de ce dispositif très simple « est plus marqué encore lorsqu’on observe spécifiquement le comportement des consommateurs qui achètent les produits les moins chers », justement le cœur de cible dans la lutte contre le surpoids.

Dessin de Xavier Delucq publié dans le Huffington Post

Comme il fallait s’y attendre, les industriels, par la voix de l’ANIA, comme la grande distribution via celle de la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) ont aussitôt crié au scandale, prétextant que l’analyse de cette expérimentation aurait sans doute mérité d’être poursuivie plus longtemps, avec d’autant plus de conviction que la loi ne rend pas obligatoire l’apposition du nouveau logo sur les produits car la législation européenne ne le permet pas

Certes, en mai 2017, quelques mastodontes du secteur dont les firmes Auchan, Fleury-Michon, Intermarché et Leclerc, suivies par Danone et Mac Cain, se sont finalement engagées à jouer le jeu, même si jusqu’à présent le consommateur lambda n’en a encore guère vu les effets. Mais les 6 géants du secteur agro-alimentaire, à savoir Coca-Cola, Nestlé, Mars, Mondelez (ex Kraft food), Unilever et Pepsi-Co, ont décidé de concocter leur propre logo, histoire de bien embrouiller le chaland !

Mais les consommateurs ont de la ressource et il convient de saluer une initiative citoyenne qui vient d’émerger sous le nom d’Open Food Facts, et qui constitue une base de données ouverte et collaborative sur les produits alimentaires « faite par tout le monde, pour tout le monde ».

Exemple d’analyse nutritionnelle de yaourts brassés aux fruits, emballés à Aubagne (source © Open Food Facts)

Sur le même principe que Wikipédia, chaque consommateur peut y contribuer en aidant à répertorier la composition de produits alimentaires. Aidé de son smartphone, chacun est ainsi invité à photographier la liste des ingrédients et les informations nutritionnelles figurant sur les étiquettes des produits, afin de rendre les données facilement accessibles et aisément comparables. Plus de 420 000 produits auraient ainsi déjà été rendus transparents dans le monde : un vrai cauchemar pour l’industrie agro-alimentaire !

Comme l’explique Stéphane Gigandet, ex employé de Yahoo à l’origine de ce projet : « Tout est fait pour que l’on ne sache pas exactement ce que l’on mange, le type d’additifs, la quantité de sel, de graisses saturées, de sucres, ce qui se cache derrière un additif, l’origine du produit et son lieu de transformation. Notre but est de rendre les étiquettes intelligibles, pour que le consommateur reprenne le contrôle de son assiette ».

Pas sûr que cette initiative soit vraiment du goût des industriels de la malbouffe…

L.V.  

Dépenses scolaires de Carnoux : un joli tour de magie !

24 janvier 2018

Le dernier bulletin municipal de Carnoux-en-Provence, qui porte le n°50, fait preuve d’un bel effort de pédagogie dont la municipalité n’est pas coutumière et qu’il convient donc de saluer à sa juste valeur. La luxueuse « revue trimestrielle gratuite » (car payée par le contribuable), dans laquelle la binette du maire n’apparaît que 11 fois en 32 pages (un petit score par rapport à certaines éditions précédentes), contient en effet pas moins de 4 pages grand format sur papier glacé et soigneusement illustrées en couleur qui détaillent les « moyens matériels, humains et financiers de premier ordre » que la commune consacre à l’enfance dans le cadre d’une « politique éducative qui vise l’excellence ».

L’exercice est remarquable de clarté et confirme en effet que la commune de Carnoux consacre à la petite enfance et aux affaires scolaires (une des rares compétence encore du ressort des communes) une part importante de son budget. On y apprend ainsi que la gestion des 59 places de la crèche municipale, confiée à l’association Carnoux Avenir, qui n’est qu’un faux nez de la mairie, est financée à hauteur de 223 609 € par la commune alors que la participation des parents, de l’État et de la CAF ne dépasse pas 101 k€ : un geste social admirable, tout à l’honneur de la municipalité.

Les activités péri et extra-scolaires sont également plutôt bien loties puisque la commune prend en charge globalement plus de la moitié des dépenses pour un montant cumulé de l’ordre de 240 k€ tandis que les familles et la Caisse d’allocation familiale participent chacun pour sa part à hauteur d’environ 100 k€.

Un extrait du Messager n°50

A cela s’ajoutent les frais de scolarité pour les 592 élèves de maternelle et du primaire qui fréquentent le groupe Frédéric Mistral et pour lesquels la commune dépense annuellement 960 k€ en frais de personnel (hors enseignants qui sont, rappelons-le, pris en charge par le budget de l’Education nationale), entretien et fonctionnement des locaux, mais aussi fournitures scolaires et animations diverses. Un budget non négligeable et que beaucoup d’autres communes à commencer par Marseille aimeraient bien avoir à leur disposition pour choyer autant leurs enfants scolarisés. On ne saura pas en revanche combien verse la commune pour ses enfants qui sont scolarisés sur des communes voisines et combien elle perçoit dans la situation inverse, alors que ces montant sont loin d’être négligeables.

Et ce n’est pas tout puisque la commune dépense également 213 k€ par an pour la cantine scolaire, chaque repas servi étant subventionné à hauteur de 3,81 € tandis que les parents ne payent que 3,01 €.

La brochure municipale ne précise pas à quel exercice budgétaire correspondent ces chiffres et on est bien en peine de le savoir puisque la commune ne publie pas son budget sur son site d’information. On peut supposer néanmoins qu’ils sont issus du compte administratif 2016. En revanche, le texte précise que le montant total des dépenses de la commune pour les « activités de la petite enfance et enfance jeunesse » s’élève à 2 011 500 €, ce qui représente 36,49 % du budget de fonctionnement de la commune qui s’élèverait donc à un peu plus de 5,5 millions d’euros. On ne retrouve pas, loin s’en faut, le chiffre de 6,5 millions d’euros qui avait été annoncé par La Provence pour la section de fonctionnement, lors du vote du budget primitif en avril 2016, mais on n’ira pas chercher la petite bête…

D’autant que l’analyse s’agrémente d’un magnifique camembert bariolé qui montre la part de chacun des postes énumérés précédemment dans le budget de fonctionnement de la commune. On retrouve bien la part des 960 k€ de frais de scolarité qui représentent en effet 17,4 % des dépenses communales annuelles de fonctionnement tandis que les 223 k€ dépensés pour la petite enfance correspondent à un peu plus de 4 % de ces mêmes dépenses.

Pour le reste, les chiffres annoncés laissent davantage perplexes. Alors que le coût net pour la commune de la restauration scolaire est annoncé à 213 k€, les pourcentages indiqués font en réalité état d’une dépense annuelle quasiment double dont on comprend que la part supportée par les familles n’a pas été déduite. Une présentation logique en comptabilité publique puisque la participation des parents ne vient pas en déduction des dépenses de fonctionnement mais sous forme de recette supplémentaire. Sauf que la qualité pédagogique de la démonstration en est pour le moins écornée… Et bien entendu, il en est de même pour les dépenses péri et extra-scolaires dont la part dans le budget de fonctionnement de la commune est ainsi allègrement renforcée par les participations financières des familles et de la CAF.

Un joli tour de passe-passe comptable qui permet d’annoncer fièrement que le montant total des dépenses engagées par Carnoux pour nos enfants s’élève à plus de 2 millions d’euros annuellement alors qu’en réalité le coût pour la commune se limite à 1,6 millions. La différence, qui représente quand même près de 400 000 €, correspond à la participation financière des parents pour la restauration scolaire mais aussi pour les activités péri et extra-scolaires, ainsi qu’aux subventions versées par la CAF pour ces dernières activités.

Bien entendu, loin de nous l’idée qu’une telle présentation relèverait de la manipulation puisqu’elle est parfaitement conforme aux règles de la comptabilité publique. Il n’en reste pas moins que l’exercice aurait mérité d’être présenté de manière un peu plus rigoureuse aux habitants de Carnoux. Mais ne boudons pas notre plaisir : pour une fois que la municipalité fait un réel effort de pédagogie et de transparence !

L.V.  

Les inondations irriguent aussi la photographie

9 décembre 2017

Certains sujets semblent davantage que d’autres inspirer les artistes, à moins qu’il ne s’agisse d’effets de mode. Les peintres d’antan se délectaient de natures mortes et de batailles navales. Les photographes d’aujourd’hui s’inspirent beaucoup des inondations, certes devenues de plus en plus spectaculaires à force de construire toujours davantage en zone inondable…

Nous avions déjà cité ici le travail remarquable de Jérôme Knez qui avait eu l’idée de juxtaposer à des photos d’archives de la grande crue parisienne de janvier 1910 d’autres clichés pris exactement au même endroit pendant l’inondation de juin 2016. Il faut croire que ce dernier événement a frappé les imaginations. Bien que modeste par son impact sur Paris, il avait quand même occasionné pour environ 1,4 milliards d’euros de dommages selon les assureurs si on totalise l’ensemble des dégâts observés durant toute la durée de cet événement météorologique, plutôt rare pour la saison et qui s’était traduit sur certains cours d’eau dont le Loing par une crue au moins centennale. Un tel montant en fait d’ailleurs l’inondation la plus coûteuse depuis 35 ans qu’existe le dispositif d’indemnisation des catastrophes naturelles en France !

Le Grand Palais et le pont Alexandre III (photo © Benoît Lapray)

En tout cas, cet événement a inspiré d’autres artistes dont Benoit Lapray qui s’était déjà fait connaître notamment pour ces photos de superhéros « en quête d’absolu ». La série d’images intitulées « when te night falls » et qui est notamment consultable dans le magazine The Photo Academy, est constituée également de doublons de clichés, pris exactement au même endroit et selon un cadrage rigoureusement identique.

Les immeubles du quai André Citroën dans le 15e arrondissement (photo © Benoît Lapray)

Mais pour chacun des sites, les deux images sont le jour et la nuit. Tous les clichés nocturnes ont été pris de nuit, au plus fort de la crue de juin 2016. Quant à leurs équivalents diurnes, ils ont été pris sous un soleil radieux, un an plus tard, alors que la crue de 2016 n’était plus qu’un lointain souvenir.

Quai de la Rapée (photo © Benoît Lapray)

Du coup, le contraste est saisissant entre les clichés pris à la lueur des réverbères en juin 2016 alors que l’eau noire de la Seine submergeait les voies sur berges et venait lécher le tablier de certains ponts, et ceux pris en plein jour un an plus tard et pour lesquels on a bien du mal à imaginer que les promenades verdoyantes et les jardins publics en bordure de Seine puissent être recouverts par 1 m d’eau voire bien davantage.

Au pied du pont Alexandre III (photo © Benoît Lapray)

Une série de clichés en tout cas très pédagogique et qui incite les Parisiens à conserver en tête cette idée que le coeur de la capitale et notamment certains quartiers en bord de Seine sont particulièrement vulnérables en cas de crue majeur du fleuve qui les traverse.

Et ce photographe n’est pas le seul à mettre ainsi en scène l’impact des inondations sur notre quotidien. Citons aussi son collègue sud-africain Gideon Mendel dont les clichés ont fait le tour du monde et ont été repris par de très nombreux médias. Depuis 2007, cet artiste a sillonné le monde, de la Caroline du Sud au Pakistan, en passant par le Brésil, l’Allemagne ou le Nigéria, pour témoigner visuellement de la manière dont les habitants sont impactés dans leur intimité par des inondations.

Un cliché de la série Portraits submergés (photo © Gideon Mendel)

Il en a tiré quatre séries rassemblées sous le titre accrocheur « Un monde qui se noie » et qui ont été notamment exposées aux Rencontres d’Arles en septembre dernier. La première de ces séries, « Portraits submergés », peut-être la plus spectaculaire, met en scène de simples habitants, souvent des couples, qui posent sur le pas de leur porte ou dans leur salon envahi d’eau boueuse dans laquelle ils disparaissent parfois jusqu’à mi-corps voire jusqu’aux épaules.

Dans une maison inondée du Yorkshire (Royaume-Uni) en 2007 (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Portaits submergés)

On lit dans le regard de ces victimes des intempéries un certain fatalisme, mais aussi beaucoup de désarroi et de désespoir devant la perte de leur propre habitat devenu totalement inutilisable du fait de l’eau boueuse qui s’est engouffrée partout. On repense au slogan choc qu’avait mis en avant l’établissement public Loire pour rappeler aux populations riveraines que le risque inondation est toujours présent même si les populations l’ont largement oublié depuis les fortes crues qui s’étaient succédé en 1846, 1856, 1866 et 1907 notamment : « parce que la Loire est mieux dans son lit que dans le vôtre… ».

Maison inondée au Royaume-Uni (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Lignes de crue)

Sauf que pour ces victimes d’inondation, l’eau s’est bel et bien répandue dans leur salon et leur chambre à coucher, tranformant à jamais ce qui était leur cadre de vie quotidien en un milieu hostile dans lequel leurs effets personnels sont en train de pourrir lentement. La série de clichés intitulée « Ligne d’eau » insiste justement sur les marques laissées par l’eau dans un décor vide de ses habitants mais tout aussi poignant de désolation.

Photo délavée récupérée dans une maison au Bengladesh (photo © Gideon Mendel, extraite de la série Trace d’eau)

Quant à la série dénommée « Traces d’eau », le photographe Gideon Mendel montre des agrandissements des photos personnelles définitivement altérées par le séjour prolongé dans l’eau boueuse et que leurs propriétaires ont soigneusement repêchées pour tenter de conserver un peu des souvenirs de leur vie, gâchée à tout jamais par la catastrophe qui les a touchés. On y voit des visages à moitié effacés, révélateurs de la fragilité de tout ce qui fait notre vie quotidienne face à un risque naturel.

Un beau travail esthétique et pédagogique qui mérite d’être salué en espérant qu’il pourra aider certains à prendre conscience qu’il vaut mieux se préparer à toute éventualité quand on vit en zone inondable : le fait d’avoir conscience du risque permet en effet de réduire fortement sa propre vulnérabilité. Une crue n’est jamais qu’un événement naturel récurrent et il dépend largement de notre comportement et de notre niveau d’adaptation qu’il ne se transforme pas en un drame personnel. Une chose est sûre : faire l’autruche en se persuadant que cela n’arrive qu’aux autres n’est certainement pas la meilleure façon de s’y préparer…

L.V.  

Lidl ou l’enfer du décor !

20 novembre 2017

Elise Lucet, présentatrice de l’émission Cash investigation (source : France Télévision)

L’émission Cash Investigation, produite par l’agence de presse Premières Lignes et présentée sur France 2 depuis 2012 par la journaliste Elise Lucet, n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle. Les entreprises qui se trouvent piégées dans le feu des projecteurs y passent généralement un mauvais quart d’heure… Ce fut le cas lors de l’émission diffusée le mardi 26 septembre 2017 qui a atteint des records historiques d’audience avec pas moins de 3,8 millions de téléspectateurs ! Intitulée « Travail, ton univers impitoyable », elle dénonçait notamment les conditions de travail au sein des groupes Free et Lidl.

Chez Free, société créée en 2006 par Xavier Niel et fournisseur low cost d’accès internet, c’est son centre d’appel Mobipel, une filiale de l’opérateur basée à Colombes, près de Paris, qui était dans le viseur des journalistes d’investigation. Les licenciements s’y sont multipliés depuis un débrayage de quelques heures organisé en 2014 : l’émission en a dénombré 248, sur un site qui comptait environ 650 emplois ! Même si le numéro deux du groupe dément tout lien de cause à effet entre les deux, difficile de ne pas y voir la manifestation d’un management pour le moins expéditif…

Extrait de l’émission Cash investigation diffusée le 26 septembre 2017

D’autant que l’entreprise se distingue par un recours très fréquent au licenciement pour faute grave, donc sans versement d’indemnités ni préavis, et ceci pour des motifs « régulièrement jugés abusifs par les tribunaux de prud’hommes ». L’émission cite notamment le cas d’une responsable des ressources humaines elle-même licenciée pour faute grave, au motif qu’elle aurait eu le tort de procéder à des licenciements classiques pour « cause réelle et sérieuse », ouvrant donc droit à des paiements d’indemnités ! Une approche jugée totalement inappropriée par la Direction : depuis quand faudrait-il respecter les procédures et le droit des salariés ?

Quant au groupe de distribution alimentaire Lidl, il en prend sérieusement pour son grade dans cette émission à charge ! La société Lidl est pourtant une vénérable insitution puisque créée en 1930 par un certain Josef Schwarz sous la forme initiale d’un commerce de fruits exotiques aquel il a préféré donner le nom de son associé, Ludwig Lidl, car l’enseigne « Schwarzmarkt », qui signifie « marché noir », aurait pu prêter à confusion…

Enseigne du magasin Lidl de Carnoux-en-Provence

Depuis 1972, le groupe s’est spécialisé dans le hard-discount et possède désormais de l’ordre de 8 000 magasins répartis dans 26 pays. Implanté en France en 1988, Lidl y détient désormais plus de 1 500 points de vente, dont un à Carnoux ouvert en 2013 au Moulin des Calanques, et s’est quelque peu éloigné de son créneau du hard-discount initial, même si l’enseigne mise davantage sur les prix que sur la qualité des produits vendus pour attirer sa clientèle.

Toujours est-il que les conditions de travail pour les quelques 30 000 salariés de la société Lidl France, ne semblent guère enviables : harcèlement, pénibilité, licenciement et même suicide, bienvenue dans l’univers impitoyable du monde de la grande distribution… Une séquence en particulier a choqué les téléspectateurs : dans une conversation enregistrée entre un chef de magasin Lidl et son manager, ce dernier se met à hurler des menaces à l’attention de son subordonné : « Si je viens et que le magasin est mal tenu, je te promets que toi et moi on se verra toutes les semaines. Ça va être à feu et à sang. Je te mettrai six jours de mise à pied à longueur de temps, tu vas mourir ». Voilà qui dénote incontestablement une ambiance de saine émulation et de franche camaraderie au sein de l’entreprise…

Chez Lidl, comme dans de nombreuses autres entreprises sans doute, tout est fait pour augmenter la productivité, sans trop se préoccuper du bien-être des salariés, considérés avant tout comme des ressources jetables. On y excelle ainsi dans la polyvalence imposée aux caissières, ce qui permet d’éradiquer les temps morts et de réduire au strict minimum le personnel.

Dans les coulisses du monde du travail (source : Premières lignes)

On y a aussi développé la commande vocale qui règne en maître dans les entrepôts où une machine dicte aux préparateurs de commandes les tâches à effectuer, ce qui les transforme en robots qui s’épuisent à tenter de suivre les cadences infernales dictées par la machine. L’émission a ainsi constaté que le poids total des marchandises manipulées chaque jour par ces préparateurs de commande était proprement ahurissant, pouvant atteindre jusqu’à 8 tonnes ! De quoi générer lumbago et tassements de vertèbres à brève échéance.

Mais ce n’est pas très grave puisque le marché du travail actuel permet de licencier rapidement le personnel devenu inapte et de le remplacer par de la chair fraîche. Cash investigation a ainsi relevé que pas moins de 2196 salariés de l’enseigne ont été licenciés pour inaptitude sur les 5 dernières années alors que seuls 22 ont été recasés en interne à un poste de travail moins pénible. En parallèle, l’enseigne se vante d’avoir créé 8000 emplois en France sur cette même période, mais on comprend à quel prix…

Le ton incisif de la journaliste Elise Lucet et les révélations apportées lors de cette émission ont sans aucun doute fait du tort à l’enseigne. Les commentaires ont aussitôt fusé sur les réseaux sociaux, du style : « Un avertissement pour tentative de suicide… En gros, la prochaine fois, te rate pas, ou on te vire ». De nombreux téléspectateurs se sont souvenus de la publicité diffusée par Lidl, mettant en scène un employé d’une marque concurrente qui se rend dans un magasin Lidl et qui appelle son patron pour lui annoncer sa consternation face à la qualité et au prix des produits en vente chez Lidl. Chacun s’en est donc donné à cœur joie pour détourner cette publicité fort malvenue : « Allo patron, y a Elise Lucet chez Lidl. On est mal, patron, on est très mal… ».

Détournement de publicité sur Twitter (source : Huffington post)

Et de fait, la direction de Lidl France a manifestement accusé le coup, au point de se sentir obligée de faire paraître un communiqué de presse dès le lendemain 27 septembre, alors que des salariés d’un entrepôt du distributeur dans les Bouches-du-Rhône se mettaient en grève et que le député LREM Daniel Labaronne déposait une question écrite au gouvernement sur ce sujet ! Il fallait donc au plus vite éteindre l’incendie et la direction de Lidl s’est mobilisée en catastrophe pour tenter de rectifier le tir et rétablir auprès de ses clients une image plus présentable.

Il est bien difficile de déterminer à ce stade si ce coup de projecteur dont le distributeur se serait bien passé va affecter significativement ses ventes. Rien n’est moins sûr car, comme le soulignent nombre de spécialistes du marketing, en la matière, « c‘est la loi du porte-monnaie qui prime ». Autrement dit, le consommateur se moque bien des conditions de travail dans les entreprises, du moment qu’il a accès à des marchandises à prix abordables…

Faut-il contribuer à alimenter le système ?

Dans leur communiqué, les dirigeants de Lidl insistent sur leur souci de transparence et estiment avoir été piégés par les journalistes à qui ils ont ouvert leurs entrepôts et leurs magasins sans restriction. De son côté, un représentant syndical de la CGT juge que l’émission « dit exactement ce que l’on dénonce depuis des années, les mauvaises conditions de travail, le management ». La vérité est probablement entre les deux. Espérons en tout cas que le choc amènera responsables et salariés à approfondir le dialogue social au sein du groupe. Il semble qu’il subsiste une certaine marge de progrès dans ce sens…

L.V.    

Scandale sanitaire : des cochonneries dans le jambon

26 septembre 2017

L’information ne date pas d’hier puisque c’est en octobre 2015 que le Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon et dépendant de l’Organisation mondiale de la santé, l’a confirmé urbi et orbi : les charcuteries sont cancérigènes, directement responsables du cancer colo-rectal, le plus fréquent chez les hommes après ceux du poumon et de la prostate, et chez les femmes après le cancer du sein. Pour cette même année 2015, selon les chiffres de l’Institut national du cancer, on dénombrait en France 43 000 nouveaux cas de cancer du colo-rectum déclarés et près de 18 000 décès du fait de cette maladie : moins que le cancer du poumon qui a tué cette année-là plus de 30 000 Français (hommage aux industriels du tabac !), mais bien davantage que les accidents de la route qui n’ont fait « que » moins de 3 500 morts durant cette même période.

Certes, la chacuterie n’est assurément pas la seule responsable de tous ces cancers mais il semble néanmoins qu’elle en porte une large part. Surtout, tout laisse à penser que l’on se trouve dans un cas de figure très comparable à ce que l’on a observé pour de précédents scandales sanitaires comme celui de l’amiante, du tabac ou de la vache folle pour ne prendre que quelques exemples : d’un côté une perception de plus en plus précise du risque sanitaire, régulièrement dénoncé par l’ensemble des acteurs de la santé publique, et de l’autre une propagande menée sans vergogne par les industriels de l’agro-alimentaire pour enfumer les consommateurs en semant le doute…

Un récent ouvrage, publié il y a quelques semaines sous le titre provocateur « Cochonneries – Comment la charcuterie est devenue un poison » par Guillaume Coudray, formé à Sciences Po et réalisateur de films documentaires, vient mettre bruyamment les pieds dans le plat. Après cinq années d’enquête minutieuse menée dans les archives administratives et médicales, l’auteur y décortique de manière implacable ce qui a conduit à une telle situation.

Pour bien comprendre le problème, il faut remonter en arrière, aux origines de la salaison, qui ne date pas d’hier. Pendant des siècles, l’homme a pris l’habitude de conserver la viande en y ajoutant du sel et des épices. On retrouve ainsi dans les archives un règlement parisien datant de 1476 et détaillant la liste des ingrédients autorisés pour la fabrication de saucisses. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, dans toute l’Europe, seul le sel intervient dans la conservation de la charcuterie, tandis que d’autres épices telles que le poivre, le fenouil et de nombreuses herbes aromatique servent de réhausseurs de goût. La coloration rose est quant à elle assurée par l’ajout de colorants naturels comme le safran pour la mortadelle italienne.

Salaison d’oiseaux dans l’Egypte ancienne (source INRAP)

Comme dans bien d’autres domaines, l’innovation est venue des États-Unis où sont nés, dès la fin du XVIIIème siècle, dans le Massachussetts, les premiers charcutiers industriels, les « packers » qui se mettent à conditionner la viande salée dans des tonneaux ou des caisses destinées notamment aux marins au long-cours. L’activité se déplace peu à peu vers l’ouest et la ville de Cincinnati, dans l’Ohio, prend en 1835 le surnom officiel de « Porkopolis » après être devenue le principal centre de production de porcs du pays et sans doute du monde !

Abattoirs de l’usine Armour à Chicago en 1893 (croquis Octave Uzanne)

A l’époque, la saison d’abattage est strictement limitée entre novembre et mars. Comme en Europe où il est d’usage dans les campagnes de faire les cochonnailles pour Noël, c’est en effet pendant l’hiver, lorsque la température ambiante est suffisamment fraîche, que l’on peut en toute sécurité abattre les bêtes et saler la viande, dans une véritable course contre la montre.

Mais on n’arrête pas la course au profit et bientôt cette activité décline au profit de la ville de Chicago qui s’impose en quelques années comme la capitale mondiale de la viande et notamment de la charcuterie. Sauf qu’entre temps les techniques ont évolué : les charcuteries américaines industrielles sont désormais traitées systématiquement à base de salpêtre (nitrate de potassium), puis de nitrate de sodium, un produit extrait d’immenses gisements situés au pied de la Cordillère des Andes. Après la première guerre mondiale, on se met à utiliser le nitrite de sodium, un produit chimique développé pour l’industrie de l’armement et devenu bon marché. Bien que mortel à partir de 2 g/kg, il est rapidement autorisé dans l’industrie alimentaire à faibles doses car ses propriétés intéressent fortement les charcutiers industriels.

L’intérêt de ces sels, par rapport au chlorure de sodium classique, est en effet multiple : il atténue le goût de salé, donne au jambon une belle coloration rose carmin durable, prolonge la durée de conservation des aliments et surtout il accélère considérablement la maturation de la viande, ce qui permet de formidables gains de productivité.

D’ailleurs, l’effet économique est foudroyant. Dès 1874, la France tente vainement de se protéger contre les importations massives de charcuteries américaines traiées au salpêtre. Mais face aux menaces de rétorsions concernant ses exportations de pinard, les industriels français s’adaptent et tout le monde se met à bourrer la charcuterie de nitrates, borates et autres sulfites : vive la modernité !

Ce n’est qu’au milieu des années 1950 que des chercheurs se rendent compte que les produits nitrés utilisés désormais dans toutes les salaisons provoquent la formation de nitrosamines, dont la diméthylnitrosamine (ou N-nitrosodiméthylamine, qu’on appellera par son petit nom NDMA) considérée comme cancérigène. On sait depuis longtemps que les nitrites sont toxiques à haute dose et les autorités sanitaires ont fixé des limites au dosage en additifs nitrés. Mais l’on découvre à cette date que leur combinaison avec les protéines carnées conduit à la formation de cette NDMA qui provoque des tumeurs cancéreuses.

Un article retentissant paru en 1968 dans le journal médical The Lancet, met en garde contre ce mécanisme. Mais les autorités sanitaires et notamment l’Autorité européenne de sécurité des aliments, empêtrée dans de multiples conflits d’intérêt avec le milieu agro-industriel, se contente de baisser symboliquement les seuils acceptés de nitrites sans prendre nullement en compte ce risque liés à la formation de NDMA. Au contraire, elle relaie vigoureusement les arguments de la filière industrielle qui prétend que, sans les ajouts d’additifs nitrés, les consommateurs seraient exposés au risque de botulisme, liés à l’apparition de la bactérie toxique Clostridium botulinum.

Le jambon de Parme, garanti sans nitrites (source l’Observatoire des aliments)

Or cette affirmation est parfaitement erronée puisque de très nombreuses charcuteries traditionnelles ont toujours été et sont encore produites sans additifs nitrés. C’est notamment le cas du jambon de Parme, qui bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée et d’un cahier des charges interdisant strictement tout ajout d’additif nitré, et ceci depuis 1993 : en 25 ans, les 9 millions de jambons produits n’ont jamais causé un seul cas de botulisme….

C’était aussi le cas du jambon de Bayonne jusque dans les années 1960, mais ces temps sont désormais révolus… Les besoins de l’industrialisation agro-alimentaire passent aujourd’hui avant les préoccupations de santé publique : bon appétit quand même !

L.V. 

JO de Paris : quelles retombées économiques ?

24 septembre 2017

C’est la grande nouvelle du mois : les jeux olympiques d’été se dérouleront bien à Paris en 2024, 100 ans tout juste après que la ville-lumière a accueilli ses dernières olympiades, en 1924, sous la pression du baron Pierre de Coubertin. Le tuyau était percé depuis un bon moment déjà puisqu’il n’y avait plus d’autres candidats en lice, ce qui n’a pas empêché les médias nationaux d’en faire des tonnes à l’annonce de la décision officielle, le 13 septembre dernier.

Bien sûr, tout le monde met en avant la renommée internationale formidable qui rejaillira de cet événement d’ampleur mondiale, et surtout l’impact économique qui devrait en découler. Sur ce dernier point, l’acteur qui fait référence en la matière est le Centre de droit et d’économie du sport (CDES), une structure associative rattachée à la faculté de Limoges, spécialisée dans la formation d’encadrants sportifs mais qui se targue surtout de réaliser les études d’impact des grandes manifestations sportives, histoire d’en justifier l’intérêt a priori.

Comme pour chaque événement sportif majeur, le CDES a fait tourner ses calculatrices et estime que les retombées économiques à attendre s’élèveront au minimum à 5,3 milliards d’euros et pourraient même atteindre 10,7 milliards d’euros selon le scénario le plus optimiste. Une partie de ces retombées économiques bénéficierait au secteur du BTP, mais un tiers irait aux professionnels du tourisme et la plus grosse part du gâteau devrait tomber dans l’escarcelle des partenaires en charge de l’organisation. On évoque la création de 119 000 emplois dans les domaines du BTP, du tourisme et de l’événementiel, et on estime les rentrées fiscales à près de 250 millions d’euros pour la seule quinzaine que dureront les jeux.

Tony Estanguet, co-président de Paris 2024, s’offre un selfie avec des inspecteurs du CIO et une partie du comité parisien, au Stade de France, le 15 mai 2017 (crédit photo © Franck Fife / AFP)

Bref, le tableau paraît idyllique ! A se demander même pourquoi on n’organise pas des JO chaque année s’il s’agit de la recette idéale pour booster une économie atone…

Sauf que la réalité paraît assez éloignée de ces analyses pour le moins optimistes, comme le rappelle notamment Pierre Rondeau, professeur d’économie à l’Université Panthéon-Sorbonne et spécialiste de la sociologie du sport, dans un article publié par le site The Conversation. Force est en effet de constater que les grands événements sportifs internationaux, s’ils flattent l’ego des pays organisateurs et contribuent à en augmenter leur notoriété, « n’ont pratiquement jamais rapporté d’argent, n’ont jamais vraiment été bénéficiaires et n’ont jamais soutenu l’emploi durable »…

L’arc de triomphe aux couleurs des JO de 2024 (crédit photo © Benoit Tessier / Reuters)

Les études d’impact oublient en effet généralement un facteur important que constituent les effets de substitution et d’éviction. En d’autres termes, les grandes manifestations sportives attirent certes un public spécifique mais font fuir le public habituel ! Ainsi en 2016, la fréquentation touristique du Brésil n’a pas connu de rebond significatif car le pays est déjà le plus touristique d’Amérique du Sud : les touristes habituels ont largement évité de s’y rendre pendant la période des JO, laissant la place à un public de supporters et de fans de sport. Il s’est passé la même chose pendant la Coupe du monde de football organisée en France en 1998, année au cours de laquelle le nombre de touristes reçus a été exactement identique qu’en 1997 ou 1999, avec simplement une différence de motivation, les visiteurs s’agglutinant davantage au Stade de France qu’au Musée du Louvre…

A cela s’ajoute souvent une réelle difficulté à tenir les budgets souvent très optimistes prévus pour l’organisation de tels événements. Un économiste, Wladimir Andreff, a ainsi montré que depuis les JO de 1968, le taux de dépassement des budgets est en moyenne de 167 % ! A Pékin par exemple, pour les JO de 2008, dans un pays pourtant réputé pour sa capacité de planification, il a atteint 1130 %. A Londres, en 2012, le budget prévisionnel était établi à 4,6 milliards d’euros mais les JO ont finalement coûté 11 milliards (voire 15 selon certaines sources) et les retombées économiques se sont limitées à 1,72 milliards alors qu’elles avaient été estimées à 12 milliards : un cruel fiasco financier pour le pays…

Dessin publié dans Un dessin par jour

Pour les futurs JO de Paris, le budget prévisionnel annoncé à ce jour par le comité organisateur s’élève à 6,5 miliards d’euros. Une petite moitié sera consacrée à la construction des infrastructures nécessaires. Même si la grand stade est déjà disponible, il faudra quand même compter au moins 1 milliard pour remettre au goût du jour le Stade de France et construire une piscine olympique, auquel il conviendra d’ajouter près de 2 miliards pour l’édification du village olympique et du centre d’accueil des médias. Ce budget d’investissement sera pris en charge pour moitié au moins par des fonds publics, provenant principalement de l’État mais aussi des différentes collectivites territoriales concernées (dont 145 millions d’euros pour la ville de Paris et autant pour la Région Ile-de-France).

La préparation des JO 2024 : une stratégie de longue haleine qui mérite bien quelques sacrifices (dessin de Deligne publié dans Urtikan)

Le reste du budget, déjà réévalué de 3,2 à 3,6 milliards d’euros est destiné au Comité d’organisation des jeux et sera financé en partie par le CIO et en partie par des sponsors et des investisseurs privé. Quant aux recettes issues de la billetterie, leur apport restera relativement modeste, évalué en première approche à 1,1 milliards d’euros, sur la base d’une hypothèse de remplissage des stades à 88 % pour les épreuves olympiques et à 75 % pour les jeux paraolympiques, avec une volonté affichée d’offrir la moitié des places à un prix abordable inférieur à 50 €.

Un dessin de Mutio publié sur le site Urtikan

Alors, les JO à Paris, une bonne opération ou un gouffre financier en perspective ? La maire de Paris, Anne Hidalgo, n’est pas spécialement optimiste à ce sujet, elle qui prévenait en février 2015 que : « les jeux, c’est très joli, mais il n’y a pas une ville qui s’y soit retrouvée sur le plan financier »…

Le géographe Loïc Ravenel, responsable du Centre international d’économie du sport, ne dit pas autre chose en affirmant dans le magazine Alternatives économiques : « cette histoire de retombées économiques, c’est de l’enfumage. Assumons qu’à ce niveau de sport-spectacle, ça ne rapporte pas. Aujourd’hui, on accepte que la culture soit déficitaire parce qu’on estime que c’est important pour une société. Reconnaissons qu’on veut organiser une grande compétition sportive pour des questions d’image, de fête populaire, mais arrêtons de vouloir le justifier économiquement ».

Voilà qui a au moins le mérite d’être clair ! Quand on aime, on ne compte pas… Et tant pis pour les contribuables qui devront bien payer la note mais qui auront au moins passé un bon moment devant leur petit écran !

L.V.  

Chantier de la L2 : bientôt la fin du tunnel ?

14 août 2017

Initié en 1930, le projet de contournement urbain de la L2, A507 de son petit nom, est sensé relier l’autoroute A7 au niveau de l’échangeur des Arnavaux, à l’autoroute A50 (échangeur Florian), permettant ainsi à la fois le contournement nord de Marseille sous forme d’une rocade de 2 x 3 voies sur une longueur de 9,7 km, et une meilleure desserte des différentes voies urbaines au nord de la ville.

Lancé effectivement en 1993, le chantier a pris beaucoup de retard et il a fallu que l’État se décide à recourir, vingt ans plus tard, à un partenariat public-privé, pour un montant de 650 millions d’euros, dans le cadre d’un contrat signé le 7 octobre 2013 avec un groupement d’intérêt économique créé pour l’occasion par les géants du BTP Bouygues, Colas et Spie Batignoles, pour que le calendrier d’achèvement de ce chantier commence enfin à se préciser.

Inauguration de la L2 Est le 8 décembre 2016 (photo © Laurent Carte / SRL2)

La première section située à l’Est, qui s’étend sur 5,2 km entre l’A50 et Frais Vallon, sous forme de tranchées couvertes avec de multiples aménagements urbains et même des jardins collectifs au droit de Montolivet, a été achevée en 2016, mise en service le 29 novembre de la même année et inaugurée quelques jours plus tard, le 8 décembre 2016 en présence de François Hollande, encore Président de la République. Depuis, elle enregistre un trafic évalué en moyenne à 65 000 véhicules chaque jour dans les deux sens de circulation, ce qui reste néanmoins inférieur aux prévisions de 1000 000 véhicules/jour pour lequel ce projet a été dimensionné.

Réalisation de la chaussée sous le centre commercial du Merlan (photo © Romain Truchet / Made in Marseille)

Reste encore à achever le tronçon nord de la L2 qui s’étend sur 4,5 km entre le Marché d’intérêt national des Arnavaux et Frais Vallon. Sur ce secteur, le chantier a débuté en août 2014 et bat encore son plein avec 400 à 500 personnes mobilisées en permanence, sur ce qui constitue un des plus gros chantiers d’infrastructure urbaine actuellement en cours en France.

Finalisation de la tranchée couverte au niveau de Saint-Jérôme (photo © SRL2 / Devisubox)

Le gros œuvre est désormais pour l’essentiel réalisé mais il reste encore de gros travaux en cours pour finaliser la jonction entre l’autoroute A7 et la L2 au niveau du nouvel échangeur des Arnavaux, ainsi qu’au droit de l’échangeur de Saint-Jérôme, terminus de l’A7, où des travaux d’aménagement sont en cours pour permettre au bus rapide, dit « à haut niveau de service » de relier l’université. A Sainte-Marthe, un bassin de rétention de 3000 m³ est aussi en cours de réalisation afin de gérer les eaux pluviales concentrées par la future voirie et qui devront trouver un nouvel exutoire en cas d’orage.

Le bassin de rétention en construction sous l’échangeur des Arnavaux en juin 2017 (source Made in Marseille)

Un chantier encore en pleine activité donc, mais qui devrait s’achever en avril 2018, date désormais avancée pour la mise en service complète de la future L2 : la fin d’une longue histoire enfin en ligne de mire ?

L.V.  

Le Tour de France passe à Marseille et laisse une belle ardoise

25 juillet 2017

Difficile de rater une telle information : la 20ème et avant-dernière étape du Tour de France 2017 s’est déroulée samedi 22 juillet dans les rues de Marseille, pour un contre-la-montre individuel de 22,5 km. Les 169 coureurs se sont élancés du stade Vélodrome et ont parcouru les points emblématiques de la ville en passant par la corniche Kennedy, le Vieux-Port, le palais du Pharo, le Mucem, et la montée de 1,2 km vers la basilique de Notre Dame-de-la-Garde, pour un retour dans l’enceinte du stade Vélodrome où les 67 394 places du stade avaient été distribuées gratuitement pour être sûr que les tribunes soient bien remplies.

Le Français Romain Bardet sauve in extremis sa 3ème place lors de cette étape marseillaise (photo © Jeff Pachoud / AFP)

Une belle journée de fête donc pour les amateurs de courses cyclistes puisqu’on estime que 300 000 spectateurs étaient massés dans les rues de la ville pour regarder passer les coureurs. Les tribunes du stade en revanche étaient curieusement quasiment désertes : seules 50 000 personnes avaient réclamé un billet et finalement moins de la moitié d’entre elles avaient pris la peine de se déplacer jusqu’au stade… Un beau spectacle néanmoins, visionné par le monde entier, avec sans doute de nombreuses retombées en termes de notoriété pour la cité phocéenne.

C’est ce qui explique sans doute que la ville de Marseille, pourtant lourdement endettée et qui peine déjà à faire face à ses dépenses publiques obligatoires, parmi lesquelles l’entretien des nombreuses écoles de la ville, pour certaines totalement délabrées, n’a pas hésité à dépenser beaucoup d’argent pour accueillir cette étape du tour de France.

Combien exactement ? Difficile à dire tant la mairie de Marseille rechigne à communiquer sur le sujet. Interrogé à ce sujet en mai dernier par le magazine 20 minutes, le pétulant Richard Miron, adjoint LR au maire de Marseille en charge des sports, fait la fine bouche : « On n’a pas encore tout chiffré… Et puis bon, ça coûte ci, ça coûte ça, moi ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est combien ça rapporte, les images de Marseille dans le monde entier, les hôtels pleins ». Un vrai passionné de cyclisme, qui a reconnu le parcours avec Alberto Contador et en est encore tout ébloui.

Richard Miron (adjoint aux sports de Marseille), sa nouvelle épouse et future directrice des sports, Valérie Laugaudin, lors de leur mariage célébré le 30 juillet 2016 par le maire, Jean-Claude Gaudin (photo © Robert Poulain, parue dans Destimed)

Pas un calculateur donc, même si certains lui reprochent d’avoir nommé directrice des sports à la ville de Marseille son ex directrice de cabinet devenue depuis peu sa propre épouse ! Une situation pour le moins cocasse et qui a beaucoup fait jaser, surtout au moment où Marseille s’autoproclame capitale européenne du sport. A en croire certains agents, « un élu qui met sa femme à la tête du service qu’il dirige, c’est le casse du siècle : il fait passer ce qu’il veut et n’a plus aucun contre-pouvoir ». Où l’on se rend compte que François Fillon était finalement petit joueur face à l’audace de certains de nos élus locaux… Le directeur général des services en tout cas n’est pas le moins du monde gêné, lui qui explique benoitement : « On a parfois des élus et des chefs de service qui ne s’entendent pas. Là, l’adjoint au maire et la directrice des services se parleront facilement ». Effectivement, vu sous cet angle…

Puisque l’adjoint aux sports a l’esprit de famille manifestement plus développé que le sens de la comptabilité publique, il ne faut pas compter sur lui pour savoir ce qu’à coûter au contribuable marseillais cette petite étape du Tour de France. Selon France 3 qui a mené l’enquête, le ticket d’entrée payé par la ville à la société Amaury Sport Organisation s’élève à 240 000 €, le prix à payer pour l’organisation d’un contre-la-montre dans les rues de la ville. C’est plus cher que de simplement accueillir une arrivée d’étape, mais quand on aime, on ne compte pas…

La montée du Vallon de l’Oriol, remise à neuf à grands frais juste avant le passage du Tour (photo © La Provence)

D’autant que la facture est en réalité très supérieure. Selon Marsactu, la ville de Marseille pour une fois n’a pas lésiné sur les investissements et a refait à neuf une partie du revêtement des chaussées empruntées par les coureurs du Tour. Toute la montée du chemin du Vallon de l’Oriol, dans le 7ème arrondissement a été ainsi entièrement regroudronnée en un temps record début juillet par les bons soins de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Des travaux bien entendu prévus de longue date mais déclenchés fort opportunément à quelques jours seulement du fameux contre-la-montre. Une facture totale qui s’élèverait selon La Provence à la coquette somme de d’1 million d’euros, de quoi rassurer la population marseillaise quant à la bonne santé de ses finances publiques et à ses fortes capacités d’investissement en cas de besoin.

Et ce n’est pas tout car il a fallu bien évidemment adapter le stade Vélodrome lui-même pour lui permettre d’accueillir dignement les cyclistes qui n’ont pas l’habitude de rouler sur le gazon. Pour cela, rien de plus simple : il suffit de construire deux routes en arc de cercle, de 170 m de longueur pour 6 à 8 m de largeur, juste le temps de la course. Auparavant, il aura fallu installer 9 000 m² de plaques d’aluminium pour recouvrir et protéger la surface du terrain, une véritable prouesse technique qui a mobilisé 300 personnes pour une réalisation en un temps record après le passage de Céline Dion, en concert à Marseille en début de semaine.

Le stade Vélodrome aménagé à grands frais pour recevoir le Tour 2017 (photo © La Provence)

Pour quel montant ? Là encore, l’inénarrable Richard Miron ne se laisse pas impressionner : «Ça coûte que dalle, le bitume !». Certes, mais encore ? A peine le prix d’un rond-point selon Martin d’Argenlieu, directeur d’AREMA, la filiale de Bouygues qui a construit et exploite le stade, soit de l’ordre de 80 000 € à la charge de la ville de Marseille encore. Et c’est sans compter les frais de démontage puisque bien entendu il faudra enlever tout ce beau goudron tout neuf, sitôt passé la tornade du Tour de France, pour permettre au stade d’accueillir le match OM-Ostende en 3ème tour préliminaire de l’Europa League, prévu ce jeudi…

A cela s’ajoute naturellement le coût de mobilisation du stade que la ville doit verser au même AREMA, véritable propriétaire des lieux, pour assurer les frais de sécurité et de nettoyage comme pour chaque événement organisé au stade Vélodrome, soit la bagatelle de 200 000 € supplémentaires. Sans compter bien entendu les nombreux employés municipaux mobilisés souvent en heures supplémentaires pour assurer le bon fonctionnement de cette grosse machinerie. La circulation est forcément interdite sur tout le parcours pendant 24 heures, ce qui a nécessité d’installer plus de 20 000 barrières et 600 blocs de béton. Rien que pour la police municipale, ce sont ainsi 300 agents qui ont été mobilisés en plus des effectifs habituels pour assurer la sécurité et fluidifier la circulation aux abords du parcours. De son côté, la préfecture de police a mis sur le pied de guerre 2000 policiers et gendarmes pour palper les spectateurs et assurer la dissuasion nécessaire, en renfort du dispositif sentinelle déjà en vigueur.

On laissera chacun faire l’addition, mais bien entendu toutes ces menues dépenses publiques ne sont rien en regard de la liesse qui a envahi les rues de la cité phocéenne dans ce grand moment de communion avec l’élite du cyclisme mondial. Comme l’analyse si bien le visionnaire Richard Miron, les retombées économiques sont telles que cela justifie largement de dépenser un peu d’argent public : « deux milliards de téléspectateurs, 90 chaines de télévision pendant six heures, 4000 réservations d’hôtel déjà. Ce sera beau et les Marseillais seront l’apprécier ». Effectivement, ce fut un moment grandiose et le contribuable marseillais devrait s’en souvenir longtemps…

L.V. 

Le Cercle progressiste carnussien est aussi sur Facebook !

27 mai 2017

On peut se moquer (gentiment) de l’addiction aux réseaux sociaux, dont Facebook, et en même temps reconnaître que ce sont d’excellents outils de communication qui facilitent le débat d’idées et contribuent à l’émergence d’une vie démocratique active où chacun se sent réellement acteur de sa vie sociale au sein de son réseau d’amis et dans son lieu de vie. Il n’est qu’à voir d’ailleurs à quel point les réseaux sociaux ont chauffé durant la récente campagne présidentielle pour se convaincre de leur intérêt dans la revitalisation de notre vie démocratique.

Ils sont bien sûr le lieu de tous les excès en donnant à chacun la possibilité de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, parlant parfois à tort de sujets qui le dépassent et courant le risque de colporter des rumeurs malveillantes infondées. Mais c’est aussi grâce à cette vitalité des échanges entre citoyens lambda que notre démocratie représentative à bout de souffle pourra peut-être retrouver un nouvel élan, à condition que nos élus acceptent qu’ils doivent effectivement rendre des compte à leurs concitoyens dans la durée et ne pas seulement se contenter, à l’approche des échéances électorales, de promesses lénifiantes totalement irréalistes et jamais tenues.

C’est en tout cas le pari que fait depuis des années le Cercle progressiste carnussien (CPC) que d’ouvrir le débat à tous ceux qui le souhaitent pour inciter chacun d’entre nous à réfléchir aux enjeux de société et aux dossiers d’actualité, locale ou planétaire. Parce que nous sommes convaincus que des citoyens curieux et informés, quelles que soient leurs opinions politiques propres, sont nécessaires au bon fonctionnement d’un régime démocratique républicain et tout simplement à une vie en société apaisée et bienveillante…

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été créé en 2001 le CPC pour justement faciliter la démocratie participative et le débat citoyen dans une ville marquée, du fait de son histoire et de son évolution, par de forts clivages identitaires et un certain repli sur soi. En 2009, l’ouverture d’un blog collectif a permis d’amplifier ces débats d’idées au-delà des outils plus classiques et d’impact très local que sont l’organisation régulières de réunions et de conférences ouvertes à tous, ainsi que l’édition d’un journal diffusé périodiquement dans toutes les boîtes aux lettres de Carnoux.

Statistiques de fréquentation du blog à ce jour

L’impact de ce blog est incontestable puisque, 8 ans plus tard, ce sont déjà 1145 articles qui y ont été publiés, rédigés par 23 auteurs différents sur des sujets les plus divers que nous laissons à chacun le soin de découvrir par lui-même. Et l’audience est au rendez-vous puisque le site enregistre près de 200 000 visites sur cette période, avec désormais en moyenne de l’ordre de 150 visites chaque jour.

Le nouveau site Facebook du CPC

Et voila que l’aventure continue puisque le CPC vient en parallèle d’ouvrir au public son site Facebook, histoire de toucher davantage de personnes via un outil plus accessible, avec des annonces plus courtes et plus percutantes. Informations sur nos conférences, brèves incisives, réflexions, informations d’actualité et liens vers certains articles du blog, voila notamment ce que vous trouverez sur le site Facebook du CPC : à consulter sans aucune modération et à diffuser dans votre réseau d’amis selon le principe bien connu qui veut que les petits ruisseaux font les grandes rivières !

L.V.  

Eden, la Méhari écologique du XXIe siècle

18 avril 2017

Tous les fans de Deux-Chevaux, Dyane et Méhari connaissent le 2CV Méhari Club de Cassis (MCC), dont l’aventure a commencé dans les années 1980. Les frères Marquès ont d’abord personnalisé des Méhari en belles voitures de plage avant de lancer un catalogue complet de pièces détachées de toute la gamme des 2CV, Dyane et Méhari.

Devant le succès, Citröen SA leur a confié en 1998 les outillages d’origine du quai de Javel, afin de reproduire les pièces de la Méhari. Le même passage de relais a eu lieu en 2000 pour la 2CV.

Méhari 4 x 4 de 1979 (photo © Citroën)

Aujourd’hui, la famille Marquès a cédé son fond industriel et commercial à une nouvelle organisation financière, épaulée par la Banque Publique d’Investissement. Elle est pilotée par MM Julien V. et Stéphane W. (deux bons camarades de Terminale…), dûment diplômés et expérimentés en industrie auto. Avec courage, ils lancent l’Eden.

L’Eden, c’est à la base l’historique Méhari, lancée en 1968, il y a près de 50 ans, avec sa carrosserie en plastique moulé, fixée sur un châssis et munie d’une suspension et d’une motorisation issus de la mythique 2CV (qui, elle, date de 70 ans !). Mais contrairement à ses aînées, l’Eden est équipée d’une nouvelle motorisation entièrement électrique, alimentée par une batterie ion-lithium de dernière génération.

L’Eden, écologique et tout électrique, entièrement montée à Cassis et partiellement fabriquée à Carnoux…

Il s’agit bien d’une nouvelle voiture, dûment homologuée depuis mars 2016 pour la France et l’Europe, classée véhicule utilitaire à 4 places. Offrant une autonomie de 120 km, la batterie se recharge en moins de 4 h sur une simple prise électrique domestique. La voiture est entièrement montée à Cassis, dans les locaux agrandis du MCC (qui occupent 8 000 m2 sur un terrain de 10 hectares) et, cerise sur le gâteau, plusieurs des pièces, dont le châssis et une sellerie très variée sont fabriqués à Carnoux même.

La E-Méhari de Citroën

La Méhari cassidaine se distingue en tout cas très nettement de sa petite sœur relookée E-Mehari que Citroën vient tout juste de dévoiler, un véhicule électrique également, directement inspiré de la Bluesummer de Bolloré et qui, elle, sera fabriquée à Rennes, avec un objectif de 1000 exemplaires, pour un prix de vente qui devrait revenir à 25 000 €, hors coût de location des batteries (79 € par mois). Même une fois déduit le bonus écologique qui s’élève à 6 000 € pour l’achat d’un véhicule électrique, l’investissement reste élevé pour un véhicule au confort minimaliste !

L’Eden devrait d’ailleurs être proposée à la vente pour un prix assez comparable, mais avec une carrosserie identique à celle d’origine, ce qui devrait plaire aux nostalgiques des années 1960… C’est d’ailleurs là-dessus que compte manifestement le 2CV-Mehari Club de Cassis puisque la présentation officielle de l’Eden s’est faite à l’occasion de la 40e édition du salon Rétromobile, qui s’est tenu Porte de Versailles début février 2016 et que le lancement commercial a eu lieu lors de l’édition suivante du salon, en février 2017.

Présentation du concept-car Eden au salon Rétromobile en février 2016 (photo © G. Pelletier)

Nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette belle création industrielle, qui allie avec bonheur la tradition mythique et l’esprit de la 2CV avec la dernière modernité écologique : 10 kW seulement et un entretien quasiment inexistant ! Et de surcroît, une conduite 100 % plaisir, cheveux au vent et selon l’esprit de liberté des belles années.

Bravo, longue vie et prospérité à l’Eden !

Léonide G.

Inondation : une nouvelle stratégie pour la métropole marseillaise

14 avril 2017

A Marseille comme dans le reste de la Provence, on craint traditionnellement surtout la sécheresse et les feux de forêt mais le risque d’inondation est loin d’être négligeable et souvent bien plus meurtrier. Les inondations de juin 2010 dans le Var, avec ses 26 morts et des dommages matériels évalués à un milliard d’euros, l’ont rappelé une fois de plus, de même que celles d’octobre 2015 dans les Alpes-Maritimes. Certains se souviennent peut-être de ce jeune homme mort noyé en août 1986 sur la route départementale entre Carnoux et La Bédoule, mais plus près de nous un orage survenu le 19 septembre 2000 avait encore fait 3 morts à Marseille et rebelote, 3 ans plus tard, avec encore 3 morts et 2 disparus à l’occasion de nouvelles pluies diluviennes en décembre 2003.

Un extrait de La Provence après l’inondation du 19 septembre 2000

Quand on fouille un peu dans les archives, on se rend rapidement compte que ces événements n’ont rien d’exceptionnel et se reproduisent de manière récurrente. De violentes crues de l’Huveaune ont laissé des traces dans les chroniques historiques en 1518, 1610 ou encore 1716. Le 22 octobre 1810, le centre-ville de Marseille était inondé suite à un violent orage, entraînant la mort d’une jeune fille. On pourrait citer de même d’autres épisodes catastrophiques du même type en date du 1er octobre 1892 ou encore le 8 novembre 1907 où l’on déplore 4 victimes et de gros dégâts. Début octobre 1973, ce sont 7 personnes en tout qui se noient à l’occasion d’une nouvelle vague d’inondations sur Marseille, tandis qu’en 1976 on dénombre plus de 1000 sinistrés suite à une nouvelle crue de l’Huveaune.

Bref, le territoire de la métropole Aix-Marseille est fortement exposé au risque inondation, même si chacun n’en a pas forcément conscience. C’est donc tout l’intérêt de la stratégie locale de gestion du risque inondation qui vient d’être adoptée le 14 mars 2017 par arrêté préfectoral, que de rappeler l’étendue de ce risque et de proposer une démarche cohérente pour le prévenir.

Cette stratégie locale, est la dernière étape d’un processus initié en 2010 suite à la transposition en droit français d’une directive européenne de 2007 sur les inondations. Cette démarche a consisté d’abord à mieux délimiter, sur l’ensemble du territoire national, les zones potentiellement inondables, puis à identifier les territoires les plus exposés. Ces territoires à risque important sont au nombre de 122 en France dont deux sur le périmètre de la métropole marseillaise : l’un qui va de Gemenos à Marseille et l’autre qui couvre la zone d’Aix-en-Provence depuis Gardanne jusqu’à Salon-de-Provence.

Cinq fleuves côtiers principaux baignent l’agglomération d’Aix-Marseille : la Touloubre qui prend naissance au pied de la Sainte-Victoire et se jette dans l’étang de Berre, l’Arc qui passe près d’Aix-en-Provence et se jette également dans l’étang de Berre, la Cadière qui traverse Vitrolles et Marignane, le ruisseau des Aygalades, issu du massif de l’Etoile et qui se jette dans la mer à Marseille, tout comme le dernier, l’Huveaune qui traverse Aubagne et dont le bassin versant englobe l’essentiel de la commune de Carnoux.

Par souci de cohérence et même si des structures administratives différentes interviennent sur ces différents bassins hydrographiques, la stratégie locale qui vient d’être adoptée couvre ces 5 bassins versants et intéresse du coup les deux territoires à risque importants, dont l’ensemble du périmètre de la métropole Aix-Marseille-Provence qui a d’ailleurs vocation, de par la loi, à prendre en charge la compétence liée à la gestion de l’eau et des milieux aquatiques et à la prévention des inondations.

L’avenir dire si cette stratégie sera efficace, qui vise à améliorer les différents volets de la prévention du risque inondation sur ce territoire, depuis l’alerte et la gestion de crise jusqu’à la réduction de la vulnérabilité des enjeux exposés, en passant par une gestion plus adaptée des flux en cas de crue. Une chose est sûre : les services de l’État qui ont organisé l’élaboration de cette stratégie locale ont fait un gros effort de communication pour faire connaître la démarche et en diffuser largement les grandes lignes. Le contenu de la stratégie est librement accessible en ligne ainsi qu’une plaquette d’information et deux vidéo, l’une qui explique en quoi consiste la démarche et l’autre qui se veut un document de sensibilisation de la population vis-à-vis du risque inondation sur le territoire de la métropole marseillaise.

Extrait de la vidéo réalisée par la DDTM 13 sur la stratégie locale

Ce dernier document destiné au grand public mérite d’être largement diffusé. Il rappelle à tous la présence de ces cours d’eau qui traversent notre agglomération, souvent endigués voire busés comme l’Huveaune dans la traversée du centre-ville d’Aubagne, disparaissant de notre vue et se rappelant brusquement à notre souvenir lorsqu’ils cherchent à se frayer un lit au milieu des zones urbanisées à l’occasion d’un événement pluvieux plus intense que d’habitude. Leurs eaux, grossies par les flux qui ruissellement rapidement sur les terrains imperméabilisés des parkings de centres commerciaux et des zones industrielles ou pavillonnaires, débordent alors et empruntent les axes routiers où elles déferlent en emportant tout sur leur passage.

Extrait de la vidéo

La vidéo imagine un journal télévisé relatant le déroulement de la prochaine inondation qui ne devrait pas manquer de se produire sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, en s’appuyant sur des images d’archives d’inondations récentes. Le résultat est assez saisissant et mérite d’être regardé, l’objectif étant bien évidemment de rappeler à chacun la réalité du risque et les bons comportements à adopter lors d’un tel événement.

Photo d’archive (copyrigth France 3)

Les inondations de ces dernières années, en zone méditerranéenne, ont en effet montré à quel point nombre de victimes dans ce type de catastrophe meurent parce qu’elles ont eu des comportements inadaptés et imprudents : vouloir à tout prix aller rechercher sa voiture dans un parking souterrain en cours d’inondation, s’engager dans une route partiellement inondée ou faire le forcing pour aller chercher ses enfants à l’école alors qu’ils y sont en sécurité, autant de gestes anodins mais qui sont trop souvent à l’origine de tragiques noyades.

Photo d’archive de l’inondation du 19 septembre 2000 à Marseille

Les automobilistes en particulier payent un lourd tribut à chaque inondation car ils se croient en sécurité dans leur voiture sans avoir conscience que celle-ci devient rapidement incontrôlable avec seulement 30 cm d’eau, pour un peu que celle-ci soit boueuse et qu’elle s’écoule rapidement, sans compter qu’il devient rapidement très difficile d’ouvrir les portières pour sortir d’un véhicule du fait de la poussée de l’eau.

Mieux vaut donc avoir conscience de ces éléments plutôt que de les découvrir par soi-même dans la panique d’une inondation ! C’est pourquoi on ne peut qu’inciter chacun à visionner cette courte vidéo qui rappelle ces quelques notions de base et invite à une vigilance active.

L.V.