Aix-Marseille : la métropole enfin opérationnelle ?

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Après des années d‘atermoiements et de déchirements aussi impitoyables que pathétiques, dans lesquels certains de nos élus locaux se sont illustrés par une puérilité confondante, le pompon vient d’être décroché haut-la-main par Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence, dont le conseil municipal a décidé le 29 mars dernier de déposer plainte contre l’État français devant la Commission européenne, au prétexte que la Métropole serait « une vaste connerie » et qu’elle aurait « été constituée sans aucune concertation et sans tenir compte de l’opposition de la majorité des maires du territoire », ce qui « porte atteinte au principe de libre administration des collectivités territoriales ». Après des années de concertation, de multiples conférences métropolitaines et d’innombrables débats acharnés, on reste baba devant un tel argument…

Maryse Joissains-Masini, maire d'Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence et opposante acharnée à la Métropole (photo P. Maillé)

Mais heureusement, cela ne devrait plus bloquer la mise en place de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence, officiellement créée comme le prévoyait la loi au 1er janvier 2016 et dont le premier président, Jean-Claude Gaudin a été réélu le 17 mars, 10 jours après avoir démissionné, son élection initiale ayant été pour le moins houleuse et contestée. Pour cette deuxième tentative, l’élection a été un peu plus sereine et le sénateur-maire de Marseille, qui aura 77 ans dans quelques mois, a été réélu dans un fauteuil avec 152 voix sur 239 votants. Les autres suffrages se sont répartis de manière assez attendue entre le sénateur-maire du Front national, Stéphane Ravier, le maire PCF de Martigues Gaby Charroux et l’élue marseillaise PS Florence Masse.

Lors de cette même réunion du conseil métropolitain, il a été procédé à l’élection des 26 vice-présidents dont 6 sont désignés d’office comme présidents des nouveaux conseils de territoires qui sont ni plus ni moins que les 6 anciennes intercommunalités que la métropole n’a pas encore réussi à faire disparaître, loin s’en faut. On y retrouve donc l’inévitable maire d’Aix-en-Provence et ex-présidente de la Communauté du Pays d’Aix, Maryse Joissains, mais aussi Guy Tessier pour le territoire de l’ancienne communauté urbaine MPM ou encore Sylvia Barthélémy pour le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, ce qui relativise fortement l’ampleur du changement apporté par la nouvelle métropole… Histoire d’ajouter encore un peu à la confusion, la première vice-présidente de la nouvelle métropole Aix-Marseille-Provence n’est d’ailleurs autre que Martine Vassal, par ailleurs présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il est décidément bien difficile de sortir de la logique de cumul des mandats… On retrouve d’ailleurs dans la liste de ces nouveaux vice-présidents de la métropole naissante les maires de La Ciotat (Patrick Boré), de Cassis (Danielle Milon), d’Aubagne (Gérard Gazay) ou de Gemenos (Roland Giberti), tous également élus au Conseil départemental ou à la région PACA.

Rélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Réélection de Jean-Claude Gaudin le 17 mars 2016

Des tractations entre Gauche et Droite avaient eu lieu avant l’élection, histoire de se répartir les postes entre gens de bonne compagnie, tout en excluant bien entendu les élus du Front national qui n’ont donc aucun représentant au sein du bureau de la métropole, bureau constitué du président, des 26 vice-présidents et de 8 autres élus. Mais tout ne s’est pas forcément déroulé comme prévu et certains dont le maire socialiste de Vitrolles, Loïc Gachon, ou celui de Miramas, Jean-François Vigouroux, ont été devancés lors de l’élection par des candidats surprises de Droite qui n’ont pas hésité à fouler aux pieds l’accord politique passé entre Jean-Claude Gaudin et Jean-David Ciot. Voilà qui augure bien mal d’une réelle volonté de travailler ensemble pour l’intérêt général du territoire mais confirme que nos élus locaux sont décidément de grands enfants toujours aussi facétieux…

Chacun des membres du nouveau bureau s’est vu attribuer une délégation. Sans surprise, Patrick Boré sera en charge des activités portuaires et Danielle Milon du tourisme, tandis que Gérad Gazay se voit confier les zones d’activité et Roland Giberti l’eau et l’assainissement. C’est l’élu marseillais Roland Blum, déjà adjoint aux finances de la ville de Marseille qui sera en charge des finances tandis que le président de l’association des maires des Bouches-du-Rhône et opposant irréductible à la métropole, Georges Cristani, par ailleurs maire de Mimet, hérite de la délégation des équipements d’intérêt métropolitain…

Jusqu’en 2020, les conseils de territoires, autrement dit les anciennes intercommunalités conserveront une large partie de leurs prérogatives malgré la perte de leur statut de personnalité juridique. Ils seront en particulier chargés d’élaborer leur plan local d’urbanisme à l’échelle intercommunale, même si la métropole devra procéder à leur approbation officielle et veiller à leur cohérence globale via l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale (SCOT), dont la réalisation devra impérativement être engagée avant la fin de l’année. La transition vers une métropole omnipotente sera donc progressive. C’est d’ailleurs le cas dans la plupart des domaines. Ainsi, en matière d’eau et d’assainissement, ou pour ce qui concerne la gestion des déchets, la compétence de la métropole se limite pour l’instant à l’élaboration d’un schéma global de mise en cohérence mais la compétence opérationnelle continue d’être assumée par les intercommunalités, voire par les communes pour celles qui n’ont pas encore souhaité les transférer. Qu’on se le dise, la métropole ne se fera pas du jour au lendemain, les maires y veillent…

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Réunion du Conseil métropolitain le 7 avril 2016 (photo M. Penverne / 20 minutes)

Toujours est-il qu’un troisième conseil métropolitain vient d’avoir lieu, le jeudi 7 avril, date à laquelle les 240 délégués métropolitaines étaient convoqués au Parc Chanot pour examiner pas moins de 41 délibérations inscrites à l’ordre du jour. Peu à peu, les choses sérieuses commencent même si une large partie des débats a tourné autour de la constitution des groupes politiques. En attendant l’adoption du futur règlement intérieur, nos élus locaux se sont en effet déchirés autour du seuil nécessaire pour pouvoir constituer un groupe dans la nouvelle métropole, la barre fixée à 20 paraissant trop haute pour certains. Un indice supplémentaire confirmant que la volonté de travailler ensemble n’est pas encore perçue comme parfaitement naturelle dans la nouvelle métropole…

Pour le reste, le nouveau président a dû faire procéder aux votes à main levée après avoir constaté que les votes électroniques conduisaient à un écrasante majorité d’abstentions, attribuée comme il se doit à un bug informatique, à moins que cela ne traduise le fait que la majorité qui lui est acquise n’est pas si solide qu’il n’y paraît puisque certains se réfugient dans l’abstention dès lors qu’on leur accorde un peu de discrétion…

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Vote à mains levées lors du conseil métropolitain (photo publiée dans Go-met)

Le point d’orgue de ce conseil métropolitain était le débat d’orientation budgétaire, prélude au vote du premier budget de la métropole qui devrait être adopté lors de la prochaine réunion du conseil prévue le 28 avril prochain. Les budgets d’investissement votés fin 2015 par les anciennes intercommunalités prévoyaient un montant global de l’ordre de 600 millions d’euros, mais il faudra se contenter de 400 dans ce premier budget métropolitain, ce qui a fait grincer des dents l’opposition socialiste et communiste. L’encien président socialiste de la communauté urbaine, Eugène Caselli, regrette le « retard pris par la métropole pour mettre en place ses structures techniques, humaines et financières ». Il évoque les urgences auxquelles il s’agit de répondre, « en matière de transport, de développement économique, de grands projets structurants, de contraintes financières et sociales et devront s’inscrire dans uns stratégie globale et pluriannuelle pour l’ensemble du territoire lors de la construction du budget 2017 ». Il estime pour sa part que « les investissements publics n’ont pas vocation à se porter uniquement sur les ronds points, les stades ou les salles de spectacle ». L’élu frontiste Stéphane Ravier, en rajoute une louche en affirmant que la métropole est « un monstre technocratique difficile à gouverner » dont la solvabilité « n’est pas garantie ». Quant au maire PRG de Grans, Yves Vidal, il en est déjà à estimer qu’il faut « solliciter l’État pour éviter la faillite dans 2 ans ».

Même Jean-Claude Gaudin reconnaît d’ailleurs qu’ « on n’arrivera pas à réaliser tout ce qui est prévu »… Autant d’optimisme et d’enthousiasme ne devrait pas manquer de conforter la population de l’aire métropolitaine dans le grand espoir qu’elle porte envers cette nouvelle structure de gouvernance !

L.V.  LutinVertPetit

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5 Réponses to “Aix-Marseille : la métropole enfin opérationnelle ?”

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