En direct de la COP 21 : un accord se profile…

by

Blog257_DessinResultatAprès deux semaines d’intenses tractations, la 21ème conférence des parties sur le changement climatique devait se terminer vendredi 11 décembre mais il a fallu jouer les prolongations. Un projet d’accord a circulé dans la nuit auprès des délégations des 195 pays représentés mais il a fallu attendre 13h30, ce samedi 12 décembre 2015, pour qu’il soit enfin traduit dans les 6 langues officielles de l’ONU. Au cours d’une nouvelle réunion plénière qui s’est tenue aujourd’hui même en fin de matinée, le président de la COP 21, le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, les yeux cernés et la voix cassée, a exposé les grandes lignes de ce projet d’accord dont le texte a ensuite été distribué dans la foulée aux représentants des parties, dans sa version officielle. Mais le marathon n’est pas terminé puisqu’une ultime réunion plénière doit encore se tenir cette après-midi à 15h45 en vue de l’adoption finale du texte. Le suspens se poursuit donc…

Sans préjuger de ce qu’il ressortira finalement de l’accord officiel, force est de constater que le projet présenté ce matin est plus ambitieux que ce que l’on craignait, au moins dans sa formulation… Selon les termes utilisés par Laurent Fabius lui-même, il fixe un « objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne bien en-deçà de 2 °C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5 °C ». On le voit, tout est dans la nuance ! Malgré tous les efforts déployés par les lobbys industriels et relayés par les climato-sceptiques, on retrouve bien l’objectif ambitieux de rester en dessous des 1,5 °C qui avait été affiché comme le cap à tenir par François Hollande lors de son discours d’ouverture, mais on comprend bien que jusqu’à 2 °C, on reste dans les clous et qu’on ne pouvait manifestement pas espérer mieux, sachant que dépasser cette ligne rouge des 2 °C signifiait reconnaître l’échec de la conférence…

Blog257_DessinParadis

Au demeurant, cet objectif est somme toute assez théorique, même s’il est sensé découler des engagements pris par l’ensemble des parties. Heureusement pour les négociateurs, les modélisations disponibles présentent de fortes incertitudes, ce qui permet une certaine dose de souplesse dans l’interprétation ! Il n’en reste pas moins que, selon toute vraisemblance, les engagements actuels pris par les différents pays conduisent de fait à un réchauffement qui sera plutôt de 3 °C, en supposant que ces engagements soient tenus, ce qui restera à vérifier…

ABlog257_DessinAllegreu delà de cette limite (de taille !), l’intérêt de l’accord est qu’il fixe bel et bien un objectif chiffré à atteindre et qu’il prévoit une actualisation des contributions nationales tous les 5 ans. Exactement le genre de contrainte dont les États-Unis ne voulaient initialement pas entendre parler ! En revanche, la question du fonds vert pour aider les pays les moins avancés à faire face aux changements climatiques à venir, ne semble pas aussi bien engagée qu’on pourrait le souhaiter. L’objectif des 100 milliards prévus pour 2020 est bien affiché et même considéré comme un minimum qui devra être revu en 2025, mais il se murmure dans les couloirs de la COP 21 que cette question épineuse pourrait être retranchée du texte de l’accord lui-même, histoire de ne pas trop se lier les mains…

Laurent Fabius a convenu que chaque pays ne pouvait repartir entièrement satisfait mais qu’il s’agissait du « meilleur équilibre possible » et il a exhorté l’assemblée à adopter le texte en l’état, estimant que « cet accord aidera les états insulaires à se protéger de l’avancée des mers, il mettra à disposition de l’Afrique des moyens financiers et technologiques pour se développer durablement et accompagnera les pays pétroliers dans la diversification de leur énergie ».

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

François Hollande, Laurent Fabius et Ban ki-Moon à la tribune de la COP21, samedi 12 décembre 2015 (photo M. Medina / AFP)

Aux côtés du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, le président français François Hollande a également tenu à saluer un accord qu’il juge « à la fois ambitieux et réaliste », invitant chacun à « ne pas s’arrêter sur un mot de l’accord, mais à le juger dans son ensemble », de la même façon que « l’on ne sera pas jugé sur un jour mais sur un siècle ». On retrouve là l’homme du compromis, rompu à l’exercice de synthèse entre motions après une longue pratique des congrès socialistes… Son discours s’est terminé par de belles paroles à la hauteur d’un événement historique : « La France vous demande, vous conjure d’adopter le premier accord universel sur le climat de notre histoire. Il est rare d’avoir l’occasion dans une vie de changer le monde. Vous l’avez. Saisissez-la ! Pour que vivent la planète, l’humanité et la vie ! ».

Blog257_DessinLobbyQue dire de plus, sinon que les réactions de diverses organisations écologistes, recueillies par Le Monde, saluent en effet dans ce projet d’accord une avancée incontestable. Ainsi, Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) estime que « c’est un accord décisif, qui va bien plus loin que le plus petit dénominateur commun ». De même, Jennifer Morgan (World Resources Institute) considère que « cet accord pourrait marquer un vrai tournant dans les efforts globaux contre le changement climatique. Le texte reflète à la fois une forte ambition et les voix des plus vulnérables. Il accélère la transition énergétique qui est déjà en bonne voie ».

Tous ne sont cependant pas aussi enthousiastes. Ainsi, le directeur de Greenpeace International, Kaomi Naidoo, juge que ce texte est « loin d’être satisfaisant » car « les pays à l’origine du problème ont promis trop peu d’aide pour les populations sur les lignes de front du dérèglement climatique, qui sont déjà en train de perdre leurs moyens de subsistance et la vie ». Une analyse partagée par Tim Gore (Oxfam) qui regrette en particulier l’absence de garantie quant à la pérennité au delà de 2025, des financements pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique, et l’absence de fonds pour faire face aux pertes et dommages résultants de ces évolutions climatiques.

Il reste donc encore bien du chemin à parcourir en vue d’une mobilisation unanime pour enclencher une véritable transition énergétique et faire face de manière responsable aux changements climatiques déjà amorcés. Mais, si le projet d’accord est bel et bien adopté dans la journée, nul doute que la France aura gagné son pari de faire de cette Cop 21, souvent présentée comme la conférence de la dernière chance, une étape importante en vue d’une prise de conscience planétaire à la hauteur des enjeux…

L.V.  LutinVertPetit

Advertisements

Étiquettes : , , ,

5 Réponses to “En direct de la COP 21 : un accord se profile…”

  1. Rejet de méthane : les Californiens concurrencent les vaches ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] Chaque heure, ce sont entre 44 et 58 tonnes de méthane qui sont ainsi répandues à l’air libre, selon l’ONG Environmental Defense Fund (EDF pour les intimes), qui actualise en temps réel les taux d’émission. Au total, plus de 80 300 tonnes de gaz ont ainsi été rejetées dans l’air depuis fin octobre, comme le rapporte Libération, soit l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de 5 millions de voitures ou de 8 à 9 centrales à charbon. Vraiment pas de chance pour la Californie dont le gouverneur, Jerry Brown, avait pris, en octobre 2015 justement, plusieurs directives destinées à réduire d’ici 2030 les gaz à effet de serre de 40 % par rapport à leur niveau de 1990… Or, d’après les estimations du California Air Resources Board, organisme chargé de contrôler la qualité de l’air, cet apport accidentel augmenterait de 25 % les émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble de l’État de Californie : voilà qui ramène les élevages bovins au rang de piètres amateurs, et qui fait quelque peu désordre juste après le – modeste – succès de la COP 21… […]

  2. Partageons les nouvelles énergies : une conférence à ne pas rater ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] des gaz à effet de serre issus des activités industrielles, commerciales et agricoles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays a été signé le 22 avril 2016 par 170 […]

  3. Environnement : le grand oublié des présidentielles 2017 ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] alors, l’avenir de l’humanité. L’affaire a été présentée comme un beau succès diplomatique bien que les engagements pris par les différents pays à cette occasion soient loin de permettre […]

  4. Changement climatique : Donald Trump se serait-il trompé ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] candidat, alors en campagne promettait, s’il était élu, d’ « annuler » l’accord de Paris signé par les États-Unis le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP 21 et entré en vigueur le […]

  5. Région PACA : Estrosi relance la Formule 1 ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] cette période où la plupart des responsables politiques s’inquiètent des conséquences du changement climatique et de la manière de convaincre chacun de modifier ses modes de vie et de déplacement pour limiter […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :