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SOS Méditerranée reconnue Grande cause nationale 2017

8 février 2017

blog391_phsauvetage2SOS Méditerranée, jeune association civile de sauvetage en haute mer spécialisée dans l’aide aux migrants en détresse en Méditerranée, vient tout juste de se voir décerner, aux côtés de la SNCM, le prestigieux label de Grande cause nationale 2017, dédié au sauvetage en mer. Une belle consécration pour cette ONG qui a été créée en 2015 seulement, dans un bel élan de la société civile européenne mobilisée face à l’urgence humanitaire en Méditerranée où au moins 46 000 personnes, hommes, femmes et enfants ont péri en mer depuis une quinzaine d’années en cherchant à rejoindre l’Eldorado européen…

blog391_phsauvetage3Déjà en décembre 2015, l’ONG s’était vue remettre le Prix de la Société Civile par le Comité économique et social européen (CESE), en remerciement de ses efforts pour améliorer la vie des migrants et favoriser leur insertion dans la société européenne. Selon le CESE, ce prix récompense des manifestations exemplaires de solidarité en Europe, qui se sont avérées extrêmement efficaces sur le terrain.blog391_phaquarius

Grâce à la solidarité de milliers d’Européens, SOS Méditerranée, dont les équipes se partagent entre Marseille, Berlin et maintenant Palerme, a ainsi pu affréter l’Aquarius, un navire de 77 mètres de long. Depuis février 2016, l’Aquarius assure sans discontinuer sa mission vitale de sauvetage sur l’axe migratoire le plus mortel au monde, entre la Libye et l’Italie.

En 11 mois de présence en mer et 79 opérations, 12 087 personnes ont ainsi été recueillies par SOS Méditerranée à bord de l’Aquarius : près de 8 000 vies sauvées par les équipes de sauvetage sur des embarcations en détresse et 4 000 personnes prises en charge après transbordement d’un autre navire. Outre les 11 membres d’équipage, l’Aquarius embarque également 6 sauveteurs volontaires qui sont des marins professionnels, ainsi qu’une équipe médicale de 7 à 8 personnes mobilisée par Médecins Sans Frontières. Il faut noter qu’une seule journée de mission sur L’Aquarius coûte 11 000 €.

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L’association se réjouit donc de cette reconnaissance comme Grande cause nationale 2017, qui va lui permettre de conforter son statut de réseau associatif agissant sur le plan national et européen, mais aussi de disposer d’une caution visible de l’État, de favoriser sa communication auprès d’un large public et de faciliter ainsi son appel à la générosité et aux dons.

Le site internet de l’association fourmille de témoignages au quotidien permettant de s’imprégner des actions de sauvetage en mer réalisés chaque jour par les équipes de l’Aquarius. Une magnifique leçon de courage et de dévouement au service de nos voisins du Sud.

J. Tonnelle

Migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ?

18 décembre 2016

afficheconfrefugies_a4coulMalgré de nombreuses manifestations culturelles se déroulant ce même jour, à la même heure, un public fidèle et intéressé était présent au clos Blancheton pour écouter les propos du conférencier, Jean-Pierre Cavalié, délégué régional de la CIMADE, sur ce sujet d’actualité ô combien préoccupant.

En préambule, il est remarqué la « frilosité » des responsables politiques pour aborder ce thème d’une façon claire-voyante et il est donc nécessaire de replacer le propos dans un aspect historique, plus global, et de l’étayer par une réflexion philosophique indispensable.

La CIMADE a été créée en 1939 suite aux conséquences de la guerre d’Espagne et des événements précurseurs du conflit qui allait embraser l’Europe. Ces événements ont eu pour effet la présence sur le sol français de réfugiés arrivés dans le Sud et dans l’Est du pays. Ce sont des volontaires, émus par la situation de ces populations déplacées qui ont spontanément élaboré une structure pour gérer l’accueil de ces réfugiés. Ceux-ci (espagnols, allemands, italiens) depuis 1938 étaient regroupés dans 200 camps (enfermement administratif).

Arrivée de réfugiés espagnols au camp de concentration de Bram, à 25 km de Carcassonne

Arrivée de réfugiés espagnols au camp de concentration de Bram, à 25 km de Carcassonne

A ce jour, la CIMADE poursuit son action en intervenant dans plus de 400 camps, et prend en compte la gestion des réfugiés pour leur faciliter les démarches administratives en vue de leur régularisation et leur insertion dans la société.

Le phénomène migratoire est mondial. Un récent rapport des Nations- Unies estime à un milliard le nombre de migrants, soit le septième de la population de la planète. Il est difficile de discriminer les raisons de ces migrations qui peuvent être climatiques, politiques ou économiques.

Ainsi, pour le continent Africain, la désertification de certaines zones est due à un phénomène climatique, avec pour conséquence des pertes économiques catastrophiques, phénomène auquel s’ajoute l’adoption d’un modèle de développement inadapté qui résulte de choix politiques et humains.

La désertification, une des causes des migrations (photo B. Bannon / HCR)

La désertification, une des causes des migrations (photo B. Bannon / HCR)

Il est néanmoins possible de modifier les comportements et d’agir pour prévenir ce genre de conséquences. Cependant il n’est pas possible d’endiguer tous ces mouvements migratoires ; reste à adopter une politique d’accueil en conformité avec les conventions internationales.

Mais celles-ci sont souvent interprétées en fonction de choix politiques spécifiques, comme en France à partir de 1984, où le tournant d’un libéralisme économique a été pris, avec pour conséquence d’accorder un statut de « demandeur d’asile » à tout réfugié, avec les conséquences administratives complexes qu’elles impliquent.

Le conférencier, Jean-Pierre Cavalié, avec le président du CPC, Michel Motré

Le conférencier, Jean-Pierre Cavalié, avec le président du CPC, Michel Motré

Il est donc question de concevoir la notion d’hospitalité, c’est ce qu’ont élaboré aux États-Unis, des membres appartenant à des églises, en créant le mouvement « sanctuaire » dans les années 80, assurant ainsi une protection aux réfugiés. Ces créateurs étaient très marqués par la résurgence d’un néo-esclavagisme lié aux excès du libéralisme économique.

Le principal souci d’un réfugié est d’obtenir un visa renouvelable pour poursuivre son séjour dans le pays d’accueil et cela explique pourquoi ceux qui ne l’obtiennent pas passent dans la clandestinité.

En Europe, en 2015, une attitude généreuse avait prévalu pour l’accueil des migrants devant l’émotion suscitée par leur sort, mais très vite des réactions hostiles ont eu pour conséquence la fermeture des frontières. Des mouvements de citoyens, sur la base du volontariat mettent au point des programmes d’accueil des réfugiés afin de les intégrer plus facilement dans la société.

La projection d’un documentaire sur l’expérience de Sheffield, ville moyenne de Grande-Bretagne, démontre qu’une bonne intégration est possible et bénéfique pour tous. La volonté des réfugiés de s’intégrer, en plus de l’aide reçue par ceux-ci sous forme de formations (apprentissage de la langue) dispensées par des volontaires, la mise à disposition de logements inoccupés, la participation aux différentes structures locales, a permis une intégration dans de bonnes conditions.

Cours de langue dispensé à des réfugiés syriens

Cours de langue dispensé à des réfugiés syriens

Il est même constaté, souvent, une revitalisation de certaines villes, l’économie locale étant dopée par cet afflux de population. Ce modèle a certes ses limites car l’on peut constater la confrontation des opinions sur la nécessité de partager la richesse dans un système où la concurrence pour l’accès aux emplois est vive. La bonne santé économique de l’Allemagne a permis, à ce jour, d’accueillir un grand nombre de réfugiés sans problèmes majeurs, mais ce modèle s’essouffle.

Dessin de Gros paru dans Marianne le 11 novembre 2016

Dessin de Gros paru dans Marianne le 11 novembre 2016

Autre exemple frappant d’intégration réussie, celui d’un village au sud de la Sicile, quasiment abandonné par sa population, qui a accepté d’accueillir des réfugiés devenus peu à peu majoritaires. Ils ont redonné vie et prospérité à la localité en réussissant même à chasser les pratiques mafieuses passées.

En France, la petite ville de Rosans, dans les Hautes-Alpes, a été le lieu d’une concertation exemplaire avec la population partagée en deux camps sur l’installation de réfugiés dans la cité. De nombreuses réunions informatives et une écoute attentive de chaque opinion ont permis de désamorcer les conflits et oppositions, aboutissant à un collectif qui a suscité la créativité d’une économie sociale basée sur l’égalité.

On aurait pu citer d’autres exemples, dont celui de Barcelonnette, qui accueille 40 personnes en demande d’asile. Il n’en demeure pas moins que le casse-tête réglementaire au niveau de l’Europe pour administrer le phénomène migratoire reste un handicap. Il est donc nécessaire de revoir la conception de l’Europe dans ce domaine.

Arrivée de migrants syriens à Munich en Allemagne en septembre 2015 (photo C. Stache / AFP)

Arrivée de migrants syriens à Munich en Allemagne en septembre 2015 (photo C. Stache / AFP)

Les principales difficultés du processus de prise en charge aux passages des frontières subsistent, liées notamment au respect des lois et conventions (convention de Genève qui date de 1951 !), à l’application des procédures de demande d’asile, aux conditions de traitement humain des personnes dans le respect de leur dignité (hébergement, nourriture, santé, équipements), à l’action de la justice (qui normalement doit statuer dans les 48 heures pour donner suite à une procédure du droit d’asile), à la protection des mineurs, etc.

Il faut savoir qu’une demande d’asile est traitée en préfecture par la « plate-forme asile » ; les organismes tels que l’OFI et OFPRA orientent ensuite le demandeur dans un centre d’accueil dans l’attente de la décision. Dans le cas favorable, ce droit d’asile est accordé pour une durée de dix ans et parfois définitivement. En France le taux d’accord du droit d’asile est de 33 % alors qu’il atteint 80 % en Allemagne. Des marges de progrès existent donc.

En conclusion de cet exposé, Jean-Pierre Cavalié, démontre que le phénomène migratoire est « le thermomètre de l’état du monde » reflet de toutes les crises, conflits et changements de mode de vie sur la planète. Il faudra s’habituer à vivre avec une « migration pendulaire » où des populations viendront chercher protection, se former, travailler dans un pays pour ensuite, dans une certaine proportion, retourner dans leur pays d’origine en absence de conflit armé ou de crise économique grave.

Une assemblée très attentive lors de la conférence du 8 décembre 2016

Une assemblée très attentive lors de la conférence du 8 décembre 2016

Nombre de français sont eux-mêmes installés provisoirement ou définitivement à l’étranger avec des conséquences bénéfiques pour tous. Il est donc nécessaire de faire prendre conscience le plus tôt possible que l’hospitalité est une tradition ancienne qui doit être valorisée.

Le public, à l’issue de la conférence, a pu continuer à s’entretenir avec le conférencier, manifestant ainsi sa soif d’information sur ce sujet d’actualité, mais un verre à la main, offert comme à l’accoutumée par les organisateurs du Cercle Progressiste Carnussien.

CM.

Accueil des réfugiés et des migrants : en débat à Carnoux

31 octobre 2016

Réfugiés, migrants : comment dépasser l’émotion et envisager l’avenir ? Pourquoi migrants et réfugiés ont-ils mauvaise presse ? De quoi avons-nous réellement peur ? Pourquoi quittent-ils leur pays au risque de leur vie ? Comment les accueillir dignement ? Autant de questions que l’actualité nous incite à nous poser sur un sujet délicat où se mêlent considérations politiques, culturelles, morales et économiques. Un sujet délicat où les a priori et les préjugés jouent un rôle non négligeable…

Jean-Pierre Cavalié, lors d'une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Jean-Pierre Cavalié, lors d’une précédente intervention à Carnoux le 18 mai 2009

Pour éclairer ces phénomènes et en débattre nous avons invité Jean-Pierre Cavalié de la Cimade, une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile, qui interviendra, à l’invitation du Cercle Progressiste Carnussier, dans la salle du Clos Blancheton, le jeudi 8 décembre 2016, à partir de 18h30, pour une conférence-débat destinée à apporter un éclairage humaniste et positif sur ces questions difficiles et qui suscitent inévitablement la polémique.

Depuis la nuit des temps, les migrations sont pour l’homme une manière courageuse de manifester sa volonté de surmonter l’adversité et d’avoir une vie meilleure. Aujourd’hui, en raison de la mondialisation et des progrès des communications et des transports, le nombre de personnes qui désirent s’installer dans d’autres régions et qui en ont les moyens a considérablement augmenté. Et l’exil provoqué par la guerre provoque un afflux qui inquiète et génère de nouvelles peurs.

Cette nouvelle ère est porteuse aussi bien de problèmes que de possibilités pour les sociétés du monde entier. Elle met aussi en relief la relation entre les migrations et le développement de même que les possibilités de co-développement qu’offrent les migrations, c’est-à-dire les possibilités d’amélioration concertée de la situation économique et sociale aussi bien dans les régions d’origine que dans celles de destination. Un exemple : ne faisant presque plus d’enfants, les Allemands seraient plus naturellement accueillants, selon leurs intérêts bien compris !

Mais les dynamiques de mobilité humaine se sont complexifiées ces dernières années et les mouvements de migrants et de réfugiés se recoupent désormais de plusieurs manières (exil économique, nécessité de sauver sa peau). Afin d’endiguer les migrations « irrégulières » et de limiter les abus des systèmes d’asile, de nombreux Etats ont introduit une série de mesures destinées à prévenir et à dissuader les ressortissants étrangers d’arriver sur leur territoire et de soumettre des demandes d’asile.

Pour le cas français, en revanche, on ne peut nier qu’existent chez nous une misère, une précarité accrue et un sentiment d’abandon d’une partie de la population. Même si de nombreux anonymes ont été d’une générosité exemplaire dans l’aide aux réfugiés, cette misère ambiante n’est pas pour rien dans une crainte qui vaut ses succès au Front national.

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D’autres questions que celles évoquées plus haut n’ont pas de réponses satisfaisantes : Le mouvement de réfugiés va-t-il se tarir ? Les mesures prises face à la crise migratoire sont-elles à la hauteur des besoins ? Comment penser et multiplier les capacités d’accueil ? Y a-t-il une politique européenne satisfaisante face aux migrations ? Comment les droits de l’homme, et en particulier de droit d’asile sont-ils respectés ? Comment répondre à notre désir d’hospitalité, avec quel accompagnement et quelle issue ? Quelle part l’hospitalité peut-elle avoir dans les programmes politiques ?

En adhérant aux appels de générosité, ne risquons-nous pas de faire prévaloir les « bonnes intentions » de façon un peu irréfléchie ?

Nul doute que le débat sera riche à l’occasion de cet échange le 8 décembre prochain !

S.J.

Rosans ose l’accueil des réfugiés

5 novembre 2015
Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Au début du mois de juillet, un homme d’une trentaine d’années, installé depuis peu dans le village de Rosans (505 habitants) dans les Hautes Alpes suit, à la télévision, l’actualité concernant le blocage des « réfugiés » à la frontière avec l’Italie, notamment. Tout d’abord extrêmement choqué du sort qui est fait à ces personnes, mais aussi par les réactions de fermeture de nos « autorités » dans lesquelles il ne se reconnaît pas, il se dit qu’il ne peut rester sans rien faire. Il contacte des amis, puis la Cimade de Gap. Le petit groupe ainsi constitué demande au maire si les appartements libres dans le village pourraient servir à accueillir des réfugiés. Le maire ne s’oppose pas au projet, mais propose de consulter la population.

Une réunion publique est organisée, fin juillet, à laquelle participent 50 personnes. Au cours des trois heures de cette soirée, les initiateurs exposent rapidement l’histoire et le fonctionnement des « villes sanctuaires », un mouvement international de lieux (organisations, églises, universités, villes) qui ont choisi de vivre et diffuser une culture d’accueil et d’hospitalité à l’égard des migrants et des réfugiés, particulièrement de ceux qui fuient des conditions de vie inacceptables pour eux, leur famille et leurs proches. La discussion est engagée, pour que chacun puisse exprimer ses attentes, ses appréhensions, ses peurs. Deux jours plus tard, le conseil municipal vote à l’unanimité moins une abstention, l’accueil de réfugiés en mettant à disposition deux appartements. Le maire de Rosans se met en relation directe avec ses homologues de deux communes des Cévennes qui se sont déjà lancés dans une démarche similaire.

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Dans les jours qui suivent, une pétition émanant de personnes plutôt réservées, voire hostiles à cet accueil, recueille 150 signatures. Les médias s’en mêlent et certains titrent « Rosans se déchire ». L’équipe porteuse du projet, très sollicitée par les journalistes, décide d’approcher les personnes qui ont lancé la pétition. Il s’avère qu’elles ne sont pas opposées au principe, mais aimeraient être davantage consultées.

Un second débat public est alors organisé où viennent, cette fois, 90 personnes. La rencontre a été bien préparée, notamment pour que chacun puisse s’exprimer. Il apparaît rapidement qu’une partie des « opposants » sont des enfants de harkis qui disent avoir été placés autoritairement et « mal accueillis », au point qu’ils sont, encore aujourd’hui, marginalisés. « Va-t-on les accueillir aussi mal ?», « Et si on s’occupe bien d’eux, pourquoi ne l’a-t-on pas fait pour nous, d’autant que certains de nos enfants ont dû quitter la région pour aller chercher du travail ? Alors pourquoi y en aurait-il pour eux ? ». A la fin du débat, une bonne partie des « opposants » sont prêts à faire partie de l’équipe d’accompagnement qui est aujourd’hui composée de 50 personnes.

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Une réunion a permis de rassembler la municipalité, des représentants du groupe d’accueil et la Préfecture (Cohésion Sociale et La Cimade). Le collectif est à ce jour en lien avec de nombreuses communes de la région dans lesquelles un début de mobilisation s’est fait jour. Depuis des mois, plusieurs groupes de la région sont des antennes du réseau Welcome qui permet d’héberger et accompagner pour un temps, des demandeurs d’asile non hébergés dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Deux appartements proposés ont pu être utilisés cet été pour des familles. Avec une forte équipe d’accompagnement, l’une des familles a trouvé une place dans le circuit « normal ». Car il est clair qu’il ne s’agit pas de se substituer à l’État, seulement d’éviter des drames humains !

Blog245_PhRosans2L’histoire de Rosans se poursuit, entre émotion et réalisme, traversée par les controverses liées à un sujet qui favorise tous les fantasmes du moment, comme le relate un article du Monde. Occasion d’échanges vifs mais fructueux sur les modalités du vivre ensemble, mais occasion aussi de mener une réflexion sur la ruralité. Ainsi est lancée l’idée d’« inventons des jobs au lieu de nous lamenter ». Il ne restera plus qu’à trouver des réfugiés qui ont le goût de la terre et l’envie de tester la ruralité en version française.

Et si cette expérience pouvait contribuer à régénérer une démocratie moribonde qui s’éveille aux questions vitales pour l’avenir de notre société ? A commencer par celle-ci : que pouvons-nous offrir, nous les citoyens, en termes d’hospitalité à Carnoux ?

Squoten Jeallnec

Colonisation et migrations : que nous enseigne l’histoire ?

30 octobre 2015
Le philosophe Edgar Morin

Le philosophe Edgar Morin

Cet article est issu des échanges entre Edgar Morin (sociologue et philosophe) et Régis Debray (universitaire) lors de l’émission Les Grandes Questions du 15 octobre dernier au cours de laquelle F.O. Gisbert invitait à débattre sur un sujet d’actualité : « Peut-on s’affranchir des frontières ? »

Outre la qualité des réflexions tenues qui ont laissé Gisbert à distance, c’est la hauteur de vue des propos des deux invités qui invite à aborder la question des réfugiés et des mouvements de migration en la reliant à celle de la naissance du monde contemporain suite au démantèlement du système colonial.

Petit rappel historique

Comme le développe Jean Bruhat dans l’article qu’il consacre à la colonisation dans l’Encyclopedia Universalis, le monde a connu deux grands systèmes coloniaux.

Le premier dont l’Espagne et le Portugal sont les initiateurs, marque le début du partage du monde et de ses ressources. Ces deux états sont ensuite suivis par la France, l’Angleterre et la Hollande qui font commerce avant d’installer des compagnies. Le cas de l’Allemagne est un peu différent car elle s’est unifiée bien plus tard alors que le partage du monde était déjà bien avancé.

Si le XIXème siècle voit apparaître les premières indépendances, la révolution industrielle, en Angleterre notamment, bouleverse l’organisation en compagnies qui ne suffisent plus pour satisfaire les besoins en matières premières et en débouchés pour les ventes de produits manufacturés.

Blog242_PhColonisationDébute alors, dans les années 1880-1890, le second système colonial et la création des empires. Cette époque de fièvre expansionniste et de distribution du monde, avec la création de l’empire britannique et de l’empire colonial français, s’achèvera avec la première guerre mondiale.

Durant cette période, de nouveaux concurrents apparaissent : l’Allemagne qui intervient en Afrique et dans les îles du Pacifique, l’Italie avec la Tripolitaine (Lybie) et des îles grecques, la Belgique au Congo (1908), et les USA à partir de 1888. Une nouvelle forme d’empire économique naît après la première guerre mondiale : l’URSS intervient en Chine, en Iran, en Amérique du Sud et dans l’empire Ottoman ; en 1930 le Japon se tourne vers la Chine.

Notons enfin le rôle joué par les puissances européennes (France et Grande-Bretagne) au Proche-Orient.

La décolonisation

La colonisation implique une occupation territoriale et une dépendance des pays occupés. Comme nous venons de le voir, il existe différentes formes de colonisation, de commerce avec les comptoirs, de peuplement avec la réception d’immigrants, de ressource avec la recherche et la production de produits de base, et enfin la colonisation stratégique. Cela s’accompagne par la mise en place d’administrations incorporées ou protégées qui toutes manifestent un souci de domination économique, politique et culturelle. La France s’est toutefois caractérisée par son hésitation entre assimilation et association.

Au-delà de jugements moraux, l’œuvre colonisatrice a été à la fois destructive et constructive, mais toujours au profit de la métropole.

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923...

Le Moyen-Orient en 1914 et 1923…

Le démantèlement du système colonial a eu plusieurs conséquences dont une qui nous intéresse dans le contexte actuel et que l’auteur de l’article cité nomme une « balkanisation territoriale « (en Afrique comme au Proche-Orient) dont la caractéristique est l’absence de pleine prise en compte des réalités ethniques et géographiques.

...et les frontières actuelles du Moyen-Orient

…et les frontières actuelles du Moyen-Orient

La création de ces nouveaux états aux frontières souvent artificielles n’a pas réglé les questions économiques et politiques locales. Les peuples qui les composent, dans une économie mondialisée, ne parviennent pas à satisfaire les besoins d’autosubsistance.

Près d’un siècle après la seconde phase de décolonisation, nous sommes confrontés en Europe à la venue de ceux que l’on a colonisés.

M. M.

Accueil des réfugiés : que faire ?

28 octobre 2015

Blog241_PhBodrumL’image du petit noyé de 3 ans dont le corps flottait sur une plage de Bodrum a réveillé la compassion du monde entier. Cette émotion immédiate, planétaire, irrépressible a suscité une manière de tsunami de solidarité. Et c’est heureux. Mais fut-il durable ? Engendra-t-il une compassion concrète et agissante ? Nous aida-t-elle à nous souvenir que des centaines d’enfants de l’âge du petit Aylan sont morts et continuent de mourir noyés ?

L’irruption de cette image révèle la fragilité du monde et interroge notre humanité. Comment dès lors affronter la crise posée par le déplacement des réfugiés et par les migrations plus généralement ? En quoi sommes-nous concernés ? Pour y répondre lucidement et efficacement il faut s’extraire de la pure compassion ainsi que des raisonnements fallacieux qui aboutissent à ignorer une réalité insupportable.

Qui a dit que ce serait facile ?

Qui a jamais pensé que l’accueil de centaines de milliers de réfugiés en Europe se ferait sans tension ni casse-tête ? Pourtant, des dizaines d’initiatives rapportées par les journaux désireux de s’en faire échos prouvent que cette tâche est réalisable. Dans de petits villages français et italiens des groupes de personnes offrent gîte et petits boulots à une poignée de migrants déboussolés. Souvent sans publicité. Temporairement, et dans l’urgence. En attendant que des structures adéquates prennent le relais ! L’Allemagne s’est surprise elle-même, inquiète et fière d’avoir été transformée en « terre promise » par des marcheurs exténués. Mais aucun des Européens qui s’engagent dans l’accueil ne prétend que la tâche est légère.

Un monde qui se cherche

La société est devenue inégalitaire, belliqueuse et irrespirable face aux crises économique, sociale, environnementale sans oublier celle qui frappe le gouvernement des hommes. L’indifférence et le relativisme imprègnent une époque de “glaciation des rapports humains”. Le manque de perspectives politiques, l’individualisme dont se nourrit l’ultralibéralisme, et les représentations de l’autre véhiculées par la sphère médiatique (dont le pouvoir d’influence s’accroît régulièrement) ont des effets dévastateurs sur la qualité du « vivre ensemble ». Cela produit des effets inquiétants : recentrage sur les problèmes du quotidien, frilosité face à l’engagement personnel, désillusion face à la captation des pouvoirs.

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Une famille de réfugiés syriens attend devant le hall des expositions de Munich le 7 septembre 2015 (photo © C. Stache / AFP)

Par ailleurs, il est devenu difficile d’imposer certains droits qui, autrefois, n’étaient pas problématiques. Par exemple, le droit à la mobilité, qui est une liberté fondamentale. L’enjeu en est l’égalité : la détermination d’une vie entière par le lieu de naissance est une injustice immense qui doit pouvoir être corrigée !

Réactions positives

Devant la contradiction entre la générosité immédiate qui s’impose et la prudence réfléchie qui s’impose tout autant, nous ne savons échanger qu’invectives et insultes croisées. Les uns sont désignés comme des naïfs irresponsables ; les autres, comme des peureux sans cœur ni humanité. On a entendu des maires qui s’inquiétaient à voix haute des capacités de leurs communes : ils ont parfois été traités avec mépris. Des initiatives d’associations ou de simples familles pour donner asile aux migrants sont parfois moquées. Au milieu de ces criailleries déshonorantes, il devient impossible de chercher, en toute bonne foi, un point d’équilibre « raisonnable » entre le souhaitable et le possible.

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Malgré ce « débat » caricatural et sans débouché, il faut chercher l’accueil humanitaire tout simple ailleurs, dans les actes de citoyens de base comme on l’a évoqué. La philosophie pratiquée étant celle-ci : il n’est pas question de se claquemurer, ou de renvoyer ces familles chez elles, sur la route ou vers les bombes, sans autre forme de procès. Pourquoi ? Par fraternité, mais aussi pour une autre raison encore. A ceux qui empilent craintes, angoisses et « bon sens » contre l’accueil des réfugiés, cette solidarité a déjà opposé une force terriblement efficace : l’imagination. Et la mobilisation s’étend, silencieusement. Sans doute ces européens imaginatifs pressentent-ils que notre avenir commun se joue ici. L’Europe politique serait-elle introuvable ? Non ces européens actifs, déterminés et lucides répondent présents!

Responsabilités politiques et médiatiques

Sur fond de tragédie, de morts d’enfants et de migrants noyés par milliers, nous avons pu vérifier à quel point nos démocraties étaient malades. La désunion européenne brille de mille feux. Des responsables politiques démunis se renvoient les quotas à la figure, tout en criant « sus à Daech » ! Épargnant soudain Bachar Al Assad, le premier responsable de cet exode.

Des migrants secourus par l'armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Des migrants secourus par l’armée irlandaise en Méditerranée, le 6 juin 2015 (photo © Van Sekretarev / AP / SIPA)

Mais on fustige un peu facilement l’égoïsme barricadé et la division pathétique de l’Europe. Une Europe incapable de s’entendre sur une solidarité minimale à l’endroit de l’autre, poussé vers l’exode. Ces symptômes d’une « maladie démocratique » sont déjà inquiétants par eux-mêmes. Or il faut y ajouter le pouvoir ensorcelant – pour ne pas dire décérébrant – des images. Ces dernières semaines, il a atteint son maximum. Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle des images aussi troublantes que mensongères. On y a vu des foules d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant tragiquement une « route possible », entre la Hongrie, la Croatie, la Slovénie et l’Autriche. De longues colonnes de familles exténuées cheminent le long des autoroutes, dans des gares, à travers champs.

Blog241_PhFamille2Pourquoi parler d’images (involontairement) « mensongères » ? Parce qu’elles suggèrent une idée de déferlement, d’invasion incontrôlable. Elles détruisent du même coup la vérité que tentent désespérément de rappeler les commentateurs. Cette vérité « vraie », celle des chiffres, c’est que ces migrations vers l’Europe sont d’un étiage relativement modeste, rapporté à la population du Vieux Continent (autour de 1 % de cette dernière), et qu’il n’y a pas de quoi s’affoler. Disons que l’effet de sens généré par le passage en continu de ces images nourrit mécaniquement une « croyance » si inquiète qu’aucune vérité chiffrée ne pourra plus ébranler. Il s’agit bel et bien d’ensorcellement. Faut-il se consoler en songeant que cette puissance des images peut produire un ensorcellement positif ?

Entre ces vraies-fausses images d’invasion et le plan rapproché du petit noyé de Bodrum, notre conscience s’est trouvée secouée et souffletée. Nous avons été si violemment jetés d’un sentiment à l’autre, aller-retour, que notre raison en fut comme anéantie. De là vient cet étrange somnambulisme des démocraties européennes qui traversent, bras tendus et yeux mi-clos, cette tragédie.

Squoten Jeallnec

Immigration : les mauvaises vannes du plombier hongrois

22 juin 2015

Alors que des vagues d’émigrés fuyant les combats en Syrie ou les persécutions en Érythrée, tentent de chercher refuge en Europe, au risque de périr noyés en traversant la Méditerranée sur des embarcations de fortune, notre ancien président de la République Nicolas Sarkozy vient de se livrer à une parodie de sketch dont le mauvais goût a été presque unanimement condamné. Même Jean-Marie Bigard n’avait pas osé aller aussi loin dans le cynisme et la provocation, c’est dire !

Nicolas Sarkozy en meeting à L'Isle-Adam, le 18 juin 2015 (photo F. Guillot / AFP)

Nicolas Sarkozy en meeting à L’Isle-Adam, le 18 juin 2015 (photo F. Guillot / AFP)

La scène s’est passée à L’Isle-Adam dans le Val d’Oise, le 18 juin dernier, une date que les Gaullistes nous avaient habitués à commémorer pour d’autres raisons. En meeting devant une assemblée de fervents partisans, Nicolas Sarkozy s’est laissé aller à un one-man-show accompagné de toutes les mimiques du parfait humoriste. Le thème choisi : l’immigration bien sûr, et comme de coutume les mauvaises solutions des pauvres technocrates bruxellois ont été trainées en dérision par le bouffon de service se donnant en spectacle devant un public de militants conquis.

Nicolas Sarkozy le 13 juin 2015 (photo A. Jocard AFP)

Nicolas Sarkozy le 13 juin 2015 (photo A. Jocard AFP)

Petit extraits choisis de ce discours honteux : « Il n’y a plus d’argent, plus d’emplois, plus de logements, mais ils ont trouvé un truc (…) ils ont considéré que la solution au problème d’immigration c’était pas de réduire, c’était de répartir ». Et de filer la métaphore en ironisant devant un public hilare : « dans une maison, il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit, j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants ».

Près de 2000 personnes, femmes et enfants compris, viennent de se noyer en tentant de fuir à tout prix l’enfer des persécutions et de la misère. Et notre ancien président de la République qui, selon Libération a « de la fuite dans les idées », déclenche des rires gras en assimilant ce flux de migrants à un dégât des eaux. La Droite décomplexée, adepte du « gros rouge qui tâche » vient décidément de toucher le fond. Au point de se demander comment Nicolas Sarkozy a pu s’abaisser à ce type de posture, lui qui était si fier, il y a quelques années, encore de se dépeindre comme un « petit Français au sang mêlé », lui dont le père était né en Hongrie et avait trouvé refuge en France, lui qui vantait les mérites du métissage et rejetait le droit de sang « parce qu’à la fin, il y a toujours un sang plus pur ou plus impur qu’un autre ».Blog198_DessinSarko

On comprend bien sûr qu’il est prêt à tout pour se démarquer de la Droite bien pensante ou modérée et se rallier ceux qui sont tentés par le vote Front National. Comme le dit Renaud Dély dans un article du Nouvel Observateur, « pour vaincre la coalition de la droite à col roulé de Le Maire, la droite bien peignée de Fillon et la droite bien habillée de Juppé, Nicolas Sarkozy a un plan : rassembler la droite des mal-élevés ». Pas sûr qu’une telle posture soit de nature à rassembler une majorité de Français pour le placer de nouveau à la tête du pays des Droits de l’Homme, ou alors c’est à désespérer de nos concitoyens !

L.V. LutinVertPetit