Archive for avril 2012

Lettre de Philippe à Jean.

27 avril 2012

Jean,

J’aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J’aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu’à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j’étais à Antraigues il n’y a pas si longtemps et je n’ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c’est sacré !
Pardon te t’emmerder, mais l’heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d’idées, je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n’as que les titres d’une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l’heure est grave !

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s’abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s’immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l’on traque comme d’autres en d’autres temps que tu as chantés, celle qu’on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n’est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l’on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l’essentiel…
Jean, rechante quelque chose je t’en prie, toi, qui en voulais à D’Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu’un air de liberté flottait sur Saïgon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s’est vendu à la Première dame de France. Ecris-nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !
Jean, l’huma ne se vend plus aux bouches des métros, c’est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l’info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs… Tu l’aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l’Elysée pour avoir l’honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu…
Jean, l’argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques-uns, et l’on ose donner des leçons de civilisation au monde…
Jean, l’Allemagne n’est plus qu’à un euro de l’heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l’haleine fétide des renvois populistes de cette droite “décomplexée”.
Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l’homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n’est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.
Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l’industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s’endetter il s’endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite… Finies les jacqueries !
Jean, la Commune n’en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous “le Temps des Cerises” ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade… Ici on massacre l’Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l’excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés…
Jean, je te quitte, pardon de t’avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j’aime cette France, je l’aime ruisselante de rage et de fatigue, j’aime sa voix rauque de trop de luttes, je l’aime intransigeante, exigeante, je l’aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d’elle même pour le plus pauvre qu’elle, quand elle s’appelle en 54 par temps d’hiver, ou en 40 à l’approche de l’été. Je l’aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu’à elle-même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts…

Jean, je voudrais tellement t’annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai…
Je t’embrasse.

Philippe Torreton

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Lettre ouverte au Président Sarkozy

25 avril 2012

Cette « lettre citoyenne » au Président Sarkozy, est publiée par Médiapart.

Cette lettre est une initiative participative et citoyenne. Son rédacteur souhaite simplement donner aux lecteurs de Mediapart qui pourraient la soutenir la possibilité de diffuser un texte d’intervention qui a trois fonctions principales. Souligner tout d’abord que l’élection présidentielle de 2012 comporte un enjeu exceptionnel : la défense de la démocratie dont les valeurs ont été mises à mal par cinq années de pouvoir autoritaire. Faire ensuite œuvre de mémoire en rappelant le terrible passif de ce quinquennat : aucun des engagements majeurs pris par le candidat de 2007 n’a été tenu. Cette lettre a enfin pour fonction d’apporter une possible contribution à la lutte contre l’abstention, qui, si elle devait être importante, pourrait faire le jeu du président-candidat. Or la démocratie est l’affaire de toutes et de tous.

Cette lettre ne s’adresse pas prioritairement au lectorat de Mediapart, très majoritairement conscient des enjeux de cette élection. Elle n’aura d’effet que si les lecteurs de Mediapart s’en emparent pour la diffuser en premier lieu aux électrices et aux électeurs qui, à tort ou à raison, doutent de la politique et s’apprêtent à ne pas aller voter, c’est-à-dire, potentiellement plus d’un tiers de nos concitoyens.

A cette fin chaque lecteur est invité à diffuser le texte de cette lettre à tous ses contacts par courrier électronique, en le copiant dans un message qui pourrait avoir l’objet suivant : LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT SARKOZY – NE BRISEZ PAS CETTE CHAINE CITOYENNE. Les réseaux sociaux peuvent être aussi un relais efficace.

MEDIAPART

http://blogs.mediapart.fr/edition/2012-ils-sengagent/article/150412/nous-n-oublierons-pas-lettre-ouverte-au-president-sar

Monsieur le Président,

Les citoyens français vous ont élu sur la foi et la sincérité d’un programme politique dont vous n’avez pas respecté les engagements et auquel vous avez maintes fois tourné le dos depuis votre élection, le 6 mai 2007.

Aujourd’hui vous vous présentez une nouvelle fois au suffrage du peuple français et vous menez une campagne reposant sur une double imposture : la promesse d’une nouvelle rupture et l’oubli de votre bilan. Bien plus, vous utilisez les services de l’État au bénéfice de votre campagne et vous n’hésitez pas à exploiter les événements politiques, économiques et sociaux à des fins électoralistes et avec le soutien de nombreux médias qui propagent une insidieuse politique de la peur sur laquelle vous espérer bâtir une popularité.

Cette lettre citoyenne entend simplement vous rappeler les trop nombreux engagements que vous n’avez pas tenus.

Vous aviez promis en 2007 de maintenir le droit à la retraite à 60 ans : vous l’avez repoussé autoritairement à 62 ans, contre l’avis de la majorité des Français et au terme du plus long conflit social que la France ait connu depuis très longtemps. Nous n’oublierons pas !

Vous avez souhaité dans vos propositions que « la formation initiale des enseignants soit assurée » : votre réforme a supprimé l’année de stage et conduit des milliers de jeunes enseignants non formés à exercer devant des élèves désemparés.  Nous n’oublierons pas !

Vous avez voulu réformer en profondeur l’université et la recherche et vous prétendez que cette réforme est le succès de votre quinquennat : les milliards promis ne sont jamais arrivés et de nombreux établissement de l’Enseignement supérieur sont aujourd’hui en déficit tandis que les organismes de recherche sont démantelés.  Nous n’oublierons pas !

Vous avez promis de « préserver l’excellence de notre système de santé » et d’«améliorer les conditions de travail des professionnels de la santé ». Vous avez fait fermer des hôpitaux et des maternités, créé des déserts médicaux dans de nombreuses régions, supprimé des dizaines de milliers de postes de personnels de santé et détérioré gravement l’accès aux soins de millions de français.  Nous n’oublierons pas !

Vous vous êtes engagé à « veiller rigoureusement à l’indépendance de la justice » : les nombreuses affaires en cours montrent crument l’exercice d’un pouvoir qui tend à privatiser la justice au service d’intérêts financiers, personnels ou politiques, et qui contrevient gravement au principe d’indépendance dont votre fonction vous fait pourtant le garant. Vos gouvernements successifs ont enfreint sous votre autorité l’Article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose que la loi « doit être la même pour tous ».  Nous n’oublierons pas !

Votre politique a ainsi ébranlé les trois socles de la République française : la Sécurité sociale, l’École et la Justice.  Nous n’oublierons pas !

Au chapitre des Droits de l’Homme vous aviez promis à vos compatriotes de « franchir de nouvelles étapes dans la préservation et la conquête des libertés ». Les seules étapes que vous avez fait franchir à la société française constituent une inadmissible régression des Droits de l’Homme : votre politique sécuritaire et d’immigration, en flattant les idéologies d’extrême droite et en avivant les haines comme les peurs, a porté non seulement atteinte dans son application aux libertés démocratiques fondamentales, mais aussi aux principes intangibles des grands textes fondateurs de notre histoire, et que votre volonté politique a travaillé à déconstruire et à mettre en péril : La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, la loi de 1905, les valeurs issues du Conseil National de la Résistance. Nous n’oublierons pas !

Sous votre présidence plusieurs ministres condamnés ou mis en cause dans des procédures ou des informations judicaires, ont continué impunément à exercer leurs fonctions alors que dans toute démocratie digne de ce nom ils auraient dû se mettre en retrait. Vous avez ainsi contribué à l’abaissement moral de la politique en la soumettant, soit à une idéologie condamnable, soit aux intérêts d’une oligarchie financière et d’un clan.  Nous n’oublierons pas !

Aveuglé par votre hyperprésidence et votre conduite autoritaire des affaires de l’Etat, vous avez dévalorisé le rôle du gouvernement et du Parlement. En refusant obstinément de vous mettre à l’écoute des citoyens, en méprisant les associations et les organisations syndicales, vous avez délité les liens sociaux et provoqué une crise démocratique et institutionnelle sans précédent dont vous portez l’entière responsabilité. Responsabilité encore aggravée par le choix de la provoquer en une période de grave crise économique et financière, crise que vous exploitez et que votre politique alimente en choisissant d’accabler les plus pauvres et en ne cessant d’enrichir la classe des Français les plus aisés. En cinq années d’exercice de votre pouvoir, vos gouvernements ont considérablement aggravé les inégalités sociales et économiques.  Nous n’oublierons pas !

Enfin, vous avez adopté à de multiples reprises un comportement public et fait des choix politiques qui ont rabaissé la fonction présidentielle ainsi que l’image, la culture et les valeurs de la France en Europe et dans le monde.  Nous n’oublierons pas !

Pour toutes ces raisons, en allant voter les 22 avril et 6 mai prochains,  Nous n’oublierons pas que vous avez brisé le contrat social et politique qui vous unissait à nous. Vous avez perdu toute crédibilité.

Il est temps, Monsieur le Président, que vous redeveniez un citoyen et un justiciable ordinaires.

NE BRISONS PAS CETTE CHAINE CITOYENNE CONTRE L’OUBLI !

DEFENDONS TOUS ENSEMBLE LA DEMOCRATIE !

Urbanisme et transports publics : enjeux ou oublis ?

16 avril 2012

Après des décennies de développement urbain basé sur le règne sans partage de la voiture et l’extension des banlieues sous forme d’habitat individuel, il semble bien que l’on arrive à un tournant où d’autres modèles

vont devoir s’imposer. Le rêve de la majorité des Français de vivre en habitat individuel avec si possible jardin (et piscine) a abouti à un cauchemar collectif : consommation inconsidérée de l’espace (l’équivalent d’un département français disparaît tous les 6 ans au détriment de l’agriculture et au profit de l’urbanisation), délitage progressif du lien social, paupérisation des centres villes, exposition accrue aux risques naturels et technologiques de toute sorte (à titre d’exemple, plus de 100 000 nouveaux logements ont été construits en zone inondable entre 1999 et 2007, soit davantage qu’hors zone inondable !), allongement des temps de transport quotidiens qui engendrent stress et fatigue, utilisation dominante de véhicules individuels, sources de pollution et d’embouteillages, augmentation du coût des services publics et des réseaux d’infrastructures (plus l’habitat est dispersé, plus les longueurs de réseaux enterrés et donc les coûts de raccordement et d’entretien augmentent), etc.

Le renchérissement du coût de l’énergie et la raréfaction du foncier sont devenus tels que les limites de ce modèle sont maintenant clairement atteintes. La ville de demain devra nécessairement être plus dense, avec une mixité sociale accrue, des espaces publics plus conviviaux, des fonctionnalités repensées (pour limiter les trajets domicile – travail – loisirs), des bâtiments mieux isolés et un recours plus massif aux énergies renouvelables et aux transports collectifs. Tous les urbanistes se rejoignent sur ce diagnostic et la plupart des élus locaux, confrontés au délicat problème de la gestion de la cité au quotidien, sont également convaincus du virage à prendre, bien qu’ils n’aient pas toujours le courage de l’expliquer à leurs électeurs… Même à Carnoux, ville emblématique de ces années 1960-80, qui cumule jusqu’à la caricature tous les handicaps de ce modèle de développement urbain où la maison individuelle et la voiture sont reines, la municipalité a compris qu’il fallait évoluer vers une densification du centre ville (malheureusement sans réfléchir en parallèle aux déplacements urbains…).

Et pourtant, ces questions qui touchent au quotidien de chacun d’entre nous, ne figurent pas au centre des préoccupations de la campagne présidentielle en cours. Il est vrai que leur mise en œuvre relève davantage des collectivités territoriales que de l’État, mais un enjeu de société d’une telle importance mériterait amplement que l’on en débatte à l’occasion d’une échéance électorale nationale.

Incontestablement, ce dossier a été largement discuté lors du Grenelle de

l’Environnement, mais sans déboucher malheureusement sur des décisions concrètes qui se traduiraient par une évolution de nos pratiques de développement urbain. L’idée lancée récemment par le président sortant d’augmenter partout de 30 % le droit à construire, au mépris (ou devrait-on parler de « méprisance » ?) de toutes les règles d’urbanisme en vigueur, a certes le mérite de relancer le débat mais son caractère simpliste et caricatural est surtout révélateur de l’absence totale de réflexion du candidat sortant sur un dossier aussi complexe…

Quant aux autres candidats, ces questions ne sont que très peu abordées dans les programmes présidentiels diffusés jusqu’à présent, du moins pour les candidats qui ont fait l’effort d’élaborer un tel programme, ce qui, à un mois de l’élection, n’est le cas ni de Nicolas Sarkosy (UMP), ni de Nathalie Arthaud (LO), ni de Philippe Poutou (NPA)…

Le programme de François Bayrou envisage par exemple de créer un fonds d’investissement dédié au développement durable pour investir notamment dans l’efficacité énergétique des logements et des transports, et propose par ailleurs de limiter l’imperméabilisation des sols en modulant les dotations de l’état en fonction de la maîtrise de l’étalement urbain. Celui de François Hollande insiste surtout sur la nécessité d’une relance de la politique des transports en commun pour favoriser l’accès aux emplois et services publics, mais n’évoque pas le dossier du développement urbain en dehors des questions de mixité sociale, de maintien des services publics de proximité et d’accès au logement.

Pour le Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon souhaite favoriser le développement des transports publics de proximité gratuits et propose de doubler le versement transport payé par les entreprises, tout en le modulant.. Il insiste par ailleurs sur sa volonté de « faire de la ville un espace commun du bien vivre ensemble dans lequel chacun et chacune peut accomplir ses projets personnels, familiaux ou sociaux ». Il prône  une « politique de développement global du territoire » pour « construire des quartiers équilibrés qui ne soient pas uniquement résidentiels ou dortoirs, mais de vrais quartiers de vie, avec des logements, de l’activité économique, de l’emploi, des équipements publics et privés de proximité, des lieux de loisirs et de culture ». Il aspire à « une conception nouvelle de la ville, dense, ouverte, humaine, écologique (respectueuse de l’environnement et comportant des lieux de respiration), une ville favorisant la cohésion entre les habitants et le vivre ensemble ».

Du côté des Verts également, ce sujet est largement abordé dans le programme d’Éva Joly qui met en particulier l’accent sur le développement de l’offre de transport public de proximité, sous l’autorité des Régions, avec un « remaillage ferroviaire de nos territoires » en contrepartie d’un arrêt des projets autoroutiers et aéroportuaires. Sur les questions d’urbanisme, les propositions de la candidate intègrent des mesures très concrètes pour « instaurer une nouvelle organisation urbaine pour une ville verte » parmi lesquelles l’attribution de pouvoirs accrus aux communautés d’agglomération en matière d’urbanisme et de politique du logement, la généralisation des établissements publics fonciers régionaux accompagnée de mesures fiscales en vue de limiter la spéculation foncière, l’instauration de seuils minimaux de densité urbaine à proximité des zones desservies par transports en commun, ou l’association des habitants dans les processus d’élaboration des documents d’urbanisme et  projets de renouvellement urbain.

Bref, un sujet brûlant et qui touche à la vie quotidienne de chacun d’entre nous mais qui, en dehors de quelques exceptions, n’a guère inspiré la plupart des candidats à la prochaine élection présidentielle : encore un signe du fossé qui se creuse entre nos élus et les attentes de la population ?

LV

Le logement : une cause nationale !

13 avril 2012

Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy rêvait d’une France « où chacun pourra accéder à la propriété de son logement ». Pour y parvenir, il proposait de déduire, du montant de ses revenus, les intérêts payés pour un emprunt immobilier.

Bilan cinq ans après : seuls 58 % des français et 20 % des ménages les plus modestes sont propriétaires. La crise du logement est toujours là et s’est même largement amplifiée.

Le logement coûte de plus en plus cher. Aujourd’hui, si l’on compte les loyers, les charges, les taxes, les dépenses d’eau, d’énergie, les emprunts, un ménage sur deux consacre près du quart de ses revenus à son logement. Et plus on est pauvre, plus le logement pèse lourd dans le budget familial. Pour faire face à cela, on est obligé de rogner sur les autres dépenses pourtant essentielles pour vivre dignement : l’alimentation, la santé, les transports.

La crise du logement nourrit donc la fracture sociale que la droite promet de réduire depuis 15 ans sans y parvenir.

73 % des français estiment que les candidats à l’élection présidentielle devraient parler plus du problème du logement. C’est pour cette raison qu’un colloque organisé le 5 avril dernier par les acteurs du logement a tenté de faire aboutir le thème du « logement, cause nationale ».

Personne ne nie la gravité de la crise. Il manquerait entre 800 000 et 1 million de logements en France. 1,2 millions de ménages auraient déposé un dossier auprès d’un bailleur social dont 600 000 déjà logés dans le parc HLM.

F. Hollande se prononce clairement pour l’encadrement des loyers du marché libre en alignant le prix de  location ou de relocation sur la moyenne de ceux du voisinage. En cas de refus du propriétaire, le locataire pourrait faire appel à un juge. E. Joly et JL Mélenchon épousent cette idée et proposent de geler le marché pendant 3 ans.

F. Hollande et JL Mélenchon envisagent de diminuer arbitrairement les loyers de 20 % dans les zones de forte demande. JL Mélenchon pense qu’il ne faut pas seulement encadrer la hausse des loyers mais qu’il faut en organiser la baisse. Il propose que l’ensemble loyer + charges ne devrait jamais dépasser 20 % du revenu mensuel.

Pour N. Sarkozy, l’encadrement des loyers risquerait de faire fuir les investisseurs et d’encourager la pénurie de logements. N. Sarkozy penche plutôt vers l’intérêt des propriétaires face aux locataires en voulant faciliter le recours des propriétaires aux procédures d’expulsion.

E. Joly et JL Mélenchon veulent interdire les expulsions, tout en appliquant la loi sur la réquisition mais également en taxant les logements et les bureaux vacants. Quant à F. Hollande, il n’envisage pas de stopper les expulsions, mais il veut organiser avant une solution de relogement.

En matière de logement social, le gauche pense que le modèle actuel doit être renforcé. Pour F. Hollande, E. Joly et JL Mélenchon, le quota de la loi SRU qui impose la construction de logements sociaux aux villes qui en sont démunies doit passer de 20 % aujourd’hui à 25 voire 30 %. N. Sarkozy souhaite également augmenter ce taux mais en y incluant l’accession sociale.

F. Bayrou envisage de supprimer les sanctions financières qui permettent aujourd’hui aux maires de payer pour ne pas construire en rendant la loi obligatoire, sans aucune exonération.

JL Mélenchon veut imposer aux villes réfractaires un taux de 50 % de social dans chaque opération dépassant 10 logements et multiplierait les pénalités par 10. F. Hollande s’en tient à 5.

E. Joly veut sanctuariser le parc HLM pour le protéger de la privatisation alors que N. Sarkozy offrirait aux locataires de logements sociaux la possibilité d’acheter leur appartement.

Nous voyons bien là que la droite vise ainsi les propriétaires alors que la gauche veut d’abord s’adresser aux locataires.

 AA.

Sécurité, immigration et précarité.

11 avril 2012

Avertissement au lecteur : La sécurité est un sujet « chaud », qui déclenche régulièrement des controverses mettant aux prises le pouvoir en place (décisions marquées par la fermeté) et des déclarations critiques qui ne sont pas toujours audibles si elles font appel à l’intelligence et non à la réaction instinctive (leur exposition publique doit passer par le canal médiatique). Nous vivons dans une société où l’on valorise davantage l’émotion que la réflexion. Le cheminement général de notre société part du spectacle de la vie, parce que les médias aiment ce qui est spectaculaire. Nous réagissons par émotion ce qui est, certes, une preuve d’humanité ! Mais il faut apprendre à vivre dans ce choc perpétuel d’images pour ne pas se laisser envahir par elles et pour ne pas réagir de manière extrêmement primaire.
 Il est nécessaire de prendre de la distance face aux événements. Les lignes qui suivent ont été écrites avant les récents événements de Toulouse et Montauban. La contribution sur ce thème de la sécurité propose une analyse plus large, parce que l’actualité immédiate est toujours dramatisée, d’autant plus qu’elle l’est, dramatique !
 La sécurité est thème racoleur par nature, disponible pour une exploitation politicienne. Ce thème est producteur d’effets d’annonce (pour répondre à l’événement), mais donne lieu à une démultiplication des lois circonstancielles (proposées dans la précipitation, et en l’occurrence en vue de l’échéance du 22 avril 2012).
 Dans cette perspective, on ne peut prévoir les rebondissements de cette affaire et ses conséquences sur la campagne. S’il est  trop tôt pour tirer toutes les leçons de ces événements tragiques, il est urgent, dès maintenant, de chercher à comprendre, à apprendre y compris de l’inhumanité de l’homme. La réponse à apporter n’est pas seulement policière.
 Il n’est donc pas question de mettre la démocratie en sommeil, et avec elle l’intelligence. Les critiques constructives sont plus que jamais nécessaires. Les propositions de campagne seront-elles à la hauteur de cette exigence ?

L’amalgame entre insécurité et immigration s’avère extrêmement dommageable. Il conduit à stigmatiser des populations d’origine immigrée. Les événements de juillet 2010 à la Villeneuve de Grenoble, qui relèvent du grand banditisme, sont bien entendu inadmissibles, et l’État a le devoir de punir les coupables et d’assurer la sécurité de tous. Mais le droit à la sécurité se décline : ce n’est pas seulement celui de circuler sans se faire agresser. C’est aussi celui d’avoir un logement, un travail qui assure un salaire décent, et la possibilité de ne pas vivre dans une précarité constante.

Une politique qui assure la sécurité de tous, c’est-à-dire l’harmonie sociale, ne peut pas se réduire à une politique sécuritaire. Les propos présidentiels n’ont pu que dévaloriser et casser le travail de terrain fourni au quotidien dans les quartiers pluriethniques pour permettre aux habitants d’acquérir la conscience d’une communauté de destin. L’action de proximité, menée avec courage et ténacité, ne fait pas de bruit. Stigmatiser les gens du voyage, les immigrés, faire des clivages et des catégories, précariser la citoyenneté, c’est aussi cela qui génère de l’insécurité.

L’échec de la politique migratoire actuelle est patente. Record d’expulsions, record de refus de titre de séjour, record de refus de naturalisations, le ministre de l’Intérieur a présenté les chiffres de l’immigration 2011 comme autant de trophées. Au-delà des effets d’annonce que souhaitait provoquer le ministre en cette période électorale, ces chiffres illustrent encore une fois les dérives d’une politique guidée uniquement par l’obsession statistique. Dans leur premier rapport conjoint publié en décembre dernier, les cinq associations présentes en rétention ont rappelé non seulement les souffrances et les multiples atteintes au droit que subissent les personnes étrangères en France au nom de la course aux expulsions mais aussi l’absurdité de cette politique. Rappelons que 30 % environ des expulsions correspondent à des retours « volontaires forcés » de citoyens européens, roumains ou bulgares qui ont tout à fait le droit de revenir en France les jours suivants. De même, près d’un autre tiers des expulsions correspond à des réadmissions vers d’autres pays européens de personnes interpellées aux frontières terrestres de la France.

La baisse annoncée du nombre de titre de séjour délivrés et du nombre de naturalisations poursuit cette même logique comptable en préfigurant une politique illégale et arbitraire de quotas d’immigrants. Réduire le nombre de titre de séjour, c’est seulement condamner à la précarité et à la clandestinité des milliers d’hommes, de femmes et de familles qui vivent et travaillent en France sans aucun effet sur une prétendue pression migratoire dont serait victime la France. Les chiffres du ministère de l’Intérieur n’illustrent en fait que l’échec d’une politique menée à coup de slogans et d’effets d’annonces. Incapable de répondre aux objectifs de « maîtrise des flux migratoires » qu’elle s’est donnée, cette politique provoque par contre des dégâts humains, économiques et politiques considérables, alimentant la xénophobie et le racisme tout en rabaissant les droits et les libertés fondamentales.

Tout projet politique ne peut donc négliger la question sécuritaire devenue récurrente. Mais tout projet politique doit aussi indiquer quelle société il vise à construire. C’est là le nœud  du problème. Car l’insécurité est aussi la fille d’autres formes de violence : chômage, précarité, perte de repères, manque de foi dans l’avenir. Les contrefeux permis par la solidarité et par une démocratie vivante sont en perte de vitesse : tout se paye, tout se marchandise ! Le milieu associatif est affaibli, y compris des associations vitales comme le don du sang. Voilà de quoi inquiéter le citoyen. Voilà aussi ce à quoi il faut pouvoir s’attaquer !

Prenons l’exemple de la précarité. Dans chacun de nos pays, chaque mois, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes arrivent en fin de droit et basculent dans une très grande précarité. Vu la gravité de la crise et le peu d’espoir d’un retour rapide au plein-emploi, il est urgent de prolonger l’indemnisation des chômeurs et d’améliorer leur accompagnement et leur accès à la formation. Pour éviter que le chômage ne soit synonyme de précarité, de pauvreté ou de déqualification, on peut regarder ce qui se fait au Danemark en matière de sécurité et d’accompagnement des salariés au chômage. La plupart des salariés qui perdent leur emploi peuvent conserver 90 % de leur revenu pendant 4 ans, dès lors qu’ils sont bien en recherche d’emploi ou en formation.

Prolonger l’indemnisation des salarié(e)s au chômage, c’est une des premières mesures qu’a prises Roosevelt en 1933. C’est aussi une des premières mesures prises par Churchill quand il devient Premier Ministre. C’est une mesure de bon sens, qui peut, en France, être adoptée en quelques jours. Les salariés sont plus de 90 % des actifs mais il est évident qu’il faut aussi améliorer l’indemnisation des artisans ou des patrons de PME qui font faillite et se retrouvent parfois dans des difficultés plus grandes encore que les salariés sans emploi.

Au-delà de cette mesure d’urgence, un débat doit s’engager sur l’unification et la simplification de l’ensemble des dispositifs de couverture sociale dans la perspective de créer un véritable bouclier social. A défaut, la société libérale et ouverte aura plus de mal que d’autres à contenir cette sourde violence qui, sans morale commune et sans vraie civilité, fuse de partout. De là vient ce sentiment d’insécurité, qui pourrait nous conduire parfois à regretter les sociétés autoritaires que nous imaginons mieux « bridées ». Nous aurions tort. Elles sont peut-être plus calmes, mais plus oppressantes ; stables, mais totalitaires. La violence refoulée et la colère sociale interdite finissent tôt ou tard par rejaillir sous forme de crise ou de révolution, ce qui réamorce parfois le cycle de la terreur et de la répression (il suffit de penser aux bouleversement du printemps arabe).

A quand la tenue d’un débat national sur les problèmes d’insécurité ?

 Jacques Tonnelle

La santé et les présidentielles (2)

9 avril 2012

La santé et la nutrition

La santé c’est comment la recouvrer avec la médecine mais c’est aussi et surtout comment ne pas la perdre. On est de plus en plus informé de la relation étroite entre le mode de nutrition et les maladies. Notre mode de vie a beaucoup changé notre nourriture. Le temps de préparation des repas a considérablement diminué. Nous sommes complètement envahis par les produits de l’industrie agro-alimentaire et devenus accrocs à ses propositions depuis la plus petite enfance. Des campagnes de pub sont nécessaires pour nous rappeler qu’il faut manger des légumes et des fruits, tous les jours, que notre santé en dépend. Oui mais c’est cher, disent ceux qui ont du mal à « joindre les deux bouts » et cela ne « tient pas au ventre » disent les jeunes qui préféreront toujours des frites et des pizzas plutôt que des haricots verts ou des carottes, ignorant que les féculents font aussi partie intégrante d’une alimentation saine mais à condition d’éviter d’y ajouter des sucres et des graisses.

Une union des consommateurs a mené un sondage au domicile de 340 familles, inspectant placards, réfrigérateurs et interrogeant parents et enfants. Le constat est accablant : le sondage montre que le petit-déjeuner des enfants est « majoritairement déséquilibré », avec 55 % de produits sucrés ou gras, et le pain, aliment emblématique du matin, se retrouve délaissé au profit des céréales dans leur version trop sucrée. Mais le goûter est encore plus préoccupant avec une augmentation de la part de produits trop riches consommés de 51 % à 64 % en 4 ans.

Ainsi l’organisation de défense des consommateurs pointe nouveau du doigt l’industrie agroalimentaire, qu’elle accuse de ne pas respecter les engagements pris en 2009 et visant à promouvoir un bon comportement nutritionnel dans le cadre de la lutte contre l’obésité infantile. Olivier Andrault, chargé de mission de l’UFC, explique que : « 80 % des spots publicitaires portent sur des produits trop sucrés ou trop gras ». L’enquête a permis « de confirmer le lien entre l’exposition au marketing télévisé et les habitudes alimentaires ». Les enfants les plus exposés aux publicités sont aussi ceux qui consomment le plus de produits trop riches. L’UFC a par ailleurs constaté que la publicité alimentaire s’est majoritairement retirée des programmes jeunesse, mais elle a glissé vers des tranches horaires où il y a beaucoup d’enfants devant le petit écran.

On voit ainsi que la santé est profondément discriminatoire quand il s’agit de se soigner mais le mode de nutrition est encore plus lié au milieu social. On sait que l’obésité entraîne des troubles de la santé dont les principaux sont le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’excès de lipides dans le sang (dyslipidémie), les atteintes cardiovasculaires, le syndrome d’apnée du sommeil, l’arthrose et un risque accru de certains cancers. Il faut également souligner le retentissement psychologique et social de la maladie. Ainsi dans les études concernant l’obésité qui est devenue une urgence de santé publique, la fréquence de l’obésité est sept fois plus élevée chez les enfants d’ouvriers que chez ceux des cadres, comme le rappelle le rapport sur «l’organisation et les perspectives de la recherche en matière de prévention et de traitement de l’obésité ». Une étude de l’Insee révèle que cette différence de l’obésité s’est accrue aussi ces dernières années suivant les catégories socioprofessionnelles et suivant le niveau de diplôme l’obésité (voir graphique suivant), même si on voit très clairement que le surpoids et l’obésité ont progressé sur l’ensemble de la population.

L’apprentissage de tous à bien se nourrir dès la petite enfance, devrait faire partie des programmes de toute éducation parentale et de l’école, pour que le budget nourriture ne soit pas celui qui est le premier rogné quand on a un petit budget.

Prévalence de l’obésité en %

Quelle relation avec la campagne ?

On aimerait que cette campagne électorale nous aide à remettre en cause notre mode de vie, le système intégré : super marchés fournis par l’industrie agro alimentaire et par une agriculture  intensive. On ne peut plus ignorer aujourd’hui les dégâts à long terme sur notre santé de la présence d’un ensemble de produits introduits dans notre alimentation et auxquels on est « habitués » avant d’en être malades : pesticides, huiles trans, sucre en grande quantité, aspartame, etc. On voit alors que toute l’organisation de notre société libérale et mondiale doit trouver un autre souffle : comment contraindre les grands groupes internationaux de l’industrie agro alimentaire de diminuer drastiquement les apports de sucres et de graisses dans tous leurs produits. Les actions des associations de consommateurs peuvent être très puissantes et peuvent faire reculer des multinationales, mais les politiques au niveau national, européen ou mondial n’ont-ils pas aussi à intervenir ?

Comment convaincre les agriculteurs du monde entier que la terre peut nourrir tous les hommes de la planète mais pas de la façon dont on le fait aujourd’hui. Ne peut-on pas rêver qu’une autre politique agricole pourrait être orientée le plus vite possible vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement ? Mais comment faire renoncer aux actionnaires du monde entier, les dividendes supérieurs à 2 chiffres qu’ils « doivent avoir d’amblé » avec le commerce des produits de la terre ou des produits industriels, aveuglés par une avidité devenue intolérable ?

 CT

Courage, pour en finir avec les finances folles !

7 avril 2012

Le monde de la finance est devenu fou. Souvenons-nous des années 1995/2000 : les maîtres mots ont été golden boys, hedges funds, robots traders, stockoptions, retraites-chapeau, salaires à croissance exponentielle filant vers les paradis fiscaux etc… Et en contre partie : crise, moins disant social, chômage, récession, indignation et grand pessimisme devant l’avenir.

Notre pays, malgré une culture officielle du « positivons » est gravement touché. Rappelons les chiffres de l’INSEE :

  •  juin 1995 – dette publique 663 milliards d’euros, soit 55,5 % du PIB
  • juin 2007 – dette publique 1.211 milliards d’euros soit 64,2 % du PIB
  • juin 2011 – dette publique 1.700 milliards d’euros soit 85 % du PIB.

La  Cour des Comptes,  inquiète, prévoit pire, notamment une dette de 100 % du PIB dès 2016. Espérons qu’il en sera autrement car avec une telle dette, un pays n’est plus libre.

Plus grave encore, nos dettes sont mauvaises car elles servent essentiellement à financer des dépenses publiques et non des investissements.

Cependant, il est indispensable de soutenir l’activité pour éviter une aggravation de la crise et la chute définitive dans le « tombeau » des Danaïdes. C’est tragique : dépenser encore plus pour soutenir l’économie et en même temps ne pas rendre la dette plus insoutenable. Tellement tragique que le Président-candidat détourne ce vrai problème en grossissant les inévitables incidents de chaque jour.

Encore peut-on saluer chez un autre candidat le projet de dissocier les activités financières d’investissement de celles de spéculation, de créer une banque européenne d’investissement, d’arrêter la folie des hauts salaires, dans l’espoir de recréer une certaine morale financière.

Il faudra du courage pour enterrer le monde fou que nous venons de connaître et en inventer un autre plus équilibré et solidaire.

L. G.

Quelle Éducation pour demain ?

2 avril 2012

L’Éducation constitue un investissement pour l’avenir.

Constitutionnellement, la Nation s’engage à former ses générations d’enfants pour qu’ils disposent d’un bagage solide (connaissances, compétences et attitudes). Cet investissement, outre favoriser l’insertion dans la vie professionnelle, vise à développer des talents et ainsi contribuer à la prospérité du pays.

L’Éducation participe de la solidité du socle d’une Nation

Elle est garante de l’inclusion de tout enfant dans la République. Cette valeur démocratique, par delà les différences sociales et culturelles, offre un cadre propice au développement de chaque individu et à l’accès au statut de citoyen libre, responsable et solidaire.

Quelle Éducation pour demain dans un contexte où les services publics sont fragilisés et où les conditions de la réussite de ceux qui fréquentent l’École sont remises en question ?

Si les partis ou mouvements politiques progressistes insistent sur l’indispensable engagement de la Nation pour une formation ambitieuse et performante de sa jeunesse, les mouvements conservateurs tels que l’UMP privilégient les fonctions et les services régaliens de l’État (défense, sécurité, finances, justice). Exit par conséquent de l’Éducation et de la Santé.

Effets sur l’Education de la réforme de la fonction publique (Révision générale des Politiques Publiques)

Même si le budget de l’Éducation constitue encore le premier poste de dépenses, que constatons-nous ?

–          le non-remplacement de tous les personnels enseignants partant à la retraite et l’accroissement du nombre des heures supplémentaires dans les services

–          le recours aux personnels engagés sous statuts précaires (vacataires, contractuels)

–          la diminution du nombre de places offertes aux concours de recrutement

–          la dégradation des conditions de travail, notamment dans les écoles et les établissements accueillant des élèves en grande difficulté (violence, absentéisme, incivilités…),

–          la mobilisation accrue des personnels sur le suivi plus individualisé de tous les élèves, dont les plus fragiles,

–          la recherche par les familles d’établissements « protégés », au risque de créer des établissements « ghettos » (sur le modèle américain)

–          la création d’une École de classe, celle des pauvres d’une part et celle des classes plus aisées ou plus informées d’autre part.

Plus on affaiblit les services publics, plus cela coûte à la société, socialement et financièrement

Veut-on une École à deux vitesses ?

Veut-on une École qui sélectionne sur des critères sociaux ou encore sur des critères d’apprentissage ou bien veut-on une Ecole qui promeut chaque enfant et l’accompagne dans un parcours qui valorise et développe ses capacités ?

Veut-on une École qui oriente dès le collège les élèves vers des filières professionnelles, cela au détriment de la constitution d’un socle de connaissances fondamental ? Ces filières conçues comme des voies d’insertion peuvent rapidement devenir des voies sans issues ! Ce sont ces filières qui, comme en Allemagne, excluent des poursuites d’études en lycée plus de la moitié des élèves d’une génération.

Nous voulons une Ecole où l’équité et la valorisation du potentiel de chacun constituent les valeurs fondamentales.

Nous voulons pour nos enfants, au sein d’une Education Nationale et non régionale ou commerciale, une Ecole républicaine qui offre à chaque enfant, quel que soit son contexte géographique, sociologique et culturel, les meilleures conditions pour constituer les connaissances en vue de son intégration dans la société. Nous voulons une école où il développe intelligence, envie d’apprendre, sens de la solidarité, de l’égalité et de la liberté.

Maroiller