Posts Tagged ‘Energie’

Xavier Beulin, un paysan presque comme les autres…

8 janvier 2017

Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et richissime patron du groupe industriel Avril, s’est fait épinglé récemment par Mediapart dont les enquêteurs ont recherché en vain quelles étaient les terres sur lesquelles ce représentant de la profession agricole pouvait bien exercer ses talents, lui qui se revendique comme « paysan », ainsi qu’il a encore tenté de le faire croire devant un groupe d’éleveurs en colère à Saint-Brieuc en juillet 2015…

blog378_phbeulinfnsea

Un paysan pour le moins atypique en tout cas, qui avait fait sensation en se présentant lors du congrès de Metz de la FNSEA en 2006 « en costard de banquier, pompes anglaises, attaché case Lancel ». Dirigeant de la Sofiprotéol, rebaptisée Avril en 2015 pour des raisons de pur marketing, le fringant patron de l’agro-business qui voyage en jet privé, bluffe tout le monde et prend la tête en 2010 de la FNSEA pourtant traditionnellement aux mains des éleveurs. Il y est réélu triomphalement en 2014, aucun autre candidat n’osant même se présenter contre lui, et il est déjà en train de préparer sa propre succession à l’occasion des prochaines échéances prévues en mars 2017.

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Xavier Beulin dans son bureau au siège de la FNSEA (photo L. Lung)

Il faut dire que le groupe Sofiproteol, alias Avril, qu’il dirige, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaire qui dépasse 6 milliards d’euros, trustant plus de la moitié de la production française de colza et de tournesol. Il s’agit donc d’un géant de l’agroalimentaire, propriétaire notamment des marques d’huiles Lesieur et Puget, mais aussi du leader des œufs Matines, d’un des principaux centre d’abattage de porc (société Abera en Bretagne), ou encore de Sanders, premier fournisseur français d’aliment pour bétail, bref un des symboles de la concentration et de l’industrialisation à outrance des exploitations agricoles.

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Dessin de Sébastien Rieu publié sur le blog de caricature

Le groupe se revendique également leader européen de l’oléochimie et n°1 mondial de la glycérine végétale, tout en se placant comme un acteur majeur sur le marché européen de la production de biocarburants au travers de ses filiales Saipol et Expur. Pour la multinationale agro-industrielle, les biocarburants, c’est un peu la poule aux œufs d’or, fruit d’un long travail de lobbying auprès des autorités en charge de la politique agricole tant à Paris qu’à Bruxelles, sachant que Xavier Beulin est également vice président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, qui appointe pas moins de 18 lobbyistes auprès de l’Union européenne!

Champ de colza en production (photo T. Creux)

Champ de colza en production (photo T. Creux)

C’est en 1992 qu’une première réforme de la Politique agricole commune a autorisé l’exploitation de cultures oléagineuses pour produire du carburant, en principe pour valoriser les terres laissées en jachère. Et en 2003, une directive européenne a été adoptée, obligeant les distributeurs de carburants à incorporer un certain pourcentage de biocarburant dans le diesel. Histoire d’encourager au maximum la filière, la France a alors choisi d’aller encore plus loin que ces objectifs européens en imposant un taux d’incorporation de 7 % de biodiesel dans le gazole, taux qui est passé à 8 % en 2015. Certains véhicules d’entreprises ou de collectivités roulent même d’ores et déjà avec un carburant composé de 30 % de biodiesel, ce qui assure de confortables débouchés pour la filière.

En France, on utilise principalement pour cela le colza et le tournesol. La graine est d’abord broyée pour séparer l’huile, les résidus formant des tourteaux riches en protéines, qui sont valorisés pour l’alimentation des animaux d’élevage. Quant à l’huile, elle est transformée en diester via une réaction chimique qui fait intervenir du méthanol et donne de la glycérine comme sous-produit. Schématiquement, une tonne d’huile brute additionnée de 100 kg de méthanol donne une tonne de diester et 100 kg de glycérine végétale.

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Photomontage publié en 2012 sur le site du Paysan libre

Une véritable manne en tout cas pour Avril, ex-Sofiproteol, qui contrôle l’essentiel de la filière de production de biodiesel sous sa marque Diester®, d’autant que ces cultures d’oléagineux destinés à la production de biocarburant ont été largement subventionnées par l’Europe, à hauteur de 45 €/ha jusqu’en 2010 ! Beaucoup de voix sélèvent désormais pour dénoncer cette filière qui entraîne une hausse importante du cours des matières premières oléagineuses au détriment de l’alimentation. Le bilan écologique du procédé est lui-même fortement remis en cause puisque l’on estime qu’il faut 1,2 litres de pétrole pour produire 1 litre de biodiesel, ce que reconnaissent d’ailleurs les acteurs de la filière qui cherchent actuellement d’autres voies pour la production de biocarburant, en particulier en valorisant les déchets verts voire l’exploitation de microalgues.

Mais c’est surtout le coût pour le contribuable français qui fait l’objet de vives critiques. Un rapport de la Cour des comptes daté de 2012 estimait ainsi que l’exonération fiscale dont bénéficient les producteurs de biodiesel a coûté à l’État plus de 1,8 milliards d’euros entre 2005 et 2010. Sur la même période, les investissement productifs de la filière avoisinent les 500 millions d’euros… Les contribuables français ont donc payé près de quatre fois les investissements des entreprises comme Sofiprotéol-Avril qui a ainsi bénéficié à elle seule de 50 millions d’euros d’exonération fiscale pour l’année 2013 ! Cela n’a pas empêché le gouvernement Ayrault de renouveler fin 2012 pour trois ans les agréments qui permettent aux producteurs d’agrocarburants de bénéficier de cette défiscalisation massive.

Comme le souligne un article très documenté du Monde, il a fallu attendre le 1er avril 2016 pour que le gouvernement décide enfin de supprimer cette niche fiscale, tout en publiant quelques mois plus tard un arrêté ouvrant la voie à une requalification du biodiesel pour le faire bénéficier de la défiscalisation réservée aux biocarburants dits « avancés »…

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

La ferme fantôme de Xavier Beulin dans le Loiret (photo K. Laske pour Médiapart)

Assurément, le travail de lobbying dans lequel excelle Xavier Beulin s’avère payant, bien davantage en tout cas que celui de simple exploitant agricole qui lui sert de paravent syndical. Car l’enquête de Médiapart au siège de sa société agricole réserve bien des surprises. Sur les 25 ha achetés en 2009 par le président de la FNSEA qui est sensé y exploiter l’EARL Quadrige, fondée la même année avec son frère et deux cousins, on ne trouve q’une grange avec la boîte aux lettres de la société. Xavier Beulin lui-même, bien qu’officiellement exploitant, n’y met jamais les pieds. Il réside habituellement dans une luxueuse résidence du très chic 8 ème arrondissement de Paris, à deux pas des bureaux de sa société Sofiproteol-Avril. S’il a pu néanmoins conserver son statut d’associé exploitant dans le Loiret, c’est surtout en profitant de sa fonction de vice-président de la FDSEA locale et un peu en arguant qu’il possède sa résidence principale (en réalité une ville avec piscine située dans un quartier résidentiel d’Orléans) à une distance raisonnable…

Que le monde agricole en tout cas se rassure : la crise du foncier à laquelle elle est soumise ne touche pas trop son porte-parole. Propriétaire également d’un immeuble de rapport en plein centre d’Orléans et d’une résidence de vacances dans un quartier huppé près de Tunis, Xaver Beulin semble vivre assez bien de ses 25 ha de terre caillouteuse… Il possède même des parts dans une société civile immobilière gérée par son épouse, ce qui lui permet de toucher de l’ordre de 200 000 € par an de la part du Carrefour Market d’Ingré qui y est implanté, histoire sans doute de fluidifier les relations entre la profession agricole et la Grande distribution.

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Dessin de Chaunu publié sur le site Resistance Inventerre

Quant à sa société Avril, elle fait l’objet actuellement d’une pétition contre son projet d’implanter à Bruz, près de Rennes, un centre de formation sur des terres agricoles, dans une commune où les trois-quart des exploitations ont déjà disparu en 30 ans. Alors qu’un reportage de Franck Vescovacci, diffusé sur France 5, le 6 décembre dernier, rappelle qu’en France 60 000 ha de terres agricoles sont transformées chaque année en hypermarchés, lotissements, stades de football, immeubles de bureaux ou parking, alors que des associations comme Terre de Liens se battent au quotidien pour tenter de sauvegarder en périphérie des centres urbains des terres encore exploitables, alors que 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, il serait peut-être temps que les agriculteurs se ressaisissent et se donnent enfin un porte-parole qui défende réellement l’avenir de la profession et non pas celui de sa propre société industrielle…

L.V.  lutinvert1small

Euroméditerranée branchée en direct sur l’eau de la mer

26 novembre 2016

C’était un des projets phares du site Euroméditerranée, une des plus vastes opérations de rénovation urbaine d’Europe engagée en 1995 et qui concerne le réaménagement de près de 500 hectares en bordure du port de Marseille.

Les contours de l'opération d'intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

Les contours de l’opération d’intérêt national Euroméditerranée et son extension (en rouge)

C’est d’ailleurs l’extension d’Eroméditerranée vers le nord sur 169 hectares en 2007 et l’attribution du label écocité en 2009 à cette extension qui a incité les promoteurs à développer les énergies renouvelables pour alimenter ce nouveau quartier en devenir, centré sur le ruisseau des Aygalades. Et c’est ainsi qu’est né ce projet qui consiste à déployer une boucle alimentée par l’eau de mer et permettant de chauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) des milliers de logements, bureaux et bâtiments publics en construction.

L’idée n’est pas nouvelle et est déjà appliquée en particulier sur Paris par des sociétés comme Climespace qui puise l’eau dans la Seine. L’eau ayant une température relativement constante toute l’année, permet grâce à des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur de produire des calories pour alimenter un réseau urbain de chauffage, tandis que la circulation de l’eau froide sert à climatiser. L’utilisation de l’eau de mer pour alimenter de tels réseaux rend les choses plus complexes à cause de la minéralisation de l’eau mais le système est déjà été utilisé notamment à Monaco depuis plus de 30 ans et vient aussi d’être mis en œuvre à La Seyne-sur-mer.

Schéma de principe de la boucle de mer  Thassalia (source Engie)

Schéma de principe de la boucle de mer Thassalia (source Engie)

Il n’en demeure pas moins que la centrale de géothermie marine, baptisée Thassalia, qui vient d’être inaugurée à Marseille le 17 octobre 2016, constitue une belle réussite technique. La convention signée en septembre 2014 entre l’écocité Euroméditerranée, le promoteur Constructa et la société Engie Cofély prévoyait une mise en service en janvier 2016. Le chantier a donc pris un peu de retard, mais est arrivé à son terme.

Le nouvel échangeur à eau de mer, d’une surface totale de 1500 m², a été construit sur le môle d’Arenc, face à la tour CMA CGM, à proximité de l’ancienne centrale thermique de Cap Pinède autrefois alimentée au charbon de Gardanne, comme un symbole de cette révolution énergétique qui permet de faire désormais appel à des énergies plus propres et renouvelables.

L’eau de mer est puisée dans les bassins du port à une profondeur d’environ 7 m, là où sa température varie assez peu toute l’année, entre 14 et 22 °C. Elle alimente ensuite un vaste échangeur thermique qui permet de réchauffer (l’hiver) et de refroidir (l’été) un circuit d’eau douce qui circule dans le sol sur plus de 3 km. Cette eau est réchauffée par des pompes à chaleur pour le système de chauffage urbain ou sert directement de fluide réfrigérant pour la climatisation des locaux, permettant ainsi d’économiser environ 40 % de la consommation électrique et 65 % de la consommation d’eau du nouveau quartier en pleine rénovation, tout en limitant de 70 % les émissions de gaz à effet de serre..

Vue de l'usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

Vue de l’usine Thassalia (photo © C. Sollier / PHOTOPQR / La Provence)

L’investissement global pour cette usine est de l’ordre de 35 millions d’euros, sachant qu’Engie a bénéficié pour sa mise en œuvre d’importantes subventions publiques de la part de l’ADEME, de la région PACA, du Département, de la Métropole et de la Ville de Marseille.

Le système alimentera en premier lieu l’immeuble des Docks, l’hôtel Golden Tulip et les bureaux d’Euromed Center, puis Constructa devrait y raccorder les tours des quais d’Arenc. D’ici 2020, il est envisagé d’en faire bénéficier également le futur multiplexe Pathé-Gaumont ainsi que les 2000 logements du programme résidentiel du Parc Habité d’Arenc. A terme, des extensions seront nécessaires pour alimenter au total plus de 500 000 m² de bâti, en espérant que les promoteurs se laissent convaincre de l’intérêt d’un tel raccordement, ce qui reste à démontrer, même si ceci est présenté comme un des enjeux forts de la nouvelle écocité en cours d’émergence sur cette extension d’Euroméditerranée.

Un beau projet en tout cas qui anticipe sur ce que sera la ville durable de demain…

L.V.  lutinvert1small

Le chauffage central, une idée vieille comme le monde !

15 novembre 2016

Les veillées autour du feu de camp ne datent pas de l’invention des joyeuses colonies de vacances ni même de la ruée vers l’ouest et de son folklore de cow-boys. On sait maintenant que la domestication du feu par l’homme est très ancienne, beaucoup plus en tout cas que ce qu’imaginait en 1909 l’écrivain de science fiction connu sous son pseudonyme J.H. Rosny aîné dans son célèbre roman La guerre du feu, qui était supposé se dérouler au Paléolithique, vers 80 000 ans avant notre ère, même si le roman fait se croiser des tribus apparentées pour partie aux Néanderthaliens et pour partie à des Homo sapiens, voire à des reliquats d’Homo erectus pourtant vraisemblablement disparus à cette date.

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Extrait du film La Guerre du feu réalisé par Jean-Jacques Annaud à partir du roman du même nom

Il a été depuis retrouvé en Chine sur le site de Zhoukoudian, des traces indiscutables d’un foyer entretenu par des Sinanthropes il y a plus de 400 000 ans, et sur lequel ont été durcies à la flamme des pointes de flèche en os et en bois de cerf. En Europe même, le plus ancien foyer préhistorique connu serait celui identifié en 2016 sur le site de Cueva Négra en Espagne, qui présente des traces de foyer vieux de 800 000 ans.

De ce point de vue, la grotte de Bruniquel découverte en 1980 en surplomb de l’Aveyron, dans le département de Tarn-et-Garonne, ne manque pas d’intérêt. Une vaste galerie qui a servi d’abri à des générations d’ours des cavernes conduit à une salle, située à plus de 300 m de l’entrée, qui présente au sol une construction circulaire formée d’un amoncellement soigneusement ordonné de 400 fragments de stalagmites brisées entassées comme pour circonscrire un foyer. De fait, des vestiges de combustion et des morceaux d’os calcinés ont été retrouvés dans cette structure étrange.

Structure circulaire construite à l'aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Structure circulaire construite à l’aide de fragments de stalagmites dans la grotte de Bruniquel (photo France 3 Midi-Pyrénées)

Une datation au carbone 14 a été réalisée en 1995 sur un morceau d’os brûlé trouvé sur place, mais le carbone 14 n’y est plus décelable, ce qui indique un âge supérieur à 47 600 ans. Il a fallu attendre 2011 pour qu’une chercheuse belge ait l’idée de procéder à une datation de la calcite des stalagmites en utilisant la méthode uranium-thorium. Cette datation a été effectuée par des équipes franco-belges issues en partie du CNRS, et les résultats de leurs analyses ont été publiées le 25 mai 2016 dans la revue Nature.

Les datations effectuées sur la calcite qui s’est déposée sur la structure construite, donc après l’abandon du site par ses aménageurs, aboutissent à un âge de 176 500 ans ! Cela signifie donc que les hommes qui ont réalisé cette construction et l’ont utilisée étaient les premiers représentants européens de l’Homme de Néanderthal, bien avant le Paléolithique supérieur.

Comme chacun sait, sauf le petit Nicolas (Sarkozy) qui l’a appris à ses dépens à l’occasion d’une visite en Dordogne, les Néanderthaliens ont côtoyé l’homme de Cro Magnon (qui lui est un Homo sapiens) mais ils étaient présents sur notre territoire bien avant lui. Rappelons en effet que les peintures rupestres de Lascaux (datées de 13 000 ans avant notre ère) et même celles de la grotte Cosquer (27 000 ans) voire celles de la grotte Chauvet (qui remontent à 38 000 ans) sont bien postérieures à cette époque où une tribu de Néanderthaliens se massait au fond de sa grotte de Bruniquel pour s’éclairer, se chauffer et sans doute se rassurer, autour d’un bon feu.

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Relevés scientifiques dans la grotte de Bruniquel (photo E. Fabre / CNRS)

Cette datation récente remet en question bien des préjugés sur la société néanderthalienne dont on n’imaginait pas jusque là qu’elle ait pu atteindre un tel niveau d’organisation collective pour construire et entretenir une telle structure relativement complexe, ni même qu’elle ait pu à une date aussi reculée apprivoiser de telle manière le monde hostile et inhospitalier des grottes souterraines, jusqu’à s’y aménager un intérieur douillet autour d’un bon feu de bois soigneusement entretenu.

L’histoire ne dit pas (encore) à quoi a servi réellement cet amoncellement de fragments de stalagmites peut-être davantage destinées à l’éclairage qu’au chauffage du groupe humain qui l’avait ainsi édifié au centre de son habitation. Elle ne précise pas non plus comment étaient évacuées les fumées dans un espace aussi confiné. Certes, l’époque ne se prêtait pas encore à la controverse quant au rôle nocif des particules fines liées à une combustion incomplète dans un foyer ouvert. Il importe donc de ne pas tirer de conclusion hâtive quant à l’impact sanitaire d’une telle exposition en s’appuyant sur le fait que tous les témoins de la scène sont malheureusement morts depuis belle lurette…

L.V.   lutinvert1small

Les nouvelles énergies à portée de chacun

17 juin 2016

AfficheConfEnerCoop_A4coulLa question climatique et l’épuisement des ressources fossiles sont au cœur des préoccupations, notamment depuis la COP21. Changer nos modes de production et de consommation de l’énergie s’impose. L’objectif de la conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien le 9 juin 2016, intitulée Partageons les nouvelles énergies, était de fournir une information pratique sur ce qu’il est possible de faire pour donner corps à la transition énergétique, avec l’aide d’acteurs qui se situent au cœur de cette question cruciale. Question qui n’est plus seulement théorique !

C’est tout d’abord sous la forme originale d’un quizz qu’Arno Foulon, le premier intervenant, animateur d’Energie Partagée, a fait entrer la trentaine de personnes présentes au cœur du sujet. En quoi consiste la transition énergétique par et pour les citoyens ? Comment décrire aujourd’hui les actions relevant des énergies renouvelables et leur gestion sous forme collective ? Qu’est-ce qu’un projet citoyen ?

L’idée clef : le projet citoyenBlog273_PhPlateforme

Voici d’abord un exemple de projet citoyen qui s’est réalisé. C’est l’histoire de trois organisations bretonnes engagées dans la transition citoyenne, qui souhaitaient concrétiser leur partenariat et agir ensemble. Lorsque Biocoop agrandit sa plateforme logistique à Melesse, au Nord de Rennes, Enercoop et Énergie Partagée saisissent l’opportunité pour y installer une centrale photovoltaïque citoyenne, avec une particularité : une vente en circuit court. D’une surface de 2 000 m2, l’équipement en panneaux solaires permet de couvrir une partie de la consommation du site, plus importante en été qu’en hiver du fait des besoins des chambres froides, le nouveau bâtiment accueillant notamment des produits frais. L’électricité produite est vendue à Biocoop : directement du producteur au consommateur ! Les besoins restants sont couverts par l’électricité 100 % renouvelable d’Enercoop. Biocoop en profite pour travailler aussi sur la maîtrise de sa consommation d’énergie.

Le système actuel de soutien à l’énergie photovoltaïque incite à vendre la production à ERDF et injecter l’électricité dans le réseau. S’il a permis de faire progresser la filière, ce système de soutien néglige les fournisseurs alternatifs comme Enercoop, et son électricité 100 % renouvelable, en ne permettant pas au producteur de consommer sa propre énergie. Par ailleurs, cela implique des coûts d’injection réseau et de la perte de production. Dans ce projet, les électrons solaires seront consommés directement par la Biocoop. Moins de perte, moins de coûts d’installation : le bon-sens du circuit court !

Vous êtes clients de Biocoop ? Habitant du Pays de Rennes ? Ou tout simplement Breton souhaitant contribuer au développement des énergies renouvelables dans la région ? Vous pouvez participer à ce projet cohérent en investissant dans la SAS Soleil du Grand Ouest via Énergie Partagée Investissement, et ainsi devenir co-producteur d’une énergie de bon sens.

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Les deux conférenciers à Carnoux : Alain Messin et Arno Foulon

Un projet citoyen est donc un projet à la fois d’économie et de production d’énergie. Pour caractériser cette volonté, il doit réunir quatre critères d’authentification. Tout d’abord l’ancrage local : la maîtrise du projet reste aux mains des collectivités et habitants du territoire. Ensuite une gouvernance ouverte : toutes les décisions au sein de la société de projet sont prises de façon démocratique et transparente. La démarche du projet est non spéculative : les bénéfices réalisés sont réinvestis dans de nouveaux projets et des actions de sensibilisation. On y trouve enfin l’exigence écologique : le projet de production s’inscrit durablement dans une démarche de respect de l’environnement et de réduction des consommations d’énergie

La philosophie de l’association Energie partagée

Partout en France, des habitants, collectivités et acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Energie partagée accompagne et finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. Pour cela il s’organise en deux structures complémentaires : une association de promotion et d’animation et un outil d’investissement citoyen. L’association a pour but de sensibiliser à l’énergie citoyenne et d’en fédérer les acteurs et porteurs de projets à l’échelle nationale

Les projets citoyens soutenus par Energie Partagée s’inscrivent dans la démarche négaWatt qui prône prioritairement des actions de sobriété (ex : extinction des lumières inutiles) et d’efficacité énergétique (ex : isolation des bâtiments). Puis une fois parvenus à une consommation réduite au strict minimum, il reste à développer massivement les énergies renouvelables, pour couvrir efficacement nos besoins, et nos besoins seulement

Les éoliennes citoyennes de Beganne

Les éoliennes citoyennes de Béganne

Parmi les réalisations, on trouve aussi la société Begawatts qui réunit 1 000 personnes lesquelles ont investi des sommes allant de 50 € à 60 000 € avec une moyenne de 2 000 €. Les 1 800 000 € ainsi récoltés ont ensuite permis d’emprunter la somme de 12 millions €, nécessaire pour la construction de quatre éoliennes d’une puissance de 2 MW chacune. La production annuelle estimée est de 20 000 Mégawattheure, soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage de 6 250 foyers. Au-delà de produire une énergie propre et renouvelable, le parc éolien de Béganne est ainsi devenu le premier parc éolien 100 % citoyen de France! Les premiers kilowattheure « tests » ont été produits fin mai 2014, et l’inauguration du parc, le 14 juin 2014, a réuni des centaines de particuliers ayant investi dans ce projet.

On le voit, le projet citoyen fait appel à des acteurs locaux. De plus les habitants sont consultés et peuvent s’exprimer avant la phase des choix définitifs du projet permettant ainsi d’éviter les réactions d’hostilité et les recours. L’énergie produite et les bénéfices sont distribués aux actionnaires locaux, ce qui bénéficie à l’économie locale, contrairement au cas des projets privés plus classiques d’éoliennes.

Pour réussir un projet citoyen, il faut une mobilisation locale, mais il s’agit aussi de pouvoir convaincre le partenaire industriel dont la compétence technique est incontournable. La charte d’Energie partagée priorise les retombées économiques pour le territoire et la gouvernance ouverte, dans une démarche non spéculative avec une exigence écologique. Elle compte aujourd’hui une vingtaine de projets en construction, dans l’éolien, le solaire, la méthanisation et l’hydraulique.

Energie partagée les projets 2Le projet PEP2A

La conférence était à double voix. Alain Messin, Président du Pôle Energ’Ethique des Préalpes d’Azur (PEP2A), est le second conférencier. Il a, quant à lui, procédé à la description d’un projet en cours de réalisation, et permis une réflexion sur la méthode d’élaboration d’un projet citoyen. PEP2A est une coopérative de projet d’énergie renouvelable dans le département des Alpes Maritimes. L’intervention a permis d’entrer dans un projet précis d’installation de 6 toitures en panneaux photovoltaïques.

Pourquoi l’énergie solaire ? Cette énergie commence à être bien connue. Sa production a peu d’impact sur l’environnement et nous sommes dans le midi de la France. A partir d’un cadastre solaire du département établi par un étudiant de l’Ecole des Mines de Paris, on a pu cibler 2 400 bâtiments susceptibles de porter des panneaux solaires dans le département. L’association a été créée en juin 2015 et est actuellement en phase de développement, avec la nécessité d’une mobilisation des citoyens par des réunions publiques et des démarches auprès des partenaires pour trouver des investisseurs au plus près des installations. Il s’agit de produire de l’énergie avec une nécessité d’efficacité et de sobriété énergétique en créant des liens sociaux. L’électricité produite par les panneaux solaires sera revendue à ERDF dont les tarifs sont très attractifs.

Mais Alain Messin a aussi montré que la coopérative est aussi un lieu permettant la synergie de ceux qui cherchent des dispositifs de stockage de l’énergie : caler les consommations aux heures de production, innover dans les sources d’alimentation des voitures électriques, inventer de nouveaux volants d’inertie, développer les autres sources d’énergie renouvelable (biomasse, récupération de la chaleur des eaux d’écoulement, installation de petite centrale de méthanisation, etc.).

Les questions qui ont suivi l’exposé ont montré l’attachement de l’auditoire à ces problématiques qui n’attendent que des réponses. Certaines sont encourageantes, d’autres sont balbutiantes. Mais la prise en compte de ces questions est devenue incontournable aux yeux des citoyens responsables de l’avenir. C’est le cas de l’évaluation du coût énergétique pour fabriquer panneaux solaires, mais aussi pour leur recyclage.

En bref

Il semble que notre mode de vie nous conduise à sous-traiter nos vies en abandonnant nos besoins énergétiques à de grandes sociétés qui ont d’autres objectifs que ceux développés au cours de la conférence. De nombreuses questions restent ouvertes, et chaque citoyen est convié à préparer l’avenir énergétique avec lucidité.

DessinHumourEn région PACA, de plus en plus d’habitants souhaitent ne plus rester de passifs consommateurs et prennent conscience de leur pouvoir d’agir localement pour la transition énergétique. Il existe des aides pour s’organiser afin d’exploiter ensemble les énergies renouvelables du territoire, et dans l’intérêt du territoire.

Les tentatives et réalisations en cours ne reçoivent probablement pas l’écho qu’elles méritent. Leur existence doit être plus largement connue afin de donner naissance à de nouvelles initiatives. Conscientes des retombées économiques locales, les communes ne peuvent pas être en reste. Certaines prennent elles-mêmes des initiatives : installation de panneaux solaires sur le toit des écoles, par exemple. C’est ainsi qu’est né en PACA un réseau des énergies citoyennes.

Partout en France, des habitants et des acteurs locaux se rassemblent pour produire une énergie renouvelable. Tournés vers l’intérêt général avant tout autre souci, ils ouvrent le financement et la gouvernance des projets aux citoyens qui désirent s’y investir. Les collectivités locales (communauté urbaine, commune) sont évidemment concernées par cet effort collectif. L’engagement de la commune de Carnoux pourrait ainsi devenir un puissant moteur pour entreprendre et proposer des aménagements satisfaisant la philosophie mise en valeur par nos deux conférenciers.

Cécile et Jacques Tonnelle

Energies nouvelles au programme !

7 juin 2016

Ce jeudi 9 juin 2016 se tiendra à Carnoux la prochaine conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien. Elle portera sur les possibilités de développement d’une production locale d’énergie 100% renouvelable et sera assurée par Alain Messin, ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur. Ce fournisseur d’énergie Enercoop, dont nous avons déjà évoqué certains projets ici, présente la particularité de promouvoir la participation citoyenne à l’élaboration de ses projets de production d’énergie renouvelable.

Le financement participatif de ces projets grâce à la mobilisation de réseaux d’initiative locale portés par de simples citoyens permet de favoriser le développement de ces unités de production d’énergie renouvelable. C’est là qu’intervient le second partenaire, comme l’expliquera Arno Foulon, animateur de l’antenne régionale en Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’association Energie Partagée. Un véritable partenariat complémentaire qui déborde d’énergie et s’efforce de contribuer à sa manière à la transition énergétique que tout le monde sait nécessaire mais pour laquelle les réticences et les freins restent nombreux…

AfficheConfEnerCoop_A4coul

Si l’avenir de la planète vous intéresse un tant soit peu et que vous souhaitez vous engager dans la démarche pour devenir acteur citoyen de cette transition énergétique à l’échelle locale, c’est l’occasion d’en savoir davantage sur les outils proposés par Enercoop et Energie Partagée en venant assister à cette conférence, d’accès libre et gratuit, qui se tiendra jeudi à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie de Carnoux et l’hostellerie de la Crémaillère.

Partageons les nouvelles énergies : une conférence à ne pas rater !

4 mai 2016

La réalité d’un réchauffement climatique global est désormais reconnue par la grande majorité des experts au niveau mondial. Depuis 1870, la température mondiale a augmenté en moyenne de 0,8 °C et la dernière décennie est la plus chaude jamais enregistrée. De nombreuses analyses montrent même que la Terre n’a pas connu des températures aussi élevées en moyenne depuis au moins 1000 ans. Ce réchauffement entraîne une augmentation de l’ampleur et de la fréquence d’événements climatiques extrêmes (fortes précipitations et épisodes de sécheresse). Les glaciers des pôles et des massifs montagneux fondent. Le niveau moyen des océans s’est quant à lui élevé de 17 cm au cours du XXème siècle avec une accélération très nette depuis 1993. Le mode de vie de nombreuses espèces végétales et animales en est d’ores et déjà affecté.

PhBanquise

Les rapports successifs des experts internationaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) convergent quant à l’implication majeure des activités humaines génératrices de gaz à effet de serre dans ce réchauffement climatique. Le développement de l’industrialisation et de l’agriculture moderne repose sur une production et une consommation croissantes d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui émettent de façon massive des gaz à effet de serre. Entre 1970 et 2004, les émissions mondiales ont augmenté de 70 %. Des simulations indiquent qu’à ce rythme, l’augmentation de la température pourrait atteindre jusqu’à 4,8 °C d’ici 2100. En France, une canicule comme celle observée en 2003 pourrait cesser d’être exceptionnelle après 2060. La plupart de nos glaciers disparaîtrait et des zones côtières basses comme la Camargue seraient submergées.

Une réduction drastique de l’émission des gaz à effets de serre est donc vitale pour l’avenir de l’humanité. La tenue en France de la 21ème conférence mondiale pour le climat (COP 21) avec la participation de 195 pays a confirmé la gravité de la situation et la nécessité d’agir au niveau mondial pour stopper autant que possible cette augmentation des gaz à effet de serre issus des activités industrielles, commerciales et agricoles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays a été signé le 22 avril 2016 par 170 pays, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 et 2 °C d’ici 2100.

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l'ONU de l'accord issu de la COP 21

Signature en fanfare le 22 avril 2016 à l’ONU de l’accord issu de la COP 21

Selon une étude publiée dans la revue Nature, cet objectif ne pourra être atteint que si la production et la consommation des énergies fossiles est réduite au minimum en laissant dans le sol un tiers des réserves connues de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % des réserves de charbon. L’arrêt de l’exploitation des sources d’énergie fossile est devenu inévitable non seulement parce que leurs réserves s’épuisent inéluctablement mais aussi à cause de leur impact sur le climat. Les conditions d’exploitation, de plus en plus difficiles, ont un coût énergétique élevé et entraînent des dégradations environnementales problématiques.

La production d’électricité par les centrales nucléaires ne génère que 2% de la totalité des gaz à effet de serre. Ces derniers proviennent en grande majorité des secteurs économiques non électrifiés consommateurs de pétrole, de gaz, de charbon et de bois : transports, chauffage, agriculture, etc. La France émet ainsi 4 fois trop de gaz à effet de serre bien que 78% de son électricité soit d’origine nucléaire (contre seulement 2% à l’échelle mondiale). La mise en activité d’un réacteur nucléaire par semaine pendant 15 ans ne réduirait que de 9% nos émissions des gaz de serre.

Centrale nucléaire de Tricastin

Centrale nucléaire de Tricastin

De plus, le coût de production de l’électricité d’origine nucléaire croit de façon importante avec l’arrivée en fin de vie de la plupart des centrales. Le coût du MWh nucléaire a été évalué à plus du double du prix de l’électricité sur le marché européen dans un rapport de la Cour des Comptes de 2016. Les investisseurs s’en détournent comme Siemens en Allemagne et INEI en Italie, qui privilégient les énergies renouvelables. La construction de nouveaux générateurs en remplacement de ceux qui doivent être démantelés n’apparaît donc pas comme une solution durable pour des raisons économiques mais aussi environnementales : la gestion à long terme des déchets nucléaires reste problématique et représente un danger permanent qui s’ajoute aux risques d’exploitation des centrales qui ne sont pas à l’abri d’accidents industriels voire d’actes terroristes. L’évolution climatique pose aussi problème car les centrales nucléaires qui consomment de grosses quantités d’eau pour le refroidissement des réacteurs sont vulnérables aux sécheresse aussi bien qu’aux inondations.

PhVille

Dans un tel contexte, il devient urgent de mettre en place une réelle transition vers une société plus sobre en consommation d’énergie. Le mode de vie des pays industrialisés est associé à un gaspillage énergétique gigantesque évalué à plus de 60% de la consommation d’électricité mondiale. Une grande partie de ce gaspillage pourrait être résorbée en supprimant, entre autres, les éclairages nocturnes inutiles, les activités de veille des équipements électroniques, informatiques et domotique, ou les climatisations inadaptées. La consommation en énergies fossiles pourrait être aussi réduite avec une meilleure isolation de l’habitat, des transports publics plus performants, l’exigence d’une efficacité énergétique optimisée dans l’électroménager comme dans la production industrielle, et l’interdiction des processus d’obsolescence programmée qui génèrent des pannes irréparables.

La réduction de la consommation énergétique est un objectif long à mettre en œuvre en regard de l’urgence climatique qui exige une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre. La transition énergétique qui doit être mise en place suivant l’accord international de la COP 21 a pour but de remplacer progressivement les énergies fossiles par les sources d’énergie renouvelable potentiellement inépuisables que sont le rayonnement solaire, l’eau, le vent, la géothermie, la biomasse, la traction animale. Pour espérer limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C avant 2100, il faudrait que les besoins énergétiques de la planète soient couverts à 100% par les énergies renouvelables d’ici 2050.

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Eoliennes à Port Saint Louis en Camargue

Un long chemin reste à parcourir en France où la contribution des énergies renouvelables ne dépasse guère 20%. Ces sources d’énergie présentent pourtant l’immense avantage d’être disponibles partout et d’être complémentaires entre elles, ce qui pallie le fait que leur fonctionnement peut être épisodique. Leur exploitation locale permettrait de s’affranchir de toute dépendance économique et politique vis-à-vis des pays producteurs d’énergie d’origine fossile ou nucléaire. Elle aurait aussi l’avantage de développer l’autonomie énergétique des territoires dans chaque pays.

Pour cela, des structures coopératives peuvent être crées par des citoyens désireux d’investir et de s’investir pour exploiter ensemble les ressources solaires, éoliennes ou hydrauliques disponibles sur leur commune ou leur communauté de communes. En Allemagne par exemple, près de 1000 coopératives produisent plus de 45% de l’électricité consommée dans le pays. En France, ce mode de production est encore très minoritaire mais une dynamique a été enclenchée depuis quelques années avec la création d’un nombre croissant de centrales de production éco-citoyennes et de réseaux dédiés tels Enercoop et Energie Partagée.

Le développement des technologies nécessaires à l’exploitation des réserves énergétiques renouvelables est très rapide et leur coût diminue sans cesse. Si l’argent nécessaire au maintien en activité des réacteurs nucléaires obsolescents était investi dans le développement et l’utilisation de ces technologies, la France pourrait produire 100% de son énergie de façon renouvelable à l’horizon 2050.

Panneaux photovoltaïques sur le toit d'un hangar agricole

Panneaux photovoltaïques sur le toit d’un hangar agricole

Au niveau local, les investissements des communes, et des groupements coopératifs nécessaires à l’exploitation des ressources en énergie renouvelables peuvent être rapidement amortis par les gains résultant de l’autoconsommation de l’électricité produite et la revente du surplus éventuel. Les ressources financières immobilisées dans les banques sur des livrets d’épargne de rendement quasi nul pourraient être mobilisées de façon rationnelle et responsable en contribuant à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement de notre capacité d’agir ensemble pour préserver l’avenir de notre planète. Notre région si ensoleillée a un potentiel de production d’électricité photovoltaïque qui ne demande qu’à être valorisé.

AfficheConfEnerCoop_A4coulC’est dans cette perspective que se situe la prochaine conférence du Cercle Progressiste de Carnoux qui aura lieu le 9 juin prochain à 18h30 dans la salle du clos Blancheton. Animée par Alain Messin (ambassadeur d’Enercoop PACA et président du Pôle Energ’éthique des PréAlpes d’Azur) et Arno Foulon (animateur d’Energie Partagée PACA), elle présentera précisément cette démarche qui vise à développer la production locale d’énergie renouvelable sur notre territoire pour mieux lutter contre le réchauffement climatique, et ceci en s’appuyant sur un réseau d’initiatives locales portées par des citoyens. Voilà qui devrait offrir matière à réflexion et surtout inciter à agir !

A. S.

En Bretagne, le réseau Biocoop croit au solaire !

10 février 2016

Même le magazine des financiers et des investisseurs La Tribune, pourtant peu au fait de l’actualité militante écologiste, s’en est fait l’écho : Biocoop, premier réseau bio et équitable en France, adepte du 100 % bio et sans OGM, chantre du consommer local et du commerce équitable, vient de doter sa plateforme logistique de la plus grande centrale photovoltaïque de Bretagne, fonctionnant en autoconsommation et financée par l’épargne citoyenne dans le cadre d’un partenariat avec Energcoop et Energie Partagée. Voilà qui mérite d’être salué !

Blog273_PhBiocoop

Située dans la zone artisanale de Mélesse, près de Rennes, en Ile-et-Vilaine, cette plateforme logistique du réseau Biocoop sert à stocker chaque jour plus de 250 références de fruits et légumes et 1250 en produits ultra-frais. Une véritable plaque tournante pour le réseau Biocoop qui compte désormais plus de 350 magasins de proximité en France, dont celui situé à l’entrée de Carnoux dans la zone industrielle et qui connaît depuis plusieurs années déjà un joli succès.Blog273_LogoBiocoop

En 2013, Biocoop a décidé une extension de cette plateforme logistique qui date de 1989 et qui emploie 300 personnes. Afin d’optimiser l’approvisionnement de ses magasins du grand Ouest, Biocoop a souhaité adjoindre 4000 m² supplémentaires d’entrepôts, ce qui fait plus que doubler la superficie du site. Du coup, les réseau coopératif a profité de ce projet pour mettre un pied dans la production locale d’énergie renouvelable en installant près de 2000 m² de panneaux photovoltaïque en toiture. Un beau pari pour cette région bretonne plus connu pour la persistance de son crachin que pour ses durées d’ensolleillement…

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Melesse

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Mélesse

Mais chez Biocoop, on y croit. Et ce beau projet baptisé « Soleil du Grand-Ouest » ne manque pas d’originalité car il résulte d’une association avec deux acteurs engagés dans le développement des énergies renouvelables. Contrairement à la plupart des centrales photovoltaïques que l’on voit fleurir un peu partout sur le toit des maisons et des hangars agricoles, il ne s’agit pas ici en effet de revendre l’électricité à EDF pour la réinjecter dans le réseau selon une pure logique spéculative. Il s’agit vraiment d’un projet d’autocosommation. Et c’est là qu’intervient le premier partenaire, Énercoop, seul fournisseur d’électricité en France à proposer une offre 100 % renouvelable, basée sur un approvisionnement direct auprès de producteurs d’énergies renouvelables.

Blog273_LogoEnercoopL’objectif d’Énercoop est de construire un nouveau modèle, basé sur la participation des citoyens au paysage énergétique de leur territoire, le développement local de moyens de production renouvelables, et la proposition de solutions d’économies d’énergie. Énercoop propose son offre via un réseau de 10 coopératives locales et compte aujourd’hui 25 000 consommateurs et 15 000 sociétaires. En l’occurrence, Énercoop s’engage à fournir à la plateforme de Biocoop une énergie 100 % renouvelable issue en partie de son réseau et en partie (pour 15 % environ) de la centrale photovoltaïque installée sur le toit du bâtiment et dont la puissance est de 300 MWh.

Un nouveau modèle qui pourrait faire école car permettant de réduire considérablement les coûts liés à la revente sur le réseau. Grâce à ce système, Biocoop s’assure un approvisionnement en électricité verte dont les prix sont garantis pour une durée de 30 ans, ce qui n’est pas forcément un mauvais calcul à l’heure où EDF annonce une augmentation de 30 % du coût de l’electricité dans les années à venir.

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Le coût d’installation de cette centrale, dont les panneaux ont été assemblés en Côtes d’Armor par Silia et posés par l’entreprise bretonne Armorgreen, s’élève à 550 000 €. Mais le montage financier ne manque pas d’originalité non plus, avec l’entrée en scène d’un autre partenaire, Énergie Partagée Investissement, qui apporte pas moins de 200 000 €. Énergie Partagée est un mouvement qui collecte l’épargne des citoyens investisseurs désireux de donner du sens à leur argent en investissant à long terme dans des projets de production d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique, contrôlés majoritairement par des citoyens et des collectivités locales. Son rôle est d’accompagner et de sécuriser les projets en leur apportant une validation, technique, juridique et financière grâce à son réseau d’adhérents, d’animateurs régionaux et de relais locaux.Blog273_LogoEnergiePartage

Et c’est ainsi que ce projet de Mélesse a pu voir le jour sans aucune subvention publique. Une société de type SAS a été créée, pilotée par Biocoop, Énercoop, Énergie Partagée et par un club d’investisseurs solidaires Cigales. Outre les 200 000 € apportés par Énergie Partagée, 100 000 € ont été investis par Énercoop Bretagne, 2 magasins Biocoop et le club Cigales. Quant au solde de 250 000 €, il provient d’un prêt consenti par la banque éthique La NEF. Un véritable modèle de financement alternatif !

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

La centrale solaire a été inaugurée le 6 octobre 2015 en présence du président et du directeur général du réseau Biocoop, du président d’Énercoop et du directeur d’Énercoop Bretagne, ainsi que du délégué général d’Énergie Partagée Investissement. Il pleuvait un peu ce jour-là mais il en aurait fallu bien davantage pour refroidir l’enthousiasme de cette brochette de passionnés…

L.V.  LutinVertPetit

Rejet de méthane : les Californiens concurrencent les vaches !

10 janvier 2016

On savait déjà les Californiens éternels machouilleurs de chewing-gum et, pour certains, gros consommateurs d’herbes, même si en la matière, leurs goûts diffèrent par rapport à nos charolaises, mais voilà que se révèle un autre point commun avec les ruminants qui peuplent nos vertes prairies : ils sont devenus, à l’occasion d’un accident industriel récent, de gros contributeurs aux rejets de méthane qui contribuent fortement au réchauffement climatique global par effet de serre.Blog265_PhVache

Jusqu’à présent en effet, c’était plutôt les vaches qui étaient accusées d’être à l’origine de ces rejets de méthane, un gaz dont l’effet sur le réchauffement de notre atmosphère est 25 fois plus élevé (et même 80 fois si on raisonne à court terme, sur une durée de 20 ans…) que celui du CO2, pourtant accusé de tous les maux ! La vache qui rote vient en tout cas de trouver un sérieux concurrent depuis qu’une fuite de méthane a été détectée le 23 octobre dernier dans un puits d’extraction situé à proximité de Los Angeles, en Californie, provoquant une catastrophe écologique majeure qui se poursuit depuis plusieurs mois maintenant.

Chaque heure, ce sont entre 44 et 58 tonnes de méthane qui sont ainsi répandues à l’air libre, selon l’ONG Environmental Defense Fund (EDF pour les intimes), qui actualise en temps réel les taux d’émission. Au total, plus de 80 300 tonnes de gaz ont ainsi été rejetées dans l’air depuis fin octobre, comme le rapporte Libération, soit l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de 5 millions de voitures ou de 8 à 9 centrales à charbon. Vraiment pas de chance pour la Californie dont le gouverneur, Jerry Brown, avait pris, en octobre 2015 justement, plusieurs directives destinées à réduire d’ici 2030 les gaz à effet de serre de 40 % par rapport à leur niveau de 1990… Or, d’après les estimations du California Air Resources Board, organisme chargé de contrôler la qualité de l’air, cet apport accidentel augmenterait de 25 % les émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble de l’État de Californie : voilà qui ramène les élevages bovins au rang de piètres amateurs, et qui fait quelque peu désordre juste après le – modeste – succès de la COP 21

Panache de méthane s'échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Panache de méthane s’échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Au delà du risque accru sur le réchauffement climatique de notre planète qui n’avait vraiment pas besoin de ces rejets supplémentaires, le risque pèse surtout sur les habitants de ce quartier aisé de Porter Ranch, dans la banlieue nord-est de Los Angeles. Selon les autorités, le risque est réduit car le méthane émis se dissipe rapidement dans l’air ambiant, restant très en deçà de la concentration à laquelle il peut être mortel par asphyxie. Sauf que ce gaz, invisible et inodore, est mélangé – justement pour pouvoir être facilement détecté – avec des composants riches en soufre (mercaptan) qui lui donnent cette odeur caractéristique et nauséabonde d’œuf pourri. Un véritable plaisir donc pour le voisinage de cette zone urbaine qui compte pas moins de 30 000 habitants, d’autant que ces additifs peuvent provoquer des nausées, des vertiges, des saignements de nez et des maux de tête.

Manifestants demandant des mesures d'urgence contre la fuite de gaz...

Manifestants demandant des mesures d’urgence contre la fuite de gaz…

Plusieurs centaines de riverains de Porter Ranch en ont déjà fait les frais et commencent donc à s’agiter sérieusement. Une procédure judiciaire a même été engagée par un millier d’entre eux sous forme de class action, contre la société qui exploite le site. Les plaignants ont d’ailleurs obtenu gain de cause la semaine de Noël, obligeant l’exploitant à trouver un logement temporaire dans les 72 heures pour tous les résidents de Porter Ranch qui en font la demande. Près de 2 174 foyers ont déjà été relogés et 2 694 autres devraient l’être rapidement. Deux écoles ont été fermées et le trafic aérien a été interdit au dessus de la zone.

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Les riverains ont reçu le soutien, cette semaine, d’Erin Brockovich, la militante écologiste venue en voisine, qui s’était fait connaître pour avoir révélé une affaire de pollution des eaux potables à Hinkley, une histoire portée au cinéma en 2000 par Steven Sorderbergh dans un film qui avait valu un Oscar à Julia Roberts. La célèbre militante de l’environnement, par ailleurs adointe juridique a donné aux habitants quelques conseils de bon sens : « Tenez un journal des odeurs que vous sentez. Si vous vous sentez mal, notez les symptômes. Gardez toutes les factures des médicaments que vous achetez et ne signez rien sans en avoir préalablement parlé à un avocat ». Elle a aussi remis un peu d’eau dans le gaz en comparant la catastrophe à la marée noire qui s’était produite en avril 2010 dans le golfe du Mexique suite à l’explosion d’une plateforme pétrolière de BP : succès assuré devant une salle comble de riverains en colère !

Une comparaison qui ne doit guère être du goût de la société SoCal Gas (Southern California Gas) qui exploite cet ancien site pétrolier d’Aliso Canyon, reconverti en 1973 en centre de stockage de gaz, servant de réserve d’approvisionnement pour alimenter plus de 20 millions de consommateurs. La réserve souterraine, située à 2 500 mètres de profondeur, permet de stocker 240 milliards de m3 de gaz dans 115 puits. Mais les installations sont anciennes et vétustes, selon plusieurs témoignages relayés par la presse américaine et évoqués dans l’Usine nouvelle.

Site gazier d'Aliso Canyon (photo D. Musgrove - Los Angeles Daily News)

Site gazier d’Aliso Canyon (photo D. Musgrove – Los Angeles Daily News)

Le 23 octobre 2015, la fuite a été repérée dans l’après-midi par deux employés de la compagnie près du puits SS-25, un ancien forage pétrolier datant de 1954, et il a été décidé… d’attendre le lendemain ! Mais les jours suivants, leurs efforts resteront vains et rien n’empêche désormais le gas de sortir du sol tout autour du puits incriminé. En décembre, la société a dû se résoudre à entamer la réalisation d’un nouveau forage à proximité de celui qui fuit afin de pouvoir neutraliser ce dernier par des injections massives de boue et de coulis de ciment pour colmater toutes les fuites par où le gaz s’échappe. Un second forage est aussi à l’étude et devait débuter début janvier. Un chantier gigantesque qui va durer des mois et dont on espère arriver à bout en février ou en mars… Face à l’ampleur de la catastrophe, le gouverneur a été contraint de décrêter l’état d’urgence, mercredi 6 janvier, afin de permettre de mobiliser le maximum de moyens pour venir en aide à la population et s’assurer que les procédures mises en œuvre par l’exploitant sont bien à la hauteur des enjeux.

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Pour ne rien arranger, la Californie essuie actuellement des pluies diluviennes, survenant après un mois de décembre historiquement chaud et des mois de sécheresse à l’origine de nombreux incendies majeurs. La cause de ces événements climatiques extrêmes : un phénomène bien connu d’El Niño particulièrement intense cette année, qui se caractérise par une accumulation d’eau chaude dans le Pacifique avec un renversement des alizés entraînant des bouleversements météorologiques sur toute la planète. Bref, tout va mal et ce n’est peut-être que le début : vive le réchauffement climatique !

L.V.  LutinVertPetit

Centrales thermiques au charbon : cherchez l’erreur…

6 décembre 2015
Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Exploitation de sables bitumineux en Alberta (photo J. Rezac / Greenpeace)

Alors que les négociations battent leur plein dans les coulisses de la COP 21, pour tenter de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir à un niveau acceptable le réchauffement climatique dans les années à venir, certains s’interrogent sur notre capacité collective à réorienter nos modalités de développement économique pour consommer moins d’énergies fossiles. Le sujet est d’autant plus délicat que le prix du baril de pétrole a rarement été aussi bas et que les exploitations de sables et de schistes bitumineux à bas coût se développent rapidement malgré leurs ravages écologiques.

Blog254_PhOxfamQuelques semaines avant le lancement de cette réunion au sommet, les ONG Oxfam France et Les amis de la Terre avaient publié à grand fracas les résultats d’un projet de recherche intitulé Fair Finance qui mettait clairement en évidence le peu de cas que faisait la finance mondiale des nécessités d’une transition énergétique en faveur des énergies renouvelables. Il ressort de cette étude, largement reprise par La Tribune, que depuis 2009 – date du dernier sommet de la Terre à Copenhague – ce sont au moins 847 milliards d’euros que les 25 plus grandes banques mondiales ont investi dans des projets destinés à développer l’emploi d’énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon), contre seulement 89 milliards pour financer le développement des énergies renouvelables !

Les banques françaises sur ce plan ne se distinguent guère du lot. Ainsi, sur cette même période entre 2009 et 2014, les cinq plus gros établissements bancaires français (BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le Groupe Banque populaire-Caisse d’épargne et le Crédit mutuel) ont financé les énergies fossiles à hauteur de 129 milliards d’euros et les énergies renouvelables à concurrence de 18 milliards seulement. Soit un rapport de un à sept en faveur des premières. A ce rythme, il paraît évident que l’on n’est pas prêt de basculer dans une économie véritablement décarbonée…

Graphique issu de l'étude Fair Finance

Graphique issu de l’étude Fair Finance

Et les ONG ne sont pas les seules à faire ce type de constat. En septembre 2015 déjà, un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) avait publié une étude qui analysait la principales subventions accordées aux énergies fossiles au sein des 34 pays membres de l’organisation et dans 6 pays émergents du G 20 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie, Afrique du Sud), 40 pays au total qui représentent à eux seuls plus de 80 % de la demande mondiale d’énergie. Les aides ainsi recensées, destinées soit à réduire les prix à la consommation soit à diminuer les coût d’exploitation des entreprises, représentent pas moins de 160 à 200 milliards de dollars chaque année en faveur principalement du pétrole (pour 82 % du total) et, dans une moindre mesure, du gaz et du charbon.

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Centrale thermique en Bulgarie (photo D. Dilkoff / AFP)

Ces chiffres, bien que colossaux, sont pourtant très en deçà de la réalité comme l’ont montré d’autres études plus complètes diffusées par le FMI ou l’Agence Internationale de l’Énergie qui ont comptabilisé en sus les très nombreuses aides transnationales. Ils prouvent en tout cas de manière évidente que l’objectif de dégager annuellement 100 milliards de dollars pour abonder le fameux Fonds vert dont on parle tant dans les couloirs de la COP 21 et qui est destiné à faciliter l’adoption par les pays les moins avancés de technologies moins émettrices de gaz à effets de serre, cet objectif n’a rien de démesuré. Il suffirait en effet de réduire de moitié ces aides parfaitement néfastes et de réaffecter les ressources ainsi économisées dans une direction plus conforme aux objectifs affichés !

Alors, certes, on note ces derniers temps des évolutions positives. Le Mexique et l’Inde par exemple, ont fortement réduit ces dernières années leurs subventions aux énergies fossiles. Quant aux banques, et même s’il convient de se méfier des effets d’annonce de ces établissements spécialisés dans la communication et le greenwashing, plusieurs ont fait part d’une volonté de réorienter leurs investissements vers des projets plus responsables. Ainsi, en avril 2015, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont renoncé à participer au financement de très importants projets charbonniers en Australie, sous la pression, il est vrai, d’ONG, qui redoutaient les conséquences de ces projets pour la Grande barrière de corail, classée au patrimoine mondial de l’humanité…

Blog254_AfficheAmisTerre

Le Crédit agricole est même allé plus loin encore, en annonçant le 30 septembre 2015, qu’il ne financerait plus de nouvelles centrales au charbon dans les pays à hauts revenus où des alternatives existent. De même, la banque américaine Citi assurait le 5 novembre dernier, que ses crédits aux mines de charbon avaient déjà diminué « de manière significative » depuis 2011, et que cette tendance allait se poursuivre. Dix jours plus tard, Natixis, la banque de financement et d’investissement du groupe BCPE, s’engageait à son tour à ne plus financer de centrales électriques au charbon, et ce, dans le monde entier, « en l’état actuel des technologies ».

Blog254_PhForagePétroleEn réalité, ces décisions ne sont pas motivées par une brusque philanthropie ni guidées par un quelconque souci pour l’avenir de la planète, mais par un raisonnement beaucoup plus pragmatique. Limiter à 2 °C le réchauffement climatique d’ici à 2050, ce qui est l’objectif affiché de la COP 21, nécessite en effet de ne consommer que 20 % des réserves mondiales de carbone fossile actuellement connues, comme l’a mis en évidence une étude publiée en 2011 par l’ONG Carbon Tracker Initiative. Autrement dit, 80 % des réserves d’énergies fossiles dans le monde seraient appelées à perdre leur valeur, ce qui constitue un argument puissant pour expliquer le revirement de certaines banques qui hésitent désormais davantage à investir dans des projets d’exploitation liées à ce type d’énergie…

Bien évidemment, cette nouvelle prudence a ses limites. Si la Société générale et BNP Paribas ont annoncé leur intention de ne plus financer les projets de centrales thermiques à charbon dans les pays de l’OCDE à revenus élevés, elles continuent de financer les centrales à charbon dans les pays émergents comme la Russie, la Chine, l’Inde, ou l’Afrique du Sud…

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

Centrale thermique au charbon (photo B. Rodrigues)

C’est ainsi que le Times vient tout juste de révéler que, selon une étude menée par plusieurs organismes dont la société Ecofys et l’Institut de Postdam, plus de 2 400 centrales thermiques à charbon sont actuellement en cours de construction ou à l’état de projet à travers le monde. Rien qu’en Chine, 368 sont en chantier et 803 sont prévues à terme tandis que l’Inde en construit actuellement 297 et en prévoit 149 supplémentaires dans les années à venir. Même le Japon, quelque peu refroidi quant à l’intérêt du nucléaire suite à l’accident de Fukushima, édifie en ce moment 5 centrales thermiques à charbon et en prévoit 40 nouvelles dans la foulée.

Projet de centrale thermique de Safi

Projet de centrale thermique de Safi

Citons aussi le Maroc où est en train de s’édifier une centrale gigantesque à Safi qui devrait produire, lors de son entrée en service en 2018, 1386 MW soit le quart des besoins en électricité du pays. Le coût du projet est de 2,6 milliards de dollars, financé en grande partie par des banques internationales. La construction est assurée par l’équipementier sud-coréen Daewoo Engineering & Construction Co et l’exploitation sera confiée à Safi Energy Company, un consortium constitué par le holding royal SNI, le britannique International Power, le japonais Mitsui & Co et la société française Engie, le nouveau nom de GDF-Suez… Engie communique à l’envie sur la fameuse technologie dite « supra ultra-critique » qui permettra à cette centrale un rendement supérieur de 10 % par rapport aux procédés classiques. Il n’en reste pas moins que ce futur mastodonte qui consommera quelque 10 000 tonnes de charbon chaque jour, va empoisonner encore davantage la vie des habitants de Safi déjà exposés aux émanations d’un complexe chimique particulièrement nauséabond.

En tout cas, et toujours selon les chiffres du Times, ces futures centrales à charbon en chantier ou en projet, devraient produire à elles seules 6,5 milliards de tonnes de CO2 supplémentaires par an, alors que les engagements des pays pour la COP 21 présentent déjà un excédent de 10 milliards de tonnes pour espérer ne pas dépasser le seuil fatidique de 2 °C de réchauffement climatique : cherchez l’erreur…

L.V.  LutinVertPetit

Réacteurs nucléaires à sels fondus : une piste d’avenir ?

27 septembre 2015

Les défenseurs de l’environnement se sont toujours montrés particulièrement méfiants envers l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. Les incertitudes quant à la gestion sur le très long terme des déchets radioactifs et les risques d’accidents graves que fait peser cette industrie où l’opacité et la culture du secret sont des traditions bien ancrées, justifient d’ailleurs amplement ce rejet viscéral.

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi en mars 2011

L’accident récent de Fukushima au Japon survenant après celui de Three Mile Island aux États-Unis et celui de Tchernobyl en Ukraine n’ont rien fait naturellement pour apaiser ces craintes. En France même, ce sentiment de rejet est très largement alimenté depuis des années par la politique délibérée de désinformation mise en œuvre pour masquer les retombées radioactives consécutives à l’accident de Tchernobyl en 1986 ou pour minimiser l’ampleur des fuites radioactives périodiquement identifiées au large de l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague. Et encore, la plupart des Français continuent d’ignorer qu’une catastrophe majeure a été évitée de justesse lors de la tempête de 1999, lorsque la centrale du Blayais a été inondée, mettant gravement en péril les installation de refroidissement du cœur…

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Centrale à charbon en Chine à Datong (photo J. Lee / Reuters)

Pourtant, à quelques semaine de la COP 21, à l’heure où l’on cherche à maîtriser le changement climatique global qui fait peser de lourdes menaces sur notre avenir à tous, beaucoup soutiennent que, malgré tous les dangers qu’elle représente, l’énergie nucléaire présente un impact moindre sur notre environnement que bien des combustibles fossiles, au premier rang desquels le charbon. Par ailleurs, chacun a bien conscience que les énergies renouvelables, dont le solaire et l’éolien, malgré leur grand intérêt, peinent à répondre à l’énorme demande en continu d’électricité du monde actuel.

C’est pourquoi, en attendant que se développent de nouvelles techniques dont peut-être un jour celle de la fusion thermonucléaire qui sera expérimentée sur le site d’ITER encore en construction, certains s’interrogent sur d’autres voies qui semblent avoir été insuffisamment explorées jusque là. C’est le cas notamment de Bill Gates qui a annoncé cet été avoir investi 1 milliard de dollars dans sa firme nouvellement créée, TerraPower, afin d’explorer une technique imaginée dans les années 1950 par le physicien Saveli Feinberg et qui est celle des réacteurs nucléaires à sels fondus.

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Réacteur à sels fondus développé au Oak Ridge Laboratory

Dans cette approche, le combustible nucléaire se présente sous forme de sel fondu maintenu à la pression ambiante, à une température de 600 à 900 °C, qui joue à la fois le rôle de combustible, de fluide caloporteur et de barrière de confinement. Les premiers réacteurs à sels fondus ont été développés dès 1954 pour la propulsion d’avions. Dans les années 1960, le Laboratoire national d’Oak Ridge aux USA a mis au point un réacteur expérimental qui a parfaitement fonctionné pendant 4 ans. Le combustible utilisé était à base de thorium et le principe de base (neutrons thermiques) prévoyait le passage à travers un modérateur en graphite. Ce prototype a permis de tester différents combustibles et de démontrer le caractère attractif du procédé qui permet un bon rendement thermique.

Un autre procédé a été développé, dit à neutrons rapides, dépourvu de modérateur, qui utilise également des sels à base de fluorure mais avec une charge initiale en matière fissile plus importante. La puissance d’un tel réacteur est maîtrisée naturellement car la chaleur provoque une dilatation du sel qui réduit la capacité de fusion et régule le réacteur à son point d’équilibre sans aucune possibilité d’emballement.

Schéma d'un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Schéma d’un réacteur à sels fondus (source : Science et Vie)

Par rapport aux réacteurs nucléaires actuellement en service en France, les avantages sont donc multiples. Le principal concerne la sécurité du réacteur. Il n’y a ici aucun risque d’explosion (comme à Tchernobyl) du fait de l’absence de vapeur d’eau à haute température, ni d’utilisation de sodium liquide. Il n’y a donc pas besoin d’enceinte de confinement, ce qui réduit considérablement les coûts de construction. Le combustible étant à pression ambiante, la cuve est également plus mince. Pas de risque d’emballement du cœur non plus comme à Fukushima et Three Mile Island, le système de sécurité étant un simple bouchon de sel froid qui s’écoule par gravité en fondant, venant arrêter le réacteur par convection thermique, ce qui permet un redémarrage rapide de la centrale.

Les sels de fluor utilisés sont chimiquement et mécaniquement stables malgré la forte radioactivité au sein de la cuve : ils réagissent très peu avec l’air et se dissolvent mal dans l’eau ce qui limite les risques de pollution accidentelle, même en cas de destruction volontaire de la cuve.

Enfin, l’intérêt majeur de cette technique est qu’elle permet d’utiliser un combustible nucléaire à base de thorium, un matériau qui est disponible en quantités bien plus importantes que l’uranium et qui est actuellement un simple déchet d’extraction des terres rares. Dans la filière à neutrons rapides, la matière fissile utilisée est soit du thorium 232 soit de l’uranium 238, ce qui évite de passer par les démarches très coûteuses d’enrichissement de l’uranium qui sont nécessaires dans la filière nucléaire classique.

Blog232_PhThorium

Sous l’effet des captures de neutrons dans le réacteur, ces deux isotopes se transforment respectivement en uranium 233 et en plutonium 239, qui sont d’excellent isotopes fissiles, ce qui garantit le fonctionnement du réacteur. A défaut, l’uranium 233 se transforme en uranium 235 qui contribue lui aussi à la fission. Le réacteur fonctionne ainsi comme surgénérateur en produisant son propre combustible.

Les déchets produits sont principalement des formes de neptunium et de plutonium dont la durée de désintégration est relativement courte par rapport aux déchets issus des réacteurs actuels dont le cœur doit être vidé périodiquement. Ici, plus de 80 % des produits de fission sont stables en moins de 10 ans et les autres perdent l’essentiel de leur radioactivité en moins de 300 ans, ce qui permet d’envisager des procédés de stockages plus raisonnable à l’échelle humaine que les filières actuellement en vigueur. De surcroît, le traitement peut se faire sans arrêt du réacteur, le combustible usé étant extrait et traité en continu.

Un autre atout de ces réacteurs à sels fondus est qu’ils permettent de consommer également les déchets nucléaires dont on ne sait que faire actuellement, parmi lesquels les transuraniens (dont le plutonium) et les actinides. L’introduction de ces éléments dans le réacteur permet même d’en augmenter considérablement la durée de fonctionnement (effet surgénérateur) mais aboutit à des déchets un peu plus complexes à traiter.

Granulés de thorium

Granulés de thorium

Il est quand même nécessaire, pour amorcer la réaction, d’introduire une certaine quantité d’uranium 233 qui doit être produite dans un autre réacteur puisque cet isotope n’existe pas naturellement. Pour cette raison, il est envisagé de faire fonctionner certains réacteurs classiques à eau pressurisée avec un combustible à base de thorium qui pourrait produire l’uranium 233 et alimenter ainsi plusieurs réacteurs à sels fondus. C’est sur de tels scénarios que travaille actuellement un laboratoire du CNRS à Grenoble et les réacteurs à sels fondus constituent une des options de recherche retenue dans le cadre du forum international sur les réacteurs de 4ème génération.

On se demande bien d’ailleurs pourquoi une technique aussi prometteuse a été aussi négligée jusqu’à présent. Un documentaire de Citizens-films, joliment intitulé « Thorium, la face gâchée du nucléaire » laisse entendre que les filières classiques à base d’uranium ont été privilégiées précisément pour leur retombées sous forme de production de plutonium à usage militaire…

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

Conférence internationale sur le thorium au CERN à Genève en 2013

En Chine, mais aussi en Inde (gros producteur de thorium), d’importants projets de recherche en vue de développer rapidement de tels réacteurs à sels fondus sont en cours. La France, actuellement embourbée dans ses déboires liés à la construction de l’EPR de Flamanville, sera t-elle en mesure de suivre le mouvement et d’adapter son parc électronucléaire à cette nouvelle technologie qui semble promise à un bel avenir ?

L.V.  LutinVertPetit

Maud Fontenoy, la meilleure ennemie de l’environnement

3 juillet 2015

La nouvelle déléguée à l’environnement du parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, s’est mise au diapason de son nouveau patron qui n’avait pas hésité à affirmer le fond de sa pensée en déclarant en 2011 lors d’une table ronde devant un parterre d’agriculteurs : « l’environnement, ça commence à bien faire ».

BloG202_PhTraverséeL’ex-navigatrice Maud Fontenoy, plus connue pour son fameux coup de rame qui lui avait permis de traverser l’Atlantique Nord en 2003, puis une partie du Pacifique, vient en effet de rejoindre la commission exécutive de l’ex-UMP après avoir figuré déjà en 2004 sur la liste UMP conduite alors par Jean-François Copé lors des élections régionales en Ile-de-France. Elle figure d’ailleurs en bonne place dans l’équipe de campagne de Christian Estrosi pour les prochaines Régionales fin 2015, cette fois en PACA.

Habituée à naviguer « à contre-courant », Maud Fontenoy avait d’ailleurs clairement annoncé la couleur dans le titre de son précédent livre paru en 2013 et intitulé « Ras le bol des écolos ». Pour quelqu’un qui a construit toute sa notoriété sur la défense de l’écologie et qui se présente comme porte-parole de l’UNESCO pour la défense des océans, la formule est pour le moins provocatrice. Mais elle va beaucoup plus loin dans son dernier ouvrage qui vient de paraître sous le titre de « Les raisons d’y croire » et qui défend les thèses les plus réactionnaires en matière environnementale, au point d’avoir conduit le magazine Elle à la traiter d’ « abbé Pierre militant en faveur de l’optimisation fiscale ».Blog202_PhLivreRaisonsCroire

Il faut dire qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuillère, n’hésitant pas à qualifier le recours aux gaz de schiste d’ « atout écologique ». Elle estime en effet que les méthodes d’extraction utilisées au Canada n’ont finalement qu’un impact limité sur la pollution des milieux naturels et en particulier des nappes souterraines, ce qui rend ce type d’exploitation tout à fait acceptable. Pourquoi en effet se casser la tête à développer les énergies renouvelables alors qu’il reste encore un peu d’huile et de gaz de schiste à exploiter sous nos pieds et que les compagnies pétrolières piaffent d’impatience pour développer l’exploration dans nos contrées après avoir ravagé le sous-sol américain ? Avec ce genre de raisonnement, l’homme en serait sans doute resté à l’âge de la pierre car après tout, ce n’est pas la matière première qui manque, n’est-ce pas ? Oublié en tout cas l’impact catastrophique des énergies fossiles sur le changement climatique global : il est vrai que lorsqu’on flotte sur les océans, on se moque bien de l’élévation de leur niveau…

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Exploitation de gaz de schiste (photo circle of blue)

Pas d’état d’âme non plus vis-à-vis des OGM dont elle ne voit absolument pas pour quelle raison on se montrerait méfiant quant à leur généralisation. Le fait que ce développement se fasse pour le grand profit des multinationales comme Monsanto et au détriment des petits agriculteurs, contraints d’acheter chaque année des semences stériles et les produits de traitement qui vont avec, ne semble pas le moins du monde gêner la navigatrice très à l’aise avec le grand patronat, au point d’avoir installé le milliardaire François Pinault en bonne place de sa fondation comme cela lui a été parfois reproché.

Blog202_PhRoundupCe coup de pouce en faveur des multinationales de l’agro-chimie va même bien plus loin puisque Maud Fontenoy n’hésite pas à plaider dans son dernier livre en faveur du Roundup, le produit phare de Monsanto, injustement attaqué par la vindicte populaire. Et pour cela, les approximations les plus grossière et les mensonges les plus éhontés ne lui font pas peur ! Comme l’indique la revue Politis, elle explique tranquillement que l’étude du Centre International sur le Cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation Mondiale pour la Santé, n’apporte aucune preuve pour classer le principal composant de ce désherbant, le fameux glyphosate que l’on retrouve désormais dans la majorité de nos cours d’eau, comme « probablement cancérigène ». Elle réclame, posture classique de la Droite qui relaie les demandes des industriels et de la FNSEA, de nouvelles études « pour réfléchir ». Manifestement, la leçon de l’amiante et celle du sang contaminé se semblent pas avoir été retenues par tous…

Même posture sur la question des modes de transports. A Paris, Maud Fontenoy ne craint pas d’affirmer que les vélos commencent à prendre beaucoup trop de place et qu’il est temps de réaffecter les voies sur berge à la circulation automobile : même sa concurrente Nathalie Kosciusko-Morizet s’en étrangle d’étonnement ! Quant au diesel, qui émet certes un peu moins de CO2 qu’un moteur à essence, mais dégage davantage d’oxydes d’azote, encore plus impactant pour notre environnement, et surtout des particules fines très nocives pour la santé humaine, l’ex-navigatrice ne voit aucune raison d’en limiter progressivement l’usage comme le souhaite Anne Hidalgo à Paris. A l’entendre, « il y a des filtres à particules fines qui existent, il y a des diesel qui ne polluent pas ». La solution est donc simple : il suffit de subventionner l’achat de nouveaux véhicules diesel et les industriels ne s’en porteront que mieux…

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l'hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Maud Fontenoy et Nicolas Sarkozy à l’hôtel Bristol le 4 juin 2015 : une grande proximité ! (photo ©Bestimage)

Avec de tels défenseurs de l’environnement, au moins la Droite ne prend pas le risque d’inquiéter ses électeurs quant à l’ampleur des défis environnementaux qui nous attendent. On est bien loin du discours que tenait en 2008 un certain Nicolas Sarkozy à l’occasion des discussions du Grenelle de l’environnement, lorsqu’il affirmait tout feu tout flamme : «  La France considère avoir une impérieuse obligation de résultat en matière de préservation de l’environnement. On n’est plus dans l’incantation, on est dans la décision ». Une erreur de jeunesse sans doute, bien vite oubliée par lui et par ceux qui le soutiennent, et tant pis pour l’avenir de notre planète et des futures générations…

L.V. LutinVertPetit

Exploration pétrolière au large des calanques : embrouille en perspective…

4 février 2015

En France comme partout dans le monde, environnement et prospection pétrolière font rarement bon ménage. On se souvient de la mésaventure de la sénatrice de Seine-et-Marne, Nicole Bricq : nommée le 16 mai 2012 ministre de l’écologie et de l’énergie, elle suspend le 13 juin les permis d’exploration d’hydrocarbure au large de la Guyane et moins d’une semaine plus tard elle est démise de ses fonctions ! Espérons que Ségolène Royale ne subira pas le même sort, elle qui se retrouve avec sur les bras un autre dossier tout aussi explosif à gérer et qui cette fois concerne notre environnement immédiat comme l’a évoqué La Provence dans son édition du 30 janvier 2015.

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Pour essayer d’y voir un peu clair dans ce dossier complexe, un petit retour en arrière s’impose. Il faut pour cela remonter jusqu’au 31 août 2000, date à laquelle la société britannique TGS-NOPEK obtient une autorisation de prospection préalable en Méditerranée pour la recherche de pétrole et de gaz. La piste s’avérant prometteuse, elle obtient le 29 octobre 2002 un permis exclusif de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux, dénommé « Rhône maritime », portant sur une superficie de 25 000 km2 et délivré pour une période de 3 ans.

En juillet 2005, la société titulaire du permis fait une première demande de prolongation de ce permis pour une période de 5 ans, sur une superficie réduite de moitié par rapport au périmètre initial, et demande son transfert à une autre société, Melrose Mediterranean Limited (MML), dont le siège est à Edimbourg. Ceci lui est accordé par un arrêté en date du 11 octobre 2006, qui prolonge la durée du permis d’exploration jusqu’au 19 novembre 2010.

Emplacement du permis d'explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

Emplacement du permis d’explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

En juillet 2010, la société MML prend les devants et adresse au ministère de l’écologie une seconde demande de prolongation pour une nouvelle durée de 5 ans, comme le Code minier le prévoit expressément sans nouvelle mise en concurrence, à condition de justifier de réels investissements de recherche. Cette fois encore, le périmètre est réduit et porte désormais sur une surface de 9 375 km2, s’étendant au large des Bouches-du-Rhône et du Var. L’objectif est alors de poursuivre l’exploration par une campagne de prospection sismique 2D jusqu’en février 2011 puis d’affiner les recherche par de la sismique 3D sur un périmètre plus restreint de 500 km2 et de lancer alors un premier forage exploratoire avant de demander le transfert du permis à la société texane Noble Energy France. A l’époque, plusieurs autres permis d’explorer ont été accordés pour la recherche de gaz de schiste en Ardèche et certains imaginent déjà une relance de l’industrie pétrochimique de l’étang de Berre grâce à une exploitation off shore en Méditerranée à faible distance des côtes

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Mais là, les choses se corsent. Car entre temps le paysage a changé. D’abord, l’opinion publique a été marquée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, dans le golfe du Mexique, provoquant la pire catastrophe écologique qu’aient connue les États-Unis. Ensuite, le 20 juin 2010, Guy Tessier présente au ministre de l’écologie d’alors, Jean-Louis Borloo, le projet de parc national des calanques qui vient de ressortir des cartons. Difficile dans ces conditions d’accorder un permis d’exploration à quelques encablures du futur parc national…

Melrose obtiendra pourtant une autorisation préfectorale pour procéder à des campagnes d’investigation géophysique. En 2011, plusieurs élus locaux s’inquiètent de ce projet qui se traduirait par la réalisation d’un premier puits d’exploration à 2 500 m de profondeur, au risque de créer des dégâts sur la richesse des fonds sous-marins que le parc national des calanques, alors en gestation, vise justement à préserver, ceci dans une zone par ailleurs soumise à risque sismique, en bordure du parc national de Port-Cros et de la zone Pelagos de protection des cétacés de Méditerranée.

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

En 2012, le sujet s’invite dans la campagne présidentielle et le candidat Nicolas Sarkozy affirme lors d’un meeting électoral, quelques jours avant l’inauguration du parc national des calanques, qu’il « n’accepta pas de forage pétrolier devant les calanques, parce que la Méditerranée c’est le cœur de notre identité », alors que dans le même temps sa nouvelle ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, joue la montre en s’abstenant de répondre à la demande de prolongation formulée par MML… En juin 2012, c’est Delphine Batho qui reprend le dossier et qui confirme officiellement l’opposition du gouvernement à la prolongation du permis d’explorer.

Son argumentation juridique pour rejeter cette demande ne manque pas d’habileté comme l’explique sur son blog le spécialiste en droit de l’environnement Sébastien Mabille. Elle s’appuie sur la loi du 15 avril 2003 qui a créé une « zone de protection écologique », instituée pour lutter contre les dégazages sauvages de pétroliers indélicats et qui est devenue effective au 11 janvier 2004. Dans cette zone, les activités sont restreintes et l’État français considère que la recherche minière n’en fait pas partie, ainsi qu’il l’a précisé par voie d’ordonnance en date du 20 janvier 2011. Le permis initial étant considéré comme illicite, il n’a pas à être prolongé : « circulez, il n’y a rien à voir… ».

Accident de Deepwater Horizon

Accident de Deepwater Horizon

Mais la société Melrose, qui depuis a été rachetée par Petroceltic dont le siège est en Irlande, ne l’entend pas de cette oreille et attaque la décision par une requête en annulation déposée le 10 août 2012 devant le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Et là, patatras, le bel édifice juridique s’effondre ! Le 20 février 2014, le juge des référés donne tort à l’État en estimant qu’il existe un sérieux doute sur la légalité de sa décision. Il faut dire que le projet de loi de ratification de l’ordonnance du 20 janvier 2011 qui modifiait fort opportunément le Code minier n’a jamais été adopté par le Parlement. Du coup, la valeur de cette disposition n’est que réglementaire et ne peut se substituer à la partie législative du Code minier qui régit les activités de recherche de substances en mer. De surcroît, le juge considère que le seul fait d’avoir créé ces zones de protection écologique ne signifie pas que l’État renonce de facto à toute exploitation de ressource minérale sur son plateau continental.

Le coup est rude pour le ministère de l’écologie qui se pourvoit devant le Conseil d’État. Mais celui-ci rend son verdict le 19 décembre 2014 et confirme totalement l’interprétation juridique du Tribunal administratif. Ce sont les associations de protection de l’environnement et notamment le collectif Objectif transition qui ont rapporté cette décision en tout début d’année, information largement relayée ensuite par différents médias dont Marsactu, le Canard enchaîné et le Huffington post. Nul doute que le ministère de l’écologie ne doit pas se sentir très pressé désormais pour statuer mais il n’a plus guère le choix et il devra rapidement (dans un délai de deux mois) réinscrire le permis d’explorer de MML dans la liste des autorisations valides.

calanqueTout indique donc que les activités d’exploration par voie sismique vont reprendre très prochainement à proximité de nos côtes car plus de 9 millions d’euros ont déjà été dépensés dans ces investigations depuis 2002 et que les opérateurs pétroliers tiennent à rentabiliser leur investissement. Le seul espoir désormais de freiner ce projet réside dans la baisse vertigineuse du prix du baril de pétrole qui a été observée ces derniers mois et qui ne peut qu’amoindrir l’intérêt économique de telles prospections, mais une telle baisse ne peut être que conjoncturelle. On n’a donc certainement pas fini d’entendre parler de ce projet….

L. V.  LutinVertPetit

Vers une troisième révolution industrielle et une société du partage ?

13 octobre 2014

Le capitalisme triomphant après la chute du mur de Berlin aurait-il du plomb dans l’aile ? C’est ce que prétend notamment Jérémy Rifkin, essayiste américain prolixe, spécialiste de prospective et conseiller de très nombreuses personnalités politiques à travers le monde.

Blog109_PhRifkin

L’un de ses ouvrages, publié en 2012, annonce ainsi « la troisième révolution industrielle » qui pourrait permettre ni plus ni moins que de répondre à long terme au triple défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique. Les nouvelles technologies pourraient révolutionner totalement notre mode de fonctionnement, comme il s’efforce de le démontrer dans son dernier livre au titre à rallonge : « La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipsé du capitalisme ». Tout un programme !Blo109_PhLivre

Bien évidemment, résumer en quelques lignes une analyse aussi complexe sans la caricaturer serait une gageure ! Une des intuitions que développe J. Rifkin, est que notre système de production industriel va être complètement remis en cause par le développement rapide des nouvelles technologies liées à internet et aux échanges gratuits et rapides de masses considérables de données, avec des implications dans tous les secteurs d’activité. On en voit d’ailleurs déjà les effets par exemple dans l’industrie du disque qui vient de s’effondrer sous nos yeux du fait de la possibilité offerte d’échanger gratuitement des fichiers numériques musicaux via internet. De même, le développement du livre numérique et l’offensive d’Amazon n’ont fait qu’une bouchée des librairies américaines et s’attaquent désormais au reste du monde.

Autre exemple :  en matière énergétique, Rifkin est persuadé que nous assistons à une révolution avec le développement à des coûts de plus en plus abordables, des technologies qui permettent de capter et de stocker les énergies renouvelable solaires, éoliennes ou marémotrices. Il estime même que le développement des imprimantes 3D ouvre la voie à la fabrication chez soi de multiples objets  dont nous avons besoin, ce qui risque de changer complètement les circuits de production.

Blog109_Dessin1Face à de telles mutations, c’est tout notre modèle de société qui va devoir s’adapter. Le travail de masse, rendu possible par le développement de la société industrielle, et qui est en train de se déliter avec une augmentation inéluctable du chômage, risque de n’être plus qu’un souvenir. L’évolution, qui se dessine déjà largement, privilégie des emplois hautement qualifiés dans le domaine de l’économie de la connaissance et des emplois de service peu qualifiés et faiblement rémunérés à l’autre bout de la chaîne. Mais  le temps du travail pour tous paraît menacé, de telle sorte que Rifkin imagine un nouveau contrat social dans lequel il faudra nécessairement partager le travail (en passant par exemple aux 30 heures par semaine, comme le préconisent de nombreux économistes), prévoir un revenu minimal de base pour chacun, et renforcer l’économie sociale ainsi que l’engagement associatif pour permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Blog109_DessinCroissanceLa croissance ne peut plus être le moteur de notre développement dans un monde fini. Rifkin rejoint en cela de nombreux autres analystes, dont Thomas Piketty qui a récemment montré que les taux de croissance rapide que nous avons connus ces dernières décennies sont l’exception et non la règle, si l’on regarde l’évolution humaine sur le long terme.

Face à ces mutations, nos comportements devront s’adapter. Mais Rifkin n’est pas inquiet, persuadé que les nouvelles générations ont déjà largement amorcé cette évolution, grâce au développement des réseaux sociaux. Il constate en effet que, de plus en plus, nous sommes intéressés davantage par l’accès aux biens plutôt qu’à leur possession, ce qui rend possible le développement de systèmes d’appropriation en commun, un peu sur le modèle de ce qui s’est fait pendant des générations où les paysans disposaient d’un accès commun au four, au puits ou au canal d’irrigation, infrastructures gérées et entretenues de manière collective.

Or Rifkin constate le développement actuel de pratiques qui procèdent d’une approche similaire, depuis le covoiturage jusqu’au jardin collectif en passant par l’échange d’appartements ou la machine à laver commune dans certains écoquartiers. Il cite ainsi l’exemple des jouets pour enfants : de plus en plus de parents, plutôt que d’acheter des jouets dont leur enfant se lassera rapidement et qui encombreront le grenier pour les générations à venir, les empruntent soit à des amis soit sur des sites internet dédiés. Outre l’intérêt pratique et économique de cette approche, elle permet à l’enfant d’intégrer l’idée que les jouets ne sont pas uniquement des objets que l’on s’approprie mais aussi des expériences auxquelles on accède pour un temps donné et que l’on partage avec d’autres : toute une nouvelle philosophie à explorer !  Ph109_PhJouets

Bien entendu, de tels bouleversement n’iront pas de soi et Rifkin se garde bien d’affirmer comment sera notre monde de demain, car nul ne peut prédire comment se feront toutes ces évolutions même si l’on en voit déjà les prémisses. Il conseille en tout cas aux entreprises de les anticiper et de se recentrer sur la transmission de l’information et sur la gestion des flux. Ainsi des producteurs et distributeurs d’électricité qui auront de plus en plus à gérer des transferts plutôt qu’à produire eux-mêmes de manière centralisée : une telle évolution est déjà en marche outre-Rhin, mais encore bien loin des modes de pensée d’EDF !

Blog109_PhRifkinVReste aussi à convaincre les responsables politiques d’accompagner ces mutations et d’y préparer les esprits. Sur ce terrain, Rifkin est manifestement moins optimiste, bien qu’il s’emploie depuis de nombreuses années à conseiller certains dirigeants européens et américains (ou peut-être justement à cause de cela ?). Leur capacité à anticiper les évolutions et à mettre en œuvre les comportements les mieux adaptés pour y faire face dans l’intérêt général, ne paraît en effet pas au centre des préoccupations de nos élus, trop occupés à gérer le quotidien et leur avenir politique à court terme pour oser lever un peu le nez du guidon. Comme souvent, c’est plutôt de la société civile que viendront les germes de ces évolutions futures…

L. V. LutinVertPetit

Après le lapin Duracell, l’ampoule de Livermore…

11 juin 2014

Blog79_Ph1C’est au plafond de la caserne des pompiers de Livermore, en Californie, que brille la plus vieille ampoule encore en fonctionnement. Fabriquée en 1895, elle a été mise en place en 1901 et elle est allumée depuis, quasiment sans discontinuer : encore plus fort que le fameux lapin monté sur piles Duracell ! En dehors de quelques brèves interruptions de courant et une coupure volontaire à l’occasion de la rénovation des bâtiments en 1937, elle est allumée en permanence et continue à fonctionner avec plus d’un million d’heures de service au compteur…

Cette longévité remarquable lui vaut d’ailleurs d’être inscrite dans le Livre Guiness des records et son histoire a fait le tour de la planète, comme symbole d’un temps où l’obsolescence programmée ne faisait pas partie des stratégies de marketing de l’industrie mondiale ! Sa célébrité est telle que les pompiers la chouchoutent et l’ont désormais reliée à une alimentation sans interruption pour lui épargner les éventuelles sautes de tension du secteur. Pour être certains de ne pas la quitter des yeux, ils ont même placé une webcam qui la filme en continu et dont on peut voir les images sur le net ! Blog79_Ph2Pour l’anecdote, ils ont déjà dû changer à trois reprises et la caméra et le système d’alimentation, ce qui en dit long sur la longévité du matériel moderne !

En réalité, la longévité exceptionnelle de cette lampe à incandescence s’explique non seulement par la qualité de sa fabrication (avec une ampoule parfaitement hermétique empêchant toute pénétration d’air) mais surtout par la nature de son filament qui est en carbone et dont la résistance électrique augmente avec le temps. Conçue au départ pour une puissance de 60 W, elle ne consomme plus que 4 W, soit 7 % de sa puissance initiale. Mais en contrepartie, sa luminosité ne correspond plus qu’à 0,3 % de sa valeur initiale ! Du coup, l’opération n’est pas très rentable pour la caserne des pompiers puisque le rendement de l’ampoule est désormais 24 fois plus faible que lors de sa mise en service !Blog79_Ph3

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle en 1924, les fabricants d’ampoules réunis dans le Cartel Phoebus, ont édicté une charte décidant que la durée de vie d’une ampoule ne devait pas dépasser 1000 heures ! Des raisons économique n’étaient évidemment pas absentes de cette stratégie qui a d’ailleurs été condamnée dans les années 1950 par une commission de la concurrence anglaise pour entente illicite sur les prix…

Toutefois, force est de reconnaître que cette durée de vie maximale fixée pour les ampoules ne répond pas seulement à l’intérêt bien compris des fabricants d’écouler au plus vite leurs stocks, mais répond aussi à un optimum pour les consommateurs. Pour produire de la lumière en faisant circuler un courant électrique dans une résistance, il faut en effet atteindre une température minimale ; sinon une bonne partie du rayonnement émis se situe dans l’infra-rouge. L’idéal, pour obtenir une lumière proche du rayonnement solaire, serait d’atteindre 5500 K, soit la température qui règle à la surface du soleil. Mais la plupart des matériaux fondent en deçà d’une telle température : 3327 K pour le carbone qui a donc été utilisé à cet usage mais qui s’avère trop fragile et qui a rapidement été remplacé par des filaments en tungstène, lequel résiste jusqu’à 3149 K.

Un filament en tungstène

Un filament en tungstène

Pour cette raison, le filament d’une lampe à incandescence est généralement porté à une température proche de 3000 K : au delà, lorsqu’au augmente la température, le rendement est meilleur mais la durée de vie diminue rapidement par sublimation du filament qui finit par se rompre prématurément. Si on diminuait la température du filament de 6 %, la durée de vie de l’ampoule serait multipliée par 2. Mais cette baisse de température se traduirait par une diminution de 20 % de la lumière émise, pour la même consommation d’électricité. C’est sur la base de ces observations que les fabricants d’ampoules ont déterminé l’optimum économique qui correspond grosso modo à une durée de vie de 500 heures (mais qui peut facilement passer à 1000 heures moyennant un surcoût de 5 % seulement pour l’utilisateur). On peut effectivement fabriquer des ampoules qui durent plus longtemps -et celle de la caserne de Livermore en est la preuve- mais au prix d’une baisse de rendement très sensible qui se traduirait par une augmentation de la consommation d’électricité pour maintenir le même éclairage : en physique comme dans d’autres domaines, on ne peut décidément jamais avoir le beurre et l’argent du beurre…

 

L. V. LutinVertPetit

 

Énergie éolienne : le vent de la discorde…

29 décembre 2013

Blog46_LivreButréJean-Louis Butré ne décolère pas : président de la Fédération environnement durable, il mène un combat acharné contre le développement de l’énergie éolienne qu’il accuse de tous les maux. Lobbyiste efficace et largement relayé par les médias, il a même écrit un livre sur le sujet, aimablement préfacé par l’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing.

A l’écouter, il semble que l’énergie éolienne cumule tous les handicaps possibles et imaginables ; l’électricité qu’elle produit serait excessivement chère (alors que les experts s’accordent pour reconnaître que le coût du MWh produit par l’éolien terrestre, de l’ordre de 70 à 75 €, est inférieur de 25 % à celui produit par le réacteur nucléaire EPR de Flamanville). La filière servirait à détourner des subventions publiques au profit d’industriels avides de profits, avec la complicité de maires de communes rurales coupables de prises illégales d’intérêts. A l’entendre, la France est menacée d’une véritable invasion d’éoliennes hideuses, bruyantes, défigurant les paysages de nos campagnes, hachant les oiseaux de passage et menaçant la santé publique, le tout pour un coût exorbitant et sans aucun bénéfice pour notre indépendance énergétique, aggravant même le déficit de notre balance commercial et nos émissions de gaz à effets de serre…

Un tableau aussi sombre interpelle. Un point est en tout cas incontestable : la filière éolienne est effectivement subventionnée. Le tarif de rachat, financé par le consommateur via la Contribution au service public de l’énergie, est en effet favorable afin d’inciter les industriels à investir à long terme. On voit mal d’ailleurs comment il pourrait en être autrement. Il a bien fallu des subventions publiques pour permettre le développement de la filière nucléaire française lorsqu’était en jeu l’indépendance énergétique de la France face au renchérissement des cours du pétrole. A cet enjeu économico-politique s’ajoutent désormais d’autres contraintes liées d’une part à l’épuisement progressif des ressources pétrolières et gazières, et d’autre part à la nécessité d’une gestion plus durable et plus responsable des sources d’énergie, ce qui oblige à s’orienter davantage vers l’exploitation des énergies renouvelables que sont notamment l’hydraulique, le solaire et l’éolien.

Eoliennes le long du Canal du Rhône en Camargue

Eoliennes le long du Canal du Rhône en Camargue

A l’heure actuelle, le nombre d’éoliennes installées en France serait de 4 700 et l’objectif affiché est de porter ce nombre à 20 000 d’ici 2020 pour respecter les objectifs européens qui prévoient qu’à cette date 23 % de l’énergie consommée soit d’origine renouvelable. Le Grenelle de l’environnement précise que l’éolien devra alors représenter 5 % de l’énergie consommée, soit 10 % de la consommation électrique française. En 2012, la part de l’éolien dans la production d’électricité française était d’environ 3 %, ce qui reste encore très en deçà de cet objectif, mais la puissance installée avait déjà augmenté de 25 % par rapport à 2011 et représentait déjà près de 17 % de la production d’électricité française d’origine renouvelable, soit près de quatre fois plus que le solaire. La puissance totale installée fin 2013 serait de plus de 8 000 MW, avec une augmentation d’environ 1000 MW par an, soit l’équivalent d’une tranche et demi de réacteur nucléaire, ce qui est loin d’être négligeable. A titre indicatif, une seule éolienne de 2 MW fournit les besoins en électricité (chauffage compris) de 2 000 personnes.

Alors, l’éolien voie d’avenir ou hérésie absurde, comme le prétend Jean-Louis Butré ? Certes, l’Allemagne freine ses programmes d’équipement éolien, mais sa puissance installée est quatre fois supérieure à celle de la France ! L’avenir dira si cette technologie est appelée ou non à contribuer de manière importante à nos besoins énergétique, mais dans ce domaine il est toujours délicat de faire de la prospective… En attendant, il paraît difficile d’atteindre les objectifs que s’est fixée la France en matière d’énergie renouvelable sans faire appel à l’éolien ! Ceci dit, Jean-Louis Butré  a incontestablement raison de rappeler que la France devrait investir davantage pour développer la recherche dans le domaine des énergies renouvelables et surtout pour économiser l’énergie : l’énergie la plus propre et la moins coûteuse restera toujours celle qu’on a économisée…

LVLutinVert1Small

Le nucléaire est-il encore compétitif ?

17 décembre 2012

Greenpeace vient de lancer un beau pavé dans la mare en dévoilant que le coût de l’électricité produite par le futur réacteur nucléaire de Flamanville, fleuron (encore en chantier) de la filière nucléaire française, sera plus élevé que celui de l’électricité produite par voie éolienne !

Après des décennies de discours lénifiant expliquant doctement que la France dispose, grâce à sa filière nucléaire, de l’électricité la moins chère du monde et que jamais une source d’énergie renouvelable ne pourrait être compétitive sur le strict plan économique, voilà qui remet en cause bien des idées reçues et qui mérite peut-être qu’on y regarde de plus près !

L’EPR en construction par EDF à Flamanville (Manche) depuis fin 2007 correspond à une nouvelle génération par rapport aux 58 réacteurs nucléaires à eau pressurisée déjà en service en France. Sa puissance (1650 MW) sera supérieure, mais la technologie de base reste la même. Ce n’est même pas le premier prototype du genre puisque AREVA est engagée sur un chantier du même type en Finlande depuis mi-2007 et que deux autres réacteurs comparables sont en construction en Chine, dans le cadre d’un partenariat avec EDF et AREVA.

Blog33_Ph1

le chantier de Flamanville

Mais, comme en Finlande, le chantier de Flamanville a pris du retard et coûtera beaucoup plus cher que prévu. Selon les prévisions de 2005, le réacteur devait entrer en service début 2012 pour un coût total évalué à 3,3 milliards d’euros. Après 4 ans et demi de chantier et de nombreux déboires, EDF estime désormais que le réacteur ne sera pas opérationnel avant 2016, tandis que le montant de la facture a été réévalué à 8,5 milliards d’euros ! Pareille dérive est pour le moins inquiétante quant à l’état actuel de fiabilité de notre fameuse « filière nucléaire française » qui avait accompli des exploits dans les années 1970-80 mais qui semble avoir bien du mal à se maintenir à flots…

Certes, les exigences réglementaires en matière de sécurité se sont renforcées depuis, ne serait-ce que pour tirer les enseignements de la catastrophe de Fukushima. Mais les retards  et les surcoûts s’expliquent surtout par de nombreuses malfaçons détectées en cours d’exécution, ce qui est moins rassurant. D’autant que, pendant ce temps, le chantier des deux réacteurs de Taïshan en Chine avance à grands pas et sans le moindre retard sur le planning prévisionnel ! Commencé fin 2008, bien après donc ceux de  Finlande et de Flamanville, le réacteur EPR Taïshan 1 est déjà équipé de sa cuve et devrait entrer en service dès 2013 tandis que son jumeau sera en activité à partir de 2014. Un véritable camouflet donc pour la filière nucléaire française et ses velléités d’exportation, mais aussi, au-delà, pour la réputation de notre pays en matière de conduite de projets industriels.

En tout cas, l’incidence sur le coût de l’électricité produite est bien réelle et les chiffres avancés par Greenpeace ne sont pas contestés. En avril 2012, un rapport de la Cour des Comptes annonçait déjà un coût de 70 à 90  pour chaque mégawattheure produit par le futur EPR (en intégrant les coûts de démantèlement, sur la base d’une durée de vie de 60 ans). Mais à cette date, le coût du chantier de Flamanville était encore évalué à 6 milliards d’euros, contre 8,5 actuellement ! Le coût calculé par Greenpeace est désormais de 100 €/MWh, ce qui le place effectivement au dessus de celui de l’électricité produite par une éolienne terrestre (évalué entre 70 et 75 €/MWh, l’éolien off-shore étant en revanche nettement plus coûteux à ce jour). Par rapport au chiffre retenu jusqu’à présent par la Commission de régulation de l’énergie, le coût moyen de l’électricité produite par la filière nucléaire passera ainsi de 42 à 69 €/MWh, ce qui laisse augurer de belles augmentations de tarif à court terme…

Blog33_Ph2

le parc éolien de Saint-Martin-de-Crau

A se demander même pourquoi certains continuent à utiliser l’électricité pour l’eau chaude sanitaire alors que les chauffe-eau solaires sont depuis longtemps déjà très compétitifs ! C’est en tout cas un élément capital dans le débat actuel sur la transition énergétique qui vise à faire passer d’ici 2015 la part du nucléaire dans la production d’électricité française de 75 à 50 %. La part de l’éolien devrait s’en trouver naturellement renforcée, mais aussi celle des centrales électriques à cycle combiné gaz, associant turbine à gaz et turbine à vapeur, ce qui autorise un meilleur rendement énergétique et de moindres impacts sur l’environnement.

Blog33_Ph3

le chantier de la centrale combiné gaz de Marrtigues

Le paysage énergétique français est donc bien en voie de mutation rapide…

L.V.LutinVert1Small

L’environnement en campagne…

18 mars 2012

Alors qu’en 2007 la préservation de notre environnement avait réussi à s’imposer comme un thème central de la campagne électorale présidentielle,  les principaux candidats s’engageant à respecter le fameux pacte écologique proposé par le journaliste Nicolas Hulot, le sujet paraît actuellement bien éloigné des préoccupations de la campagne de 2012.

Le candidat sortant, qui parlait encore d’ « urgence écologique » en 2008 lors de son discours sur la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement, n’a pas hésité à lâcher, à l’occasion d’une visite au salon de  l’agriculture en mars 2010 « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire ». On ne saurait exprimer avec plus de franchise à quel point en effet la prise en compte des enjeux environnementaux a été négligée tout au long du dernier quinquennat : assouplissement des règles régissant l’implantation de grandes surfaces commerciales ou l’épandage de lisiers d’élevage, abandon du projet de taxe carbone, démantèlement des services de l’état chargés de la police de l’eau et de l’environnement, extension inconsidérée des droits à bâtir, coup d’arrêt porté au développement de la filière photovoltaïque et, pour finir, suppression du ministre même de l’écologie, mesure emblématique montrant à quel point la protection de l’environnement est bien le dernier des soucis de l’actuel chef de l’État !

Et pourtant, jamais sans doute les enjeux environnementaux n’ont été autant importants. Le diagnostic attestant de l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, dont on commence à mesure concrètement les effets négatifs, ne laisse plus de doute sur la nécessité de réagir au plus vite en modifiant nos comportements individuels et collectifs. Le mode de développement que nous avons adopté n’est tout simplement plus viable et tous les décideurs le savent désormais. Mais les transitions ne sont jamais faciles à mettre en œuvre, surtout quant elles se heurtent à de puissants lobbies et à l’inertie de comportements individuels consuméristes bien ancrés. L’évolution ne pourra donc se faire que par étape, en commençant par les chantiers les plus faciles et les plus urgents. Encore faut-il que nos dirigeants élus soient conscients et convaincus de la direction à prendre, ce qui est bien l’un des enjeux de cette période électorale.

De ce point de vue, il n’y a bien évidemment rien à attendre de la droite UMP qui a largement démontré depuis de nombreuses années, par ses actions sinon par ses discours, son désintérêt total pour ces questions. Corinne Lepage, qui portait à droite un certain volontarisme en matière de protection de l’environnement, ne sera finalement pas dans la course, faute de soutien politique local. François Bayrou, pour le MODEM, est incontestablement sensible à la nécessité d’une évolution en matière énergétique mais reste très frileux sur les mesures à prendre. En matière de préservation de la biodiversité, il s’est néanmoins engagé de manière forte sur un sujet qui n’est pas si anecdotique qu’il n’y paraît, à savoir la protection des abeilles et autres espèces pollinisatrices, de plus en plus menacées, notamment par l’emploi massif de pesticides, dossier sur lequel le gouvernement actuel s’est montré bien peu réactif.

A gauche, le candidat socialiste François Hollande, propose, parmi les 60 engagements mis en avant, 4 propositions concrètes ayant un impact environnemental direct. La 1ère concerne la promotion de l’agriculture biologique et un rééquilibrage des rapports de force entre producteurs et distributeurs. Étant donné la faillite patente, tant économique que sociale et écologique, du modèle agricole dominant mis en place en France depuis les années 1950, il s’agit là d’un thème majeur, d’ailleurs largement repris par la candidate écologiste Eva Joly. Dans une lettre ouverte au président de la FNSEA, cette dernière met clairement en avant les ravages causés par ce modèle (« effondrement du nombre d’agriculteurs et du nombre de fermes, désertification des campagnes, effondrement de la biodiversité, pollution des eaux, marées vertes, érosion, atteintes à la santé des agriculteurs, suicides élevés en milieu agricole, artificialisation des sols, invasion des marchés du Sud avec nos produits subventionnés… ») et propose une « transition progressive vers l’agro-écologie » afin de « redonner sens au métier d’agriculteur ».

La seconde proposition du candidat socialiste touche à la diversification des sources d’énergie, avec un objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité (en vue de passer de 75 à 50 % d’ici 2050), tout en favorisant la montée en puissance des énergies renouvelables. Sur cette question, le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélanchon, se dit également « favorable à la sortie du nucléaire » et propose l’organisation d’un référendum sur ce thème. Quant aux écologistes, ils mettent en avant les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables afin de pouvoir diminuer autant que possible la part du nucléaire. Les médias se sont largement fait l’écho des divergences de vues entre partenaires socialistes et écologistes sur ce sujet. Toujours est-il qu’un accord a bel et bien été trouvé sur ce sujet et qu’il y a manifestement une certaine convergence à gauche sur ces questions où les Français sont très partagés entre crainte du risque nucléaire (comme l’a encore rappelé l’accident de Fukushima) et peur de la panne électrique…

Tous les indicateurs poussent désormais dans la même direction : les ressources pétrolières s’épuisent, la prise en compte des risques industriels ne permet plus de développer certaines filières telles que le nucléaire, tandis que la nécessaire préservation d’un environnement déjà gravement dégradé oblige à limiter nos rejets de CO2 et autres gaz à effets de serre. Tous les décideurs politiques responsables ont conscience de cette équation qui n’a d’autre solution qu’un développement accéléré des énergies renouvelables et une réduction de notre consommation énergétique.

Sur le premier point, la France a pris ces dernières années un retard considérable par rapport à un pays comme l’Allemagne qui a décidé dès 2000 (et l’a réaffirmé en 2010) la sortie progressive du nucléaire, tout en montant progressivement en puissance sa capacité de production éolienne et solaire : avec moins de 7 GW de production électrique éolienne et solaire cumulée, la France est très loin de ses propres objectifs fixés par la loi Grenelle 2 et accuse un retard considérable à comparer aux 40 GW déjà installés en Allemagne…

Sur le second point, à savoir la réduction de la consommation énergétique, les candidats de gauche sont également en pointe. C’est d’ailleurs l’objet de deux autres propositions du candidat socialiste : d’une part l’adoption d’une tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz (afin de favoriser les consommations les plus modestes), et d’autre part un vaste programme d’isolation thermique des logements (ce qui peut non seulement générer des économies d’énergie mais aussi créer des emplois). Les Verts insistent de surcroît sur la nécessité de lutter contre l’étalement urbain et de développer une offre de transport en commun fiable et accessible, afin de limiter autant que possible le recours à la voiture individuelle.

Bref, malgré cette désaffection manifeste de la part des médias dominants vis-à-vis des enjeux environnementaux, certains candidats à la prochaine élection présidentielle ne manquent pas de propositions pertinentes pour améliorer la situation. Espérons que ces idées trouvent un large écho parmi les électeurs…

 Marc Vincent