Archive for février 2015

Élections départementales 2015 : le retour des cumulards ?

24 février 2015

Blog163_Logo13Les médias n’en parlent guère, mais dans moins d’un moins se déroulera le premier tour des élections départementales, le dimanche 22 mars. Pourtant, le sujet devrait passionner chacun des citoyens que nous sommes car l’échelon départemental est après la commune celui auquel les Français sont le plus viscéralement attachés. Nous avons tous appris à l’école l’histoire de la création des départements en pleine euphorie révolutionnaire, à l’époque où la maille du découpage administratif prenait en compte la distance qu’un cavalier pouvait parcourir dans la journée pour se rendre à la préfecture. Rappelons-nous le tollé soulevé lorsqu’il a été question de supprimer le numéro du département sur les plaques d’immatriculation des voitures…

Pourquoi alors tant d’indifférence, alors que nous allons vivre dans quelques semaines un changement important dans le mode de scrutin de nos ex conseillers généraux, autrefois renouvelés par moitié tous les trois ans à l’occasion d’élections dites cantonales ? Place désormais au Conseil départemental dont les membres vont être élus pour 6 ans sous forme de binômes : pour chaque canton se présenteront obligatoirement un homme et une femme, avec leurs deux suppléants, un grand progrès pour la parité ! Les cantons eux-mêmes ont été redécoupés afin de permettre une représentation nettement plus équitable entre zones urbaines et rurales. Jusqu’à présent en effet, les secteurs densément peuplés étaient nettement sous-représentés par rapport aux campagnes et il était temps de rééquilibrer un peu la situation…

Extrait de la nouvelle carte des cantons des Bouches-du-Rhône

Extrait de la nouvelle carte des cantons des Bouches-du-Rhône

Carnoux fait désormais partie d’un canton élargi qui englobe les communes voisines de Cassis, Roquefort-La Bédoule, La Ciotat, Ceyreste, Cuges-les-pins et Gémenos, tandis que la ville d’Aubagne a été réunifiée au sein d’un autre canton qui intègre également La Penne-sur-Huveaune et Roquevaire. En 2011, lors des dernières élections, c’est Roland Giberti, maire de Gémenos, qui avait été très largement élu dans le canton d’Aubagne-Est auquel Carnoux était alors rattaché. La Gauche, qui se présentait en ordre dispersé, avait été éliminée dès le premier tour, et le second tour s’était réduit à un duel entre UMP et Front National. Même situation dans le canton voisin de La Ciotat où la Gauche, pourtant nettement majoritaire, s’était déchirée en 3 listes rivales et avait donc logiquement été balayée également dès le premier tour, laissant le maire de La Ciotat, Patrick Boré, cueillir une victoire facile au second tour face au candidat FN.

Danièle Milon, Patrick Boré et Sophie Gébelin (adjointe au maire de Carnoux), candidats UMP © Photo Fr. G. parue dans La Provence le 21 février 2015

Danièle Milon, Patrick Boré et Sophie Gébelin (adjointe au maire de Carnoux), candidats UMP © Photo Fr. G. parue dans La Provence le 21 février 2015

Cette année, la situation est encore plus favorable à la Droite puisque le nouveau canton ne comporte que des communes toutes dirigées, parfois depuis très longtemps, par des municipalités de Droite. Le tandem qui se présente au nom de l’UMP est d’ailleurs constitué de deux maires bien en place, ceux de La Ciotat et de Cassis, qui devraient être élus dans un fauteuil, sans même avoir besoin de faire campagne. D’autant qu’en face, la Gauche n’a rien retenu de la cuisante leçon reçue en 2011 et se présente de nouveau en ordre dispersé ! Le Parti socialiste, les Verts et Nouvelle Donne n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour tenter de monter une liste commune de Gauche, mais le Front de Gauche n’a rien voulu entendre et présentera contre toute logique sa propre liste face à une liste conduite par une socialiste, les Verts et Nouvelle Donne ayant préférer jeter l’éponge… La socialiste Christine Abattu et le communiste Karim Ghendouf avait pourtant réussi à faire liste commune lors des dernières élections municipales l’an dernier, mais l’alliance n’était manifestement que de façade !

Karim Ghendouf et Christine Abattu alliés ou adversaires ? © Photo C. Sollier pour La Provence (novembre 2013)

Karim Ghendouf et Christine Abattu alliés ou adversaires ? © Photo C. Sollier pour La Provence (novembre 2013)

Les règles du jeu étant ce qu’elles sont, il faut recueillir au moins 12,5 % des inscrits, soit probablement plus de 20 % des suffrages exprimés, pour espérer atteindre le second tour. Tout laisse donc penser que le second tour de ces prochaines élections départementales sur notre canton opposera une fois de plus l’UMP au Front National : bis repetita placent

A défaut de tout suspens et au risque de désespérer encore davantage les citoyens les plus républicains, ces élections départementales ont toutes les chances d’aboutir dans notre secteur à un triomphe des cumulards. Sur notre canton, Patrick Boré et Danièle Milon, déjà tous deux maires de leur commune et vice-présidents de la Communauté urbaine, vont selon toute vraisemblance se retrouver de surcroît élus au Département, tandis que dans le canton voisin d’Aubagne, la liste UMP est conduite par Gérard Gazay et Syvia Barthélémy, déjà respectivement maire d’Aubagne et présidente de la Communauté d’agglomération…

Blog163_PhCG13Depuis le temps qu’il est question de restreindre le cumul des mandats, on voit bien à quel point les élus locaux ont du mal à se plier à cette exigence démocratique ! Un tel mélange des genres, pourtant dénoncé par tous ceux qui tentent de lutter contre la corruption, est d’autant plus choquant que le Département est devenu le principal financeur des communes, subventionnant très largement la plupart de leurs projets d’investissement. Il suffit pour s’en persuader de regarder le nombre de panneaux blancs et bleus Blog163_PhPanneauqui fleurissent en ce moment au centre-ville de Carnoux et qui indiquent à quel point les chantiers en cours sont très largement soutenus financièrement par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Dans ces conditions, on comprend bien que tous les maires souhaitent se faire élire conseillers départementaux selon le vieil adage qui rappelle qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même… A quand la fin du clientélisme parmi nos élus locaux ?

L. V.  LutinVertPetit

Le tour du Monde en 114 jours : 11ème escale

22 février 2015

Après une escale prolongée dans le port de Valparaiso, nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde viennent d’aborder sur l’île de Pâques…

L'arrivée sur l'île de Paques

L’arrivée sur l’île de Paques

Dimanche 22 février, île de Pâques

Grosse émotion sur le bateau ce matin quand les contours massifs de l’île de Pâques (autrement dite Râpa Nui) se sont profilés sur un ciel orageux. Je crois que pour nous comme pour la plupart des passagers, cette escale avait été l’une de celles ayant motivé le choix de ce tour du monde.

Le ciel s’étant éclairci, c’est une journée très ensoleillée et chaude que nous avons passée sur l’île. Première surprise a l’arrivée : c’est une grande île de forme triangulaire avec deux des côtés de 16 km et le troisième de 20 km. Deuxième surprise : c’est très vert et boisé alors que nous imaginions un sol nu, sans un arbre.. Depuis sa découverte par Cook au XVIIe siècle, les Chiliens ont beaucoup planté ! Troisième surprise : le sol est presque partout couvert d’une lave noire et déchiquetée, et l’île est à peu près inculte. Autre surprise : de magnifiques chevaux sauvages de couleur uniformément alezan vivent en liberté un peu partout. Nous avons vu les jeunes poulains téter leurs mères : c’était un spectacle émouvant.

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A l’arrivée, peu de taxis (qui sont, en fait, des voitures particulières assez âgées, pour rester dans l’euphémisme !). Ils ne semblent pas tenir à nous convoyer pour un tour de l’île…? Le tarif, 250 euros pour quatre heures, devrait pourtant les motiver, il me semble… Nous trouvons quand même un gars très gentil qui nous conduira de midi à plus de 16 heures en nous faisant découvrir les plus beaux sites de l’île, ceux où on peut voir les fameux « Moais », statues de lave érigées seules ou en groupe, de 2 à 22 m de hauteur.

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On sait très peu de chose sur leurs constructeurs, ceux-ci ayant, semble t-il, quitté brusquement les lieux : famine ?, guerre ?, éruption? , tsunami ? Même leur écriture qui évoque les hiéroglyphes n’a pas encore pu être déchiffrée.

Blog159_PhPaques4En tous cas ce sont des bustes d’hommes très stylisés, on dirait même caricaturaux. Ils sont impressionnants par leur attitude hiératique. Certains sont dressés en ligne, d’autres tombés en avant sur le nez ! D’autres enfin sont penchés plus ou moins à bâbord ou à tribord (ce que c’est tout de même de vivre sur un bâteau depuis presque deux mois : même le vocabulaire s’en ressent !).

Bref, une très belle journée qui a tenu ses promesses et au delà. En route maintenant vers trois destinations mythiques elles aussi : Tahiti, Bora Bora et Moorea.

Annie Monville

Le tour du Monde en 114 jours : 10ème escale

21 février 2015

Nous avions laissé nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde dans le port chilien de Valparaiso. Ils y sont restés plus longtemps que prévu : les aléas du voyage !

Lundi 16 février, Valparaiso

Blog159_Fresque3Hier, nous avons été séduits par ces quartiers du haut de la ville ou alternent constructions en dur et en tôle peinte, et où le moindre centimètre carré devient toile de maître et apporte sa couleur et sa joie de vivre à ce dédale de ruelles en pente, moitié Montmartre et moitié favéla. On y trouve notamment la maison (transformée en musée) de Pablo Neruda… C’était dimanche et il y avait donc peu d’animation mais chaque coin de rue est une découverte.

Aujourd’hui nous avons pris un taxi pour Vina del Mar où se trouve la plage avec ses immeubles chics à 15 minutes du port. Nous y avons visité le musée Fonck consacré à l’île de Pâques que nous avons hâte de découvrir le 21.

Le moai du musée Fonck : il n est pas bien grand (2 m), mais c est notre premier, alors quelle émotion !

Le moai du musée Fonck : il n est pas bien grand (2 m), mais c est notre premier, alors quelle émotion !

Le départ, plein ouest pour l’île de Pâques avec quatre jours en pleine mer, était prévu pour ce soir mais au moment d’appareiller, quelque chose clochait dans les moteurs et nous avons donc prolongé notre arrêt à Valparaiso jusqu’au lendemain.

Le théâtre Duse

Le théâtre Duse

Chaque soir, nous profitons dans le bateau d’un spectacle : musique, danse, magie, équilibre…, Les spectacles se déroulent dans le beau théâtre Duse : 600 places sur deux niveaux, avec des séances à 19 h, 20h et 21 heure en fonction de votre heure de diner. On y est bien installé avec une petite table sur laquelle on peut se faire servir une boisson ! Le grand luxe !

La multiplicité des langues européennes empêche bien sur le vrai théâtre et alourdit les explications toujours données en 5 ou 6 langues : anglais, italien, français, espagnol, allemand et parfois portugais ! L’Europe est une tour de Babel : c’est à la fois une richesse et un terrible talon d’Achille…

Annie Monville

Israël contre les Juifs

19 février 2015

AfficheConfStambul_A4coulLe 23 septembre 2013, le Cercle progressiste carnussien avait invité Pierre Stambul à animer une conférence intitulée « La guerre israélo-palestinienne : quelles causes ? Quelle issue ? ». Se décrivant lui-même comme juif, athée et antisioniste (après avoir vécu en Israël), il milite à l’Union juive française pour la paix, sur le site de laquelle il vient de publier le texte suivant que nous reproduisons in extenso car il soulève plusieurs questions intéressantes en cette période où l’on parle beaucoup d’antisémitisme en France…

C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.

On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable.

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Pierre Stambul à Carnoux le 23 septembre 2013

Retour sur un passé récent

L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, considérait que l’acquittement et la réhabilitation de Dreyfus étaient l’objectif de tous ceux qui étaient épris de liberté et refusaient le racisme.

L’histoire des Juifs français a été marquée par leur participation importante à la résistance contre le nazisme et le régime de Vichy, puis par l’engagement de nombre d’entre eux dans des luttes progressistes et/ou anticoloniales. Les intellectuels juifs de cette époque s’appelaient Raymond Aubrac, Marc Bloch, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Stéphane Hessel. C’était une époque où beaucoup de Juifs pensaient que leur propre émancipation passait par celle de tou-te-s. C’était une époque où le racisme, le fascisme et la haine de l’autre étaient considérés comme des abjections à combattre. Les enfants juifs allaient à l’école publique, jamais il ne leur serait venu à l’idée de se séparer des autres dans des écoles confessionnelles.

Stéphane Hessel en 2011 © EPA/H. Villalobos

Stéphane Hessel en 2011 © EPA/H. Villalobos

On s’efforce aujourd’hui en Israël d’effacer l’histoire des Juifs dans les différents pays où ils ont vécu. Si les Juifs ont longtemps été considérés par les antisémites en Europe comme des parias inassimilables et s’ils ont été persécutés parce qu’ils constituaient un obstacle aux nationalismes fous qui rêvaient de sociétés ethniquement pures, ils n’ont jamais recherché la séparation mais au contraire l’insertion à l’intérieur des sociétés dans lesquels ils vivaient.

Une assignation à la désertion

On fait un saut de quelques années. En tête d’une gigantesque manifestation parisienne censée dénoncer le terrorisme, on trouve trois criminels de guerre, Nétanyahou, Lieberman et Bennet qui viennent de s’illustrer dans le massacre de plus de 2000 Palestinien-ne-s (essentiellement des civil-e-s) à Gaza pendant l’été 2014. Profitant de l’émotion causée par l’attentat antisémite de la Porte de Vincennes, Nétanyahou est autorisé (par le gouvernement français) à déclarer aux Juifs français qu’ils sont en insécurité en France et qu’ils doivent partir dans leur « vrai » pays, Israël.

A gauche, le premier ministre israélien en tête de cortège de la marche républicaine à Paris le 11 janvier 2015 © E. Feferberg (AFP)

A gauche, le premier ministre israélien en tête de cortège de la marche républicaine à Paris le 11 janvier 2015 © E. Feferberg (AFP)

En fait, le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme. Il s’en est toujours nourri avec en permanence un seul et unique but : faire immigrer le maximum de Juifs en Israël. Du coup, Nétanyahou n’hésite pas à mettre en danger les Juifs français. Il en fait des étrangers dans leur propre pays, des « touristes » qui n’ont pas compris que leur « patrie » est là-bas. Les Juifs sont sommés d’être des « traîtres » (à la seule et unique cause, celle du Grand Israël de la mer au Jourdain) ou des complices. La France a toujours été un échec pour Israël : à peine 80000 Juifs sont partis depuis 1948 et une moitié est revenue. Alors la propagande se fait assourdissante. Pourtant, s’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.

À « l’alyah » (la montée) des vivants vers Israël, s’ajoute à présent celle des morts. Les autorités israéliennes incitent vivement les Juifs français à faire enterrer leurs proches en Israël. Ainsi les victimes de la tuerie de la porte de Vincennes ont été inhumées au cimetière de Givat Shaul. Ce « quartier » de Jérusalem, c’est l’ancien Deir Yassine, le village martyr de la guerre de 1948 où les milices de l’Irgoun dirigées par Menachem Begin ont massacré toute la population avant que le village ne soit, comme tant d’autres, rayé de la carte. Quel symbole !

Israël à l’avant-garde de l’islamophobie

Les Juifs ont vécu pendant des centaines d’années dans le monde musulman. Ils ont même été accueillis par l’empire ottoman après leur expulsion d’Espagne en 1492. Aujourd’hui, Israël participe à la diabolisation des Arabes et des musulmans en se comportant en élève modèle du « choc des civilisations ». Le racisme anti-arabe et l’islamophobie s’expriment ouvertement, des politiciens en ont fait leur fond de commerce et les passages à l’acte sont fréquents. Les crimes de masse comme à Gaza ou la multiplication des propos racistes (Pour le rabbin Rosen, les Palestiniens sont des Amalécites et la Torah autorise qu’on les tue ainsi que leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux) laisseront des traces. Comment imaginer que ce qui est infligé aux Palestiniens sera sans conséquences ?

Colons israéliens s'attaquant à une vieille femme palestinienne à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Colons israéliens s’attaquant à une vieille femme palestinienne à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

En Israël, des propagandistes rivalisent pour expliquer que les Juifs ont vécu l’enfer dans le monde musulman, masquant le fait que l’antisémitisme a été avant tout une invention européenne et chrétienne. Les Juifs orientaux subissent en Israël des discriminations sociales et un mépris raciste. Ils ont souvent été humiliés et discriminés à leur arrivée. Ils sont coupés de leurs racines et poussés à renier leur identité. L’expulsion des Palestiniens de 1948 est présentée comme un « échange de population » alors que le sionisme est le principal responsable, et de la Nakba, et du départ des Juifs orientaux de leurs pays.

Qu’y a-t-il de juif en Israël ?

Les sionistes ont théorisé l’idée que les Juifs et les non-Juifs ne peuvent pas vivre ensemble. C’est totalement contraire à tout ce qui s’est passé pendant des centaines d’années. Cela va à l’encontre de l’aspiration des Juifs à sortir des ghettos, des mellahs et des juderias pour devenir des citoyens normaux.
Blog158_PhUltraorthodoxesLes Juifs religieux qui émigrent en Israël y rencontreront rarement la religion telle qu’elle a été pratiquée pendant des siècles. Le courant national-religieux s’est imposé. Ce courant intégriste a totalement révisé la religion. Le « peuple élu », ça n’a jamais voulu dire qu’il a plus de droit que les autres mais au contraire qu’il a plus de devoirs. Parmi les préceptes, il y a
« ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « L’an prochain à Jérusalem », ça n’a jamais voulu dire qu’il faut réaliser le nettoyage ethnique en cours, mais « vivement que le Messie vienne ». L’hébreu a toujours été une langue religieuse interdite à l’usage profane. La religion juive est une religion de « l’exil ». L’installation sur cette terre (d’Israël/Palestine) avant l’arrivée du Messie et a fortiori l’établissement d’un Etat juif étaient interdits. D’ailleurs les Juifs expulsés d’Espagne en 1492 ne sont pas allés à Jérusalem. Herzl a rencontré une hostilité quasi unanime des rabbins contre le projet sioniste dès qu’il a été question d’établir un État juif en Palestine.

Pour les Juifs laïques, les valeurs dominantes d’Israël sont à l’antithèse de ce que sont pour eux les valeurs du judaïsme. Où trouve-t-on dans la tradition juive le racisme, le chauvinisme, le militarisme, le négationnisme de l’existence et de la dignité de l’autre ? Qu’y a-t-il de commun entre ce qu’ont représenté les grands intellectuels juifs (Einstein, Freud, Arendt, Kafka, Benjamin …) et les criminels de guerre qui dirigent Israël ? Qu’est devenue en Israël la mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre le fascisme et le colonialisme (Marek Edelman, Abraham Serfaty, Henri Curiel…) ? De quel héritage juif peuvent se prévaloir les colons et les militaires qui justifient à l’avance les violences et les crimes commis contre les Palestiniens ?

Affrontements entre manifestants palestiniens et soldats israéliens en 2013 à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Affrontements entre manifestants palestiniens et soldats israéliens en 2013 à Hébron © N. Shyoukhi (AP)

Comme l’écrit l’historien israélien Shlomo Sand à propos du livre de Yakov Rabkin Comprendre l’État d’Israël, « celui qui voit dans le sionisme une continuation du judaïsme ferait bien de lire ce livre. Mais celui qui croit que l’État d’Israël est un État juif est obligé de le lire ».

Certains Juifs pensent qu’après le génocide nazi, Israël est l’ultime refuge. Au nom de quoi les dirigeants israéliens peuvent-ils brandir partout l’antisémitisme et le souvenir du génocide ? Les sionistes n’ont joué qu’un rôle marginal dans la lutte contre l’antisémitisme et la résistance au nazisme. Certains dirigeants sionistes ont même eu un comportement honteux pendant la montée du fascisme (Ben Gourion avec les accords de Haavara, 1933) et à l’époque de l’extermination (le groupe Stern assassinant des soldats et des dignitaires britanniques). Comment ne pas comprendre que la mémoire du génocide signifie « que cela n’arrive plus jamais » et pas « que cela ne NOUS arrive plus jamais », ce qui correspond à une vision tribale de l’humanité totalement contraire à toutes les formes d’héritage juif.

Refuser l’assignation et la peur, refuser toutes les formes de racisme et de discrimination

Il y a des confrontations qui ont du sens : les luttes contre l’oppression, la domination, le colonialisme, pour l’égalité des droits. On nous vend aujourd’hui une guerre qui n’est pas la nôtre : celle d’un monde dit « civilisé » contre le « terrorisme islamique ». Dans cette « guerre », les musulmans sont considérés comme des terroristes en puissance et sont sommés de « prouver » qu’ils ne sont pas des complices de Daesh. Et les Juifs sont assignés à soutenir sans réserve une politique israélienne criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs.

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Cette fuite en avant criminelle tient par la peur. Ce syndrome assure le consensus à un point tel qu’un négociateur palestinien (le professeur Albert Aghazarian) a pu dire que les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Cette peur irrationnelle a gagné beaucoup de Juifs français.

Dans le contexte du « choc des civilisations », prétexte des dominants pour ensanglanter le monde, il y a en France une montée générale de toutes les formes de racisme. Contrairement à l’image fabriquée par les principaux médias, le racisme frappe essentiellement tous les « dominés », toutes les victimes de l’apartheid social : Arabes, Noirs, Roms. Il prend une nouvelle tournure en se masquant derrière l’islamophobie. Comme il n’est plus politiquement correct de dire « sale arabe », on diabolise l’islam. Il y a aussi une incontestable et détestable montée de l’antisémitisme. Mais les différentes formes de racisme ne sont pas traitées de la même façon.

Les dirigeants israéliens et en France le CRIF, participent activement à la stigmatisation des musulmans. Ils affirment contre toute évidence qu’il n’y a qu’un seul racisme à dénoncer (l’antisémitisme) et qu’on est à la veille d’une nouvelle « nuit de cristal ». Ils font apparaître les Juifs comme ceux que le pouvoir protège alors que l’idéologie sécuritaire, les déclarations des principaux dirigeants et le travail nauséabond de pseudo intellectuels, visent une seule population déclarée dangereuse.

Les stéréotypes antisémites se nourrissent aussi de la complicité du CRIF avec la politique israélienne et de la partialité évidente du pouvoir. À l’heure des confusions, l’indignation légitime contre les crimes israéliens fait monter l’antisémitisme et les quelques paumés attirés par la violence effroyable de Daesh commettent des attentats criminels contre les Juifs parce que Juifs.

La lutte contre le racisme ne peut pas être découpée. Choisir certaines « bonnes » victimes contre d’autres est à l’antithèse du combat antiraciste. La politique israélienne et la négation totale des droits du peuple palestinien ne protègent absolument pas les Juifs. Au contraire. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer le Juif », celui qui pensait que son émancipation passait par celle de l’humanité. Comme le dit le militant israélien anticolonialiste Eitan Bronstein : « nous ne serons jamais libres tant que les Palestiniens ne le seront pas ». En refusant le tribalisme, les Juifs français réaffirmeront une histoire dont ils peuvent être fiers.

C’est tou-te-s ensemble qu’il faut combattre tous les racismes, toutes les stigmatisations, toutes les discriminations. C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

Pierre Stamboul

Le tour du Monde en 114 jours : 9ème escale

18 février 2015

Nos deux globe-trotters en croisière autour du Monde viennent de faire escale dans le port chilien de Valparaiso…

Dimanche 15 février, Valparaiso

Valparaiso, le plus grand port du Chili et la deuxième ville du pays, un immense amphithéâtre naturel ouvert vers l’Océan pacifique : 46 collines, 18 crémaillères et un labyrinthe de rues qui montent et qui descendent, reliées entre elles par des escaliers innombrables. Il se dit que les filles d’ici ont la réputation d’avoir les plus belles jambes du monde : pas étonnant avec toutes ces marches à grimper !

Blog159_PhValparaiso

Le port de Valparaiso, vu du pont 9, près de la piscine, un dimanche après-midi… Le centre, près de l’océan, ne présente guère d’intérêt. Mais dès qu’on s’enfonce dans les ruelles et qu’on monte sur les collines, on est entouré de maisons colorées, très diverses, riches ou pauvres mais toujours très gaies.

Blog159_PhFresque1Blog159_PhFresque2Demain soir nous reprenons le large pour quatre jours en mer, plein ouest en direction de l’île de Pâques. Les communications par internet risquent d’être plus difficiles…

Annie Monville

En Europe, la crise touche aussi les oiseaux !

16 février 2015

C’est une étude scientifique, publiée le 2 novembre 2014 par la revue Ecology letters, qui a tiré la sonnette d’alarme : quelques 421 millions d’oiseaux communs auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années ! Le chiffre a fait le buzz et a été largement repris par les médias, de Libération à Sciences & Avenir, ainsi bien sûr que sur de nombreux sites spécialisés en protection de l’environnement.

Richard Inger, coordinateur de l'étude

Richard Inger, coordinateur de l’étude

L’étude, coordonnée par Richard Inger, de l’université britannique d’Exeter, a porté sur 144 espèces d’oiseaux dont les populations ont été suivies depuis 1980 dans 25 pays européens par des observateurs bénévoles dans le cadre du programme Pan-European Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS), complété par des investigations de Bird Life International sur un échantillon plus large (520 espèces) pour les années 1997 à 2004. Dans les années 1980, le nombre d’individus des 144 espèces examinées était évalué à plus de 2 milliards et ce chiffre a donc diminué de plus de 20 % en trente ans. Les observations ont bien entendu été extrapolées et ce chiffre de 421 millions d’oiseaux qui auraient disparu d’Europe au cours des trente dernières années n’est qu’une estimation, sans doute très en deçà de la réalité puisqu’elle ne porte que sur un nombre très limité d’espèces. On estime en effet à plus de 950 le nombre total d’espèces d’oiseaux vivant en Europe.

Dessin publié par Urtikan.net

Dessin publié par Urtikan.net

Certains comme l’ornithologue Frédéric Jiguet, professeur en biologiste de la conservation au Museum national d’histoire naturelle et coordinateur du programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs), soulignent d’ailleurs que ce chiffre est à relativiser au vu d’autres encore plus effrayants ! Ainsi, il estime que sur ces mêmes trente dernières années, ce sont au total quelques 3 milliards d’oiseaux qui ont été tués par des chasseurs (dont un quart sur le seul territoire français, triste record national…) et sans doute autant qui ont été victimes d’accidents de la circulation, percutés par un véhicule et laissés agonisants au bord de la route. Certaines sources indiquent qu’aux États-Unis, le nombre d’oiseaux tués chaque année par les chats domestiques est aussi de cet ordre de grandeur de 3 milliards ! Mais toutes ces victimes sont souvent des jeunes oisillons inexpérimentés qui ne jouent pas encore de rôle actif dans la reproduction de leur espèce.

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Étourneau sansonnet photo © Alain Fossé

Ceci dit, les résultats publiés par Richard Inger et ses collègues restent très inquiétants, même s’ils ne font que confirmer et surtout aident à quantifier un phénomène bien connu depuis des années. Pour certaines espèces, les populations auraient ainsi diminué de près de 90 % en trente ans, 77 % par exemple pour la tourterelle, 61 % pour le moineau domestique, 58 % pour l’étourneau ou 46 % pour l’alouette des champs…

Les raisons de cette extinction massive qui se fait sous nos yeux, sans même qu’on ne s’en rende compte, sont bien identifiées également. L’agriculture intensive avec ses apports de pesticides qui décime les populations d’insectes (pour lesquels la perte de biomasse est sans doute incomparablement plus importante, mais personne ne l’a encore quantifiée…) : telle est la principale accusée une fois de plus.

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Famille de moineaux prenant son bain photo © France Dumas

Mais de manière plus générale, c’est toute la manière dont nous gérons notre environnement de proximité avec la disparition des haies, l’urbanisation et le bétonnage à outrance, qui sont en cause. « C’est un avertissement qui vaut pour toute la faune européenne. La manière dont nous gérons l’environnement est insoutenable pour nos espèces les plus communes »,  explique d’ailleurs Richard Gregory, de la Société royale britannique pour la protection des oiseaux, qui a co-dirigé l’étude.

Tourterelles des bois

Tourterelles des bois

Curieusement, l’étude montre que ce sont les petits oiseaux les plus communs jadis qui ont subi les plus lourdes pertes, illustrant à quel point il est nécessaire de se préoccuper de préserver la biodiversité la plus ordinaire et pas seulement les derniers éléphants d’Afrique ou les baleines à bosse. Les espèces d’oiseaux plus emblématiques font en effet l’objet depuis plusieurs années de mesures de protection et certaines populations sont de ce fait plutôt en croissance, ce qui au passage est rassurant quant au caractère encore réversible de cette menace. On assisterait même depuis les années 2000 à une certaine stabilité des populations observées, ce qui tend à montrer que les mesures de préservation des habitats naturels pourraient commencer à porter leurs fruits.

Blog160_DessinSignalons au passage qu’une autre étude, réalisée par l’organisation environnementale américaine National Aubudon Society, indique que ce ne sont pas moins de 314 espèces d’oiseaux qui sont menacées par le réchauffement climatique, soit plus de la moitié de celles présentes aux États-Unis et au canada, dont le pygargue mais aussi de nombreuses espèces qui jusqu’alors n’étaient pas considérées comme en danger. Les ornithologues ont ainsi identifié 126 espèces qui risquent de perdre plus de 50 % (voire même jusqu’à 100 % dans certains cas) de leur habitat d’ici à 2050, sans possibilité d’émigrer ailleurs si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Voilà peut-être des arguments qui devraient nourrir la réflexion de nos décideurs politiques pour le prochain sommet planétaire sur le changement climatique organisé à Paris à la fin de cette année…

L. V. LutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 8ème escale

15 février 2015

Des nouvelles de nos deux globe-trotters qui, à bord du Costa Deliziosa, longent désormais les côtes chiliennes plein nord en direction de Valparaiso.

Jeudi 12 février, Puerto Montt

Hier, le temps était toujours gris et menaçant. Le capitaine, Francesco Serra, a estimé que le débarquement en chaloupes était périlleux et il a décidé d’annuler l’escale de Puerto Chacabuco. Nous avons donc poursuivi notre route très lentement vers Puerto Montt, toujours au Chili, que nous avons atteint ce matin.

Il fait meilleur, et nous aurons même une très belle journée, la première depuis les environs du Cap Horn. Une excursion en taxi, organisée avec un couple venant de Normandie, nous revient deux fois moins cher que le coût de l’excursion Costa qui, de plus, nous oblige à la promiscuité pas toujours agréable avec 45 personnes !

Au Chili, le volcan Osorno, au nord de Puerto Montt

Au Chili, le volcan Osorno, au nord de Puerto Montt

Elle nous mène à travers un paysage verdoyant vers la ville de Puerto Varas, au bord du lac de Llanquihue et au pied de trois merveilleux volcans. Osorno ressemble comme deux gouttes de lave au Fuji Yama. Cal uno est moins enneigé et Puntiagudo encore plus aigu comme son nom l’indique ! Ces trois volcans dépassent les 2000 mètres d’altitude. Arrêt au bord d’un torrent qui abrite des truites superbes. Bref, une très belle journée ou nous admirons une nature exubérante avec retour au bateau vers 17 h.

Blog159_PhMerVendredi 13 février, en mer

Une journée passée en mer en direction de Valparaiso où nous devrions arriver le 14 au soir, pour y rester jusqu’au 16 au soir avant d’appareiller ensuite plein ouest vers l’île de Pâques. Nous sommes en plein Pacifique et la mer est un peu rude aujourd’hui mais il fait un soleil radieux !

Annie Monville

Traités de libre-échange avec le Canada et les USA : les élus s’inquiètent…

14 février 2015

Les médias ne s’en font pas beaucoup l’écho mais les négociations commerciales avec le Canada et les USA se poursuivent, malgré les fortes inquiétudes qu’elles suscitent dans les milieux altermondialistes et que nous avions déjà évoqué sur ce blog. Longtemps ignorés par la classe politique, voici que les parlementaires français commencent enfin à s’en préoccuper alors que de nombreux élus locaux ont déjà déclaré leur collectivité hors TAFTA (c’est le cas notamment de la Région PACA, du département de Vaucluse ou des communes de Martigues et de Gardanne). Le TAFTA ou transatlantic free tax agreement, c’est ce traité de libre échange en cours de négociation depuis juillet 2013 entre l’Union européenne et les États-Unis, tandis que le CETA (comprehensive economic trade agreement) a été négocié avec le Canada et signé le 26 septembre 2014, mais reste à ratifier par les états membres concernés.

Blog155_DessinAinsi que l’a rapporté notamment la Gazette des communes mais aussi plusieurs collectifs citoyens de veille, le Sénat, pourtant dominé par des élus plutôt conservateurs et libéraux, a en effet adopté à l’unanimité le 3 janvier 2015 et un peu à la surprise générale, une résolution européenne assez critique sur les deux accords en cours de négociation, après avoir enfin pris connaissance des 1634 pages du projet d’accord de libre-échange conclu avec le Canada .

Concernant cet accord CETA, la position du Sénat est assez gênante car l’Union européenne considère que les négociations sont achevées depuis octobre 2013 et qu’il ne reste plus aux États qu’à ratifier le texte sans broncher. C’est d’ailleurs justement là que le bât blesse car les parlementaires français auraient souhaité être davantage associés aux tractations qui se sont faites de manière relativement opaque !

Les critiques principales mises en avant dans cette résolution sont précisément celles que soulèvent depuis des années les opposants à ce type d’accord, à savoir la possibilité offerte aux entreprises multinationales de recourir à des tribunaux arbitraux privés pour attaquer les mesures environnementales, sociales ou sanitaires ainsi que les normes nationales instaurées par chaque État. Sur ce point, les sénateurs ont d’ailleurs reçu un soutien appuyé de la part du gouvernement français en la personne du secrétaire d’État au commerce extérieur, Matthias Feckl, qui leur a déclaré « Vous demandez un renforcement de la transparence, une association plus étroite du Parlement, un contrôle démocratique effectif, ainsi que l’invention de nouveaux mécanismes de règlement des différends entre les investisseurs et les États. Le gouvernement partage le même état d’esprit et la même détermination à avancer ».

Blog155_DessinTaftaLe mécanisme de règlement des différents entre investisseurs et État constitue la pierre d’achoppement principale aux yeux des parlementaires français. Le fait de recourir pour cela à des tribunaux privés devant lesquels les multinationales pourront remettre en cause toute législation protégeant les citoyens ou l’environnement au détriment de leurs propres intérêts, revient en réalité à soumettre nos choix politiques souverains au bon vouloir des entrepreneurs privés et constitue une atteinte grave à la démocratie. L’exemple que tout le monde a en tête est celui de la fracturation hydraulique, désormais interdite en France, ce qui pourrait amener les sociétés pétrolières disposant de permis d’exploration de gaz de schiste à réclamer à l’État des indemnités de l’ordre de 1 milliard d’euros, une paille !

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Matthias Fekl © Vincent Isore/IP3 press/MaxPPP

Là encore, le soutien du gouvernement exprimé par la voix de M. Feckl est total : « Votre préoccupation de garantir notre capacité à protéger l’intérêt public dans des domaines aussi divers que les services publics, la santé, la sécurité, l’environnement, l’alimentation ou la fiscalité est légitime, et je la partage pleinement. Je le dis devant le Sénat : il n’est pas acceptable que des juridictions privées, saisies par des entreprises multinationales, puissent remettre en cause des décisions démocratiques d’États souverains ».

Les sénateurs préconisent assez logiquement de privilégier plutôt le recours à des mécanismes d’arbitrage inter-étatiques comme ceux qui fonctionnent déjà au sein de l’OMC. Pas sûr cependant qu’ils soient entendus (même si, sur ce point, France et Allemagne sont en phase), car plusieurs États font pression sur l’Union européenne pour empêcher toute réouverture des négociations avec le Canada.

Blog155_DessinPoisson

Quant à l’accord en cours de discussion avec les État-Unis, le fameux TAFTA, les sénateurs réclament là aussi une certaine vigilance pour éviter d’y introduire ce type de recours, tout en poussant néanmoins à une avancée des négociations car les relations sont actuellement très déséquilibrées : les entreprises américaines peuvent dès à présent postuler à 85 % des appels d’offre européens alors que les opérateurs européens n’ont accès qu’à moins d’un tiers des marchés publics américains !

Signalons d’ailleurs que cette inquiétude du Sénat français quant au contenu des discussions en cours dans le cadre du mandat de négociation de juin 2013, n’est pas isolée. Elle a été notamment relayée par le Comité européen des régions, une instance consultative chargée justement d’associer les collectivités locales et territoriales ainsi que les populations qu’elles représentent au processus décisionnel de l’Union européenne.

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Cécilia Malmström, commissaire européenne en charge des négociations du TAFTA

Au point que la commissaire européenne chargée des négociations avec les USA, Cécilia Malmström est venue en personne à la session plénière de ce comité, le 12 février dernier, pour tenter de le rassurer quant à la transparence des négociations et à la prise en compte des intérêts des collectivités territoriales, concernant en particulier le respect de l’autonomie des services publics ou encore des normes et des valeurs européennes. Manifestement, elle n’a pas réussi à convaincre tout le monde, d’autant qu’elle n’a rien lâché quant à une éventuelle association de ce comité aux négociations, arguant de leur haut niveau de confidentialité, alors que la liste des points objet de discussion est longue et concerne directement les compétences des collectivités territoriales : fourniture d’eau et d’énergie, élimination des déchets et des eaux usées, services publics de santé et de protection sociale, services de secours, éducation préscolaire, éducation et enseignement supérieur, formation des adultes, formation continue, transports publics locaux, logement, aménagement et développement urbain. Encore une fois, l’Europe a bien du mal à accepter d’intégrer les citoyens et leurs représentants élus dans ses mécanismes décisionnels…

L. V.  LutinVertPetit

Le tour du Monde en 114 jours : 7ème escale

12 février 2015

Et voilà des nouvelles de nos deux globe-trotters partis en croisière autour du monde par l’hémisphère austral, et qui voguent actuellement au large des côtes chiliennes après avoir doublé le mythique Cap Horn.

Blog157_PhPingouinsDimanche 8 février, Punta Arenas

Punta Arenas : petite ville chilienne perdue au fond de ce pays improbable qui va des terres glacées aux régions subtropicales. Nous y voyons quelques pingouins de Magellan, des boutiques qui vendent des lainages acryliques dont je soupçonne qu’ils viennent de Chine… En somme, pas grand chose à voir et à faire…

Deux jours de mer nous amèneront à Puerto Chacabuco en traversant des fjords étroits et en admirant, entre autres, le glacier Amalia. Dommage que le temps se soit bien dégradé depuis 3 jours ! On ne voit que du gris, tant dans le ciel que sur le Pacifique qui ne mérite guère son nom, car la mer est forte et beaucoup de gens sont, nous dit-on, couchés dans leur cabine ! Pour nous, nous avons le pied marin et continuons sans problèmes nos activités diverses.

Annie Monville

Lundi 9 février, en mer

Nous sommes sortis du détroit de Magellan, en provenance de Punta Arenas que nous avons quitté hier soir, en tournant plein nord dans le Pacifique. Nous nous sommes réveillés vers 7h30 : temps très gris, douche, beauté, puis direction le grand restaurant du pont 2. Petit-déjeuner maîtrise : jus d’orange, café, jambon, tomate, ananas, yaourt, pruneaux, croissant, beurre, les œufs sous toutes les formes, les saucisses, le bacon et autre charcuterie, les pains, les autres viennoiseries, les crèmes, les confitures, le miel, les fromages, corn flakes divers et variés, sans oublier les fruits crus ou cuits… ce sera pour une autre fois !

La salle centrale appelée l'Atrium

La salle centrale appelée l’Atrium

Puis ballade sur le pont extérieur 3, pour nous situer un peu. Il règne une certaine fraîcheur. Nous sommes en train d’entrer dans un fjord pour atteindre le glacier Amalia, que nous connaissons d’un précédent voyage. Il est prévu de l’atteindre vers 15h30. Il est 9h30. Nous nous séparons : Annie vers la bibliothèque suivie de la piscine couverte du pont 9, moi vers l’infirmerie pour finir de guérir une petite trachéite due à la climatisation ( petite épidémie sur le bateau), grâce à une piqure administrée par une charmante infirmière. A 10h30 je rejoins Annie à la piscine… et j’y fais un Sudoku, que je rate d’ailleurs, en attendant l’heure d’aller faire notre Trivia des jours de mer.

11h15 : c’est l’heure du Trivia au grand bar Mirabilis du pont 2. Nous rejoignons Antonella, notre copine italienne qui joue avec nous dans l’équipe que nous avons appelée « Italo-Francese ». Il y a une douzaine d’équipes qui jouent à tour de rôle en lançant un dé, le résultat donnant le thème de la question. Après une bonne réponse, le nombre de points acquis est tiré au dé. Ce jeu se terminera à Valparaiso. Pour l’instant nous sommes en milieu de peloton !

Après un passage à notre cabine pour se refaire une petite beauté nous filons au self du pont 9 où nous nous invitons à la table d’un couple de Marseillais très sympa et mangeons chichement une belle tranche de saumon avec assortiment de légumes, puis des profiteroles, le tout arrosé d’un verre de vin blanc et d’un verre d’eau. Je ne vous décrirai pas ce que nous aurions pu choisir d’autre !!!

Le glacier Amalia

Le glacier Amalia

Bavardage jusqu’à 14h, puis passage par la cabine pour se munir de foulards, grosses vestes, appareils photos, jumelles et à nous le glacier Amalia qui s’annonce dans le lointain. Nous avons regardé l’approche depuis le pont 11 panoramique. Magnifique glacier muni d’une langue bleue tombant dans la mer. Le temps gris n’est pas arrivé à éteindre la beauté de cette merveille de la nature. Avec du soleil comme nous l’avions vu précédemment, c’est féerique !

Retour a la cabine pour nous préparer pour le spectacle du soir qui commence à 19 h au théâtre des ponts 2 et 3. Le spectacle : MUSIC, une comédie musicale avec les chanteurs Karin Kovacova et Miles Hartman et les merveilleux danseurs Afro Arinta. Six danseuses et quatre danseurs très dynamiques, à la plastique parfaite, de bons chanteurs, des chansons de James Bond comme Goldfinger (les filles en collants dorés !) ou la Vie en rose, des airs italiens ou américains très connus, bref un bon spectacle.

Le Restaurant Albatros

Le Restaurant Albatros

Nous en sortons à 20 h pour aller à l’autre extrémité du bateau, au restaurant Albatros pour y manger à nos places réservées pour toute la croisière. Normalement, nous avons deux voisins, mais ce soir un seul est venu, Émile, un Suisse qui a travaillé toute sa vie dans la haute couture, dont 26 ans au Japon ! L’autre, Jean-Claude, malade, est resté au lit. Personnages sympathiques, diserts et intéressants, des convives très agréables. Au repas, une soupe de poisson, un plat végétarien, une glace et un verre de blanc. Nous nous surveillons : je ne vous parlerai donc pas du menu, inutile de vous mettre l’eau à la bouche.

A 22 h, après avoir écouté un peu de musique en passant, nous nous orientons vers notre cabine pour une nuit réparatrice, en laissant la place aux danseurs infatigables.


Mardi 10 février, en mer

Aujourd’hui, nous poursuivons notre route en direction de Puerto Chacabuco que nous atteindrons demain matin. Après le déjeuner nous zigzaguons au milieu d’îles. On aperçoit des orques et des dauphins, mais d’un peu loin. J’ai rendez-vous avec un partenaire pour jouer aux échecs à 14h30 au pont 2. La vie (agréable) suit son cours…

Robert San-Nicolas

Réduction de la consommation française de pesticides : c’est raté !

10 février 2015

Lancé à grands renforts de communication en 2008 à l’issue du Grenelle de l’Environnement, le plan Ecophyto, piloté par le ministère de l’agriculture, devait révolutionner la pratique française en matière d’utilisation des pesticides. L’objectif était ambitieux puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que de réduire de 50 % d’ici à 2018 la consommation de pesticides en France alors que nous sommes un des principaux utilisateurs mondiaux et le premier en Europe.

Blog151_PhEpandage

A trois ans de cette échéance, patatras ! Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, vient de reconnaître qu’on est bien loin du compte : entre 2009 et 2013, la consommation de pesticides a en réalité augmenté de 5 % en moyenne, et même de 9,2 % entre 2012 et 2013 : un véritable fiasco ! A se demander si les agriculteurs ont seulement entendu les consignes de ce plan ? D’ailleurs le président de la FNSEA, l’agro-businessman Xavier Beulin, ne s’émeut pas le moins du monde de ce petit dérapage : face à la concurrence mondiale et aux intempéries de ces dernières années, il faut bien mettre la dose et tant pis pour les dégâts collatéraux sur la santé humaine et sur notre environnement…

Préparation de l’herbicide Lasso, vendu par Monsanto et interdit en France en 2007 à cause de sa toxicité

Préparation de l’herbicide Lasso, vendu par Monsanto et interdit en France en 2007 à cause de sa toxicité

D’ailleurs les lobbies agricoles ne sont pas prêts à désarmer comme le montre le vote récent du Sénat qui le 4 février dernier vient de rejeter à une majorité écrasante une résolution proposant de prolonger le moratoire décrété en 2013 sur l’utilisation des néocorticoïdes, une famille d’insecticides qui décime les colonies d’abeilles. Les apiculteurs ont beau hurler sur tous les tons que la production de miel est en chute libre et que les abeilles sont désormais gravement menacés, rien n’y fait…

Alors certes, le ministre de l’agriculture vante les mérites de l’agro-écologie et propose de généraliser le retour à l’assolement des cultures, mais le fait de repousser de plusieurs années l’objectif affiché en 2008 de réduire un jour la consommation de pesticides n’est pas un signal très encourageant alors que les dangers de ces substances qui polluent l’air, l’eau et les sols, avec des répercussions de mieux en mieux connues sur la santé humaine, ne font plus aucun doute pour personne.

Pour tenter de sauver la face, le ministère essaie de mettre en avant son réseau Dephy de 2000 exploitations agricoles modèles qui, elles, ont effectivement vu leur consommation de pesticides baisser de 12 % en 2013, ce qui prouve bien que l’objectif n’est pas si farfelu que l’affirment les tenants de l’agro-industrie. DEPHY : l’acronyme est à la hauteur de l’imagination des petites mains du ministère et signifie tout simplement « démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en produits phytosanitaires ». Effectivement, cela ne s’invente pas mais l’idée n’est pas inintéressante puisqu’il s’agit de s’appuyer sur ce réseau d’exploitants motivés afin d’y tester des procédés et du matériel permettant de réelles économies dans les dosages déversés chaque jour dans le sol et les nappes phréatiques.

Blog151_PhEpandage2Ce nouveau plan Ecophyto 2, dont les ambitions ont donc été largement revues à la baisse, s’appuie principalement sur les propositions issues d’un rapport parlementaire remis en décembre 2014 par le député PS de Meurte-et-Moselle, Dominique Potier, par ailleurs agriculteur bio. Outre le développement des fermes du réseau Dephy en espérant qu’elles essaiment et fassent des émules, ces propositions insistent notamment sur l’implication des fournisseurs de produits phytosanitaires qui seront incités à conseiller leurs clients pour limiter leurs consommation, quitte à augmenter les prix pour compenser leur manque à gagner. Pas sûr que la démarche soit bien comprise dans un monde agricole habitué depuis des années à traiter de manière préventive, les produits phytosanitaires faisant office de garantie contre les pertes de récolte.

Un système de certificats d’économie de produits phytosanitaires est ainsi imaginé pour pousser les exploitants à réduire leur consommation contre incitation financière, à croire que le monde agricole n’a plus aucune notion de son impact sur l’environnement et ne raisonne plus que comme un vulgaire trader !

L. V. LutinVert

Le tour du Monde en 114 jours : 6ème escale

8 février 2015

Nos deux globe-trotters en route pour le tour du Monde viennent de nous envoyer des nouvelles. Après leur escale à Buenos Aires, ils viennent de doubler le Cap Horn et accostent au Chili. La suite au prochain épisode…

Vendredi 30 janvier, Montevideo

Le Costa Deliziosa dans le port de Montevideo

Le Costa Deliziosa dans le port de Montevideo

Aujourd’hui, le bateau fait escale à Montevideo, capitale de l’Uruguay. C’est une petite ville jardin (un arbre pour 3 habitants nous dit le guide !) dont nous avons admiré la belle promenade du front de mer. A part ça, pas grand chose à y faire… Une pensée pour Jacques Médecin, ancien maire de Nice qui s’y était réfugié pour fuir la justice française et jouir des millions d’argent public soustraits aux Niçois !

Dimanche 1er février, Puerto Madryn

Nous achevons le mois de janvier en mer et c’est le 1er février que nous abordons Puerto Madryn, situé en Argentine. Surprenante histoire que celle de ce petit port fondé au XIXe siècle par 100 Gallois qui, jusqu’à aujourd’hui  parlent encore leur langue d’origine, une des langues les plus difficiles au monde, et ils continuent à l’enseigner dans plusieurs écoles !

Puerto Madryn (Argentine) : une cote très sèche avec, au pied des falaises, des colonies de lions de mer

Puerto Madryn (Argentine) : une cote très sèche avec, au pied des falaises, des colonies de lions de mer

Il fait beau. La côte abrite des colonies de lions de mer encore appelés otaries à fourrure. La femelle, petite, est une otarie alors que le mâle, massif, arbore une crinière de longs poils autour du cou. Nous assistons à la tonte de brebis mérinos dont la laine peut faire 10 cm d’épaisseur. Ce sont des animaux placides, très gros, dont la race a été améliorée grâce à l’insémination artificielle avec du sperme venu d’Australie ou de Nouvelle Zélande.

Mercredi 4 février, Cap Horn

C’est le 4 février que nous passons le Cap Horn, cap mythique qui, avec Lewen et Bonne Espérance forment les 3 caps notables de l’hémisphère austral.

Le passage au large du Cap Horn avec une mer assez calme

Le passage au large du Cap Horn avec une mer assez calme

La mer est assez calme, le ciel nuageux et tout le monde, groupé à tribord sur le pont n° 3, darde ses jumelles vers cette petite île en forme de croissant de lune qui est considérée comme le point le plus au sud du continent américain. Un phare y a été bâti, dont s’occupe un gardien qui y vit seul ou en famille et qu’on relève une fois par an. Ça fait froid dans le dos d’imaginer la solitude de ce type ! Heureusement qu’il a quelques bateaux pleins de croisiéristes européens et américains qui passent de temps en temps et qu’il peut examiner à la jumelle !

Glacier le long de la côte chilienne

Glacier le long de la côte chilienne

Le long de la côte chilienne, nous apercevons de magnifiques fjords et glaciers. La lumière n’est malheureusement pas exceptionnelle. Par beau soleil, les anfractuosités de la glace sont d’un bleu presque irréel…

Vendredi 6 février, Ushuaia

Au centre ville d'Ushuaia, le monument à Evita Peron

Au centre ville d’Ushuaia, le monument à Evita Peron

Nous passons les 5 et 6 février à Ushuaia, capitale de la Terre de feu, à l’extrémité sud de l’Argentine. Ushuaia veut dire, dans la langue des indiens Onas, la baie qui s’ouvre vers l’ouest. La ville que nous avions déjà vue il y a environ 10 ans, s’est beaucoup agrandie et des bâtiments modernes et imposants ont remplacé les petites maisons de bois que j’avais gardées en souvenir.

Sur le port, des panneaux vengeurs rappellent que les Malouines (Malvinas) sont argentines et qu’elles ont été volées en 1833 par ces « maudits anglais »… On sent que cette affaire est comme une épine dans leur chair et ils tenteraient un de ces jours de récupérer Port Stanley que je n’en serais pas étonnée !

Une balade en catamaran nous permet d’aller voir une île pleine de pingouins de Magellan (petite espèce) avec les bébés qui ont encore leur duvet…

Dans la cabine nous avons la télé et suivons bien entendu ce qui se passe en Europe et en France. Nous sommes assez inquiets et craignons de voir venir une nouvelle période de guerre froide…

Annie Monville

Recherche universitaire : vers la désexcellence ?

7 février 2015

Blog153_PhExcellence« Au royaume des slogans de l’époque, voici la nouvelle tromperie : il faut être excellent. Pour réussir dans tous les secteurs de la vie, pour briller en société, un seul objectif : devenir le meilleur. On est en pleine héroïsation de l’individu. De tous ? Mais parvenir au rang de « héros » en reconnaissance de services rendus est forcément réservé à quelques uns : les gagnants, les astucieux, les débrouillards. Ce principe fallacieux s’applique déjà à la recherche, l’enseignement, l’administration et aux services publics. Sous quelles formes ? Avec quels bénéfices ? Que signifie pour la dignité humaine de ne pas être excellent ? Et tous les secteurs de notre vie sont potentiellement visés par la charge déshumanisante de la course effrénée à la performance. »

Décrire et dénoncer les risques de l’« excellence » qui « exprime le dépassement de soi et des autres, l’accroissement continu des performances, la réussite dans un monde où seuls les plus forts seraient appelés à survivre », tel est l’ambition de cette charte de la désexcellence que viennent de publier une série d’enseignants-chercheurs de l’université libre de Bruxelles (CharteDesexcellence).

L'Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l'Excellence ?

L’Université libre de Bruxelles, haut-lieu de l’Excellence ?

L’initiative est intéressante qui met en garde contre les excès de ce mantra incantatoire mis en avant par la pensée néolibérale et les pratiques managériales depuis les années 1980 : la recherche à tout prix de l’excellence a certes des vertus en matière d’émulation et d’amélioration de la productivité, mais ses effets pervers ne doivent pas être non plus sous-estimés, liées à l’hyper-compétition, à la dévalorisation de certains savoirs, au primat de l’évaluation selon des critères strictement économiques et au triomphe de la communication et du faire savoir sur le savoir-être et le savoir-faire.

Blog153_PhRechercheLongtemps abrité de cette épidémie qui a d’abord contaminé le monde de l’entreprise, le milieu universitaire de l’enseignement supérieur et de la recherche se retrouve confronté à cette nouvelle doxa, dans la foulée des accords de Bologne, qui ont consacré la mise en compétition des universités européennes. Du coup les impératifs de recherche et de formation tendent à devenir secondaires face à d’autres préoccupations qui consistent à «  soigner son image de marque, transformer son institution en machine de guerre capable d’absorber les meilleurs crédits, les meilleurs enseignants-chercheurs, le plus grand nombre d’étudiants, et renforcer son positionnement sur les scènes nationales et internationales ».

Blog153_DessinChercheurC’est ce que dénoncent avec beaucoup de conviction ces enseignants-chercheurs qui constatent que ces « indicateurs d’excellence » qui se sont multipliés masquent en réalité une baisse de la qualité du travail universitaire, qui se traduit par un « formatage des champs et des objets de recherche, la multiplication des résultats invalides et des fraudes, un manque de recul et d’esprit critique, la construction d’une relation marchande à l’apprentissage, la substitution des savoirs instrumentaux aux connaissances et à la réflexion, etc ».

Cette réflexion les amène à appeler, non sans ironie, à la « désexcellence » ! Il s’agit ni plus ni moins que de s’opposer « au dévoiement actuel des universités » en invitant à se préoccuper de la qualité effective du travail comme le ferait un artisan soucieux de donner un sens à ce qu’il conçoit ou fabrique. Cette démarche met aussi en avant un recentrage sur des valeurs telles que le partage, le désintéressement, l’honnêteté intellectuelle, la solidarité, des notions qui paraissent souvent bien éloigné du monde actuel de la recherche universitaire où chacun piétine allégrement son voisin et la déontologie pour essayer d’émerger dans ce qui ressemble de plus en plus à une jungle où tous les coups semblent permis.Blog153_DessinShadock

Les auteurs de la charte en ont d’ailleurs tellement conscience qu’ils conseillent un usage très prudent de leur propre manifeste pour tendre vers « une université de service public, démocratique et accessible » : seuls les professionnels disposant d’une réelle marge de manœuvre sont invités à s’emparer de cette charte, ce qui en dit long sur la précarité d’une grande partie des chercheurs actuels !

S.J.

Exploration pétrolière au large des calanques : embrouille en perspective…

4 février 2015

En France comme partout dans le monde, environnement et prospection pétrolière font rarement bon ménage. On se souvient de la mésaventure de la sénatrice de Seine-et-Marne, Nicole Bricq : nommée le 16 mai 2012 ministre de l’écologie et de l’énergie, elle suspend le 13 juin les permis d’exploration d’hydrocarbure au large de la Guyane et moins d’une semaine plus tard elle est démise de ses fonctions ! Espérons que Ségolène Royale ne subira pas le même sort, elle qui se retrouve avec sur les bras un autre dossier tout aussi explosif à gérer et qui cette fois concerne notre environnement immédiat comme l’a évoqué La Provence dans son édition du 30 janvier 2015.

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Navire de forage utilisé au large de la Guyane

Pour essayer d’y voir un peu clair dans ce dossier complexe, un petit retour en arrière s’impose. Il faut pour cela remonter jusqu’au 31 août 2000, date à laquelle la société britannique TGS-NOPEK obtient une autorisation de prospection préalable en Méditerranée pour la recherche de pétrole et de gaz. La piste s’avérant prometteuse, elle obtient le 29 octobre 2002 un permis exclusif de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux, dénommé « Rhône maritime », portant sur une superficie de 25 000 km2 et délivré pour une période de 3 ans.

En juillet 2005, la société titulaire du permis fait une première demande de prolongation de ce permis pour une période de 5 ans, sur une superficie réduite de moitié par rapport au périmètre initial, et demande son transfert à une autre société, Melrose Mediterranean Limited (MML), dont le siège est à Edimbourg. Ceci lui est accordé par un arrêté en date du 11 octobre 2006, qui prolonge la durée du permis d’exploration jusqu’au 19 novembre 2010.

Emplacement du permis d'explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

Emplacement du permis d’explorer (carte publiée dans Les Echos le 26 janvier 2012)

En juillet 2010, la société MML prend les devants et adresse au ministère de l’écologie une seconde demande de prolongation pour une nouvelle durée de 5 ans, comme le Code minier le prévoit expressément sans nouvelle mise en concurrence, à condition de justifier de réels investissements de recherche. Cette fois encore, le périmètre est réduit et porte désormais sur une surface de 9 375 km2, s’étendant au large des Bouches-du-Rhône et du Var. L’objectif est alors de poursuivre l’exploration par une campagne de prospection sismique 2D jusqu’en février 2011 puis d’affiner les recherche par de la sismique 3D sur un périmètre plus restreint de 500 km2 et de lancer alors un premier forage exploratoire avant de demander le transfert du permis à la société texane Noble Energy France. A l’époque, plusieurs autres permis d’explorer ont été accordés pour la recherche de gaz de schiste en Ardèche et certains imaginent déjà une relance de l’industrie pétrochimique de l’étang de Berre grâce à une exploitation off shore en Méditerranée à faible distance des côtes

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010

Mais là, les choses se corsent. Car entre temps le paysage a changé. D’abord, l’opinion publique a été marquée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le 20 avril 2010, dans le golfe du Mexique, provoquant la pire catastrophe écologique qu’aient connue les États-Unis. Ensuite, le 20 juin 2010, Guy Tessier présente au ministre de l’écologie d’alors, Jean-Louis Borloo, le projet de parc national des calanques qui vient de ressortir des cartons. Difficile dans ces conditions d’accorder un permis d’exploration à quelques encablures du futur parc national…

Melrose obtiendra pourtant une autorisation préfectorale pour procéder à des campagnes d’investigation géophysique. En 2011, plusieurs élus locaux s’inquiètent de ce projet qui se traduirait par la réalisation d’un premier puits d’exploration à 2 500 m de profondeur, au risque de créer des dégâts sur la richesse des fonds sous-marins que le parc national des calanques, alors en gestation, vise justement à préserver, ceci dans une zone par ailleurs soumise à risque sismique, en bordure du parc national de Port-Cros et de la zone Pelagos de protection des cétacés de Méditerranée.

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

Dauphin dans le sanctuaire de Pelagos

En 2012, le sujet s’invite dans la campagne présidentielle et le candidat Nicolas Sarkozy affirme lors d’un meeting électoral, quelques jours avant l’inauguration du parc national des calanques, qu’il « n’accepta pas de forage pétrolier devant les calanques, parce que la Méditerranée c’est le cœur de notre identité », alors que dans le même temps sa nouvelle ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, joue la montre en s’abstenant de répondre à la demande de prolongation formulée par MML… En juin 2012, c’est Delphine Batho qui reprend le dossier et qui confirme officiellement l’opposition du gouvernement à la prolongation du permis d’explorer.

Son argumentation juridique pour rejeter cette demande ne manque pas d’habileté comme l’explique sur son blog le spécialiste en droit de l’environnement Sébastien Mabille. Elle s’appuie sur la loi du 15 avril 2003 qui a créé une « zone de protection écologique », instituée pour lutter contre les dégazages sauvages de pétroliers indélicats et qui est devenue effective au 11 janvier 2004. Dans cette zone, les activités sont restreintes et l’État français considère que la recherche minière n’en fait pas partie, ainsi qu’il l’a précisé par voie d’ordonnance en date du 20 janvier 2011. Le permis initial étant considéré comme illicite, il n’a pas à être prolongé : « circulez, il n’y a rien à voir… ».

Accident de Deepwater Horizon

Accident de Deepwater Horizon

Mais la société Melrose, qui depuis a été rachetée par Petroceltic dont le siège est en Irlande, ne l’entend pas de cette oreille et attaque la décision par une requête en annulation déposée le 10 août 2012 devant le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Et là, patatras, le bel édifice juridique s’effondre ! Le 20 février 2014, le juge des référés donne tort à l’État en estimant qu’il existe un sérieux doute sur la légalité de sa décision. Il faut dire que le projet de loi de ratification de l’ordonnance du 20 janvier 2011 qui modifiait fort opportunément le Code minier n’a jamais été adopté par le Parlement. Du coup, la valeur de cette disposition n’est que réglementaire et ne peut se substituer à la partie législative du Code minier qui régit les activités de recherche de substances en mer. De surcroît, le juge considère que le seul fait d’avoir créé ces zones de protection écologique ne signifie pas que l’État renonce de facto à toute exploitation de ressource minérale sur son plateau continental.

Le coup est rude pour le ministère de l’écologie qui se pourvoit devant le Conseil d’État. Mais celui-ci rend son verdict le 19 décembre 2014 et confirme totalement l’interprétation juridique du Tribunal administratif. Ce sont les associations de protection de l’environnement et notamment le collectif Objectif transition qui ont rapporté cette décision en tout début d’année, information largement relayée ensuite par différents médias dont Marsactu, le Canard enchaîné et le Huffington post. Nul doute que le ministère de l’écologie ne doit pas se sentir très pressé désormais pour statuer mais il n’a plus guère le choix et il devra rapidement (dans un délai de deux mois) réinscrire le permis d’explorer de MML dans la liste des autorisations valides.

calanqueTout indique donc que les activités d’exploration par voie sismique vont reprendre très prochainement à proximité de nos côtes car plus de 9 millions d’euros ont déjà été dépensés dans ces investigations depuis 2002 et que les opérateurs pétroliers tiennent à rentabiliser leur investissement. Le seul espoir désormais de freiner ce projet réside dans la baisse vertigineuse du prix du baril de pétrole qui a été observée ces derniers mois et qui ne peut qu’amoindrir l’intérêt économique de telles prospections, mais une telle baisse ne peut être que conjoncturelle. On n’a donc certainement pas fini d’entendre parler de ce projet….

L. V.  LutinVertPetit

Vers une économie dominée par le « low cost » ?

3 février 2015

Tout le monde a entendu parler de ces produits « low cost », vendus à bas coût pour une qualité de service minimale et qui sont en train de prendre le dessus dans notre société de consommation moderne. Aubaine pour notre pouvoir d’achat ou menace supplémentaire de précarisation, la question mérite d’être posée, comme le fait Jérôme Citron dans une réflexion dont voici quelques extraits :

De nouvelle habitudes de consommation

Les promesses du low cost interpellent, séduisent et finissent par conquérir les consommateurs à l’affût des «bonnes affaires». Grâce à internet, comparer les offres et les services est devenu un sport national pratiqué par des millions de Français depuis leur salon.

Blog154_PhElectromenagerLes habitudes des clients ont changé : ils flânaient dans les super et les hypermarchés, faire ses courses était une sortie, un moment de plaisir. Aujourd’hui, ils recherchent avant tout un service rapide et les prix les plus bas. Lorsqu’ils ont un achat important à faire, ils se tournent vers internet. Il n’y a plus de produits électroménagers ni de vendeurs spécialisés dans nos magasins,

Toutes les entreprises traditionnelles tentent de faire face à la révolution du bas coût. L’expérience des compagnies aériennes a servi de leçon. Persuadées de leur suprématie en Europe, Air France, Lufthansa et British Airways ont d’abord regardé de haut l’arrivée d’Easyjet ou de Ryanair avant de prendre conscience de l’ampleur du phénomène. Ces compagnies réagissent et ripostent aujourd’hui, mais ces icônes nationales n’ont jamais été aussi fragiles, et l’avenir de leurs salariés aussi incertain.

Blog154_PhEtiquette

La guerre des prix déclenchée par les entreprises low cost depuis le début des années 2000 a peu à peu gagné l’ensemble de l’économie. Il est de plus en plus difficile aujourd’hui d’établir une frontière claire entre les entreprises dites low cost et les autres. Beaucoup de ces nouvelles marques appartiennent en fait à des groupes traditionnels. La Logan, la fameuse voiture low cost de Dacia, n’est qu’un des produits de la galaxie Renault ; derrière Direct Assurance se cache le géant Axa ; et les magasins Dia en France viennent d’être rachetés par Carrefour. Même la SNCF s’y est mise avec des billets de TGV à bas coût vendus par sa marque Ouigo. Quant à Lidl, géant du hard discount allemand, sa politique a été, dès 2012, de faire monter ses magasins en gamme pour devenir un soft discount.

Le service en plus se paie au prix fort

Pour les défenseurs du low cost, ce modèle économique ne peut se résumer à la simple question du prix. Son originalité résiderait davantage dans un service minimum. Le consommateur serait gagnant car il ne paierait que le service souhaité. «Le low cost repose d’abord sur une démarche consistant à simplifier à l’extrême des produits et services existants. Pas de superflu, tout sur l’essentiel», explique l’économiste Emmanuel Combe, dans le cadre d’une note rédigée en février 2014 pour le think tank libéral Fondapol. Pour résumer, chez un coiffeur low cost, si vous ne souhaitez pas dépenser beaucoup, vous pouvez éviter de vous faire shampouiner ; dans l’avion, vous avez le choix de ne pas consommer. En revanche, le moindre service supplémentaire se paie au prix fort. Dans les TGV low cost, la seconde valise peut coûter jusqu’à 20 euros si vous avez oublié de la déclarer sur internet en achetant votre billet.

Blog154_DessinSNCFDes salariés au rabais ?

Cette présentation du low cost oublie toutefois un point important. Elle ne dit rien sur les salariés qui assurent ces services. À de rares exceptions, leurs rémunérations sont aussi basses que le coût des produits qu’ils vendent. Et la question de l’amélioration des conditions de travail n’est pas loin d’être considérée comme superflue. Le syndicalisme, qui a beaucoup de mal à s’implanter, craint la « lowcostisation » de toute l’économie.

Blog154_DessinPatronDifficile, en effet, de lutter contre un système qui donne le sentiment aux consommateurs d’améliorer leur pouvoir d’achat. Les effets pervers de cette guerre économique, comme la pression mise sur les salariés, la baisse de la qualité des produits ou l’impact environnemental d’une surconsommation bas de gamme, ne sont pas immédiatement visibles. C’est tout l’enjeu des batailles qui se jouent à l’échelle européenne et mondiale pour établir des normes sociales et environnementales exigeantes, développer les labels de qualité et promouvoir le droit à l’information des consommateurs. « Dans le secteur de l’automobile, les normes européennes en matière de sécurité et de pollution ont permis de limiter la concurrence des voitures low cost, conclut Franck Daout, délégué syndical du groupe Renault. Mais cette forme de protection est certainement moins facile à mettre en place pour les produits de grande consommation. » Selon lui, il est difficile également de critiquer une stratégie low cost qui a, en grande partie, redressé les résultats du constructeur ces dernières années, et donc sauvé des emplois.

Décidément, rien n’est simple !

S. L.

Mais où est donc passé le projet de métropole Aix-Marseille ?

1 février 2015

En ce début d’année 2015, alors que chacun s’inquiète de savoir ce que devient Charlie, on pourrait aussi s’interroger de la disparition des écrans médiatique d’un autre sujet qui nous concerne directement : qu’est donc devenu le projet de métropole Aix-Marseille-Provence qui doit pourtant toujours officiellement voir le jour dans moins d’un an, au 1er janvier 2016 ? La métropole du Grand Lyon a bien été créée au 1er janvier 2015 comme prévu, absorbant sans le moindre remous la moitié du département du Rhône, tandis que 10 autres métropoles étaient également mises en place à la même date rejoignant celle de Nice déjà opérationnelle depuis plusieurs années.

Blog149_PhAfficheMais dans l’agglomération marseillaise, tout est toujours plus compliqué… Le dernier temps fort du processus s’est joué le 11 décembre 2014, date à laquelle s’est réunie la troisième conférence métropolitaine. La ministre de la décentralisation et de la fonction publique, Marylise Lebranchu, avait fait le déplacement pour la n-ième fois, prouvant son engagement indéfectible sur ce dossier, mais comme d’habitude, les élus locaux des 93 communes concernées ont, pour la plupart, boudé la réunion, exprimant leur dédain et leur ferme opposition à ce projet.

Pourtant, l’État a entendu leurs objections principales, qui concernent avant tout les questions de gouvernance de la future métropole, et a acté depuis l’été dernier le principe d’une montée en puissance graduelle de la métropole entre 2016 et 2020, ce qui permettra aux élus actuels de se maintenir en poste au sein des futurs conseils de territoires qui remplaceront simplement les six intercommunalités actuelles et qui continueront tranquillement à gérer l’urbanisme à l’échelle de leur périmètre comme si de rien n’était. Des engagements financiers forts en faveur de la nouvelle métropole ont aussi été annoncés, comme l’a précisé Marsactu, mais les élus continuent pour l’essentiel à freiner des quatre fers, espérant toujours faire capoter le projet à l’occasion des discussions en cours dans le cadre de la nouvelle loi de décentralisation…

Des élus toujours très hostiles au projet de métropole (ici en 2012)

Des élus toujours très hostiles au projet de métropole (ici en 2012)

Pendant ce temps, la mission interministérielle pour le projet de la métropole Aix-Marseille-Provence, menée par le préfet délégué Laurent Théry, continue son travail de préfiguration de la nouvelle collectivité en voie d’émergence, qui devrait rassembler en 2016, plus de 1,8 millions d’habitants et 730 000 emplois.

Blog149_PhBouchonUn premier jalon de cette stratégie territoriale a été présenté lors de la conférence du 11 décembre par Vincent Fouchier, directeur du projet métropolitain, sous forme d’un livre blanc des transports, accessible sur le site de la mission. Il faut dire que dans ce domaine, le constat est sévère : les usagers de la route dans l’aire marseillaise cumulent chaque année 10 jours entiers de bouchons et cette durée pourra atteindre 17 jours en 2025 si l’on ne réagit pas dès à présent. L’espérance de vie d’un Marseillais soumis à ce régime pendant les 35 ans de sa vie professionnelle serait ainsi réduite de six mois ! En 15 ans, le déficit d’investissement dans les transports en commun par rapport à l’agglomération lyonnaise a atteint la somme astronomique de 1,5 milliards d’euros ! Et l’étalement urbain continue à se poursuivre à grande vitesse sans la moindre stratégie pour améliorer enfin la situation…

Il est donc grand temps de réagir et c’est ce que propose la mission métropolitaine au travers de projets concrets qui passent par un développement des infrastructures dont une boucle ferroviaire Aix-Marseille-Aubagne-Vitrolles-Martigues et un réseau de cars et de TER pour relier les pôles métropolitains. Le projet est ambitieux, avec un coût évalué à 7 milliards d’euros (en comptant les 2,5 milliards nécessaires à l’agrandissement en souterrain de la gare Saint-Charles). Mais les pistes de financement ne manquent pas, y compris du côté de l’Europe où la Banque européenne d’investissement se dite prête à aider, dans le cadre du plan de relance orienté vers les projets structurants. Encore faut-il qu’un projet se dessine, porté par un consensus politique clair, mais on en est très loin, du fait de l’attitude actuelle des élus locaux qui ne sont pas du tout dans cette logique de construction.

Le préfet délégué Laurent Théry

Le préfet délégué Laurent Théry

Pour aider le territoire à réfléchir à son avenir, dans une vision globale cohérente qui prenne en compte les différents enjeux que sont l’urbanisme et les transports, mais aussi l’emploi et la cohésion sociale, le logement, ou encore l’environnement et le développement agricole, la mission de préfiguration de la métropole lance actuellement une consultation pour recruter une équipe pluridisciplinaire d’urbanistes, aménageurs, bureaux d’études mais aussi environnementalistes voire… philosophes, qui auront pour tâche de proposer une vision stratégique du devenir de ce territoire et d’identifier les projets à mettre en œuvre en priorité.

Une belle occasion pour définir des pistes d’action dont les élus pourront s’emparer pour dresser la feuille de route de la future métropole, si tant est qu’ils arrivent à dépasser le stade de leurs préoccupations actuelles, davantage tournées vers les questions de gouvernance et de pouvoir que vers l’avenir au quotidien du territoire. Espérons quand même qu’ils sauront saisir cette occasion…

L. V. LutinVertPetit