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France-Allemagne : l’analyse de Thomas Piketty

27 février 2018

Thomas Piketty en conférence à Washington le 15 avril 2014 (crédit photo © Ivan Couronne / AFP)

Est-il besoin de présenter Thomas Piketty ? Docteur en économie de l’École des hautes études en sciences sociales et directeur d’études dans cette même institution après avoir été fondateur et premier directeur de l’École d’économie de Paris en 2006, cet économiste engagé, spécialiste des inégalités économiques, s’est notamment fait mondialement connaître pour la parution en 2013 de son ouvrage intitulé Le Capital au XXIe siècle, une somme de plus de 1000 pages qui le conduisit à donner de nombreuses conférences mondiales très remarquées y compris aux États-Unis.

Proche du Parti socialiste, il s’était engagé comme conseiller économique de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle de cette dernière en 2007, avant de soutenir François Hollande en 2012, pour reconnaître néanmoins sa forte déception a posteriori, allant jusqu’à estimer que « le gouvernement fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait ». En 2015, il fait partie, avec Joseph Stiglitz des économistes qui conseillent le candidat du Labour britannique Jeremy Corbyn, et en 2017 on le retrouve dans l’équipe de campagne de Benoît Hamon, favorable à « un revenu universel crédible et audacieux ».

Les idées que soutient Thomas Piketty, en faveur notamment d’une réduction des inégalités par une réforme fiscale ambitieuse via une imposition progressive basée sur l’ensemble des revenus effectifs, ne font certes pas l’unanimité et suscitent même un rejet viscéral de la part des tenants du néolibéralisme, allergiques à toute idée de redistribution des richesses. Une chose est sûre pourtant, rares sont ceux qui contestent la compétence de cet économiste reconnu et ses analyses font souvent autorité.

Ainsi, l’un des articles publiés sur son blog en janvier 2017 et intitulé « De la productivité en France et en Allemagne » a conservé toute son actualité et mérite d’être lu en détail pour préciser certaines de nos idées reçues quant au fameux différentiel de compétitivité entre les deux pays moteurs de la construction européenne. Il n’est pas question ici d’évoquer toute la richesse du raisonnement mais on retiendra néanmoins à titre d’illustration trois ou quatre idées parmi d’autres.

Première affirmation, qui heurtera sans doute certains adeptes du déclinisme à la française : la productivité des économies mesurées en rapportant le PIB (c’est-à-dire la valeur totale des biens et services produits dans un pays au cours d’une année) au nombre total d’heures travaillées (salariés et non-salariés confondus) est quasiment identique en France et en Allemagne, comme d’ailleurs aux États-Unis. Elle représente environ 55 euros par heure travaillée en 2015, et est de plus de 25 % supérieure à celle enregistrée au Royaume-Uni ou en Italie, et près de trois fois plus élevée qu’en 1970 (après prise en compte de l’inflation et du niveau des prix dans les différents pays).

PIB par heure travaillée en parité de pouvoir d’achat et en euros 2015 (source © T. Piketty)

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, la France fait donc partie des quelques pays à forte productivité, de tels taux n’étant en effet dépassés que dans certaines économies très spécifiques basées sur la rente pétrolière (Norvège ou Émirats Arabes Unis par exemple) ou sur les paradis fiscaux (comme le Luxembourg).

Plus instructif encore, on observe que jusque dans les années 1970, la productivité américaine était très supérieure à celle des économies européennes, France comprise. Si la France et l’Allemagne ont pu grosso modo rattraper leur retard dès la fin des années 1980, c’est pour l’essentiel en ayant investi massivement dans l’éducation de leur population en généralisant l’accès à l’enseignement secondaire puis supérieur, avec plus de réussite que nos voisins britanniques et italiens, et davantage d’équité aussi que nos concurrents américains… Comme quoi, miser sur l’éducation est une nécessité absolue !

Nombre d’heures travaillées par an et par emploi (source © T. Piketty)

Deuxième idée intéressante qui ressort de cette analyse de Thomas Piketty : si le PIB par habitant est supérieur aux États-Unis qu’en Europe où il est finalement très comparable entre la France, l’Allemagne et le Royaume Uni (de l’ordre de 3000 € par mois et par personne), c’est parce que le volume d’heures travaillées y est très différent.

Thomas Piketty (crédit photo © Ekko von Schwichow)

Si l’on rapporte le nombre d’heures travaillées au nombre d’emplois, on observe ainsi que ce chiffre est en diminution régulière depuis les années 1970 en France et plus encore en Allemagne (où le phénomène est encore accentué par le développement du temps partiel imposé) alors qu’il est resté nettement plus élevé au Royaume Uni et surtout aux États-Unis. Les 1500 heures travaillées actuellement en moyenne par an en France correspondent peu ou prou à 35 heures hebdomadaires pendant 44 semaines alors que la durée des congés aux USA n’a quasiment pas augmenté depuis les années 1980, ce qui traduit une différence notable de choix de société.

Troisième notion évoquée dans cette analyse : le taux d’emploi par habitant qui, en France, stagne autour de 42 % alors qu’en Allemagne il s’accroit régulièrement depuis le début des années 2000 pour s’approcher désormais de la barre des 50 %. Ce décrochage très significatif de l’emploi en France depuis une quinzaine d’années est particulièrement significatif chez les moins de 25 ans et les plus de 55 ans, reflétant des faiblesses manifestes et inquiétantes en matière de formation professionnelle, de structuration du tissu industriel, de gouvernance des entreprises, mais aussi de financement de la protection sociale.

Dernier point qui mérite aussi d’être cité, sans prétendre tout dévoiler de cette analyse comparative très complète développée ici par Thomas Piketty : la question de l’excédent commercial allemand qui depuis les années 2000 représente toujours plus de 5 % de son PIB, atteignant même jusqu’à 8 % en 2015. Une situation totalement inédite pour un grand pays développé.

Le port à containers d’Hambourg, porte ouverte vers l’exportation

Le Japon a connu lui aussi dans les années 1980 des périodes d’excédent commercial qui lui ont permis d’accumuler des liquidités destinées à anticiper le vieillissement de sa population mais est depuis revenu à l’équilibre et présente même actuellement de nouveau une situation de léger déficit. Au même titre que la France d’ailleurs qui oscille régulièrement entre léger excédent et déficit modéré, alors que les États-Unis se distinguent depuis les années 1980 par un déficit chronique rendu possible par le rôle particulier de leur monnaie qui leur permet de rendre tolérable leur situation d’endettement financier permanent.

Reste que cette situation très particulière d’excédent commercial paraît peu durable à terme car elle suppose d’une part que les autres pays puissent absorber un tel excédent et d’autre part que l’Allemagne soit capable d’investir de manière judicieuse les liquidités ainsi accumulées, ce qui ne semble guère être le cas. La logique voudrait que le pays investisse désormais de manière plus significative dans les salaires (longtemps gelés), dans la consommation et dans l’investissement en Allemagne, afin de rééquilibrer son économie : un véritable défi pour la chancelière Angela Merkel qui peine toujours à former un gouvernement de coalition, cinq mois après les dernières élections législatives, mais un défi aussi pour la construction européenne et la solidité du tandem moteur franco-allemand !

L.V.  

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USA : le sapin de Noël détrôné par le cannabis

10 janvier 2018

Voilà une nouvelle qui a fait le buzz juste avant les fêtes de Noël mais dont on ne se lasse pas tant elle est emblématique des circuits de la mondialisation ! Cette année, les producteurs canadiens de sapins de Noël se frottent les mains, eux qui exportent plus de la moitié de leurs sapins vers les États-Unis voisins. Leurs ventes vers les USA ont en effet connu un bond en avant spectaculaire : + 40 % par rapport à 2015 ! Cette année, selon le Journal du Québec, ce sont près de 1,5 million de conifères qui ont ainsi été exportés vers les USA, soit un marché de plus de 35 millions de dollars. Pour le Canada, c’est Noël avant l’heure…

La raison de ce succès commercial inespéré ne réside pas dans un engouement inhabituel des Américains pour une tradition festive ancrée de longue date dans les mœurs locales, mais traduit simplement une pénurie de sapins dans les États américains traditionnellement producteurs. Comme souvent, plusieurs facteurs viennent expliquer cette pénurie.

Plantation de sapin dans l’Oregon (source RFI ; photo © UIG via Getty Images)

La sécheresse qui a sévi dans l’État de Washington mais aussi les incendies qui ont ravagé la Californie à plusieurs reprises cette année ont quelque peu contribué à cette situation. En octobre dernier, celui qui s’était déclaré dans la région de Santa Rosa, détruisant près de 6000 bâtiments et causant la mort de 42 personnes, avait en effet réduit en cendres pas moins de 864 km2 de zones résidentielles et de forêts, dont quelques pépinières.

Mais c’est un autre phénomène, de nature plus prosaïque, qui explique pour l’essentiel cette pénurie de sapins de Noël dans l’Ouest américain. En fait, les producteurs se sont tout simplement tournés vers une activité nettement plus lucrative, à savoir la culture du cannabis. Ainsi, dans l’Oregon, petit État de 4 millions d’habitants qui fut longtemps l’un des grands producteurs de sapins de Noël mais où la production de marijuana est en train de prendre de l’ampleur, la production de sapins ne cesse de chuter : de 6,4 millions de plants en 2013, elle devrait passer sous les 5 millions cette année. Le nombre de producteurs aurait, selon le département de l’agriculture de l’Oregon, diminué de 30 % entre 2010 et 2015.

Plantation de cannabis aux USA (crédit photo © The Lane Report)

Aux États-Unis, ce sont les États de Washington et du Colorado qui ont adopté les premiers, dès novembre 2012, une législation légalisant l’usage récréatif du cannabis. Depuis le 1er janvier 2014, un utilisateur de cannabis du Colorado est ainsi autorisé à cultiver librement pour ses propres besoins. Depuis le mois de juin de la même année, il en est de même dans l’État de Washington où des producteurs de marijuana sont désormais habilités à cultiver à titre commercial. L’Alaska leur a emboîté le pas à partir de novembre 2014. En Oregon, la consommation à usage récréatif est devenue licite en juillet 2015 mais il a fallu attendre début 2016 pour que soient autorisées les premières plantations.

Depuis, le mouvement s’est accéléré. A partir du 1er janvier 2018, la Californie est ainsi devenue le huitième État américain à légaliser le cannabis à usage récréatif alors que son utilisation à but thérapeutique y est déjà licite depuis 1996, comme désormais dans une vingtaine d’autres États américains. La décision y avait été prise par référendum, en novembre 2016 : en même temps que les Américains choisissaient en la personne de Donald Trump leur 45ème président fédéral, les habitants de la Californie, mais aussi leurs voisins du Nevada ainsi que ceux du Maine et du Massachusetts, sur la côte Est des États-Unis, décidaient de rendre légale la consommation de cannabis. La cohérence entre ces deux décisions prises simultanément confirme, s’il en était besoin, que dans une démocratie les avis peuvent être multiples…

Carte de la situation selon les États américains (infographie © Le Figaro)

Toujours est-il que les enjeux économiques d’une telle décision ne sont pas anodins et risquent d’avoir des répercussions au-delà du seul marché des sapins de Noël canadiens… Ainsi, dans le Colorado où la marijuana est en vente légale depuis 2014, on considère que le marché du cannabis a créé 18 000 emplois à temps plein en trois ans, ce qui n’est pas si mal pour un État peuplé de 5 millions d’habitants. L’afflux touristique s’est considérablement accru et surtout les rentrées fiscales ont été telles qu’il a fallu reverser aux contribuables le trop-perçu. En effet, la constitution du Colorado fixe un plafond aux contributions fiscales de chaque citoyen. L’État ayant décidé de taxer à hauteur de 30 % les ventes de cannabis s’est ainsi retrouvé à la tête d’un pactole inattendu de 50 millions de dollars supplémentaires, soit 30 de trop par rapport au plafond autorisé par la constitution, si bien que chaque habitant s’est vu crédité d’un chèque de 7,63 $…

Projection des ventes de cannabis à usage récréatif et thérapeutique d’ici 2021 (source © Arcview market research)

En 2016, selon une étude du Arcview market research, les Américains auraient ainsi dépensé de l’ordre de 6,7 milliards de dollars pour l’achat de cannabis légal, soit une augmentation de 34 % depuis 2015. Et le mouvement ne fait sans doute que commencer puisque les projections estiment que ce marché devrait atteindre de l’ordre de 22 milliards d’ici 2021, la plus forte croissance étant liée à l’usage récréatif du cannabis, dont le marché pourrait passer de 1,9 milliards en 2016 à près de 15 milliards d’ici 2021.

Le principal bénéficiaire de cette croissance juteuse en sera probablement la Californie qui devrait s’adjuger une part importante de ce marché en pleine expansion. Les producteurs de cannabis y seront taxés à hauteur de 15 % et les ventes à hauteur de 10 %, auxquels s’ajouteront des taxes communales variant entre 2 et 10 %, soit de belles rentrées fiscales supplémentaires en perspectives. De quoi peut-être donner des idées à notre gouvernement dans sa volonté de réduire le déficit de l’État sans forcément trop rogner sur les dépenses publiques ?

L.V.  

La santé a t-elle un prix ?

12 août 2017

Hôpital d’Aubagne (photo © Frédérique Gros / La Provence)

Le sort de l’hôpital public Edmond Garcin d’Aubagne est une nouvelle fois sur la sellette. Soumis à un premier plan de redressement en 2008, qui avait occasionné une forte mobilisation en vue de maintenir opérationnel cet établissement, c’est maintenant son service de réanimation qui est voué à être transféré à la clinique privée de la Casamance selon les conclusions d’un cabinet d’audit, mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS).

L’inauguration d’Argilla, organisée tous les deux ans à Aubagne, en a fait les frais le 5 août dernier, perturbée par une centaine de manifestants venus protester contre cette décision fortement orientée puisque le cabinet d’audit Nordmann reconnaît bien volontiers que son diagnostic avait été établi en vue de démontrer qu’un transfert au privé était la meilleure solution, comme le demandait l’ARS.

Banderolle devant l’hôpital d’Aubagne (source : Matin 9)

Face à une attitude aussi partisane, les médecins réanimateurs de l’hôpital d’Abagne ont décisé de relever le gant et de mener leur propre étude d’impact quant aux conséquences qu’aurait, sur le fonctionnement de l’établissement et surtout sur l’offre de soin proposée à la population, le transfert de son service de réanimation et sa transformation en Unité de soins continus come le préconise l’ARS. Leur conclusion est sans appel et radicalement opposée aux hypothèses initiales de l’ARS puisqu’ils considèrent qu’un tel transfert se traduirait par une aggravation du déficit de l’établissement hospitalier et par une dégradation de la qualité de l’offre de soin dont profitent des patients venant non seulement du bassin proche estimé à 180 000 habitants mais parfois aussi du Var.

Cette lutte incessante et fortement idéologique entre public et privé pour l’organisation des soins de santé va bien au-delà du seul cas de l’hôpital d’Aubagne. Elle agite fortement nos amis canadiens fermement attachés à une offre de soin publique et qui constatent avec effarement la dérive du système américain, largement aux mains du privé et qui se révèle être l’un des plus mauvais du monde en termes d’efficience. Alors que des pays comme la France ou le Canada consacrent grosso modo 10 % de leur richesse nationale à la santé, ce taux grimpe à plus de 17 % aux Etats-Unis alors que la proportion de ceux qui n’ont pas accès aux soins y atteint des sommets…

Dessin de Lardon

Alors que ce pays se déchire autour de l’avenir de la loi santé et du dispositif Medicaid mis en place par la volonté de Barak Obama et que son successeur, Donald Trump, fait tout pour renvoyer dans les oubliettes de l’histoire, un livre fort intéressant, intitulé « An American sickness », vient mettre en évidence le point faible du système sanitaire américain : son coût totalement exorbitant !

Elisabeth Rosenthal, auteur de An American sickness

L’auteur de cette étude, l’ex-médecin devenue journaliste, Elisabeth Rosenthal, dresse en effet un tableau assez effrayant d’un système de santé entièrement privatisé où les décisions ne sont plus prises par le personnel médical en fonction de règles d’éthique et en vue de favoriser le bien-être des patients, mais par des gestionnaires qui répondent avant tout aux intérets de leurs actionnaires en cherchant à maximiser les profits à court terme et le retour sur investissement.

Exactement le modèle que cherchent à imposer les fonds d’investissement qui détiennent désormais une part importante des plus de 1000 établissements hospitaliers privés actuellement opérationnels en France, lesquels accueillent environ un tiers des 45 millions de personnes hospitalisés annuellement dans ce pays.

Un domaine en pleine concentration dans lequel les fonds d’investissement rachètent à tour de bras des établissements aux médecins qui les ont créés, pour les restructurer, pressurer le personnel et maximiser les profits en externalisant nombre de fonctions annexes et souvent en revendant les murs pour fluidifier le capital investi. Le leader actuel est ainsi le groupe australien Ramsay Health Care qui a racheté en 2014 la Générale de Santé et détient désormais quelques 125 cliniques privées en France.

Aux USA, ce qui ressort de l’analyse de la journaliste c’est une formidable dérive des coûts d’hospitatlisation avec une surenchère liée au marketing médical. On choisit désormais son établissement hospitalier en fonction de la qualité architecturale des chambres et parce que le café est offert à l’accueil, ce qui explique que la journée d’hospitalisation peut être facturée 5000 $ ! Une opération de l’appendicite coûte jusqu’à 40 000 $ aux USA et le prix moyen d’un accouchement y dépasse 30 000 $…

Dessin de Schwartz paru dans le livre « La santé publique en questions de Laurent Chambaud en 2017 (source Luc Perino)

Le salaire des médecins y est en augmentation constante et un chirurgien orthopédique américain gagne en moyenne deux fois plus qu’un confrère allemand. Une dérive dont est largement responsable le réseau d’assurances privées puisque c’est lui qui finance l’essentiel du secteur, au détriment du patient dont l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.

Face à un tell constat, Elisabeth Rosenthal critique l’acharnement de certains, dont la majorité des élus républicains, à considérer que la santé doit obéir aux seules règles du marché. On ne choisit pas d’être malade et le patient n’est pas seulement un consommateur qui pourrait choisir en toute connaissance de cause tel ou tel traitement. L’exemple américain est de ce point de vue assez instructif quant aux dérives dans lesquelles peut nous mener une conception aussi mercantile de la santé publique telle que souhaitent la pratiquer les cliniques privées françaises, avec parfois la complicité des responsable politiques. A chacun d’être vigilant car nous sommes tous concernés !

L.V.  

Rejet de méthane : les Californiens concurrencent les vaches !

10 janvier 2016

On savait déjà les Californiens éternels machouilleurs de chewing-gum et, pour certains, gros consommateurs d’herbes, même si en la matière, leurs goûts diffèrent par rapport à nos charolaises, mais voilà que se révèle un autre point commun avec les ruminants qui peuplent nos vertes prairies : ils sont devenus, à l’occasion d’un accident industriel récent, de gros contributeurs aux rejets de méthane qui contribuent fortement au réchauffement climatique global par effet de serre.Blog265_PhVache

Jusqu’à présent en effet, c’était plutôt les vaches qui étaient accusées d’être à l’origine de ces rejets de méthane, un gaz dont l’effet sur le réchauffement de notre atmosphère est 25 fois plus élevé (et même 80 fois si on raisonne à court terme, sur une durée de 20 ans…) que celui du CO2, pourtant accusé de tous les maux ! La vache qui rote vient en tout cas de trouver un sérieux concurrent depuis qu’une fuite de méthane a été détectée le 23 octobre dernier dans un puits d’extraction situé à proximité de Los Angeles, en Californie, provoquant une catastrophe écologique majeure qui se poursuit depuis plusieurs mois maintenant.

Chaque heure, ce sont entre 44 et 58 tonnes de méthane qui sont ainsi répandues à l’air libre, selon l’ONG Environmental Defense Fund (EDF pour les intimes), qui actualise en temps réel les taux d’émission. Au total, plus de 80 300 tonnes de gaz ont ainsi été rejetées dans l’air depuis fin octobre, comme le rapporte Libération, soit l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de 5 millions de voitures ou de 8 à 9 centrales à charbon. Vraiment pas de chance pour la Californie dont le gouverneur, Jerry Brown, avait pris, en octobre 2015 justement, plusieurs directives destinées à réduire d’ici 2030 les gaz à effet de serre de 40 % par rapport à leur niveau de 1990… Or, d’après les estimations du California Air Resources Board, organisme chargé de contrôler la qualité de l’air, cet apport accidentel augmenterait de 25 % les émissions de gaz à effet de serre pour l’ensemble de l’État de Californie : voilà qui ramène les élevages bovins au rang de piètres amateurs, et qui fait quelque peu désordre juste après le – modeste – succès de la COP 21

Panache de méthane s'échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Panache de méthane s’échappant du site et révélé par caméra infrarouge (source EDF)

Au delà du risque accru sur le réchauffement climatique de notre planète qui n’avait vraiment pas besoin de ces rejets supplémentaires, le risque pèse surtout sur les habitants de ce quartier aisé de Porter Ranch, dans la banlieue nord-est de Los Angeles. Selon les autorités, le risque est réduit car le méthane émis se dissipe rapidement dans l’air ambiant, restant très en deçà de la concentration à laquelle il peut être mortel par asphyxie. Sauf que ce gaz, invisible et inodore, est mélangé – justement pour pouvoir être facilement détecté – avec des composants riches en soufre (mercaptan) qui lui donnent cette odeur caractéristique et nauséabonde d’œuf pourri. Un véritable plaisir donc pour le voisinage de cette zone urbaine qui compte pas moins de 30 000 habitants, d’autant que ces additifs peuvent provoquer des nausées, des vertiges, des saignements de nez et des maux de tête.

Manifestants demandant des mesures d'urgence contre la fuite de gaz...

Manifestants demandant des mesures d’urgence contre la fuite de gaz…

Plusieurs centaines de riverains de Porter Ranch en ont déjà fait les frais et commencent donc à s’agiter sérieusement. Une procédure judiciaire a même été engagée par un millier d’entre eux sous forme de class action, contre la société qui exploite le site. Les plaignants ont d’ailleurs obtenu gain de cause la semaine de Noël, obligeant l’exploitant à trouver un logement temporaire dans les 72 heures pour tous les résidents de Porter Ranch qui en font la demande. Près de 2 174 foyers ont déjà été relogés et 2 694 autres devraient l’être rapidement. Deux écoles ont été fermées et le trafic aérien a été interdit au dessus de la zone.

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Erin Brockovich lors de son intervention à Porter Ranch (photo N. Smith – The Gardian)

Les riverains ont reçu le soutien, cette semaine, d’Erin Brockovich, la militante écologiste venue en voisine, qui s’était fait connaître pour avoir révélé une affaire de pollution des eaux potables à Hinkley, une histoire portée au cinéma en 2000 par Steven Sorderbergh dans un film qui avait valu un Oscar à Julia Roberts. La célèbre militante de l’environnement, par ailleurs adointe juridique a donné aux habitants quelques conseils de bon sens : « Tenez un journal des odeurs que vous sentez. Si vous vous sentez mal, notez les symptômes. Gardez toutes les factures des médicaments que vous achetez et ne signez rien sans en avoir préalablement parlé à un avocat ». Elle a aussi remis un peu d’eau dans le gaz en comparant la catastrophe à la marée noire qui s’était produite en avril 2010 dans le golfe du Mexique suite à l’explosion d’une plateforme pétrolière de BP : succès assuré devant une salle comble de riverains en colère !

Une comparaison qui ne doit guère être du goût de la société SoCal Gas (Southern California Gas) qui exploite cet ancien site pétrolier d’Aliso Canyon, reconverti en 1973 en centre de stockage de gaz, servant de réserve d’approvisionnement pour alimenter plus de 20 millions de consommateurs. La réserve souterraine, située à 2 500 mètres de profondeur, permet de stocker 240 milliards de m3 de gaz dans 115 puits. Mais les installations sont anciennes et vétustes, selon plusieurs témoignages relayés par la presse américaine et évoqués dans l’Usine nouvelle.

Site gazier d'Aliso Canyon (photo D. Musgrove - Los Angeles Daily News)

Site gazier d’Aliso Canyon (photo D. Musgrove – Los Angeles Daily News)

Le 23 octobre 2015, la fuite a été repérée dans l’après-midi par deux employés de la compagnie près du puits SS-25, un ancien forage pétrolier datant de 1954, et il a été décidé… d’attendre le lendemain ! Mais les jours suivants, leurs efforts resteront vains et rien n’empêche désormais le gas de sortir du sol tout autour du puits incriminé. En décembre, la société a dû se résoudre à entamer la réalisation d’un nouveau forage à proximité de celui qui fuit afin de pouvoir neutraliser ce dernier par des injections massives de boue et de coulis de ciment pour colmater toutes les fuites par où le gaz s’échappe. Un second forage est aussi à l’étude et devait débuter début janvier. Un chantier gigantesque qui va durer des mois et dont on espère arriver à bout en février ou en mars… Face à l’ampleur de la catastrophe, le gouverneur a été contraint de décrêter l’état d’urgence, mercredi 6 janvier, afin de permettre de mobiliser le maximum de moyens pour venir en aide à la population et s’assurer que les procédures mises en œuvre par l’exploitant sont bien à la hauteur des enjeux.

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Quartiers de Porter Ranch (photo D. Macnew / AFP)

Pour ne rien arranger, la Californie essuie actuellement des pluies diluviennes, survenant après un mois de décembre historiquement chaud et des mois de sécheresse à l’origine de nombreux incendies majeurs. La cause de ces événements climatiques extrêmes : un phénomène bien connu d’El Niño particulièrement intense cette année, qui se caractérise par une accumulation d’eau chaude dans le Pacifique avec un renversement des alizés entraînant des bouleversements météorologiques sur toute la planète. Bref, tout va mal et ce n’est peut-être que le début : vive le réchauffement climatique !

L.V.  LutinVertPetit

La Nouvelle-Orléans, 10 ans après le cyclone Katrina

1 novembre 2015
Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

Image satellitaire de Katrina le 28 août 2005 à 1 h UTC (source : NASA)

C’était il y a tout juste 10 ans, en août 2005, la pire catastrophe naturelle que les États-Unis ont connue et qui est pourtant déjà largement oubliée dans bien des mémoires… En ce 29 août 2005, le cyclone Katrina, un des plus puissants jamais observé dans ce secteur, arrive sur les côtes de Louisiane, aux abords de La Nouvelle-Orléans qui compte alors près de 500 000 habitants. La veille au soir, l’ouragan avait déjà fait 9 morts et on a observé des vagues de 11 m au large. Les vents soufflent à 280 km/h et des ordres d’évacuation de la ville sont donnés.

Bâtie en grande partie sous le niveau de la mer, dans un secteur marécageux, sur les bords du Mississippi, à proximité de son delta, sur la rive sud du lac Ponchartrain, la ville est particulièrement vulnérable aux inondations et au risque de submersion marine. Fondée en 1718 par des colons français, elle est peuplée à 65 % d’Afro-Américains et est surtout illustre pour sa vie culturelle intense, elle qui a donné naissance aux plus grands noms du blues et du jazz, parmi lesquels Louis Armstrong et Sidney Bechet.

Déjà en 1927 la ville avait subi de gros dégâts suite à une terrible inondation et d’immenses digues ont été alors érigées pour tenter de protéger l’agglomération des crues du Mississippi. Mais ces travaux gigantesques ont bloqué le charriage des alluvions vers le delta, accentuant l’érosion maritime : depuis 1930, ce sont près de 5 000 km2 de terre, soit l’équivalent de la superficie totale du département des Bouches-du-Rhône, qui ont ainsi disparu des côtes de Louisiane autour de La Nouvelle-Orléans, transformant peu à peu la ville en une forteresse assiégée de toute part par la montée des eaux et menacée par le changement climatique qui risque de se traduire d’ici quelques années par une élévation de 1,30 m du niveau de la mer.

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Une vue aérienne de la Nouvelle-Orléans, le 11 septembre 2005 (photo David J. Phillip / REUTERS)

Les immenses zones humides littorales formées de marécages et de lagunes saumâtres, de mangroves et de bras morts abandonnés, les fameux bayous de Louisiane, qui jouent un incomparable effet d’amortisseur en absorbant l’eau et l’énergie des cyclones dévastateurs, ont été largement amputés : plus de 50 millions d’hectares de zone humide ont ainsi disparu depuis les années 30, au profit de l’urbanisation, selon un article très documenté de François Mancebo, publié dans Cybergeo. La plaine côtière est désormais quadrillée de multiples canaux de navigation, levées de terre et pipeline liés à l’exploitation pétrolière intense dans le Golfe du Mexique, autant d’obstacles qui perturbent le fonctionnement hydrologique naturel.

Capture d'écran de l'infographie publiée par Times-Picayune

Capture d’écran de l’infographie publiée par Times-Picayune

En août 2005, comme le montre très bien l’infographie réalisée par le Times-Picayune et relayée par la revue Sciences et Avenir, les digues de protection de la ville, hautes par endroit de 7 m mais mal entretenues et fragilisées par le tassement des sols meubles, ont cédé en cascade les unes après les autres, provoquant l’inondation progressive d’une partie importante de l’agglomération.

Dès 5h du matin, alors que l’ouragan se concentre sur le lac Borgne, à l’est de la ville, les flots s’engouffrent dans le canal MRGO (Mississippi River-Gulf Outlet Canal) dont les digues cèdent en plusieurs points. Construit par le puissant US Army Corps of Engineers, l’équivalent de notre ancien corps des Ponts-et-Chaussées, ce chenal de navigation, construit et entretenu à grands frais malgré son rôle économique marginal, est qualifié, comme son pendant, l’Industrial Canal, qui le prolonge à angle droit vers le lac Ponchartain au nord, de véritable autoroute à cyclones, tant il facilite l’entrée des inondations vers le cœur de la ville situé à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

Un quartier de La Nouvelle Orléans inondé par Katrina, le 30 août 2005 (photo J. Nielsen / AFP)

A 6h30, tout le quartier situé entre les deux lacs est déjà sous les eaux et un peu avant 8h, les digues situées au niveau de l’embranchement des deux canaux principaux cèdent, permettant à l’inondation de se propager en direction du fleuve, dans les parties les plus basses de la ville. Puis l’eau déborde à partir des différents canaux situés au nord de la ville et qui ont été conçus pour évacuer vers le lac Ponchartrain les eaux pluviales qui s’accumulent dans la cuvette que forme le centre-ville. Globalement, ce sont donc les différents aménagements conçus pour protéger la ville contre les inondations qui ont contribué à aggraver la catastrophe, comme c’est souvent le cas en pareille situation… Il faut attendre le lendemain 1er septembre pour que le niveau d’eau arrête enfin de monter.

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Des sinistrés attendent les secours sur un toit à La Nouvelle Orléans le 30 août 2005 (photo V. Laforet / AFP)

Un véritable calvaire pour la population qui n’a pas pu s’enfuir à temps et qui se réfugie comme elle peut sur les toits des maisons. Le bilan officiel fait état de 1836 morts et de 108 milliards d’euros de dommages. Des chiffres qui donnent le tournis et des scènes de cauchemar que racontent ceux qui en ont été témoins. La salle de sport du Louisiana Superdome sert d’abri pour accueillir des milliers de réfugiés dans des conditions très difficiles, mais la situation dure. L’état d’urgence est déclaré et les autorités fédérales dépêchent sur place la Garde nationale avec ordre de tirer pour empêcher les pillages et les violences. Trois semaines après la catastrophe, on dénombrait encore près de 150 000 sinistrés réfugiés dans des centres d’accueil.

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d'être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Des milliers de sinistrés parqués devant le Superdome attendent d’être évacués, le 2 septembre 2005 (photo AFP)

Pourtant, rarement catastrophe a été aussi prévisible et aussi bien prévue, l’alerte ayant été donnée deux jours avant l’arrivée de l’ouragan sur les côtes de Louisiane et des programmes étaient en cours depuis des années pour tenter de mettre en place des programmes de prévention des inondations. Mais une querelle de fond opposait les tenants d’une ingénierie visant à renforcer encore les digues de protection et les adeptes d’une restauration des marais côtiers pour favoriser leur rôle d’éponge à cyclones.

En 1999, une enveloppe de 12 millions de dollars avait été attribuée à l’US Army Corps of Engineers pour mettre en place un programme de protection de la ville contre les inondations, mais en 2005 l’étude n’avait même pas encore commencé ! Depuis le 11 septembre 2001 et à l’initiative du président Georges Bush, l’Agence fédérale en charge de la prévention des risques naturels avait quant à elle vu la majorité de ses programme réorientés vers la lutte contre le risque terroriste. Quant au programme de restauration des marais côtiers, son financement avait été plusieurs fois revu à la baisse…

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Digues en béton construites pour protéger la ville (photo AFP / Getty Images)

Depuis la catastrophe en revanche, de nouveaux travaux ont été entrepris et plus de 12 milliards d’euros ont été investis pour construire de nouvelles portes de 11 t chacune destinées à barrer l’entrée du London Avenue Canal par où les flots du lac Ponchartrain s’étaient engouffrés en 2005 : des travaux spectaculaires, de nature à rassurer les habitants en montrant que la technologie aura raison, une fois encore, des forces de la nature…

Comme souvent en pareille situation, ce sont les plus démunis qui ont payé le plus lourd tribut, n’ayant souvent pas les moyens de s’enfuir à temps, d’autant qu’aucun service n’avait été organisé pour cela malgré l’alerte précoce, et n’ayant pas de point de chute pour s’abriter. L’effet sur la ville est phénoménal. Cinq ans plus tard, la population de La Nouvelle-Orléans ne dépassait pas 340 000 habitants, soit une baisse d’un tiers suite à l’inondation ! Après la catastrophe, pas moins de 3 000 employés communaux ont été purement et simplement licenciés pour raison budgétaire…

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Quartier de la Nouvelle-Orléans inondé en 2005

Avec du recul, force est de constater que l’événement du 29 août 2005 s’est traduit par une véritable mutation de la ville en voie de gentrification. La reconstruction a permis de chasser de certains quartiers une population pauvre et à dominante noire. Comme l’analyse un article récent du Monde, beaucoup ont profité de cet événement pour modifier la physionomie générale de la ville. C’est d’ailleurs l’effet positif de bien des catastrophes dites naturelles que de permettre de donner un grand coup de balai dans des villes en pleine décomposition sociale et ceci pour le plus grand profit des spéculateurs de toute sorte !

Bien entendu, toute ressemblance avec des événements comparables qui se produiraient dans d’autres pays et notamment en France serait purement fortuite…

L.V.  LutinVertPetit

Les feux de l’enfer en Californie

17 septembre 2015

Chaque année en moyenne depuis 2010, si l’on en juge par les fiches de la base de données Prométhée, ce sont 800 ha de forêts qui partent en fumée dans la seule région Provence – Alpes – Côte d’azur, dont plus de la moitié dans le département des Bouches-du-Rhône. Il y a quelques semaines seulement, ce sont 13 ha de massif boisé qui ont ainsi brûlé juste à côté de Carnoux, entre l’autoroute et la carrière Bronzo. Sur l’ensemble du territoire national, on estime que les feux de forêts détruisent en moyenne de l’ordre de 300 km2 chaque année avec parfois des pointes exceptionnelles comme en 2003 où de multiples incendies, en particulier dans le Var, avaient porté la surface totale incendiée à 740 km2 et causé la mort de 10 personnes.

Ph6 : Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en flamme près de Cobb le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Mais ces chiffres ne sont rien si on les compare à ce qui se passe dans bien d’autres pays et notamment aux États-Unis qui sont aux prises en ce moment même avec de gigantesques incendies, tout particulièrement dans le nord de la Californie soumise à une forte sécheresse. Depuis le début de l’année 2015 et selon des chiffres cités par Le Monde, ce sont plus de 36 000 km2 qui sont ainsi partis en fumée, soit plus que la superficie totale de la région PACA ! L’année n’est pas encore terminée mais on se rapproche déjà du record historique de l’année 2006 où 40 000 km2 avaient brûlé.

Ph3 : Maison en feu le long de l'autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Maison en feu le long de l’autoroute à Hidden Valley le 12 septembre 2015 (photo K. Porter / The Press Democrat)

Ainsi un feu violent, baptisé Valley fire, ravage depuis la semaine dernière le nord de la Californie, mobilisant plus de 3500 pompiers. Parti samedi 12 septembre près de la ville de Cobb, il est désormais contenu mais continue à brûler. En trois jours, il avait déjà brûlé près de 25 000 ha, soit une fois et demi la superficie de la forêt de Fontainebleau et le dernier bilan fait état de plus de 30 000 ha brûlés.

Ph1 : Maisons et voitures brûlées par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Maisons et voitures brûlées par le Valley fire à Middletown (Photo D. McNew / Getty Images)

Près de 600 maisons et une centaines d’autres bâtiments sont déjà partis en fumés, en particulier dans la petite ville de Middletown, située à 160 km au nord de San Francisco et qui a été évacuée in extremis. Quatre pompiers ont été brûlés au second degré et une femme âgée qui n’avait pas pu quitter à temps son habitation est décédée. Selon le Los Angeles Times de ce jour, deux autres victimes sont à déplorer dont les corps viennent d’être retrouvés.

Ph5 : Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Lutte contre le feu de Butte Fire samedi 12 septembre 2015 (photo J. Edelson /AFP)

Un autre incendie, dénommé Butte Fire, est aussi en cours près de San Andreas, à l’Est de San Francisco, depuis la semaine dernière, ayant déjà ravagé près de 30 000 ha également et menaçant des milliers de bâtiments dont 233 maisons d’habitation qui ont déjà brûlé, nécessitant là aussi des évacuations massives. Deux morts sont à déplorer sur ce second sinistre. Au total, ce sont pas moins de 12 feux de forêts qui sévissent en ce moment en Californie, avec des vitesses de propagation rarement observées qui atteindraient 30 km/h selon les équipes de pompiers engagées sur le terrain.

Selon le site Le Devoir, trois autres feux ravagent l’Oregon plus au nord, et 10 l’État de Washington (nord-ouest). Des pompiers venus d’Australie et de Nouvelle-Zélande prêtent main-forte à leurs collègues américains dans l’ouest du pays et au total, ce sont 20 000 pompiers qui luttent actuellement à travers le pays contre 33 grands feux, notamment dans l’Idaho, le Montana, le Wyoming et l’Utah. Depuis le début de l’année, ce sont déjà 13 pompiers qui ont perdu la vie en combattant le feu…

Certains gardent en mémoire un autre incendie particulièrement destructeur, baptisé Tunnel Fire (car les Américains donnent systématiquement des noms aux feux de forêts comme on le fait pour les ouragans, par commodité ou pour mieux les maîtriser ?) : en 1991, il avait fait 25 victimes et détruit pas moins de 2900 bâtiments, même si la surface brûlée ne dépassait pas 650 ha…

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Maison de Middletown encerclée par les flammes (photo AFP)

Au début du mois d’août, alors que les pompiers américains luttaient contre un autre gigantesque incendie au nord de San Francisco, Rocky Fire de son petit nom, un article du Courrier International rapportait les propos alarmistes du gouverneur de Californie, Jerry Brown, déclarant à CNN : « l’extrême sécheresse a transformé la Californie en poudrière ».

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

Intervention des pompiers à Middletown (photo J. Edelson /AFP)

De fait, une étude menée par des chercheurs américains et australiens sur l’influence des données climatiques observées depuis 1979, met en évidence que le réchauffement climatique a une incidence directe sur l’augmentation du nombre de feux de forêt, et sur leur intensité. A l’échelle mondiale, la période où les conditions sont favorables aux départs de feux (température élevée, vent fort, faible taux d’humidité et absence de pluie) a ainsi augmenté de 4 jours en moyenne, mais localement de 5 semaines dans certaines forêts de conifères d’Amérique du Nord, ce qui est considérable !

Une raison de plus pour commencer à prendre au sérieux les effets du changement climatique global ?

L.V. LutinVertPetit