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Les rivières mystérieuses de Cassis s’invitent au JT de TF1 !

16 avril 2018

C’est une belle consécration pour l’association de spéléologues qui travaille depuis des années à améliorer la connaissance des rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou qui débouchent en mer dans la baie de Cassis : le 12 avril 2018, un reportage tourné le 31 mars par une équipe de reporters de TF1 était diffusé au journal télévisé de 20h dans la rubrique Découverte.

Le reportage dure moins de 5 mn mais, diffusé à une heure de grande écoute, c’est un bel hommage pour cette équipe de passionnés qui passe tous ses week-end à poursuivre pas à pas ses explorations, en particulier dans la galerie noyée de Port-Miou qui fait l’objet de ce reportage.

Comme le président de l’association, Gérard Acquaviva, l’avait lui-même expliqué devant une assemblée très nourrie de Carnussiens à l’occasion d’une conférence organisée par le CPC en octobre 2015, cette source d’eau douce qui débouche en mer à l’entrée de la calanque de Port-Miou est en réalité l’exutoire d’une galerie souterraine karstique désormais noyée que les plongeurs ont pu remonter à contre-courant sur une distance supérieure à 2 km.

Dans les années 1960, la SEM s’était intéressée de très près à cette source sous-marine comme ressource potentielle d’eau douce pour l’approvisionnement de Cassis et avait été jusqu’à investir dans la construction d’un barrage souterrain situé dans une cloche d’air à 500 m en amont de l’exutoire en mer. L’objectif de ce barrage était d’empêcher les remontées d’eaux salines dans la galerie. Mais depuis, on a compris que les communications avec l’eau de mer se faisaient surtout par d’autres conduits naturels plus profonds, vestiges d’un ancien réseau karstique développé lorsque le niveau marin se situait nettement plus bas.

Infographie TF1

Le puits creusé à l’époque pour le chantier du barrage facilite néanmoins les explorations sous-marines qui se font à l’aide d’un matériel aussi encombrant et lourd que sophistiqué. Le lendemain du passage des reporters de TF1, l’équipe de plongeurs conduite par Xavier Meniscus s’est ainsi offert le luxe de progresser d’une vingtaine de mètres en terrain jamais exploré jusque-là.

Plongeur à Port-Miou (extrait du reportage de TF1 – source Xavier Meniscus)

A l’extrémité amont de la galerie s’ouvre en effet un immense puits qui descend jusqu’à 232 m sous le niveau de la mer, en limite des capacités actuelles de la plongée souterraine. Le 1er avril dernier, l’équipe de plongeurs est descendue jusque-là et s’est avancé jusqu’à un nouveau carrefour ouvrant sur deux galeries, l’une se dirigeant vers la mer et l’autre sous forme d’une diaclase par où proviennent vraisemblablement les eaux du bassin versant amont. La zone de contact entre l’eau douce, issue des écoulements souterrains amont et une eau très salée, proche de la concentration de l’eau de mer, a d’ailleurs été bien repérée, ce qui confirme que l’eau salée remonte depuis la mer par des conduits plus profonds.

A de telles profondeurs et dans des conditions d’accès aussi périlleuses, la progression des explorations sous-marines devient délicate. C’est pourquoi les spéléologues travaillent en parallèle à rechercher des accès depuis la surface du plateau calcaire, comme cela a déjà été exposé ici et comme l’indique le reportage. Les essais de colorations effectués en 2015 sur deux gouffres situés tout près de Carnoux avaient connu des fortunes diverses. Celui des Gorguettes, situé en contrebas de la descente de Cassis, n’avait pas mis en évidence de jonction avec la galerie de Port-Miou alors que la coloration effectuée sur le gouffre du Mussuguet 3 s’était révélée nettement plus prometteuse.

Entrée du puits Mussuguet 3

Depuis, les membres de l’association s’acharnent donc à tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel, initialement comblé d’éboulis. Le travail, bien que fastidieux et harassant, est payant puisque le fond du puits approche désormais de la profondeur de 50 m ! On est encore très au-dessus du niveau de la galerie de Port-Miou qui court plus bas, mais les spéléologues gardent bon espoir…

D’autant qu’un autre trou est identifié à quelques centaines de mètres de là, présentant en outre l’avantage de se situer de l’autre côté de la limite du périmètre du Parc national des Calanques, ce qui en facilite l’exploration. Dans les deux cas, la présence en profondeur d’une forte concentration de gaz carbonique toxique complique la tâche des spéléologues et exige de prendre des précautions spécifiques pour extraire le gaz avant toute pénétration.

Ce second puits, baptisé Sumac, fait également l’objet d’un gros travail de désobstruction depuis plusieurs années et atteint désormais une profondeur comparable. Une nouvelle coloration est d’ailleurs prévue la semaine prochaine dans ce dernier gouffre, avec le secret espoir que la fluorescéine débouche bien dans la galerie de Port-Miou, où des capteurs très précis permettent de la repérer même à de faibles concentrations. Si tel est le cas, nul doute que cela regonflera le moral des spéléologues de Cassis, les rivières mystérieuses, qui redoubleront d’efforts pour parvenir un jour, qui sait ?, à la jonction entre ces conduits karstiques qui drainent le plateau calcaire, et cette galerie noyée qui débouche en mer. De quoi entretenir la fièvre de ceux qui explorent l’inconnu, à deux pas de chez nous !

L.V.  

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’inconnu, pour trouver du nouveau.

Baudelaire, in Les Fleurs du mal

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Galerie des Janots : une découverte insolite…

25 mars 2018

Pour qui se rend à La Ciotat en venant de Cassis ou de La Bédoule, il est difficile de ne pas repérer le chantier qui se prolonge depuis des mois le long de la RD 559 qui est surmontée à cet endroit d’une passerelle provisoire. Ce chantier inhabituel est celui du siphon des Janots et est un des signes bien visibles d’une opération lancée depuis bientôt 10 ans par la Communauté urbaine de Marseille, intégrée depuis à la Métropole Aix-Marseille-Provence qui en a donc repris la maîtrise d’ouvrage.

Le Canal de Marseille au niveau de l’aqueduc de Roquefavour, achevé en 1847 (source © Marseille en live)

L’ouvrage concerné par ces travaux titanesques est une des branches du Canal de Marseille qui court sur près de 200 km depuis La Roque d’Anthéron, en l’occurrence la dérivation de La Ciotat qui approvisionne en eau potable les communes de Cassis, de Roquefort-La Bédoule, de La Ciotat et de Ceyreste. Cette canalisation majeure franchit le massif de Carpiagne par le souterrain du Mussuguet qui débouche tout près de la gare de Cassis. Après Cassis, elle doit ensuite traverser un second massif sous la Couronne de Charlemagne. Pour cela, elle emprunte tout simplement le tunnel SNCF des Janots.

Mais le passage de la canalisation dans le tunnel, aménagé entre 1956 et 1964 se fait par des ouvrages vétustes et fuyards qui posent de grosses difficultés d’exploitation et de maintenance. Cette canalisation qui ne permet de faire transiter que 330 l/s est de toute façon très insuffisante, surtout en période estivale, pour répondre aux besoins sans cesse croissants de l’usine de potabilisation de La Ciotat, laquelle alimente aussi Ceyreste et Saint-Cyr-sur-mer. Il a donc été décidé de déplacer cette canalisation en dehors du tunnel SNCF et de creuser une nouvelle galerie spécifique parallèle, avec pour objectif de faire passer par la future canalisation un débit de 440 l/s, qui pourrait même être porté ultérieurement à 1 m3/s.

Creusement de l’amorce de galerie sur La Ciotat en prévision de la mise en place du tunnelier à l’entrée de la galerie des Janots (source © Bronzo)

L’opération n’est pas anodine puisque son coût est évalué à 55 millions d’euros, financé en partie (pour 11 millions) par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée. Le creusement de la galerie proprement dit, estimé à près de 27 millions par les services de la Métropole, doit se faire sur une longueur de 2 750 m et selon un diamètre de 3,5 m. Elle passe sous le Parc national des Calanques, avec une épaisseur de recouvrement qui varie le long du tracé entre 15 et 180 m, mais elle serpente également très près de la voie ferrée et à proximité de nombreuses habitations, ce qui rend l’opération délicate.

Le tunnelier Augustine lors de son baptême le 3 février 2017 (photo © Christiane Wanaverbecq – Le Moniteur)

Il a donc fallu un tunnelier, construit tout spécialement par la société Robbins et installé à pied d’oeuvre depuis janvier 2017, un engin de 135 m de longueur et pesant 250 t, destiné à creuser la roche pendant une durée prévisionnelle de 10 mois en travaillant 24 heures sur 24. Inaugurée le 3 février 2017 en présence de nombreuses personnalités dont la maire de Cassis, Danièle Milon, et celui de Gemenos, Roland Giberti, par ailleurs délégué à l’eau et à l’assainissement à la Métropole, la machine imposante a été baptisée du petit nom d’Augustine. Une référence bien sûr au prénom de la mère de Marcel Pagnol, lui qui arpentait dans son enfance avec émerveillement les rives du Canal de Marseille.

Amorce de galerie pour la mise en place du tunnelier (source © Made in Marseille)

Depuis, le tunnelier poursuit son travail de grignotage. Prévu pour s’achever fin 2017, le percement de la galerie s’est prolongé au-delà des prévisions, ce qui n’a rien d’inhabituel dans ce type de chantier hors normes soumis à d’inévitables aléas géologiques, surtout dans un massif calcaire sujet aux phénomènes de karstification liés à la dissolution du carbonate de calcium sous l’effet de la circulation des eaux souterraines plus ou moins acides qui s’infiltrent via les fissures de la roche, élargissant ces dernières jusqu’à former de véritables cavités.

Et ça n’a pas loupé comme l’a annoncé Eiffage, l’entreprise générale mandataire du marché de travaux : le 13 mars 2018, Augustine est justement passée juste à côté d’une vaste cavité karstique remplie de magnifique concrétions. La géologue de service, une certaine Marie Lesimple, a donc eu le privilège de pénétrer la première, accompagnée d’un jeune ingénieur dénommé Salah-Edinne Chatouani, dans cette grotte en forme de cloche qui ne présente pas d’autres accès apparents praticables.

Cette découverte grandiose a mis en émoi les responsables du chantier et le directeur des travaux souterrains d’Eiffage Génie Civil, Loïc Thevenot, s’est déplacé en personne pour admirer le spectable inattendu et prononcer une sentence historique, comme il se doit en pareille occasion, déclarant : « On se sent tout petit quand on contemple ces merveilles que la nature nous offre ».

Vue de la cavité karstique découverte à l’occasion des travaux de creusement de la galerie des Janots (source © Eiffage)

L’accès à la grotte, ouvert grâce au passage du tunnelier, a été immédiatement sécurisé par un ouvrage en béton muni d’une trappe afin de permettre des investigations ultérieures et surtout pour que le chantier puisse suivre son cours sans tarder davantage. Il reviendra ensuite au maître d’ouvrage, à savoir la Métropole, de décider du sort de cette caverne joliment concrêtionnée, découverte par le plus grand des hasards grâce au percement de cette galerie technique destinée à apporter aux Ciotadens l’eau issue de la Durance, alors même que de l’eau circule en abondance à travers les interstices de ce massif, comme en témoigne l’importance du volume de vide créé au fil des millénaires du fait de ces infiltrations naturelles…

L.V.  

Au Mexique aussi les explorations se poursuivent…

20 janvier 2018

Alors que les spéléologues de l’association Cassis, les rivières mystérieuses, poursuivent leurs explorations pour tenter de remonter les deux rivières souterraines du Bestouan et de Port-Miou, envisageant désormais la réalisation d’un forage pour explorer le puits terminal situé à 3 km de l’exutoire du Bestouan, voilà que leurs collègues mexicains viennent de faire un grand pas en avant dans la connaissance de réseaux souterrains ennoyés dans la région du Yucatan.

Gran Cenote près de Tulum, site touristique très prisé…

Comme en Provence calcaire, ce secteur du Yucatan est un massif karstique dans lequel les circulations d’eau souterraines ont créé des galeries souterraines par dissolution progressive du calcaire sous l’effet de l’acidité des eaux. Lorsque le toit de ces galeries s’effondre, on observe en surface la formation de vastes puits ou avens, connus localement sous le nom de cénotes. Certains de ces effondrements se forment sous la surface d’un plan d’eau (lac, lagune ou même dans la mer), et ne sont alors visibles sur sous la forme de tâches plus foncées, trous bleus ou trous noirs selon leur perception…

Les Mayas, qui occupaient la péninsule du Yucatan avant l’arrivée des Espagnols, connaissaient bien ces puits naturels donnant accès à de vastes réserves d’eau douce (et parfois salée lorsque les réseaux karstiques communiquement avec la mer, comme c’est le cas aussi à Port-Miou). Ils les utilisaient comme source d’approvisionnement en eau potable. Mais, ils les considéraient également comme des bouches d’accès permettant d’entrer en communication avec les dieux de l’infra-monde, d’où l’origine du mot cénote qui dérive d’un ancien vocable maya signifiant « puits sacré ». Ils s’en servaient donc aussi comme lieux de sacrifice et y jetaient des offrandes et autres victimes expiatoires, ce qui, dans notre conception hygiéniste moderne, paraît bien peu approprié…

Salle ornée de concrétions dans le réseau de Sac Actun (source : Feel the planet)

Toujours est-il que ces cénotes et les réseaux de galeries souterraines noyées qui les relient constituent un immense terrain de jeu pour les spéléologues et les archéologues qui les explorent depuis des années. L’un d’entre eux, le plongeur allemand Robert Schmittner, qui réside au Yucatan depuis maintenant 20 ans et dirige le projet intitulé Gran Acuifero Maya (GAM), explore ainsi depuis des années les réseaux sub-aquatiques autour de la cité balnéaire de Tulum. Il vient de faire la une de très nombreux médias en annonçant, le 15 janvier 2018, avoir réalisé la jonction entre deux réseaux désormais reliés entre eux, ce qui en fait la plus vaste grotte noyée du monde avec pas moins de 347 km de galeries connues !

Progression de plongeurs de l’équipe du GAM dans les galeries de Sac Actun (photo © Herbert Mayrl / GAM via Reuters)

Jusque-là, le réseau de Sac Actun, situé au nord de Tulum, était le deuxième plus vaste système subaquatique exploré au monde avec déjà 262 km de galeries, juste derrière un autre réseau de 269 km, situé dans la même région mais plus au sud et dénommé Ox Bel Ha. Quant au second réseau exploré par les équipes du GAM, connu sous le nom de Dos Ojos, il s’agissait d’un vaste labyrinthe de près de 84 km de longueur cumulée, qui se classait à la quatrième place mondiale. La jonction réalisée entre ce dernier système et celui de Sac Actun montre que les deux ne constituent qu’un seul et unique réseau qui prend désormais le nom du plus grand des deux.

Et le mouvement n’est sans doute pas fini car Robert Schmittner compte bien poursuivre ses explorations. Rien que dans le nord-est de l’État de Quintana Roo où se situe le réseau karstique ennoyé de Sac Actun, on a répertorié pas moins de 358 réseaux subquatiques accessibles, représentant à ce jour un linéaire total de 1 400 kilomètres !

Plongeur de l’équipe du GAM à Sac Actun (photo © Herbert Mayrl / GAM via Reuters)

Outre l’intérêt spéléologique et hydrologique d’une telle découverte de la plus grande grotte noyée du monde, cette meilleure connaissance des réseaux souterrains du Yucatan est une aubaine pour les paléontologues, archéologues et autres anthropologues. On retrouve en effet dans ces galeries noyées et au fond des puits qui en donnent accès, de très nombreux vestiges, ossements animaux et humains, mais aussi poteries et objets sacrificiels mayas qui permettent d’en savoir toujours davantage sur l’histoire de la région et les différentes civilisations qui s’y sont succédées.

Crâne de Naia découvert en 2007 (photo © Roberto Chavez ARCE / AFP )

C’est ainsi qu’a été retrouvé en 2007, dans les eaux du gouffre de Hoyo Negro (en français « trou noir »), un aven de 43 m de profondeur qui fait partie du réseau de Sac Actun, le squelette de Naia, une jeune fille de 15 à 16 ans qui vivait dans la région il y a environ 13 000 ans, en plein âge glaciaire, et qui était malencontreusement tombée au fond du gouffre où elle s’était noyée.

A l’époque, avant la fin de la dernière glaciation, le niveau de la mer était plus bas d’environ 120 m et du coup les grottes du Yucatan n’étaient pas ennoyées à leur niveau actuel si bien que l’accès au puits se faisait à pied sec. Outre ses restes, l’aven abritait également des ossements de 26 autres mammifères terrestres dont un tigre à dents de sabre et un gomphothère, sorte d’éléphant préhistorique.

Selon Le Monde, la découverte n’avait été annoncée qu’en mai 2014 par l’Institut mexicain d’anthropologie et d’histoire, à l’issue de nombreuses analyses. De fait, la découverte des restes particulièrement bien conservés de cette jeune fille de 13 000 ans s‘est révélée très enrichissante sur le plan scientifique car les populations amérindiennes indigènes de cette période étaient des groupes nomades peu nombreux et leurs vestiges ne sont donc pas si fréquents. L’analyse génétique de l’ADN mitochondrial de Naia a permis ainsi de confirmer d’une part son origine asiatique et d’autre part son apparentement aux actuels indiens d’Amérique malgré des différences morphologiques qui traduisent simplement les évolutions génétiques subies depuis que ces peuplades, venues de Sibérie par le détroit de Behring, se sont lentement répandues sur l’immense territoire américain. Des conclusions qui corroborent d’ailleurs celles issues de l’analyse d’un autre squelette découvert dans le Montana, plus ou moins contemporain de Naia et également issu d’une souche de population sibérienne.

Une chose est sûre, les grottes ennoyées du Yucatan, tout aussi mystérieuses que celle de Cassis, n’ont pas fini de livrer tous leurs secrets…

L.V.  

Rivières mystérieuses de Cassis : les explorations se poursuivent…

22 avril 2017

En octobre 2015, une conférence organisée par le Cercle progressiste de Carnoux et animée par l’association Cassis, la rivière mystérieuse, avait attiré plus de 120 personnes pour visionner deux films spectaculaires présentés par Gérard Acquaviva et Louis Potié. Un succès qui s’explique largement par la fascination qu’exerce l’exploration en cours de ces deux résurgences en mer d’eaux douces, connues vraisemblablement depuis l’Antiquité mais dont on commence seulement à mieux appréhender les cheminements souterrains.

Emplacement des sources de Port-Miou et du Bestouan (source KarstEAU)

Au cours de l’année 2016, les explorations de ces conduits karstiques noyés, parcourus et cartographiés désormais sur plusieurs kilomètres et qui débouchent en mer, se sont poursuivies avec notamment plusieurs campagnes de plongée en avril et mai 2016 organisées en présence du plongeur professionnel Xavier Méniscus, qui avait battu en juillet 2015 un record européen de plongée spéléologique en descendant à -262 m dans un gouffre des Corbières.

Matériel utilisé pour la plongée de Xavier Méniscus à Port-Miou le 28 mai 2016

A Port-Miou, le 28 mai 2016, il est descendu à -145 m dans le grand puits terminal (qu’il avait exploré en 2012 jusqu’à -223 m), un puits qui se situe en amont de la galerie d’entrée, à un peu plus de 2 km du débouché en mer, dans la calanque de Port-Miou. Plusieurs vidéos ont été tournées à cette occasion, par Michael Walz et Fred Swierczynski. Le montage de ces images sous-marine donne une bonne idée de la nature de telles expéditions et de la sophistication du matériel nécessaire pour s’engager dans une telle entreprise.

Plongée dans la galerie naturelle de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit les plongeurs se faufiler à travers les buses du barrage anti-sel qui avait été construit dans les années 1970 à une période où l’on espérait pouvoir exploiter un jour cette résurgence d’eau douce en la protégeant des remontées d’eau saline. Depuis, les investigations effectuées par les universitaires du programme KarstEAU, sous la conduite de Bruno Arfib, ont permis de comprendre que d’autres intrusions salines plus profondes permettaient à l’eau de mer de contourner ce barrage.

Coupe schématique de la résurgence de Port-Miou (document extrait de la plaquette Les rivières de Cassis)

Les images tournées à l’occasion de ces plongées récentes donnent une bonne idée de la taille de la galerie principale dans laquelle évoluent les plongeurs, et surtout de l’ampleur du puits qui se développe à l’extrémité de cette galerie.

Plongée dans le puits de Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

On y voit aussi un plongeur déverser de la fluorescéine dans la galerie fin de réaliser une mesure de débit (par suivi de la dilution).

Essai de coloration à la fluorescéine à Port-Miou (extrait d’une vidéo réalisée par Fred Swierczynski en avril 2016)

En avril 2017, de nouvelles plongées viennent d’avoir lieu, toujours dans la galerie de Port-Miou, qui ont notamment permis d’installer deux fluocapteurs à charbon actif qui devraient permettre de détecter finement toute trace de fluorescéine en vue de nouvelles tentatives de coloration.

Car dans le même temps, les explorations spéléologiques continuent depuis la surface du plateau calcaire, afin de tenter de repérer des voies d’accès terrestres vers l’amont de ces galeries souterraines noyées. En 2015, les spéléologues concentraient beaucoup d’espoir sur le gouffre de la Gorguette qui se situe juste en contrebas de la route départementale, dans la descente entre Carnoux et Cassis. Un essai de coloration y a donc été tenté en octobre 2015, avec l’aide des pompiers pour apporter la charge de dilution nécessaire. Mais grande fut la déception de tous les acteurs de cette expérience car aucune trace de colorant n’a pu être détectée ni dans la résurgence du Bestouan ni dans celle de Port-Miou.

Extrait d’un article de La Provence du 31 octobre 2015 relatant la tentative de coloration depuis le gouffre de la Gorguette

Depuis, les efforts se concentrent donc sur deux autres avens situés à proximité l’un de l’autre, au dessus du Mussuguet, en bordure du camp militaire de Carpiagne, de part et d’autre de la limite administrative du parc National des Calanques (ce qui ne facilite pas les autorisations pour y intervenir !).

Tête de l’aven Mussuguet 3

Le premier, dit Mussuguet 3 de son petit nom, est un puits vertical de 32 m de profondeur dont le fond est obstrué d’éboulis argileux et où la présence de caz carbonique oblige à prendre de nombreuses précautions. Persuadés que cet aven se prolonge en profondeur, les spéléologes s’acharnent depuis 2013 à déblayer le fond du gouffre de ces blocs éboulés. En février 2015, alors qu’ils avaient réussi à approfondir de quelques mètres le fond du trou, une première coloration a montré que ce point d’infiltration naturel était bien en lien direct avec la galerie de Port-Miou située juste en dessous puisque la fluorescéine a été détectée au barrage de Port-Miou 43 heures plus tard, après avoir parcouru environ 3,5 km en souterrain.

Equipement du Mussuguet 3 pour sa désobstruction (photo MV, 18 octobre 2015)

Cette bonne nouvelle a dopé les espoirs des spéléologues qui ont donc redoublé d’efforts, équipant à demeure le puits d’un portique métallique pour y suspendre le treuil destiné à remonter les déblais. Fin 2016, après de nombreux week-end passés à se relayer au fond du puits pour remplir des seaux d’argile, la profondeur de l’aven atteignait 44,15 m. Un travail de fourmi donc qui devra encore se poursuivre sachant que chaque seau remonté à la surface au prix d’efforts qui forcent l’admiration ne permet de faire baisser le fond du puits que de 1,3 cm en moyenne…

Quant à l’aven du Sumac, découvert en 2014 et situé à une centaine de mètres du précédent, il fait lui aussi l’objet d’un travail de forçat pour le désobstruer car il était totalement rempli de pierres lors de sa découverte. Le travail de déblaiement est d’ailleurs plutôt plus rapide dans ce dernier car les éboulis ne sont pas aussi argileux.

L’entrée du Sumac soigneusement protégée

En mai 2015, après avoir remonté plus de 2600 seaux de pierres, les spéléologues avaient ainsi atteint la profondeur de 12 m. Un an plus tard, alors que le fond du puits principal s’établissait à 19 m de profondeur, une diaclase secondaire a été repérée, laissant espérer un prolongement au moins jusqu’à la profondeur de 41 m. Le suspens se poursuit donc et tout laisse espérer que de nouvelles découvertes devraient permettre d’en savoir bientôt davantage sur ces fameuses rivières mystérieuses de Cassis et sur le réseau de conduits karstiques qui les alimentent depuis un vaste espace calcaire qui englobe probablement tout le massif du Beausset et peut-être même au-delà.

Rendons hommage en tout cas à ces passionnés qui se retrouvent tous les week-end pour progresser, centimètre par centimètre, pierre à pierre, seau après seau, dans la connaissance de ces réseaux souterrains qui se déployent sous nos pieds, aux portes de Carnoux.

L.V.  

Grosse affluence pour les rivières souterraines de Cassis !

17 octobre 2015

AfficheConfRivieres_A4La salle du Clos Blancheton n’avait pas assez de chaises pour accueillir les 120 personnes qui sont venues mardi 13 octobre 2015 assister à la dernière conférence organisée par le Cercle Progressiste Carnussien, en collaboration avec l’association Cassis : la rivière mystérieuse. Il a fallu aller chercher des sièges supplémentaires et certains sont restés debout pour regarder les deux films présentés successivement par Louis Potié et Gérard Acquaviva, respectivement ancien et actuel présidents de l’association basée à Cassis depuis 2006.

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Un public nombreux et captivé pour cette conférence du CPC

Il faut dire que le sujet avait de quoi attirer l’attention puisqu’il s’agissait d’explorer les mystères de ces deux rivières d’eau douce qui débouchent en mer, l’une à la sortie de la calanque de Port-Miou et l’autre au Bestouan, à l’issue d’un long parcours souterrain au cœur des plateaux calcaires qui bordent Carnoux.

Carte de 1706 indiquant l'existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Carte de 1706 indiquant l’existence de la rivière souterraine de Port-Miou

Connues vraisemblablement depuis l’antiquité, ces arrivées d’eau souterraines qui contribuent à rafraîchir l’été les eaux de baignade sur la plage du Bestouan, ont été étudiées dès le début du dix-huitième siècle. Mais les conduits karstiques par où transitent ces écoulements n’ont pu être explorés sérieusement qu’à partir de 1956, avec le développement des scaphandres autonomes. Blog_Plongeur1

Ce sont les péripéties de cette longue exploration que raconte le film de 26 mn présenté par Gérard Acquaviva. On y suit la lente progression des plongeurs qui peu à peu, au prix d’efforts incroyables et malgré le danger (un biologiste américain y trouvera la mort en plongée le 20 mars 1960), dessinent les contours de ces deux rivières souterraines noyées qu’ils remontent à contre-courant depuis la mer.

L’autre film, réalisé en 1973 par Paul de Roubaix et joliment intitulé Le fleuve de la nuit, retrace les premières explorations de la rivière souterraine de Port-Miou et les tentatives d’exploitation de ces ressources en eau, à l’initiative du Syndicat de recherches de Port-Miou. Ce dernier, créé en 1964 et présidé alors par Louis Potié au nom de la Société des Eaux de Marseille, avait aménagé un forage au droit d’une poche d’air située à plus de 500 m du débouché en mer, afin de faciliter l’accès à la galerie de Port-Miou.

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

Louis Potié à Carnoux le 13 octobre 2015

A l’époque, la DATAR envisageait que la population de Marseille allait passer d’ici l’an 2000 de 700 000 à 2 millions d’habitants, ce qui exigeait de rechercher à tout prix de nouvelles sources d’approvisionnement en eau potable. Un barrage a alors été coulé en place afin d’empêcher les remontées d’eau salée par la galerie, ce qui a représenté un véritable exploit technique et humain, une épopée que le film retrace avec beaucoup de lyrisme. Des mesures de débit et de salinité réalisées dans les années qui ont suivi ont confirmé l’efficacité de l’ouvrage. Mais des infiltrations plus profondes provoquent un apport non contrôle d’eau salée, de telle sorte que l’utilisation pour une alimentation en eau potable exigerait un traitement complémentaire. Depuis, les transferts d’eau depuis la Durance et le Verdon se sont renforcés tandis que les projections démographiques de la DATAR se sont révélées infondées, ce qui explique que les projets d’exploitation ne se soient pas poursuivis au delà de la fin des années 1970.

Plongée de Marc Douchet en 1992

Plongée de Marc Douchet en 1992

Même si pour l’instant il n’est plus question d’exploiter ces ressources en eau, l’exploration des réseaux souterrains se poursuit. Le travail des plongeurs a permis de remonter la rivière de Port-Miou sur une distance de 2 230 m. Le plancher de cette longue galerie naturelle se situe en moyenne entre 30 et 40 m sous le niveau de la mer mais atteint en son point terminal 178 m sous le niveau actuel de la mer, ce qui s’explique par le fait que ces conduits souterrains ont été creusés à une période où le niveau de la Méditerranée avait considérablement baissé par rapport à son niveau actuel (pendant la phase messinienne, il y a environ 10 millions d’année, la mer Méditerranée s’était d’ailleurs totalement asséchée !). La dernière tentative dans ce puits terminal a même atteint, en juin 2013, au terme d’une plongée qui a durée pas moins de 21 heures, la profondeur incroyable de 223 m !

Blog_CoupePortMiou

Quant à la rivière du Bestouan, le développement total des galeries explorées atteint désormais 3 750 m, qui se situent pour l’essentiel à faible profondeur, entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer.

Blog_CoupeBestouan

Plusieurs essais de coloration ont été effectués afin de mettre en évidence des liens entre ces circulations souterraines et des zones d’infiltration sur le plateau calcaire en amont, en particulier au niveau du poljé de Cuges-les-Pins, mais sans grand succès. En revanche, un lien avec un gouffre situé dans la montée de Ceyreste s’est révélé positif, ce qui confirme que ces résurgences sont en réalité des exutoires du vaste système aquifère du Beausset qui alimente notamment les sources de Dardennes au dessus de Toulon. Le projet scientifique KarstEAU, piloté par l’université d’Aix-Marseille, poursuit ses investigations pour mieux comprendre le fonctionnement de ces aquifères karstiques qui s’étendent sous le massif de la Sainte-Beaume et dont la valeur stratégique commence à être reconnue.

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Gérard Acquaviva au bord du gouffre GL12 découvert en 2003

Des explorations spéléologiques sont aussi en cours afin de rechercher des accès vers les rivières souterraines depuis certains avens qui s’ouvrent en particulier sur le plateau de Carpiagne et au Mussuguet. Une coloration effectuée en 2014 depuis un des gouffres du Mussuguet est bel et bien ressortie au Bestouan, ce qui justifie les gros efforts que font actuellement les spéléologues pour tenter de désobstruer le fond de ce puits naturel encombré d’éboulis. Une autre coloration est prévue très prochainement dans le gouffre de la Gorguette qui s’ouvre juste en contrebas de la route départementale, dans la montée entre Cassis et Carnoux.

Espérons que tous ces efforts contribueront à lever le voile sur le mystère qui plane encore sur ces écoulements souterrains qui drainent le plateau calcaire sous nos pied. Peut-être qu’une meilleure connaissance de ces ressources en eau souterraines sera bien utile pour apporter un jour des compléments à notre système actuel d’approvisionnement en eau potable qui dépend largement de ressources exogènes…

L.V.  LutinVertPetit

Petit rappel : la conférence sur les rivières de Cassis approche…

6 octobre 2015

Comme nous l’avions déjà annoncé ici, la prochaine conférence du Cercle Progressiste Carnussien sur le mystère des rivières souterraines de Cassis se tiendra la semaine prochaine à Carnoux-en-Provence, mardi 13 octobre 2015, à partir de 18h30, dans la salle du Clos Blancheton, située au dessus du nouveau parking, en haut de la rue qui passe entre la mairie et l’hostellerie de la Crémaillère.

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Un film sera présenté par l’association « Cassis, rivières mystérieuses » et la séance sera animée par le président de l’association Gérard Acquaviva, ainsi que l’ancien président Louis Potié et un plongeur ayant participé aux explorations des rivières depuis leur exsurgence en mer, probablement Marc Douchet.

Venez nombreux découvrir ce monde mystérieux et encore en exploration des rivières souterraines de Cassis. L’entrée est libre et gratuite.

Bientôt une conférence sur les rivières souterraines de Cassis

2 septembre 2015

Trois ans après la création du Parc national des Calanques et alors que se déroule l’enquête publique en vue d’une prolongation éventuelle des rejets d’effluents toxiques d’Altéo au large de Cassis, le Cercle Progressiste Carnussien organise sa prochaine conférence sur le thème des rivières souterraines mystérieuses qui parcourent le massif calcaire en profondeur et vont se déverser en mer.

Source sous-marine de Port-Miou en crue

Source sous-marine de Port-Miou en crue

C’est une association basée à Cassis et qui porte le nom charmant de « Cassis : la rivière mystérieuse » qui s’attache depuis des années à mieux connaître ces circulations d’eau souterraines à l’origine d’arrivées en mer d’eau douce. Deux sources sous-marines sont ainsi connues depuis plusieurs siècles au large de Cassis : l’une située au Bestouan, sous la villa Le Rastoin, et l’autre à Port-Miou.

Les premières études scientifiques datent de 1706 mais c’est surtout avec le développement des scaphandres autonomes que leur exploration a pu se réaliser, à partir de 1956 sous l’égide de l’Office français de recherches sous-marines. En 1964 est créé le Syndicat de recherches de Port-Miou (SRPM) qui imagine d’exploiter ces arrivées d’eau douce à des fins d’alimentation en eau potable. La SEM (Société des eaux de Marseille) et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) s’associent, avec l’aide notamment du bureau d’études Coyne et Bellier et des entreprises Solétanche et la Comex, afin de réaliser des barrages dans la galerie noyée de Port-Miou pour empêcher les remontées d’eau saline.

PhSpéléonauteCes travaux titanesques connaîtront de multiples vicissitudes et l’on s’apercevra au fil du temps que capter ces arrivées d’eaux douces en empêchant tout mélange avec les remontées d’eaux salées n’est pas si simple qu’il n’y paraît dans un massif calcaire karstifié en profondeur où les eaux circulent librement, parfois avec des débits colossaux… Pour s’y retrouver, il faut sans cesse repousser les limites de l’exploration qui se fait dans des conditions extrêmes de plongées souterraines particulièrement dangereuses.

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

Report du tracé de la rivière souterraine de Port-Miou

A Port-Miou, la galerie principale a ainsi été reconnue sur plus de 2 km et on y a plongé dans un puits jusqu’à la profondeur de 178 m sous le niveau de la mer. Les spéléologues recherchent désormais des accès terrestres à la partie amont de la galerie et fondent leurs espoirs sur un gouffre déjà exploré jusqu’à une profondeur d’une quarantaine de mètres… Quant à l’émergence du Bestouan, plus de 4 km de galeries ont été explorées, à des profondeurs variant entre 10 et 30 m sous le niveau de la mer. Le point le plus éloigné a été atteint en 1991 à 2 650 m de la grotte noyée, mais là aussi les explorations se poursuivent pour rechercher d’éventuels accès terrestres.

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C’est donc un véritable feuilleton riche en rebondissements que viendront évoquer prochainement à Carnoux Gérard Acquaviva, actuel président de l’association Cassis, la rivière mystérieuse, mais aussi Louis Potié, précédent président de l’association et ancien gérant de la SRPM, et Claude Touloumoudjan, plongeur réputé qui a participé activement aux explorations des galeries.

Leur intervention, qui sera accompagné d’un film retraçant cette épopée, aura lieu au Clos Blancheton (derrière la mairie de Carnoux, au bout de la rue Tony Garnier) mardi 13 octobre 2015 à 18h30. L’entrée est libre et gratuite comme pour toutes les conférences du Cercle : avis aux amateurs !

L.V.  LutinVertPetit