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Photovoltaïque : à l’ombre des tulipes en fleur…

9 octobre 2017

L’irrigation des vignes, une pratique en plein développement

Avec le réchauffement climatique qui se profile, les conditions climatiques méditerranéennes sont en train d’évoluer et les mesures d’adaptation sont d’ores et déjà indispensables, en particulier dans le monde agricole. Les viticulteurs utilisent de plus en plus l’irrigation au goutte-à-goutte dans leurs vignes, encouragés en cela par les producteurs d’eau brute qui y voient là un débouché commercial juteux. Les pratiques culturales elles-mêmes évoluent avec un développement des bandes enherbées entre les rangs de vigne pour limiter les risques d’érosion lors des violents orages qui risquent de se multiplier à l’avenir.

Parallèlement, on assiste à la mise en œuvre de pratiques encore expérimentales qui consistent à installer des panneaux photovoltaïques dans les champs, au milieu des cultures, pour produire de l’électricité verte tout en participant à l’ombrage des parcelles qui sinon seraient grillées par le soleil.

La méthode paraît de prime abord plutôt farfelue puisqu’on sait que les végétaux pour se développer ont principalement besoin de lumière, moteur essentiel de la photosynthèse. Mais dès 1981, des chercheurs allemands ont imaginé installer des panneaux photovoltaïques au milieu des champs en calculant que, si on les place à une hauteur suffisante au dessus du sol et moyennant un espacement adapté, leur impact sur le rayonnement solaire au sol est tout à fait acceptable.

Une telle disposition permet bien entendu de valoriser au maximum l’espace agricole puisqu’on ne se contente pas d’y faire pousser des choux, des carottes ou du colza, mais qu’on peut en même temps y produire de l’électricité. Mais en réalité, l’idée est encore plus astucieuse qu’il n’y paraît et s’apparente plutôt au concept de l’agroécologie et des cultures étagées, mis en valeur par des générations de paysans à travers le monde.

Globalement, la photosynthèse augmente avec le niveau de radiation solaire, mais on observe expérimentalement un palier au-delà duquel toute augmentation d’irradiation n’a plus d’effet, sinon d’augmenter l’évapotranspiration jusqu’à conduire dans certains cas au flétrissement. D’où l’idée d’utiliser les panneaux photovoltaïques comme des ombrières qui se déploient au-delà de ce point pour protéger les cultures une fois qu’elles ont eu leur dose optimale de rayonnement solaire.

Dispositif test mis en place par le Japonais Akira Nagashima (source : renewable energy world)

C’est cette idée qu’a mise en pratique dès 2004 le Japonais Akira Nagashima, ex-ingénieur en machinisme agricole, en bricolant une sorte de pergola constituée de panneaux photovoltaïques espacés, posés sur une structure métallique légère facilement démontable. Ses essais ont montré qu’il fallait laisser au moins deux-tiers de vide non ombragé entre les panneaux pour en optimiser l’efficacité. Encouragé par le Ministère de l’agriculture le procédé tend à se développer au Japon où il apporte aux maraîchers un complément substantiel de revenus.

Dispositif expérimental installé dans le cadre du projet Sun’Agri

En France, l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) s’intéresse également à cette pratique et travaille depuis 2009 avec la société française Sun’R, à un programme de recherche dénommé Sun’Agri. Objectif affiché : développer « l’agrivoltaïque dynamique », rien de moins… Pour rester simple, il s’agit simplement d’optimiser au mieux la cohabitation entre les cultures au sol et les panneaux photovoltaïques situés à plus de 4 m de hauteur pour ne pas gêner le passage des engins agricoles.

Ces panneaux permettent la production électrique comme revenu secondaire pour l’agriculteur mais participent également à l’optimisation de la production agricole. En effet, un système astucieux de pilotage permet d’orienter à volonté les panneaux pour assurer un ombrage minimal au sol pendant les phases de photosynthèse, plus important lors des grandes chaleurs, et total (en plaçant les panneaux à plat comme une toiture) pour assurer une protection contre les gelées nocturnes hivernales.

Plus près de chez nous, la société Agrivolta, créée en 2016 par un ancien horticulteur de Rousset, Christian Davico, et sa fille, et installée dans l’incubateur d’entreprises CleanTech, sur le plateau de l’Arbois à Aix-en-Provence, s’investit également sur ce créneau. Comme le raconte La Provence, c’est sa propre expérience de producteur qui l’a conduit sur cette voie, afin de proposer des solutions techniques qui permettent en même temps de protéger les cultures florales, particulièrement vulnérables aux aléas climatiques, contre les excès d’ensoleillement et contre les gelées, mais aussi contre les orages violents et la grêle, là encore en utilisant des panneaux photovoltaïques orientables montés sur portiques et qui pourraient même être pilotés à distance par les équipes techniques de la jeune start-up afin d’en optimiser la disposition.

Récompensée en septembre 2017 par le premier prix de l’innovation remis dans le cadre des Smart City Innovation Awards par La Tribune et Aix-Marseille French Tech, la jeune entreprise aixoise vient de signer un premier contrat prometteur avec le SCRADH, le Syndicat du centre régional d’application et de démonstration horticole. Créée en 1984 et basé à Hyères-les-palmiers, cette station expérimentale spécialisée dans la filière des fleurs coupées est affiliée à l’Institut technique de l’horticulture (ASTREDHOR) et emploie 14 personnes au bénéfice de ses 180 adhérents, pour développer des techniques innovantes de production en plein champ, sous serres et hors-sol.

Vue du prototype d’Agrivolta à Hyères (photo DR – La Provence)

A Hyères, les expérimentations pilotées par le SCRADH viseront dans un premier temps à étudier l’effet de l’ombrière photovoltaïque intelligente brevetée par Agrivolta sur un champ de pivoines, et ceci sur une durée de 3 ans. L’objectif n’est pas seulement de faire rougir les pivoines mais plus prosaïquement d’évaluer l’impact du dispositif sur les rendements agricoles et les consommations d’eau. Après les ombrières photovoltaïques sur les parkings de gare et de supermarchés, et bientôt peut-être sur les canaux de la Société du Canal de Provence, voila qu’on va peut-être devoir s’habituer aussi à en voir fleurir au milieu des parcelles agricoles…

L.V.  

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Draguignan : l’assassin du chat dort en prison…

3 octobre 2017

Alors que l’assassin du petit Grégory, retrouvé pieds et poings liés, noyé dans la Vologne, le 16 octobre 1984, n’a toujours pas été identifié, il arrive que la police française ait plus de succès dans ses investigations criminelles. Ayons donc l’honnêteté de le reconnaître et de saluer comme il se doit cette belle réussite des forces de l’ordre de Draguignan qui, à l’issue d’une enquête approfondie et dans une affaire fortement médiatisée également, ont réussi, non sans mal, à identifier en quelques mois le coupable d’un crime particulièrement odieux et à le traduire devant la justice où il vient d’être sévèrement jugé comme il se doit, avant d’être immédiatement incarcéré.

L’affaire remonte dans la nuit du 30 au 31 mai 2017. Au petit matin, une habitante du centre de Draguignan et son fils découvrent horrifiés le corps sans vie de C., un SDF bien connu de tous les habitants du quartier qui lui donnaient régulièrement à manger. Le pauvre a été affreusement torturé. Il a le crâne ouvert et les yeux sont sortis des globes oculaires sous l’effet de la violence des coups qu’il a reçus. L’autopsie révélera des lésions graves à la boîte crânienne, des ecchymoses sur tout le corps et des vertèbres retournées : un vrai massacre.

Tout le quartier est en émoi d’autant que la victime était bien connue de la plupart des riverains. Dans cette ville dont le centre ancien tend à se paupériser et où le Front National fait des scores fleuves, on accuse aussitôt des bandes de jeunes loubards désœuvrés qui se seraient acharnés sur la pauvre victime, confirmant une fois de plus le climat de violence extrême et d’insécurité auquel serait désormais confrontée la population de cette belle cité varoise.

Mobilisation devant l’hôtel de ville de Draguignan le 17 juin 2017 (source © Var Matin)

Alors que la police commence son enquête, un habitant du quartier, Christopher Bianconi, ouvre immédiatement une page Facebook pour appeler à se mobiliser et lance dans la foulée une pétition sur le site change.org. Le succès est immédiat et ce sont au total 266 176 signatures qui seront recueillies en quelques mois. Toute la presse locale est sur le pont. Var Matin fait état des prélèvements ADN qui ont été opérés sur le corps du supplicié et des rapides progrès de l’enquête qui mobilise une bonne partie des forces de l’ordre de la ville. France 3 diffuse de son côté un reportage alarmiste qui fait état de tortures atroces qui auraient été infligées à la pauvre victime.

Des associations se portent partie civile. Le 17 juin 2017, plus de 300 personnes se rassemblent devant l’hôtel de ville de Draguignan pour crier leur colère et appeler à un jugement sévère contre l’ignoble assassin alors toujours en cavale. La mobilisation dépasse rapidement les seules frontières du Var et le 23 juillet, on assiste à une nouvelle manifestation, cette fois sur le Vieux-Port à Marseille, pour réclamer justice. Grâce au miracle Facebook, d’autres rassemblements sont signalés partout en France, jusqu’à Lorient…

Manifestation sur le Vieux-Port de Marseille le 22 juillet 2017 pour défendre la mémoire de C. (photo © Lucas Valdenaire / Radio France)

Le 28 mai 2017 enfin, deux mois après les faits, Johnny M., un jeune homme de 28 ans, déjà connu pour des faits de torture animale et qui avait témoigné, ainsi que sa compagne, en accusant du meurtre des jeunes du quartier, finit par cracher le morceau : c’est lui qui a assassiné le pauvre C. en lui assénant de violents coups de pied avec ses chaussures de sécurité. Ici on n’est pas à Las Vegas et nul besoin d’armes de guerre sophistiquées pour faire régner la terreur dans les rues de Draguignan…

Le petit chat errant des rues, que tout le quartier appelait Chevelu, est mort sur le coup, sous la violence des coups portés. Le jeune homme justifie son acte odieux car il en avait tout simplement assez de voir l’animal pisser régulièrement sur son scooter. Il a été traduit devant le tribunal correctionnel de Draguignan le 15 septembre dernier, suscitant une nouvelle fois un fort rassemblement de partisans déchaînés de la cause animale.

Manifestation de soutien à la mémoire de la victime (photo © MAXPPP)

Sa condamnation à six mois de prison ferme, relatée avec force détail, y compris par certains médias nationaux, de 20minutes à FranceBleu, est plutôt sévère pour des faits de ce type, sans doute justifiée au moins autant par la forte mobilisation populaire suscitée par son geste, voire par la manière dont il a tenté de détourner les soupçon en baladant les policiers vers d’autres suspects, que par la violence de son geste.

Toujours est-il que l’assassin de Chevelu dort désormais en prison et que Christopher Bianconi vient de clôturer sa pétition tout en précisant bien qu’il ne s’associe pas nécessairement aux outrances de certains défenseurs de la cause animale particulièrement remontés dans cette sordide affaire et qui n’ont pas hésité à noircir encore le tableau en inventant des faits de torture quelque peu exagérés.

Reste quand même la question lancinante après ce dénouement heureux, tout à la gloire de la police et de la justice varoises : la mobilisation populaire pour inciter les forces de l’ordre à retrouver et à condamner sévèrement cet assassin auraient-elle été aussi forte si la victime SDF avait été un homme et pas un chat ? Il n’y a bien entendu pas la moindre raison de penser que ce n’aurait pas été le cas, quoique ?

L.V.

Le feu de Carnoux vu de l’espace…

17 septembre 2017

Le 19 août dernier, l’incendie qui a ravagé le versant boisé situé entre Aubagne et Carnoux, menaçant gravement plusieurs maisons situées en limite nord de Carnoux, le long de l’avenue Jean Bart, a laissé de sinistres traces. Plusieurs centaines d’hectares d’espaces boisés et de garrigues sont partis en fumée, laissant un paysage noirci de cendres et d’arbres calcinés qui rappellera pour de longs mois le souvenir de cet événement. Trois semaines plus tard, lorsque les premières grosses pluies de la saison se sont abattues sur Carnoux, la forte odeur de brûlé a brutalement envahi toute la ville, comme un ultime rappel du sinistre qui a bien failli transformer toute la ville en un gigantesque brasier…

Zones brûlées sur les hauteurs de Carnoux (photo prise le 27 août 2017)

Il suffit de se promener sur les hauteurs de Carnoux comme chacun ou presque l’a fait depuis cette date pour observer les ravages du feu. Mais lorsqu’on prend un peu de hauteur, l’effet est d’autant plus saisissant. Un des outils permettant une telle observation est la famille de satellites Sentinel, qui constituent le volet spatial du programme Copernicus initié par l’Union européenne. Le déploiement de cette batterie de satellites européens, commencé il y a maintenant une dizaine d’années, est encore en cours mais plusieurs satellites sont d’ores et déjà opérationnels.

Le premier, Sentinel-1A, avait été lancé de Kourou le 3 avril 2014 et a bien failli exploser en vol avant même de pouvoir déployer ses capteurs, tout ça à cause d’un banal accident de la circulation. Heureusement, les opérateurs de l’agence spatial européenne avaient alors réussi, grâce à un léger coup d’accélérateur bien placé, à éviter de justesse le satellite américain Acrimsat, qui passait malencontreusement par là au mauvais moment. Les routes de l’espace sont plus dangereuses qu’on ne le croit…

Vue du satellite Sentinel 2 (source © ESA/ATG medialab)

Depuis, d’autres satellites ont été déployés : le petit frère, Sentinel-1B, en avril 2016, mais aussi les deux sœurs jumelles Sentinel-2A, lancé le 23 juin 2015 par Véga depuis Kourou et Sentinel-2B, qui vient de s’envoler depuis Baïkonour le 7 mars 2017, propulsé par le lanceur russe Rockot. Ce sont ces deux derniers satellites qui nous intéressent tout particulièrement car ils disposent de 13 bandes spectrales allant du visible au moyen infra-rouge et permettant de prendre des clichés avec une résolution de 10 à 60 m. A eux deux, ils permettent de couvrir la quasi totalité des terres émergées avec des prises de vues espacées de 5 jours seulement, ce qui en fait des mouchards particulièrement efficaces.

Les clichés pris dans l’infra-rouge sont surtout utiles pour analyser l’occupation des sols car cette technique permet notamment de mettre en évidence certaines distinctions qui n’apparaissent pas aussi clairement dans le spectre visible. Elle permet en particulier de détecter des différences de température mais aussi d’humidité des sols, de couvert végétal et bien d’autres éléments très utiles notamment dans l’agriculture et le suivi des catastrophes naturelles.

Vue satellite de l’incendie du 19 août entre Aubagne et Carnoux (7 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

Une partie des données issues de ces observations satellitaires étant en libre accès sur l’application Sentinel hub, il est assez aisé de rechercher, via un outil de visualisation ouvert à tous, des images d’archives prises par Sentinel 2. Celle du 7 septembre 2107 ne manque pas d’intérêt puisque prise quelques jours seulement après l’incendie qui est venu lécher la commune de Carnoux. Le cliché est assez spectaculaire car la restitution via l’exploitation de plusieurs canaux infrarouges met parfaitement en évidence les surfaces brûlées. On y décèle clairement le point de départ de l’incendie et sa propagation jusqu’aux portes de Carnoux, ainsi que les coupe-feux qui ont permis aux pompiers d’en stopper la progression.

Les plus curieux (et bien entendu les Varois) seront naturellement enclins à déplacer le curseur vers la droite de la carte, ce qui permet de mettre en évidence les foyers qui se sont déclarés cet été dans le département voisin qui a, cette année, payé un très lourd tribut avec 3 660 hectares de forêts ravagées par le feu en juillet-août 2017.

Vue satellite des deux incendies du 25 juillet et du 2 septembre aux alentours de La Londe-les-Maures, dans le Var (14 septembre 2017 – source © Sentinel hub)

 On y repère notamment les trois plus importants d’entre eux qui ont eu lieu le 24 juillet à la Croix-Valmer (518 ha) et à Artigues (1 704 ha) et le 25 juillet entre La Londe–les-Maures et Bormes-les-Mimosas (1 418 ha), suivi d’un autre qui s’est déclaré le 2 septembre entre Hyères et La Londe (460 ha). On est loin des chiffres de l’année 2003 où près de 19 000 hectares étaient partis en fumée dans le seul département du Var, causant la mort de 3 pompiers et de 4 autres personnes, mais ce nouvel été meurtier vient rappeler, si besoin était, à quel point les espaces méditerranéens sont vulnérables aux feux de forêt.

Vue satellite de l’incendie du 11 août dans le Cap Corse (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

Et si l’on prend la peine de se décaler un peu vers le sud-est jusqu’aux rivages corses, la photo satellite met en évidence d’autres zones calcinées, en particulier au droit du cap Corse. Une tâche noirâtre barre entre Pietracorbara et Sisco toute la largeur de ce que certains irrévérencieux ont comparé à un doigt d’honneur tendu vers la métropole : c’est la signature de l’incendie qui s’est déclenché près de Nonza, sur la côte ouest, dans la nuit du 10 au 11 août 2017 et qui a traversé le cap Corse dans toute sa largeur, brûlant au passage plus de 2000 ha de forêts et de maquis, et obligeant à évacuer pas moins d’un millier de personnes.

Un autre incendie est particulièrement visible sur ces images satellite et montre à quel point les habitations situés en lisière de zone boisée peuvent être exposées : il s’agit de celui d’Olmeta-di-Tuda qui a parcouru de l’ordre de 2200 ha entre le 24 et le 29 juillet et a été arrêté in extremis en bordure des lotissements de la zone très urbanisée de Biguglia, au sud de Bastia.

Vue satellite de l’incendie du 24 juillet au sud de Bastia (30 août 2017 – source © Sentinel hub)

De nombreuses autres images tout aussi spectaculaires sont visibles sur ce site, envoyées depuis l’espace par les satellites Sentinel, dont celles des récents cyclones qui ont ravagé les Antilles et le sud des États-Unis, venant opportunément nous rappeler à quel point les aménagements faits par l’Homme sont vulnérables face aux éléments naturels…

L.V.  

Région PACA : Estrosi relance la Formule 1 !

15 janvier 2017

Élu fin 2015 à la tête de la Région PACA, grâce au bienveillant retrait de son opposition de gauche, Christian Estrosi avait profité de ses vœux à la Presse, début 2016, pour rappeler ses priorités : douze chantiers, comme un certain Hercule avant lui, parmi lesquels la lutte pour l’emploi et la renégociation du Contrat de Plan avec l’État, ainsi qu’une remise à plat de la convention avec la SNCF en vue d’une réorganisation complète des transports ferroviaires régionaux. Ayant fait toute sa campagne sur le thème de la prétendue gabegie de l’équipe précédente en matière de gestion de affaires publiques, il assurait crânement : « je veux être le président qui fait des économies ».

Christian Estrosi présentant ses vœux à la Presse le 5 janvier 2017 (photo NG / La Provence)

Christian Estrosi présentant ses vœux à la Presse le 5 janvier 2017 (photo NG / La Provence)

Un an plus tard, le même Christian Estrosi, sans doute vexé par le jugement peu amène de son ami Sarkozy, vient de renouveler l’exercice de ses vœux à la Presse, le 5 janvier dernier, assurant d’un ton triomphaliste : « en un an, nous avons profondément changé la région. 80 % de nos engagements ont été tenus ou sont en cours de l’être ». Les habitants de la région PACA, où le taux de chômage dépasse encore 11,1 % au deuxième semestre 2016, l’un des plus élevés du pays après les Hauts-de-France, et tout particulièrement ceux qui empruntent chaque jour les TER de la région, dont le taux de retard et d’annulation bat tous les records, apprécieront sans doute cette embellie aussi exceptionnelle que soudaine et se demanderont peut-être avec angoisse à quoi va bien pouvoir s’occuper la majorité régionale au pouvoir, maintenant que l’essentiel de son programme a été déjà mis en œuvre.

Une des plus grandes réussites dont se targue le nouveau président de la Région, et qui marque effectivement une rupture évidente avec l’ancienne majorité, concerne les 14 millions qu’il se vante d’avoir investi pour permettre au circuit automobile du Castellet d’accueillir de nouveau le Grand Prix de Formule 1. Pour un responsable politique qui se gargarise de vouloir faire des économies en se recentrant sur les compétences obligatoires de la Région, voila une décision qui pourrait surprendre de prime abord…

Christian Estrosi alors pilote de moto

Christian Estrosi alors pilote de moto

Mais ce serait oublier que le parcours professionnel de Christian Estrosi, comme il le rappelle lui-même sur son site avec fierté, se résume en dehors de ses mandats électoraux, à la course motocycliste, se vantant même d’avoir été quatre fois champion de France de moto entre 1974 et 1979. Cette occupation en tout cas ne lui a pas permis de poursuivre ses études jusqu’au baccalauréat, d’où le surnom de « motodidacte » qui lui colle à la peau depuis qu’il s’est lancé en politique grâce à son mariage avec sa première femme, Dominique Sassone, fille d’un adjoint au maire de Nice et actuellement sénatrice. C’est ce mariage qui lui a permis de devenir lui-même adjoint aux sports en 1983 alors qu’il végétait dans sa concession Kawasaki, et ceci sous la houlette du regretté Jacques Médecin, malencontreusement condamné à 3 ans et demi de prison ferme pour de méchantes affaires de corruption et qui a préféré s’enfuir en Uruguay pour éviter de purger sa peine.

On conçoit aisément que le nouveau président du Conseil Régional PACA soit très attaché à ce circuit du Castellet où il a disputé sa première course en 1972 mais a été disqualifié en 1973 pour avoir bricolé son moteur très au-delà de ce qu’autorisait le règlement : déjà la tentation de forcer un peu le destin, une tendance naturelle qui le conduisit en 1993 à être déclaré inéligible pour avoir trafiqué ses comptes de campagne…

Vue aérienne du circuit Paul Ricard au Castellet

Vue aérienne du circuit Paul Ricard au Castellet

Ce mythique circuit du Castellet, auquel l’ancien motocycliste est si attaché, avait été créé en 1970 par Paul Ricard, un temps maire de la commune varoise de Signes et qui avait commencé par édifier un aéroport privé sur le vaste plateau calcaire s’étendant sur les territoires de Signes et du Castellet, entre Aubagne et Toulon. Le Grand Prix de Formule 1 y a été organisé de 1971 à 1990, avant d’être transféré sur le circuit de Magny-Cours, plus moderne, construit dans la Nièvre. Le Bol d’Or s’est également déroulé sur ce circuit de 1978 à 2000.

En 1999, c’est l’homme d’affaire britannique à la réputation sulfureuse, Bernard Ecclestone, qui rachète le circuit et le transforme en une piste ultra moderne réservée aux essais et courses privées. Il a fallu attendre 2008 pour que le circuit s’ouvre de nouveau au public et, en septembre 2015, le Bol d’Or y a été organisé, attirant près de 75 000 spectateurs. L’objectif affiché par Christian Estrosi est désormais que le circuit accueille également un nouveau Grand Prix de Formule 1 en 2018, cette étape française ayant disparu du championnat du monde depuis 2008.

Il faut dire qu’il peut compter pour cela sur l’aide du candidat à la présidentielle, François Fillon, ancien pilote automobile lui-même qui, lorsqu’il était Premier ministre en 2011, avait mis en place un processus destiné à faire revenir au Castellet une étape française du championnat du monde de Formule 1, en alternance avec le Grand Prix de Belgique qui se déroule sur le circuit de Spa-Francorchamp. C’est d’ailleurs le propre frère de François Fillon, Pierre, pharmacien de son état et président de l’Automobile Club de l’Ouest, malicieusement épinglé par le Canard enchaîné en 2014 pour rémunération irrégulière de fonctions bénévoles, qui organise les 24 heures du Mans : une affaire de famille en quelque sorte !

Christian Estrosi lors de la conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 dans les locaux de l'Automobile Club de France (photo R. Burgan)

Christian Estrosi lors de la conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 dans les locaux de l’Automobile Club de France (photo R. Burgan)

C’est en tout cas Christian Estrosi en personne qui est venu annoncer officiellement la bonne nouvelle lors d’une conférence de presse organisée le 5 décembre 2016 au siège de l’Automobile Club de France : le Grand Prix de France de Formule 1 aura bien lieu au Castellet à partir de 2018 et pour au moins 5 ans. Son organisation coûte la bagatelle de 30 millions d’euros, une misère, qui pourrait apporter, en contrepartie, de juteuses retombées touristiques pour les hôteliers et restaurateurs du coin. Cette modeste participation sera pour l’essentiel prise en charge par les collectivités territoriales, dont la Région qui s’engage donc à verser 14 millions au minimum : quand on aime, on ne compte pas…

Christian Estrosi au musée du sport à Nice, le 26 juin 2014 (photo © Maxppp)

Christian Estrosi au musée du sport à Nice, le 26 juin 2014 (photo © Maxppp)

Voilà en tout cas un signal politique fort de la part du Président de la Région PACA, en cette période où la plupart des responsables politiques s’inquiètent des conséquences du changement climatique et de la manière de convaincre chacun de modifier ses modes de vie et de déplacement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard. A l’instar d’un Donald Trump, Christian Estrosi confirme ainsi qu’il est bien éloigné de telles préoccupations et qu’il serait quand même dommage de se priver pour autant d’un beau spectacle de Formule 1. C’est d’ailleurs à ce genre de détail qu’on reconnaît un homme politique de talent qui n’hésite pas à accélérer le pas lorsqu’il se trouve au bord du gouffre…

L.V.  lutinvert1small