Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?

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Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Résultats par commune du 1er tour des régionales 2015 (infographie publiée dans La Croix)

Le premier tour des élections régionales du 6 décembre 2015 a fait l’effet d’une douche froide pour plus d’un électeur de gauche en région PACA comme dans le Nord-Picardie. Dans ces deux régions en effet où le Front National est arrivé largement en tête à l’issue du premier tour, voilà que les listes de gauche dont les scores ne sont pourtant pas ridicules, décident contre toute attente de se saborder et de se retirer avant même le deuxième tour, ne laissant à leurs électeurs d’autre choix qu’entre la peste et le choléra, voter pour le Front National ou pour la Droite soi disant républicaine mais dont le discours politique est à bien des égards aussi clivant et ultra-sécuritaire, le positionnement social largement aussi conservateur, et le programme économique beaucoup plus libéral que celui de l’extrême-Droite…

En région PACA, il est vrai que la stratégie de la Gauche était pour le moins périlleuse. La majorité sortante s’était offert le luxe de se présenter désunie alors que socialistes, écologistes et communistes travaillaient main dans la main depuis des années aux destinées du Conseil régional. Dans le cadre d’une élection au scrutin proportionnel à deux tours où il suffisait de recueillir 10 % des suffrages exprimés pour se maintenir au second tour, le raisonnement n’était pas absurde.

Vu le contexte politique général, les résultats ne sont guère brillants pour les candidats de gauche, mais pas non plus catastrophiques. En 2010, la liste socialiste conduite par Michel Vauzelle avait obtenu 25,8 % des suffrages au premier tour contre seulement 16,4 % à celle de Christophe Castaner en 2015. Mais ce sont surtout leurs alliés qui ont beaucoup perdu : en 2010, les écologistes avaient fait un score très honorable de près de 11 % tandis que le Front de Gauche dépassait les 6 %, alors que leur liste unie en 2015 a péniblement atteint 6,4 %, à peine davantage que la liste OVNI de l’Alliance écologiste indépendante…

Et pourtant, malgré ce score globalement décevant mais pas ridicule de la Gauche, force est de constater que la Droite n’a guère de raison de pavoiser : le score de la liste LR-UDI conduite par Christian Estrosi en 2015 est rigoureusement identique à celui de son prédécesseur Thierry Mariani en 2010 : 26,55 % des suffrages exprimés pour le premier contre 26,60 % pour le second !

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Marion Maréchal-Le Pen au soir du 1er tour des régionales le 6 décembre 2015 (photo B. Horvat / AFP)

Le grand vainqueur de ces élections est donc bien sans contexte le Front National qui remporte 40,7 % des suffrages dès le premier tour, sans même compter les quelques voix grappillées par l’Union des Droites de Jacques Bompard. En 2015, ce sont près de 700 000 électeurs de la région PACA qui ont voté dès le premier tour pour la jeune Marion Maréchal-Le Pen alors que son grand-père en 2010 n’avait recueilli, malgré sa notoriété et son expérience politique incontestables, que moins de 300 000 voix… La poussée du Front National peut difficilement être niée ! Sur la commune de Carnoux-en-Provence, le nombre d’électeurs du Front National a doublé entre 2010 et 2015, atteignant désormais 47,5 % des suffrages exprimés.

Face à une telle percée, il paraît désormais bien difficile de refuser à une telle majorité d’électeurs la possibilité d’exercer le pouvoir dans un régime démocratique. C’est pourtant ce à quoi s’emploie toute la classe politique, au point que le Parti socialiste a exigé de ses candidats qu’ils se désistent en faveur de la Droite dont ils combattent pourtant les idées, et ceci dans les trois régions où le FN est arrivé en tête au premier tour. Manuel Valls avait déjà annoncé la couleur avant même les élections mais il est pour le moins surprenant qu’il ait été suivi aussi docilement par les têtes de liste au moins dans le Nord-Picardie et en PACA où Christophe Castaner a appelé sans le moindre état d’âme à voter pour la liste de Christian Estrosi.

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour... (photo B. Langlois / AFP)

Christophe Castaner a décidé de se retirer avant le 2ème tour… (photo B. Langlois / AFP)

Une telle attitude de la part du PS est proprement stupéfiante tant elle apporte de l’eau au moulin du Front National qui répète à l’envie depuis des années que le PS et l’ex-UMP sont des alliés indéfectibles qui appliquent exactement les mêmes politiques et sont prêts à tout pour se partager le pouvoir au détriment des candidats extérieurs au « système ». Venant d’un premier ministre qui applique depuis qu’il est au pouvoir le programme et les idées de la Droite, une telle décision n’est pas vraiment surprenante, mais il est quand même étonnant que sa majorité l’ait suivi sans rechigner dans un tel renoncement.

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Manuel Valls sur le plateau de TFI le 7 décembre 2015

Reste à savoir si les électeurs de gauche accepteront aussi facilement d’aller voter sur commande pour des candidats comme Christian Estrosi ou Xavier Bertrand qui annoncent clairement qu’ils n’ont pas la moindre intention d’infléchir pour autant leur programme politique. Sur un département comme les Bouches-du-Rhône où la Gauche a obtenu nettement plus de voix que la Droite, la pilule est amère pour les électeurs de gauche qui se voient ainsi privés de toute représentation politique au Conseil Régional pour les six ans à venir !

Dans une démocratie représentative, il est d’abord attendu des responsables politiques qu’ils représentent les idées de leurs électeurs et en défendent les intérêts de manière globale. Décider de manière unilatérale de ne pas se présenter au second tour alors qu’ils en avaient la possibilité revient à trahir totalement la confiance que leur avaient fait les milliers d’électeurs qui leur ont accordé leur suffrage. Pas sûr que cela contribuera à redonner envie de voter aux millions de Français, plus d’un sur deux, qui ont renoncé à aller voter dimanche dernier…

L.V.  LutinVertPetit

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5 Réponses to “Régionales 2015 : la Gauche existe-t-elle encore en PACA ?”

  1. CT Says:

    Je ne suis pas sure que le FN soit un parti comme un autre…malgré ce que dit Sarkosy… c’est exactement comme cela que Hitler est arrivé en Allemagne et je ne fais pas plus confiance à Maréchal Le Pen qu’à sa tante, le retrait de la gauche ne peut se comprendre que comme cela ou alors pense t-on que : pourquoi pas le FN pour diriger la région???
    A quoi serviraient des représentants de gauche dans une région dirigée par le FN? A dénoncer des décisions qu’ils réprouvent…je ne suis pas sure que les conseillers régionaux de l’opposition auront vraiment leur mot à dire C’est vrai qu’entre la peste et le choléra, c’est bien difficile à choisir, on est dans la situation de 2001 où on a voté pour Chirac, on n’avait plus de choix parce qu’on n’avait pas fait ce qu’il fallait avant ce qui se reproduit aujourd’hui dans notre région. Il me semble qu’il y a des choix qu’ Estrosi ne pourra pas faire, exemple retirer les subventions aux plannings familiaux ainsi qu’à un tas d’associations et d’autres points de laeur programme pas vraiment terrible pour la démocratie. Le FN se sentira confiant, droit dans ses bottes pour faire ses choix normal on leur aura laissé le champ libre…

  2. La métropole Aix-Marseille-Provence enfin sur les rails ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] se passer d’adversaire politique, ce qui tombe plutôt bien, vu l’état actuel de la Gauche en région […]

  3. Un « branleur » à la tête de la région PACA ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] haut la main après que son adversaire malheureux de gauche, Christophe Castaner, ait préféré jeter l’éponge entre les deux tours pour ne pas laisser le Front National en position de gouverner la […]

  4. Région PACA : Estrosi relance la Formule 1 ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] fin 2015 à la tête de la Région PACA, grâce au bienveillant retrait de son opposition de gauche, Christian Estrosi avait profité de ses vœux à la Presse, début […]

  5. La région PACA orpheline de ses élus… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] plutôt victimes de l’effet inverse. Alors qu’ils viennent tout juste d’élire, en décembre 2015, Christian Estrosi à la tête de l’exécutif régional, contre sa challenger du Front national, […]

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