Si Carnoux m’était contée… (partie 4)

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LogoJubileEt voici le quatrième et dernier épisode de cette série d’enquêtes rédigées en 2004 par Annie Monville et publiées dans le quotidien La Provence, retraçant les premières années de la commune de Carnoux-en-Provence qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Après les années de l’acquisition des terrains, celles des premières constructions, puis l’arrivée des pieds-noirs algériens, voici venu le temps de la constitution en commune nouvelle…

En 1964, le projet de faire de Carnoux une commune est approuvé par le Conseil général, mais il faudra attendre encore deux ans pour le voir aboutir.

On se souvient que c’est par un vote en date du 19 décembre 1964 que le Conseil général approuve enfin le projet de faire de Carnoux une commune à part entière. Le dossier est alors transmis à Paris. Mais la politique de l’époque ne favorise pas la création de villes nouvelles ; tout au contraire, on prône le regroupement de communes ! Le dossier va donc être enterré pendant deux ans, et c’est grâce à une intervention de trois Carnussiens, MM. Verlet, Couston et Dubois, auprès du directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, que le décret portant création de la commune voit enfin le jour le 26 août 1966. Entre temps, des élections municipales avaient eu lieu en 1965. Aucun Carnussien sur la liste élue à Aubagne. En revanche, 5 Carnussiens sur celle de Roquefort-la-Bédoule. Parmi eux, deux personnages qui joueront un rôle dans l’avenir de Carnoux et dont nous aurons l’occasion de reparler, MM. Maret et Faure, qui seront respectivement premier et second maire de la ville.

Mais un village sans église n’est pas tout à fait un village ! Or, on se souvient que les messes continuaient à être dites par l’abbé Morin de Roquefort-la-Bédoule, dans une ancienne écurie de la Bastide. C’est en juillet 64 que va être posée, sur un terrain donné par la CIF, la première pierre de la nouvelle église érigée en partie grâce à une souscription régionale.

Pose de la première pierre de l'église Notre-Dame d'Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

Pose de la première pierre de l’église Notre-Dame d’Afrique à Carnoux (source : site de la commune)

L’architecte en est M. Faure-Ladreyt. Le style en a été voulu contemporain pour mieux s’insérer dans ce village moderne. C’est l’archevêque de Marseille, monseigneur Lallier, qui posera symboliquement la première pierre en présence d’une foule nombreuse. Le choix du nom de l’église, Notre-Dame d’Afrique, fait bien entendu référence à la population pied-noire de Carnoux. Rappelons que Notre-Dame d’Afrique est le nom de la basilique qui s’élève sur les hauteurs d’Alger, en un site assez semblable, d’ailleurs, à celui de Notre-Dame de la Garde à Marseille.

1966, année de l’indépendance

Dans son discours, Monseigneur Lallier déclarait : « Si tous ceux qui ont prié Notre-Dame d’Afrique à Alger restent unis, alors Dieu saura écouter leur intense prière. La vierge Marie qui dut fuir son village pour sauver Jésus enfant, connaît bien la souffrance qui est au cœur des rapatriés ». Le 10 septembre 1966, une grande fête réunit des centaines de personnes sur la place Lyautey. La Marseillaise titre : « Carnoux-en-Provence dans la joie et dans l’union a fêté son indépendance ». Il y a là M. Edmond Garcin, député maire d’Aubagne, qui déclare : « N’oubliez jamais que l’administration d’une commune doit toujours être déterminée par l’intérêt de la population, et que jamais ne doivent prévaloir les intérêts particuliers ». Maurice Aimonetto, maire de Roquefort-la-Bédoule rappelle dans son discours que dès 1958, il avait déclaré : « Camoux sera indépendante, c’est la seule façon pour cette cité de vivre et de prospérer ».

Le sénateur Léon David, qui avait œuvré lui aussi pour cette indépendance, était également présent. La réunion était présidée par Adolphe Faure, qui faisait alors figure de prochain maire de la commune. L’année 66 devait voir l’achèvement de l’église et sa consécration à Notre-Dame d’Afrique. Un peu plus tard s’installait la tradition du pèlerinage du 15 août qui, chaque année, attire une assistance nombreuse dans notre ville.

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d'Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Procession pour le pélerinage de Notre-Dame d’Afrique à Carnoux le 15 août 2013 (photo Cercle algérianiste de Marseille)

Chaque municipalité apporte sa pierre

Les 8 et 15 janvier 1967 sont organisées les premières élections à Carnoux. Deux listes, toutes deux de droite, sont en présence : celle du colonel Verlet et celle conduite par Pierre Maret, enseignant. C’est cette dernière qui sera élue. Écoutons encore une fois Maurice Bonneau : « Je me suis présenté deux fois. Avec Maret, j’ai été conseiller municipal et avec Adolphe Faure, je suis devenu adjoint ». Adolphe Faure se présente contre Henri Faig en mars 71. Il fera un premier mandat puis un second, de mars 77 à décembre de la même année. Il démissionne alors pour laisser la place à son adjoint Marc Laprie. « Tout ça avait été entendu d’avance ! », confie M. Bonneau.

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Le premier conseil municipal de Carnoux (source : site de la commune)

Chaque municipalité ajoute sa pierre à la nouvelle cité : le gymnase le Montfleury, la halte garderie, l’école en dur, la mairie. Le temps a passé. La 119e commune des Bouches-du-Rhône a grandi. Elle dépasse actuellement les 7 500 habitants. Dès les années 70, les Marseillais découvrent et investissent cette petite ville accueillante où les terrains sont vastes et tellement moins chers qu’à Marseille ! Que reste-t-il maintenant de la population de départ ?

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Construction du groupe scolaire Frédéric Mistral (source : site de la commune)

Jean Chaland, qui fut le cinquième maire de Carnoux, citait le chiffre de 30 %. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui… Mais qu’importe ? Tout le monde s’est fondu dans le creuset carnussien et les vieilles inimitiés ne sont plus que des souvenirs. Carnoux existe envers et contre tout, elle peut légitimement revendiquer la devise du maréchal Lyautey dont le buste orne la salle des mariages et le monument aux morts : « Réussir l’impossible ».

Annie MONVILLE

Article publié le 31 décembre 2004 dans La Provence

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Une Réponse to “Si Carnoux m’était contée… (partie 4)”

  1. La ville de Carnoux portée aux nues par TPBM | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] Ceci dit, même si le contenu de ce journal, en dehors des annonces légales, s’apparente pour l’essentiel à du remplissage, il n’est pas si courant d’y trouver ainsi 8 pages entières consacrées à une petite commune de 7000 habitants ! On y retrouve bien entendu tous les poncifs habituels sur la « genèse d’une ville étonnante », créée par la volonté de 2 entrepreneurs, installés à Casablanca en 1957 et dont la Coopérative immobilière française, par ailleurs accusée de malversation, était plutôt en mauvaise posture en 1962 avec seulement 242 habitants recensés dans la ville en chantier qui en escomptait 4 000 ! L’arrivée des rapatriés d’Algérie a permis de redresser la situation, jusqu’à l’érection en commune nouvelle, décrétée le 26 août 2016, comme nous l’avons déjà évoqué ici. […]

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