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Bernard Deflesselles, réélu grâce aux voix du FN

19 juin 2017

Il n’y aura donc pas eu de miracle ce dimanche 18 juin 2017 dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Le transparent mais inamovible Bernard Deflesselles va donc entamer son cinquième mandat de député ! Alors que l’Assemblée nationale vient de subir un véritable coup de balai avec pour la première fois sans doute une forte majorité de nouveaux élus (429 sur les 577 députés de la nouvelle mandature, soit 75% d’entre eux) et de femmes (38 % : du jamais vu en France !). Sur les 354 députés sortant qui se représentaient, seuls 148 ont réussi à se faire réélire.

La composition de la nouvelle Assemblée nationale (© Linternaute.com / source : ministère de l’Intérieur)

Un tel scénario est largement inédit sous la Vème République puisque ce ne sont habituellement que 150 à 200 sièges qui sont renouvelés à chaque élection. Le maximum jamais enregistré jusque-là était de 310 sièges, mais il faut pour cela remonter à 1958 : une autre époque…

Et il a fallu que cela tombe sur notre circonscription, alors que le député sortant, en fonction depuis près de 20 ans, aurait bien mérité d’être dégagé ! Il s’en est pourtant fallu d’un cheveu puisqu’il n’a été réélu qu’avec moins de 500 voix d’avance sur sa concurrente, la candidate En marche Sylvie Brunet qui, pour sa première campagne, a frôlé la victoire en remportant 49,23 % des suffrages. Jamais sans doute dans sa (trop longue) carrière de député, Bernard Deflesselles n’aura été aussi mal élu avec moins de 18 000 voix en sa faveur sur l’ensemble de la circonscription.

Un résultat très serré dans la 9ème circonscription (source : France3)

Il faut dire à sa décharge qu’à peine plus de 40 % des électeurs se sont déplacés pour ce deuxième tour des législatives qui n’ont manifestement pas mobilisé les foules. Et encore, pas forcément pour se prononcer en faveur d’un des deux candidats encore en lice puisque le pourcentage de votes blancs et nuls avoisine les 10 % !

Au premier tour, les votes avaient été relativement homogènes entre les 9 communes de la circonscription qui avaient toutes placé en tête la candidate de La République en marche. Au deuxième tour en revanche, la répartition des suffrages est plus disparate. Saluons en particulier la cohérence de nos voisins de Roquefort-La Bédoule et de La Ciotat qui ont placé en tête Sylvie Brunet à l’issue du second tour, tandis que ceux de La Penne-sur-Huveaune ont réalisé l’exploit d’attribuer un score strictement identique aux deux candidats avec 690 voix chacun… Cassis s’est aussi essayé à l’exercice mais a raté la cible de peu avec seulement 4 voix d’écart entre les deux candidats !

Affiche de campagne de Sylvie Brunet

Sans surprise, c’est à Carnoux que le vote en faveur du député conservateur sortant a été le plus massif puisque c’est dans cette commune qu’il a recueilli non seulement le meilleur score de la circonscription avec 56,7 % des suffrages exprimés, mais c’est là surtout qu’il a engrangé l’essentiel des voix qui lui ont permis de creuser l’écart sur sa challenger.

Il peut donc remercier son ami Jean-Pierre Giorgi qui s’est démené entre les deux tours pour remobiliser son électorat captif et organiser le ramassage à domicile pour faire voter tous les retraités de la commune. Alors que Bernard Deflesselles n’avait recueilli que 682 voix le 11 juin, il en a obtenu quasiment le double une semaine plus tard : chapeau l’artiste !

Bernard Deflesselles inaugurant le nouveau casino de La Ciotat, le 8 juin 2017, à 3 jours des élections législatives (source : compte twitter du candidat)

En fait, au-delà de cette mobilisation accrue en sa faveur, c’est la manière dont s’est fait le report des voix entre les deux tours qui explique largement ce basculement en faveur du député sortant. A Carnoux comme dans la plupart des communes de la circonscription, le nombre de voix supplémentaires engrangées par Bernard Deflesselles à une semaine d’écart correspond grosso modo au score du Front national au premier tour.

Et ceci n’a rien de surprenant au vu du ton employé par le député LR dans sa profession de foi où il écrit notamment « J’ai besoin de vous pour défendre à l’Assemblée nationale l’ordre et la sécurité, pour lutter contre le terrorisme, l’intégrisme et le communautarisme, refuser l’assistanat, pour préserver l’histoire, la culture et les racines de la France ». Un discours tout en nuance, à peine teinté d’un zest de patriotisme, tout à fait de nature à rassurer les électeurs frontistes et tout bon citoyen légitimement inquiet du danger manifeste que représentent l’ex banquier d’affaire Emmanuel Macron et son premier ministre LR, Edouard Philippe qui, comme chacun le sait ne sont que de dangereux terroristes, suppôts de l’islamisme radical, et qui ne rêvent que de détruire l’histoire et les fondements culturels de notre civilisation.

Voilà en tout cas qui nous rassure sur l’esprit de finesse de celui qui va encore nous représenter pendant cinq longues années au Parlement. On ne pourra jamais assez le remercier de nous avoir défendu avec autant de détermination « face à une candidate hors-sol, soumise à un gouvernement et un parti unique dictant leur volonté depuis Paris ». Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui ont préféré s’abstenir dimanche dernier ont-ils bien conscience du péril extrême auquel ils ont échappé en ne se mobilisant pas comme un seul homme contre une telle menace, quasi bolchévique ?

L.V. 

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Législatives : la fin du système Deflesselles ?

14 juin 2017

Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle (crédit photo Jean-François Monier / AFP)

Le premier tour des élections législatives de juin 2017 restera sans doute dans les annales de la vie politique française. Survenant un mois tout juste après l’élection surprise d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, il a d’abord été marqué par un taux d’abstention jamais vu pour une telle échéance électorale : moins d’un Français sur deux, inscrit sur les listes électorales, a jugé utile de se déplacer pour choisir celui qui les représentera à l’Assemblée nationale pour les 5 ans à venir !

Ce n’était portant pas le choix qui manquait, avec plus de 8000 candidats en lice, parfois jusqu’à 25 dans certaines circonscriptions, couvrant largement tout l’éventail de l’offre politique imaginable. Comment donc expliquer une telle désaffection ? A croire que les citoyens français n’accordent plus le moindre crédit à leurs parlementaires, pourtant chargés de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement…

Et pourtant, ceux qui se sont déplacés, ont créé un véritable tsunami politique ! La carte de France des résultats du premier tour s’est brusquement colorée en violet… Une couleur assez innovante dans le paysage politique hexagonal, subtil mélange de rose socialiste et de bleu républicain, la nouvelle marque de fabrique de la République en marche : avec plus de 32 % des suffrages exprimés (en comptant les voix recueillies par son allié MODEM), ce parti qui n’existait pas il y a un an est en passe d’obtenir la majorité absolue au Parlement avec déjà deux députés élus au premier tour et peut-être de l’ordre de 400 sur 577 dimanche prochain.

Carte de France des résultats du 1er tour des législatives 2017 (infographie FranceInfo)

Les Républicains pourraient perdre la moitié de leurs représentants à l’Assemblée nationale tandis que le Parti socialiste sort laminé de cette compétition avec moins de 10 % des suffrages exprimés et de nombreux ténors de la vie politique française balayés, dont le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’ancienne ministre Elisabeth Guigou, l’ex-candidat à la Présidentielle Benoît Hamon, ou encore le député marseillais sortant Patrick Menucci.

Mais la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon perd aussi de nombreux points par rapport à son score de la Présidentielle et ne peut guère espérer remporter qu’une quinzaine de sièges dans la prochaine assemblée. Le Front national fait également une très mauvaise affaire avec à peine plus de 13 % des suffrages exprimés et une espérance de sièges qui devrait se compter sur les doigts d’une main.

Dans un tel séisme politique qui pourrait déboucher sur une Assemblée nationale renouvelée à plus de 60 %, la 9ème circonscription des Bouches du Rhône n’a pas non plus été totalement épargnée par cette aspiration au changement. Élu sans discontinuer depuis 1999 et s’apprêtant à débuter sans le moindre doute son cinquième mandat avec le soutien appuyé de 8 des 9 maires de sa circonscription, le député sortant Bernard Deflesselles a, de manière totalement inédite, été battu au premier tour dans chacune des 9 communes de la circonscription par la candidate En marche, Sylvie Brunet, pourtant quasi inconnue localement.

Bernard Deflesselles se voyait réélu dans un fauteuil (crédit photo Pascal Parrot / ABACA, paru dans Le Figaro en 2012)

Les jeux ne sont pas encore faits et on imagine que le député sortant s’active en coulisse avec l’aide de tous les élus locaux qui le soutiennent pour organiser la mobilisation en vue de conserver sa place à l’issue du second tour. Nul doute que les votes par procuration seront nombreux dimanche prochain et que les déambulateurs se presseront devant les isoloirs. Reste à savoir si cela suffira pour sauver le brave soldat Deflesselles…

Car les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Malgré sa forte notoriété et son assiduité remarquée à toutes les fêtes de village et à toutes les commémorations d’anciens combattants, le député sortant n’a guère recueilli sur son nom qu’à peine plus de 10 500 voix, une misère par rapport aux 27 000 qu’il avait totalisées en 2007 et aux 19 000 de 2012. Une longue descente aux enfers qui traduit un ras le bol de la population face à ces professionnels de la politique qui misent tout sur le clientélisme et le soupoudrage de leur réserve parlementaire pour se constituer un réseau d’obligés.

Même les petites ficelles telles que le recours à l’ami Musumeci pour dérouter les électeurs et siphoner les voix de l’adversaire du moment (la Gauche socialiste en 2012, la République en marche en 2017) ont fini par craquer…

Sylvie Brunet, future députée de la 9ème circonscription ? (source : site de campagne de la candidate)

Résultat : même à Carnoux où pourtant l’électorat conservateur lui est largement acquis, le député a fini par lasser et ne recueille que moins de 700 voix, lui qui en comptait près de 2000 en 2007 ! A Aubagne, il ne réunit sur son nom que 22 % des suffrages malgré la présence du maire Gérard Gazay comme suppléant. A Roquefort – La Bédoule, il n’arrive qu’en troisième position, derrière les candidats En marche et Front national. Même chose à Cuges les Pins où il ne passe même pas la barre des 20 % à l’issue du premier tour. Quant à La Penne sur Huveaune, il s’y place en quatrième position, devancé également par la candidate de la France insoumise.

Dans un tel chaos, où personne ne sait plus très bien où est la droite et où est la gauche, il n’est pas forcément aisé de faire des pronostics quant à l’issue du deuxième tour. Sauf sursaut de l’électorat républicain il est néanmoins permis d’espérer que la population reconnaissante va enfin offrir une retraite bien méritée à son cher député sortant et solder une fois pour toute ce clientélisme d’un autre âge qui sclérose totalement la vie politique locale : chiche ?

L.V. 

Législatives : la Gauche peut-elle être au second tour dans la 9ème ?

5 juin 2017

C‘est en effet la question que l’on peut se poser à une semaine du premier tour des élections législatives, alors que le député LR sortant, Bernard Deflesselles, semble être le seul des 15 candidats réellement en campagne, multipliant les tracts et les courriers en vue de se faire réélire pour son cinquième mandat consécutif, même s’il paraît n’avoir toujours pas très bien saisi en quoi consistait la fonction de député.

Bernard Deflesselles en compagne, avec le soutien des maires de la circonscription, dont celui de Carnoux (source : site internet du candidat)

Son premier tract laissait entendre qu’il se positionnait comme maire auxiliaire des 9 communes de l’Est marseillais qui composent sa circonscription, son rôle principal étant d’aider ses amis les maires à boucler leur budget municipal et à réaliser leurs projets. Quant au courrier qu’il vient d’adresser à chacun des électeurs de son fief, il indique qu’en réalité sa fonction s’apparente plutôt à celle d’une assistante sociale dont le seul souci est d’apporter satisfaction à chacun de ceux qui viennent le solliciter pour lui exposer leurs petits tracas quotidiens. Vous êtes en mal de logement, votre fils galère pour trouver un stage, votre grande tante n’arrive pas à trouver une place en maison de retraite ou votre petite-fille en crèche, alors n’hésitez-pas à prendre rendez-vous auprès de Super Deflesselles dont les permanences sont grandes ouvertes, « dans un souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange ».

Et si vraiment vous n’avez pas besoin de ses conseils et de son entregent, lui a tout cas « a besoin de votre aide et de votre soutien ». Dans quel but ? Mais pour se faire réélire tout simplement et continuer à goûter les privilèges de la fonction. Contrairement à ce que certains croient encore, pour un professionnel de la politique comme Bernard Deflesselles, un député n’est pas là pour servir et représenter ses concitoyens en participant à l’élaboration des lois et au contrôle de l’action gouvernementale. Il est simplement là pour se servir lui-même et rendre service à ses amis et sa clientèle.

Et pourtant, tout indique que c’est ce même Bernard Deflesselles qui sera une nouvelle fois réélu haut la main à l’issue du second tour des législatives le 18 juin prochain. Parce que les chiffres sont têtus et que les règles de cette confrontation électorale sont ce qu’elles sont, ce que nombre de ses adversaires semblent n’avoir pas encore bien intégré. Pour être élu dans un tel suffrage et face à 14 autres candidats, la première des priorités est d’être présent au second tour. Pour cela, il est nécessaire de rassembler sur son nom au moins 12,5 % des suffrages, calculés non pas par rapport au nombre de votants, mais par rapport au nombre d’inscrits.

Bernard Deflesselles, soutenu par 8 des 9 maires de sa circonscription (source : compte Facebook B. Deflesselles)

Pour le deuxième tour des élections présidentielles, le 7 mai dernier, il y avait 96 958 inscrits sur la circonscription et il n’y a pas de raison que ce chiffre évolue beaucoup un mois plus tard. Il faut donc, pour espérer se qualifier au second tour, rassembler sur son nom au moins 12 120 voix, ou, à défaut, se retrouver parmi les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

Pour les présidentielles, le taux de participation dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône était de près de 80 % au premier tour et d’un peu moins de 75 % au second. Mais pour les législatives, le taux de participation est traditionnellement très inférieur. En 2007, il était de 59,6 % et en 2012 de 59 % au premier tour (pour tomber à moins de 50 % au second tour qui avait opposé, rappelons-le, Bernard Deflesselles à la candidate du Front National, Joëlle Mélin). Supposons donc, hypothèse plutôt optimiste, que l’on atteigne, en 2017 encore, ce taux de participation de 59 %. Pour espérer se qualifier au second tour, il faut donc rassembler sur son nom, à l’issue du premier tour, au moins 21,64 % des suffrages exprimés.

Le député sortant ne devrait pas avoir trop de mal à y parvenir, même si son score s’érode d’élection en élection, lui qui avait recueilli plus de 27 000 voix en sa faveur en 2007 et 19 000 en 2012. Même si son champion, François Fillon n’avait récolté qu’un peu moins de 17 000 voix lors des récentes présidentielles, on voit mal comment l’électorat de Bernard Deflesselles, plutôt âgé et très conservateur, pourrait ne pas se mobiliser une nouvelle fois en sa faveur.

L’avocat ciotaden Hervé Itrac lors d’une réunion du Front National (photo © La Marseillaise)

Du côté du Front National, les choses sont plus incertaines car le candidat, Hervé Itrac, élu municipal d’opposition à La Ciotat ne dispose pas de la notoriété locale de celle qui sera sa suppléante. Mais l’expérience montre que pour cet électorat, ce n’est pas le candidat qui compte mais plutôt l’étiquette. Or, en 2012, le FN avait recueilli plus de 12 000 voix à l’issue du premier tour, tandis que Marine Le Pen en a rassemblé sur son nom, le 23 avril dernier, près du double (21 236 très exactement), arrivant d’ailleurs en tête sur cette circonscription. Il serait donc vraiment surprenant qu’une telle dynamique ne permette pas au candidat FN de se qualifier pour le second tour des prochaines législatives…

Reste à savoir si un autre des 13 candidats restant en lice a la moindre chance de venir troubler ce face-à-face en se qualifiant dans le cadre d’une triangulaire. En toute objectivité, seuls deux d’entre eux pourraient éventuellement y prétendre, les autres n’ayant comme ambition principale que de se faire un nom, de troubler le jeu (c’est le cas de l’inévitable trublion, Christian Musumeci, qui cherche cette fois à duper les électeurs en se faisant passer pour un candidat En marche, après avoir en 2012 porté l’étiquette Gauche socialiste, le tout pour le plus grand profit du député sortant !) et/ou de récolter de l’argent pour leur parti. Il s’agit, comme nous l’avons déjà signalé ici, de Sylvie Pillé pour La France insoumise et de Sylvie Brunet, candidate de La République en marche.

Tract de campagne de Sylvie Brunet (source : compte Twitter S. Brunet)

Il n’est jamais facile de faire des pronostics avant une échéance électorale, surtout dans le contexte électoral actuel de forte recomposition à gauche de l’échiquier politique, et ceci d’autant plus que le parti d’Emmanuel Macron se veut justement en dehors de ce positionnement classique. Rappelons néanmoins que le Président de la république nouvellement élu avait recueilli sur son nom un peu plus de 13 500 suffrages lors du premier tour de la Présidentielle et sur l’ensemble de la circonscription, son score variant entre 16 et 20 % selon les communes. En appliquant simplement le taux de participation probable des législatives, ce gisement se réduit à seulement 10 000 voix. Il est possible que la dynamique actuelle incite de nouveaux électeurs à se mobiliser en faveur de cette candidate pour aider le Président récemment élu à se forger une majorité comme l’exige la tradition républicaine, mais la faible notoriété de la candidate rend quand même peu probable un raz de marée en sa faveur.

Sylvie Pillé, avec son père, l’ex-résistant FTP Serge Lesou, lors d’une commémoration à Moscou le 9 mai 2015 (source : blog de Lucien Pons)

Quant à la candidate de La France insoumise, elle pourrait logiquement prétendre à un score un peu supérieur si l’on s’en tient aux chiffres du premier tour des Présidentielles qui, dans cette circonscription, avait placé Jean-Luc Mélenchon en troisième position avec 20,54 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de 15 800 voix en sa faveur (avec d’ailleurs de fortes disparités puisque son score varie selon les communes de 11,3 % à Cassis jusqu’à plus de 25 % à Aubagne !). Mais ce score reste encore inférieur au seuil nécessaire pour se qualifier. Il faudrait donc, pour que la présidente d’ATTAC Aubagne puisse être présente au second tour, qu’elle rassemble sur son nom davantage de suffrages que n’avait réussi à en obtenir Jean-Luc Mélenchon lui-même, ou alors que la mobilisation lors de cette élection soit significativement supérieure à ce qui est attendu.

On le voit, les jeux ne sont pas encore faits et une surprise est toujours possible. Il n’en reste pas moins que la configuration actuelle conduit tout droit les électeurs de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône vers un n-ième arbitrage au second tour entre la droite républicaine et le Front National…

L.V. 

Législatives : le maire de Carnoux s’engage !

24 mai 2017

Cette fois au moins les choses sont claires : Jean-Pierre Giorgi s’engage clairement dans la prochaine campagne électorale pour soutenir le député sortant, ex-UMP et désormais étiqueté Les Républicains, l’inoxydable Bernard Deflesselles. Chaque habitant de Carnoux a en effet reçu dans sa boîte aux lettres un courrier envoyé le 20 mai dernier, avant même le lancement officiel de la campagne des législatives 2017. Dans cette enveloppe, un carton d’invitation signé de Jean-Pierre Giorgi, maire de Carnoux-en-Provence et vice-président de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui invite chacun de ses concitoyens à une réunion publique de soutien au député sortant, candidat une nouvelle fois à sa réélection.

Le procédé est pour le moins inédit et montre à quel point le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône compte principalement sur le réseau des élus locaux pour assurer sa n-ième réélection. Curieusement, le carton d’invitation ne comporte aucun logo du parti politique au nom duquel se présente Bernard Deflesselles, pas plus que le moindre indice quant aux idées qu’il compte défendre. Les seuls éléments dont lui, son suppléant et son soutien se gargarisent, sont les autres mandats électoraux qu’ils détiennent, histoire de bien se positionner avant tout comme des notables locaux ancrés dans le paysage politique et solidement reliés par les services qu’ils se rendent mutuellement.

Il est d’ailleurs curieux de constater que le député sortant se gargarise de son mandat électoral de vice-président de la Région PACA, alors même que la loi actuelle sur le cumul des mandats lui interdit désormais de jumeler ces deux postes. Va t-il lui aussi, à l’instar de son chef de file Christian Estrosi, quitter son mandat d’élu régional sitôt réélu député, alors même que les élections régionales ne datent que de 18 mois ? Ou bien ne se présente t-il à la députation que pour placer son second, le maire d’Aubagne, Gérard Gazay, qui devrait alors abandonner non seulement son mandat de maire mais aussi celui de vice-président du Conseil départemental ? Décidément, nos élus locaux ont bien du mal à admettre que cette vieille habitude qui consiste à manger dans tous les râteliers à la fois commence à peser sur la démocratie française…

Réunion LR à Carnoux le 28 octobre 2016 animée par Bernard Deflesselles et Jean-Pierre Giorgi (source : compte Facebook de Bernard Deflesselles)

En tout cas, on ne peut que se réjouir de voir que le maire de Carnoux, qui autrefois pensait bon de se présenter comme apolitique, n’a désormais plus de scrupule à annoncer clairement la couleur de ses choix politiques, même si on a encore un peu de mal à les situer tout à fait clairement. Après avoir parrainé Nicolas Dupont-Aignan lors des récentes présidentielles, voila qu’il revient semble t-il à sa famille politique d’origine, lui qui était l’un des premiers élus locaux à se prononcer en faveur de la candidature de François Fillon, en octobre dernier, alors que son ami Bernard Deflesselles était à l’époque un fervent supporter de Jean-François Copé, « Monsieur 0,3 % ».

On notera d’ailleurs au passage que c’est une des conseillères municipales de Carnoux, Colette Géreux, élue en 2014 sur la liste de Jean-Pierre Giorgi, qui conduira la liste Debout la France, à l’occasion de ces législatives. Peut-être les Carnussiens recevront-ils bientôt un autre carton d’invitation aimablement envoyé par notre maire, en vue de venir soutenir également cette candidature ?

15 candidats déclarés mais pour l’instant, seul Deflesselles est visible à Carnoux

Une chose est sûre en tout cas, avec pas moins de 15 candidatures déclarées dans cette circonscription, on ne peut pas dire que les électeurs n’auront pas le choix. Il y en a pour tous les goûts ! Outre ces deux candidats de Droite, rappelons, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, que la France insoumise sera représentée par Sylvie Pillé-Lesou, par ailleurs président d’Attac Pays d’Aubagne et la République en marche, le mouvement politique fraîchement créé par notre nouveau Président, par Sylvie Brunet, ex conseillère municipale de Cassis et également investie par le MODEM.

Pour une fois, ce n’est pas Joëlle Mélin qui représentera le Front National. Il faut dire qu’elle cumule un nombre impressionnant de mandats électoraux : élue depuis 1998 à la Région PACA (dont elle a, elle aussi, démissionné récemment, la Région n’étant jamais qu’une simple antichambre où les élus entrent et sortent avec une grande aisance, malgré les indemnités plutôt confortables dont ils y bénéficient), conseillère municipale d’Aubagne et bien sûr élue au Conseil de territoire du Pays d’Aubagne, mais aussi députée européenne depuis mai 2014, n’en jetez plus ! Cela ne l’empêchera pas de se présenter quand même à la députation, comme suppléante de l’avocat Hervé Itrac, conseiller municipal d’opposition à La Ciotat.

Les premiers tracts du FN commencent à arriver dans les boîtes…

Voilà en tout cas le quatuor de ceux qui ont a priori une chance de se retrouver au second tour. Logiquement, Bernard Deflesselles, au vu de sa solide et ancienne implantation dans le réseau de notables locaux où tout le monde se serre les coudes, a de fortes chances de se qualifier malgré son bilan totalement insignifiant et ses manières d’ancien régime, lui qui en est encore à employer son épouse comme attachée parlementaire malgré l’affaire Fillon, ainsi que le révélait récemment le média indépendant Mefi.

Photomontage paru dans Mefi

Le candidat FN devrait également passer sans encombre le 1er tour au vu du résultat de Marine Le Pen arrivée en tête dans la circonscription lors des toutes récentes présidentielles. Reste à savoir si le match se résumera à un duel entre ces deux favoris ou s’il se terminera en triangulaire avec l’un des deux outsiders, soit la candidate de la France insoumise qui compte sur le joli score de Jean-Luc Mélenchon pour espérer se qualifier, soit Sylvie Brunet qui espère surfer sur la dynamique Macron malgré sa faible notoriété…

Dessin de Piet paru dans Rue89 Strasbourg

Mais qu’espèrent donc les 11 autres candidats qui vont venir troubler le jeu et dont aucun n’a bien évidemment la prétention de rassembler sur son nom plus de 12,5 % des inscrits (ce qui suppose plus de 20 % des suffrages exprimés au vu des taux de participation habituels pour ce type d’élection), seuil nécessaire pour se maintenir au second tour, sauf à être parmi les deux premiers ? Manifestement, certains d’entre eux sont là principalement pour grappiller des voix et empêcher qu’un autre candidat ne soit élu. On se souvient du trublion Christian Musumeci qui déjà en 2012 se présentait sous l’étiquette improbable de « gauche socialiste » et recueillait près de 4 % des voix, juste assez pour éliminer Gilles Grandjean du 2ème tour et ouvrir grand la voie à Bernard Deflesselles. Le poisson pilote est de retour et tentera cette année encore la même stratégie, sans doute sous une autre étiquette car il a les idées larges, mais peu importe, c’est le résultat qui compte.

A gauche, d’autres candidats viendront évidemment compliquer le jeu, avec notamment Stéphanie Harkane qui se présentera avec l’étiquette PS, Boualam Aksil (écologiste), Raymond Lloret (du collectif citoyen « C’est à nous », en pointe dans le combat contre les boues rouges) ou encore Patricia Pawiak (Parti Radical de Gauche/Génération Ecologie), tous bien entendu armés de bonnes intentions et de fortes convictions, mais dont la présence ne servira qu’à affaiblir les candidatures de gauche les plus solides pour faciliter la réélection de Bernard Deflesselles.

Dessin d’Hector publié dans Agoravox

N’oublions-pas non plus l’inévitable représentant de Lutte Ouvrière, François Otchakovsky-Laurens, un parti qui annonce ouvertement son mépris de la démocratie parlementaire mais qui n’oublie jamais de se présenter aux élections, histoire d’alimenter la caisse du parti. Rappelons en effet que chaque parti qui remporte plus de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions touche ensuite pendant 5 ans un joli pactole correspondant chaque année à 1,42 € pour chaque suffrage reçu, ce qui représente de l’ordre de 35 millions d’euros versés ainsi chaque année aux différents partis, sans compter bien sûr les 40 millions qu’ils touchent en fonction du nombre de leurs représentants effectivement élus !).

On conçoit qu’une telle manne aiguise les appétits et suscite autant de vocations à l’approche des élections législatives. Ajoutons donc pour faire bonne mesure à notre liste de candidats dans la 9ème circonscription une représentante du FN tendance Le Pen père (Parti de la France), une certaine Elisabeth Lalesart, mais aussi une adepte de l’UPR, le parti de François Asselineau dont les couleurs seront portées localement par Elodie Sery, et encore deux soi-disant écologistes, Christophe Amouroux (Parti Animaliste) et Nicolas Lapeyre (Confédération pour l’Homme, l’Animal et la Planète).

Avec un tel choix, espérons du moins que le taux de participation sera supérieur à celui de 2012 où à peine plus d’un électeur sur deux avait jugé bon de se déplacer au second tour…

L.V.  

Qui face au député sortant Bernard Deflesselles ?

14 mai 2017

Alors que les élections présidentielles viennent tout juste de se terminer, voila déjà les législatives qui se profilent à l’horizon, avec un premier tour prévu dès le 11 juin, dans tout juste 4 semaines, et le second tour dès la semaine suivante. Les candidats ont jusqu’au 19 mai, soit vendredi prochain, pour se déclarer officiellement et assurément il subsiste encore beaucoup d’inconnues à ce stade !

Dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône qui regroupe, au-delà de la commune de Carnoux, les trois cantons de La Ciotat et d’Aubagne Est et Ouest, la liste des candidats qui s’affronteront lors de cette élection n’est pas encore divulguée. Longtemps détenue par le communiste Jean Tardito, la circonscription a basculé à droite en 1999 après une sombre histoire de fraude électorale et est, depuis cette date, entre les mains de l’ex ingénieur de chez IBM, l’inamovible Bernard Deflesselles.

Le député sortant déjà en campagne (photo issue de son compte Twitter @Bdeflesselles)

Réélu sans discontinuer en 2002, 2007 et 2012, notre député à vie se verrait bien repartir pour 5 ans et a depuis déjà de longs mois fait savoir qu’il était candidat à sa succession malgré un bilan législatif bien peu flatteur. Tout indique qu’il a d’ailleurs de fortes chances d’être réélu. En 2012, il était sorti largement vainqueur de ces élections avec plus de 62 % des suffrages exprimés face à la représentante du Front national, l’omniprésente Joëlle Mélin. La gauche, qui s’était présenté en ordre dispersée, avait été fort logiquement balayée dès le premier tour.

Cette année, il est encore trop tôt pour connaître quels seront les adversaires du député sortant. Le Front national n’a pas encore communiqué sur les candidats qui le représenteront dans cette circonscription où Marine Le Pen était arrivée en tête du premier tour avec un peu plus de 28 % des voix mais s’était inclinée au second tour, avec quand même 45,5 % des suffrages exprimés face à Emmanuel Macron. En cas de triangulaire, le candidat du front national aurait donc toutes ses chances dans cette circonscription comme dans plusieurs autres des Bouches-du-Rhône d’ailleurs.

Sylvie Pille-Lesou, candidate de la France insoumise contre Bernard Deflesselles

Reste à savoir comment la gauche compte se positionner lors de cette prochaine élection. Unie, elle aurait une chance non négligeable de l’emporter à en juger par le score cumulé de 37,8 % que ses trois principaux candidats avaient recueilli en 2012, soit davantage que les 35,3 % de M. Deflesselles au premier tour. Il serait cependant bien étonnant que ce soit le cas cette année. Le France insoumise de Jean-Luc Mélenchon vient déjà d’investir son propre candidat, une certaine Sylvie Pille-Lesou, agrégée d’histoire-géographie à la retraite. Mais il serait bien étonnant que le Parti socialiste ne désigne pas un candidat également, ainsi peut-être que les écologistes, s’il en reste…

D’autant que le paysage politique est cette année quelque peu bouleversé par l’arrivée tonitruante du nouveau Président de la République en marche. Comme il se doit, Emmanuel Macron compte bien se tailler sa propre majorité et il a donc logiquement investi son propre candidat dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, comme dans la plupart des 576 autres qui sont en jeu (ou presque, car il reste plus d’une centaine de circonscriptions encore en instance, où le mouvement risque de ne pas désigner de candidat pour ne pas gêner certains de ses alliés potentiels).

Sylvie Brunet, candidate pour la République en marche contre Bernard Deflesselles

Face au vieux renard de la politique qu’est Bernard Deflesselles, qui cultive depuis bientôt 20 ans ses réseaux auprès des élus locaux et de tout ce que la circonscription compte de notables et de relais d’opinion, c’est une novice qui portera les couleurs de la République en marche. Il s’agit de Sylvie Brunet, juriste de formation, qui a occupé le poste de directrice des ressources humaines dans plusieurs entreprises dont Bull, Gemplus et Onet, et qui enseigne désormais le management et la responsabilité sociale et environnementale des entreprises à l’école de commerce de Marseille, l’ancienne Euromed qui a fusionné en 2013 avec l’école de management de Bordeaux et répond depuis au nom typiquement provençal de Kedge Business School. Membre depuis 2010 du Conseil économique, social et environnemental, elle a notamment été rapporteuse d’un étude-bilan sur les questions d’égalité professionnelle hommes-femmes.

Une bonne connaisseuse du monde de l’entreprise donc, mais qui risque de se trouver quelque peu en porte-à-faux dans ces élections législatives : beaucoup trop libérale sans doute au yeux de la gauche traditionnelle aubagnaise et pas assez ancrée localement, au regard des conservateurs de droite qui fournissent le gros des bataillons d’électeurs de Bernard Deflesselles. Il y a donc de fortes chances que ce dernier rempile une nouvelle fois pour ce job qui semble lui convenir à merveille, même si on serait bien en peine de dresser le moindre bilan de son activité à cette fonction depuis près de 20 ans qu’il l’exerce, en dehors peut-être de sa présence régulière aux réunions d’anciens combattants et du Rotary Club, ainsi que de l’organisation de son fameux loto. A chacun ses ambitions…

L.V.   

M. Deflesselles, le député qui affiche sa mauvaise foi…

8 mai 2016

Député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône depuis 17 ans, Bernard Deflesselles vient de distribuer dans les quelques 70 000 boîtes aux lettres de ses électeurs une luxueuse plaquette couleur de 8 pages intitulée « Journal de mandat » et destinée à rendre compte de son travail de parlementaire.Blog299_PhPlaquette

Certains esprits chagrins pourraient certes s’étonner d’une telle parution à un an des prochaines élections législatives prévues en juin 2017, pour lesquelles il souhaite naturellement se représenter, en espérant que son champion, Jean-François Copé, aura été à cette date élu triomphalement Président de la République… Mais on ne peut bien évidemment que se féliciter d’une telle initiative de la part de notre représentant local à l’Assemblée nationale et saluer le caractère pédagogique de ce document de communication édité grâce à l’argent de nos impôts.

Rendre compte de son mandat est bien en effet la moindre des choses pour un parlementaire élu. Malheureusement, on a beau lire et relire le document en question, on ne trouvera pas une seule ligne indiquant quel a été le travail de Monsieur Deflesselles au cours de ces quatre années de mandature à l’Assemblée nationale ! Aussi incroyable que cela puisse paraître et au risque de laisser croire que notre député n’a guère brillé par son assiduité sur les bancs du Parlement, le lecteur ne trouvera pas un mot parmi ces 8 pages de texte pour savoir quelle aura été la position de notre élu sur les multiples débats et les innombrables projets de lois qui auront été débattus durant ces quatre années…

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d'Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

Le député B. Deflesselles inaugurant la foire aux bestiaux d’Aubagne (©La Provence 10 mai 2015)

On comprendra bien entendu que notre député est trop modeste pour mettre ainsi en avant sa participation à la Commission des affaires européennes qui l’a amené à être co-signataire, en novembre 2015, d’un rapport parlementaire d’information que d’ailleurs personne n’a lu sur les négociations internationales relatives au changement climatiques. Cette question est manifestement jugée sans aucun intérêt pour notre député qui préfère dans le bilan de sa contribution à la préservation de l’environnement mettre en avant son rôle décisif qui a permis de poser du gazon synthétique sur le terrain de foot de Carnoux et d’acquérir un 4 x 4 pour une association de Gemenos, sans compter son soutien indéfectible à la Foire aux bestiaux de Beaudinard. Effectivement, voila des actions remarquables qui confirment le rôle visionnaire de notre député en matière environnementale…

A vrai dire, M. Deflesselles montre au travers de ce document que le rôle d’un député, contrairement à ce que pourrait croire un citoyen mal informé, n’a aucun rapport avec le vote des lois de la République mais se caractérise avant tout par son « souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange avec chacun ». A lire son bilan d’activité, force est d’ailleurs de constater que sa principale fonction est de satisfaire les doléances de ses grands amis, les « Maires de la circonscription » en finançant à discrétion, grâce à l’argent public que représente sa réserve parlementaire, l’embellissement des écoles et la pose des caméras vidéo. Une telle clarification n’est pas inutile à un an des prochaines législatives et permet finalement d’en relativiser les enjeux : on croit élire un député alors qu’il s’agit simplement de choisir une assistante sociale…

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l'UMP lors des élections départementales de 2015

M. Deflesselles et ses amis les maires sur un tract de campagne de l’UMP lors des élections départementales de 2015

Ceci dit, la lecture de cette belle plaquette en quadrichromie éditée sur fonds publics laisse quand même perplexe car l’essentiel de son contenu s’apparente davantage à un tract de campagne. Pas moins de 4 pages sont consacrées à critiquer vertement la politique menée le gouvernement actuel et à développer le programme politique de la Droite républicaine. Pour quelqu’un qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité gouvernementale, ce côté donneur de leçons est pour le moins étonnant car notre député ne fait pas dans la nuance…

On pensait, manifestement à tort, que la politique économique menée sous la présidence de François Hollande ne se distinguait guère de celle conduite par son prédécesseur, largement dictée par les contraintes extérieures de la mondialisation et des décisions prises à Bruxelles. Mais M. Deflesselles veut absolument nous persuader du contraire, quitte à déformer la réalité des chiffres.

On apprend ainsi que la politique de M. Hollande « a fabriqué plus de 650 000 chômeurs en 3,5 ans ». C’est peut-être lui attribuer plus de pouvoir qu’il n’en a car jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas lui qui a déclenché ce mouvement de fond du chômage de masse qui mine notre économie depuis des années. Pourquoi d’ailleurs faire commencer la courbe du chômage à décembre 2012, à une date où la France comptait déjà 3,1 millions de chômeurs (et encore ne s’agit-il là que de ceux répertoriés en catégorie A, le nombre total de sans emplois étant à cette date plus proche de 5,3 millions) ?

Evolution du nombre de chômeurs en France (catégorie A uniquement)

Evolution du taux de chômage en France (source : INSEE)

On pourrait par exemple remonter à mai 2007, date de l’arrivée au pouvoir d’un certain Nicolas Sarkozy, à une période où la France comptait 2,1 millions de chômeurs (et 4,5 toutes catégories confondues) : sur les derniers 3 ans et demi de son quinquennat, le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté de 780 000, soit davantage que pendant la même durée sous François Hollande ! Faut-il pour autant en attribuer la paternité à la politique économique de son gouvernement que M. Deflesselles soutenait alors ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne et oublier bien d’autres facteurs qui entrent en jeu…

Sur les questions fiscales, les affirmation de notre député sont également pour le moins étranges. Affirmer que François Hollande serait responsable d’une augmentation de 60 milliards d’euros de la fiscalité dont 19 milliards pour l’année 2012 est pour le moins caricatural. La vérité oblige à dire en toute objectivité que cette augmentation de 19 milliards pour l’exercice 2012 a été décidée par le gouvernement de François Fillon, au même titre que les 8 milliards d’augmentation décidées par ce même gouvernement en 2011. Autant de mauvaise fois laisse pantois ! Faut-il vraiment prendre les gens pour des imbéciles et déformer outrageusement la vérité pour se faire élire député ?

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Comparaison des dispositifs fiscaux européens (source : https://travaillerpartout.wikispaces.com/)

Il est exact d’affirmer que le taux de prélèvement fiscal est particulièrement élevé en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE mais il est pour le moins malhonnête de laisser entendre que ceci serait dû à un matraquage fiscal décidé brusquement lors de l’arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012. Il s’agit là d’un choix de société qui ne date pas d’hier, que l’OCDE constate d’ailleurs chaque année depuis le lancement de son étude comparative en 1965, et qui traduit le fait que notre pays possède un haut niveau de protection sociale et d’investissement public. Comment peut-on d’ailleurs réclamer des baisses de fiscalité tout en hurlant que les collectivités locales sont étranglées du fait des baisses de dotation de l’État ?

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

Dessin paru dans Marianne (mars 2016)

En matière de fiscalité, et contrairement à ce que laisse entendre M. Deflesselles, ce ne sont pas les impôts qui ruinent le Français puisque l’impôt sur le revenu en France est l’un des plus bas d’Europe tandis que le taux de TVA est plutôt inférieur à la moyenne. Quant à la fiscalité sur les entreprises, elle a très peu augmenté depuis 2011 et vient même de baisser grâce à différentes mesures prises justement par le gouvernement actuel dont la mise en place du Crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises.

L’OCDE elle-même le constate qui déplore que les entreprises ne soient pas assez ponctionnées et que ce soit les salariés qui supportent une lourde part du fardeau via les cotisations sociales particulièrement élevées en France. Sur ce point, l’argument de M. Deflesselles qui s’aligne sur les thèses xénophobes du Front national en reportant la faute à l’aide médicale apportée aux étrangers est totalement ignoble. Il oublie de préciser que le déficit des comptes sociaux est plombé avant tout par les profits indécents des grandes firmes pharmaceutiques et par la fraude aux prestations sociales du fait des entreprises elles-mêmes.

A l’heure où de plus en plus de Français se détournent de la vie politique et s’abstiennent de voter ou alors se reportent sur des votes protestataires extrémistes, peut-être serait-il temps que de vieux routards de la vie politique locale comme M. Deflesselles acceptent enfin de changer de pratique et de regarder la réalité telle qu’elle est, plutôt que de se complaire dans ce genre de discours idéologique totalement caricatural ?

L.V.  LutinVertPetit

Le député Deflesselles, organisateur de jeux de hasard ?

25 février 2016

Mais à quoi joue donc notre député Bernard Deflesselles ? La réponse réside dans une invitation qu’il a diffusée très largement par messagerie électronique : au loto ! Une invitation qui laisse même penser qu’il serait l’organisateur de ce super loto qui se tiendra demain soir, 26 février 2016, à Aubagne.

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L’événement est d’ailleurs repris en première page du site internet qu’alimente le député de la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône pour rendre compte de ses moindres faits et gestes, avec toutefois une date manifestement erronée qui renvoie au 14 février. Comme notre député, par ailleurs désormais vice-président de la région PACA, accompagnait à cette date Christian Estrosi en Israël pour y étudier les meilleurs moyens de lutter contre le terrorisme, il est probable que le Grand loto du député ait dû être décalé…

Blog280_PhBandeauSiteBlog280_PhExtraitSiteUn député organisateur de jeux de hasard ? Certes, quand on voit que même la paroisse de Carnoux se lance dans l’organisation de son super loto, pourquoi un député n’en ferait-il pas autant ? D’autant que ce n’est manifestement pas la première fois puisque le quotidien La Provence relatait déjà l’édition précédente qui s’était tenue au même endroit le 18 février 2015 et qui avait rassemblée plus de 500 personnes. A 15 € le carton, voila qui relève déjà d’un beau business…Blog280_PhProvence

Une manifestation présentée comme traditionnelle par notre député et qui semble en effet se renouveler d’année en année puisqu’on retrouve sur le net des invitations pour des éditions précédentes en 2009 ou 2011, organisées cette fois à La Ciotat. C’est donc manifestement une affaire qui marche et qui assure à notre politicien local un beau succès auprès de la population.

Certains esprits chagrins pourraient certes s’interroger sur le sens moral d’une telle opération promotionnelle, même si elle relève ici manifestement d’une activité ludique traditionnelle qui renforce le lien social et permet à Monsieur le député de renforcer sa popularité à bon compte. Il est vrai qu’il existe bien un texte de loi, daté du 21 mai 1836 et modifié par une loi plus récente du 9 mars 2004, qui interdit purement et simplement les lotos et les loteries en dehors d’un cadre soigneusement délimité, à savoir lorsqu’ils sont organisés par une association « dans un cercle restreint et uniquement dans un but social, culturel, scientifique, éducatif, sportif ou d’animation sociale » et se caractérisent par des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros.

Un autre député UMP, Philippe Gosselin, avait d’ailleurs interrogé en 2009 le ministre du budget pour se faire préciser les limites fixées par ces lois qui visent à lutter contre la criminalité et les risques de dérives commerciales de ces pratiques traditionnelles que sont les lotos. Dans sa réponse, il est bien précisé que les lotos, pour rentrer dans le cadre légal, doivent se limiter à un cercle restreint et ne peuvent en aucun cas attrirer plusieurs centaines de personnes ni drainer les habitants de plusieurs communes, de même qu’il ne peut s’agir d’une activité pratiquée de manière répétée.

L’objet d’un loto étant de financer une structure associative, les buts que poursuit son organisation sont eux-mêmes définis de manière très restrictive par la loi et ne peuvent sortir de la liste limitative qui figure dans les textes. Le ministère précise même que la notion d’animation sociale, qui pourrait être interprétée assez largement, se limite en réalité à « une cause moralement légitime (but social d’intérêt général tel que des oeuvres caritatives), soit l’organisation d’un loto dans une maison de retraite ou une salle des fêtes ».

Notre député Bernard Deflesselles qui siège pourtant à l’Assemblée nationale depuis 1999 après avoir été élu à la Région (déjà !) en 1992, il y a plus de 20 ans, ne peut évidemment ignorer la loi. On supposera donc que le fait qu’il se présente comme organisateur régulier et depuis au moins 2009 de super lotos qui attirent plus de 500 personnes pour une cause dont le but n’est pas clairement défini traduit une défaut manifeste de communication de la part de son équipe parlementaire qui alimente son site internet, et des médias locaux qui exagèrenent sans doute l’affluence à de telles manifestations tout en oubliant d’en préciser le contexte. Mais attendons le prochain compte-rendu que La Provence ne manquera sans doute pas de publier à l’issue de l’édition 2016…

L.V.  LutinVertPetit

Réserve parlementaire 2014 : notre député ratisse large…

25 mars 2015

La répartition de la manne financière que constitue la réserve parlementaire est longtemps restée un secret bien gardé, réservé aux seuls initiés, proches de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Il a fallu l’obstination d’un simple citoyen, Hervé Lebreton, professeur de mathématiques dans le Lot-et-Garonne, pour que l’Assemblée nationale commence à rendre publique la manière dont se répartissent ces subventions attribuées de manière discrétionnaire par certains députés et encore considérées il y a peu par la Cour des Comptes comme une pratique largement clientéliste.

Hémicycle de l'Assemblée nationale le 3 février 2015 (Photo Citizenside/J. Seddiki)

Hémicycle de l’Assemblée nationale le 3 février 2015 (Photo Citizenside/J. Seddiki)

Rendue partiellement publiques pour les années 2011 et 2012, ces aides avaient pour la première fois fait l’objet d’une publication exhaustive début 2014 pour l’exercice 2013. Cette année, pour la deuxième fois donc, la liste des subventions attribuées pour l’exercice 2014 est désormais accessible sur le site de l’Assemblée nationale depuis le 12 février 2015.

Une fois de plus et même si l’octroi de ces subventions est de mieux en mieux encadré et de plus en plus équitable (une avancée démocratique qu’il faut bien attribuer au président actuel de l’Assemblée, le socialiste Claude Bartolone), la liste réserve toujours son petit lot de perles savoureuses confirmant que nombre de nos élus ont encore bien du mal à dépasser le stade du soupoudrage local à visée électorale…

Le montant global distribué atteint, pour l’exercice 2014, la coquette somme de 80,2 millions d’euros. C’est un peu moins qu’en 2013, rigueur oblige, mais cela représente encore plus de 130 000 € par député, sans compter ceux qui sont un peu mieux servi que les autres, au premier rang desquels le président de l’Assemblée nationale qui dispose de 520 000 euros tandis que les vice-présidents, les questeurs, les présidents de groupe et les présidents de commissions ont droit à 260 000 euros chacun. Il existe aussi une «réserve institutionnelle» dont le montant a été fixé en 2014 à 5,5 millions d’euros. Grosso modo, un peu plus de la moitié de cette manne financière sert à financer des investissements dans des communes (parmi lesquelles beaucoup de réfection d’églises ou de murs de cimetières), le reste servant à financer le fonctionnement d’inombrables associations locales.

La députée du Calvados, Isabelle Attard

La députée du Calvados, Isabelle Attard

Comme chaque année, certains se font épingler pour avoir concentré massivement leurs aides sur la commune dont ils sont le maire. Les spécialistes sont en la matière les députés UMP Gilles Carrez (le Perreux-sur-Marne), Christian Jacob (à Provins), Jean Leonetti (Antibes) ou encore Georges Ginesta (Saint-Raphaël). Rares sont les vertueux qui, comme la députée Nouvelle-Donne du Calvados, Isabelle Attard, apparentée aux écologistes, a choisi depuis son élection en 2012 de confier la répartition à des électeurs de sa circonscription tirés au sort pour constituer un jury populaire muni de critères transparents.

Mais les motivations de la plupart de nos élus de la république semblent encore bien loin d’une telle approche, à l’aune du député socialiste du Val-d’Oise, François Pupponi, maire de Sarcelles, qui n’a pas hésité à attribuer 10 000 euros à une association de pétanque située à Zonza, en Corse-du-Sud, d’où il est originaire… Il n’est d’ailleurs pas le seul à soutenir ce sport puisque François Fillon a de son côté accordé 2 500 euros à l’Amicale bouliste des Arènes de Lutèce… Passons sur la vingtaine de tracteurs et sur les multiples caméras de vidéo-surveillance financés grâce à la générosité des députés : les habitants de Cuges-les-Pins pourront ainsi désormais se rassurer à bon compte grâce aux 30 000 € versés à leur commune par notre député Bernard Deflesselles (ReserveDeflesselles).

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L'acteur Ticky Holgado, idole de notre député Bernard Deflesselles

L’acteur Ticky Holgado, idole de notre député Bernard Deflesselles

Ce dernier figure d’ailleurs en bonne place au palmarès des subventions les plus farfelues grâce aux 147 000 euros distribués à une bonne vingtaine d’associations locales, dont une association d’imitation du chant des oiseaux qui a beaucoup intrigué la presse nationale, mais avec également 7 000 euros versés au Fan club de Ticky Holgado, l’acteur de cinéma décédé en 2004 ! La liste des associations financées par notre député confirme d’ailleurs qu’il ratisse très large, du handball au futsall en passant par le vélo, la natation et la course à pied, sans oublier bien sûr la pétanque ! Quant aux associations ancrées de longue date dans le paysage local, de Carnoux Racines au Souvenir Français en passant par le Club de l’appel du 18 juin, elles restent toujours des valeurs sûres pour la distribution des largesses de notre député…

D’autres députés cependant n’ont pas hésité à faire dans l’originalité, subventionnant qui une fête du cochon, qui une amicale de chasseurs de sangliers. La fête des cucurbitacées a aussi trouvé son mécène en la personne d’un député du Maine-et-Loire. Quant aux adeptes du Brie, force est de constater que la confrérie du Brie de Montereau, subventionnée à hauteur de 2 000 euros par Yves Jégo, a pris l’avantage sur celle du Brie de Meaux soutenue à hauteur de 1 000 euros seulement par Jean-François Copé : guerre de terroirs ou expression des déchirements internes au sein de l’UMP ?

L. V.  PetitLutinVert

Réserve parlementaire : comment notre député utilise t-il sa cagnotte ?

6 février 2014

Depuis des années, nombre de citoyens s’échinent à percer à jour l’opacité qui entoure la fameuse réserve parlementaire que députés et sénateurs utilisent de manière discrétionnaire, sans rendre de compte à personne, pour financer telle ou telle association ou projet dans leur circonscription (ou ailleurs). Un coin du voile vient enfin d’être levé grâce à l’opiniâtreté de certains et à un plus grand souci de transparence qui honore la majorité actuelle. Pour la première fois, il est ainsi possible de savoir après coup le montant et surtout la répartition de cette fameuse « caisse noire » des parlementaires pour l’année 2013.

L’enveloppe globale que se partagent les 577 députés s’élève ainsi à 90 millions d’euros (dont 81,6 millions ont été effectivement dépensés, sous la forme de pas moins de 11 000 subventions répertoriées). Chaque député reçoit une certaine somme en fonction de sa position dans l’Assemblée et de son ancienneté. En moyenne, cela représente de l’ordre de 130 000 euros pour la plupart des députés, mais avec d’importants écarts. Le président UMP de la commission des Finances Gilles Carrez décroche ainsi le pompon avec 786 00 euros, devant le président de l’Assemblée nationale, le socialiste Claude Bartolone qui a reçu 520 000 euros. Ce dernier est en outre chargé de répartir la réserve dite « institutionnelle », d’un montant de 5,5 millions d’euros, qui « permet de soutenir des associations ou fondations menant des projets d’intérêt national et, traditionnellement, de participer au financement de grandes institutions ou juridictions françaises » selon les explications officielles du site de l’Assemblée nationale.

Pour ce qui concerne les subventions accordées par chacun des députés, les détails sont donc désormais accessibles directement sur le site de l’Assemblée. Blog55_PhDeflessellesOn apprend ainsi que le député de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, Bernard Deflesselles a disposé en 2013 de 151 377 euros distribués pour moitié aux communes et à des associations. L’objet des subventions accordées aux communes n’est pas précisé mais on sait que les 15 000 euros attribués à Carnoux ont servi à co-financer l’équipement de la salle Artea en matériel de projection numérique. Le détail des subventions bénéficiaires montre en tout cas tout l’intérêt que porte notre député aux associations d’anciens combattants, groupes folkloriques et autres clubs de tennis locaux…

Liste des subventions accordées en 2013 par M. Deflesselles sur sa réserve parlementaire

Liste des subventions accordées en 2013 par M. Deflesselles sur sa réserve parlementaire

Les sénateurs ne sont pas en reste puisqu’ils disposent eux aussi d’une réserve parlementaire d’environ 60 millions d’euros. En juillet 2013, grâce à l’obstination d’un simple citoyen, Hervé Lebreton, professeur de mathématique de son état, le ministère de l’intérieur, avait autorisé la publication du détail des subventions accordées pour l’année 2011 au moyen de cette réserve sénatoriale. A l’époque, le montant global attribué s’élevait à 150 millions d’euros. Une partie de cette somme a servi effectivement à financer des travaux d’intérêt général tels que des réfections d’écoles ou d’églises dans des communes rurales à faibles ressources budgétaires.

Certains se sont néanmoins distingués par une légère propension au clientélisme, tel le sénateur UMP Philippe Marini, président de la commission

Philippe Marini

Philippe Marini

des finances du sénat et fervent partisan de la rigueur budgétaire (pour les autres, sans doute), qui disposait au total de 2,7 millions d’euros et en avait attribué les deux tiers à la ville de Compiègne dont il était maire… Quant à Gérard Larcher, alors président du Sénat et élu des Yvelines, il n’avait pas hésité à versé 10 000 euros pour l’acquisition d’un alambic dans une petite ville de Moselle… Au milieu de cette liste à la Prévert que constituent l’ensemble des subventions accordées, transparaît néanmoins le fort goût des sénateurs pour la ruralité avec pas moins de 52 tracteurs au total financés par cette réserve parlementaire, ce qui atteste que nos élus ont incontestablement le sens des priorités…

LVLutinVertPetit

Sources :

Liste des subventions par parlementaire

Article de Challenges

Article de Marsactu

Info sur les sénateurs

Bernard Deflesselles, camelot du Président…

21 juin 2010

Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, qui s’étend d’Aubagne à La Ciotat en englobant la commune de Carnoux, ont bien de la chance car leur député, Monsieur Bernard Deflesselles, fait un travail formidable. C’est d’ailleurs lui-même qui vient de le rappeler fort opportunément (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est bien connu) en dressant son propre bilan à mi-mandat dans une luxueuse plaquette en couleurs de 12 pages, éditée et diffusée aux frais du contribuable. Monsieur Deflesselles, en bon petit soldat du pouvoir sarkozyste dominateur, qu’il assure soutenir « à 100 % », dresse un tableau idyllique des résultats du gouvernement actuel. Certains auront peut-être du mal à s’y reconnaître, tant les décalages grandissent entre les difficultés de la vie quotidienne de millions de français et le discours de la propagande officielle, largement relayé par les médias dominants, pour la plupart aux mains des amis du président.

une luxueuse plaquette en couleurs…

C’est en tout cas beaucoup d’honneur que vous nous faîtes, Monsieur Deflesselles, que d’essayer de convaincre le petit peuple du bien-fondé d’une telle politique pourtant systématiquement tournée en faveur d’une minorité aisée et qui a considérablement accru les inégalités et les tensions au sein de notre société. Certes, votre honnêteté intellectuelle ne va pas jusqu’à rappeler dans ce bilan ce qui est pourtant une des mesures phare du gouvernement actuel et à laquelle vous avez apporté un soutien indéfectible, à savoir le renforcement du bouclier fiscal qui exonère la frange la plus riche de votre électorat de toute nouvelle contribution à la solidarité nationale en temps de crise, et qui amène le Trésor public à reverser chaque année des sommes importantes aux contribuables les plus riches tandis que se creuse le déficit public à des niveaux jamais atteints jusque là. Vous n’évoquez pas non plus les 72 milliards d’euros de niches fiscales et notamment celle si coûteuse, imaginée par votre ami Jean-François Copé et sur laquelle il ne semble pas question de revenir malgré son effet dévastateur pour les finances publiques.
Pourtant, même si l’on s’en tient aux seules mesures avouables de votre bilan, dont vous semblez si fier, il est permis de s’interroger sur l’objectivité du tableau que vous brossez de manière aussi flatteuse. Vous présentez comme une avancée sociale le fait de défiscaliser et d’exonérer de cotisations les heures supplémentaires, ce qui, au passage, a coûté de l’ordre de 4 milliards d’euros, mais vous omettez de dire qu’en période de crise économique cette mesure a largement contribué à l’augmentation du chômage. On se souvient que Nicolas Sarkozy pronostiquait une forte baisse du chômage mais jamais ce dernier n’a été aussi élevé dans notre pays avec 600 000 chômeurs supplémentaires pour la seule année 2009 et de nombreux chômeurs qui arrivent en fin de droit. Soutenir l’activité économique est une chose, mais s’engager « aux côtés des chefs d’entreprise » comme vous le revendiquez avec une franchise désarmante, et prendre des mesures qui favorisent systématiquement le patronat et les actionnaires au détriment des salariés en est une autre, qui ne va pas nécessairement dans le sens de l’intérêt général. Ainsi, la création d’un statut d’auto-entrepreneur, que vous présentez comme une avancée majeure, se traduit très concrètement par une précarisation accrue de nombreux salariés, y compris dans de grandes entreprises qui obligent notamment les jeunes et certains seniors en fin de carrière à recourir à ce type de statut, ce qui contribue encore au déséquilibre des comptes sociaux…
Présenter dans votre argumentaire la crise économique internationale comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle imprévisible contre laquelle seules des mesures compensatoires sont possibles pour gérer l’urgence, paraît pour le moins réducteur. Les français n’ont peut-être pas tous oublié que la crise financière à l’origine de cette situation vient de la folie spéculative des banques américaines, en particulier suite aux crédits immobiliers hypothécaires (les fameux subprimes) et certains se souviendront sans doute (mais ce n’est manifestement pas le cas de notre brillant député…) que Nicolas Sarkozy était en 2007 fermement partisan d’étendre à la France un tel dispositif, aussi ingénieux que dangereux… On sait que depuis son discours a bien évolué, mais malheureusement pas encore son action, et on attend toujours les actes qui s’imposent pour réguler davantage l’économie, harmoniser les politiques économiques à l’échelle européenne, freiner la spéculation et lutter enfin efficacement contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale. Monsieur Deflesselles, vous annoncez avec fierté que « nous avons sauvé le secteur bancaire » mais pourquoi donc aucune mesure n’a-t-elle encore été prise pour tenter de contrôler davantage les banques, au point qu’elles affichent de nouveau fin 2009 de confortables bénéfices et préfèrent spéculer contre les états qui leur sont venus en aide plutôt que de jouer leur rôle d’acteur économique ?
Votre belle plaquette, Monsieur le député, met en avant les mots de « justice sociale » et de « solidarité », mais peut-être les mots n’ont-ils pas le même sens pour tout le monde : présenter la suppression des droits de succession comme « une vraie justice sociale » consiste pour le moins à se moquer de nos concitoyens en faisant mine d’ignorer que les français les plus fortunés seront naturellement avantagés par ce procédé qui contribue donc automatiquement à creuser encore les inégalités. Affirmer comme vous le faîtes que la réforme en cours des retraites n’aura pas d’effet sur le montant des futures pensions est bien évidemment erroné quand on sait que de moins en moins de salariés bénéficient d’un emploi durable sur des périodes aussi longues : moins de 40 % des salariés arrivent à cotiser les 40 annuités actuellement nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein et on imagine sans peine que ce taux sera encore inférieur lorsqu’il sera exigé 2 voire 3 annuités supplémentaires pour une retraite à taux plein…
On admirera bien sûr l’habileté du bonimenteur professionnel, sans doute épaulé par de solides professionnels de la communication capables de rendre crédibles les plus grosses contre-vérités. Sachez néanmoins, Monsieur Deflesselles que tous nos concitoyens ne sont pas totalement dupes et qu’un tel matraquage médiatique ne sera peut-être pas toujours suffisant pour masquer la triste réalité d’une politique qui vise avant tout à favoriser les intérêts d’une classe dirigeante, creusant toujours davantage les inégalités sociales dans un pays où règnent trop souvent les sentiments d’injustice et d’inéquité. Monsieur le député, vous affirmez que suite à l’action du gouvernement actuel « la France n’est déjà plus tout à fait la même », ce qui est difficilement contestable, mais le risque d’explosion sociale n’a jamais été aussi élevé et il y a peut-être mieux à faire, pour l’éviter, que de parier uniquement sur l’efficacité des systèmes de vidéo-protection que vous semblez tant affectionner…

L. V.