Jean-Marie Le Pen ou la chute d’un épouvantail bien commode…

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Cette fois, c’est donc fait : Jean-Marie Le Pen s’est fait virer de son propre parti qu’il avait fondé il y a plus de 40 ans, en 1972. Exclu de son parti par sa propre fille à l’issue du bureau politique du Front National le 4 mai dernier, quel extraordinaire destin, digne des meilleures tragédies grecques ou de la pièce skakespearienne Le roi Lear ! Certes, le « Menhir » n’est pas encore mort et il continue de s’exprimer, mais c’est quand même un sacré bouleversement du paysage politique…

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Le Pen père et fille le 1er mai 2015 (photo P. Wojazer / REUTERS)

Son apparition impromptue sur la tribune lors de la fête traditionnelle du 1er mai, au moment précis où sa fille allait entamer son discours officiel, son attitude provocatrice dans son habit rouge vif que tous les photographes ont immortalisés et les acclamations qu’il a déclenchées, tout cela a donc été la goutte de trop qui a fait déborder le vase et poussé Marine Le Pen à cette décision radicale, elle qu’on voit ronger son frein, l’ai profondément agacé en arrière plan des photos…

L’éviction du trublion d’extrême-droite dont les saillies verbales et les dérapages en tout genre rythmaient la vie politique française depuis des décennies, change en tout cas la donne. Pas forcément pour le gros des troupes du FN qui dans leur grande majorité ne voulaient plus le voir et s’étaient ralliés au discours plus policé de sa fille, mais assurément pour tous ceux, Droite et Gauche confondus, qui voyaient en Jean-Marie Le Pen un repoussoir bien pratique, un épouvantail à électeurs, qui pour rien au monde n’auraient voté pour un parti jugé xénophobe, antisémite et pétainiste, voire fascisant.

Photomontage diffusé sur Twitter

Photomontage diffusé sur Twitter

Car Jean-Marie Le Pen n’hésitait pas à endosser tous ces rôles au détour de ses diatribes et de ses bons mots, comme si son ambition était davantage de faire parler de lui et de faire plaisir à ses copains négationnistes ou nostalgiques de l’OAS, plutôt que de convaincre et de rassembler pour dégager une majorité autour de lui. Son credo : « mieux vaut perdre avec ses idées que gagner avec celles des autres ». Une belle posture qui l’a effectivement toujours maintenu éloigné du pouvoir. Déjà en 1988, il n’avait pas hésité à s’opposer frontalement à la stratégie d’alliance portée par Bruno Mégret, au point d’aboutir à la scission du parti, à la perte de ses principaux cadres et à son affaiblissement durable, après des élections régionales où le FN avait pourtant fait des scores remarquables.

C’est sans doute François Mitterrand qui le premier avait compris à quel point une telle stratégie de l’épouvantail rendait le FN finalement bien utile. En mettant en avant Le Pen dans les médias, il favorisait les votes d’extrême-droite, affaiblissant d’autant la droite républicaine qui perdait ainsi une partie de son électorat classique. Certes en 2002, la stratégie a conduit à l’élimination de la Gauche dès le premier tour des présidentielles, mais le score somme toute modeste de Jean-Marie Le Pen au second tour, a confirmé que l’adhésion à ses idées restait assez marginale dans le pays.Blog197_PhLePenColere

Depuis que Marine Le Pen a pris les rênes du parti, les choses sont en train de changer. Les scores du FN augmentent régulièrement, grâce au ralliement de tous les déçus du système qui rejettent en bloc la mondialisation, les élites et les partis politiques traditionnels. Jusque là, une forte majorité de Français affirmaient avec conviction que, jamais au grand jamais, ils ne voteraient Front national, considéré comme un parti nationaliste et raciste. Mais la disparition de l’épouvantail Jean-Marie Le Pen et la stratégie de dédiabolisation à laquelle s’applique sa fille change totalement la donne. Le programme économique du parti s’est clairement déporté à gauche, l’antisémitisme a été banni du discours officiel qui se recentre sur une apologie du rôle de l’État, de la laïcité et de la redistribution. Des arguments qui font mouche parmi les classes populaires qui se sentent exclues par la mondialisation financière et par les effets du multiculturalisme que les élites prônent tout en s’en protégeant !

Les outrances de Jean-Marie Le Pen empêchaient jusqu’à présent au Front National de drainer suffisamment de mécontents pour constituer une majorité. Pas sûr que sa disparition ne soit finalement une si bonne nouvelle pour les démocrates de tout poil qui s’inquiètent de la progression de ce parti, élection après élection…

L.V. LutinVertPetit

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Une Réponse to “Jean-Marie Le Pen ou la chute d’un épouvantail bien commode…”

  1. La région PACA orpheline de ses élus… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] (et peut-être temporaire) retrait de la vie politique. Poussée en 2012 par son grand-père Jean-Marie, à se porter candidate dans la troisième circonscription du Vaucluse, elle s’est retrouvée à […]

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