Posts Tagged ‘Soleil’

Abandonner le nucléaire : une perspective historique

22 janvier 2019

Emmanuel Macron visitant la centrale nucléaire de Civaux en 2016 (photo © Jean-Michel Nossant / SIPA / Sciences et avenir)

A l’heure du Grand débat national, où il est convenu de tout mettre sur la table pour chercher ensemble les solutions les plus adaptées aux défis qui nous font face, et alors que la transition écologique fait partie des principaux thèmes de discussion identifiés par le Président Macron dans sa lettre aux Français, il est sans doute temps de s’interroger sur l’avenir de nos choix hexagonaux en matière de production énergétique.

Ces interrogations concernent en particulier la production d’électricité, même si celle-ci n’entre finalement que pour moins de 23 % dans la consommation énergétique globale du pays. En 2017, la production nationale totale d’électricité, toujours largement dominée par l’entreprise EDF qui maîtrise encore plus de 70 % de la production du pays, s’est ainsi élevée à un peu moins de 530 TWh, en légère baisse par rapport à 2016. Une production qui stagne d’ailleurs depuis une quinzaine d’année, alors que la consommation est en recul permanent, sous l’effet de la désindustrialisation du pays, mais aussi des gains réalisés en matière d’économie d’énergie.

Mais la part du nucléaire dans cette production nationale d’électricité reste toujours aussi élevée et constitue une véritable spécificité à l’échelle mondiale : plus de 72 % de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire et cette part atteint même 77 % si l’on ne considère que la part produite par l’opérateur historique et encore largement dominant qu’est EDF. Une telle proportion dépasse très largement celle de nos voisins puisqu’elle est en moyenne de 26 % en Europe, inférieure à 20 % aux États-Unis, et ne dépasse pas 12 % en Allemagne qui a décidé en 2011 d’accélérer sa sortie du nucléaire et où il ne reste plus que 8 réacteurs en service. Sur les 450 réacteurs nucléaires encore opérationnels dans le monde, 58 sont situés en France.

Un dessin signé Deligne

La loi de transition énergétique pour une croissance verte, adoptée en août 2015 prévoyait de plafonner la puissance installée des réacteurs nucléaires afin de favoriser progressivement le développement des énergies renouvelables, l’objectif étant que celles-ci atteignent 40 % de la production électrique globale d’ici 2030. Mais les arbitrages annoncés par le gouvernement en novembre 2018 dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie jusqu’en 2028 laissent quelque peu dubitatif.

Le chef de l’État y a en effet annoncé que l’objectif était désormais de réduire à 50 % d’ici 2035 la part du nucléaire dans la production électrique, mais « en même temps » en ne procédant d’ici là qu’à la fermeture de 14 centrales nucléaires tout au plus, dont seules sont actées les deux tranches de Fessenheim, prévues pour 2020. EDF, qui refusait catégoriquement de fermer la moindre centrale d’ici 2029 a donc dû avaler son chapeau, mais pour autant, on a bien du mal à comprendre le sens d’une telle décision qui laisse la porte ouverte à toutes les possibilités.

Centrale photovoltaïque de Cestas (Gironde) opérationnelle depuis 2015 (source : Eiffage)

La raison d’un tel flou est que les annonces sont en réalité totalement contradictoires. Le fait de conserver quasiment intacte la capacité actuelle de production d’électricité d’origine nucléaire et de vouloir en parallèle que celle-ci ne représente plus que la moitié de la production totale sous l’effet d’un fort développement des énergies renouvelables revient en effet à programmer une véritable explosion de la capacité de production nationale d’électricité.

Or tous les scénarios tendanciels montrent que la consommation stagne depuis des années et ne devrait guère remonter à l’avenir, même si se développe une filière de transports par véhicules électriques et surtout si on engage enfin en parallèle le vaste chantier de rénovation du parc de logement qu’exige la trajectoire affichée dans le cadre de la transition énergétique. Les exportations françaises d’électricité sont déjà à un niveau très élevé puisqu’en 2013 la France était considéré comme le premier exportateur mondial d’électricité et que ses exportations ont atteint 91 TWh en 2015 selon les chiffres de l’Observatoire de l’industrie électrique. Même si on y retranche les 30 TWh importés la même année pour faire face aux fluctuations des besoins, cela représente quand même plus de 10 % de la production réelle et atteste de la surcapacité actuelle.

C’est bien en effet là le nœud du problème. Même en faisant tourner à faible capacité ses centrales nucléaires, cette surcapacité entraîne les prix à la baisse et pèse sur les comptes d’EDF par ailleurs lourdement endettée du fait de ses investissements hasardeux à l’étranger et notamment au Royaume-Uni. Or le scénario annoncé par le Président de la République ne peut qu’aggraver la situation. Il conduirait en effet, selon les calculs du magazine Alternatives économiques et une fois mis en service l’EPR de Flamanville encore en chantier, à une production annuelle de 650 TWh en 2035. Si de surcroît s’y ajoutent les 4 nouveaux réacteurs EPR qu’EDF compte bien construire d’ici là pour remplacer les centrales enfin arrêtées, ce niveau de production atteindrait alors 740 TWh à cette date.

Or la consommation intérieure d’électricité qui était de 482 TWh en 2017, ne devrait guère augmenter d’ici là, ce qui laisse entrevoir une surproduction totalement déraisonnable d’autant qu’on voit très mal nos voisins européens se porter acquéreurs : l’Allemagne ayant décidé de sortir du nucléaire ne sera guère encline à acheter de l’électricité issue des EPR français et l’Espagne vise quant à elle d’ici là une couverture à 100 % de ses besoins via les énergies renouvelables.

Un dessin signé Soulcié, publié dans le n° de janvier 2019 d’Alternatives économiques

Un scénario qui d’ailleurs pourrait parfaitement être adopté en France comme l’a analysé l’ADEME dans une étude publiée en décembre 2018 et portant sur les trajectoires d’évolution du mix électrique d’ici 2060. Tablant sur différents scénarios d’évolution de la consommation électrique nationale compris entre 430 et 600 TWh, l’étude montre en effet que l’optimum économique conduit à au moins 85 % d’énergies renouvelables dans la production électrique en 2050 (et même 95 % en 2060), ce suppose de laisser tomber dès à présent les vieux rêves d’EDF d’envisager la construction de nouveaux EPR après le fiasco du projet de Flamanville et d’organiser la fermeture progressive des réacteurs actuels à raison de 30 % d’entre eux à l’âge de 40 ans, puis à nouveau 30 % de ceux qui restent lorsqu’ils atteindront 50 ans, ce qui permet une transition souple, adaptée aux différents scénarios envisagés.

Un beau sujet de débat en perspective…

L. V. 

Autoconsommation d’électricité, c’est possible !

25 mai 2018

Panneaux photovoltaïque intégrés en toiture (source © L’Energeek)

Produire soi-même à base d’énergie renouvelable l’électricité que l’on consomme, ce n’est pas si fréquent que cela, mais pour autant l’idée n’est pas si farfelue ! L’approche la plus classique en matière d’autoproduction d’électricité, surtout dans le Sud de la France, consiste à recouvrir une partie de sa toiture de panneaux photovoltaïques et de brancher l’installation sur le réseau électrique, ce qui permet de revendre à EDF le surplus de production et ceci à un tarif garanti avantageux.

Une telle démarche nécessite néanmoins un investissement relativement conséquent, de l’ordre de 20 à 30 000 € pour une installation de 6 à 9 kWc qui nécessite une superficie utile de toiture correctement orientée de l’ordre de 45 à 75 m2. Cela suppose surtout des procédures relativement lourdes pour assurer le raccordement au réseau et exige que les panneaux soient directement intégrés à la toiture en remplacement du revêtement classique, ce qui peut être source de nombreux désordres, depuis la simple fuite jusqu’à la mise à feu de l’isolation et de la charpente en cas de défaillance électrique !

Ombrière photovoltaïque sur une terrasse de Marseille (source © Twiza)

Une alternative consiste donc à produire uniquement l’électricité dont on a besoin, ce qui est beaucoup plus simple car il n’est alors nul besoin de transférer le surplus d’électricité produite sur le réseau : l’électricité produite est alors injectée directement en aval du compteur, par exemple au niveau d’une simple prise. Dans ce cas en revanche, il ne faut produire que ce dont on a besoin, les dispositifs de stockage de type batterie étant coûteux, peu performants à long terme, et encore moins écologiques.

Il suffit donc de poser 2 à 3 modules photovoltaïques, soit une surface de 4 à 6 m2 seulement, disposés en ombrière voire simplement fixés au sol en l’absence d’obstacle à l’insolation. La puissance produite est alors nettement plus faible, de l’ordre de 0,5 à 0,8 kWc, mais peut suffire à couvrir la consommation électrique de base du foyer, en dehors des pics de consommations que l’on observe généralement lorsqu’on met en marche le four électrique, le micro-onde ou la machine à laver, ainsi bien sûr que les radiateurs électriques éventuels.

Ombrière photovoltaïque en pergola (source © LSK outdoor)

Inutile en effet d’espérer produire sa propre électricité pour se chauffer l’hiver si l’on utilise des convecteurs électriques ! Même en Provence, la production photovoltaïque fonctionne très bien l’été et en journée, mais pas quand le soleil se cache… L’objectif est donc alors de dimensionner l’installation au plus juste pour couvrir uniquement le « bruit de fond » courant qui correspond à la consommation des appareils toujours branchés ou en veille, tels que réfrigérateur, livebox, ordinateurs, etc. Une pompe de piscine qui fonctionne principalement en période estivale peut être aussi partiellement alimentée grâce à un tel système.

Une installation de ce type nécessite donc de bien connaître sa consommation électrique de base et ses variations dans le temps. C’est d’ailleurs un excellent prétexte pour regarder de plus près les caractéristiques de cette consommation, quitte à ajuster ses habitudes de vie pour l’optimiser…En tout état de cause, on considère, au vu des retours d’expérience existants, que l’optimum économique permet ainsi de couvrir entre 20 et 40 % de sa consommation électrique annuelle totale, ce qui n’est déjà pas si mal !

Selon ENEDIS (ex ERDF, responsable du réseau de distribution d’électricité en France), on considère qu’il existe actuellement en France de l’ordre de 20 000 foyers consommant leur propre électricité, un chiffre très probablement appelé à se développer dans les années à venir. Le département Alpes-du-Sud d’ENEDIS vient d’ailleurs de réaliser une opération pilote d’autoconsommation photovoltaïque collective, une grande première en région PACA.

Maquette du projet des Colibres avec les ombrières photovoltaïques (source © TPBM)

Il s’agit en l’occurrence d’un projet d’habitat participatif porté par l’association Les Colibres, sur la commune de Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence. Lancé en 2013 par un groupe de familles militantes, suite à un précédent projet de la mairie qui avait avorté, le projet consiste en la construction de 11 logements répartis dans 3 bâtiments à ossature bois installés sur une parcelle communale d’un peu plus de 4 000 m2 seulement. Plusieurs parties communes (buanderie, chambres d’amis, atelier, garage à vélo, jardin) sont partagées entre les membres du collectif.

Le groupe d’auto-constructeurs, formé début 2014 et dont les premières familles ont emménagé fin 2017, compte en son sein plusieurs professionnels aguerris dont un urbaniste, une avocate, l’architecte du projet, et le directeur d’une structure associative d’accompagnement de projets d’habitat participatif. Il s’est constitué en société civile immobilière d’attributions (SCIA), une structure juridique adaptée à ce type de projet collectif et qui est donc la personne morale avec qui ENEDIS a conventionné.

Chantier des Colibres à Forcalquier (photo © Les Colibres)

En l’occurrence, la production photovoltaïque est assurée via des ombrières intégrées à l’architecture des bâtiments sous forme de casquettes, avec une puissance totale installée de 16 kWc. La consommation électrique étant évaluée à 2 kW par logement, la production est redistribuée de manière intelligente, grâce à la pose de compteurs Linky, en fonction de l’occupation et des besoins de chacun des logements.

La convention passée avec ENEDIS permet à ce dernier de procéder au relevé des compteurs communicants, de calculer les quantités consommées et produites par chacun des propriétaires en tenant compte des clés de répartition définies au sein du groupe, mais aussi d’émettre toutes les données utiles à la rémunération des autres fournisseurs (car bien sûr le dispositif n’est pas autosuffisant), du responsable d’équilibre et du gestionnaire du réseau public de distribution.

Un bel exemple, parmi d’autres, qui montre en tout cas qu’ENEDIS est désormais en capacité de gérer ce type de demande avec une souplesse que l’on n’imaginait pas de la part de l’héritier d’une longue tradition de centralisme énergétique à base de nucléaire… Il se murmure d’ailleurs que la nouvelle réglementation thermique en préparation pour 2020 pourrait présenter des avancées dans ce domaine en incitant les constructeurs de bâtiments neufs à prévoir dès l’origine des dispositifs facilitant l’installation de panneaux photovoltaïques pour une part d’autoconsommation : la transition énergétique se met peu à peu en marche…

L.V. 

Le mirage de la mer à boire…

14 mai 2018

Dessaler l’eau de mer pour satisfaire nos besoins en eau douce : la solution technique paraît séduisante pour faire face à la raréfaction des ressources en eau douce, menacées par les épisodes de sécheresse et contaminées par les pollutions. Sachant que les océans recouvrent 70 % de la surface du globe terrestre, l’eau de mer apparaît pour beaucoup comme une ressource inépuisable. La transformer en eau potable après élimination de ses sels minéraux pourrait donc constituer, aux yeux de nombreux responsables politiques, une solution d’avenir à généraliser.

Usine de dessalement de l’eau de mer de Fujairah aux Émirats arabes unis (source © Suez)

En apparence, la solution technique n’est pas compliquée et les marins grecs la mettaient déjà en œuvre dans l’Antiquité en appliquant une recette concoctée par Aristote et qui consiste simplement à chauffer l’eau et à récupérer par condensation la vapeur ainsi émise. C’est le principe de la distillation, utilisé dans la marine de manière industrielle dès le XIXème siècle.

Depuis, il a fait naturellement l’objet de multiples améliorations techniques, avec notamment le développement de la vaporisation multi-flash qui consiste à faire passer l’eau, initialement chauffée sous pression, dans des enceintes à pression de plus en plus réduite qui entraînent sa vaporisation quasi instantanée. C’est ce type de procédé qui est notamment employé à grande échelle dans les pays du Golfe où l’énergie à base d’hydrocarbures ne coûte pas très cher.

Vue de la plus grande usine de dessalement de l’eau de mer fonctionnant en Europe, près de Barcelone

Car – est-il besoin de le préciser ? – l’opération est particulièrement gourmande en énergie. Certes, dans nombre de pays, comme le Qatar, qui recourt massivement au dessalement de l’eau de mer pour son approvisionnement en eau potable, l’eau est distribuée gratuitement et son prix de revient n’est donc pas considéré comme un problème. Ce qui explique d’ailleurs qu’un Qatari consomme en moyenne 1200 litres d’eau par jour, là où un Allemand n’en utilise que 95 litres !

L’usine de dessalement de l’eau de mer construite en 2010 à Hadera, au nord de Tel-Aviv en Israël

Heureusement, la technique a fait de nombreux progrès en la matière et on a de plus en plus recours à d’autres procédés nettement moins énergivores comme celui de l’osmose inverse. Là encore, le principe est simple puisqu’il consiste en une ultrafiltration sous pression à travers une membrane poreuse semi-perméable qui retient les sels. C’est cette technique qui est notamment utilisée couramment en Israël où près de 70 % de l’eau consommée par les particuliers provient du dessalement de l’eau de mer.

Pour autant, même avec ce type de procédé, dessaler l’eau de mer consomme encore cinq fois plus d’énergie que les usines de traitement d’eau douce classiques. Certes, on développe désormais de plus en plus d’installations de dessalement alimentées par des énergies renouvelables, comme c’est le cas par exemple sur l’île d’El Hierro aux Canaries, où trois usines fonctionnent grâce à l’énergie éolienne ou hydraulique et on commence à exploiter, pour l’instant à titre expérimental, des systèmes de distillation à four solaire.

Principe de fonctionnement de l’alimentation électrique d’une station de dessalement d’eau de mer sur l’île El Hierro, aux Canaries (source © Futura Sciences)

Mais tout cela ne résout pas le problème majeur qui est celui des rejets : la saumure concentrée et les produits destinés à limiter l’entartrage des installations, sont purement et simplement rejetés en mer où ils s’avèrent particulièrement néfastes pour le milieu naturel, surtout dans une mer fermée comme l’est la Méditerranée. Poussé à l’extrême, le principe consiste à augmenter sans cesse la salinité de l’eau laissée en mer, alors que cette salinité, qui est en moyenne de 35 g/l dans les océans atteint déjà 39 à 40 g/l en Méditerranée, 42 g/l dans le Golfe Persique et dépasse 50 g/l dans la Mer Rouge.

Sans aller jusqu’à prétendre, bien évidemment, que c’est à cause des usines de dessalement que l’eau de mer est salée, il n’en reste pas moins que les impacts environnementaux des rejets de ces installations apparaissent comme des plus préoccupants, en particulier sur les fonds marins où la saumure se dépose et perturbe non seulement la vie benthique mais aussi les courants marins.

Là aussi, les ingénieurs ne manquent pas d’imagination pour rechercher des solutions techniques. C’est ainsi qu’un cabinet canadien a imaginé, dans le cadre d’un appel à projet pour la production d’eau potable à Santa Monica, en Californie, une construction en forme de gros cigare posé à quelques encablures de la côte et qui devrait permettre de produire, grâce à l’énergie solaire, 4,5 millions de m3 d’eau potable par an tout en rejetant les saumures dans un bassin central à usage thermal : de quoi faire d’une pierre deux coups…

Maquette du projet The Pipe destiné à dessaler l’eau de mer près de Santa Monica en Californie (source © Khalili Engineers – Land Art Generator Initiative Design)

Mais l’on se rend compte aussi que l’alimentation en eau potable à partir d’eau de mer dessalée peut être à l’origine de carences graves en magnésium et en iode, comme c’est déjà le cas en Israël. Il faut donc rajouter ces éléments dans l’eau douce après s’être évertué à les enlever de l’eau de mer, ce qui du coup rend le procédé encore moins économique.

Globalement, le dessalement de l’eau de mer reste en tout cas un procédé coûteux qui n’est envisagé que faute d’alternative plus simple permettant d’exploiter les eaux de surface ou les nappes souterraines. Pourtant, on constate que certains pays n’hésitent pas à utiliser de l’eau dessalée y compris pour l’irrigation agricole. C’est le cas désormais en Espagne où, dès 2006, 40 % de l’eau produite par dessalement était en fait destinée à la production de tomates sous serres, en particulier dans la région d’Alméria.

Serres de cultures intensives près d’Alméria, alimentée à l’eau de mer dessalée (source © Ecotoxicologie)

Une telle situation paraît aberrante mais répond à une logique purement économique : cette production d’eau douce est indispensable pour répondre à l’afflux saisonnier de touristes dans une région où l’aridité du climat rend les ressources en eau douce trop rares, et le meilleur moyen de rentabiliser de tels investissements est de les faire fonctionner toute l’année en approvisionnant les agriculteurs pour la production maraîchère de contre-saison qui permet d’inonder tout le marché européen à bas coût.

Pas sûr que cette démarche soit la plus rationnelle en termes d’exploitation raisonnée et durable des ressources naturelles, mais dans le domaine de l’alimentation en eau, comme dans beaucoup d’autres, ce sont bien souvent d’autres critères qui dictent les investisseurs économiques…

L.V. 

Centrales solaires à tour : une technologie futuriste !

11 avril 2017

C’est probablement le génial Archimède qui a eut le premier l’idée d’utiliser un jeu de miroirs pour concentrer les rayons du soleil de manière industrielle afin d’obtenir des températures élevées, destinées à enflammer la flotte de vaisseaux romains assiégeant la ville de Syracuse. L’histoire est d’ailleurs sans doute exagérée mais on ne prête qu’aux riches…

Le concentrateur solaire de Mouchot en 1878

Toujours est-il que, depuis cette lointaine Antiquité, la technologie a fait son chemin et que les centrales thermiques solaires commencent à se multiplier. C’est d’ailleurs un ingénieur français, un certain Augustin Mouchot, qui en 1866 a inventé le premier moteur solaire constitué d’un réflecteur en forme de parabole qui concentre les rayons du soleil sur une chaudière électrique en verre alimentant une machine à vapeur. Lors de l’exposition de 1878, un appareil de son invention, doté d’une surface réfléchissante de 20 m2 reçoit d’ailleurs une distinction à l’occasion de l’exposition universelle de Paris.

Le four solaire d’Odeillo dans les Pyrénées

Le principe des miroirs paraboliques qui concentrent le rayonnement solaire en leur point focal a été ensuite réutilisé à plus grande échelle, à l’initiative du chimiste français Félix Trombe dont les travaux se sont concrétisés par l’élaboration d’un premier four solaire à Mont-Louis en 1949, puis, à partir de 1962, par la construction d’un prototype semi-industriel, le Grand four solaire d’Odeillo, mis en service en 1970 à Font-Romeu. Une série de miroirs réfléchissants renvoient les rayons du soleil vers d’autres miroirs concentrateurs disposés en parabole qui font converger le rayonnement vers une cible circulaire de 40 cm de diamètre située en haut d’une tour, permettant d’obtenir une température de 3500 °C.

Sur la base de cette expérience, EDF réalise en 1983 sa première centrale solaire Thémis, installée en Cerdagne. Après de nombreux aléas et sous l’impulsion du Conseil général des Pyrénées-Orientales, le site est équipé en 2012 de près de 200 héliostats, des miroirs réfléchissants orientables qui suivent la course du soleil, et concentrent le rayonnement solaire sur un récepteur central situé au sommet d’une tour de 105 m de hauteur, dans lequel circule un fluide caloporteur (à base de sels fondus) permettant de transformer de l’eau en vapeur et d’actionner une turbine pour produire de l’électricité.

La centrale solaire Themis à Targassonne

Ce principe des centrales solaires thermodynamiques à tour est désormais en plein essor dans le monde entier, surtout dans des latitudes où le rayonnement solaire au sol est très supérieur à celui que l’on peut connaître en France. L’Espagne notamment s’est fortement investie dans ce domaine avec notamment la centrale Solar tres, inaugurée en 2011 en Andalousie, d’une puissance d’environ 20 MW avec près de 2500 héliostats et une autonomie de près de 15 heures grâce au stockage d’énergie assuré par l’inertie thermique du fluide caloporteur.

La centrale solaire de Gemasolar, près de Séville en Espagne, avec ses 2650 héliostats

Les États-Unis bien entendu ne sont pas en reste malgré leur exploitation intensive des gaz de schiste, avec en particulier la centrale solaire de Crescent Dunes (dans le désert du Nevada), d’une puissance de 110 MW (à comparer aux 5 MW d’une grande éolienne récente). Entrée en service en 2016, elle est constituée de 10 000 miroirs réfléchissants et d’une tour de 195 m de haut dans laquelle les sels fondus sont portés à 565 °C. Fonctionnant 24 heures sur 24 grâce à l’inertie thermique des sels fondus, cette centrale permet d’alimenter en électricité plus de 75 000 foyers !

Toujours aux États-Unis, la centrale d’Ivanpah dans le désert des Mojave en Californie, à 60 km de Las Vegas, est désormais le plus grand site d’énergie solaire américain avec 3 tours de concentration, 173 500 miroirs et une capacité de production de 392 MW (à comparer aux 900 MW d’un réacteur nucléaire type Fessenheim) qui permet l’alimentation en électricité de 140 000 foyers.

Vue du ciel, les trois champs de miroirs d’Ivanpah (photo G. Mingasson/Getty Images for Bechtel)

Et les projets se multiplient un peu partout. La société américaine BrigthSource Energy qui exploite la centrale d’Ivanpah s’est ainsi associée avec General Electric (qui a racheté la branche énergie d’Alstom, rappelons-le au passage tant l’épisode fut douloureux et inique) pour construire une centrale solaire thermodynamique géante dans le désert du Néguev, en réponse à un appel d’offre lancé par le gouvernement israélien en 2013, pour la modique somme de 660 millions d’euros.

Le champ de miroirs de la centrale Ashalim (photo © J. Guez / AFP)

Cette centrale dénommée Ashalim, qui devrait entrer en fonction fin 2017, sera constituée de 55 000 miroirs réfléchissants répartis sur une superficie de près de 300 hectares, et d’une tour de 24 m de haut encore en cours de construction. Une des particularités de cette installation est que les mouvements permanents des héliostats pour suivre la course du soleil sont réglés par des connections wi-fi pour limiter les coûts d’installation.

D’autres pays suivent la course, dont le Maroc qui est également très intéressé par cette technologie du futur en plein essor. Sa centrale solaire Noor 1, inaugurée en février 2016 près de Ouarzazate, est constituée de miroirs courbes répartis sur 480 ha, et totalise une puissance installée de 160 MW. Et ce n’est qu’un début puisque la deuxième tranche du projet est d’ores et déjà lancée avec, à terme, un objectif affiché de 580 MW de puissance installée !

Vue aérienne de la centrale Noor au Maroc (photo © F. Senna / AFP / Getty images)

N’oublions-pas non plus la centrale solaire de Dubaï qui se construit également par étapes, dans un environnement particulièrement favorable avec 3500 heures d’ensoleillement annuel moyen et des températures au sol de 40 °C en été. L’émirat ambitionne tout simplement de produire un quart de ses besoins en électricité grâce à cette centrale d’ici 2030, soit une puissance installée à cette date de 5 GW, le tout pour un investissement de 12 milliards d’euros…Pour l’instant, la puissance déjà installée est de 100 MW mais pourrait doubler d’ici la fin de l’année 2017 si tout va bien.

Jusque là, le coût de l’électricité produite de cette manière reste supérieur à celui obtenu par d’autres procédés plus classiques mais les choses évoluent rapidement en la matière. De quoi rester (un peu) optimiste quant à la capacité humaine à innover pour développer la production d’énergies renouvelables et limiter progressivement nos émissions de gaz à effet de serre avant qu’il ne soit trop tard…

L.V.

Le soleil comme on n’a pas l’habitude de le voir…

12 février 2016

Blog274_PhSoleilC’est une vidéo tout à fait exceptionnelle qui avait été diffusée en novembre dernier par la NASA et qui a été déjà largement relayée par les médias du monde entier mais dont on ne se lasse pas, tant les images en sont spectaculaires !

Les photos ont été prises par la sonde SDO (Solar Dynamic Observatory) lancée en 2010 dans le cadre du programme joliment nommé « living with a star », et qui envoie des images toutes les 12 secondes, prises selon 10 logueurs d’ondes différentes. Mais ces images ont ensuite été assemblées par milions afin de reconstituer cette vidéo ultra haute définition qui, outre son grand intérêt scientifique, présente une qualité esthétique tout à fait remarquable. Le résultat est d’autant plus bluffant que ce qui se présente comme une simple vidéo banale, résulte en fait d’un travail de titan puisqu’il a fallu pas moins de 300 heures pour en réaliser le montage à raison d’une dizaine d’heures pour chaque minute ! A déguster en plein écran bien entendu…

Blog274_PhEruption

On y voit notamment les impressionnantes éruptions solaires avec d’immenses fontaines de feu qui s’élèvent très haut dans l’espace sous forme de jets de gaz incandescent dont la température atteindrait 20 millions de dégrés : chaud devant…

Blog274_PhCouleur

Pour mettre en évidence ces geysers jaillissant à la surface de l’astre solaire, ce sont des capteurs à longueur d’onde unique qui ont été utilisés alors que d’autres images plus colorées ont été prises dans un domaine de longueur d’ondes très large, qui révèle un rayonnement intense de la matière dans une gamme de couleurs somptueuses mais qui ne permet plus de voir les éruptions solaires car ces dernières sont moins lumineuses que le fond d’image.

Blog272_PhRXCertaines séquences qui montrent la surface crevassée du soleil résultent de l’assemblage d’images prises à l’aide d’un capteur utilisant des rayons X. Cette partie superficielle du soleil constitue une sorte de peau froide (à 6 000 °C quand même) alors que le gros du soleil est une boule gazeuse.

Quant à la petite balle noire qui traverse subrepticement la vidéo à plusieurs reprises, il s’agit tout simplement de Vénus qui se balladait justement entre le soleil et la Terre, comme chacun bien sûr l’avait deviné…

C.T.  

En Bretagne, le réseau Biocoop croit au solaire !

10 février 2016

Même le magazine des financiers et des investisseurs La Tribune, pourtant peu au fait de l’actualité militante écologiste, s’en est fait l’écho : Biocoop, premier réseau bio et équitable en France, adepte du 100 % bio et sans OGM, chantre du consommer local et du commerce équitable, vient de doter sa plateforme logistique de la plus grande centrale photovoltaïque de Bretagne, fonctionnant en autoconsommation et financée par l’épargne citoyenne dans le cadre d’un partenariat avec Energcoop et Energie Partagée. Voilà qui mérite d’être salué !

Blog273_PhBiocoop

Située dans la zone artisanale de Mélesse, près de Rennes, en Ile-et-Vilaine, cette plateforme logistique du réseau Biocoop sert à stocker chaque jour plus de 250 références de fruits et légumes et 1250 en produits ultra-frais. Une véritable plaque tournante pour le réseau Biocoop qui compte désormais plus de 350 magasins de proximité en France, dont celui situé à l’entrée de Carnoux dans la zone industrielle et qui connaît depuis plusieurs années déjà un joli succès.Blog273_LogoBiocoop

En 2013, Biocoop a décidé une extension de cette plateforme logistique qui date de 1989 et qui emploie 300 personnes. Afin d’optimiser l’approvisionnement de ses magasins du grand Ouest, Biocoop a souhaité adjoindre 4000 m² supplémentaires d’entrepôts, ce qui fait plus que doubler la superficie du site. Du coup, les réseau coopératif a profité de ce projet pour mettre un pied dans la production locale d’énergie renouvelable en installant près de 2000 m² de panneaux photovoltaïque en toiture. Un beau pari pour cette région bretonne plus connu pour la persistance de son crachin que pour ses durées d’ensolleillement…

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Melesse

Panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique Biocoop à Mélesse

Mais chez Biocoop, on y croit. Et ce beau projet baptisé « Soleil du Grand-Ouest » ne manque pas d’originalité car il résulte d’une association avec deux acteurs engagés dans le développement des énergies renouvelables. Contrairement à la plupart des centrales photovoltaïques que l’on voit fleurir un peu partout sur le toit des maisons et des hangars agricoles, il ne s’agit pas ici en effet de revendre l’électricité à EDF pour la réinjecter dans le réseau selon une pure logique spéculative. Il s’agit vraiment d’un projet d’autocosommation. Et c’est là qu’intervient le premier partenaire, Énercoop, seul fournisseur d’électricité en France à proposer une offre 100 % renouvelable, basée sur un approvisionnement direct auprès de producteurs d’énergies renouvelables.

Blog273_LogoEnercoopL’objectif d’Énercoop est de construire un nouveau modèle, basé sur la participation des citoyens au paysage énergétique de leur territoire, le développement local de moyens de production renouvelables, et la proposition de solutions d’économies d’énergie. Énercoop propose son offre via un réseau de 10 coopératives locales et compte aujourd’hui 25 000 consommateurs et 15 000 sociétaires. En l’occurrence, Énercoop s’engage à fournir à la plateforme de Biocoop une énergie 100 % renouvelable issue en partie de son réseau et en partie (pour 15 % environ) de la centrale photovoltaïque installée sur le toit du bâtiment et dont la puissance est de 300 MWh.

Un nouveau modèle qui pourrait faire école car permettant de réduire considérablement les coûts liés à la revente sur le réseau. Grâce à ce système, Biocoop s’assure un approvisionnement en électricité verte dont les prix sont garantis pour une durée de 30 ans, ce qui n’est pas forcément un mauvais calcul à l’heure où EDF annonce une augmentation de 30 % du coût de l’electricité dans les années à venir.

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Pose des panneaux photovoltaïques sur le toit de la plateforme logistique

Le coût d’installation de cette centrale, dont les panneaux ont été assemblés en Côtes d’Armor par Silia et posés par l’entreprise bretonne Armorgreen, s’élève à 550 000 €. Mais le montage financier ne manque pas d’originalité non plus, avec l’entrée en scène d’un autre partenaire, Énergie Partagée Investissement, qui apporte pas moins de 200 000 €. Énergie Partagée est un mouvement qui collecte l’épargne des citoyens investisseurs désireux de donner du sens à leur argent en investissant à long terme dans des projets de production d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique, contrôlés majoritairement par des citoyens et des collectivités locales. Son rôle est d’accompagner et de sécuriser les projets en leur apportant une validation, technique, juridique et financière grâce à son réseau d’adhérents, d’animateurs régionaux et de relais locaux.Blog273_LogoEnergiePartage

Et c’est ainsi que ce projet de Mélesse a pu voir le jour sans aucune subvention publique. Une société de type SAS a été créée, pilotée par Biocoop, Énercoop, Énergie Partagée et par un club d’investisseurs solidaires Cigales. Outre les 200 000 € apportés par Énergie Partagée, 100 000 € ont été investis par Énercoop Bretagne, 2 magasins Biocoop et le club Cigales. Quant au solde de 250 000 €, il provient d’un prêt consenti par la banque éthique La NEF. Un véritable modèle de financement alternatif !

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

Inauguration de la centrale solaire le 6 octobre 2015

La centrale solaire a été inaugurée le 6 octobre 2015 en présence du président et du directeur général du réseau Biocoop, du président d’Énercoop et du directeur d’Énercoop Bretagne, ainsi que du délégué général d’Énergie Partagée Investissement. Il pleuvait un peu ce jour-là mais il en aurait fallu bien davantage pour refroidir l’enthousiasme de cette brochette de passionnés…

L.V.  LutinVertPetit

Qui l’eut cru ? Le stade de l’OM réfléchit trop…

5 juin 2015

La rénovation du stade Vélodrome à Marseille a coûté une petite fortune (270 millions d’euros) au contribuable et à ses descendants pour les 35 ans à venir. Tout le monde sait, et les élus locaux les premiers, que le foot est populaire à Marseille, ce qui vaut bien quelques sacrifices pour les citoyens qui payent leurs impôts locaux non seulement dans la commune mais aussi à la communauté urbaine, au Département et même à la Région, solidarité oblige… Déjà les Romains avaient bien compris que les jeux du cirque faisaient beaucoup pour la popularité des responsables politiques !

Blog190_PhToit

Depuis, on a beaucoup progressé dans le raffinement. Non seulement rien n’est trop beau pour faire plaisir au supporter-électeur, mais en même temps on fait un gros cadeau au club de l’OM qui paye un loyer dérisoire pour la mise à disposition du stade flambant neuf et, cerise sur le gâteau, on enrichit généreusement le groupe de BTP Bouygues construction, qui, par la grâce d’un partenariat public privé particulièrement favorable, va se faire rembourser très largement sa mise de fonds initiale, comme nous l’avions déjà évoqué ici, et ceci malgré les dénonciations récurrentes de la Cour régionale des comptes…

Blog190_PhStadeNuitBref tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, maintenant que l’OM a récupéré son stade flambant neuf qui illumine la nuit marseillaise à des kilomètres à la ronde, sauf que l’ouvrage monumental semble…presque trop éblouissant aux yeux du voisinage !

C’est un reportage de France Bleu Provence qui a révélé l’affaire. L’immense voilure blanche ondulée qui recouvre l’enceinte du stade réfléchit le soleil provençal et provoque une réverbération telle que les voisins s’en trouvent gênés. Une habitante d’une tour proche dont le balcon donne sur le stade avoue ainsi être obligée de maintenir en permanence les rideaux tirés, au risque de s’abîmer les yeux. Blog190_PhToitDetail

Une autre reconnaît garder des lunettes de soleil dans son appartement et un opticien du quartier recommande de s’équiper de lunettes noires pour ce protéger de cette réverbération jugée « éprouvante ». « Pour les yeux, c’est un calvaire » juge ainsi une des voisines interrogée par la radio locale. Une association locale de locataires, faisant preuve d’un sens aigu de l’opportunisme, envisage d’ailleurs déjà de négocier avec la mairie de Marseille une réduction de la taxe d’habitation pour compenser cette nouvelle nuisance inédite. Il n’y a pas de petits profits dans la cité phocéenne…

Blog190_PhToitStadeOn connaissait le pouvoir de fascination qu’exercent sur la jeunesse les stars éblouissantes du ballon rond, mais on n’avait pas encore conscience de l’extraordinaire pouvoir de réflexion que procurent les infrastructures modernes dans lesquelles elles évoluent…

L. V.

Les Norvégiens sur les traces d’Archimède…

21 mai 2014

Lors de l’attaque de la colonie grecque de Syracuse par la flotte romaine, en 212 avant JC, la légende veut que le génial Archimède aurait réussi à mettre le feu aux galères de Marcellus grâce à des miroirs géants qui Blog72_Archimedepermettaient de concentrer les rayons du soleil jusqu’à enflammer les voiles des bateaux. Rien ne permet d’assurer que l’histoire est vraie, d’autant qu’on n’en trouve nulle trace dans les écrits de l’historien Tite-Live. D’ailleurs les tentatives de reconstitution effectuées récemment avec des miroirs en bronze polis, les seuls qui existaient à l’époque, ne se sont guère montré concluantes et tout laisse penser que l’histoire a été largement inventée.

Et pourtant, l’idée d’utiliser des miroirs géants pour concentrer les rayons du soleil a été, depuislors, très couramment utilisée, en particulier pour la réalisation de fours thermiques. Mais c’est à un autre usage que les Norvégiens de la petite ville de Rjukan destinent de tels miroirs solaires. Il faut dire que leur ville est établie dans une vallée particulièrement encaissée et inhospitalière du Telemark qui ne comptait que quelques fermes isolées au début du siècle dernier. C’est Sam Eyde, le fondateur de la société Norsk Hydro, qui a mis en valeur ce site en y établissant une énorme usine hydroélectrique destinée à la fabrication d’engrais chimiques. Créée de toute pièce, cette petite ville du sud de la Norvège comptait déjà 10 000 habitants en 1913.

Elle n’en possède plus que 3 400 actuellement, mais qui souffrent toujours du même problème lié à une topographie assez défavorable : pendant 6 mois de l’année, de septembre à mars, le soleil est trop bas sur l’horizon pour arriver à dépasser le sommet des collines et la ville est plongée dans une semi-obscurité permanente fort déprimante !

L’industriel avait déjà eu l’idée d’installer des miroirs en haut des collines pour renvoyer les rayons du soleil dans la vallée mais n’avait pas réussi à concrétiser le projet faute de technologie adaptée. A défaut, il avait fait construire un téléphérique permettant à ses ouvrier d’aller prendre le soleil en altitude pendant la période hivernale.

Les miroirs géants de Rjukan (photo NTB Scanpix/AFP - Meek, Tore)

Les miroirs géants de Rjukan (photo NTB Scanpix/AFP – Meek, Tore)

Mais voilà que l’idée a ressurgi il y a une dizaine d’années, à l’initiative d’un artiste arrivé de Paris et installé au village, inspiré par une autre expérimentation menée en 2006 dans la ville piémontaise de Viganella. A force de persuasion, le projet a fini par voir le jour sous la forme de trois miroirs de 17 m2 chacun, perchés à 450 m d’altitude au dessus de la ville. Pilotés par ordinateur pour suivre la course du soleil, ils permettent de concentrer sur la place du village en contrebas une ellipse ensoleillée d’environ 600 m2, soit l’équivalent de 3 courts de tennis. Des panneaux solaires alimentent le système d’orientation et le lavage automatique des miroirs.

Limière sur la ville (photo NTB Scanpix/AFP - Meek, Tore)

Limière sur la ville (photo NTB Scanpix/AFP – Meek, Tore)

Le coût de l’installation n’est pas négligeable puisqu’il s’élève à 613 000 €, dont 80 % ont été versés par des sponsors privés. Certains esprits chagrins regrettent que cet argent n’ait pas été utilisé pour financer plutôt une crèche ou un équipement public plus utile. Mais en Norvège, prendre un bain de soleil en hiver n’a pas de prix. D’ailleurs, les retombées médiatiques du projet ont tellement fait parler de la petite ville de Rjukan qu’elle envisage d’ores et déjà de candidater à la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO comme témoin du génie industriel humain : Archimède n’a qu’à bien se tenir…

L.V. LutinVertPetit

Chauffe-eau solaire : c’est le moment d’investir !

12 avril 2009

A Carnoux, on n’a pas de pétrole et aucun risque d’en trouver un jour, mais le soleil ne manque pas puisqu’on a la chance d’habiter dans une des régions françaises qui bénéficie de l’ensoleillement le plus favorable. Dans ces conditions et face à l’envolée des prix du fuel et du gaz, il serait vraiment dommage de se passer de l’énergie solaire au moins pour chauffer l’eau domestique.  Les arguments pour justifier le passage au chauffage solaire ne manquent pas et notre maire qui semble s’être découvert une passion subite pour la prise en compte de l’environnement se montrerait certainement très lyrique sur le sujet.

Mais sans même évoquer les questions stratégiques qui devraient inciter chacun à privilégier des sources d’énergie renouvelables et sans émission de gaz à effet de serre, le simple bon sens montre qu’une telle solution est particulièrement intéressante sur un plan économique. Puisqu’un bon exemple vaut souvent mieux qu’un long discours, j’illustrerai mon propos par mon propre retour d’expérience, avec un peu plus de trois ans de recul. Faire appel à un installateur solaire agréé est indispensable, ne serait-ce que pour bénéficier des aides financières disponibles et d’une garantie sur la pose. Mieux vaut d’ailleurs faire appel à plusieurs avis pour comparer les prix, les différents matériels proposés et les solutions techniques les plus adaptées à la configuration de sa maison. Ensuite, l’installation elle-même ne prend que quelques jours.

Panneaux solaires.

Panneaux solaires.

A titre d’exemple, l’ensemble de l’installation avec 4 m2 de panneaux solaires (largement suffisant pour une famille de 4 personnes), m’a été facturée début 2006 à 4 422 € TTC, après déduction d’une subvention de 700 € versée directement à l’installateur par la région PACA. J’ai ensuite bénéficié d’une réduction d’impôts de 1 551 € (correspondant alors à 40 % du coût du matériel mis en œuvre, capteurs et ballon pour l’essentiel). Pour évaluer l’impact de l’installation sur ma consommation énergétique, je dois préciser que ma maison est équipée d’une chaudière à gaz qui sert d’une part pour l’eau chaude sanitaire et d’autre part pour alimenter les radiateurs pour le chauffage de la maison en hiver. Avant l’installation des capteurs solaires,  je consommais en moyenne 380 m3 de gaz en été (de juin à octobre, globalement) et 1 400 m3 le reste de l’année. Désormais, ma chaudière est éteinte tout l’été et ne sert quasiment plus que pour le chauffage de la maison en hiver, l’essentiel de l’eau sanitaire étant maintenant chauffée par le solaire, sauf pendant les périodes pluvieuses durables, ce qui ne représente selon les années que 5 à 20 jours au maximum.

L’économie ainsi réalisée représente, en moyenne sur les 3 dernières années, un peu plus de 670 m3 de gaz par an, soit 350 € par an au prix actuel du gaz naturel. En supposant ce prix constant, le coût de l’installation est ainsi amorti en 8 ans seulement, sachant que la durée de vie d’une telle installation est au moins de 15 à 20 ans, voire davantage. En réalité, l’augmentation constante du prix du gaz rend l’opération encore plus intéressante. Par rapport à l’année 2004, le prix du gaz a augmenté de plus de 50 % ! Il a d’ailleurs encore augmenté de plus de 13,5 % au cours de la seule année 2008 (il fallait bien rendre la privatisation de Gaz de France attractive pour les actionnaires de Suez…) et tout indique que ce prix ne devrait guère baisser dans les années à venir car les gisements ne sont pas inépuisables. Alors c’est le moment, si vous disposez d’un toit un tant soit peu orienté vers le Sud  : investissez dans un chauffe-eau solaire !

L.V.lutinvert1small