Covid-19 : un vaccin messager d’espoir ou de crainte ?

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Peut-être est-ce l’effet de ce confinement mondialisé par éclipses qui nous brouille le cerveau ou celui de ce battage médiatique intense qui fait que depuis bientôt un an, on ne parle plus que de « ça » : ce coronavirus SARS-CoV 2 qui entraîne chez chacun des réflexes de peur et de repli sur soi… Toujours est-il que malgré les distanciations sociales, le télétravail et le confinement à domicile, toutes les conversations ne tournent plus qu’autour de cette pandémie de Covid-19 qui joue les prolongations en 2021, et sur la manière de sortir enfin de cette crise sanitaire qui fait des ravages sociaux.

« Tester, alerter, isoler », tels sont les piliers de la stratégie officielle. Mais les autorités sanitaires françaises ont été un peu prises de court par le développement d’une réponse vaccinale qu’elles n’attendaient pas aussi vite. Quand le 9 novembre dernier Pfizer et BioNTech annoncent au monde entier les bons résultats de leur vaccin, toute l’énergie du gouvernement est concentrée sur la gestion de la seconde vague épidémique qui n’avait guère été anticipée et qui oblige à développer une nouvelle stratégie de confinement ciblée.

Un dessin signé Fred Sochard (source : Opinion internationale)

Du coup la France s’est engagée avec une prudence de sioux sur la mise en œuvre de cette campagne de vaccination qu’elle n’avait pas imaginée aussi précoce et alors même que l’opinion publique française se disait opposée à plus de 60 % à cette injection vaccinale. Au vu du fiasco qu’avait été la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 en 2009 avec ses millions de doses commandées pour rien et ses centres de vaccination restés déserts, il est compréhensible que les autorités sanitaires du pays se soient montrées prudentes, avec un début de campagne vaccinale médiatisée mais timide.

Un dessin signé Zaïtchick publié le 5 janvier 2021 dans Le Point (source : Blagues et dessins)

Au point que la France se réveille début janvier en constatant qu’elle est en queue de peloton des pays européens avec seulement 516 personnes vaccinées au 1er janvier 2021 alors qu’on en dénombre déjà plus plus de 47 000 à la même date en Pologne, 114 000 en Italie, 238 000 en Allemagne et 944 000 en Grande-Bretagne, sans compter les plus 4 millions de doses administrées aux États-Unis ou en Chine ! Ce ne sont pourtant pas les stocks qui manquent puisque c’est l’Union européenne elle-même qui s’est chargée de passer les commandes pour 2 milliards de doses après avoir négocié un prix de gros plutôt avantageux.

De quoi déclencher l’agacement de chef de l’État qui accuse son ministre de la Santé de lenteur coupable, au point que la stratégie vaccinale elle-même a dû être revue en catastrophe. Alors que seuls les résidents en EHPAD et leur soignants âgés de plus de 65 ans ou atteints de comorbidités étaient visés dans un premier temps, le gouvernement a finalement étendu la cible à tous les professionnels de santé de plus de 50 ans, puis aux pompiers et aux aides à domicile, promettant même que tous les Français de plus de 75 ans pourraient en bénéficier dès fin janvier.

Un dessin signé Sanaga publié le 13 janvier 2021 dans Blagues et dessins

Il n’en reste pas moins que ce vaccin commercialisé par Pfizer et son concurrent développé par Moderna et désormais également homologué en Europe depuis le 6 janvier, sont des vaccins à ARN messager qui font l’objet de réticences, beaucoup de voix s’élevant contre le fait qu’ils auraient été développés trop rapidement et administrés sans un recul suffisant. Des critiques largement injustifiées car tout le processus de test réglementaire a bien été respecté comme le détaille notamment le médecin du travail Thierry Bonjour dans une vidéo très pédagogique.

Pour ce qui est du vaccin développé par Pfizer et BioNTech, ce sont près de 44 000 personnes de plus de 16 ans qui ont participé à ces essais cliniques réalisés en double aveugle et les résultats sont éloquents avec un taux d’efficacité de 95 %. Celui de l’Américain Moderna, testé lui sur plus de 30 000 personnes selon un protocole comparable, conduit à une efficacité de 94 %, mais qui est légèrement inférieure pour les plus de 65 ans. Un inconvénient largement compensé par le fait que ce produit doit être conservé à – 20 °C seulement alors que celui de Pfizer exige une logistique très lourde avec des supercongélateurs réglés à – 71 °C. Dans les deux cas, les effets indésirables observés jusqu’à présent sont très limités et à peine supérieurs à ceux observés dans le groupe placebo des essais cliniques.

Les congélateurs de l’usine Pfizer, à Puurs en Belgique, où sont stockés les vaccins contre le Covid-19 (photo © Reuters / La Croix)

Pourquoi alors une telle crainte face à ces nouveaux vaccins ? Elle semble pour l’essentiel liée aux fantasmes classiques qui surgissent dès que l’on parle de biologie cellulaire et de matériel génétique. Pourtant, comme l’explique un article très détaillé du Monde, le recours à cette technologie n’est pas si récente puisque on est capable depuis 1989 d’introduire dans une cellule un fragment d’ARN messager englobé dans une nanoparticule à base de lipide et qu’on a pu observer dès 1990 que des souris pouvaient fabriquer des protéines à partir de l’instruction codée sur de l’ARN injecté en intramusculaire.

Le concept d’ARN messager a été identifié par les biologistes français Jacques Monod et François Jacob en 1960, ce qui leur a valu le Prix Nobel de médecine en 1965. Son rôle est souvent comparé à celui d’une instruction qui serait copiée à partir de l’ADN contenu dans le noyau de chacune de nos cellules, ADN qui constitue une sorte de grand livre de recettes de cuisine : la photocopie d’une de ces recettes est donc exportée du noyau et transmise au ribosome, situé dans le cytoplasme de la cellule, servant de guide pour synthétiser une protéine particulière. Le fait d’injecter un fragment d’ARN messager dans la cellule revient donc à lui donner l’instruction de fabriquer la protéine correspondante, selon la recette indiquée.

Principe de fonctionnement du vaccin à ARN messager contre la Covid-19 (infographie source L’Express)

Ainsi que le détaillent de nombreux articles pédagogiques dont celui rédigé par le collectif d’éducation à la recherche Tous chercheurs, le vaccin à ARN messager comme celui développé par Pfizer permet à la cellule réceptrice de déclencher le codage de la protéine Spike qui constitue une sorte de clé présente à la surface du virus SARS-CoV2 et qui lui permet de pénétrer dans les cellules humaine. Le fait de produire cette protéine déclenche par anticipation les défenses immunitaires classiques qui permettront au corps de se défendre en cas d’infection. Le principe est donc très similaire à celui d’un vaccin classique mais présente beaucoup d’avantages par rapport à une technologie plus traditionnelle comme celle que développe actuellement Sanofi Pasteur basé sur l’injection d’un fragment de virus désactivé (en l’occurrence la protéine Spike elle-même).

Le principal est la rapidité d’élaboration d’un tel vaccin : il n’a fallu que 10 semaines entre le séquençage du SARS-CoV 2 et la participation des premiers volontaires aux essais cliniques, un record ! En 2013, des chercheurs n’avaient mis que 8 jours pour produire un ARN messager anti-influenza une fois obtenu le séquençage du virus responsable, alors qu’il faut habituellement au moins 6 mois pour mettre au point un vaccin conventionnel contre la grippe… Il est en fait possible très rapidement de produire de l’ARN messager pour coder n’importe quelle protéine, ce qui permet de s’adapter rapidement à de nouvelles infections virales. On explore même désormais la possibilité de développer des vaccins de ce type qui permettraient de lutter de manière individualisée contre les cellules cancéreuses.

Dose de vaccin contre la Covid-19 (photo © AdobeStock / Actu.fr)

Pourquoi alors autant de craintes quant à la mise en œuvre de tels vaccins ? Le risque que l’ARN messager ainsi introduit ne vienne interférer avec le matériel génétique du receveur est inexistant car il n’y a pas de contact avec l’ADN stocké dans le noyau des cellules. De plus, l’ARN messager est un élément très fragile qui se dégrade rapidement, ce qui explique pourquoi les conditions de conservation de ces vaccins restent aussi contraignantes et pourquoi les chercheurs ont mis si longtemps avant de trouver les parades technologiques pour permettre à l’ARN messager de pénétrer dans les cellules et de s’y maintenir assez longtemps pour être utilisé à bon escient. Quant aux risques d’allergies qui conduisent à déconseiller ce vaccin à certains profils, ils semblent liés à la molécule de polyéthylène glycol qui est justement utilisé comme enveloppe lipidique pour emballer l’ARN messager.

Cette crise sanitaire d’ampleur mondiale aura eu en tout cas pour effet une formidable accélération des recherches scientifiques et force est de constater que les résultats de cette course au vaccin dépassent toutes les espérances. Reste maintenant à faire preuve d’autant d’efficacité en matière de logistique et de mise en œuvre de politiques publiques adaptées pour en faire bon usage…

L. V.

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3 Réponses to “Covid-19 : un vaccin messager d’espoir ou de crainte ?”

  1. La décroissance ou la mort : joyeux dilemme… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] nul ne s’y hasarde. La version officielle est donc que le progrès, via le développement de la vaccination, permettra de nouveau de vivre normalement, sans risque de décroissance, et sans remettre en cause […]

  2. C’est la Covid qui redémarre… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] quelques mois, grâce à une coopération internationale remarquable, plusieurs vaccins ont été élaborés, produits en grande quantité et mis à disposition de tous, grâce à une […]

  3. Présidentielle 2022 : un résultat sans réelle surprise | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] à se regrouper autour de ses dirigeants, mais on pourrait difficilement en dire autant pour la pandémie de CoVid-19 qui a marqué ce quinquennat et qui a été à l’origine de critiques et de débats passionnés […]

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