Si Carnoux m’était contée… (partie 1)

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LogoJubileEn cette année 2016, la ville de Carnoux-en-Provence fête ses 50 ans ! Un jubilé bien modeste pour une commune française à l’histoire très singulière et particulièrement brève par rapport à sa grande voisine Marseille, l’antique colonie grecque fondée par les Phocéens vers l’an 600 avant Jésus-Christ sous le nom de Massalia et qui a fêté son vingt-sixième centenaire d’existence il y a déjà quelques années…

C’est en tout cas l’occasion de revenir sur les conditions si particulières de la fondation de cette ville érigée en commune en 1966 seulement. Nous avons choisi pour cela de reprendre une série d’articles publiés en décembre 2004 par Annie Monville dans les colonnes de La Provence et que nous vous livrons in extenso.

Maurice Bonneau habite Carnoux depuis 45 ans. Vue l’extrême jeunesse de notre commune, il fait figure de patriarche parmi les Carnussiens. L’œil vif, l’esprit prompt, vous ne lui donneriez jamais ses 83 printemps ! « Je suis le plus âgé ici, je peux dire que je suis la mémoire de Carnoux » souligne-t-il avec humour.

Infatigable, Maurice est en train de rédiger, à l’intention de ses enfants, un livre de souvenirs et de photos rappelant la naissance si particulière de notre cité. Il a bien voulu nous ouvrir ses albums et raconter, à bâtons rompus, les faits marquants qui ont conduit à la naissance d’une nouvelle commune dans les Bouches-du-Rhône en 1966. « Je vous parlerai d’abord de la période que j’appellerai ‘marocaine’, dit-il, ensuite ce sera la période de la Compagnie Immobilière Française (CIF), puis en 62, j’évoquerai l’arrivée des rapatriés d’Algérie, jusqu’à la création de la commune. Après, ce n ‘est plus pareil, Carnoux est devenue une ville comme les autres… ».

Dans les jours qui suivent, La Provence publiera donc les souvenirs de Maurice Bonneau et ceux d’autres Carnussiens arrivés aux temps héroïques. Cette chronique intitulée « Si Carnoux m’était contée » évoquera sans doute bien des images dans l’esprit et le cœur de ceux qui ont vécu cette époque, et apprendra certainement quelques détails pittoresques aux nouveaux venus de notre chère ville.

Carnoux-en-Provence aujourd'hui

Carnoux-en-Provence aujourd’hui

L’histoire de la commune commence, dès les années 40, au Maroc, avec les premières rumeurs d’indépendance. Une folle aventure débute alors.

L’histoire, qui allait aboutir à la création d’une commune nouvelle dans les Bouches-du-Rhône, commence, étrangement, au Maroc. Dès 1944 ce protectorat français est agité de troubles fomentés par un parti nouveau, l’Istiqlal, qui réclame le départ des Français.

Ce n’est pourtant qu’en 56, le 2 mars, qu’est déclarée l’indépendance du pays. A partir de ce jour, va se poser avec acuité, pour de nombreux Français, le problème du retour définitif en métropole.

C’est alors qu’à Casablanca, un petit groupe de cinq hommes, trois entrepreneurs, un comptable, et un psycho-technicien, vont élaborer, dans l’indifférence générale d’abord, un projet insensé : Créer une ville en France pour accueillir les Marocains de retour au pays.

Ces hommes ce sont Emilien Prophète, qui deviendra le président de la CIF – Coopérative immobilière française —, Gilbert Cabanieu, premier vice-président, Ernest Toro, secrétaire général, Raymond Bauzon, administrateur, et André Roldan, administrateur.

L’idée prend corps rapidement et le 24 mars 1957 est officiellement créée la Coopérative immobilière française.

Trouver un terrain… en Provence

II fallait alors trouver du terrain à acheter. De l’avis général, ce devait être en Provence, dont le climat dépayserait moins ces amoureux du soleil qu’étaient les gens de Casa ou de Rabat.

Le vallon de Carnoux lors de la fondation de la ville. A droite, l'ancienne bastide de la Crémaillère

Le vallon de Carnoux lors de la fondation de la ville. A droite, l’ancienne bastide de la Crémaillère

Sur ce point, les versions divergent : certains disent qu’un notaire d’Aubagne, maître Seguin, signala à Emilien Prophète un vallon de 300 hectares à vendre, n’appartenant qu’à deux propriétaires. D’autres préfèrent une version plus romantique ; à Tanger, lors d’une soirée, on présente à M. Cabanieu la veuve de l’architecte lyonnais Tony Garnier, mort en 1948 à Carnoux dans sa bastide du XVIIIe siècle qui avait appartenu aux Clermont-Tonnerre avant de devenir un relais de diligences. Cette dame souhaite vendre son terrain avec la bastide… On imagine la suite…

Quoiqu’il en soit, les gestionnaires de la CIF font le voyage et, en avril 57, ils découvrent 270 hectares de vignes, d’arbres fruitiers et de garrigue comme une immense coulée verte entre deux collines aux pierres blanches. C’est le lieu-dit Carnoux, relié par des chemins de terre à Aubagne et à Cassis. Le coup de foudre est immédiat : « Vous pouvez préparer l’acte de vente », s’écrie Emilien Prophète.

Fonder une ville au XXe siècle, une folie !

Maurice Bonneau se souvient : « Outre la veuve de Tony Garnier, la CIF a acheté 139 hectares à un certain Tessier pour la somme de 350 000 francs. L’acte a été signé le 18 décembre 57. Sabiani, Arnaud et Blanchard ont vendu 172 hectares pour 57 500 francs ». Interrogé sur les raisons d’une telle disparité de prix, Maurice Bonneau explique que certains terrains étaient plats, alors que d’autres, plus pentus, représentaient moins de valeur à l’époque. C’est dans un cinéma d’Ain Sebaa, le Beaulieu, que vont avoir lieu les réunions de la nouvelle coopérative. Le terrain est loti en parcelles de 1 000 à 1500 mètres vendues à 1 franc le mètre carré. Le prix est dérisoire par rapport à ceux qui se pratiquent dans les environs. Mais il n’y a ni eau, ni électricité, ni tout à l’égout. Tout est à faire, à créer. Les journaux ne sont guère encourageants : les mots « fadas », « illuminés », sont employés. Fonder une ville en plein milieu du XXe siècle, quelle folie ! Qui sont les nouveaux coopérateurs qui deviendront les premiers Carnussiens ? En majeure partie des gens d’âge moyen, aisés, qui assurent ainsi leurs arrières mais qui resteront peut-être au Maroc si les choses s’arrangent.

Les Paris, lui 29 ans, elle 23, un petit garçon de 2 ans, font figure d’exception : « Nous étions de loin les plus jeunes, les autres avaient plutôt la quarantaine… ».

La construction des premières villas à Carnoux

La construction des premières villas à Carnoux

Une entreprise est choisie pour construire, dans un premier temps, 50 villas sur des plans type aux noms évocateurs : La Mireille, La Tramontane, La Cigale… Ce seront des villas blanches aux toits en terrasses, celles qu’à Carnoux on continue d’appeler « villas première génération ».

« Mon voisin Tognazzi et moi avons été les premiers à construire », se souvient Maurice Bonneau. Les deux villas, non loin de l’église, sont proches de celle de M. Carita, aujourd’hui décédé, et qui a été lui aussi, parmi les premiers occupants.

Annie MONVILLE

Article publié le 28 décembre 2004 dans La Provence

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8 Réponses to “Si Carnoux m’était contée… (partie 1)”

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    […] Tout le monde a tendance à l’oublier, mais le vallon dans lequel s’est établie la ville de Carnoux-en-Provence est le siège d’un oued, un vallat sec qui rejoint, en contrebas de l’autoroute, le Merlançon (issu de La Bédoule), lequel va ensuite se jeter dans l’Huveaune à Aubagne. Comme tout oued, il lui arrive de subir des crues, parfois meurtrières comme cela avait été le cas pour le Merlançon le 26 août 1986. La ville de Carnoux est d’ailleurs sujette au risque inondation, principalement du fait des nombreux dysfonctionnements de son système de gestion des eaux pluviales globalement sous-dimensionné par suite du développement anarchique de la ville depuis les années 1960. […]

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