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Emmanuel Macron, en marche vers le pouvoir ?

8 avril 2017

Décidément, rien ne se passe comme prévu lors de cette campagne pour l’élection présidentielle de 2017… A deux semaines seulement du premier tour, il paraît bien difficile de faire le moindre pronostic.

La seule certitude, c’est que la gauche en sera très vraisemblablement éliminée dès le premier tour, sauf à ce que l’un des deux candidats en lice se désiste ou que les deux finissent par trouver un accord. Mais un tel scénario devient chaque jour plus improbable, chacun s’arcqueboutant sur ses positions. Benoît Hamon, bien que vainqueur incontesté de la primaire de la gauche et bénéficiant du ralliement de Yannick Jadot, lui-même désigné à l’issue de primaires internes aux écologistes, est à la peine dans les sondages qui le créditent désormais d’à peine 10 % des intentions de vote.

Dessin de Wingz

Face à lui, Jean-Luc Mélanchon est dans une dynamique positive qui lui a permis depuis un mois de passer de 10 à 15 % des intentions de vote, comme si les électeurs de gauche avaient déjà oublié son refus hautain de participer à la primaire de la gauche. Il n’en reste pas moins que le socle de leur électorat commun reste stable et ne dépasse pas 25 %. Cela pourrait être suffisant pour être qualifié au second tour, à condition que ces voix se portent sur un candidat unique. Dispersées entre deux candidats, quelle que soit la répartition entre les deux, c’est la certitude qu’aucun candidat de gauche ne sera qualifié pour le second tour, au grand dam de millions d’électeurs de gauche qui devront donc se résigner à ne pas être représentés, une fois de plus, du fait de la stratégie suicidaire des dirigeants de ce courant politique.

Selon toute vraisemblance, le résultat de cette élection uninominale à deux tours se jouera donc entre la représentante du Front national, Marine Le Pen, et ses deux outsiders dans les sondages. François Fillon, grand gagnant des primaires de la droite en novembre dernier, est désormais englué dans le discrédit suite à sa méthode de défense déplorable et à l’arrogance extrême dont il a fait preuve pour répondre aux multiples reproches sur sa cupidité financière. Mis en examen pour détournement de fonds publics, il s’enferre dans ses mensonges successifs, tentant vainement d’accréditer la thèse d’un complot imaginaire ourdi à son encontre par le fameux « cabinet noir » de l’Elysée, avec la complicité des médias et de la justice.

Et pourtant, comme pour Marine Le Pen, elle-même sous le coup de multiples affaires judiciaires, ces accusations semblent ne guère troubler son électorat puisque les derniers sondages indiquent une remontée des intentions de vote en sa faveur, le créditant d’un score de l’ordre de 20 %, dépassant même les 30 % chez les électeurs de plus de 50 ans qui sont, comme chacun sait, les plus assidus à voter.

Un second tour laissant le choix entre François Fillon et Marine Le Pen n’est donc pas à exclure. Néanmoins, force est de constater que l’OVNI Emmanuel Macron est en train de se rapprocher, dans les intentions de vote, de la candidate du Front national, avec pas moins de 24 % selon les derniers sondages. Personne ne sait trop bien comment positionner ce candidat dont les soutiens politiques vont de Robert Hue à Alain Madelin en passant par François Bayrou et désormais Manuel Valls. Sa ligne politique le situe néanmoins sans ambiguïté à gauche de François Fillon et à droite de Benoît Hamon, dans cet espace centriste qui a eu, jusque là, bien du mal à s’affirmer dans le paysage politique de la Cinquième République et qui pourrait donc peut-être arriver à se faire une place au soleil à l’occasion de ces élections présidentielles qui s’annoncent si atypiques…

Dessin de Gros publié dans Marianne du 17 mars 2017

C’est d’ailleurs un des points faibles de la candidature d’Emmanuel Macron : beaucoup se demandent en effet sur quelle majorité il compte s’appuyer pour gouverner au cas où il serait élu. Dans cette hypothèse, certains en sont même déjà à imaginer une situation de cohabitation avec un gouvernement de droite, tant le parti LR est confiant dans sa victoire lors des prochaines législatives, face à une gauche totalement atomisée et à un FN traditionnellement handicapé dans le cadre d’un scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Dessin de Placide

Et pourtant, ce ne sont pas les candidats qui manquent à Emmanuel Macron pour s’aligner lors des élections législatives du mois de juin. Plus de 14 000 personnes se seraient ainsi portées candidates ! Mais la commission d’investiture présidée par l’ex-UMP Jean-Paul Delevoye a fixé un cahier des charges très strict, exigeant pour les 577 candidats investis le respect de la stricte parité hommes-femmes (alors que seules 15 % des offres de service reçues sont féminines !) ainsi qu’un équilibre entre élus et représentants de la société civile, mais aussi entre gauche, droite et centre : un vrai casse-tête donc !

Les 14 premiers candidats investis par En marche (photo extraite du site de campagne En marche)

C’est sans doute la raison pour laquelle le mouvement En marche retarde autant que possible ses procédures d’investiture, afin de ne pas polluer la campagne présidentielle. Pourtant, lors de son invitation sur le plateau de l’Emission politique de France 2, le 5 avril dernier, Emmanuel Macron s’est résolu à dévoiler une liste de 14 candidats d’ores et déjà investis par son parti pour les prochaines législatives. On y retrouve notamment Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID qui avait dirigé l’assaut contre l’Hyper Casher, mais aussi Mounir Mahjoubi, l’ancien président du Conseil national numérique, Hughes Renson, ancien conseiller pour les affaires sociales du Président Jacques Chirac, ou encore Elisabeth Toutut-Picard, directrice adjointe du CHU de Toulouse.

Jean Viard, candidat aux prochaines législatives (photo issue du site de campagne En marche)

Parmi ces 14 premières candidatures ainsi dévoilées se trouve en particulier le sociologue Jean Viard, qui était intervenu à Carnoux à l’invitation du Cercle progressiste carnussien, le 27 juin 2008, pour une conférence sur l’évolution des rythmes de travail et de notre rapport au temps. Fondateur et co-directeur des éditions de l’Aube à la Tour-d’Aygues, dans le Vaucluse (où il se portera candidat lors des prochaines élections législatives), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’aménagement du territoire, les rapports entre urbain et rural, la ville de Marseille ou encore l’essor du Front national. Ex-directeur du CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française, une unité de recherche rattachée au CNRS, Jean Viard a aussi été élu en 2008 conseiller municipal de Marseille et vice-président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole jusqu’en mars 2014. Alors porte-parole du socialiste Patrick Mennucci, le voici donc désormais engagé dans le camp de l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, en marche, qui sait, vers une victoire électorale prochaine ? L’avenir le dira prochainement…

L.V.  

Les dessous de la Présidentielle 2017

13 mars 2017

Depuis les débuts de la Ve République, jamais élection présidentielle en France n’avait revêtu un visage aussi suprenant que celle qui se profile à l’horizon. Pour la première fois sans doute un président sortant ne se représente pas après avoir fait un seul mandat de 5 ans, comme si les Français étaient devenus à leur tour des adeptes du zapping. La mise en œuvre des primaires à l’Américaine a fait des ravages du côté des ténors de la vie politique dont les principaux ont été balayés, et quant au bipartisme traditionnel, il paraît bien oublié !

A six semaines du premier tour, les sondages laissent en effet transparaître une répartitition des suffrages en quatre blocs quasi équivalents, représentant chacun, peu ou prou, un quart de l’électorat. Celui qui semble avoir toutes les chances de virer en tête au second tour est bien entendu le Front National de Marine Le Pen qui devrait sans difficulté rééditer le schéma de 2002, sauf que cela ne sera plus une surprise pour personne puisque c’est désormais ce qu’on observe lors de toutes les élections qui se suivent et se ressemblent beaucoup.

En réalité, la surprise vient plutôt de la Droite dont le candidat est singulièrement affaibli par la présence de l’ex-ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, qu’on qualifiera de centriste faute de savoir clairement où le positionner sur l’échiquier politique et qui pour l’instant dépasse dans les sondages son rival étiqueté LR.

Quant à la Gauche, elle se positionne pour la première fois depuis bien longtemps sur un programme réellement à gauche et les sondages lui donnent globalement un score proche de 25 % qui pourrait lui permettre d’accéder au second tour. Sauf que, contrairement aux trois autres blocs, elle n’a pas été capable de se rassembler derrière un candidat unique, ce qui ruine définitivement ses chances de ne pas être éliminée dès le premier tour ! De ce point de vue, Jean-Luc Mélanchon porte une lourde responsabilité, lui qui a refusé l’idée même de participer à la primaire de la Gauche alors qu’il se revendique clairement de gauche, et qui rejette désormais toute idée de dialogue avec son acolyte Benoît Hamon alors qu’on serait bien en peine de trouver la moindre différence idéologique dans le contenu de leur programme.

Les électeurs de gauche seront donc contraints de se reporter sur le banquier Macron s’ils ne veulent pas devoir arbitrer une fois de plus au second tour entre la Droite filloniste et l’Extrême-Droite lepéniste, comme c’est désormais le cas à chaque élection… En attendant, ils peuvent du moins se réjouir du spectacle croquignolesque qui se déroule à droite de l’échiquier politique autour du candidat François Fillon, mis en réelle difficulté suite aux révélations du Canard enchaîné quant aux sommes astronomiques qu’il a fait verser pendant des années à son épouse et à certains de ses enfants pour des emplois vraisemblablement fictifs.

Après avoir endossé, pendant toute la campagne des primaires, le costume du candidat intègre et vertueux, distribuant des leçons de morale à ses petits camarades Nicolas Sarkozy, mis en examen dans de multiples affaires, et Alain Juppé, jadis condamné pour détournement de fonds publics, le voilà bien en peine pour justifier les sommes énormes qu’il a ainsi soustraites pour son usage personnel. Après avoir clamé haut et fort qu’il se retirerait de la campagne s’il devait être mis en examen, le voila qui change brusquement de discours lorsqu’il se retrouve effectivement dans cette situation, criant au complot politique et ameutant ses amis de la droite la plus conservatrice pour organiser une démonstration de force devant le Trocadéro. Après avoir affirmé pendant toute sa (longue) carrière politique qu’il ne céderait jamais aux démonstrations de force de la rue et proposé encore en juin dernier d’interdire toute manifestation, le voila qui fait venir ses troupes par trains spéciaux et autocars pour montrer à son parti qu’il ne se laissera pas arrêter par quelques ennuis judiciaires momentanés et qu’il compte rester à tout prix le candidat de la Droite.

Du coup, le spectacle des élus LR et UDI clamant haut et fort vendredi dernier qu’il fallait déloger le « forcené » en actionnant un « plan B », et l’acclamant le lundi en lui renouvelant leur soutien unanime, ne manque pas de sel, à défaut de nous rassurer quant à la sincérité de ces mêmes responsables politiques. Le plus drôle de l’affaire est que c’est, semble-t-il, l’inoxydable Nicolas Sarkozy qui a mené la manœuvre, lui que l’on croyait retiré de la vie politique pour se consacrer à l’hôtellerie de luxe.

Si l’on en croit les informations du Canard enchaîné, le 3 mars dernier, Sarkozy était persuadé que son ancien « collaborateur » serait obligé de renoncer, la manifestation du Trocadéro prévue deux jours plus tard n’étant qu’un baroud d’honneur. Il a donc contacté Alain Juppé en promettant de soutenir la candidature de ce dernier, à condition qu’il s’engage à prendre comme Premier ministre son petit protégé, le maire de Troyes François Baroin, ancien chiraquien pur sucre, devenu sarkosiste par opportunisme.

Mais le maire de Bordeaux réserve sa réponse. Dimanche matin, ne voyant toujours rien venir, Sarkozy s’énerve et entame cette fois les discussions avec François Fillon à qui il propose son soutien, à condition que ses proches en soient récompensés : Laurent Wauquiez à la tête du parti et François Baroin à Matignon. Il faut dire que Fillon est difficile à déloger après sa victoire aux primaires et alors qu’il a déjà fait main basse sur le trésor de guerre de LR dont il détient les cordons de la bourse…

François Fillon au Trocadéro, le 5 mars 2017 : quand même la pluie s’en mêle… (photo copyrigth AFP)

Toujours est-il que la présence des sarkozistes à la tribune du Trocadéro aux côtés de François Fillon a achevé de convaincre Alain Juppé que l’ex chef de l’État le mène en bateau et qu’il n’a pas d’autre solution que de se retirer. Et voilà pourquoi le comité politique des Républicains qui s’est tenu le lundi 6 mars en soirée s’est transformé en sacre du « repris de justesse », malgré sa mise en examen. Pour être honnête, il n’aurait d’ailleurs guère été plus moral de le remplacer par un Alain Juppé déjà condamné pour des faits d’emplois fictifs. Mais l’affaire a laissé des traces au sein de la Droite où certains ont montré plus de souplesse que d’autres pour suivre ces différents revirements successifs. L’enthousiasme des juppéistes et des centristes, dont l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, à soutenir le candidat LR finalement remis en selle, reste assez modéré, surtout au vu de la forte implication des grenouilles de bénitier de Sens Commun qui se sont très fortement mobilisées pour organiser la manifestation du Trocadéro et ce qui confirment l’ancrage très conservateur du programme de François Fillon.

Bien malin qui dira ce qu’il sortira de cette élection présidentielle. A défaut de rehausser le niveau de confiance et le respect que les Français peuvent légitimement accorder à leurs responsables politiques, au moins le spectacle et ses nombreux rebondissements auront-ils été à la hauteur de l’événement !

L.V.  

En politique, il n’y a plus de mensonges, juste des vérités alternatives…

6 février 2017

blog390_phlivreC’est la bonne nouvelle du moment : depuis que Donald Trump a été officiellement investi 45e président des États-Unis, le vieux roman d’anticipation 1984, publié en 1949 par le Britannique Georges Orwell, est devenu un best-seller ! Il s’en est vendu 47 000 exemplaires depuis l’élection de Trump en novembre dernier et le roman est désormais en tête des ventes sur Amazon, au point que 75 000 nouveaux exemplaires ont été réimprimés fin janvier pour faire face à un tel afflux.

Le roman avait déjà connu une belle envolée de ses ventes en 2013, alors que le lanceur d’alerte Edouard Snowden, ancien informaticien employé à la National Security Agency (NSA) et aujourd’hui encore réfugié en Russie pour échapper à la prison, révélait au monde entier l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse, mis en œuvre par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans les deux cas, on voit bien que la réalité a allégrement dépassé la fiction. Le roman d’anticipation d’Orwell décrivait une société fictive où le régime en place, repésenté par le fameux Big Brother, surveillait les faits et gestes de chacun, supprimant du même coup toute liberté d’expression et n’hésitant pas à réécrire sans cesse l’histoire sous l’égide pointilleuse du Ministère de la vérité.

En 2017, cette surveillance de tous les instants s’est effectivement généralisée, y compris en France à la faveur de l’état d’urgence qui se prolonge et sous l’effet des caméras de vidéosurveillance qui se multiplient. Mais on assiste surtout de plus en plus à une dérive de certains responsables politiques qui n’hésitent plus à se jouer de la vérité au gré de leurs intérêts.

La nouvelle administration Trump en train de prendre les rênes de la première puissance mondiale en est un bel exemple. Le 21 janvier, au lendemain de son investiture qui avait indubitablement provoqué une faible affluence par rapport à celle de Barak Obama en 2009, comme en attestent toutes les photos aériennes prises sur place, ce que n’avaient pas manqué de relever nombre de médias américains, Donald Trump s’est répandu dans les médias pour les accuser de cacher sciemment la vérité aux Américains.

Vue aérienne de l'esplanade devant le Capitole lors de l'investiture de Trump en 2017 (à gauche) et d'Obama en 2009 (à droite), photo L. Jackson / Reuters et S. Varias /TPX Images of the World

Vue aérienne de l’esplanade devant le Capitole lors de l’investiture de Trump en 2017 (à gauche) et d’Obama en 2009 (à droite), photo L. Jackson / Reuters et S. Varias /TPX Images of the World

La comparaison est « honteuse et fausse », a ainsi estimé, samedi 21 janvier 2017, son porte-parole, Sean Spicer, puisque la foule de vendredi « a été la plus importante à avoir jamais assisté à une prestation de serment, point final ». Une telle assertion aussi grotesque sur un point somme toute bien secondaire et qui ne présente pas le moindre enjeu, si ce n’est pour l’amour propre du président nouvellement élu, ne manque pas d’inquiéter, surtout quant ce même porte-parole, à qui CNN demande s’il entend bien dire toujours la vérité répond : « Notre intention est de ne jamais vous mentir», avant de préciser qu’il se sent néanmoins toujours en droit de donner d’abord le point de vue de l’administration !

Pas de mensonge donc, mais une version orientée de la réalité. C’est exactement ce qu’a expliqué aux journalistes Kellyanne Conway, conseillère du président Trump. Interrogée sur la chaîne NBC sur les raisons pour lesquelles le président avait poussé son porte-parole à prononcer « des mensonges » sur la participation à sa cérémonie d’investiture, elle a répondu que ce dernier avait simplement présenté des « faits alternatifs ».

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Au royaume des politiques vient donc d’apparaître une nouvelle notion : à côté de la notion de faits réel qui correspond à la réalité ordinaire que chacun peut voir et toucher du doigt dans sa vie quotidienne se déploie désormais un nouveau monde parallèle, celui des « faits alternatifs », dans lequel chaque responsable politique peut puiser la vérité du moment qui lui semble la plus propre à servir son intérêt bien compris. C’est de fait, chacun en conviendra, une vision bien commode pour tordre le cou aux réalités les plus désagréables et présenter les choses sous un angle nettement plus positif.

blog390_dessinsarkoD’ailleurs la ficelle n’est pas nouvelle et bien d’autres que Trump l’ont déjà largement usée. On se souvient des mensonges éhontés de Jérôme Cahuzac affirmant sans sourciller n’avoir jamais détenu de compte à l’étranger avant d’être obligé de reconnaître ses errements devant la France entière et devant les juges.

On se souvient de Nicolas Sarkozy matraquant avec assurance devant les caméras que l’affaire Bygmalion était le révélateur des turpitudes du prestataire en communication avec la complicité de Jean-François Copé et de son entourage avant que la justice ne démontre, preuves à l’appui, qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un système de fausse facturation mise sur pied par l’équipe de campagne de l’ex chef de l’État afin d’imputer à son propre parti les dépenses de sa campagne présidentielle qui crevait allégrement tous les plafonds atorisés.

Et voila que c’est maintenant son ancien premier ministre et ex-collaborateur François Fillon, désormais en course pour l’élection présidentielle, qui vient de se faire prendre la main plongée jusqu’au fond du pot de confiture. Lui qui a fait toute sa (très longue) carrière politique en entretenant l’image d’un bon père de famille honnête et sérieux, vient de révéler à toute la France incrédule à quel point il avait pu bénéficier et faire bénéficier ses proches des largesses de la République.

François Fillon sur la sellette… (photo D. Meyer / AFP)

François Fillon sur la sellette… (photo D. Meyer / AFP)

N’hésitant pas à crier au complot et se disant victime d’un « coup d’état institutionnel du pouvoir et de la gauche », François Fillon s’empêtre depuis des semaines dans une défense totalement surréaliste et puérile, accumulant mensonges sur mensonges. Il maintient ainsi contre toute attente qu’il ne serait titulaire que d’un seul compte au Crédit Agricole de Sablé-sur-Sarthe alors qu’il en détient en réalité une quinzaine, du fait de ses différentes activités, comme parlementaire mais aussi comme dirigeant et seul salarié de sa société 2F conseil, créée en juin 2012, 11 jours seulement avant de redevenir député, et qui lui a rapporté en 3 ans la bagatelle de 750 000 € pour des prestations qui restent encore largement opaques.

L'édition du Canard Enchaîné du 1er février 2016 qui accable François Fillon (photo AFP)

L’édition du Canard Enchaîné du 1er février 2016 qui accable François Fillon (photo AFP)

Il jure que sa femme Pénélope n’a été son assistante parlementaire que depuis 1997 avant d’être obligé de reconnaître qu’elle l’était en fait dès 1988. Il remet en cause les montants perçus par son épouse comme assistante parlementaire mais aussi pour ses prestations vraisemblablement fictives auprès de la revue des Deux Mondes en prétendant qu’il y a confusion entre montants brut et net, comme si cele changeait fondamentalement les choses. Il prétend que deux de ses enfants, Marie et Charles, ont été recrutés pour des missions ponctuelles d’avocat alors que les enquêtes du Canard Enchaîné attestent qu’ils ont été employés et confortablement rémunérés comme assistants parlementaires pendant respectivement 15 et 6 mois, bien avant d’avoir pu achever leur formation de droit et d’avoir pu prêter serment comme avocats.

Bref, nous voici entrés dans l’ère des faits alternatifs où tout est relatif et où chacun modèle la vérité selon ses propres intérêts. Pas sûr cependant que tous les électeurs suivront avec enthousiasme et docilité de telles manipulations de la réalité : « les faits sont têtus » a t-on coutume de dire. Il serait peut-être grand temps de le rappeler à certains de nos responsables politiques…

L.V.  lutinvert1small