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Alzheimer : des avancées incompatibles avec la logique marchande

24 février 2016

C’est le message que développe Philippe Baqué dans un article intitulé : Alzheimer, maladie politique, paru dans Le Monde Diplomatique de février 2016 à la suite d’une enquête basé sur des témoignages mais surtout sur des rapports parus récemment

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Le docteur Bonnevay (photo parue dans La Dépêche du Midi)

Alors qu’aucun médicament n’a jusque là permis une amélioration de la maladie, les meilleurs résultats ont été obtenus dans les services spécialisés où l’approche bienveillante était mise en pratique avec du personnel formé et en nombre suffisant. Ainsi dans le service du Dr Bonnevay au centre Hospitalier de Marmande-Tonneins (Lot-et-Garonne), cette pratique, avec un minimum de médicaments mais beaucoup de soins, s’est traduite de 2002 à 2011 par une quasi-disparition des patients grabataires, une diminution des pertes de poids, le ralentissement des processus infectieux et l’absence de transfert en service d’hospitalisation de longue durée. « Il faut que les soignants soient formés à des stratégies de communication qui leur permettent d’être en phase avec les pensionnaires. Ceux-ci doivent être considérés comme des êtres humains, avec des désirs et des émotions. » dit le Dr Bonnevay,

Ces résultats n’ont été possibles que grâce à la présence d’un personnel en nombre suffisant. Le taux d’encadrement était de huit soignants pour dix personnes accueillies, un ratio de 0,8 qui demeure aujourd’hui exceptionnel: «La plupart des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont aujourd’hui un ratio situé entre 0,3 et 0,6 alors qu’ils accueillent de plus en plus de personnes, constate le Dr Philippe Masquelier, médecin coordinateur dans trois EHPAD de l’agglomération lilloise.

Entrée de l'EHPAD de Carnoux

Entrée de l’EHPAD de Carnoux

Le plan Alzheimer, mis en place sous Nicolas Sarkozy, succédait à deux autres plans gouvernementaux, mais tranchait par son ambition et ses moyens, avec un budget de 1,6 milliard d’euros. Ancienne présidente de l’association de familles France Alzheimer, Mme Marie-Odile Desana reconnaît des avancées concrètes grâce à l’amélioration du soutien aux per­sonnes malades et à leurs familles, à l’augmentation des accueils de jour et des plates-formes d’accompagnement et de répit, ainsi qu’à la création de maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades.Blog279_PhSarko

Mais elle déplore aussi l’insuffisance de moyens humains : « II y a eu une sous-exécution du volet médico-social du plan. Seuls 41 % du budget de 1,2 milliard qui lui était attribué ont été dépensés. Je suis incapable de dire où sont passés les 700 millions qui manquent ! ». Le bilan de l’accompagnement médical et social est très en deçà des objectifs annoncés. Quant au plan maladies neurodégénératives 2014-2019, qui lui a succédé avec un budget très réduit, il comprend également la lutte contre la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou encore la maladie d’Huntington.

Plutôt que d’encourager le développement d’un accompagnement humaniste et bienveillant des malades, les politiques publiques ont préféré privilégier le soutien à l’industrie pharmaceutique dans sa recherche d’un traitement médical, sans résultat jusqu’à aujourd’hui. Entre 2000 et 2012, 1031 essais ont été menés dans le monde, et 244 molécules ont été testées, avec un taux d’échec de 99,6 % ! Les vaccins et molécules testés parfois positivement sur des souris transgéniques se sont les uns après les autres révélés inopérants sur les humains, voire dangereux.

Aujourd’hui on se tourne vers un diagnostic précoce, avec la recherche de bio-marqueurs qui pourraient être présents chez le futur patient, dans le sang, dans le liquide céphalorachidien etc…mais quand faire ce diagnostic ? Au hasard ? Sur des personnes déjà diagnostiquées ? Une fondation de coopération scientifique pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées (Fondation plan Alzheimer) a ainsi été créée en 2008. Elle associe l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à cinq laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, Servier, MSD, Ipsen et AstraZeneca) qui la financent et siègent à son conseil d’administration, présidé par M. Philippe Lagayette, consultant financier et ancien banquier. Ce type de partenariat s’est ensuite généralisé au niveau européen.

Directeur général de la Fondation plan Alzheimer, le Pr Philippe Amouyel, spécialiste de la génétique, défend les partenariats public-privé : « Le secteur public n’est pas équipé pour faire du développement. C’est pour cela que le programme européen Innovative Medi-cines Initiative a lancé des consortiums gigantesques, avec des dizaines de laboratoires publics et privés, pour encourager des interactions entre ceux qui génèrent des hypothèses et ceux qui peuvent créer des médicaments à partir de ces hypothèses. On parle aujourd’hui d’une recherche précompétitive ».

Blog279_PhAccompagnement

Se posent évidemment des questions sur les conflits d’intérêt pour les scientifiques qui siègent dans les conseils d’administration des entreprises pharmaceutiques comme pour les dirigeants des entreprises qui siègent dans ces fondations public-privé, surtout quand il s’agit d’une maladie très complexe dont l’origine n’est ni un virus ni une bactérie.

Nouvelle incertitude, en effet : le diagnostic le plus fiable aujourd’hui, celui de la découverte des plaques de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau, vient d’être remis en cause… Une étude réalisée durant quinze ans sur les religieuses d’un couvent aux États-Unis a montré que, malgré l’impor­tance des plaques amyloïdes qui recouvraient le cerveau autopsié de certaines d’entre elles, elles avaient conservé leurs capacités cérébrales intactes jusqu’à la fin de leur vie. La stabilité de leur existence et leur activité intellectuelle soutenue pourraient expliquer leur résistance à la maladie.

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Martial et Anne-Claude Van der Linden, neuropsychologues genevois (photo Eddy Mottaz)

Pour un certain nombre de spécialistes, il ne s’agit que d’une maladie du vieillissement sans profil biologique unique. « Une grande partie des difficultés cognitives des personnes âgées sont dues à des problèmes vasculaires, à du diabète ou à de l’hypertension et, surtout, à l’âge ! » estime ainsi Martial Van der Linden, professeur de psychopathologie et de neuropsychologie aux universités de Genève et de Liège, dans une étude critique du modèle biomédical dominant.

Avec la neuropsychologue Anne-Claude Juillerat Van der Lînden, il a créé l’association Valoriser et intégrer pour vieillir autrement (VIVA), afin de promouvoir des mesures préventives du vieillissement cérébral basées sur l’intégration sociale et culturelle des personnes âgées. Des expériences originales dans la prise en charge humaine des patients et leur participation à la vie de l’établissement, qui ont montré leur intérêt, notamment au Québec avec le projet Carpe Diem. En voyant ses pensionnaires retrouver le sourire, voire sortir de leur mutisme, un groupe de praticiens, de personnes diagnostiquées et de membres de leurs familles ont conçu sur ce principe, en France, le nouvel établissement Ama Diem, qui vient d’ouvrir à Crolles, près de Grenoble.

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d'architecture Pascal Mollard)

Le centre Ama Diem à Crolles (photo © Agence d’architecture Pascal Mollard)

Bien sûr, il ne s’agit pas d’arrêter la recherche, mais de faire avancer l’idée qu’une partie des fonds publics doit aller aussi et de façon significative, vers le recrutement et la formation spécifique d’un personnel spécialisé. Celui-ci pourra intervenir soit dans les établissements adaptés où la rentabilité financière ne doit pas le seul critère, mais aussi à domicile pour soulager et former les aidants aux soins à la personne. Dans la période de chômage que nous vivons, n’y a-t-il pas là une petite ouverture qui mérite d’être approfondie ?

C G

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Tribune libre : chômage et sécurité

13 janvier 2016

Les sondages réalisés pendant la campagne des élections régionales indiquent que le chômage est la première préoccupation des Français, devant la sécurité.

Pour ce qui est de la sécurité, son amélioration ne peut être obtenue que par l’augmentation des effectifs de la police et un renforcement de ses moyens matériels. S’impose également une collaboration toujours plus étroite entre services ainsi qu’avec les polices des pays voisins. Contribuer à ramener la paix dans les pays où naît une part importante de cette insécurité serait sans doute aussi très utile.Blog266_DessinChomage2

Concernant l’emploi, c’est l’industrialisation qui a fait apparaître un chômage permanent, résultant de l’adaptation du marché aux besoins. Conscient de cela, l’État a mis sur pied l’assurance chômage, sur la base de cotisations payées par les employés et les employeurs, et financée par l’État lui-même dans certains cas.

Lorsque les revenus des gens diminuent, la consommation faiblit et ainsi commence la récession qui se traduit par une augmentation du chômage. Il faut donc agir rapidement en augmentant les salaires et en diminuant les impôts afin de rétablir le pouvoir d’achat de la population.

Blog266_DessinChomage4Mais les industries n’appartiennent pas à l’État : elles sont dirigées par des gérants nommés par les actionnaires et qui doivent avant tout défendre les intérêts de ces actionnaires. Les entreprises non seulement n’augmentent donc pas les salaires, mais s’efforcent au contraire de les tirer vers le bas pour réduire leurs coûts et maximiser leurs marges à court terme.

Pour tenter de diminuer malgré tout le chômage, l’État verse des aides aux entreprises en échange de promesses d’embauches, comme cela a été le cas récemment via le Pacte de responsablité. Mais les entreprises tiennent rarement leurs promesses et l’État est bien incapable de les y contraindre…

En même temps, l’État tente de relancer l’activité par divers moyens, en favorisant la construction, en lançant des chantiers d’infrastructures publiques ou en aidant à la création d’entreprises innovantes, par exemple dans le domaine des énergies nouvelles, mais tout cela ne suffit pas.Blog266_DessinChomage3

On sait par expérience que pour diminuer le chômage de manière significative, il faut favoriser l’investissement dans tous les domaines afin de relancer l’activité, et ceci sans trop se préoccuper de l’endettement qui en résulte. Un autre levier d’action consiste à favoriser les exportations en faisant baisser le cours de la monnaie nationale.

Mais nous ne sommes plus en mesure d’actionner ces leviers car les économistes de Bruxelles de nous le permettent pas. Pour eux, l’objectif principal est de rétablir l’équilibre du budget et de diminuer le montant de la dette. Et c’est ainsi que le taux de chômage continue à augmenter inexorablement tandis que le pays s’enfonce dans la récession à cause des politiques d’austérité. Cette politique d’arrière grand-père qui consiste à faire des économies plutôt que d’investir aggrave notre situation économique !

Blog266_DessinUELes États-Unis, longtemps première puissance industrielle mondiale (désormais détrônée par la Chine), mènent une politique radicalement différente : ils n’hésitent pas à investir massivement, quitte à augmenter leur endettement pourtant déjà élevé, et à faire baisser le cours du dollar afin de favoriser leurs exportations en cas de besoin. Cette politique leur a permis de rester une puissance économique de premier plan même si leur taux d’endettement par rapport à leur produit intérieur brut (PIB) est actuellement supérieur à celui de la France.

En Europe même, on constate qu’un pays comme l’Allemagne arrive à avoir un budget fédéral à l’équilibre, tout en investissant et en exportant davantage que la France. Le pays investit en particulier massivement pour développer les énergies renouvelables afin d’éliminer au plus vite ses centrales à charbon extrêmement polluantes. Alors pourquoi ce décalage avec notre propre économie ?Blog266_DessinAllemagne2

Une des raisons semble liée à un certain dumping social. Jusqu’à ces derniers mois, il n’y avait pas de salaire minimum garanti en Allemagne comme le Français moyen l’a appris récemment. Les employeurs profitaient de ce contexte pour pressurer les salaires en favorisant notamment l’emploi massif de travailleurs issus d’Europe de l’Est, ce qui leur permettait de produire à bas coût. Par rapport à la France, il semblerait aussi que les systèmes de protection sociale et de retraite soient globalement moins favorables, tandis que la démographie actuelle favorise des taux de chômage relativement faibles.

Il serait donc temps que l’Europe joue vraiment son rôle d’harmonisation des politiques sociales afin de rétablir davantage d’équité entre pays européens, mais bien sûr en s’alignant autant que possible sur les régime les plus favorables : une utopie irréaliste ou une véritable ambition politique ?

Michel Bouvier

Rosans ose l’accueil des réfugiés

5 novembre 2015
Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Migrants bloqués à la frontière franco-italienne en juin 2015

Au début du mois de juillet, un homme d’une trentaine d’années, installé depuis peu dans le village de Rosans (505 habitants) dans les Hautes Alpes suit, à la télévision, l’actualité concernant le blocage des « réfugiés » à la frontière avec l’Italie, notamment. Tout d’abord extrêmement choqué du sort qui est fait à ces personnes, mais aussi par les réactions de fermeture de nos « autorités » dans lesquelles il ne se reconnaît pas, il se dit qu’il ne peut rester sans rien faire. Il contacte des amis, puis la Cimade de Gap. Le petit groupe ainsi constitué demande au maire si les appartements libres dans le village pourraient servir à accueillir des réfugiés. Le maire ne s’oppose pas au projet, mais propose de consulter la population.

Une réunion publique est organisée, fin juillet, à laquelle participent 50 personnes. Au cours des trois heures de cette soirée, les initiateurs exposent rapidement l’histoire et le fonctionnement des « villes sanctuaires », un mouvement international de lieux (organisations, églises, universités, villes) qui ont choisi de vivre et diffuser une culture d’accueil et d’hospitalité à l’égard des migrants et des réfugiés, particulièrement de ceux qui fuient des conditions de vie inacceptables pour eux, leur famille et leurs proches. La discussion est engagée, pour que chacun puisse exprimer ses attentes, ses appréhensions, ses peurs. Deux jours plus tard, le conseil municipal vote à l’unanimité moins une abstention, l’accueil de réfugiés en mettant à disposition deux appartements. Le maire de Rosans se met en relation directe avec ses homologues de deux communes des Cévennes qui se sont déjà lancés dans une démarche similaire.

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Le village de Rosans dans les Hautes-Alpes

Dans les jours qui suivent, une pétition émanant de personnes plutôt réservées, voire hostiles à cet accueil, recueille 150 signatures. Les médias s’en mêlent et certains titrent « Rosans se déchire ». L’équipe porteuse du projet, très sollicitée par les journalistes, décide d’approcher les personnes qui ont lancé la pétition. Il s’avère qu’elles ne sont pas opposées au principe, mais aimeraient être davantage consultées.

Un second débat public est alors organisé où viennent, cette fois, 90 personnes. La rencontre a été bien préparée, notamment pour que chacun puisse s’exprimer. Il apparaît rapidement qu’une partie des « opposants » sont des enfants de harkis qui disent avoir été placés autoritairement et « mal accueillis », au point qu’ils sont, encore aujourd’hui, marginalisés. « Va-t-on les accueillir aussi mal ?», « Et si on s’occupe bien d’eux, pourquoi ne l’a-t-on pas fait pour nous, d’autant que certains de nos enfants ont dû quitter la région pour aller chercher du travail ? Alors pourquoi y en aurait-il pour eux ? ». A la fin du débat, une bonne partie des « opposants » sont prêts à faire partie de l’équipe d’accompagnement qui est aujourd’hui composée de 50 personnes.

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Réunion publique dans la salle des fêtes de Rosans en septembre 2015(photo Le Dauphiné Libéré)

Une réunion a permis de rassembler la municipalité, des représentants du groupe d’accueil et la Préfecture (Cohésion Sociale et La Cimade). Le collectif est à ce jour en lien avec de nombreuses communes de la région dans lesquelles un début de mobilisation s’est fait jour. Depuis des mois, plusieurs groupes de la région sont des antennes du réseau Welcome qui permet d’héberger et accompagner pour un temps, des demandeurs d’asile non hébergés dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). Deux appartements proposés ont pu être utilisés cet été pour des familles. Avec une forte équipe d’accompagnement, l’une des familles a trouvé une place dans le circuit « normal ». Car il est clair qu’il ne s’agit pas de se substituer à l’État, seulement d’éviter des drames humains !

Blog245_PhRosans2L’histoire de Rosans se poursuit, entre émotion et réalisme, traversée par les controverses liées à un sujet qui favorise tous les fantasmes du moment, comme le relate un article du Monde. Occasion d’échanges vifs mais fructueux sur les modalités du vivre ensemble, mais occasion aussi de mener une réflexion sur la ruralité. Ainsi est lancée l’idée d’« inventons des jobs au lieu de nous lamenter ». Il ne restera plus qu’à trouver des réfugiés qui ont le goût de la terre et l’envie de tester la ruralité en version française.

Et si cette expérience pouvait contribuer à régénérer une démocratie moribonde qui s’éveille aux questions vitales pour l’avenir de notre société ? A commencer par celle-ci : que pouvons-nous offrir, nous les citoyens, en termes d’hospitalité à Carnoux ?

Squoten Jeallnec

Chez les fourmis aussi, certains se la coulent douce…

2 octobre 2015

Contrairement à sa cousine la cigale, la fourmi est travailleuse, bien que peu prêteuse : l’affirmation va de soi, fermement ancrée dans notre inconscient collectif par les fables de La Fontaine que tout écolier français a appris, génération après génération… La fourmilière est même considérée comme l’archétype de la société parfaitement organisée, basée sur une stricte division du travail, où chacun prend sa part de l’organisation collective et fait preuve d’un dévouement à toute épreuve, n’hésitant pas à porter de lourdes charges pour aller emplir les réserves de la colonie.

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Et pourtant, une expérience récente, menée par deux chercheurs de l’université d’Arizona, vient quelque peu mettre à mal ce mythe admirable, comme le relate Pierre Barthélémy dans son blog Passeurs de science. Dans un article paru en septembre 2015 dans la revue scientifique Behavioral Ecology and Sociobiology Daniel Charboneau et Anna Dornhaus expliquent en effet que certaines fourmis se sont fait une spécialité de ne strictement rien faire pendant toute la sainte journée, pendant que leurs congénères s’activent sans relâche pour le bien de la collectivité…

En fait, le constat n’est pas neuf et ceux qui observent les fourmilières se sont aperçu depuis belle lurette qu’une bonne moitié des individus se contentent de glander lamentablement pendant que leurs congénères s’activent en tous sens pour assurer le bon fonctionnement de la collectivité. Mais on pouvait supposer que ce ne sont pas toujours les mêmes qui travaillent et que les fourmis ont simplement développé avant nous le travail posté qui permet à certains de se reposer pendant que d’autres prennent la relève.

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Fourmis coupe-feuilles (photo G. Lacz / Rex Features)

Pour en avoir le cœur net, nos deux chercheurs de Tucson (Ariizona) sont aller recueillir cinq petites colonies de Temnothorax rugatulus, une fourmi nord-américaine, et les ont installées dans des nids artificiels imitant les fissures de rochers où vit habituellement cette espèce, mais recouvert d’une plaque de verre pour permettre de les observer. Les fourmis avaient à leur disposition eau, nourriture et grains de sable qu’elles utilisent pour construire des murs dans leurs colonies.

Chaque individu a été repéré avec une série de points de couleurs et les colonies ont été filmées à raison de 18 épisodes de 5 mn chacun, répartis sur une durée de 3 semaines. Il ne s’agit donc pas vraiment d’une observation en continu, mais qui est quand même jugée représentative. Ensuite, chaque séquence a été analysée en repérant soigneusement les activités auxquelles s’adonne chacun des individus : un véritable travail de fourmi, bien évidemment…

Fourmis de l'espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Fourmis de l’espèce Temnothorax rugatulus marquées à la peinture pour une expérience (photo © J. Jandt)

Au total, ce sont 225 fourmis dont l’activité individuelle a été ainsi scrutée à la loupe, ce qui a permis de distinguer 4 grandes catégories. Les puéricultrices, qui sont au nombre de 34, prennent soin des œufs et des larves tandis que les ouvrières (26) travaillent principalement hors du nid à l’approvisionnement. Un petit tiers du groupe (62 fourmis) ont été considérées comme des généralistes qui font un peu de tout, depuis la construction du nid jusqu’à leur toilette personnelle ou celle de leurs congénères, en passant par la trophallaxie, cette activité si particulière qui consiste à régurgiter un peu de nourriture dans le « jabot social » des fourmis trop occupées pour prendre le temps de se nourrir elles-mêmes.Blog235_PhFourmis2

Quant aux 103 fourmis restantes, elles sont décrites par les chercheurs comme de simples oisives qui ne font quasiment rien, quelle que soit la période à laquelle on les observe : de véritables glandeurs professionnels, spécialisés à ne rien faire !

Les deux chercheurs se perdent en conjectures quant aux raisons d’une telle aptitude de certains individus au farniente prolongé. Ils observent que cette catégorie de fourmis semble fuir les interactions sociales avec ses congénères, ce qui pourrait expliquer qu’elle manque d’information quant à la nature du travail qui l’attend, à moins tout simplement qu’elle évite soigneusement de le savoir, préférant se la couler douce pendant que les autres s’échinent aux tâches ménagères…

Blog235_PhLivreWerberIl faudra certainement de plus longues périodes d’observation pour confirmer ce constat étonnant qui semble indiquer que la société des fourmis, que l’auteur Bernard Werber avait su si bien évoquer dans ses romans, n’est finalement pas si éloignée des sociétés humaines en général et du monde du travail en particulier. Qui n’a jamais observé avec quelle habileté certains se débrouillent pour faire semblant de s’activer en tout sens sans jamais rien faire de réellement efficace pour la collectivité ?

Retenons en tout cas que les fourmis arrivent semble t-il à se débrouiller même avec une petite moitié d’oisifs, ce qui n’est pas forcément très éloigné de ce qui se passe dans notre propre société et finirait presque par être rassurant…

L. V. LutinVertPetit

Jean Tirole, un prix Nobel qui fait des gâches…

25 juillet 2015
Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Jean Tirole et son épouse à leur domicile le 17 octobre 2014 (photo publiée par Paris Match © Thierry Esch)

Chacun a encore en tête les paroles fortes de Jean Tirole, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2014, affirmant alors à Paris Match : « les scientifiques ne font pas leur métier pour de l’argent ». Tant de désintéressement de la part d’un économiste aussi distingué et mondialement reconnu, fleuron du système universitaire à la française, faut chaud au cœur !

En lui attribuant en octobre 2014 le « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », désigné habituellement sous le terme de Prix Nobel d’économie, l‘Académie royale des sciences de Suède avait souligné que ses travaux sur le pouvoir du marché et de la réglementation faisaient de l’économiste français « l’un des économistes les plus influents de notre temps ». Une belle reconnaissance donc pour ce polytechnicien français de 63 ans, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, et titulaire d’un doctorat obtenu au Massachusetts Institute of Technology (MIT) sous la direction d’Eric Maskin, un autre prix Nobel d’économie...

Plutôt d’inspiration libérale, cet économiste a pourtant été distingué pour ses recherches sur le rôle des oligopoles et la nécessité de les contrôler davantage. Entre la situation classique de monopole et celle du marché parfait où règle la « concurrence libre et non faussée » si chère à nos dirigeants européens, on constate en effet de plus en plus une concentration des activités entre un tout petit nombre d’acteurs qui s’entendent comme larrons en foire au détriment du consommateur citoyen.

Jean Tirole recevant le prix Nobel d'économie

Jean Tirole recevant le prix Nobel d’économie

Les travaux menés par Jean Tirole dans les années 1980-90 se sont notamment intéressés aux contrats passés avec le secteur privé lorsque les États ont ouvert aux acteurs privés certains de leurs monopoles publics tels que les chemins de fer, les autoroutes, l’eau, la poste ou les télécommunications, voire les services d’éducation et de santé. Il lui est ainsi apparu que les autorités chargées de la régulation et du contrôle de ces contrats avaient énormément de mal à jouer un véritable rôle, souvent faute d’informations précises sur la réalité de ces marchés, et que les risques de collusion étaient avérés. Une position qui appelle donc clairement à davantage de régulation des acteurs économiques privés par le pouvoir collectif et à un renforcement de ce dernier.

Il a beaucoup écrit également sur la crise financière depuis 2008 et sur la nécessité de mieux réguler les excès de la finance internationale et du système bancaire. Il ne fait pas non plus mystère de son appréhension face au changement climatique global qui lui apparaît comme une menace majeure face à laquelle nos responsables politiques font preuve d’une désinvolture coupable. Il a ainsi cosigné en juin dernier avec une quarantaine d’économistes un « appel pour un accord climatique ambitieux et crédible » lors du sommet de Paris de décembre 2015, dans lequel est préconisée notamment la mise en place d’une tarification mondiale du carbone.

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l'honneur de JeanTirole

Banderole déployée sur la façade du Capitole par la mairie de Toulouse en l’honneur de JeanTirole

Jean Tirole s’est aussi exprimé à plusieurs reprises en faveur d’une fusion des trop nombreux contrats de travail (il existerait actuellement 15 sortes de CDD différents!) pour simplifier le paysage et tenter d’inciter les entreprises françaises à embaucher davantage. Préoccupé par la grande difficulté des jeunes à s’insérer dans le monde du travail, il préconise un contrat de travail unique qui permet aux salariés d’acquérir progressivement des droits supplémentaires en fonction de leur ancienneté et a proposé en 2003 d’instaurer une taxe sur les licenciements afin de responsabiliser davantage les entreprises quant à leur rôle social.

Certains lui reprochent de faire preuve d’un libéralisme excessif en se montrant globalement favorable à une privatisation des services publics sous couvert d’une régulation adaptée, mais il se montre très prudent quant à ses idées politiques qu’il refuse d’afficher ouvertement, se réfugiant derrière le masque du scientifique objectif qui travail sans idéologie ni préjugé. Et pourtant, cet « honnête homme » qui se veut aussi mesuré qu’indépendant, ne semble pas aussi désintéressé qu’il voudrait le faire croire…

Blog210_PhTSECelui que ses pairs qualifient, selon Le Monde, d’ « entrepreneur en recherche » a fondé, en 2007, la Toulouse School of Economics, un nom ronflant, de nature à heurter certaines oreilles occitanes délicates mais qui affiche sans complexe son ambition internationale d’inspiration américaine. Outre le patronyme, cet établissement, qui a absorbé en 2011 la faculté de sciences économiques de Toulouse, présente en effet une particularité très spécifique dans le paysage universitaire français.

Il s’agit ni plus ni moins que d’une fondation de droit privé regroupant des établissements publics, dont les membres fondateurs sont l’Université Toulouse 1 Capitole, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le CNRS et l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), mais dont une bonne partie des financements est apportée par des entreprises privées. Ce statut très particulier lui permet en tout cas de déroger aux règles traditionnelles de la gestion publique des universités et centres de recherche. On se doute qu’une telle création n’a pu que susciter des polémiques dans les milieux universitaires quant à son statut dérogatoire, à son mode de financement et aux critères de sélection appliqués pour son recrutement. D’ailleurs, 50 % des étudiants et 30 % des enseignants viennent de l’étranger, ce qui n’a rien d’étonnant dans un établissement où les cours sont prodigués en anglais.

Mais on apprend de surcroît, via une enquête publiée dans Marianne le 2 juillet 2015 par le journaliste Frédéric Dessort, que notre prix Nobel d’économie national, est aussi un homme d’affaire avisé qui n’hésite pas à faire des gâches pour arrondir ses fins de mois de fonctionnaire d’État. Selon ces investigations, Jean Tirole a en effet créé avec son épouse en 1994 une société civile intitulée Tirole Economie dont le seul objet semble être de percevoir les rémunérations complémentaires qu’il reçoit en dehors de ses activités. Les montants en cause ne sont pas totalement négligeables puisqu’ils ont permis au couple Tirole de se verser 319 000 € de dividendes sur la seule période 2005-2010…

 (AP Photo/Fred Scheiber)

(AP Photo/Fred Scheiber)

En réalité, cette société civile sert principalement à facturer les services rendus par notre grand économiste via l’Institut d’économie industrielle (Idei) dont il est directeur scientifique depuis 1992. Cette structure associative, à la fois centre de recherche et cabinet de conseil, fait l’interface entre les grandes entreprises privées et trois laboratoires publics toulousains dont le GREMAQ auquel est rattaché Jean Tirole. Les contrats passés avec certaines multinationales via cette association sont ainsi facturés par les chercheurs via leur propre société civile dont ils sont généralement actionnaire principal, laissant la gérance à un homme de paille (en l’occurrence ici la propre fille de Jean Tirole).

Rappelons au passage que la loi Le Pors qui régit la fonction publique encadre très précisément le cumul d’activité et prescrit notamment que « […] les agents de l’État […] doivent consacrer l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées dans l’administration qui les emploie ». Un principe logique qui oblige en principe un fonctionnaire à se concentrer sur les fonctions pour lesquelles il est payé… Le fait de cumuler cette responsabilité de directeur scientifique de l’Idei avec ses autres fonctions ne semble pas tout à fait entrer dans le cadre légal car cette structure associative dont le budget atteignait 3,5 M€ en 2011 n’a rien d’une « association de quartier » ou « à caractère social et philanthropique » pour laquelle la loi accepte de faire exception…

Le journaliste de Marianne s’interroge d’ailleurs sur le caractère licite de telles activités lucratives parallèles qui pourraient relever de la prise illégale d’intérêt. Une infraction que le Code pénal définit par « le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement » et qui est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €.

Espérons que notre brillant économiste national, président de la Toulouse School of Economics, professeur invité au MIT, directeur d’études à l’EHESS, membre de l’Académie des sciences morales et politique ainsi que du Conseil d’analyse économique, apprenne à résister aux sirènes de l’enrichissement personnel et se recentre à l’avenir sur les responsabilités qui lui ont été confiées et qui devraient largement l’occuper à temps complet !

L.V. LutinVertPetit

Fralib à Gemenos : la renaissance !

30 mai 2015

Il est des sites industriels menacés de fermeture où les luttes sociales ont tellement défrayé la chronique que chacun les garde en tête, longtemps après que les caméras et les micros des médias s’en soient définitivement détournés. Continental dans l’Oise, Arcelor-Mittal à Florange, Lejaby à Bourg-en-Bresse, Moulinex à Alençon ou, plus près de chez nous, Nestlé à Saint-Menet, autant de jalons dont nous avons écouté jour après jour les revendications des syndicats, les provocations ou le silence des dirigeants patronaux, et les cris de détresse des employés désemparés, parfois acculés à des actes de désespoir pour essayer de se faire entendre.

Rares sont néanmoins les sites qui, comme Lip à Besançon dans les années 1970, ont connu un épilogue heureux avec la reprise de l’activité par les salariés eux-mêmes sous forme de coopérative ouvrière. Fralib, à Gemenos, s’inscrit dans cette tradition et vient d’annoncer sa renaissance après quatre années de lutte !

Des années d'occupation de l'usine, ponctuées de manifestations...

Des années d’occupation de l’usine, ponctuées de manifestations…

Petit retour en arrière pour rappeler l’histoire de cette entreprise, issue d’une société d’importation de thé, créée en 1892 à Marseille par les frères Digonnet. Devenue Société des Thés de l’Éléphant à partir de 1927, elle est rachetée par le puissant groupe anglo-néerlandais Unilever en 1975. Deux ans plus tard, la marque Éléphant est intégrée à la société Fralib (Française d’Alimentation et de Boissons), une filiale d’Unilever qui regroupe également la société Lipton et qui deviendra en 2001 Unilever Bestfoods après l’absorption, entre autres, d’Astra Calvé et d’Amora Maille : un joyeux mélange d’infusion et de moutarde dont l’industrie agro-alimentaire a le secret…

Depuis la fermeture de l’usine du Havre en 1998, l’essentiel de la production du thé et des infusions se fait à l’usine Fralib de Gemenos. Mais le 28 septembre 2010, mondialisation et recherche de la rentabilité obligent, Unilever annonce son projet de fermeture de l’usine de Gemenos et le transfert de sa production en Pologne. C’est le début d’une longue lutte syndicale avec occupation des locaux par ses 182 employés. Le combat durera 3 ans et demi, et par trois fois le plan social concocté par la direction d’Unilever sera annulé par la Justice. Un sérieux encouragement pour les salariés qui restent persuadés que l’activité est viable et mérite d’être poursuivie.

L'éléphant, mascotte des salariés de Fralib, ici à Marseille en octobre 2012

L’éléphant, mascotte des salariés de Fralib, ici à Marseille en octobre 2012

Un accord est finalement signé le 26 mai 2014 avec Unilever qui conserve la marque Éléphant dont elle ne voulait pas se défaire (confirmant ainsi qu’un nom commercial a, aux yeux d’une multinationale de l’agro-alimentaire, infiniment plus de valeur que le savoir faire professionnel de ses employés…) mais qui accepte de céder ses machines pour 1 euro symbolique. Dans sa grande mansuétude et pour se débarrasser de ce dossier gênant, elle accorde même une aide de 19,3 millions d’euros pour le financement de la nouvelle SCOOP (société coopérative de production) baptisée ScopTi (Société coopérative provençale des thés et infusions).

Les 76 salariés encore mobilisés reçoivent chacun une prime de 100 000 euros et 57 d’entre eux choisissent de la réinvestir dans la nouvelle coopérative. Les locaux ont été préemptés par la Communauté urbaine de Marseille pour que le site puisse continuer à les exploiter et Unilever finance la modernisation de la chaîne de production ainsi que des formations, une étude de marché et la création d’une nouvelle marque, le reste de l’enveloppe étant remis sous forme d’une avance de trésorerie pour permettre le redémarrage. Une belle victoire donc pour les salariés de Fralib, largement saluée dans la presse, dont Libération qui titre sur « le temps des reprises »…

Un an plus tard, le 26 mai 2015 à 13h36, les nouveaux coopérateurs de ScopTi viennent de dévoiler aux médias leur nouvelle marque : « 1336 », en référence au nombre de jours de grève avec occupation du site qu’ils ont dû mener pour faire plier le géant de l’agro-alimentaire… Les 7 premiers contrats de travail ont été signés le 11 mai et 22 autres sont prévus d’ici l’été pour relancer la production. C’est l’ancien délégué syndical CGT, Gérard Cazorla, qui est le nouveau président de la SCOOP : tout un symbole ! Un autre ancien délégué CFE-CGC, désormais retraité, présidera lui l’association Force et bon thé dont l’objet sera de soutenir et de faire connaître la coopérative. Montant de la cotisation annuelle pour adhérer à l’association  : 13,36 €, évidemment…

Annonce de la nouvelle marque 1336 à Gémenos le 26 mai 2015

Annonce de la nouvelle marque 1336 à Gémenos le 26 mai 2015

ScopTi espère pouvoir procéder progressivement à d’autres embauches jusqu’à reprendre 51 des 57 coopérateurs mais préfère un démarrage prudent et a opté pour une fourchette de rémunération très resserrée (entre 1500 et 1900 euros en salaire net mensuel), bien éloignée des standards d’Unilever où les écarts de salaires allaient de 1 à 210…

Pour l’année 2015, l’usine se contentera d’ensacher 250 tonnes de menthe, camomille, tilleul et verveine, partiellement importées du Portugal et d’Algérie, pour un chiffre d’affaire évalué à 3,3 millions d’euros. On est bien loin des 6000 tonnes ensachées en 2010 par les 182 employés de Fralib alors sous pavillon Unilever et qui inondait toute l’Europe avec sa production à base d’arômes artificiels. La nouvelle marque 1336 au logo pastel et au slogan révolutionnaire (« éveille les consciences, réveille les papilles ») est plutôt destinée à la vente en grandes surfaces, tandis qu’une partie de la production, entièrement bio et pour l’essentiel issue de produits français (sauf pour le thé) sera commercialisée sous le nom de ScopTi (« engagé sur l’humain, engagé sur le goût »), dans les Biocoop. Dans l’immédiat, l’usine participe aussi à la production de marques distributeurs pour assurer sa rentabilité et vise un quart de ce marché très spécifique.

Nouvelle chaine de production chez ScopTi

Nouvelle chaine de production chez ScopTi

L’objectif est de monter en puissance pour atteindre l’équilibre financier fixé à 9,6 millions d’euros, soit une production d’environ 1000 tonnes a priori d’ici 2019. Mais pour cela, il faudrait relancer la filière de production locale de certaines plantes, largement mise à mal par des décennies de suprématie des arômes artificiels. Ainsi, selon Gérard Cazorla, « Il y a une vingtaine d’années, la production de tilleul des Baronnies se montait à 400 tonnes. Son déclin a commencé au milieu des années 80 quand Fralib a privilégié les arômes artificiels. Elle atteint aujourd’hui une dizaine de tonnes à peine ».

Au delà du simple redémarrage de l’usine de Gemenos, déjà certifiée Ecocert, le projet vise donc une relance des filières de production et de cueillette du tilleul de la Drôme plutôt que de faire venir ces feuilles de Chine où elles arrivent par bateau à Hambourg avant d’être conditionnées à Katowice en Pologne, moyennant un bilan carbone assez déplorable. Les feuilles de thé quant à elles, proviendront d’exploitations centenaires du Vietnam, en cours de certification biologique. D’autres sources d’approvisionnement sont aussi envisagées, en recherchant le meilleur équilibre possible entre qualité des produits, équité envers les producteur et coût final pour le consommateur : une équation difficile à résoudre et qui promet bien des discussions passionnés au sein des nouveaux coopérateurs de ScopTi !…

L.V. LutinVertPetit

 

Vers une économie dominée par le « low cost » ?

3 février 2015

Tout le monde a entendu parler de ces produits « low cost », vendus à bas coût pour une qualité de service minimale et qui sont en train de prendre le dessus dans notre société de consommation moderne. Aubaine pour notre pouvoir d’achat ou menace supplémentaire de précarisation, la question mérite d’être posée, comme le fait Jérôme Citron dans une réflexion dont voici quelques extraits :

De nouvelle habitudes de consommation

Les promesses du low cost interpellent, séduisent et finissent par conquérir les consommateurs à l’affût des «bonnes affaires». Grâce à internet, comparer les offres et les services est devenu un sport national pratiqué par des millions de Français depuis leur salon.

Blog154_PhElectromenagerLes habitudes des clients ont changé : ils flânaient dans les super et les hypermarchés, faire ses courses était une sortie, un moment de plaisir. Aujourd’hui, ils recherchent avant tout un service rapide et les prix les plus bas. Lorsqu’ils ont un achat important à faire, ils se tournent vers internet. Il n’y a plus de produits électroménagers ni de vendeurs spécialisés dans nos magasins,

Toutes les entreprises traditionnelles tentent de faire face à la révolution du bas coût. L’expérience des compagnies aériennes a servi de leçon. Persuadées de leur suprématie en Europe, Air France, Lufthansa et British Airways ont d’abord regardé de haut l’arrivée d’Easyjet ou de Ryanair avant de prendre conscience de l’ampleur du phénomène. Ces compagnies réagissent et ripostent aujourd’hui, mais ces icônes nationales n’ont jamais été aussi fragiles, et l’avenir de leurs salariés aussi incertain.

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La guerre des prix déclenchée par les entreprises low cost depuis le début des années 2000 a peu à peu gagné l’ensemble de l’économie. Il est de plus en plus difficile aujourd’hui d’établir une frontière claire entre les entreprises dites low cost et les autres. Beaucoup de ces nouvelles marques appartiennent en fait à des groupes traditionnels. La Logan, la fameuse voiture low cost de Dacia, n’est qu’un des produits de la galaxie Renault ; derrière Direct Assurance se cache le géant Axa ; et les magasins Dia en France viennent d’être rachetés par Carrefour. Même la SNCF s’y est mise avec des billets de TGV à bas coût vendus par sa marque Ouigo. Quant à Lidl, géant du hard discount allemand, sa politique a été, dès 2012, de faire monter ses magasins en gamme pour devenir un soft discount.

Le service en plus se paie au prix fort

Pour les défenseurs du low cost, ce modèle économique ne peut se résumer à la simple question du prix. Son originalité résiderait davantage dans un service minimum. Le consommateur serait gagnant car il ne paierait que le service souhaité. «Le low cost repose d’abord sur une démarche consistant à simplifier à l’extrême des produits et services existants. Pas de superflu, tout sur l’essentiel», explique l’économiste Emmanuel Combe, dans le cadre d’une note rédigée en février 2014 pour le think tank libéral Fondapol. Pour résumer, chez un coiffeur low cost, si vous ne souhaitez pas dépenser beaucoup, vous pouvez éviter de vous faire shampouiner ; dans l’avion, vous avez le choix de ne pas consommer. En revanche, le moindre service supplémentaire se paie au prix fort. Dans les TGV low cost, la seconde valise peut coûter jusqu’à 20 euros si vous avez oublié de la déclarer sur internet en achetant votre billet.

Blog154_DessinSNCFDes salariés au rabais ?

Cette présentation du low cost oublie toutefois un point important. Elle ne dit rien sur les salariés qui assurent ces services. À de rares exceptions, leurs rémunérations sont aussi basses que le coût des produits qu’ils vendent. Et la question de l’amélioration des conditions de travail n’est pas loin d’être considérée comme superflue. Le syndicalisme, qui a beaucoup de mal à s’implanter, craint la « lowcostisation » de toute l’économie.

Blog154_DessinPatronDifficile, en effet, de lutter contre un système qui donne le sentiment aux consommateurs d’améliorer leur pouvoir d’achat. Les effets pervers de cette guerre économique, comme la pression mise sur les salariés, la baisse de la qualité des produits ou l’impact environnemental d’une surconsommation bas de gamme, ne sont pas immédiatement visibles. C’est tout l’enjeu des batailles qui se jouent à l’échelle européenne et mondiale pour établir des normes sociales et environnementales exigeantes, développer les labels de qualité et promouvoir le droit à l’information des consommateurs. « Dans le secteur de l’automobile, les normes européennes en matière de sécurité et de pollution ont permis de limiter la concurrence des voitures low cost, conclut Franck Daout, délégué syndical du groupe Renault. Mais cette forme de protection est certainement moins facile à mettre en place pour les produits de grande consommation. » Selon lui, il est difficile également de critiquer une stratégie low cost qui a, en grande partie, redressé les résultats du constructeur ces dernières années, et donc sauvé des emplois.

Décidément, rien n’est simple !

S. L.

Les 35 heures : un bilan finalement très positif !

22 décembre 2014

Tel est en effet le constat d’un rapport parlementaire qui vient d’être approuvé à une large majorité le 9 décembre 2014. Quinze ans après les lois Aubry I (1998) et II (2000), il était bien temps en effet de dresser le bilan du passage aux 35 heures, une politique que la Droite et le patronat n’ont eu de cesse de vilipender souvent davantage sur la base d’a priori idéologiques plutôt qu’à partir d’une véritable analyse factuelle. Pourtant, c’est un député UDI qui a initié et présidé cette commission d’enquête sur « l’impact de la réduction progressive du temps de travail ».

Martine Aubry le 24 juin 1998 au ministère de l'Emploi à Paris, lors d'une conférence de presse sur la réduction de la durée du travail à 35 heures hebdomadaires (archives AFP)

Martine Aubry le 24 juin 1998 au ministère de l’Emploi à Paris, lors d’une conférence de presse sur la réduction de la durée du travail à 35 heures hebdomadaires (archives AFP)

Manifestement, ce travail d’analyse rétrospective n’était pas inutile, à l’heure où le ministre de l’économie Emmanuel Macron s’interroge lui-même sur l’opportunité d’abroger ces fameuses lois Aubry et de revenir à une durée légale de 39 heures de travail hebdomadaire. En effet, le rapport d’enquête montre que le passage aux 35 heures a été « la politique la plus efficace et la moins coûteuse qui ait été conduite depuis les années 1970 », rien de moins !

Cette réduction du temps de travail a ainsi permis la création de 350 000 emplois entre 1998 et 2001, ce qui constitue un résultat remarquable au vu des résultats des autres politiques de lutte contre le chômage qui ont été testées. Surtout, le coût de cette mesure s’avère relativement modeste par rapport à d’autres mesures de réduction de charges ou d’aides à l’emploi. Les rapporteurs l’ont évalué à 2 milliards d’euros pour les entreprises et à 2,5 milliards pour les comptes publics, ce qui représente un coût total de 12 800 € par emploi créé, très inférieur à celui de la plupart des autres dispositifs d’aide à la création d’emploi. A titre de comparaison, l’indemnité nette annuelle d’un chômeur revenait en 2011 à 12 744 € !

Pour les entreprises en tout cas, cette réforme, qui s’est accompagnée d’un gel des salaires pendant 18 mois et souvent davantage, assorti d’aides de l’État, a eu des effets très positifs sur l’augmentation de la productivité en introduisant davantage de souplesse via l’annualisation du temps de travail, ce qui a permis de réduire de manière significative le recours aux heures supplémentaires.

Blog129_PhTachesDe surcroît, le rapport pointe du doigt les retombées sociales très positives de cette politique de réduction du temps de travail qui est d’ailleurs largement plébiscitée par la majorité des cadres et des professions intermédiaires du privé. Cette évolution a en effet permis à de nombreux hommes de trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale en s’investissant davantage dans les responsabilités ménagères, tandis qu’un nombre important de femmes ont pu revenir vers une activité à temps plein. Ce rééquilibrage n’est pas le moindre des effets induits positifs d’une mesure qui a aussi permis à nombre de salariés d’accéder à de nouvelles activités sportives, culturelles ou associatives, qui se sont développées en parallèle avec, là aussi, des retombées économiques intéressantes.

Manifestants du secteur hospitalier en faveur des 35 heures en septembre 2001 (crédit photo D. FAGET/ AFP)

Manifestants du secteur hospitalier en faveur des 35 heures en septembre 2001 (crédit photo D. FAGET/ AFP)

Tout n’est pas rose cependant et le rapport n’élude pas certaines conséquences dommageables liées notamment à un regain de stress au travail puisqu’il faut souvent faire le même volume de travail en moins de temps qu’auparavant, ce qui se traduit par des cadences accrues, sources de tensions, très palpables en particulier dans les petites structures (sans parler des entreprises de moins de 20 salariés qui n’ont pas pu bénéficier de cette réforme). Les désorganisations consécutives au passage aux 35 heures dans la fonction publique hospitalière sont également analysées par le rapport mais ce dernier rappelle que d’autres facteurs concomitants ont aussi contribué à cette désorganisation. Restent enfin les salariés les moins qualifiés qui semblent avoir globalement peu bénéficié de cette mesure de réduction du temps de travail. Restent aussi les inégalités profondes qui subsistent entre catégories professionnelles avec en particulier une fonction publique territoriale où certains sont très en deçà des 1600 heures de travail annuel correspondant aux 35 heures, ce qui pose un vrai problème de justice sociale entre salariés.

Et maintenant : faut-il tirer profit de cette expérience pour évoluer progressivement vers les 32 heures comme certains le préconisent ? Le rapport met en tout cas en avant plusieurs facteurs qui plaident en faveur d’une nouvelle évolution du temps de travail, rappelant notamment qu’entre 1998 et 2002 la croissance du PIB a été supérieure en France que dans les autres pays de la zone Euro, et que le passage aux 35 heures y a manifestement contribué. Il rappelle aussi que si l’Allemagne a, mieux que la France, supporté la crise de 2008, c’est en recourant largement à des pratiques de chômage partiel : en 2009, le PIB de l’Allemagne a fortement reculé, davantage encore que celui de la France, mais l’Allemagne a réussi à conserver ses emplois alors que la France en a détruit 280 000 !

Barbara Romagnan, députée PS du Doubs

Barbara Romagnan, députée PS du Doubs

La rapporteuse, Barbara Romagnan, est en tout cas persuadée que la réduction du temps de travail, couplée à un effort accru en matière de formation professionnelle, constitue une voie à explorer pour résoudre le chômage de masse auquel la France est désormais exposée. Face à la crise actuelle, elle estime qu’ « il faut envisager la poursuite de la tendance historique de réduction du temps de travail » et elle défend « une espèce de compte épargne temps dans lequel on puisse mettre des jours pour les utiliser à d’autres moments de sa vie ».

La sociologue Dominique Méda

La sociologue Dominique Méda

Elle cite en particulier deux auteurs, l’Américaine Juliette Schor (La véritable richesse, 2013), et la Française Dominique Méda (Réduire le temps de travail reste la solution, 2013) qui « considèrent que la réduction de la norme de travail à temps complet est l’un des principaux moyens de rendre effective l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, en promouvant la prise en charge, par les hommes, d’une plus grande partie des activités familiales et domestiques. (.) À l’instar de l’économiste Jean Gadrey, ces chercheuses inscrivent leur raisonnement dans une réflexion globale sur la nécessité d’engager nos sociétés dans la reconversion écologique qu’exige la prise en compte des engagements de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Au moyen d’une production plus propre, exigeant davantage de travail, ces auteurs imaginent une configuration où ce plus grand volume de travail serait réparti sur l’ensemble de la population active. Le défi consisterait, dès lors, à associer à cette vaste redistribution du travail sa « désintensification », de façon à permettre à chacun d’accéder à un emploi décent. Une telle perspective exige des politiques publiques audacieuses, servies par une information objective et de qualité, – et c’est à quoi le rapport présent souhaiterait avoir contribué. » Un beau défi pour notre société en effet…

L. V. LutinVert

Europe, économie, austérité… une conférence du CPC

17 décembre 2014

La prochaine conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien est d’ores et déjà programmée pour le début de l’année prochaine. Elle se déroulera à Carnoux-en-Provence, lundi 19 janvier 2015, à 18h30 en salle Tony Garnier.

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C’est Alain Beitone, professeur en sciences économiques et sociales au lycée Thiers à Marseille, qui s’efforcera de nous éclairer sur le choix des politiques économiques mises en œuvre par les différents pays européens et de répondre à la question que se pose chaque citoyen : l’austérité est-elle nécessaire, inévitable, efficace ? Autant d’interrogations auquel nous avons souvent bien du mal à répondre dans un domaine complexe où les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement et où les décisions sont parfois dictées par des considérations idéologiques ou des a priori plus ou moins justifiés.

En France comme dans plusieurs pays européens, le taux de chômage progresse et la récession nous guette. En réponse, les gouvernements ont tendance à baisser toujours davantage les charges sociales et la fiscalité des entreprises tout en comprimant les dépenses publiques. Mais cette démarche est-elle la plus appropriée pour sortir de ce marasme économique qui détruit peu à peu notre tissu social ? D’autres voies sont-elles possibles comme le prétendent certains ?

Gageons que le débat sera intéressant et que le conférencier aura besoin de faire appel à tous ses talents de pédagogue pour aborder un tel sujet qui ne peut nous laisser indifférent en tant que citoyen. Visions politiques et stratégies économiques sont plus que jamais liées dans une société mondialisée : à chacun de se faire sa propre opinion et c’est justement l’objectif de cette conférence-débat, ouverte à tous gratuitement, que de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de ces questions qui nous touchent directement.

L. V. LutinVert

La crise ? « Tout se passe comme prévu… »

1 novembre 2014

« Tout se passe bien, en fait, du point de vue des 1 % qui se gavent comme jamais ; les banques qui devraient être en prison pour faillite frauduleuse, leurs patrons se font mieux payer que jamais et arrivent maintenant au gouvernement dans différents pays. Je trouve que la situation n’est pas du tout catastrophique pour ceux qui financent les campagnes électorales des élus».

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Ces propos quelque peu iconoclastes ont été tenus le 5 septembre 2014 dans l’émission de France 2 animée par Frédéric Taddeï en présence notamment de Jacques Attali, Robert Hue et Marcel Gauchet, dans le cadre d’un débat sur le thème : « Pourquoi avons-nous l’impression de vivre la rentrée la plus catastrophique de la Vème République ? ».

Leur auteur : Étienne Chouard, professeur d’économie dans un lycée marseillais qui s’était illustré en publiant en 2005 sur son blog personnel (actualisé depuis) une analyse critique très sévère contre le projet de traité constitutionnel européen. Largement repris par différents forums puis par les médias, son argumentation avait alors connu un très vaste écho, au point d’obliger Dominique Strauss-Kahn et d’autres responsables politiques à tenter de déconstruire son argumentation, en vain cependant puisque le « non » avait fini par l’emporter lors du référendum…

Blog113_Ph1ChouardDepuis, il milite en faveur d’une reprise du pouvoir par le peuple contre les élites politiques et financières qui gouvernent en notre nom mais en fonction de leurs propres intérêts, à savoir ceux des classes dominantes qui s’accaparent les richesses et le pouvoir. Son credo : aider les citoyens à s’organiser pour rédiger eux-mêmes une constitution, afin d’éviter de se faire ainsi confisquer le pouvoir décisionnel en laissant écrire les lois par des professionnels de la politique qui ne font que défendre les intérêts des puissants. Il se montre aussi très critique contre les dérives libérales de l’Union européenne qui contribuerait à favoriser le chômage de masse, bénéfique pour maintenir les salaires les plus bas possibles et donc maximiser les profits. Il s’inquiète également du rôle accru des banques privées en faveur desquelles les états ont abandonné leur pouvoir de création de la valeur monétaire publique.

Bref, un trublion qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat du débat politique, au risque de se prendre parfois les pieds dans le tapis et de se voir accusé de céder aux sirènes de la théorie du complot ou du « tous pourris » qui sert si bien les intérêts du Front national mais lui a valu de nombreuses critiques, issues notamment de l’extrême–gauche ! Criant souvent à la censure, force est de constater qu’il semble en avoir été victime à plusieurs reprises, par exemple à l’occasion d’un projet de film militant sur le pouvoir et les institutions, intitulé « Dédale, un fil vers la démocratie » et dont la diffusion a dû être interrompue sous la pression de militants de gauche qui refusaient que M. Chouard y apparaisse à leurs côtés…

En tout cas, son intervention lors de cette récente émission de France 2 a séduit nombre d’internautes, au point d’ailleurs que les extraits diffusés sur différents médias ont fait l’objet d’une réclamation de France Télévision pour atteinte aux droits d’auteur, ce qui a conduit à la retirer de plusieurs sites. Encore accessible en intégralité sur le blog d’Étienne Chouard, ainsi que sur Facebook, Youtube et Dailymotion notamment, sous forme d’un court monologue de 4 minutes, elle mérite d’être entendue, au moins par nos élus politiques si fiers de la délégation qui leur est faite pour prendre à notre place les décisions qui leur paraissent les plus judicieuses mais qui ne répondent pas toujours à l’intérêt général du plus grand nombre… Une réflexion salutaire en tout cas sur les limites de notre modèle démocratique.

L. V. LutinVertPetit

Vers une troisième révolution industrielle et une société du partage ?

13 octobre 2014

Le capitalisme triomphant après la chute du mur de Berlin aurait-il du plomb dans l’aile ? C’est ce que prétend notamment Jérémy Rifkin, essayiste américain prolixe, spécialiste de prospective et conseiller de très nombreuses personnalités politiques à travers le monde.

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L’un de ses ouvrages, publié en 2012, annonce ainsi « la troisième révolution industrielle » qui pourrait permettre ni plus ni moins que de répondre à long terme au triple défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique. Les nouvelles technologies pourraient révolutionner totalement notre mode de fonctionnement, comme il s’efforce de le démontrer dans son dernier livre au titre à rallonge : « La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipsé du capitalisme ». Tout un programme !Blo109_PhLivre

Bien évidemment, résumer en quelques lignes une analyse aussi complexe sans la caricaturer serait une gageure ! Une des intuitions que développe J. Rifkin, est que notre système de production industriel va être complètement remis en cause par le développement rapide des nouvelles technologies liées à internet et aux échanges gratuits et rapides de masses considérables de données, avec des implications dans tous les secteurs d’activité. On en voit d’ailleurs déjà les effets par exemple dans l’industrie du disque qui vient de s’effondrer sous nos yeux du fait de la possibilité offerte d’échanger gratuitement des fichiers numériques musicaux via internet. De même, le développement du livre numérique et l’offensive d’Amazon n’ont fait qu’une bouchée des librairies américaines et s’attaquent désormais au reste du monde.

Autre exemple :  en matière énergétique, Rifkin est persuadé que nous assistons à une révolution avec le développement à des coûts de plus en plus abordables, des technologies qui permettent de capter et de stocker les énergies renouvelable solaires, éoliennes ou marémotrices. Il estime même que le développement des imprimantes 3D ouvre la voie à la fabrication chez soi de multiples objets  dont nous avons besoin, ce qui risque de changer complètement les circuits de production.

Blog109_Dessin1Face à de telles mutations, c’est tout notre modèle de société qui va devoir s’adapter. Le travail de masse, rendu possible par le développement de la société industrielle, et qui est en train de se déliter avec une augmentation inéluctable du chômage, risque de n’être plus qu’un souvenir. L’évolution, qui se dessine déjà largement, privilégie des emplois hautement qualifiés dans le domaine de l’économie de la connaissance et des emplois de service peu qualifiés et faiblement rémunérés à l’autre bout de la chaîne. Mais  le temps du travail pour tous paraît menacé, de telle sorte que Rifkin imagine un nouveau contrat social dans lequel il faudra nécessairement partager le travail (en passant par exemple aux 30 heures par semaine, comme le préconisent de nombreux économistes), prévoir un revenu minimal de base pour chacun, et renforcer l’économie sociale ainsi que l’engagement associatif pour permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Blog109_DessinCroissanceLa croissance ne peut plus être le moteur de notre développement dans un monde fini. Rifkin rejoint en cela de nombreux autres analystes, dont Thomas Piketty qui a récemment montré que les taux de croissance rapide que nous avons connus ces dernières décennies sont l’exception et non la règle, si l’on regarde l’évolution humaine sur le long terme.

Face à ces mutations, nos comportements devront s’adapter. Mais Rifkin n’est pas inquiet, persuadé que les nouvelles générations ont déjà largement amorcé cette évolution, grâce au développement des réseaux sociaux. Il constate en effet que, de plus en plus, nous sommes intéressés davantage par l’accès aux biens plutôt qu’à leur possession, ce qui rend possible le développement de systèmes d’appropriation en commun, un peu sur le modèle de ce qui s’est fait pendant des générations où les paysans disposaient d’un accès commun au four, au puits ou au canal d’irrigation, infrastructures gérées et entretenues de manière collective.

Or Rifkin constate le développement actuel de pratiques qui procèdent d’une approche similaire, depuis le covoiturage jusqu’au jardin collectif en passant par l’échange d’appartements ou la machine à laver commune dans certains écoquartiers. Il cite ainsi l’exemple des jouets pour enfants : de plus en plus de parents, plutôt que d’acheter des jouets dont leur enfant se lassera rapidement et qui encombreront le grenier pour les générations à venir, les empruntent soit à des amis soit sur des sites internet dédiés. Outre l’intérêt pratique et économique de cette approche, elle permet à l’enfant d’intégrer l’idée que les jouets ne sont pas uniquement des objets que l’on s’approprie mais aussi des expériences auxquelles on accède pour un temps donné et que l’on partage avec d’autres : toute une nouvelle philosophie à explorer !  Ph109_PhJouets

Bien entendu, de tels bouleversement n’iront pas de soi et Rifkin se garde bien d’affirmer comment sera notre monde de demain, car nul ne peut prédire comment se feront toutes ces évolutions même si l’on en voit déjà les prémisses. Il conseille en tout cas aux entreprises de les anticiper et de se recentrer sur la transmission de l’information et sur la gestion des flux. Ainsi des producteurs et distributeurs d’électricité qui auront de plus en plus à gérer des transferts plutôt qu’à produire eux-mêmes de manière centralisée : une telle évolution est déjà en marche outre-Rhin, mais encore bien loin des modes de pensée d’EDF !

Blog109_PhRifkinVReste aussi à convaincre les responsables politiques d’accompagner ces mutations et d’y préparer les esprits. Sur ce terrain, Rifkin est manifestement moins optimiste, bien qu’il s’emploie depuis de nombreuses années à conseiller certains dirigeants européens et américains (ou peut-être justement à cause de cela ?). Leur capacité à anticiper les évolutions et à mettre en œuvre les comportements les mieux adaptés pour y faire face dans l’intérêt général, ne paraît en effet pas au centre des préoccupations de nos élus, trop occupés à gérer le quotidien et leur avenir politique à court terme pour oser lever un peu le nez du guidon. Comme souvent, c’est plutôt de la société civile que viendront les germes de ces évolutions futures…

L. V. LutinVertPetit

Au secours : Sarko revient !

22 septembre 2014

Alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages, que le gouvernement Valls est attaqué de toutes parts et que même les députés socialistes font la fine bouche pour soutenir la politique menée depuis 2012, voilà que l’on assiste au retour en fanfare de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a en effet annoncé, le 19 septembre 2014, sur son compte Facebook, sa volonté de reprendre le contrôle de l’UMP pour se présenter aux prochaines élections présidentielles en 2017. Il avait pourtant assuré, après sa défaite sans appel en mai 2012, renoncer définitivement à la vie politique pour se lancer dans les affaires…

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l'émir du Quatar

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l’émir du Quatar

Deux ans et demi plus part, les affaires sont bien au rendez-vous avec pas moins de deux mises en examen pour l’ancien président de la République, soupçonné de corruption active d’un magistrat de la Cour de cassation, de corruption passive auprès de certains émirs quataris, d’abus de faiblesse auprès d’une milliardaire aussi généreuse que déboussolée, de non respect du code des marchés publics pour des sondages commandés par l’Élysée et dont on ne retrouve plus trace, de falsification de ses comptes de campagne, en 2012 comme en 2007, et on en oublie sans doute… L’accumulation d’une telle batterie de casseroles pourrait en gêner certains. Pas l’avocat Sarkozy qui sait pertinemment, comme son ami Silvio Berlusconi, que l’impunité qu’offre un poste d’élu reste le meilleur rempart contre la curiosité des juges lorsqu’on est en froid avec la Justice.

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Au delà des indélicatesses du personnage et de son côté bling-blig qui continue d’indisposer une bonne partie des Français, il faudra à Nicolas Sarkozy beaucoup de persuasion pour convaincre qu’il saura gérer le pays mieux que ne le fait la Gauche depuis 2012. Tous n’ont pas oublié en effet l’ardoise colossale de 650 milliards d’euros laissée par son quinquennat ! En cinq ans, il a réussi l’exploit d’augmenter de près de 50 % la dette publique de la France : un record ! Certes la crise financière de 2008 y a contribué mais la majeure partie de ce dérapage sans précédent de nos comptes publics résulte directement des décisions de son gouvernement.

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Quelques exemples parmi d’autres de ces décisions malheureuses qui sont venus plomber les comptes de la nation : la fameuse niche Copé, qui permet aux entreprises de défiscaliser leurs profit lorsqu’elles vendent une filiale, a ainsi coûté 22 milliards de manque à gagner pour l’État uniquement entre 2007 et 2009 ! Encore plus fort, le bouclier fiscal, mesure phare du quinquennat Sarkozy qui s’est traduit par la distribution aux plus grandes fortunes de France de gros chèques du Trésor Public pour un montant de 500 millions d’euros, pendant que d’autres peinaient à boucler leurs fins de mois.

Dans le même temps, les impôts et taxes ne baissaient pas pour tout le monde. Contrairement à une idée reçue (et largement diffusée par la Droite), les prélèvements obligatoires que le candidat Sarkozy avait promis de diminuer de manière spectaculaire, ont augmenté durant ses deux dernières années à l’Élysée de 30 milliards d’euros, autant que François Hollande depuis son arrivée au pouvoir ! Une trentaine de nouvelles taxes ont ainsi été créées tandis que s’alourdissaient les prélèvements, surtout pour les ménages à revenus modestes.

Quant à sa politique industrielle, elle a très largement contribué à la situation catastrophique dans laquelle se débat désormais la France. La loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d’achat), mesure emblématique de son début de quinquennat, aura ainsi coûté 50 milliards au budget de la nation et contribué à aggraver le chômage, car prise totalement à contre-emploi dans un contexte économique qui ne s’y prêtait pas.

SPAIN-FRANCE-DIPLOMACY-ROYALSDe 2007 à 2012, la France a perdu 400 000 emplois dans le secteur industriel qui s’est délité. L’argent public injecté pourtant massivement l’a été en pure perte. Ainsi, le Crédit impôt recherche qui a coûté pas moins de 20 milliards d’euros au contribuable a surtout permis aux grands groupes industriels de faire de l’optimisation fiscale comme l’a pointé à plusieurs reprises la Cour des comptes, sans réel impact sur l’innovation technologique des PME qui irriguent le tissu économique français. Quant à la baisse de la TVA dans la restauration ou la réforme de la taxe professionnelle, elles ont coûté très cher au budget de l’État et permis de d’arrondir les dividendes de certains, mais sans impact significatif sur l’emploi. Un chiffre illustre bien le naufrage de l’appareil productif français sous la présidence de Nicolas Sarkozy, celui du déficit du commerce extérieur qui a fait plus que doubler en cinq ans !

Face à un bilan aussi catastrophique et même si chacun s’accorde à penser que celui de François Hollande ne s’annonce guère brillant non plus, il faudra à Nicolas Sarkozy faire preuve de tous ses talents d’illusionniste pour faire oublier à ses électeurs que son retour aux responsabilités ne serait peut-être pas la meilleure chose qui puisse arriver pour l’avenir de notre pays…

L.V. LutinVertPetit

 

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.

Bientôt une université régionale des métiers à Marseille

12 juillet 2014

Blog87_Ph1On déplore souvent qu’en France, contrairement à l’Allemagne, l’apprentissage ne soit pas assez développé. Il semble bien en effet que les entreprises françaises soient plus réticentes que leurs concurrentes d’Outre-Rhin à s’engager dans la formation de leurs jeunes recrues. Le sujet a d’ailleurs été largement abordé lors de la récente conférence sociale où il a été constaté une chute dramatique des contrats d’apprentissage et de professionnalisation dont le nombre a baissé de 14 % lors du premier trimestre 2014 ! De nouvelles mesures financières ont d’ailleurs été annoncées par le gouvernement pour favoriser le recrutement d’apprentis par les entreprises avec un objectif affiché d’atteindre le chiffre de 500 000 apprentis à la rentrée 2017 (contre 435 000 actuellement et 1,5 millions en Allemagne…).

cognitif-humourD’autres initiatives se développent aussi à l’initiative des collectivités territoriales et notamment des régions qui sont en première ligne en matière d’aide au développement économique. Saluons à cet égard l’initiative de la Région PACA qui vient de signer, le 13 juin dernier, un protocole d’engagement avec la Chambre régionale des métiers, l’État et la Caisse des dépôts et consignations en vue de lancer la création d’une future Université régionale des métiers qui devrait ouvrir ses portes à Marseille en 2019.

Ce futur  » campus des artisans  » sera construit dans le secteur d’Arenc, au cœur du périmètre d’Euroméditerranée. Le coût de l’investissement est évalué à 105,5 millions d’euros, payé pour l’essentiel (69,3 M€) par la Région PACA et par l’État pour 15,9 M€ via les crédits du Programme des investissements d’avenir (l’ex Grand emprunt). Ce dernier injecte au total près de 330 M€ dans la réalisation d’une soixantaine de projets visant à promouvoir ainsi l’apprentissage. Le solde du montage financier pour l’université régionale des métiers sera pris en charge par la communauté urbaine MPM, les chambres des métiers et Erilia (réseau Habitat en région des Caisses d’épargne, société chargée de réaliser une unité d’hébergement de 150 chambres pour l’accueil des stagiaires).

Blog87_Ph3Le chantier de ce vaste projet devrait débuter en 2016 sur deux parcelles situées juste derrière le Dock des Suds. Le complexe ainsi créé regroupera trois centres de formation existants (dont le CFA des Compagnons du devoir), l’Institut régional de formation à l’environnement et au développement durable (actuellement à l’Arbois) mais aussi plusieurs centres de ressources dont l’Observatoire régional des métiers ainsi que le siège des organisations professionnelles de l’artisanat.

Blog87_Ph2Au total, ce sont 1 200 apprentis qui pourront être accueillis sur cette nouvelle structure, soit 341 places supplémentaires par rapport à l’état actuel. Sept filières professionnelles seront concernées : bâtiment et écoconstruction, santé (optique et dentaire), services administratifs, tertiaire (commerce, tourisme, vente), électricité/électronique/électrotechnique, métiers d’art, recyclage. Un beau projet, idéalement situé, qui devrait largement contribuer à redonner de l’attractivité aux filiales de formation professionnelle par l’apprentissage et favoriser ainsi l’accès à l’emploi de nombreux jeunes de la région.

L. V. LutinVertPetit

 

Trajets domicile-travail : une semaine par an en moyenne !

2 juillet 2014

Telle est en effet la conclusion à laquelle est arrivée cette vaste enquête que vient de mener la société Randstad, à partir d’un échantillon représentatif de 6000 personnes âgées de 18 à 65 ans ! Cela représente une durée moyenne de 23,4 minutes pour aller travailler (et autant pour revenir). Pour 35 % des personnes interrogées, cette durée du trajet quotidien dépasse 30 minutes, et même 60 minutes pour 7 % d’entre elles, soit plus de 2 h aller-retour pour aller travailler chaque jour…

Blog84_Ph1Sans grande surprise, certaines régions plus rurales telles que la Basse-Normandie ou Champagne-Ardennes font baisser la moyenne, avec un temps de trajet moyen qui descend à 17 ou 18 minutes. La région PACA est dans la moyenne nationale et bien entendu c’est en région Ile-de-France que les temps de trajets quotidiens sont les plus élevés avec une moyenne de 33 mn et plus de 45 mn pour un tiers des personnes interrogées. En région parisienne (qui concentre plus de 5 millions d’emplois salariés), la société d’info-trafic Inrix calcule d’ailleurs que les gens y passent en moyenne 55 h par an coincés dans les embouteillages (contre 35 h quand même en moyenne nationale…). Rappelons néanmoins que la capitale française des embouteillages reste Marseille où un trajet de 14 mn prend en moyenne 1 heure en période de pointe, soit 46 mn perdues dans les bouchons…

Crédit photo : Boris Horvat / AFP

Crédit photo : Boris Horvat / AFP

Un des enseignements de l’enquête commandée par Randstad est que la durée du temps de trajet journalier pour aller travailler augmente sensiblement avec le niveau de diplôme : un cadre niveau Bac + 5 met en moyenne 28 mn pour aller travailler alors qu’un employé sans diplôme annonce en moyenne 16 mn, ce qui représente un écart très significatif ! Cette évolution s’explique aisément, les employés les plus diplômés, occupant souvent des emplois mieux rémunérés, n’hésitent pas à s’éloigner de leur lieu de travail pour trouver un lieu de résidence de qualité.

Toutes les études sociologiques montrent qu’on passe de plus en plus de temps dans les trajets pour aller travailler. La congestion des transports publics et du réseau routier y contribuent largement, le renchérissement des prix de l’immobilier aussi, qui pousse nombre de salariés à s’éloigner toujours davantage des centres urbains pour accéder à un foncier plus abordable. C’est en tout cas un enjeu que les entreprises commencent à prendre en compte car ces trajets quotidiens de plus en plus longs génèrent inévitablement du stress et de la fatigue. Alors, en attendant que se rééquilibrent les bassins d’emploi et que se développent des transports en communs rapides et efficaces, vive le télétravail !

L. V. LutinVertPetit

 

La Poste en 2014 : rapide visite dans les ruines d’un ancien service public

2 février 2014

Un quartier de Carnoux-en-Provence a été totalement privé de courrier pendant plus de 7 jours. Le facteur titulaire de la tournée, en arrêt maladie, n’a pas été remplacé. Dans La Provence du samedi 25, un petit entrefilet signale la chose, comme une banalité. Pourtant quand on y regarde de près, on découvre une situation qui est loin d’être banale. Elle vaut la peine d’être décrite car elle est tout à fait exemplaire de ce que devient, par une logique inéluctable, une entreprise publique très performante quand on l’ouvre à la concurrence et qu’on la privatise en société anonyme, dont le but est le profit financier. Ce qui est le cas de La Poste depuis le 1er mars 2010.

LaPosteDessin

Résumons : du mardi 14 janvier au lundi 20, aucun courrier n’a été distribué dans le quartier Beauséjour. Devant l’inquiétude des habitants, car c’est une période de l’année où arrivent à échéance quantités de factures, une distribution est faite le mardi 21 par un facteur affecté à une autre tournée. LeLaPosteFacteur mercredi 22, aucun courrier, puis une distribution régulière à partir du jeudi 22, par deux facteurs, en alternance, affectés à d’autres tournées qui pendant ce temps, bien sûr, ne sont pas assurées. Donc aucun vrai remplacement du facteur titulaire. A noter que cela était déjà arrivé ces trois dernières années, mais pendant 2 ou 3 jours seulement. Auparavant, c’est à dire avant la privatisation et les suppressions de postes, un facteur malade était remplacé soit le jour même, soit le lendemain. Pour autant que je me souvienne, pour retrouver une situation semblable, il faut remonter aux grandes grèves de 1968.

LaPostePh3Mais voyons la suite. Lorsque je me suis présenté au bureau de poste de Carnoux pour demander des explications, il m’a été dit que ce bureau n’est plus qu’un lieu de dépôt du courrier et que son personnel n’a aucun droit de regard sur sa distribution ; le bureau responsable étant le centre de distribution de La Ciotat (c’est effectivement le cas depuis plus de 2 ans). Sur 3 employés présents, un seul connaissait l’adresse de ce centre. J’apprends par la même occasion que le bureau de Carnoux est menacé purement et simplement de suppression, et si ce n’est pas lui, ce sera celui de Roquefort-La Bédoule.

LaPoste_Ph1Continuant ma petite enquête, je téléphone au numéro de La Poste donné dans l’annuaire : le 36 31. C’est en fait le « service consommateur » de tout le groupe (car nous ne sommes plus des « usagers » des services postaux mais des « consommateurs » ou des « clients »).

Après plusieurs appels infructueux (mais payants!), où un répondeur automatique me dit que « tous nos conseillers sont en ligne » et me conseille de « rappeler ultérieurement », le lundi 20 j’arrive enfin à avoir un employé au bout du fil et là, les choses tournent au délire. Mon correspondant me dit que selon ses tableaux, notre centre de distribution est bien à Carnoux et non à La Ciotat (et il insiste!), qu’il n’y a aucun arrêt de travail déclaré et que le courrier est distribué normalement sur toute la ville ! « Sur mon tableau, tous les voyants sont au vert », me dit-il. J’apprends par la même occasion que ce « service consommateur » se trouve en …Picardie ! Mon interlocuteur ouvre quand même un dossier de réclamation avec un numéro qu’il me communique.

Le 23, suite à cette réclamation, je reçois deux lettres, toutes deux datées du 20 janvier et signées par le même « Responsable Relation Client », mais avec deux contenus différents ! Passons sur les détails…. Autre surprise, l’adresse de l’expéditeur est : « Direction du courrier – Établissement de Carnoux-en-Provence » (!). Un peu ahuri, je vérifie le tampon postal : les lettres ont été postées à Lille ! Mais de qui se moque-t-on ? Ce n’est plus un service postal, c’est le royaume du Père Ubu !

LaPosteDessinClubicCette petite histoire est très révélatrice ; elle n’est pourtant qu’un exemple parmi d’autres des déboires entraînés par la transformation de La Poste en société commerciale, notamment les augmentations des tarifs, directes ou déguisées, par exemple pour les colis ou des changements d’adresse (qui auparavant étaient gratuits et coûtent maintenant une vingtaine d’euros). Ajoutons aussi la pression subie par les guichetiers pour vendre toutes sortes de services qui étaient inutiles quand La Poste fonctionnait bien (comme les « lettres suivies »).

Mais les usagers ne sont pas les seuls à supporter les dégâts de cette situation. Une société commerciale se doit, pour être rentable, non seulement d’augmenter ses tarifs, mais aussi de supprimer le plus grand nombre possible de salariés. Les postiers sont donc en première ligne pour en subir les conséquences. Lors de tous mes contacts, directs ou téléphoniques, le ras le bol était nettement perceptible chez la plupart de mes interlocuteurs, certains le transformaient en humour, d’autres ne cachaient pas leur exaspération.

Avec cet exemple, on comprend mieux les nombreux conflits sociaux en cours chez les postiers et même les suicides sur le lieu du travail. Mais comme disait l’ex-PDG de France-Télécom, les suicides c’est une mode, n’est-ce pas ?

L'avenir radieux des services publics à la Française ? - dessin de Dib

L’avenir radieux des services publics à la française ? – dessin de Did

La mise en concurrence et le passage en société anonyme ont complètement désorganisé (pour ne pas dire démantelé) un service public efficace auquel tous les français étaient très attachés, et nous ne sommes encore qu’au début d’un processus. Pour l’instant, La Poste est encore une société anonyme à capitaux publics (État et Caisse des Dépôts et Consignation), mais tout laisse penser que ce n’est qu’une étape vers l’entrée de capitaux privés, ce qui ne pourra qu’aggraver la course aux profits.

Bon courage pour la suite !

J C B

Retraites : rassurer les marchés quitte à désespérer la rue…

9 septembre 2010

mobilisation impressionnante

Une mobilisation impressionnante mardi sur le Vieux Port pour protester une nouvelle fois contre le projet de réforme des retraites qui arrive en discussion à l’Assemblée Nationale mais qui est jugé injuste par deux-tiers des français selon les derniers sondages publiés. De l’ordre de 200 000 manifestants selon les syndicats s’étaient ainsi rassemblés mardi 7 septembre en bas de la Canebière formant une marée humaine assez impressionnante qui s’est écoulée pendant plusieurs heures jusqu’à la place Castellane en passant par la rue de la République, la Porte d’Aix, la Gare Saint-Charles et le cours Lieutaud.

Comme lors de la précédente manifestation du 24 juin, l’ambiance joyeuse et bon enfant de la manifestation cachait mal une profonde colère de la plupart des participants contre une réforme qui apparaît aux yeux de tous comme une formidable régression dont le seul objectif est de rassurer les marchés financiers quant à l’équilibre macroéconomique des comptes publics au détriment de la justice sociale.

Le gouvernement justifie par des arguments purement démographiques sa volonté de reculer encore davantage l’âge de départ en retraite afin d’intégrer l’allongement progressif de la durée de vie. Mais les français ne sont pas dupes et tout le monde a compris que la véritable raison du déficit actuel des caisses de retraites (32,3 milliards d’euros en 2010) est la crise financière et économique de ces dernières années, dont les responsabilités sont à rechercher plutôt du côté des banquiers et des spéculateurs. Compenser ce déficit en reculant l’âge exigé pour partir en retraite et celui permettant de bénéficier d’une pension à taux plein est un leurre qui ne tient pas compte du chômage des jeunes et du taux d’inactivité record des français de plus de 55 ans. L’effet mécanique d’une telle mesure sera nécessairement d’aggraver la baisse des pensions, tout en pénalisant davantage les femmes, souvent victimes de carrières incomplètes ou fractionnées, et les travailleurs ayant commencé tôt et ayant exercé des métiers pénibles.

Dans ce contexte, des mesures sont effectivement nécessaires pour rétablir l’équilibre financier des

On s’est battu pour la gagner, on se battra pour la garder.

caisses de retraites afin de sauvegarder notre régime de retraite par répartition, et personne ne nie cette nécessité. Mais la majorité des salariés réclame une réforme plus juste et plus réaliste, qui fasse davantage participer les revenus du capital et les banques, tout en reposant également sur une hausse modérée et progressive des cotisations patronales et salariales. L’allongement progressif des durées de cotisation exigées pour obtenir une pension à taux plein, voire des mesures incitatives pour permettre à certains de rester en activité plus longtemps, ne sont pas forcément des tabous pour de nombreux salariés, mais à condition bien évidemment que l’effort soit justement réparti.

Espérons que le gouvernement saura enfin entendre ce message de sagesse et ne s’arcboutera pas sur des positions intenables et d’autant plus inacceptables qu’elles sont défendues par un ministre empêtré dans des accusations graves de conflit d’intérêt et d’incitation à la fraude fiscale…

L.V.

Bernard Deflesselles, camelot du Président…

21 juin 2010

Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, qui s’étend d’Aubagne à La Ciotat en englobant la commune de Carnoux, ont bien de la chance car leur député, Monsieur Bernard Deflesselles, fait un travail formidable. C’est d’ailleurs lui-même qui vient de le rappeler fort opportunément (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est bien connu) en dressant son propre bilan à mi-mandat dans une luxueuse plaquette en couleurs de 12 pages, éditée et diffusée aux frais du contribuable. Monsieur Deflesselles, en bon petit soldat du pouvoir sarkozyste dominateur, qu’il assure soutenir « à 100 % », dresse un tableau idyllique des résultats du gouvernement actuel. Certains auront peut-être du mal à s’y reconnaître, tant les décalages grandissent entre les difficultés de la vie quotidienne de millions de français et le discours de la propagande officielle, largement relayé par les médias dominants, pour la plupart aux mains des amis du président.

une luxueuse plaquette en couleurs…

C’est en tout cas beaucoup d’honneur que vous nous faîtes, Monsieur Deflesselles, que d’essayer de convaincre le petit peuple du bien-fondé d’une telle politique pourtant systématiquement tournée en faveur d’une minorité aisée et qui a considérablement accru les inégalités et les tensions au sein de notre société. Certes, votre honnêteté intellectuelle ne va pas jusqu’à rappeler dans ce bilan ce qui est pourtant une des mesures phare du gouvernement actuel et à laquelle vous avez apporté un soutien indéfectible, à savoir le renforcement du bouclier fiscal qui exonère la frange la plus riche de votre électorat de toute nouvelle contribution à la solidarité nationale en temps de crise, et qui amène le Trésor public à reverser chaque année des sommes importantes aux contribuables les plus riches tandis que se creuse le déficit public à des niveaux jamais atteints jusque là. Vous n’évoquez pas non plus les 72 milliards d’euros de niches fiscales et notamment celle si coûteuse, imaginée par votre ami Jean-François Copé et sur laquelle il ne semble pas question de revenir malgré son effet dévastateur pour les finances publiques.
Pourtant, même si l’on s’en tient aux seules mesures avouables de votre bilan, dont vous semblez si fier, il est permis de s’interroger sur l’objectivité du tableau que vous brossez de manière aussi flatteuse. Vous présentez comme une avancée sociale le fait de défiscaliser et d’exonérer de cotisations les heures supplémentaires, ce qui, au passage, a coûté de l’ordre de 4 milliards d’euros, mais vous omettez de dire qu’en période de crise économique cette mesure a largement contribué à l’augmentation du chômage. On se souvient que Nicolas Sarkozy pronostiquait une forte baisse du chômage mais jamais ce dernier n’a été aussi élevé dans notre pays avec 600 000 chômeurs supplémentaires pour la seule année 2009 et de nombreux chômeurs qui arrivent en fin de droit. Soutenir l’activité économique est une chose, mais s’engager « aux côtés des chefs d’entreprise » comme vous le revendiquez avec une franchise désarmante, et prendre des mesures qui favorisent systématiquement le patronat et les actionnaires au détriment des salariés en est une autre, qui ne va pas nécessairement dans le sens de l’intérêt général. Ainsi, la création d’un statut d’auto-entrepreneur, que vous présentez comme une avancée majeure, se traduit très concrètement par une précarisation accrue de nombreux salariés, y compris dans de grandes entreprises qui obligent notamment les jeunes et certains seniors en fin de carrière à recourir à ce type de statut, ce qui contribue encore au déséquilibre des comptes sociaux…
Présenter dans votre argumentaire la crise économique internationale comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle imprévisible contre laquelle seules des mesures compensatoires sont possibles pour gérer l’urgence, paraît pour le moins réducteur. Les français n’ont peut-être pas tous oublié que la crise financière à l’origine de cette situation vient de la folie spéculative des banques américaines, en particulier suite aux crédits immobiliers hypothécaires (les fameux subprimes) et certains se souviendront sans doute (mais ce n’est manifestement pas le cas de notre brillant député…) que Nicolas Sarkozy était en 2007 fermement partisan d’étendre à la France un tel dispositif, aussi ingénieux que dangereux… On sait que depuis son discours a bien évolué, mais malheureusement pas encore son action, et on attend toujours les actes qui s’imposent pour réguler davantage l’économie, harmoniser les politiques économiques à l’échelle européenne, freiner la spéculation et lutter enfin efficacement contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale. Monsieur Deflesselles, vous annoncez avec fierté que « nous avons sauvé le secteur bancaire » mais pourquoi donc aucune mesure n’a-t-elle encore été prise pour tenter de contrôler davantage les banques, au point qu’elles affichent de nouveau fin 2009 de confortables bénéfices et préfèrent spéculer contre les états qui leur sont venus en aide plutôt que de jouer leur rôle d’acteur économique ?
Votre belle plaquette, Monsieur le député, met en avant les mots de « justice sociale » et de « solidarité », mais peut-être les mots n’ont-ils pas le même sens pour tout le monde : présenter la suppression des droits de succession comme « une vraie justice sociale » consiste pour le moins à se moquer de nos concitoyens en faisant mine d’ignorer que les français les plus fortunés seront naturellement avantagés par ce procédé qui contribue donc automatiquement à creuser encore les inégalités. Affirmer comme vous le faîtes que la réforme en cours des retraites n’aura pas d’effet sur le montant des futures pensions est bien évidemment erroné quand on sait que de moins en moins de salariés bénéficient d’un emploi durable sur des périodes aussi longues : moins de 40 % des salariés arrivent à cotiser les 40 annuités actuellement nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein et on imagine sans peine que ce taux sera encore inférieur lorsqu’il sera exigé 2 voire 3 annuités supplémentaires pour une retraite à taux plein…
On admirera bien sûr l’habileté du bonimenteur professionnel, sans doute épaulé par de solides professionnels de la communication capables de rendre crédibles les plus grosses contre-vérités. Sachez néanmoins, Monsieur Deflesselles que tous nos concitoyens ne sont pas totalement dupes et qu’un tel matraquage médiatique ne sera peut-être pas toujours suffisant pour masquer la triste réalité d’une politique qui vise avant tout à favoriser les intérêts d’une classe dirigeante, creusant toujours davantage les inégalités sociales dans un pays où règnent trop souvent les sentiments d’injustice et d’inéquité. Monsieur le député, vous affirmez que suite à l’action du gouvernement actuel « la France n’est déjà plus tout à fait la même », ce qui est difficilement contestable, mais le risque d’explosion sociale n’a jamais été aussi élevé et il y a peut-être mieux à faire, pour l’éviter, que de parier uniquement sur l’efficacité des systèmes de vidéo-protection que vous semblez tant affectionner…

L. V.

Avenir des retraites : le débat s’invite à Carnoux…

16 mai 2010

La prochaine conférence du Cercle

Depuis bientôt 20 ans, les réformes des retraites se suivent à un rythme effréné, dégradant chaque fois davantage la situation des futurs retraités. On se souvient d’Edouard Balladur qui s’était attaqué en plein mois d’août 1993 à la retraite du régime général des salariés du secteur privé, en faisant passer de 37,5 à 40 le nombre d’annuités nécessaires pour une retraite à taux plein, calculée désormais non plus sur les 10 meilleurs années mais sur 25. On se souvient aussi de la réforme conduite en 2003 par François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, loi votée également au creux de l’été et qui allonge à 40 ans la durée de cotisation pour les fonctionnaires, tout en prévoyant de porter cette durée à 41 ans pour tout le monde d’ici 2012. Toutes ces réformes avaient pour objectif de rééquilibrer les comptes des régimes de retraites, pour lesquels les projections démographiques prévoyaient des déficits croissants du fait de l’allongement de la durée de vie.

C’est d’ailleurs toujours le même argument qui est mis en avant par le gouvernement actuel qui vient de lancer les discussions en vue d’une n-ième réforme, qui devrait être adoptée d’ici la rentrée prochaine et pour laquelle les concertations préliminaires sont d’ores et déjà engagées. Selon l’état des lieux présenté sur le site officiel du gouvernement, « il y a en France 16 millions de retraités, soit près d’un quart de la population. Les pensions qui leur sont versées représentent 279 milliards d’euros, soit plus de 14 % du PIB. Elles permettent d’assurer un montant moyen de pension de 1 400 € mensuels, en augmentation de 0,6 % en plus de l’inflation chaque année. En raison de la forte croissance du nombre de retraités (+ 280 000 par an depuis 2006), les régimes de retraite sont confrontés à des déficits importants. Ce déficit s’élève aujourd’hui à 32 milliards d’euros et on estime que si rien n’est fait, il ira en s’aggravant dans les années à venir (70 Mds € en 2030, 100 Mds € en 2050). Seule une réforme pourra rétablir l’équilibre financier de notre système de retraite et garantir sa pérennité ».

Présenté de cette manière, on comprend qu’il y a péril en la demeure et qu’il importe de rechercher au plus vite les solutions adéquates pour sauver notre système de retraite par répartition, élaboré au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui est basé sur la solidarité inter-générationnelle.

On pourrait toutefois s’interroger sur le type de solution proposée par le gouvernement, à savoir une nouvelle fois l’allongement de la durée de cotisation, recette déjà appliquée à plusieurs reprises par les gouvernements de droite, y compris en 2003 par les mêmes acteurs que ceux actuellement au pouvoir, et qui n’a manifestement pas amélioré la situation. Toutes les études, dont l’une réalisée en 2006 par la Caisse nationale d’assurance vieillesse à la demande du Conseil d’orientation des

Evolution age de la retraite

retraites, montrent en effet sans ambiguïté que l’âge moyen de départ à la retraite ne cesse de baisser en France. Il était de 60,9 ans en 2006 et la durée moyenne de cotisation des salariés qui liquident leur retraite est restée inférieure à 37 ans, malgré les différentes réformes successives. La réalité est donc bien loin des discours officiels pour la bonne raison que deux salariés du privé sur trois ne sont plus en activité au moment de prendre leur retraite : ils sont au chômage, en pré-retraite, en maladie ou en invalidité. Dans ces conditions, allonger la durée de retraite revient purement et simplement à baisser le niveau de retraite auquel les salariés pourront prétendre à l’avenir, pour cause d’annuités insuffisantes.

Le discours officiel met naturellement l’accent sur la nécessité de faciliter le maintien en activité des seniors, ce qui serait un corollaire naturel de l’allongement de la durée de vie moyenne. Mais ce discours se heurte à des réalités incontournables. Les méthodes de management en vigueur dans bon nombre d’entreprises se traduisent par l’éviction fréquente des salariés au-delà de 50 ans et le marché du travail est tel qu’il devient difficile de retrouver un travail au-delà de cet âge. La recrudescence actuelle du chômage, en particulier chez les jeunes qui ont beaucoup de mal à s’insérer de manière durable dans le monde du travail, fait qu’il devient complètement illusoire d’espérer, dans le contexte économique actuel, des carrières stables pour la majorité des salariés sur une durée de 41 ans ou davantage.

Par ailleurs, si certains cadres, professions libérales ou hauts fonctionnaires n’ont effectivement aucune difficulté à prolonger leur activité au-delà de 60 ans et y trouvent même une émulation intellectuelle salutaire, il ne faut pas perdre de vue que pour la grande majorité des salariés, prolonger la durée d’activité professionnelle se traduit inéluctablement par une baisse de l’espérance de vie : à partir de 60 ans, trois maladies sur cinq sont liées au travail et l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 63 ans pour les hommes (64 pour les femmes) et seulement 59 ans pour les ouvriers.

Dans ce contexte, il n’est peut-être pas inutile de prendre un peu de recul et d’écouter d’autres arguments que ceux avancés par le MEDEF et généreusement relayés par le gouvernement actuel et nombre de médias. Le sujet mérite sans doute mieux que le vote en catimini d’une nouvelle loi qui se traduira une fois de plus par une dégradation des conditions de vie des futurs retraités. Repousser encore la date de départ en retraite, est-ce bien une solution pertinente quand de toute façon la plupart des seniors ont bien du mal à conserver une activité professionnelle au-delà de 50 ans et à capitaliser les 162 trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein ? L’effet induit d’une telle réforme ne sera-t-il pas de baisser encore le niveau des retraites alors que plus d’un million de retraités français vivent d’ores et déjà sous le seuil de pauvreté et que 50 % d’entre eux touchent une pension inférieure à 1 000 € par mois ? Revenir sur la possibilité de départ en retraite à

60 ans, n’est-ce pas remettre en cause implicitement le seuil des 65 ans qui permet à chacun de bénéficier du taux plein, même en cas de carrière incomplète ? Pourquoi n’est-il question que d’allonger la durée de cotisation et jamais d’augmenter le niveau des cotisations ou de mettre à contribution d’autres sources de revenus, dont ceux du capital ?

D’ailleurs, est-il même vraiment nécessaire d’envisager une nouvelle réforme des retraites dans la mesure où les projections alarmistes du Conseil d’orientation des retraites ont été faites à PIB constant, ce qui est très loin de la réalité constatée au cours des années écoulées et laisse penser à une volonté de captation des richesses produites au détriment des retraités ?…

Gérard Filoche

Bref, autant de questions qui nous concernent directement à titre individuel et pour lesquelles un éclairage est nécessaire tant le sujet paraît complexe et le débat biaisé du fait des intérêts en jeu. C’est pour tenter d’y répondre que le Cercle progressiste carnussien a décidé d’organiser une nouvelle conférence-débat sur ce thème et a invité pour introduire la discussion un spécialiste de la question en la personne de Gérard Filoche, inspecteur du travail depuis 25 ans et auteur de nombreux ouvrages dont l’un écrit en collaboration avec Jean-Jacques Chauvigné et qui vient d’être publié sous le titre édifiant « Une vraie retraite à 60 ans c’est possible » (éd. Gawsewitch).

Alors venez nombreux le lundi 31 mai à 19h30 à la salle Tony Garnier pour mieux comprendre les enjeux de la réforme en cours et participer au débat…

L. V.

Le protectionnisme : un outil pour sauver la démocratie en France ?

18 janvier 2010

Emmanuel Todd

« Comment Nicolas Sarkozy a-t-il pu devenir président de la République ? Fébrile, narcissique, admirateur des riches et de l’Amérique bushiste, incompétent en économie comme en diplomatie, cet homme nous avait pourtant révélé, ministre de l’Intérieur, qu’il était incapable d’exercer la fonction de chef de l’État : ses provocations avaient alors réussi à mettre le feu aux banlieues dans l’ensemble du pays ». C’est par cette phrase, bien peu indulgente pour notre hyperprésident actuel et quelque peu provocatrice, que débute le livre d’Emmanuel Todd intitulé Après la démocratie (édition Gallimard, 2008). Mais l’auteur, historien, démographe et sociologue, ne s’y contente pas de critiquer, de manière parfois assez virulente et non dénuée d’humour, l’action du gouvernement actuel. La classe dirigeante dans son ensemble, politique, financière et médiatique, est sévèrement égratignée tout au long d’une analyse passionnante qui éclaire de manière très cohérente et argumentée les menaces qui pèsent sur la société française et qui pourraient à terme remettre en cause le principe même de la démocratie dans notre pays.

Bien évidemment il n’est pas facile de résumer en quelques lignes l’analyse que développe l’auteur dans

le livre d’Emmanuel Todd

cet ouvrage qui n’hésite pas à s’appuyer sur des considérations historiques, concernant la structure traditionnelle familiale dans les campagnes, voire le rapport au fait religieux, pour mieux expliquer certaines évolutions récentes de la vie politique française. Emmanuel Todd y démontre notamment de manière très claire comment Nicolas Sarkozy s’est fait élire en jouant sur les peurs sécuritaires et sur la provocation anti-jeunes, anti-émigrés et anti-musulmans, captant au passage les voix du Front National. Cette ethnicisation de la société française, voulue par le chef de l’État et dont l’actualité est dramatiquement confirmée par le débat sur l’identité nationale lancé depuis par Eric Besson, est analysée comme un bon moyen de détourner les français des difficultés économiques actuelles et futures.

Emmanuel Todd va même plus loin en évoquant à terme un risque éventuel de disparition du suffrage universel, dont il voit des prémices dans la volonté du pouvoir actuel de main mise sur la sphère médiatique ou de renforcement du pouvoir policier et répressif. Des précédents fâcheux comme le passage en force malgré le rejet par référendum du traité constitutionnel européen par les français en 2005 (et par les irlandais en 2008) montre que cette tendance à s’abstraire des processus démocratiques classiques ne s’observe pas seulement en France mais caractérise largement le fonctionnement des institutions européennes.

Parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur la société française actuelle, l’auteur insiste particulièrement sur la tendance générale à l’appauvrissement qui touche déjà les ouvriers et employés mais aussi de plus en plus les classes moyennes et supérieures, fortement éduquées, confrontés à une baisse inéluctable des revenus du fait de la globalisation économique et des délocalisations. La croissance chinoise qui s’appuie sur une main d’œuvre nombreuse, désormais globalement alphabétisée et acceptant de très faibles salaires, constitue une menace directe pour les économies des pays développés dans un contexte de libre-échange. Les revenus n’ont pas encore baissé pour les fonctionnaires et les retraités mais un tel mouvement est en train de s’amorcer (ceci alors que les plus de 65 ans constituent désormais 30 % de la population française et ont d’ailleurs largement contribué, par leur conservatisme, à faire élire Nicolas Sarkozy). Seule une minorité (de l’ordre de 1 % de la population), s’est considérablement enrichie au cours de la période récente, profitant à plein des mesures fiscales prises par la droite en faveur des classes aisées. Or, le niveau d’éducation des français n’a jamais été aussi élevé (même si cette progression tend à stagner) et on observe donc des frustrations grandissantes au sein de la société, en particulier parmi le tiers de la population qui a bénéficié d’une éducation supérieure et qui voit ses conditions se détériorer par rapport aux générations précédentes.

C’est sur ce point que l’essai d’Emmanuel Todd prend tout son intérêt en plaidant pour une proposition originale mais soigneusement argumentée qui consiste à introduire, au niveau européen, des mesures de nature protectionniste afin d’y créer un espace de régulation économique en se protégeant des importations et des délocalisations vers les pays à bas salaire. L’objectif d’une telle initiative (qui supposerait une action étroitement concertée entre la France et l’Allemagne) serait de créer les conditions d’une remontée des salaires dans l’espace européen et donc d’une hausse des revenus, impliquant elle-même une relance de la demande intérieure (mais aussi des importations) et une stabilisation du niveau de protection sociale.

le prix Nobel d’économie, Maurice Allais

Une telle approche exige cependant une évolution idéologique radicale de la part des élites intellectuelles européennes et notamment françaises, pour la plupart totalement inféodées au culte du libre-échange économique. De ce point de vue, Emmanuel Todd paraît aussi sévère pour nos dirigeants de droite que de gauche, pontant du doigt la dérive de personnalités pourtant socialistes comme Dominique Strauss-Kahn ou Pascal Lamy, pour qui sortir du dogme du libre échange semble une gageur impossible. Et pourtant, un tel discours rejoint très exactement celui que tient depuis des années, dans une totale indifférence générale, le seul français à avoir reçu le prix Nobel d’économie, Maurice Allais, âgé aujourd’hui de 98 ans. Spécialiste du risque des marchés, ce dernier avait largement annoncé la crise récente et dénonce la guerre économique mondiale actuelle qui « enrichit les multinationales et les milieux boursiers et bancaires » tout en appauvrissant la population. Pour lui également, une solution à la situation actuelle passerait par la mise en place d’un « protectionnisme raisonné et raisonnable » au sein d’espaces homogènes tels que l’Europe. Suite à sa « lettre aux français » publiée en décembre 2009 dans le journal Marianne, Maurice Allais a certes été décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur, mais les médias dominants se sont fait très discrets sur ses propositions, comme d’ailleurs sur celles d’Emmanuel Todd. Saura t-on les écouter avant qu’il ne soit trop tard ?

L. V.