Posts Tagged ‘Emploi’

Europe, économie, austérité… une conférence du CPC

17 décembre 2014

La prochaine conférence organisée par le Cercle progressiste carnussien est d’ores et déjà programmée pour le début de l’année prochaine. Elle se déroulera à Carnoux-en-Provence, lundi 19 janvier 2015, à 18h30 en salle Tony Garnier.

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C’est Alain Beitone, professeur en sciences économiques et sociales au lycée Thiers à Marseille, qui s’efforcera de nous éclairer sur le choix des politiques économiques mises en œuvre par les différents pays européens et de répondre à la question que se pose chaque citoyen : l’austérité est-elle nécessaire, inévitable, efficace ? Autant d’interrogations auquel nous avons souvent bien du mal à répondre dans un domaine complexe où les intérêts des uns et des autres ne convergent pas nécessairement et où les décisions sont parfois dictées par des considérations idéologiques ou des a priori plus ou moins justifiés.

En France comme dans plusieurs pays européens, le taux de chômage progresse et la récession nous guette. En réponse, les gouvernements ont tendance à baisser toujours davantage les charges sociales et la fiscalité des entreprises tout en comprimant les dépenses publiques. Mais cette démarche est-elle la plus appropriée pour sortir de ce marasme économique qui détruit peu à peu notre tissu social ? D’autres voies sont-elles possibles comme le prétendent certains ?

Gageons que le débat sera intéressant et que le conférencier aura besoin de faire appel à tous ses talents de pédagogue pour aborder un tel sujet qui ne peut nous laisser indifférent en tant que citoyen. Visions politiques et stratégies économiques sont plus que jamais liées dans une société mondialisée : à chacun de se faire sa propre opinion et c’est justement l’objectif de cette conférence-débat, ouverte à tous gratuitement, que de nous permettre de mieux comprendre les enjeux de ces questions qui nous touchent directement.

L. V. LutinVert

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La crise ? « Tout se passe comme prévu… »

1 novembre 2014

« Tout se passe bien, en fait, du point de vue des 1 % qui se gavent comme jamais ; les banques qui devraient être en prison pour faillite frauduleuse, leurs patrons se font mieux payer que jamais et arrivent maintenant au gouvernement dans différents pays. Je trouve que la situation n’est pas du tout catastrophique pour ceux qui financent les campagnes électorales des élus».

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Ces propos quelque peu iconoclastes ont été tenus le 5 septembre 2014 dans l’émission de France 2 animée par Frédéric Taddeï en présence notamment de Jacques Attali, Robert Hue et Marcel Gauchet, dans le cadre d’un débat sur le thème : « Pourquoi avons-nous l’impression de vivre la rentrée la plus catastrophique de la Vème République ? ».

Leur auteur : Étienne Chouard, professeur d’économie dans un lycée marseillais qui s’était illustré en publiant en 2005 sur son blog personnel (actualisé depuis) une analyse critique très sévère contre le projet de traité constitutionnel européen. Largement repris par différents forums puis par les médias, son argumentation avait alors connu un très vaste écho, au point d’obliger Dominique Strauss-Kahn et d’autres responsables politiques à tenter de déconstruire son argumentation, en vain cependant puisque le « non » avait fini par l’emporter lors du référendum…

Blog113_Ph1ChouardDepuis, il milite en faveur d’une reprise du pouvoir par le peuple contre les élites politiques et financières qui gouvernent en notre nom mais en fonction de leurs propres intérêts, à savoir ceux des classes dominantes qui s’accaparent les richesses et le pouvoir. Son credo : aider les citoyens à s’organiser pour rédiger eux-mêmes une constitution, afin d’éviter de se faire ainsi confisquer le pouvoir décisionnel en laissant écrire les lois par des professionnels de la politique qui ne font que défendre les intérêts des puissants. Il se montre aussi très critique contre les dérives libérales de l’Union européenne qui contribuerait à favoriser le chômage de masse, bénéfique pour maintenir les salaires les plus bas possibles et donc maximiser les profits. Il s’inquiète également du rôle accru des banques privées en faveur desquelles les états ont abandonné leur pouvoir de création de la valeur monétaire publique.

Bref, un trublion qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat du débat politique, au risque de se prendre parfois les pieds dans le tapis et de se voir accusé de céder aux sirènes de la théorie du complot ou du « tous pourris » qui sert si bien les intérêts du Front national mais lui a valu de nombreuses critiques, issues notamment de l’extrême–gauche ! Criant souvent à la censure, force est de constater qu’il semble en avoir été victime à plusieurs reprises, par exemple à l’occasion d’un projet de film militant sur le pouvoir et les institutions, intitulé « Dédale, un fil vers la démocratie » et dont la diffusion a dû être interrompue sous la pression de militants de gauche qui refusaient que M. Chouard y apparaisse à leurs côtés…

En tout cas, son intervention lors de cette récente émission de France 2 a séduit nombre d’internautes, au point d’ailleurs que les extraits diffusés sur différents médias ont fait l’objet d’une réclamation de France Télévision pour atteinte aux droits d’auteur, ce qui a conduit à la retirer de plusieurs sites. Encore accessible en intégralité sur le blog d’Étienne Chouard, ainsi que sur Facebook, Youtube et Dailymotion notamment, sous forme d’un court monologue de 4 minutes, elle mérite d’être entendue, au moins par nos élus politiques si fiers de la délégation qui leur est faite pour prendre à notre place les décisions qui leur paraissent les plus judicieuses mais qui ne répondent pas toujours à l’intérêt général du plus grand nombre… Une réflexion salutaire en tout cas sur les limites de notre modèle démocratique.

L. V. LutinVertPetit

Vers une troisième révolution industrielle et une société du partage ?

13 octobre 2014

Le capitalisme triomphant après la chute du mur de Berlin aurait-il du plomb dans l’aile ? C’est ce que prétend notamment Jérémy Rifkin, essayiste américain prolixe, spécialiste de prospective et conseiller de très nombreuses personnalités politiques à travers le monde.

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L’un de ses ouvrages, publié en 2012, annonce ainsi « la troisième révolution industrielle » qui pourrait permettre ni plus ni moins que de répondre à long terme au triple défi de la crise économique mondiale, de la sécurité énergétique et du changement climatique. Les nouvelles technologies pourraient révolutionner totalement notre mode de fonctionnement, comme il s’efforce de le démontrer dans son dernier livre au titre à rallonge : « La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipsé du capitalisme ». Tout un programme !Blo109_PhLivre

Bien évidemment, résumer en quelques lignes une analyse aussi complexe sans la caricaturer serait une gageure ! Une des intuitions que développe J. Rifkin, est que notre système de production industriel va être complètement remis en cause par le développement rapide des nouvelles technologies liées à internet et aux échanges gratuits et rapides de masses considérables de données, avec des implications dans tous les secteurs d’activité. On en voit d’ailleurs déjà les effets par exemple dans l’industrie du disque qui vient de s’effondrer sous nos yeux du fait de la possibilité offerte d’échanger gratuitement des fichiers numériques musicaux via internet. De même, le développement du livre numérique et l’offensive d’Amazon n’ont fait qu’une bouchée des librairies américaines et s’attaquent désormais au reste du monde.

Autre exemple :  en matière énergétique, Rifkin est persuadé que nous assistons à une révolution avec le développement à des coûts de plus en plus abordables, des technologies qui permettent de capter et de stocker les énergies renouvelable solaires, éoliennes ou marémotrices. Il estime même que le développement des imprimantes 3D ouvre la voie à la fabrication chez soi de multiples objets  dont nous avons besoin, ce qui risque de changer complètement les circuits de production.

Blog109_Dessin1Face à de telles mutations, c’est tout notre modèle de société qui va devoir s’adapter. Le travail de masse, rendu possible par le développement de la société industrielle, et qui est en train de se déliter avec une augmentation inéluctable du chômage, risque de n’être plus qu’un souvenir. L’évolution, qui se dessine déjà largement, privilégie des emplois hautement qualifiés dans le domaine de l’économie de la connaissance et des emplois de service peu qualifiés et faiblement rémunérés à l’autre bout de la chaîne. Mais  le temps du travail pour tous paraît menacé, de telle sorte que Rifkin imagine un nouveau contrat social dans lequel il faudra nécessairement partager le travail (en passant par exemple aux 30 heures par semaine, comme le préconisent de nombreux économistes), prévoir un revenu minimal de base pour chacun, et renforcer l’économie sociale ainsi que l’engagement associatif pour permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Blog109_DessinCroissanceLa croissance ne peut plus être le moteur de notre développement dans un monde fini. Rifkin rejoint en cela de nombreux autres analystes, dont Thomas Piketty qui a récemment montré que les taux de croissance rapide que nous avons connus ces dernières décennies sont l’exception et non la règle, si l’on regarde l’évolution humaine sur le long terme.

Face à ces mutations, nos comportements devront s’adapter. Mais Rifkin n’est pas inquiet, persuadé que les nouvelles générations ont déjà largement amorcé cette évolution, grâce au développement des réseaux sociaux. Il constate en effet que, de plus en plus, nous sommes intéressés davantage par l’accès aux biens plutôt qu’à leur possession, ce qui rend possible le développement de systèmes d’appropriation en commun, un peu sur le modèle de ce qui s’est fait pendant des générations où les paysans disposaient d’un accès commun au four, au puits ou au canal d’irrigation, infrastructures gérées et entretenues de manière collective.

Or Rifkin constate le développement actuel de pratiques qui procèdent d’une approche similaire, depuis le covoiturage jusqu’au jardin collectif en passant par l’échange d’appartements ou la machine à laver commune dans certains écoquartiers. Il cite ainsi l’exemple des jouets pour enfants : de plus en plus de parents, plutôt que d’acheter des jouets dont leur enfant se lassera rapidement et qui encombreront le grenier pour les générations à venir, les empruntent soit à des amis soit sur des sites internet dédiés. Outre l’intérêt pratique et économique de cette approche, elle permet à l’enfant d’intégrer l’idée que les jouets ne sont pas uniquement des objets que l’on s’approprie mais aussi des expériences auxquelles on accède pour un temps donné et que l’on partage avec d’autres : toute une nouvelle philosophie à explorer !  Ph109_PhJouets

Bien entendu, de tels bouleversement n’iront pas de soi et Rifkin se garde bien d’affirmer comment sera notre monde de demain, car nul ne peut prédire comment se feront toutes ces évolutions même si l’on en voit déjà les prémisses. Il conseille en tout cas aux entreprises de les anticiper et de se recentrer sur la transmission de l’information et sur la gestion des flux. Ainsi des producteurs et distributeurs d’électricité qui auront de plus en plus à gérer des transferts plutôt qu’à produire eux-mêmes de manière centralisée : une telle évolution est déjà en marche outre-Rhin, mais encore bien loin des modes de pensée d’EDF !

Blog109_PhRifkinVReste aussi à convaincre les responsables politiques d’accompagner ces mutations et d’y préparer les esprits. Sur ce terrain, Rifkin est manifestement moins optimiste, bien qu’il s’emploie depuis de nombreuses années à conseiller certains dirigeants européens et américains (ou peut-être justement à cause de cela ?). Leur capacité à anticiper les évolutions et à mettre en œuvre les comportements les mieux adaptés pour y faire face dans l’intérêt général, ne paraît en effet pas au centre des préoccupations de nos élus, trop occupés à gérer le quotidien et leur avenir politique à court terme pour oser lever un peu le nez du guidon. Comme souvent, c’est plutôt de la société civile que viendront les germes de ces évolutions futures…

L. V. LutinVertPetit

Au secours : Sarko revient !

22 septembre 2014

Alors que François Hollande est au plus bas dans les sondages, que le gouvernement Valls est attaqué de toutes parts et que même les députés socialistes font la fine bouche pour soutenir la politique menée depuis 2012, voilà que l’on assiste au retour en fanfare de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a en effet annoncé, le 19 septembre 2014, sur son compte Facebook, sa volonté de reprendre le contrôle de l’UMP pour se présenter aux prochaines élections présidentielles en 2017. Il avait pourtant assuré, après sa défaite sans appel en mai 2012, renoncer définitivement à la vie politique pour se lancer dans les affaires…

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l'émir du Quatar

Nicolas Sarkozy avec Bachar Al-Assad et l’émir du Quatar

Deux ans et demi plus part, les affaires sont bien au rendez-vous avec pas moins de deux mises en examen pour l’ancien président de la République, soupçonné de corruption active d’un magistrat de la Cour de cassation, de corruption passive auprès de certains émirs quataris, d’abus de faiblesse auprès d’une milliardaire aussi généreuse que déboussolée, de non respect du code des marchés publics pour des sondages commandés par l’Élysée et dont on ne retrouve plus trace, de falsification de ses comptes de campagne, en 2012 comme en 2007, et on en oublie sans doute… L’accumulation d’une telle batterie de casseroles pourrait en gêner certains. Pas l’avocat Sarkozy qui sait pertinemment, comme son ami Silvio Berlusconi, que l’impunité qu’offre un poste d’élu reste le meilleur rempart contre la curiosité des juges lorsqu’on est en froid avec la Justice.

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Dessin de Tignous, publié dans Marianne

Au delà des indélicatesses du personnage et de son côté bling-blig qui continue d’indisposer une bonne partie des Français, il faudra à Nicolas Sarkozy beaucoup de persuasion pour convaincre qu’il saura gérer le pays mieux que ne le fait la Gauche depuis 2012. Tous n’ont pas oublié en effet l’ardoise colossale de 650 milliards d’euros laissée par son quinquennat ! En cinq ans, il a réussi l’exploit d’augmenter de près de 50 % la dette publique de la France : un record ! Certes la crise financière de 2008 y a contribué mais la majeure partie de ce dérapage sans précédent de nos comptes publics résulte directement des décisions de son gouvernement.

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Nicolas Sarkozy après sa défaite aux élections présidentielles le 6 mai 2012

Quelques exemples parmi d’autres de ces décisions malheureuses qui sont venus plomber les comptes de la nation : la fameuse niche Copé, qui permet aux entreprises de défiscaliser leurs profit lorsqu’elles vendent une filiale, a ainsi coûté 22 milliards de manque à gagner pour l’État uniquement entre 2007 et 2009 ! Encore plus fort, le bouclier fiscal, mesure phare du quinquennat Sarkozy qui s’est traduit par la distribution aux plus grandes fortunes de France de gros chèques du Trésor Public pour un montant de 500 millions d’euros, pendant que d’autres peinaient à boucler leurs fins de mois.

Dans le même temps, les impôts et taxes ne baissaient pas pour tout le monde. Contrairement à une idée reçue (et largement diffusée par la Droite), les prélèvements obligatoires que le candidat Sarkozy avait promis de diminuer de manière spectaculaire, ont augmenté durant ses deux dernières années à l’Élysée de 30 milliards d’euros, autant que François Hollande depuis son arrivée au pouvoir ! Une trentaine de nouvelles taxes ont ainsi été créées tandis que s’alourdissaient les prélèvements, surtout pour les ménages à revenus modestes.

Quant à sa politique industrielle, elle a très largement contribué à la situation catastrophique dans laquelle se débat désormais la France. La loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d’achat), mesure emblématique de son début de quinquennat, aura ainsi coûté 50 milliards au budget de la nation et contribué à aggraver le chômage, car prise totalement à contre-emploi dans un contexte économique qui ne s’y prêtait pas.

SPAIN-FRANCE-DIPLOMACY-ROYALSDe 2007 à 2012, la France a perdu 400 000 emplois dans le secteur industriel qui s’est délité. L’argent public injecté pourtant massivement l’a été en pure perte. Ainsi, le Crédit impôt recherche qui a coûté pas moins de 20 milliards d’euros au contribuable a surtout permis aux grands groupes industriels de faire de l’optimisation fiscale comme l’a pointé à plusieurs reprises la Cour des comptes, sans réel impact sur l’innovation technologique des PME qui irriguent le tissu économique français. Quant à la baisse de la TVA dans la restauration ou la réforme de la taxe professionnelle, elles ont coûté très cher au budget de l’État et permis de d’arrondir les dividendes de certains, mais sans impact significatif sur l’emploi. Un chiffre illustre bien le naufrage de l’appareil productif français sous la présidence de Nicolas Sarkozy, celui du déficit du commerce extérieur qui a fait plus que doubler en cinq ans !

Face à un bilan aussi catastrophique et même si chacun s’accorde à penser que celui de François Hollande ne s’annonce guère brillant non plus, il faudra à Nicolas Sarkozy faire preuve de tous ses talents d’illusionniste pour faire oublier à ses électeurs que son retour aux responsabilités ne serait peut-être pas la meilleure chose qui puisse arriver pour l’avenir de notre pays…

L.V. LutinVertPetit

 

Si l’homme ne change pas, le monde ne changera pas…

4 septembre 2014

Nous sommes entrés dans l’ère de l’accélération globalisée. Vitesse et court terme sont devenus la norme de la société. Mis sous tension par l’accélération financière et technologique, nous tentons encore de suivre un rythme qui nous mène pourtant vers des catastrophes écologiques, économiques et sociales annoncées. Mais certains d’entre nous ont décidé de ne pas céder à l’injonction d’’immédiateté, en expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre ». Chaque jour partout dans le monde, en Europe, en Amérique Latine, aux États-Unis ou en même en Inde, ils travaillent à redonner du sens au temps. À la marge du modèle dominant, ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain. Aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.

En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, le réalisateur Philippe Borrel est allé à la découverte d’initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. Le film passionnant qu’il en a tiré est actuellement visible sur Arte (jusqu’au 9 septembre 2014).

Bunker Roy

Bunker Roy

Au Rajasthan, le Barefoot College fondé par Bunker Roy recrute des femmes de milieux ruraux pour les former à l’ingénierie solaire. En Europe, les villes de Romans-sur-Isère et de Bristol ont mis en place une monnaie locale pour résister à la toute-puissance des banques. À Ithaca, au nord de New York, des coopératives font leur preuve pour relocaliser l’économie… À rebours du « train fou » du modèle dominant, ces alternatives citoyennes, qui rejoignent les analyses de philosophes, sociologues, économistes et scientifiques, pourraient bien être les pionnières du monde de demain. Autant de gestes qui remettent l’homme au cœur du système.

Urgence_Ph1L’ « Université aux pieds nus » du Rajasthan, est un exemple éclairant. Après ses études à Delhi, Bunker Roy décide de s’installer à Tilona pour venir en aide aux populations défavorisées de la région. Il souhaite agir concrètement de façon à ce que les villageois puissent accéder aux savoirs techniques et médicaux et gagner ainsi leur indépendance. Inspiré par les préceptes du Mahatma Gandhi, qui prône la simplicité en toute chose, il fonde en 1972, avec sa femme Aruna, le Barefoot-college, littéralement l’Université aux pieds nus. Il part du principe qu’avec un minimum de compétences et de savoirs concrets, les villageois ont la possibilité de se prendre en main et d’aider eux même leur communauté.

Sa première action concrète, il la réalise en installant des pompes à eau, essentielles dans une région où l’eau est rare et porteuse de maladies, puis il apprend aux villageois à les installer et les réparer. L’opération est un succès car non seulement elle permet aux habitants d’accéder à une eau saine, mais également donne la chance à une communauté d’Intouchables, qui se sont cotisés pour acquérir une pompe, d’accéder à leur indépendance et de dépasser leur condition sociale, fait rare en Inde. Ce succès encourage Bunker Roy, et de nouveaux enseignements sont organisés.

Ici, l’enseignement délivré est dépouillé de toute théorie « inutile ». Aucun diplôme n’est délivré pour que les bénéficiaires ne soient pas tentés de les marchander ou de quitter le village. Dans cet enseignement basé sur l’observation, la répétition des gestes, les ateliers pratiques, avec de nombreux spécialistes du monde entier, médecins ou ingénieurs, qui viennent transmettre bénévolement leur savoir aux élèves. Ceux-ci rentrés chez eux les transmettront à d’autres étudiants ou à d’autres personnes bien souvent illettrées dans leur village.  Plus qu’un campus, c’est une communauté, un engagement participatif ou l’on apprend non pas pour soi, mais pour servir les autres, dans un respect des traditions et avec « une vision durable ». Les programmes évoluent en permanence, en fonction des propositions et des besoins.

Urgence_Ph2Parmi les programmes les plus ambitieux pour former des personnes dans les pays en voie de développement : la maitrise de l’énergie solaire. Pour recruter les stagiaires, un comité du Barefoot Collège « énergie et environnement »  visita plusieurs villages, détermina avec leurs habitants une cotisation mensuelle à verser pour le projet et deux personnes furent désignées, de préférence des femmes dans la quarantaine, jugées plus réceptives aux enseignements et fidèles à leur communauté. Elles furent ensuite envoyées 6 mois en formation sur le campus où des spécialistes en énergie solaire leur inculquèrent les savoirs nécessaires pour manipuler des régulateurs de charge et des convertisseurs, installer des panneaux solaires correctement, être capable de les entretenir, et construire des lampes solaires.

La plupart étant illettrées, et ne parlant pas forcément la langue de la région, elles apprirent par mimétisme, grâce à des dessins, à des photos ou encore lors d’ateliers de montage. A l’issue de leur formation et de retour chez elles, elles mirent en place les installations électriques, établissant ensuite un atelier électronique de maintenance du matériel, et formant à leur tour d’autres villageois à l’énergie solaire. Chaque habitant qui bénéficiait de ces infrastructures devait reverser ensuite une certaine somme à la communauté, dont le total serait utilisé pour étendre le réseau. Le projet était ainsi complètement autofinancé…

Ce programme fut dès le départ un succès, qui a depuis changé la vie de nombreux villages, permettant notamment, grâce aux lanternes électrique, la mise en place de cours du soir ou les commerces nocturnes. Mais il a également permis à de nombreuses femmes, les « chasseuses de soleil » (elles composent 80 % des élèves formés), de s’émanciper et d’accéder à un statut qu’elles n’auraient jamais imaginé avoir. En tout ce sont plus de 800 écoles et 315 villages dans le pays qui ont tiré parti de ce programme.

Urgence_Ph3En observant cette réussite, de nombreux pays s’y sont intéressés. Ainsi, depuis 2004 le Barefoot College exporte son enseignement vers d’autres pays émergents avec notamment l’aide du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Ce programme a ainsi permis à des femmes d’installer des panneaux photovoltaïques dans des villages d’Ethiopie, d’Afghanistan, du Bénin, de Bolivie, du Bhoutan, du Cameroun, de Gambie, du Malawi, du Mali, de Mauritanie, du Rwanda, de la Sierra Léone, de la Tanzanie et plus récemment au Sénégal, à Djibouti et au Soudan.

Les ruraux montrent par là leur capacité à résoudre leurs propres problèmes et à s’émanciper, grâce à un enseignement adéquat. Le Barefoot College démontre ainsi que l’accès à l’apprentissage n’est plus inaccessible pour une certaine couche de la population. Bien plus qu’un centre de formation, Le Barefoot College est une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins indiens ou étrangers cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.

Nous ne vivons pas en Inde, mais ne devrait-on pas s’inspirer de cette réalisation de mise en commun des compétences et travailler à inventer un avenir meilleur par des initiatives semblables ? Faudrait-il se résoudre à dépendre de la seule « bonne volonté » des hommes politiques ? Le lobbying du peuple est-il possible ?

C. G.

Bientôt une université régionale des métiers à Marseille

12 juillet 2014

Blog87_Ph1On déplore souvent qu’en France, contrairement à l’Allemagne, l’apprentissage ne soit pas assez développé. Il semble bien en effet que les entreprises françaises soient plus réticentes que leurs concurrentes d’Outre-Rhin à s’engager dans la formation de leurs jeunes recrues. Le sujet a d’ailleurs été largement abordé lors de la récente conférence sociale où il a été constaté une chute dramatique des contrats d’apprentissage et de professionnalisation dont le nombre a baissé de 14 % lors du premier trimestre 2014 ! De nouvelles mesures financières ont d’ailleurs été annoncées par le gouvernement pour favoriser le recrutement d’apprentis par les entreprises avec un objectif affiché d’atteindre le chiffre de 500 000 apprentis à la rentrée 2017 (contre 435 000 actuellement et 1,5 millions en Allemagne…).

cognitif-humourD’autres initiatives se développent aussi à l’initiative des collectivités territoriales et notamment des régions qui sont en première ligne en matière d’aide au développement économique. Saluons à cet égard l’initiative de la Région PACA qui vient de signer, le 13 juin dernier, un protocole d’engagement avec la Chambre régionale des métiers, l’État et la Caisse des dépôts et consignations en vue de lancer la création d’une future Université régionale des métiers qui devrait ouvrir ses portes à Marseille en 2019.

Ce futur  » campus des artisans  » sera construit dans le secteur d’Arenc, au cœur du périmètre d’Euroméditerranée. Le coût de l’investissement est évalué à 105,5 millions d’euros, payé pour l’essentiel (69,3 M€) par la Région PACA et par l’État pour 15,9 M€ via les crédits du Programme des investissements d’avenir (l’ex Grand emprunt). Ce dernier injecte au total près de 330 M€ dans la réalisation d’une soixantaine de projets visant à promouvoir ainsi l’apprentissage. Le solde du montage financier pour l’université régionale des métiers sera pris en charge par la communauté urbaine MPM, les chambres des métiers et Erilia (réseau Habitat en région des Caisses d’épargne, société chargée de réaliser une unité d’hébergement de 150 chambres pour l’accueil des stagiaires).

Blog87_Ph3Le chantier de ce vaste projet devrait débuter en 2016 sur deux parcelles situées juste derrière le Dock des Suds. Le complexe ainsi créé regroupera trois centres de formation existants (dont le CFA des Compagnons du devoir), l’Institut régional de formation à l’environnement et au développement durable (actuellement à l’Arbois) mais aussi plusieurs centres de ressources dont l’Observatoire régional des métiers ainsi que le siège des organisations professionnelles de l’artisanat.

Blog87_Ph2Au total, ce sont 1 200 apprentis qui pourront être accueillis sur cette nouvelle structure, soit 341 places supplémentaires par rapport à l’état actuel. Sept filières professionnelles seront concernées : bâtiment et écoconstruction, santé (optique et dentaire), services administratifs, tertiaire (commerce, tourisme, vente), électricité/électronique/électrotechnique, métiers d’art, recyclage. Un beau projet, idéalement situé, qui devrait largement contribuer à redonner de l’attractivité aux filiales de formation professionnelle par l’apprentissage et favoriser ainsi l’accès à l’emploi de nombreux jeunes de la région.

L. V. LutinVertPetit

 

Trajets domicile-travail : une semaine par an en moyenne !

2 juillet 2014

Telle est en effet la conclusion à laquelle est arrivée cette vaste enquête que vient de mener la société Randstad, à partir d’un échantillon représentatif de 6000 personnes âgées de 18 à 65 ans ! Cela représente une durée moyenne de 23,4 minutes pour aller travailler (et autant pour revenir). Pour 35 % des personnes interrogées, cette durée du trajet quotidien dépasse 30 minutes, et même 60 minutes pour 7 % d’entre elles, soit plus de 2 h aller-retour pour aller travailler chaque jour…

Blog84_Ph1Sans grande surprise, certaines régions plus rurales telles que la Basse-Normandie ou Champagne-Ardennes font baisser la moyenne, avec un temps de trajet moyen qui descend à 17 ou 18 minutes. La région PACA est dans la moyenne nationale et bien entendu c’est en région Ile-de-France que les temps de trajets quotidiens sont les plus élevés avec une moyenne de 33 mn et plus de 45 mn pour un tiers des personnes interrogées. En région parisienne (qui concentre plus de 5 millions d’emplois salariés), la société d’info-trafic Inrix calcule d’ailleurs que les gens y passent en moyenne 55 h par an coincés dans les embouteillages (contre 35 h quand même en moyenne nationale…). Rappelons néanmoins que la capitale française des embouteillages reste Marseille où un trajet de 14 mn prend en moyenne 1 heure en période de pointe, soit 46 mn perdues dans les bouchons…

Crédit photo : Boris Horvat / AFP

Crédit photo : Boris Horvat / AFP

Un des enseignements de l’enquête commandée par Randstad est que la durée du temps de trajet journalier pour aller travailler augmente sensiblement avec le niveau de diplôme : un cadre niveau Bac + 5 met en moyenne 28 mn pour aller travailler alors qu’un employé sans diplôme annonce en moyenne 16 mn, ce qui représente un écart très significatif ! Cette évolution s’explique aisément, les employés les plus diplômés, occupant souvent des emplois mieux rémunérés, n’hésitent pas à s’éloigner de leur lieu de travail pour trouver un lieu de résidence de qualité.

Toutes les études sociologiques montrent qu’on passe de plus en plus de temps dans les trajets pour aller travailler. La congestion des transports publics et du réseau routier y contribuent largement, le renchérissement des prix de l’immobilier aussi, qui pousse nombre de salariés à s’éloigner toujours davantage des centres urbains pour accéder à un foncier plus abordable. C’est en tout cas un enjeu que les entreprises commencent à prendre en compte car ces trajets quotidiens de plus en plus longs génèrent inévitablement du stress et de la fatigue. Alors, en attendant que se rééquilibrent les bassins d’emploi et que se développent des transports en communs rapides et efficaces, vive le télétravail !

L. V. LutinVertPetit

 

La Poste en 2014 : rapide visite dans les ruines d’un ancien service public

2 février 2014

Un quartier de Carnoux-en-Provence a été totalement privé de courrier pendant plus de 7 jours. Le facteur titulaire de la tournée, en arrêt maladie, n’a pas été remplacé. Dans La Provence du samedi 25, un petit entrefilet signale la chose, comme une banalité. Pourtant quand on y regarde de près, on découvre une situation qui est loin d’être banale. Elle vaut la peine d’être décrite car elle est tout à fait exemplaire de ce que devient, par une logique inéluctable, une entreprise publique très performante quand on l’ouvre à la concurrence et qu’on la privatise en société anonyme, dont le but est le profit financier. Ce qui est le cas de La Poste depuis le 1er mars 2010.

LaPosteDessin

Résumons : du mardi 14 janvier au lundi 20, aucun courrier n’a été distribué dans le quartier Beauséjour. Devant l’inquiétude des habitants, car c’est une période de l’année où arrivent à échéance quantités de factures, une distribution est faite le mardi 21 par un facteur affecté à une autre tournée. LeLaPosteFacteur mercredi 22, aucun courrier, puis une distribution régulière à partir du jeudi 22, par deux facteurs, en alternance, affectés à d’autres tournées qui pendant ce temps, bien sûr, ne sont pas assurées. Donc aucun vrai remplacement du facteur titulaire. A noter que cela était déjà arrivé ces trois dernières années, mais pendant 2 ou 3 jours seulement. Auparavant, c’est à dire avant la privatisation et les suppressions de postes, un facteur malade était remplacé soit le jour même, soit le lendemain. Pour autant que je me souvienne, pour retrouver une situation semblable, il faut remonter aux grandes grèves de 1968.

LaPostePh3Mais voyons la suite. Lorsque je me suis présenté au bureau de poste de Carnoux pour demander des explications, il m’a été dit que ce bureau n’est plus qu’un lieu de dépôt du courrier et que son personnel n’a aucun droit de regard sur sa distribution ; le bureau responsable étant le centre de distribution de La Ciotat (c’est effectivement le cas depuis plus de 2 ans). Sur 3 employés présents, un seul connaissait l’adresse de ce centre. J’apprends par la même occasion que le bureau de Carnoux est menacé purement et simplement de suppression, et si ce n’est pas lui, ce sera celui de Roquefort-La Bédoule.

LaPoste_Ph1Continuant ma petite enquête, je téléphone au numéro de La Poste donné dans l’annuaire : le 36 31. C’est en fait le « service consommateur » de tout le groupe (car nous ne sommes plus des « usagers » des services postaux mais des « consommateurs » ou des « clients »).

Après plusieurs appels infructueux (mais payants!), où un répondeur automatique me dit que « tous nos conseillers sont en ligne » et me conseille de « rappeler ultérieurement », le lundi 20 j’arrive enfin à avoir un employé au bout du fil et là, les choses tournent au délire. Mon correspondant me dit que selon ses tableaux, notre centre de distribution est bien à Carnoux et non à La Ciotat (et il insiste!), qu’il n’y a aucun arrêt de travail déclaré et que le courrier est distribué normalement sur toute la ville ! « Sur mon tableau, tous les voyants sont au vert », me dit-il. J’apprends par la même occasion que ce « service consommateur » se trouve en …Picardie ! Mon interlocuteur ouvre quand même un dossier de réclamation avec un numéro qu’il me communique.

Le 23, suite à cette réclamation, je reçois deux lettres, toutes deux datées du 20 janvier et signées par le même « Responsable Relation Client », mais avec deux contenus différents ! Passons sur les détails…. Autre surprise, l’adresse de l’expéditeur est : « Direction du courrier – Établissement de Carnoux-en-Provence » (!). Un peu ahuri, je vérifie le tampon postal : les lettres ont été postées à Lille ! Mais de qui se moque-t-on ? Ce n’est plus un service postal, c’est le royaume du Père Ubu !

LaPosteDessinClubicCette petite histoire est très révélatrice ; elle n’est pourtant qu’un exemple parmi d’autres des déboires entraînés par la transformation de La Poste en société commerciale, notamment les augmentations des tarifs, directes ou déguisées, par exemple pour les colis ou des changements d’adresse (qui auparavant étaient gratuits et coûtent maintenant une vingtaine d’euros). Ajoutons aussi la pression subie par les guichetiers pour vendre toutes sortes de services qui étaient inutiles quand La Poste fonctionnait bien (comme les « lettres suivies »).

Mais les usagers ne sont pas les seuls à supporter les dégâts de cette situation. Une société commerciale se doit, pour être rentable, non seulement d’augmenter ses tarifs, mais aussi de supprimer le plus grand nombre possible de salariés. Les postiers sont donc en première ligne pour en subir les conséquences. Lors de tous mes contacts, directs ou téléphoniques, le ras le bol était nettement perceptible chez la plupart de mes interlocuteurs, certains le transformaient en humour, d’autres ne cachaient pas leur exaspération.

Avec cet exemple, on comprend mieux les nombreux conflits sociaux en cours chez les postiers et même les suicides sur le lieu du travail. Mais comme disait l’ex-PDG de France-Télécom, les suicides c’est une mode, n’est-ce pas ?

L'avenir radieux des services publics à la Française ? - dessin de Dib

L’avenir radieux des services publics à la française ? – dessin de Did

La mise en concurrence et le passage en société anonyme ont complètement désorganisé (pour ne pas dire démantelé) un service public efficace auquel tous les français étaient très attachés, et nous ne sommes encore qu’au début d’un processus. Pour l’instant, La Poste est encore une société anonyme à capitaux publics (État et Caisse des Dépôts et Consignation), mais tout laisse penser que ce n’est qu’une étape vers l’entrée de capitaux privés, ce qui ne pourra qu’aggraver la course aux profits.

Bon courage pour la suite !

J C B

Retraites : rassurer les marchés quitte à désespérer la rue…

9 septembre 2010

mobilisation impressionnante

Une mobilisation impressionnante mardi sur le Vieux Port pour protester une nouvelle fois contre le projet de réforme des retraites qui arrive en discussion à l’Assemblée Nationale mais qui est jugé injuste par deux-tiers des français selon les derniers sondages publiés. De l’ordre de 200 000 manifestants selon les syndicats s’étaient ainsi rassemblés mardi 7 septembre en bas de la Canebière formant une marée humaine assez impressionnante qui s’est écoulée pendant plusieurs heures jusqu’à la place Castellane en passant par la rue de la République, la Porte d’Aix, la Gare Saint-Charles et le cours Lieutaud.

Comme lors de la précédente manifestation du 24 juin, l’ambiance joyeuse et bon enfant de la manifestation cachait mal une profonde colère de la plupart des participants contre une réforme qui apparaît aux yeux de tous comme une formidable régression dont le seul objectif est de rassurer les marchés financiers quant à l’équilibre macroéconomique des comptes publics au détriment de la justice sociale.

Le gouvernement justifie par des arguments purement démographiques sa volonté de reculer encore davantage l’âge de départ en retraite afin d’intégrer l’allongement progressif de la durée de vie. Mais les français ne sont pas dupes et tout le monde a compris que la véritable raison du déficit actuel des caisses de retraites (32,3 milliards d’euros en 2010) est la crise financière et économique de ces dernières années, dont les responsabilités sont à rechercher plutôt du côté des banquiers et des spéculateurs. Compenser ce déficit en reculant l’âge exigé pour partir en retraite et celui permettant de bénéficier d’une pension à taux plein est un leurre qui ne tient pas compte du chômage des jeunes et du taux d’inactivité record des français de plus de 55 ans. L’effet mécanique d’une telle mesure sera nécessairement d’aggraver la baisse des pensions, tout en pénalisant davantage les femmes, souvent victimes de carrières incomplètes ou fractionnées, et les travailleurs ayant commencé tôt et ayant exercé des métiers pénibles.

Dans ce contexte, des mesures sont effectivement nécessaires pour rétablir l’équilibre financier des

On s’est battu pour la gagner, on se battra pour la garder.

caisses de retraites afin de sauvegarder notre régime de retraite par répartition, et personne ne nie cette nécessité. Mais la majorité des salariés réclame une réforme plus juste et plus réaliste, qui fasse davantage participer les revenus du capital et les banques, tout en reposant également sur une hausse modérée et progressive des cotisations patronales et salariales. L’allongement progressif des durées de cotisation exigées pour obtenir une pension à taux plein, voire des mesures incitatives pour permettre à certains de rester en activité plus longtemps, ne sont pas forcément des tabous pour de nombreux salariés, mais à condition bien évidemment que l’effort soit justement réparti.

Espérons que le gouvernement saura enfin entendre ce message de sagesse et ne s’arcboutera pas sur des positions intenables et d’autant plus inacceptables qu’elles sont défendues par un ministre empêtré dans des accusations graves de conflit d’intérêt et d’incitation à la fraude fiscale…

L.V.

Bernard Deflesselles, camelot du Président…

21 juin 2010

Les habitants de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône, qui s’étend d’Aubagne à La Ciotat en englobant la commune de Carnoux, ont bien de la chance car leur député, Monsieur Bernard Deflesselles, fait un travail formidable. C’est d’ailleurs lui-même qui vient de le rappeler fort opportunément (on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est bien connu) en dressant son propre bilan à mi-mandat dans une luxueuse plaquette en couleurs de 12 pages, éditée et diffusée aux frais du contribuable. Monsieur Deflesselles, en bon petit soldat du pouvoir sarkozyste dominateur, qu’il assure soutenir « à 100 % », dresse un tableau idyllique des résultats du gouvernement actuel. Certains auront peut-être du mal à s’y reconnaître, tant les décalages grandissent entre les difficultés de la vie quotidienne de millions de français et le discours de la propagande officielle, largement relayé par les médias dominants, pour la plupart aux mains des amis du président.

une luxueuse plaquette en couleurs…

C’est en tout cas beaucoup d’honneur que vous nous faîtes, Monsieur Deflesselles, que d’essayer de convaincre le petit peuple du bien-fondé d’une telle politique pourtant systématiquement tournée en faveur d’une minorité aisée et qui a considérablement accru les inégalités et les tensions au sein de notre société. Certes, votre honnêteté intellectuelle ne va pas jusqu’à rappeler dans ce bilan ce qui est pourtant une des mesures phare du gouvernement actuel et à laquelle vous avez apporté un soutien indéfectible, à savoir le renforcement du bouclier fiscal qui exonère la frange la plus riche de votre électorat de toute nouvelle contribution à la solidarité nationale en temps de crise, et qui amène le Trésor public à reverser chaque année des sommes importantes aux contribuables les plus riches tandis que se creuse le déficit public à des niveaux jamais atteints jusque là. Vous n’évoquez pas non plus les 72 milliards d’euros de niches fiscales et notamment celle si coûteuse, imaginée par votre ami Jean-François Copé et sur laquelle il ne semble pas question de revenir malgré son effet dévastateur pour les finances publiques.
Pourtant, même si l’on s’en tient aux seules mesures avouables de votre bilan, dont vous semblez si fier, il est permis de s’interroger sur l’objectivité du tableau que vous brossez de manière aussi flatteuse. Vous présentez comme une avancée sociale le fait de défiscaliser et d’exonérer de cotisations les heures supplémentaires, ce qui, au passage, a coûté de l’ordre de 4 milliards d’euros, mais vous omettez de dire qu’en période de crise économique cette mesure a largement contribué à l’augmentation du chômage. On se souvient que Nicolas Sarkozy pronostiquait une forte baisse du chômage mais jamais ce dernier n’a été aussi élevé dans notre pays avec 600 000 chômeurs supplémentaires pour la seule année 2009 et de nombreux chômeurs qui arrivent en fin de droit. Soutenir l’activité économique est une chose, mais s’engager « aux côtés des chefs d’entreprise » comme vous le revendiquez avec une franchise désarmante, et prendre des mesures qui favorisent systématiquement le patronat et les actionnaires au détriment des salariés en est une autre, qui ne va pas nécessairement dans le sens de l’intérêt général. Ainsi, la création d’un statut d’auto-entrepreneur, que vous présentez comme une avancée majeure, se traduit très concrètement par une précarisation accrue de nombreux salariés, y compris dans de grandes entreprises qui obligent notamment les jeunes et certains seniors en fin de carrière à recourir à ce type de statut, ce qui contribue encore au déséquilibre des comptes sociaux…
Présenter dans votre argumentaire la crise économique internationale comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle imprévisible contre laquelle seules des mesures compensatoires sont possibles pour gérer l’urgence, paraît pour le moins réducteur. Les français n’ont peut-être pas tous oublié que la crise financière à l’origine de cette situation vient de la folie spéculative des banques américaines, en particulier suite aux crédits immobiliers hypothécaires (les fameux subprimes) et certains se souviendront sans doute (mais ce n’est manifestement pas le cas de notre brillant député…) que Nicolas Sarkozy était en 2007 fermement partisan d’étendre à la France un tel dispositif, aussi ingénieux que dangereux… On sait que depuis son discours a bien évolué, mais malheureusement pas encore son action, et on attend toujours les actes qui s’imposent pour réguler davantage l’économie, harmoniser les politiques économiques à l’échelle européenne, freiner la spéculation et lutter enfin efficacement contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale. Monsieur Deflesselles, vous annoncez avec fierté que « nous avons sauvé le secteur bancaire » mais pourquoi donc aucune mesure n’a-t-elle encore été prise pour tenter de contrôler davantage les banques, au point qu’elles affichent de nouveau fin 2009 de confortables bénéfices et préfèrent spéculer contre les états qui leur sont venus en aide plutôt que de jouer leur rôle d’acteur économique ?
Votre belle plaquette, Monsieur le député, met en avant les mots de « justice sociale » et de « solidarité », mais peut-être les mots n’ont-ils pas le même sens pour tout le monde : présenter la suppression des droits de succession comme « une vraie justice sociale » consiste pour le moins à se moquer de nos concitoyens en faisant mine d’ignorer que les français les plus fortunés seront naturellement avantagés par ce procédé qui contribue donc automatiquement à creuser encore les inégalités. Affirmer comme vous le faîtes que la réforme en cours des retraites n’aura pas d’effet sur le montant des futures pensions est bien évidemment erroné quand on sait que de moins en moins de salariés bénéficient d’un emploi durable sur des périodes aussi longues : moins de 40 % des salariés arrivent à cotiser les 40 annuités actuellement nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein et on imagine sans peine que ce taux sera encore inférieur lorsqu’il sera exigé 2 voire 3 annuités supplémentaires pour une retraite à taux plein…
On admirera bien sûr l’habileté du bonimenteur professionnel, sans doute épaulé par de solides professionnels de la communication capables de rendre crédibles les plus grosses contre-vérités. Sachez néanmoins, Monsieur Deflesselles que tous nos concitoyens ne sont pas totalement dupes et qu’un tel matraquage médiatique ne sera peut-être pas toujours suffisant pour masquer la triste réalité d’une politique qui vise avant tout à favoriser les intérêts d’une classe dirigeante, creusant toujours davantage les inégalités sociales dans un pays où règnent trop souvent les sentiments d’injustice et d’inéquité. Monsieur le député, vous affirmez que suite à l’action du gouvernement actuel « la France n’est déjà plus tout à fait la même », ce qui est difficilement contestable, mais le risque d’explosion sociale n’a jamais été aussi élevé et il y a peut-être mieux à faire, pour l’éviter, que de parier uniquement sur l’efficacité des systèmes de vidéo-protection que vous semblez tant affectionner…

L. V.

Avenir des retraites : le débat s’invite à Carnoux…

16 mai 2010

La prochaine conférence du Cercle

Depuis bientôt 20 ans, les réformes des retraites se suivent à un rythme effréné, dégradant chaque fois davantage la situation des futurs retraités. On se souvient d’Edouard Balladur qui s’était attaqué en plein mois d’août 1993 à la retraite du régime général des salariés du secteur privé, en faisant passer de 37,5 à 40 le nombre d’annuités nécessaires pour une retraite à taux plein, calculée désormais non plus sur les 10 meilleurs années mais sur 25. On se souvient aussi de la réforme conduite en 2003 par François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, loi votée également au creux de l’été et qui allonge à 40 ans la durée de cotisation pour les fonctionnaires, tout en prévoyant de porter cette durée à 41 ans pour tout le monde d’ici 2012. Toutes ces réformes avaient pour objectif de rééquilibrer les comptes des régimes de retraites, pour lesquels les projections démographiques prévoyaient des déficits croissants du fait de l’allongement de la durée de vie.

C’est d’ailleurs toujours le même argument qui est mis en avant par le gouvernement actuel qui vient de lancer les discussions en vue d’une n-ième réforme, qui devrait être adoptée d’ici la rentrée prochaine et pour laquelle les concertations préliminaires sont d’ores et déjà engagées. Selon l’état des lieux présenté sur le site officiel du gouvernement, « il y a en France 16 millions de retraités, soit près d’un quart de la population. Les pensions qui leur sont versées représentent 279 milliards d’euros, soit plus de 14 % du PIB. Elles permettent d’assurer un montant moyen de pension de 1 400 € mensuels, en augmentation de 0,6 % en plus de l’inflation chaque année. En raison de la forte croissance du nombre de retraités (+ 280 000 par an depuis 2006), les régimes de retraite sont confrontés à des déficits importants. Ce déficit s’élève aujourd’hui à 32 milliards d’euros et on estime que si rien n’est fait, il ira en s’aggravant dans les années à venir (70 Mds € en 2030, 100 Mds € en 2050). Seule une réforme pourra rétablir l’équilibre financier de notre système de retraite et garantir sa pérennité ».

Présenté de cette manière, on comprend qu’il y a péril en la demeure et qu’il importe de rechercher au plus vite les solutions adéquates pour sauver notre système de retraite par répartition, élaboré au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui est basé sur la solidarité inter-générationnelle.

On pourrait toutefois s’interroger sur le type de solution proposée par le gouvernement, à savoir une nouvelle fois l’allongement de la durée de cotisation, recette déjà appliquée à plusieurs reprises par les gouvernements de droite, y compris en 2003 par les mêmes acteurs que ceux actuellement au pouvoir, et qui n’a manifestement pas amélioré la situation. Toutes les études, dont l’une réalisée en 2006 par la Caisse nationale d’assurance vieillesse à la demande du Conseil d’orientation des

Evolution age de la retraite

retraites, montrent en effet sans ambiguïté que l’âge moyen de départ à la retraite ne cesse de baisser en France. Il était de 60,9 ans en 2006 et la durée moyenne de cotisation des salariés qui liquident leur retraite est restée inférieure à 37 ans, malgré les différentes réformes successives. La réalité est donc bien loin des discours officiels pour la bonne raison que deux salariés du privé sur trois ne sont plus en activité au moment de prendre leur retraite : ils sont au chômage, en pré-retraite, en maladie ou en invalidité. Dans ces conditions, allonger la durée de retraite revient purement et simplement à baisser le niveau de retraite auquel les salariés pourront prétendre à l’avenir, pour cause d’annuités insuffisantes.

Le discours officiel met naturellement l’accent sur la nécessité de faciliter le maintien en activité des seniors, ce qui serait un corollaire naturel de l’allongement de la durée de vie moyenne. Mais ce discours se heurte à des réalités incontournables. Les méthodes de management en vigueur dans bon nombre d’entreprises se traduisent par l’éviction fréquente des salariés au-delà de 50 ans et le marché du travail est tel qu’il devient difficile de retrouver un travail au-delà de cet âge. La recrudescence actuelle du chômage, en particulier chez les jeunes qui ont beaucoup de mal à s’insérer de manière durable dans le monde du travail, fait qu’il devient complètement illusoire d’espérer, dans le contexte économique actuel, des carrières stables pour la majorité des salariés sur une durée de 41 ans ou davantage.

Par ailleurs, si certains cadres, professions libérales ou hauts fonctionnaires n’ont effectivement aucune difficulté à prolonger leur activité au-delà de 60 ans et y trouvent même une émulation intellectuelle salutaire, il ne faut pas perdre de vue que pour la grande majorité des salariés, prolonger la durée d’activité professionnelle se traduit inéluctablement par une baisse de l’espérance de vie : à partir de 60 ans, trois maladies sur cinq sont liées au travail et l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 63 ans pour les hommes (64 pour les femmes) et seulement 59 ans pour les ouvriers.

Dans ce contexte, il n’est peut-être pas inutile de prendre un peu de recul et d’écouter d’autres arguments que ceux avancés par le MEDEF et généreusement relayés par le gouvernement actuel et nombre de médias. Le sujet mérite sans doute mieux que le vote en catimini d’une nouvelle loi qui se traduira une fois de plus par une dégradation des conditions de vie des futurs retraités. Repousser encore la date de départ en retraite, est-ce bien une solution pertinente quand de toute façon la plupart des seniors ont bien du mal à conserver une activité professionnelle au-delà de 50 ans et à capitaliser les 162 trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein ? L’effet induit d’une telle réforme ne sera-t-il pas de baisser encore le niveau des retraites alors que plus d’un million de retraités français vivent d’ores et déjà sous le seuil de pauvreté et que 50 % d’entre eux touchent une pension inférieure à 1 000 € par mois ? Revenir sur la possibilité de départ en retraite à

60 ans, n’est-ce pas remettre en cause implicitement le seuil des 65 ans qui permet à chacun de bénéficier du taux plein, même en cas de carrière incomplète ? Pourquoi n’est-il question que d’allonger la durée de cotisation et jamais d’augmenter le niveau des cotisations ou de mettre à contribution d’autres sources de revenus, dont ceux du capital ?

D’ailleurs, est-il même vraiment nécessaire d’envisager une nouvelle réforme des retraites dans la mesure où les projections alarmistes du Conseil d’orientation des retraites ont été faites à PIB constant, ce qui est très loin de la réalité constatée au cours des années écoulées et laisse penser à une volonté de captation des richesses produites au détriment des retraités ?…

Gérard Filoche

Bref, autant de questions qui nous concernent directement à titre individuel et pour lesquelles un éclairage est nécessaire tant le sujet paraît complexe et le débat biaisé du fait des intérêts en jeu. C’est pour tenter d’y répondre que le Cercle progressiste carnussien a décidé d’organiser une nouvelle conférence-débat sur ce thème et a invité pour introduire la discussion un spécialiste de la question en la personne de Gérard Filoche, inspecteur du travail depuis 25 ans et auteur de nombreux ouvrages dont l’un écrit en collaboration avec Jean-Jacques Chauvigné et qui vient d’être publié sous le titre édifiant « Une vraie retraite à 60 ans c’est possible » (éd. Gawsewitch).

Alors venez nombreux le lundi 31 mai à 19h30 à la salle Tony Garnier pour mieux comprendre les enjeux de la réforme en cours et participer au débat…

L. V.

Le protectionnisme : un outil pour sauver la démocratie en France ?

18 janvier 2010

Emmanuel Todd

« Comment Nicolas Sarkozy a-t-il pu devenir président de la République ? Fébrile, narcissique, admirateur des riches et de l’Amérique bushiste, incompétent en économie comme en diplomatie, cet homme nous avait pourtant révélé, ministre de l’Intérieur, qu’il était incapable d’exercer la fonction de chef de l’État : ses provocations avaient alors réussi à mettre le feu aux banlieues dans l’ensemble du pays ». C’est par cette phrase, bien peu indulgente pour notre hyperprésident actuel et quelque peu provocatrice, que débute le livre d’Emmanuel Todd intitulé Après la démocratie (édition Gallimard, 2008). Mais l’auteur, historien, démographe et sociologue, ne s’y contente pas de critiquer, de manière parfois assez virulente et non dénuée d’humour, l’action du gouvernement actuel. La classe dirigeante dans son ensemble, politique, financière et médiatique, est sévèrement égratignée tout au long d’une analyse passionnante qui éclaire de manière très cohérente et argumentée les menaces qui pèsent sur la société française et qui pourraient à terme remettre en cause le principe même de la démocratie dans notre pays.

Bien évidemment il n’est pas facile de résumer en quelques lignes l’analyse que développe l’auteur dans

le livre d’Emmanuel Todd

cet ouvrage qui n’hésite pas à s’appuyer sur des considérations historiques, concernant la structure traditionnelle familiale dans les campagnes, voire le rapport au fait religieux, pour mieux expliquer certaines évolutions récentes de la vie politique française. Emmanuel Todd y démontre notamment de manière très claire comment Nicolas Sarkozy s’est fait élire en jouant sur les peurs sécuritaires et sur la provocation anti-jeunes, anti-émigrés et anti-musulmans, captant au passage les voix du Front National. Cette ethnicisation de la société française, voulue par le chef de l’État et dont l’actualité est dramatiquement confirmée par le débat sur l’identité nationale lancé depuis par Eric Besson, est analysée comme un bon moyen de détourner les français des difficultés économiques actuelles et futures.

Emmanuel Todd va même plus loin en évoquant à terme un risque éventuel de disparition du suffrage universel, dont il voit des prémices dans la volonté du pouvoir actuel de main mise sur la sphère médiatique ou de renforcement du pouvoir policier et répressif. Des précédents fâcheux comme le passage en force malgré le rejet par référendum du traité constitutionnel européen par les français en 2005 (et par les irlandais en 2008) montre que cette tendance à s’abstraire des processus démocratiques classiques ne s’observe pas seulement en France mais caractérise largement le fonctionnement des institutions européennes.

Parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur la société française actuelle, l’auteur insiste particulièrement sur la tendance générale à l’appauvrissement qui touche déjà les ouvriers et employés mais aussi de plus en plus les classes moyennes et supérieures, fortement éduquées, confrontés à une baisse inéluctable des revenus du fait de la globalisation économique et des délocalisations. La croissance chinoise qui s’appuie sur une main d’œuvre nombreuse, désormais globalement alphabétisée et acceptant de très faibles salaires, constitue une menace directe pour les économies des pays développés dans un contexte de libre-échange. Les revenus n’ont pas encore baissé pour les fonctionnaires et les retraités mais un tel mouvement est en train de s’amorcer (ceci alors que les plus de 65 ans constituent désormais 30 % de la population française et ont d’ailleurs largement contribué, par leur conservatisme, à faire élire Nicolas Sarkozy). Seule une minorité (de l’ordre de 1 % de la population), s’est considérablement enrichie au cours de la période récente, profitant à plein des mesures fiscales prises par la droite en faveur des classes aisées. Or, le niveau d’éducation des français n’a jamais été aussi élevé (même si cette progression tend à stagner) et on observe donc des frustrations grandissantes au sein de la société, en particulier parmi le tiers de la population qui a bénéficié d’une éducation supérieure et qui voit ses conditions se détériorer par rapport aux générations précédentes.

C’est sur ce point que l’essai d’Emmanuel Todd prend tout son intérêt en plaidant pour une proposition originale mais soigneusement argumentée qui consiste à introduire, au niveau européen, des mesures de nature protectionniste afin d’y créer un espace de régulation économique en se protégeant des importations et des délocalisations vers les pays à bas salaire. L’objectif d’une telle initiative (qui supposerait une action étroitement concertée entre la France et l’Allemagne) serait de créer les conditions d’une remontée des salaires dans l’espace européen et donc d’une hausse des revenus, impliquant elle-même une relance de la demande intérieure (mais aussi des importations) et une stabilisation du niveau de protection sociale.

le prix Nobel d’économie, Maurice Allais

Une telle approche exige cependant une évolution idéologique radicale de la part des élites intellectuelles européennes et notamment françaises, pour la plupart totalement inféodées au culte du libre-échange économique. De ce point de vue, Emmanuel Todd paraît aussi sévère pour nos dirigeants de droite que de gauche, pontant du doigt la dérive de personnalités pourtant socialistes comme Dominique Strauss-Kahn ou Pascal Lamy, pour qui sortir du dogme du libre échange semble une gageur impossible. Et pourtant, un tel discours rejoint très exactement celui que tient depuis des années, dans une totale indifférence générale, le seul français à avoir reçu le prix Nobel d’économie, Maurice Allais, âgé aujourd’hui de 98 ans. Spécialiste du risque des marchés, ce dernier avait largement annoncé la crise récente et dénonce la guerre économique mondiale actuelle qui « enrichit les multinationales et les milieux boursiers et bancaires » tout en appauvrissant la population. Pour lui également, une solution à la situation actuelle passerait par la mise en place d’un « protectionnisme raisonné et raisonnable » au sein d’espaces homogènes tels que l’Europe. Suite à sa « lettre aux français » publiée en décembre 2009 dans le journal Marianne, Maurice Allais a certes été décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur, mais les médias dominants se sont fait très discrets sur ses propositions, comme d’ailleurs sur celles d’Emmanuel Todd. Saura t-on les écouter avant qu’il ne soit trop tard ?

L. V.

Chiffres du chômage : miracle ou illusion ?

4 août 2009

StatistiqueChômageDepuis un an les plans sociaux se multiplient. L’actualité se nourrit du désespoir des salariés qui voient leur entreprise fermer et leur outil de travail disparaître. La baisse de l’activité économique se traduit directement par des fermetures d’usines, en particulier dans le secteur automobile, et les sous-traitants sont durement touchés par la baisse des commandes. Certaines grosses sociétés profitent d’ailleurs de ce climat morose pour faire passer en douce des plans de restructuration et des délocalisations.

Dans un tel contexte, nul ne s’étonne de voir les chiffres du chômage augmenter depuis maintenant 14 mois consécutifs. Et pourtant, un véritable miracle vient de se produire, annoncé à grands coups de trompettes par un gouvernement euphorique : le nombre de chômeurs inscrits en catégorie A, c’est-à-dire à la recherche d’un emploi et n’ayant pas travaillé dans le mois, a reculé de 0,7 % en juin 2009, soit 18 600 chômeurs inscrits en moins. Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’emploi, s’est félicité de cette « bonne surprise » tandis que Christine Lagarde, ministre de l’économie, attribuait à la politique gouvernementale tout le mérite de cette évolution favorable.

A y regarder de plus près, ces chiffres miraculeux sont certes à nuancer car dans le même temps le nombre total de chômeurs inscrits à Pôle emploi, en incluant les catégories B et C, qui exercent une activité à temps partiel tout en continuant à rechercher du travail, continue d’augmenter et concerne désormais 3,63 millions de personnes (voire 3,85 millions en intégrant l’Outre-mer), soit une augmentation de 27,5 % du nombre d’inscrits par rapport à juin 2008, ce qui n’est guère encourageant. Ces chiffres ne dévoilent d’ailleurs que la face visible de l’iceberg : restent les chômeurs cachés, en formation, en maladie ou en préretraite, « dispensés de rechercher un emploi », que les chiffres officiels ne prennent pas en compte et qui, selon certaines estimations (dont le baromètre établi par Marianne) permettent d’estimer à 4,38 millions le nombre total de chômeurs en France.

Comment cependant expliquer cette baisse inattendue du nombre de chômeurs inscrits au cours du mois de juin ? Malheureusement, la vérité oblige à dire que les satisfecit de Christine Lagarde sont tout à fait hors de propos et même particulièrement indécents en cette période de crise. En réalité, parmi les 457 600 personnes sorties des listes officielles en juin 2009, près de la moitié l’ont été non pas parce qu’elles ont retrouvé un emploi mais pour « cessation d’inscription pour défaut d’actualisation », autrement dit des chômeurs radiés des statistiques sous le prétexte que leur dossier n’est plus à jour. Ils n’ont pas retrouvé un emploi pour autant et sont donc toujours chômeurs mais ils n’apparaissent plus dans les statistiques officielles et le ministère de l’économie peut donc se féliciter que les chiffres du chômage baissent. On pourrait sourire de voir le gouvernement utiliser des ficelles aussi grosses pour illusionner les Français mais est-ce bien raisonnable, en ce temps de crise, de mettre en œuvre de tels subterfuges plutôt que de regarder la réalité en face et chercher de manière responsable de véritables solutions pour sortir de cette crise ?

L.V.