Des foyers de Covid dans les quartiers Nord de Marseille ?

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Tout compte fait, l’épidémie de Covid-19 aura fait beaucoup pour accroître de manière significative la notoriété mondiale de la ville de Marseille. Davantage sans doute que les croisières qui font escale à la Joliette ou que l’équipe de foot de l’OM, les deux piliers sur lesquels Jean-Claude Gaudin a bâti l’essentiel de sa stratégie de communication, c’est finalement au professeur Didier Raoult et à son art inimitable de mettre les pieds dans le plat en éclaboussant bien fort, que Marseille doit cette mise en lumière inattendue.

Les Birds, experts en confinement…

Le 3 avril dernier, le professeur désormais mondialement connu, se vantait dans un tweet d’autosatisfaction que, grâce aux efforts de l’IHU Méditerranée Infection qu’il a fondé et qu’il dirige, « depuis le début de l’épidémie, 2,5% des Marseillaises et Marseillais ont été dépistés. Ceci en fait la population la plus testée au Monde ». Une affirmation illustrée par de belles courbes montrant qu’avec 25 000 tests réalisés par million d’habitant, Marseille a fait trois fois mieux que l’Italie ou que la Corée pourtant souvent citée en exemple.

En réalité, comme l’a décortiqué Libération, la situation est un peu moins flatteuse, même si le cas de Marseille est effectivement très singulier par rapport aux autres ville françaises, du fait de cette stratégie mise en place par l’IHU de Marseille. Ayant décidé d’accepter de tester quasiment toute personne se présentant à ses portes, ce dernier avait réalisé à lui seul, au 27 mars 2020, un cinquième de tous les tests de dépistage du Covid effectués en France à cette date, ce qui constitue un bel exploit !

Personnes attendant de se faire dépister devant l’IHU Marseille le 23 mars 2020 (photo © Gérard Julien / AFP / Libération)

Le 3 avril, les chiffres annoncés étaient de 29 613 patients testés (pour un peu plus de 54 000 tests pratiqués car certains patients subissent plusieurs tests successifs dans le cadre du suivi de leur traitement) dont 20 987 Marseillais, d’où ce chiffre de 2,5 % communiqué par le professeur Raoult. Depuis cette date, la situation a un peu évolué et la proportion de population testée a nettement augmenté dans d’autres pays, en Italie en particulier qui avance à marche forcée.

Et certains esprits malveillants font même observer que les comparaisons de notre Panoramix local passent un peu vite sous silence l’exploit de petits pays comme le Luxembourg qui annonce avoir pratiqué près de 23 000 tests sur ses résidents dont le nombre n’est que de 626 000 habitants, ce qui représente effectivement un taux de dépistage très supérieur à celui de Marseille. Le nombre de cas positifs détectés serait d’ailleurs assez comparable avec un chiffre de 3115 annoncé au Luxembourg et de 3846 à Marseille si l’on en croit un article de La Provence, lequel fait état de 26 morts seulement à Marseille contre 52 au Luxembourg.

Une tente de dépistage à la Timone, où un marin-pompier accueille une habitante, le 2 avril 2020 (photo © Giacomo Italiano / MAXPPP / France TV Info)

D’autres pays ont même été encore plus loin, à l’instar de l’Islande qui annonce un taux record de 85 000 tests par million d’habitant avec 1616 cas positifs détectés et seulement 6 morts à ce jour, mais pour une population totale qui n’est que de 364 000 habitants, soit moins de la moitié de la cité phocéenne. Et l’on ne parle même pas des Îles Féroé, un territoire autonome du Danemark, grand massacreur de dauphins à ses heures, mais champion mondial du dépistage du Covid-19, se vantant fin mars 2020 d’avoir testé 10 % de sa population (de 52 000 habitants, faut-il le préciser ?) avec 196 cas positifs seulement.

Toujours est-il que l’exploit médiatique du professeur Raoult a fait des envieux et que chaque élu marseillais a voulu ouvrir son propre centre local de dépistage, histoire de rassurer ses concitoyens en attendant la fin du processus électoral toujours en cours. Selon Gomet, le 3 avril 2020, Yves Moraine, le maire LR des 6e et 8e arrondissement annonçait ainsi l’ouverture d’un autre centre de dépistage dans les locaux de la Villa Bagatelle, suivi quelques jours plus tard par sa collègue LR Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements, qui ouvrait un autre centre de dépistage dans les locaux du Centre municipal d’animation.

Centre de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé le 16 avril 2020 (photo © Gilles Bader / MaxPPP / France 3 Regions)

L’opposition RN ne pouvant rester inactive, le sénateur Stéphane Ravier annonçait alors, le 13 avril l’ouverture d’un nouveau local de dépistage dans son fief des 13e et 14e arrondissements, talonné par son challenger LREM, le député Saïd Ahamada, qui informait les Marseillais de l’ouverture, à partir du 16 avril, d’un centre de dépistage à l’Espace santé situé boulevard du Capitaine Gèze, dans les quartiers nord de Marseille, à quelques pas du marché aux puces, sous une tente gonflable prêtée par la Ville de Marseille et gérée par une équipe du Bataillon des marins Pompiers. De son côté, La Provence annonçait le 15 avril l’ouverture d’un autre centre de dépistage constitué de deux tentes dressées sur la parking de la Maison régionale de Santé dans le 13e arrondissement, à Malpassé, géré par Médecins sans frontières, l’hôpital Nord et des associations locales.

Annie Levy-Mozziconacci (source © PS Marseille)

Une initiative louable puisque ces différents centres de dépistage délocalisés au cœur des quartiers défavorisés de la Ville, et auquel les habitants peuvent se rendre sans ordonnance ont rapidement mis en évidence l’existence de nombreux foyers épidémiques, ce qui n’a rien d’étonnant dans des familles dont les conditions de logement facilitent la promiscuité. Une situation dénoncée notamment par la conseillère municipale socialiste, Annie Levy-Mozziconacci, candidate sur la liste de Stéphane Barles mais aussi médecin à l’hôpital Nord de Marseille et impliquée dans le dispositif de dépistage Nord-Covid installé à Malpassé. Ses cris d’alarme ont été largement relayés dans la presse début mai. Elle suggère de créer des lieux d’hébergement spécifiques pour permettre de confiner en dehors de leur milieu familial les personnes malades dont les conditions de vie habituelles ne peuvent que favoriser la propagation du virus à leur entourage. Une proposition qui bénéficie de l’appui de l’Agence Régionale de Santé mais qui ne semble pas encore avoir permis de convaincre les services préfectoraux de débloquer les budgets et surtout les autorisations administratives en vue d’une telle organisation. La Préfecture annonce attendre pour cela les instructions nationales qui devraient s’inscrire dans le plan de déconfinement en cours de finalisation. Simple affaire de patience donc…

L. V.  

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