Le raisonnement biaisé de Macron sur l’ISF…

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Ainsi, aujourd’hui (24 janvier 2019), Emmanuel Macron se serait invité pour aller échanger avec de simples citoyens à Bourg-de-Péage dans la Drôme et aurait défendu la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. J’ai visionné la vidéo.

Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage, le 24 janvier 2019 (photo © Albert Facelly / Libération)

Son raisonnement est le suivant (je cite, avec les raccourcis oratoires réels) :

  • Pour créer de l’activité il faut deux choses : de l’investissement et du travail

  • S’il n’y a pas d’investisseurs, on ne peut créer de l’emploi. Or la première des inégalités est le chômage

  • Pourquoi, depuis des décennies n’a-t-on pas avancé sur le chômage ? Parce qu’on a moins investi que les autres pays

  • Il faut donc des gens qui investissent dans ces entreprises

  • Or notre système de fiscalité fait que beaucoup de gens qui ont réussi sont partis investir ailleurs parce que notre système n’était plus incitatif

  • Donc nous avons pris l’impôt sur la fortune et on a dit : « les gens qui gardent cette fortune pour eux-mêmes dans l’immobilier, on continue à les taxer ; mais ceux qui réinvestissent dans l’économie, je les exonère »

  • Je regarde les autres pays. Ils ont beaucoup mieux réussi que nous et ils n’ont pas l’ISF !

  • Et chez nous, il y a deux ans, quand il y avait encore l’ISF, est-ce qu’on vivait mieux, est-ce qu’il y avait moins de SDF ? Non.

  • Ai-je fait des cadeaux aux riches ? Non, c’est pas vrai. S’ils réinvestissent dans l’économie, OK. S’ils s’achètent une villa, on continue de taxer.

Emmanuel Macron le 24 janvier 2019, en prédicateur hypnotiseur (photo © AFP)

Macron est un bonimenteur. Pour ceux qui connaissent les États-Unis, on peut le comparer à ces prédicateurs évangéliques qui squattent les télés avec brio devant des foules béates pour vendre du vent. Car il faut vraiment avoir fait une thèse en logique hellénique pour en discerner le vice.

Oui, il y a une certaine malhonnêteté intellectuelle dans le raisonnement. Nous souhaitons tous que l’économie soit irriguée par des investissements, régulés certes, mais des investissements. Nous souhaitons tous que la spéculation soit combattue. Mais en quoi les investissements exonérés de l’ISF vont-ils dans l’économie réelle ? Et en quoi, par sa politique, Macron lutte-il contre la spéculation ?

Un simple fait contredit Macron : si, rêvons un peu, vous touchez par miracle au Loto 10 millions d’euros, que faites-vous ? Vous n’allez pas investir vous-même ce qui vous restera après les cadeaux familiaux ou caritatifs. Investir, c’est un métier, une affaire de spécialistes. Donc vous vous adresserez à un cabinet de placements. Il suffit de lire des journaux comme Les Échos ou Investir pour savoir qu’on ne vous proposera pas d’investir dans l’économie réelle (industrie, agriculture, innovation, …) mais dans la dette souveraine. Pour valoriser votre argent (sans risque) vous prêterez aux États puisque les Banques Centrales ont interdiction de le faire. Et cela vous rapportera bien plus !

Donc, quand Macron affirme que l’exonération de l’ISF irrigue notre économie, il s’agit, bien évidemment, d’une supercherie. S’il avait vraiment voulu que ces milliards libérés s’investissent pour l’activité économique nationale, il aurait fallu l’imposer en contrepartie. Sans contrepartie, les capitaux vont au plus offrant, au plus rentable, c’est-à-dire au marché spéculatif international. Hollande avait déjà en 2012 octroyé 20 milliards d’euros par an au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) qui n’a ni créé d’activités, ni réduit le chômage.

Pierre Gattaz et son fameux pin’s en 2014 (photo © AFP)

On se souvient tous de Pierre Gattaz, le président du MEDEF, qui, le cœur sur la main (ou plutôt le pin’s que le cœur), annonçait, si la mesure était votée, la création d’un million d’emplois… En 5 ans, le dispositif en aura créé moins de 80 000. Envolés, les milliards de crédits ! Mais pas envolés pour tout le monde : Pierre Gattaz, le promoteur de ces cadeaux auprès de la classe politique, a vu, par exemple, les impôts de son entreprise (Radiall) diminuer de 876 000 euros grâce à cette mesure sans créer le moindre emploi, somme entièrement reversée à la famille Gattaz sous forme de dividendes.

C’est la poursuite ce processus auquel est si attaché Emmanuel Macron. La suppression de l’ISF n’apporte rien à l’économie, tout simplement parce qu’aucun engagement de réinvestissement n’est demandé à ses bénéficiaires. Qu’on le tourne comme on veut, il s’agit bien d’un retour d’ascenseur, d’un cadeau aux riches de la part du Président des riches.

Alors, il peut avoir le don de la prédication et hypnotiser ses auditeurs, le raisonnement présidentiel est totalement biaisé. Pour favoriser les investissements, il faut le vouloir. Il faut lutter contre l’évasion fiscale, légiférer contre l’optimisation fiscale et n’alléger les impôts qu’en contrepartie d’investissements réels.

J. Boulesteix

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Une Réponse to “Le raisonnement biaisé de Macron sur l’ISF…”

  1. ISF : une proposition de Jacques Boulesteix | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] positions divergentes et pourrait même offrir au Président de la République, embourbé dans une position idéologique intenable, une porte de sortie vers le haut, qui […]

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