Quels enjeux pour l’Europe ?

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Le siège du Parlement européen à Strasbourg (source © archives Dernières nouvelles d’Alsace)

Les citoyens de l’Europe doivent renouveler son Parlement en 2019 dans un climat de défiance envers son fonctionnement comme celui des autres institutions européennes (Conseil et Commission).

Les reproches à leurs égards sont nombreux et parfois justifiés : affaiblissement de la souveraineté nationale, technocratie, pas de prise en compte des aspirations des peuples, des états qui adoptent des règles du jeu communes mais ne les appliquent pas avec cohérence ou qui ne font que privilégier leurs intérêts nationaux.

Faut-il pour autant se désintéresser du prochain scrutin et de ses enjeux pourtant cruciaux ? Les abstentionnistes seront-ils encore majoritaires (56,85 % en France en 2014) ? Pour quelles raisons : le désintérêt, le manque d’informations ?

Il est vrai que les principaux médias (télévisuels essentiellement) n’abordent les sujets européens que lorsque survient une crise majeure, laissant un sentiment d’incapacité à la résoudre et d’une vision d’avenir incertaine.

Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler le fonctionnement des institutions européennes et notamment du Parlement ?

Le Parlement européen, qui représente les citoyens de l’Union européenne, est élu directement par le peuple depuis 1979. Il correspond, avec le Conseil des ministres, à la branche législative des institutions européennes. Il a son siège en France, à Strasbourg : c’est là que se tiennent les 12 périodes annuelles de session, dont la session budgétaire de l’assemblée. En revanche, les commissions parlementaires et certaines séances plénières additionnelles se déroulent à Bruxelles, tandis que le secrétariat général du Parlement est installé à Luxembourg.

Le Parlement européen participe à l’élaboration des directives et des règlements. Il peut modifier ou bloquer la législation quand elle relève des procédures de la codécision. Enfin, le Parlement vote le budget de l’UE.

Les eurodéputés en séance au parlement (photo © Maurix via Getty Images / Le Huffington Post)

À présent, le Parlement compte 751 sièges, nombre maximum autorisé par les traités de l’UE. Sous ces nouvelles règles, 27 des 73 sièges du Royaume-Uni seront redistribués à d’autres pays et les 46 sièges restants seront gardés en réserve en cas d’élargissement de l’UE. Le nombre de députés à élire en 2019 s’élèvera donc à 705.

En 2019 le scrutin se fera par listes nationales, alors que le précédent était par listes régionales. Une fois de plus la tentation sera grande pour les électeurs de manifester leurs désaccords avec les orientations actuelles de la politique européenne. Certains envisagent déjà de considérer ce scrutin comme un référendum national pour ou contre leur chef d’état ou de gouvernement qui ont, certes, une part de responsabilité dans les processus de décision (ou d’immobilisme) au sein du Conseil et de la Commission, mais cela ne changera rien dans un premier temps, à leur présence au sein de celles-ci.

Il est intéressant de rappeler la composition de l’actuelle assemblée qui est constituée de coalitions politiques, la majoritaire étant le PPE (Parti populaire européen) regroupant les partis de droite et centre droit avec l’appui occasionnel de l’extrême droite lors de certains votes.

L’Europe souvent en pointe sur l’environnement, mais pas toujours… Un dessin signé Mykolas publié dans Blagues et dessins

De même certains voudraient orienter l’enjeu de ces élections vers des choix réducteurs, voire simplistes entre progressistes et populistes : encore faudrait-il définir ces termes qui ne sont pas aussi clivant que l’on pourrait le penser.

Etre progressiste signifie-il être inspiré par l’esprit des « Lumières » tel que défini au XVIIIème siècle et qui a orienté nos sociétés vers l’établissement d’un régime démocratique, de progrès économique, de justice sociale, d’un universalisme empreint de paix ? Ou bien être partisan, uniquement, d’un libéralisme économique s’autorégulant au gré de soubresauts et de crises conjoncturelles, déstructurant les états et sociétés au détriment des plus faibles ?

Etre populiste est-ce que cela renvoie à une conception de la démocratie plus exigeante où le plus grand nombre est capable de juger des affaires publiques et se trouve ainsi responsabilisé ? Ou est-ce l’orientation de mécontentements, même justifiés, d’aspirations légitimes des peuples, chargés de colère et parfois de haine, pour récolter des fruits politiques et attirer des électeurs?

Un dessin signé Mix & Remix (source © Cartooning for peace / Pôle muséal de Mons)

Ce scrutin serait-il aussi un choix entre partisans et opposants de l’immigration?

Ce thème est venu, dans le contexte que l’on connaît, introduire des points de discordes supplémentaires dans les dossiers sensibles à traiter par l’Union européenne. Certes, les responsables politiques de l’Europe doivent s’emparer de ce dossier, mais c’est en élaborant des solutions avec une stratégie commune et pérenne pour les 30 ou 50 ans à venir, à l’échelle internationale, que l’on pourra aboutir car ce sujet va prendre une ampleur encore plus grande dans l’avenir.

Ce scrutin doit être replacé dans un contexte mondial particulier. L’enjeu principal est bien là : quelle place l’Europe peut-elle occuper, veut-elle occuper dans ce nouveau « désordre mondial » ? Un désordre voulu par l’actuel président des États-Unis qui souhaite bannir le multilatéralisme, n’avoir face à lui que des pays divisés et affaiblis avec lesquels il peut passer des « deals » (accords) tout à son avantage. Il a bien compris que l’Europe est, et pourrait s’imposer encore plus sur la scène mondiale. Elle est la seconde démocratie (par le nombre d’habitants) au monde (après l’Inde), la seconde puissance économique (22 % du PIB mondial) derrière les États-Unis.

Un dessin signé Kichka en 2009 (source © Cartooning for peace)

Il encourage nos divisions en se félicitant du choix de la Grande-Bretagne de quitter l’Union européenne et flatte les leaders nationalistes prompts à remettre en cause les idéaux (et principes constitutionnels) fondateurs de l’Union. Il est paradoxal et pas inutile de rappeler que ce sont les USA qui ont favorisé l’émergence d’une union entre les pays de l’Europe de l’ouest à l’issue de la seconde guerre mondiale, car, lassés d’avoir eu à intervenir deux fois en 25 ans pour sauver les démocraties européennes, ils souhaitaient voir s’établir dans cette zone une paix définitive et trouver des alliés dans un climat de « guerre froide » .

Une autre puissance ne souhaite peut-être pas voir une Europe diplomatiquement soudée (encore à fonder), assurer un « leadership » (rôle dominant) dans cette partie du continent et peser sur les décisions stratégiques à prendre au niveau mondial. C’est la Fédération de Russie qui a une position ambiguë envers les anciens pays satellites de l’ex URSS ayant intégré l’Union Européenne. Elle inspire à la fois de la crainte à certains tandis qu’elle conforte d’autres dirigeants qui, sous prétexte de flatter l’orgueil national, ne font qu’appliquer des méthodes de gouvernance héritées de l’ancien régime totalitaire voisin, à savoir :  pluralisme démocratique à minima, justice aux ordres, presse muselée, et ceci en contradiction avec les règles de l’UE. D’ailleurs celle-ci a, pour la première fois depuis sa création, voté des sanctions prévues à cette fin contre la Hongrie, le fameux article 7 qui sanctionne des « viols caractérisés des règles de l’UE ».

Il ne faut pas oublier non plus la Chine et sa puissance financière qui rachète avec détermination dans son intérêt, et sans réciprocité, des pans entiers d’infrastructures stratégiques de pays de l’Union qui ont subi des dommages économiques importants suite à la crise de 2007, obligés de vendre leurs « bijoux de famille » pour faire face à leurs dettes.

Un dessin signé Ixène publié dans Famille chrétienne

Alors oui pour les europhiles qui sont nombreux ou pour convaincre les plus sceptiques qui souhaitent, les uns comme les autres, une nouvelle orientation de la politique européenne, il est nécessaire de définir le véritable enjeu comme le propose Jean Dominique Guiliani dans La Lettre de la Fondation Robert Schuman : « Le véritable enjeu des élections européennes de 2019 devrait plutôt porter sur la place et le rôle de l’Europe sur la scène internationale. Doit-elle être plus autonome, plus présente, mieux armée, pour défendre et promouvoir son modèle de liberté, de prospérité et de solidarités ? Ou doit-elle, comme beaucoup, faire fi de toutes ses convictions, pour plonger comme tant d’autres dans le cynisme du repli et du simple rapport de force ? Doit-elle s’arc-bouter sur ses conceptions d’une organisation politique bâtie pour la personne humaine, son épanouissement dans les libertés, la culture, la protection de l’environnement et la solidarité ? Ou doit-elle préférer les disciplines collectives au nom d’idéologies irrespectueuses des droits individuels et collectifs au profit d’un mercantilisme le plus absolu ? ».

 CM

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Une Réponse to “Quels enjeux pour l’Europe ?”

  1. L’Europe est-elle mal partie ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] dans la béatitude, voire la naïveté et sans tenir compte de la réalité concrète. Les élections européennes de mai 2019 ne se dérouleront pas du tout dans le même contexte que celles de […]

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