Les punaises de lit, un nouveau fléau ?

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Une punaise de lit, Cimex lectularius

Très répandues en Europe avant la seconde guerre mondiale, les punaises de lit avaient fini par quasiment disparaître de notre paysage quotidien dans les années 1950, chassées par l’usage à grande échelle de puissants insecticides dont le fameux DDT qui a fait tant de ravages sur notre environnement. Mais elles ont fait un retour en force depuis les années 1990, grâce à leur capacité d’adaptation aux insecticides et surtout du fait de la multiplication des déplacements à travers le monde…

La manière la plus fréquente de voir son appartement infesté par ces insectes hématophages rampants, qui piquent les gens lorsqu’ils sont immobiles, généralement la nuit pendant leur sommeil, est en effet de les rapporter dans sa valise, bien cachés dans les replis de son linge. De jour, ces animaux sont très discrets et vivent cachés souvent dans les sommiers ou les matelas, les lattes de plancher, les fissures du mur et derrière les plinthes, à l’abri de la lumière et pas trop éloignés de leur proie. Ils sortent principalement la nuit et choisissent de piquer en priorité les personnes dont la peau est fine et dont le sang leur convient, ce qui explique que plusieurs personnes dormant dans le même lit ne seront pas touchées de la même manière…

Cimex lectularius, de son petit nom, est pourtant bien visible à l’œil nu. Le corps de l’adulte est ovale et aplati, de couleur brune, un peu comme un pépin de pomme de 4 à 5 mm de longueur. Mais on le voit rarement et on le repère plutôt à ses traces que sont les points noirs de ses déjections et les petites traces de sang séché laissées sur le matelas, ainsi bien sûr qu’aux boutons rouges et aux démangeaisons qu’il laisse sur la peau de ses victimes…

Pour autant, la punaise de lit n’est pas dangereuse et ne transmet pas de maladie connue à l’homme. Le seul désagrément qu’elle cause vient des démangeaisons provoquées par ses morsures car, comme la plupart des insectes suceurs de sang, elle injecte en piquant un peu de salive anticoagulante pour fluidifier le sang dont elle se nourrit, ce qui provoque chez la majorité des personnes des réactions urticantes, parfois plusieurs jours après la morsure. Rien de bien grave en réalité, mais de quoi pourrir la vie de ceux qui vivent dans un appartement infesté au point de souffrir de burn-out parce qu’ils appréhendent de s’endormir de crainte de nouvelles piqures nocturnes !

Mobilier infecté de punaises de lit dans les rues de la Belle de Mai (photo © Sarah Nedjar / Radio France)

Or, les invasions de punaises de lit deviennent de plus en plus fréquentes. A Toulon ou à Marseille, des quartiers entiers en sont envahis et on retrouve régulièrement sur les trottoirs les matelas usagers de ceux qui, ne sachant plus comment se débarrasser de ces insectes, finissent par jeter leur literie entière, ce qui contribue d’ailleurs à la propagation de ces animaux vers les immeubles voisins… Début 2018, la presse se faisait ainsi l’écho de l’exaspération des habitants de la Belle de Mai où de nombreux appartements sont envahis de ces insectes hématophages, tandis que France 3 relatait les déboires du service des urgences à l’hôpital de la Timone où cet été un tiers des chambres ont dû être momentanément fermées le temps de les désinfecter contre une invasion de punaises de lits. Même le cinéma Pathé Liberté à Toulon a dû fermer début septembre, selon France Bleu, par suite d’une invasion de punaises de lits confortablement installées dans les fauteuils de la salle !

C’est en effet une des caractéristiques de ces insectes qui recherchent avant tout la présence de l’homme et qui sont susceptibles de se développer partout, dans les hôtels 4 étoiles comme dans les taudis les plus insalubres, pourvu qu’ils y trouvent des humains à leur goût (qu’ils repèrent grâce à notre chaleur corporelle et nos émissions de CO2) et de quoi se nicher confortablement.

Cycle de vie de la punaise de lit

Pour peu que la pièce soit bien chauffée, la punaise de lit verra son cycle encore accéléré : il lui faut en effet 5 semaines en moyenne pour devenir adulte et commencer à pondre ses œufs (à raison de 3 à 8 par jour) à température ambiante de 20 °C. Mais à 30 °C, il lui suffirait de seulement 3 semaines pour atteindre un tel stade de développement ! Sachant que la durée de vie d’une punaise est généralement de 9 mois, ce sont en moyenne de l’ordre de 500 œufs qu’une femelle peut pondre au cours de son existence, de quoi entretenir largement une colonie bien installée au sein de votre matelas confortable, chaque adulte se contentant d’un repas par semaine en moyenne…

Face à un tel fléau et pour sauvegarder la qualité de leurs nuits, les hommes ont imaginé bien des stratagèmes pour se débarrasser des punaises de lits. A écouter les spécialistes tels que Pascal Delaunay, entomologiste médical et parasitologue au CHU de Nice, interviewé par Futura Sciences, ou certains professionnels de la désinsectisation qui diffusent un guide pour se débarrasser des punaises de lit, la tâche n’est pas aisée…

Piège naturel à punaises de lit, à base de poudre de diatomite

La priorité est d’abord de bien identifier les insectes à l’origine de nos maux et ensuite d’évaluer l’ampleur des dégâts par une inspection soignée des zones à risque. Des pièges mécaniques simples sous forme de scotch à double face collé sur les pieds du lit ou à base de diatomite peuvent être utiles pour une telle inspection. Des techniques de pièges plus élaborés ont aussi été développés par des chercheurs canadiens de l’université Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Après 10 ans d’études et l’examen minutieux de plus de 10 000 punaises de lit consciencieusement nourries par une des membres de l’équipe, piquée environ 180 000 fois pour la bonne cause, ils ont identifié trois phéromones principales qui permettent d’attirer les punaises de lits (bedbugs en anglais) et ainsi d’évaluer l’importance de l’infection (mais sans détruire les œufs ni les adultes qui digèrent tranquillement leur dernier repas, bien à l’abri, pendant 10 jours et parfois bien davantage).

En cas d’invasion avérée, la lutte mécanique reste fortement conseillée pour éliminer le maximum du stock à coups d’aspirateur, de nettoyage à la vapeur, de lavage à plus de 60 °C, voire de congélation à -20 °C au minimum, tout en veillant à ce que ce grand nettoyage ne se traduise pas par une simple dispersion de la colonie et son implantation dans les autres pièces de la maison ou chez les voisins…

Au-delà, la désinfection par des sociétés spécialisées, à l’aide d’insecticides spécifiques qui ne sont pas en vente libre dans le commerce, est souvent une étape coûteuse mais indispensable. Deux passages à 15 jours d’intervalles sont d’ailleurs généralement nécessaires pour achever les larves écloses entre temps car les œufs sont globalement très résistants à tous ces traitements…

Emeline Lemarié, étudiante chercheuse au sein du projet Breaking Bugs à l’Université Aix-Marseille (photo © Jérémie Hessas / France 3 Provence-Alpes)

Une autre voie de traitement pourrait néanmoins émerger, fruit des recherches d’une équipe marseillaise composée de jeunes biologistes, bio-informaticiens et spécialistes en biologie génomique. Leur projet, baptisé du vocable typiquement provençal Breaking bugs (clin d’œil au titre d’une série américaine, bien entendu), consiste en un piège à base de phéromones qui attire les punaises et les met en contact avec un champignon pathogène, Beauveria Bassania, lequel pénètre à l’intérieur du corps de la punaise pour la faire lentement dépérir. La mort n’étant pas instantanée, la punaise infestée quitte librement le piège et infecte à son tour les autres membres de la colonie, de telle sorte que celle-ci finit par disparaître après plusieurs semaines.

Une approche ingénieuse donc, que les étudiants marseillais s’apprêtent à présenter en octobre prochain à Boston, dans le cadre de l’IGEM (International genetically engineered machine) dans l’espoir qu’elle leur vaudra, sinon une reconnaissance mondiale, du moins une audience suffisante pour assurer une large diffusion de leur invention. Les punaises de lit ont du souci à se faire…

L. V. 

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Une Réponse to “Les punaises de lit, un nouveau fléau ?”

  1. Des punaises de livres à l’Alcazar… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] combat à l’Alcazar où les équipes municipales spécialisées s’activent pour éradiquer ce fléau qui pullule dans certains quartiers du centre-ville de Marseille et dont il est si difficile de se […]

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