Les cars Macron roulent encore à perte…

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Voilà une réforme qui porte le nom de l’actuel chef de l’État, du temps où il n’était encore que ministre de l’économie de François Hollande : c’est bien Emmanuel Macron en effet qui, en 2015, a lancé en France le système de transport librement autorisé par autocars, rendant possible la mise en place d’un système alternatif de transport interurbain dans un pays où le réseau ferroviaire reste encore très largement structuré en étoile centrée sur la capitale.

Emmanuel Macron sortant d’un car Isilines le 31 juillet 2015 (photo © Miguel Medina / AFP)

A l’époque, le fringant ministre de l’économie prévoyait la création de 22 000 emplois grâce à cette nouvelle ouverture à la concurrence. Trois ans plus tard, on est loin du compte puisque ce sont environ 2400 postes qui ont été effectivement créés dans les trois principales compagnies qui se partagent l’essentiel du marché : Ouibus, filiale de la SNCF qui a assuré en 2017, selon Les Echos, 49 % des départs mais transporté seulement un tiers des passagers, Flixbus, filiale de Transdev adossé au groupe Caisse des Dépôts qui s’est positionnée sur 34 % des liaisons effectuées mais avec près de 50 % du flux de passagers, et Isilines-Eurolines qui s’est contenté d’environ 14 % des départs pour un peu plus de 20 % du trafic passagers.

Un dessin signé Deligne

Trois compagnies qui continuent à se mener une féroce guerre des prix et qui toutes sont très largement déficitaires, là où en Allemagne Flixbus dispose désormais d’un véritable monopole de fait, ce qui lui permet d’engranger de plus confortables bénéfices. En 2016, selon Le Monde, Ouibus avait frappé les esprits en annonçant en fin d’année un déficit record de 45 millions d’euros, sensiblement équivalent à son chiffre d’affaire. Fin 2017, le chiffre d’affaire global du secteur était évalué à 180 millions d’euros mais le déficit cumulé des trois principaux acteurs s’élevait encore à la somme colossale de 60 millions d’euros.

Cala n’empêche pas l’ARAFER (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières en France), de se montrer plutôt optimiste dans son dernier rapport annuel sur le marché du transport par autocar publié début juillet 2018. Certes, les bénéfices sont loin d’être au rendez-vous comme le montre ce graphique réalisé par Alternatives économiques sur la base des chiffres de ce rapport, et il faudra sans doute attendre au moins 2019 pour se rapprocher enfin de l’hypothétique zone de rentabilité tant convoitée…

Une profitabilité qui s’améliore peu à peu mais qui reste loin de la rentabilité (infographie © Alternatives économiques)

Mais en tout cas, la progression est indéniable et la profitabilité s’améliore peu à peu ! Côté demande, il est incontestable que le nombre de voyageurs s’accroit avec environ 7,1 millions de voyageurs transportés en 2017 et une progression du flux de près de 30 % au cours du premier trimestre 2018.

Quant à l’offre, elle s’améliore et colle de mieux en mieux à la demande même si le taux de remplissage des cars laisse encore parfois à désirer, surtout chez Ouibus qui avait opté d’emblée pour de grands formats. En 2017, toujours selon le rapport de l’ARAFER, le réseau s’est densifié avec 67 villes desservies et 419 liaisons de plus qu’en 2016 : ce sont désormais 303 villes qui sont reliées par autocars et 1666 liaisons qui sont proposées aux voyageurs, avec 707 départs quotidiens.

Autocar Ouibus (photo © Claude Prigent / Le Télégramme de Morlaix)

On ne peut donc pas dire que les autocars Macron ne répondent pas à un besoin, d’autant que 17 % des voyageurs interrogés affirment qu’ils n’auraient pas fait leur déplacement en l’absence de ce moyen de transport, faute d’alternative compétitive. Le prix du trajet est bien évidemment l’argument principal qui joue en faveur des cars Macron, car la rapidité n’est pas vraiment au rendez-vous.

Pour rallier Marseille à Paris, il faut compter une douzaine d’heures, là où le TGV n’a besoin que d’un peu plus de 3 heures pour peu qu’il soit direct. Parti vers 18 h de la gare routière à Saint-Charles, le car fait de longs détours pour ses deux premiers arrêts à Aix-en-Provence puis à Avignon afin de charger des passagers, puis il fait une longue pause sur une aire d’autoroute avant de s’arrêter de nouveau à Lyon, histoire de changer de chauffeur et charger de nouveaux passagers, et ce n’est pas fini puisque les pauses s’enchaînent toutes les deux heures avant l’arrivée sur Paris au petit matin, où l’on s’extrait fourbu d’un siège qui n’a rien de confortable.

Mais le prix reste imbattable, même si les tarifs augmentent progressivement pour tenter d’atteindre la fameuse zone de rentabilité : 15 à 25 € sur ce trajet Marseille-Paris quand le billet TGV est à 116 € en plein tarif et rarement à moins de 50 € à moins de l’acheter 3 mois à l’avance sans possibilité de modification. Les chiffres de l’ARAFER font d’ailleurs état d’un coût moyen de 15,90 € pour un trajet de 325 km en moyenne également, ce qui est ultra compétitif par rapport à d’autres systèmes de transport.

Selon des propos d’Hugo Roncal, directeur général d’Isilines, rapportés dans Le Parisien, « L’autocar est 30 % moins cher que le covoiturage, quatre à cinq fois moins élevé que le TGV et deux fois moins que les trains Intercités ». On trouve de fait, pour un trajet Paris-Lille acheté en dernière minute avec un départ un vendredi en fin d’après-midi, des billets à 5 euros pour effectuer le trajet en autocar, alors que le déplacement via BlaBlaCar, le leader du covoiturage, revient au minimum à 15 euros, et à plus de 50 euros en TGV. Des arguments plus que convaincants en période de crise et du fait de la saturation chronique de certaines lignes du réseau ferré à grande vitesse les jours de grands départs.

Un autocar de la compagnie Flixbus (photo © Olivier Boitet / Le Parisien)

Du coup et malgré les pertes abyssales accumulées jusque-là par ce secteur, les trois opérateurs commencent à entrevoir des jours meilleurs. Le taux de remplissage, bien qu’il plafonne encore autour de 50 % pour l’année 2017, est en hausse par rapport aux 36 % observés en 2016 et la croissance devrait se faire sans augmentation excessive des prix au vu de ce qu’il se passe en Allemagne où les tarifs sont supérieurs de 5 % seulement malgré la position monopolistique de Flixbus. On n’a donc pas fini de voir sur nos routes les cars aux couleurs flashy rouges, verts, bleus et roses…

L. V. 

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Une Réponse to “Les cars Macron roulent encore à perte…”

  1. Trains en retard : record battu par la SNCF en 2018 ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] Toujours est-il que l’année 2018 a connu une baisse significative du flux de voyageurs dans le trafic ferroviaire, ce qui est assez inédit et ne va guère dans le sens d’un report accru des déplacements vers les transports en commun les moins polluants ! Cette baisse du trafic a atteint 3 % pour le TGV et est peu significative pour les TER mais elle a été de 23,6 % pour les liaisons intercités, sans doute au bénéfice de la voiture et des cars Macron… […]

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