Le « Manta », un géant des mers contre la pollution

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Yves Bourgnon, un navigateur célèbre, a présenté le 9 avril 2018 à Paris la maquette de son prochain voilier le « Manta », dont le profil est inspiré de celui des raies mantas qui se nourrissent en filtrant l’eau de mer, et ingèrent de grandes quantités de zooplancton sous la forme de crevettes, krill et crabes planctoniques.

Le skipper franco-suisse Yvan Bourgnon présente la maquette du Manta (photo © Stéphane Vernay / Ouest France)

Tout en poursuivant sa carrière de skipper et de navigateur de l’extrême, Yvan Bourgnon a créé l’association « The Sea Cleaners » en septembre 2016 pour une nouvelle aventure écologique qui fait suite à son amer constat que, depuis quelques années, la pollution des eaux par les déchets plastiques est de plus en plus forte.

Le projet révolutionnaire consiste à construire un navire inédit, à la pointe de l’innovation, le Manta, collecteur de déchets plastiques en mer. Après un an et demi d’études de faisabilité et de recherches de financements, le navigateur-aventurier franco-suisse passe à l’étape supérieure en nous dévoilant une maquette de la version finale du navire !

Le voilier Manta (source © The SeaCleaners)

Depuis le succès de la campagne de crowdfunding de décembre 2016, The Sea Cleaners tient ses promesses. Ce mode de financement participatif avait permis à l’association de récolter 150 000 €, soit quasiment le double de la somme initialement envisagée. Depuis, plus de 3000 heures d’études ont pu être menées par 6 bureaux d’études, dont les spécialistes ont fait évoluer le projet pour le mettre en phase avec la réalité du terrain. Le résultat de cette première phase de travail permet aujourd’hui de dévoiler la version finale du navire avec une maquette au 1/80 qui présentera la combinaison inédite et impressionnante des technologies embarquées sur le premier quadrimaran collecteur de déchets marins.

Raie manta, inspiratrice du navigateur (source © Topdive)

Le Manta utilisera des outils à la pointe de la technologie afin de sortir les macro-déchets plastiques flottants avant qu’ils ne se dégradent et polluent irréversiblement la biodiversité marine. Pour cela, une véritable usine sera embarquée à bord pour collecter, trier, compacter et stocker les déchets plastiques. Trois collecteurs seront installés entre les coques du navire sous la forme de tapis roulants pour remonter rapidement de grandes quantités de plastiques. Le Manta sera capable de stocker plus de 250 tonnes de déchets dans ses coques avant de les rapatrier sur terre où ils seront pris en charge par des centres de recyclages adaptés.

Au-delà de sa mission de nettoyage des océans, le Manta est en lui-même un pari technologique sans précédent. La propulsion et l’autonomie énergétique du navire sont deux enjeux fondamentaux du projet. C’est dans une optique d’innovation toujours plus poussée que le Manta sera alimenté par plusieurs sources d’énergie renouvelable. Il sera propulsé par quatre gréements DynaRig et quatre moteurs électriques. Pour les alimenter, il embarquera plusieurs technologies combinées de production d’énergie renouvelable associées à un système de stockage énergétique optimisé. 2000 m2 de panneaux solaires vont ainsi être installés sur le pont du quadrimaran et deux éoliennes verticales utiliseront la force du vent pour produire de l’électricité. De quoi permettre au Manta d’être autonome dans ses phases de déplacement et de collecte et de pouvoir se déplacer sur toutes les zones de forte densité de pollution (estuaires, zones côtières…).

Schéma de principe du dispositif de ramassage des déchets en mer (source © L’Usine nouvelle)

La bataille contre la pollution des océans se mène sur tous les fronts et se remporte également à terre. Il est essentiel de remonter à la source de la pollution afin de réduire en amont la consommation de plastique et son gaspillage. Le Manta servira de base au développement d’actions de sensibilisation à destination des populations les plus impactées par la pollution plastique. C’est d’ailleurs la dimension la plus essentielle de cette mission écologique.

Une image 3D du futur voilier collecteur de déchets d’Yvan Bourgnon (source © Jérôme Vollet)

Dans la même lignée, ce projet est destiné à devenir un levier de l’économie circulaire. Le Manta permettra d’initier ou de développer des initiatives de transformation des déchets plastiques collectés en matière première et de dynamiser l’économie des pays où s’effectueront les collectes.
L’association poursuit également un but scientifique d’observation et d’analyse. Chaque collecte sera géolocalisée, quantifiée et qualifiée grâce à la mise en place d’un véritable laboratoire à bord du navire. Toutes les données seront ensuite publiées en Open Data afin d’en permettre l’accès à toute la communauté internationale.

« Nous terminons les études et ensuite il va falloir deux ans pour construire ce navire de 2.500 tonnes », explique le navigateur qui évoque un budget de 25 millions de dollars sur trente ans. « Pour le premier Manta, le financement est quasi bouclé grâce à nos mécènes mais il reste maintenant à convaincre d’autres pays de s’équiper de bateaux comme celui-ci. Car des zones de pollutions, il y en a partout et notamment aux embouchures des fleuves près des grandes villes. Il en faudrait une centaine pour agir correctement ».

« Selon les dernières estimations, il y aurait plus de 8 millions de tonnes de plastique rejetés en mer chaque année, des plastiques qui polluent, détruisent les coraux, tuent la faune marine et mettent à mal l’écosystème. Pour la première année, j’espère récolter au moins 5.000 tonnes avec le Manta qui, entre chaque collecte fera escale pour sensibiliser les populations à cette pollution ».

Apparemment ce serait une première pierre pour cesser d’alimenter le 7ème continent de déchets. On voudrait vraiment le croire…

C. T.

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