Législatives : la Gauche peut-elle être au second tour dans la 9ème ?

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C‘est en effet la question que l’on peut se poser à une semaine du premier tour des élections législatives, alors que le député LR sortant, Bernard Deflesselles, semble être le seul des 15 candidats réellement en campagne, multipliant les tracts et les courriers en vue de se faire réélire pour son cinquième mandat consécutif, même s’il paraît n’avoir toujours pas très bien saisi en quoi consistait la fonction de député.

Bernard Deflesselles en compagne, avec le soutien des maires de la circonscription, dont celui de Carnoux (source : site internet du candidat)

Son premier tract laissait entendre qu’il se positionnait comme maire auxiliaire des 9 communes de l’Est marseillais qui composent sa circonscription, son rôle principal étant d’aider ses amis les maires à boucler leur budget municipal et à réaliser leurs projets. Quant au courrier qu’il vient d’adresser à chacun des électeurs de son fief, il indique qu’en réalité sa fonction s’apparente plutôt à celle d’une assistante sociale dont le seul souci est d’apporter satisfaction à chacun de ceux qui viennent le solliciter pour lui exposer leurs petits tracas quotidiens. Vous êtes en mal de logement, votre fils galère pour trouver un stage, votre grande tante n’arrive pas à trouver une place en maison de retraite ou votre petite-fille en crèche, alors n’hésitez-pas à prendre rendez-vous auprès de Super Deflesselles dont les permanences sont grandes ouvertes, « dans un souci permanent de disponibilité, de proximité et d’échange ».

Et si vraiment vous n’avez pas besoin de ses conseils et de son entregent, lui a tout cas « a besoin de votre aide et de votre soutien ». Dans quel but ? Mais pour se faire réélire tout simplement et continuer à goûter les privilèges de la fonction. Contrairement à ce que certains croient encore, pour un professionnel de la politique comme Bernard Deflesselles, un député n’est pas là pour servir et représenter ses concitoyens en participant à l’élaboration des lois et au contrôle de l’action gouvernementale. Il est simplement là pour se servir lui-même et rendre service à ses amis et sa clientèle.

Et pourtant, tout indique que c’est ce même Bernard Deflesselles qui sera une nouvelle fois réélu haut la main à l’issue du second tour des législatives le 18 juin prochain. Parce que les chiffres sont têtus et que les règles de cette confrontation électorale sont ce qu’elles sont, ce que nombre de ses adversaires semblent n’avoir pas encore bien intégré. Pour être élu dans un tel suffrage et face à 14 autres candidats, la première des priorités est d’être présent au second tour. Pour cela, il est nécessaire de rassembler sur son nom au moins 12,5 % des suffrages, calculés non pas par rapport au nombre de votants, mais par rapport au nombre d’inscrits.

Bernard Deflesselles, soutenu par 8 des 9 maires de sa circonscription (source : compte Facebook B. Deflesselles)

Pour le deuxième tour des élections présidentielles, le 7 mai dernier, il y avait 96 958 inscrits sur la circonscription et il n’y a pas de raison que ce chiffre évolue beaucoup un mois plus tard. Il faut donc, pour espérer se qualifier au second tour, rassembler sur son nom au moins 12 120 voix, ou, à défaut, se retrouver parmi les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

Pour les présidentielles, le taux de participation dans la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône était de près de 80 % au premier tour et d’un peu moins de 75 % au second. Mais pour les législatives, le taux de participation est traditionnellement très inférieur. En 2007, il était de 59,6 % et en 2012 de 59 % au premier tour (pour tomber à moins de 50 % au second tour qui avait opposé, rappelons-le, Bernard Deflesselles à la candidate du Front National, Joëlle Mélin). Supposons donc, hypothèse plutôt optimiste, que l’on atteigne, en 2017 encore, ce taux de participation de 59 %. Pour espérer se qualifier au second tour, il faut donc rassembler sur son nom, à l’issue du premier tour, au moins 21,64 % des suffrages exprimés.

Le député sortant ne devrait pas avoir trop de mal à y parvenir, même si son score s’érode d’élection en élection, lui qui avait recueilli plus de 27 000 voix en sa faveur en 2007 et 19 000 en 2012. Même si son champion, François Fillon n’avait récolté qu’un peu moins de 17 000 voix lors des récentes présidentielles, on voit mal comment l’électorat de Bernard Deflesselles, plutôt âgé et très conservateur, pourrait ne pas se mobiliser une nouvelle fois en sa faveur.

L’avocat ciotaden Hervé Itrac lors d’une réunion du Front National (photo © La Marseillaise)

Du côté du Front National, les choses sont plus incertaines car le candidat, Hervé Itrac, élu municipal d’opposition à La Ciotat ne dispose pas de la notoriété locale de celle qui sera sa suppléante. Mais l’expérience montre que pour cet électorat, ce n’est pas le candidat qui compte mais plutôt l’étiquette. Or, en 2012, le FN avait recueilli plus de 12 000 voix à l’issue du premier tour, tandis que Marine Le Pen en a rassemblé sur son nom, le 23 avril dernier, près du double (21 236 très exactement), arrivant d’ailleurs en tête sur cette circonscription. Il serait donc vraiment surprenant qu’une telle dynamique ne permette pas au candidat FN de se qualifier pour le second tour des prochaines législatives…

Reste à savoir si un autre des 13 candidats restant en lice a la moindre chance de venir troubler ce face-à-face en se qualifiant dans le cadre d’une triangulaire. En toute objectivité, seuls deux d’entre eux pourraient éventuellement y prétendre, les autres n’ayant comme ambition principale que de se faire un nom, de troubler le jeu (c’est le cas de l’inévitable trublion, Christian Musumeci, qui cherche cette fois à duper les électeurs en se faisant passer pour un candidat En marche, après avoir en 2012 porté l’étiquette Gauche socialiste, le tout pour le plus grand profit du député sortant !) et/ou de récolter de l’argent pour leur parti. Il s’agit, comme nous l’avons déjà signalé ici, de Sylvie Pillé pour La France insoumise et de Sylvie Brunet, candidate de La République en marche.

Tract de campagne de Sylvie Brunet (source : compte Twitter S. Brunet)

Il n’est jamais facile de faire des pronostics avant une échéance électorale, surtout dans le contexte électoral actuel de forte recomposition à gauche de l’échiquier politique, et ceci d’autant plus que le parti d’Emmanuel Macron se veut justement en dehors de ce positionnement classique. Rappelons néanmoins que le Président de la république nouvellement élu avait recueilli sur son nom un peu plus de 13 500 suffrages lors du premier tour de la Présidentielle et sur l’ensemble de la circonscription, son score variant entre 16 et 20 % selon les communes. En appliquant simplement le taux de participation probable des législatives, ce gisement se réduit à seulement 10 000 voix. Il est possible que la dynamique actuelle incite de nouveaux électeurs à se mobiliser en faveur de cette candidate pour aider le Président récemment élu à se forger une majorité comme l’exige la tradition républicaine, mais la faible notoriété de la candidate rend quand même peu probable un raz de marée en sa faveur.

Sylvie Pillé, avec son père, l’ex-résistant FTP Serge Lesou, lors d’une commémoration à Moscou le 9 mai 2015 (source : blog de Lucien Pons)

Quant à la candidate de La France insoumise, elle pourrait logiquement prétendre à un score un peu supérieur si l’on s’en tient aux chiffres du premier tour des Présidentielles qui, dans cette circonscription, avait placé Jean-Luc Mélenchon en troisième position avec 20,54 % des suffrages exprimés, soit un peu plus de 15 800 voix en sa faveur (avec d’ailleurs de fortes disparités puisque son score varie selon les communes de 11,3 % à Cassis jusqu’à plus de 25 % à Aubagne !). Mais ce score reste encore inférieur au seuil nécessaire pour se qualifier. Il faudrait donc, pour que la présidente d’ATTAC Aubagne puisse être présente au second tour, qu’elle rassemble sur son nom davantage de suffrages que n’avait réussi à en obtenir Jean-Luc Mélenchon lui-même, ou alors que la mobilisation lors de cette élection soit significativement supérieure à ce qui est attendu.

On le voit, les jeux ne sont pas encore faits et une surprise est toujours possible. Il n’en reste pas moins que la configuration actuelle conduit tout droit les électeurs de la 9ème circonscription des Bouches-du-Rhône vers un n-ième arbitrage au second tour entre la droite républicaine et le Front National…

L.V. 

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3 Réponses to “Législatives : la Gauche peut-elle être au second tour dans la 9ème ?”

  1. CheG Says:

    Finalement, la conclusion de l’article sur les forces pressenties qualifiées pour le second tour s’avère erronée pour notre plus grande satisfaction. Quand on lit les propos de Deflesselles dans la Provence du 14/06/2017, on peut mesurer la suffisance du personnage. Il est grand temps qu’il prenne la confortable retraite octroyée par l’état français et donc les contribuables ! Pour cela, il faut confirmer la candidate Sylvie Brunet ce dimanche.
    A vos bulletins !

  2. Législatives : la fin du système Deflesselles ? | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] politique qui pourrait déboucher sur une Assemblée nationale renouvelée à plus de 60 %, la 9ème circonscription des Bouches du Rhône n’a pas non plus été totalement épargnée par cette aspiration au […]

  3. Bernard Deflesselles, réélu grâce aux voix du FN | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] premier tour, les votes avaient été relativement homogènes entre les 9 communes de la circonscription qui […]

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