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Saga familiale à Aix-en-Provence

5 septembre 2016

C’est un article de Marianne, un média national, qui vient attirer l’attention de la France entière sur l’ambiance « fin de règne » qui plombe la ville d’Aix-en-Provence suite aux déboires judiciaires de Maryse Joissains-Masini, l’éternelle opposante à la métropole.

Façade de l'hôtel de ville d'Aix-en-Provence

Façade de l’hôtel de ville d’Aix-en-Provence

Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que l’histoire politique du clan Joissains et de sa main-mise sur la bonne ville d’Aix-en-Provence commence en 1977, il y a bientôt 40 ans. Il n’y a donc pas qu’au Gabon ou en Corée du Nord que certaines dynasties familiales s’incrustent au pouvoir… A l’époque, Alain Joissains, époux de Madame, Maryse Charton de son vrai nom, et père de Sophie Joissains, se présente aux élections municipales sous l’étiquette du Parti radical valoisien. Il perd alors l’élection face au maire sortant socialiste, Félix Ciccolini.

Qu’à cela ne tienne ! L’ancien docker toulonais, devenu avocat, conteste les résultats devant les tribunaux. Les Aixois votent donc de nouveau en 1978 et cette fois c’est Alain Joissains qui remporte l’élection, laquelle est de nouveau invalidée par le Tribunal administratif ! Rebelote donc en 1979 : face à une liste de gauche conduite par Jean-François Picheral, Alain Joissains confirme sa victoire de l’année précédente.

En 1983 cependant, alors qu’il s’apprête à se présenter pour un second mandat, le Canard enchaîné révèle qu’Alain Joissains a fait réaliser d’importants travaux d’embellissement dans la villa de ses beaux-parents en échange de l’attribution de marchés publics. Une vilaine affaire qui entrainera sa condamnation définitive en 1988 pour recel d’abus de biens sociaux à 150 000 francs d’amende et deux ans de prison avec sursis. Une affaire qui l’empêche de se représenter à la mairie et qui pousse le père de Maryse à se suicider.

Alain et Maryse Joissains lors de l'élection de cette dernière à la mairie d'Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Alain et Maryse Joissains lors de l’élection de cette dernière à la mairie d’Aix en mars 2001 (photo B. Horvat / AFP)

Mais en 2001, l’heure de la vengeance a sonné. Cette fois c’est Maryse Joissains qui se présente après avoir accolé à son patronyme le nom de son grand-père maternel corse Masini. Elle est élue d’un cheveu à la mairie, face au maire sortant, le même Jean-François Picheral. Alors qu’elle est séparée (mais pas divorcée) d’Alain Joissains, son premier acte consiste à le recruter comme conseiller spécial puis directeur de cabinet, poste qu’il occupera jusqu’à sa mise en retraite en 2008, moyennant un salaire plus que confortable de 5820 € par mois. Une telle générosité peut surprendre, en faveur d’un époux condamné par la justice et qui lui a fait deux enfants dans le dos, dont elle dit elle-même « Alain a fait le couillon ». Mais chacun sait que Maryse a la main sur le cœur…

Non seulement elle héberge chez elle son ex-époux, mais elle dépose en 2005 une proposition de loi pour que les chefs et directeurs de cabinets, recrutés sur des critères purement politiques et souvent dans l’entourage proche, puissent intégrer directement la fonction publique territoriale sans même passer de concours. Il faut dire qu’à cette date, elle rémunère non seulement Alain à la mairie, mais aussi sa propre fille Sophie qui est son chef de cabinet à la communauté d’agglomération du Pays d’Aix, dont elle également présidente depuis sa création en 2001…

Lucien Alexandre Castronovo, élu d'opposition d'Aix-en-Provence

Lucien Alexandre Castronovo, élu d’opposition d’Aix-en-Provence

Malheureusement, l’un de ses opposants, Lucien Alexandre Castronovo, élégamment surnommé par le couple Joissains « Casse-couilles » et auteur prolixe d’un blog très documenté, trouve quelque peu à redire à cette générosité familiale poussée à l’extrême. Il découvre ainsi, après d’âpres investigations, que le traitement perçu par Alain Joissains est très largement au-delà de ce que permet le plafond légal. En 2008, le Tribunal administratif annule purement et simplement le contrat de travail de Monsieur, mais s’ensuivent des années d’intenses batailles judiciaires. Ce n’est qu’en février 2015, à l’issue de 10 ans de procédures, que la plus haute juridiction administrative française peut trancher définitivement le débat, obligeant le coupable à rembourser l’intégralité du traitement indûment perçu, soit plus de 475 000 €.

Mais encore faut-il que la commune le lui réclame ! Avec Madame aux commandes, on se doute bien que cela ne va pas de soi… Elle se contente donc d’émettre à l’encontre de son époux et toujours conseiller un titre de recette de 71 000 € seulement, montant aussitôt contesté par ce dernier devant les tribunaux. Et c’est reparti pour une nouvelle course de lenteur qui permet de faire traîner le dossier !

En attendant, Maryse Joissains doit faire face à moult polémiques liées à son franc-parler et ses jugements à l’emporte-pièce. On se souvient de ses propos de 2012 dans lesquels la députée sarkozyste mettait en doute la légitimité de François Hollande pourtant fraîchement élu à la Présidence de la République (alors qu’elle même sera sèchement battue aux législatives qui se tiennent la même année).Blog340_PhMaryse

Mais d’autres affaires judiciaires ternissent son mandat actuel. Elle a notamment été placée en garde à vue en avril 2013 dans le cadre d’une affaire d’emplois fictifs présumés qui est toujours pendante. Cette fois, le principal intéressé n’est plus son mari mais celui qu’elle appelle en public « mon chéri », qui partage tous ses repas et lui tient lieu de chauffeur et de standardiste après avoir été longtemps rémunéré comme attaché parlementaire jusqu’à ce que sa patronne perde son mandat en 2012. A l’époque, et pour compenser cette perte de revenu, Maryse Joissains avait décidé arbitrairement de promouvoir son protégé au grade d’attaché territorial, une décision qui n’était pas passée inaperçue puisque l’impétrant était passé devant 167 collègues pour la plupart nettement mieux classés…

L’arrêté de nomination a été annulé suite à un recours administratif mais la mairie a fait appel et l’affaire n’est pas encore jugée, d’autant qu’en 2013, la mise en garde à vue de Maryse Joissains pour trafic d’influence et détournement de fonds publics portait aussi sur d’autres peccadilles dont des emplois supposés fictifs à la ville ou à la Communauté d’agglomération concernant notamment le propre fils du même chauffeur-confident…

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d'Aix-en-Provence

Sophie Joissains, 4ème adjointe à la maire d’Aix-en-Provence

Il est bien difficile d’évaluer à quel point la maire d’Aix-en-Provence, qui vient de fêter ses 74 ans et a conservé toute sa gouaille, est affectée par cette accumulation d’affaires judiciaires. A droite manifestement, ce genre de considération ne gêne guère l’électorat comme l’a montrée encore récemment la réélection triomphale du couple Balkany à Levallois-Perret, ou le succès annoncé de Nicolas Sarkozy aux prochaines primaires.

En tout cas, la relève familiale est d’ores et déjà assurée puisque la fille d’Alain et Maryse, Sophie Joissains, s’est faite élire en 2008 à la fois à la commune (où elle est désormais 4ème adjointe en charge de la Politique de la ville et de la Culture), à la communauté d’agglomération et au Sénat. Réélue à ces mêmes fonctions en 2014, elle a par ailleurs depuis 2015 cumulé ces postes avec celui de vice-présidente de la Région PACA, dont elle vient de démissionner en juin 2016 pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. On n’a pas fini d’entendre parler de la dynastie des Joissains du côté d’Aix-en-Provence…

L.V.  LutinVert1Small