Les bergers de la mer veillent sur Marseille

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C’est un article de La Provence qui l’a signalé dans son édition du 25 août 2016. Un catamaran de l’association Sea Shepherd arpente depuis le 15 août la rade de Marseille dans le cadre de sa mission intitulée Mare nostrum, initiée en 2015, et qui consiste à traquer les filets fantômes, ces filets ancrés parfois jusqu’à 60 m de fond, perdus par les pêcheurs et dans lesquels des baleines ou des dauphins mais aussi bien d’autres espèces marines protégées peuvent se retrouver piégés, des décennies après qu’ils aient été abandonnés par leur propriétaire car le nylon résiste au temps…

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

Navire de Sea Shepherd dans la rade de Marseille (photo J.L. C. publiée dans La Provence)

L’an dernier, l’association avait déjà fait une halte dans le port de Marseille avant de se diriger vers la Riviera italienne au large de laquelle elle avait relevé pas moins de 4 km de filets fantômes qui hantaient la côte et décimaient les fonds marins. Sa présence cette année se veut aussi pédagogique pour attirer l’attention des Provençaux sur la véritable déchetterie que constitue les fonds marins côtiers marseillais. Dix plongeurs bénévoles sont à bord du catamaran de Sea Shepherd, qui se relaient pour inspecter les fonds marins au large de la métropole phocéenne pendant un mois avant de mettre le cap sur l’ïle de Lesbos en Grèce pour un coup de projecteur sur les nombreux déchets qui y encombrent le milieu marin.

Pas sûr que les berges de la mer soient vus d’un très bon œil par les pêcheurs professionnels marseillais toujours très jaloux de leurs prérogatives et qui n’aiment pas que l’on vienne inspecter de trop près leurs filets même abandonnés… Il faut dire que les militants écologistes de Sea Shepherd n’ont pas bonne presse auprès de la profession du fait de leur approche quelque peu « rentre dedans » !

L'activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

L’activiste Paul Watson avec son amie Brigitte Bardot en 2006

La Sea Shepherd Conservation Society, dont le siège est basé aux États-Unis, se définit comme une organisation non gouvernementale internationale maritime vouée à la protection des créatures marines. Elle a été fondée officiellement en 1981 bien qu’active depuis 1977 et dirigée jusqu’en 2013 par Paul Watson, un militant écologiste canadien quelque peu radical qui enseigne par ailleurs l’éthique et l’écologie dans des universités californiennes. Cofondateur dans les années 1970 de ce qui allait devenir Greenpeace International, Watson s’est depuis méchamment brouillé avec cette dernière association qu’il qualifie avec mépris de « dames patronnesses de l’environnement »…

Le pavillon noir de l'organisation Sea Shepherd

Le pavillon noir de l’organisation Sea Shepherd

Il faut dire que le personnage de Paul Watson, que certains n’hésitent pas à qualifier d’éco-terroriste, n’est pas du genre à jouer les diplomates. Le pavillon de l’ONG rappelle d’ailleurs furieusement le drapeau pirate. Créé par l’artiste Geert Vons, le logo est composé d’une crosse de berger (shepherd signifiant « berger » en anglais) et du trident de Neptune, qui représente le côté interventionniste voire musclé de l’organisation. Le crâne représente la mort que les hommes infligent à la vie marine avec, sur son front, un dauphin et une baleine en forme de yin-yang symbolisant l’équilibre naturel des océans. Bref, des bergers des mers qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller…

Un journaliste du Guardian avait publié en 2004 un reportage repris par Courrier International qui relatait la participation du capitaine Watson à une campagne de Sea Shepherd à bord de l’Ocean Warrior en vue de protéger les baleines globicéphales de leurs prédateurs humains qui les attirent au large des iles Féroé pour les massacrer. Le dialogue avec les insulaires de ce territoire danois où la chasse à la baleine est considérée comme traditionnelle, s’avère un peu rude et le journaliste du Gardian finira d’ailleurs en prison comme plusieurs autres membres de l’équipage…

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Abattage massif de bébés phoques au Canada

Dès 1979, les équipes de Paul Watson s’étaient illustrées par leur activisme débridé sur la côte est du Canada, en aspergeant plus d’un millier de bébés phoques d’une peinture naturelle indélébile, qui enlève toute valeur commerciale à leur fourrure, les sauvant ainsi d’une mort atroce. Tous les membres du Sea Shepherd, le premier bateau de l’association, sont alors arrêtés et jetés en prison avant d’être relâchés dans l’attente d’un procès, le premier d’une longue série…

La même année, le Sea Shepherd se lance dans la traque d’un baleinier portugais, le Sierra, occupé à exterminer les dernières baleines à bosse dans la Mer des Caraïbes. Le baleinier est carrément éperonné à son retour dans les eaux portugaises et l’équipage du Sea Shepherd de nouveau emprisonné. L’affaire fait grand bruit et met en lumière l’activité contestable et illégale des baleiniers, mais un juge portugais corrompu ordonne la confiscation du Sea Shepherd. Paul Watson et son équipe décident finalement de saborder eux-même leur bateau avant qu’il ne soit démantelé par les autorités portugaises.

En février 1980, alors que le Sierra réparé s’apprête à repartir chasser la baleine, un petit commando de Sea Shepherd s’introduit nuitamment à son bord et le coule sans faire de victimes, mieux que ne le feront les services secrets français quelques années plus tard en s’attaquant au Rainbow Warrior dans le port d’Auckland…

En avril 1980, deux autres baleiniers sont coulés en Espagne par les activistes de Sea Shepherd qui font des émules puisque la marine sud africaine saisit et détruit à Durban deux baleiniers pirates appartenant toujours à la Sierra Trading Company, mettant ainsi fin aux opération de pêche illégale à la baleine dans l’Atlantique.

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

Massacre de baleines aux iles Féroé (Dannemark) en juillet 2015 (photo DR/Sea Shepherd)

En 1986, c’est à coup de pudding au chocolat que l’équipage du Sea Shepherd II riposte aux tirs à balles réelles des pêcheurs au large des iles Féroé, le tout devant les caméras du monde entier. La même année, deux baleiniers islandais sont coulés dans le port de Reykjavik et une usine de transformation de la viande de baleine est sabotée, bloquant provisoirement les activités commerciales islandaises de chasse à la baleine. S’en suivront ensuite des années de lutte contre les thoniers qui massacrent également les dauphins pris dans leurs filets. En 1990, l’association s’attaque ainsi à une flotille de pêcheurs japonais dans le Pacifique nord et coule pas moins de 100 km de filets dérivants dont l’impact sur l’environnement marin est dévastateur et l’usage pourtant interdit par une résolution des Nations Unies.

Violents acrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l'Antarctique en 2013

Violents accrochages entre la flotte de Sea Shepherd et des baleiniers japonais au large de l’Antarctique en 2013

Dans les années 2000, on assiste à de véritables combats navals entre les bateaux de Sea Shepherd et les flottes baleinières japonaises dans le Pacifique sud, les uns et les autres tentant de s’éperonner muuellement et de bloquer leurs hélices à l’aide de cordages dérivant. A plusieurs reprises, les gardes côtes japonais ouvrent le feu contre les équipes de Sea Shepherd et en 2010, un des bateaux de l’association est coulé par un baleinier japonais.

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

Le thon rouge de Méditerranée (photo P. Davoust)

En Méditerranée, c’est surtout pour la protection du thon rouge que se mobilisent les équipes de Sea Shepherd. Ce poisson, qui peut descendre jusqu’à 1000 m de profondeur, est aussi l’un des animaux les plus rapide de la planète avec des pointes à 80 km/h. Il a pourtant été décimé par 20 ans de pêche industrielle largement subventionnée par l’Union européenne, jusqu’à la mise en place de quotas, fortement restreints en 2006, mais relevés dès 2014. En 2010, cinq plongeurs de Sea Shepherd ont ainsi pénétré à l’intérieur d’une cage remorquée par le thonier senneur libyen Cesare Rustico et ont libéré les 800 thons rouges retenus à l’intérieur, provoquant une violente réaction de la compagnie maltaise Fish & Fish Limited qui a obtenu en justice que l’association lui verse une indemnisation de 1,4 millions de dollars !

On comprend que dans un tel contexte l’association Sea Shepherd ne soit pas forcément la bienvenue lorsqu’elle débarque dans un port de pêche…

L.V. LutinVert1Small 

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2 Réponses to “Les bergers de la mer veillent sur Marseille”

  1. Après les eaux usées, Marseille s’attaque au pluvial ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] de la plage du Prado, qu’elles polluent alors allègrement en jonchant la plage des multiples déchets qu’elles […]

  2. Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] associations environnementales, parmi lesquelles Surfrider Foundation, France Nature Environnement, Sea Shepherd et la Ligue de protection des oiseaux, ont déposé un recours contre l’arrêté préfectoral du […]

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