Marseille brûle t-il ?

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Il n’y a pas qu’en Californie que les feux de forêt menacent les zones habitées comme vient de le rappeler la série d’incendies spectaculaires qui se sont produits cette semaine aux portes de Marseille et qui rappellent l’alerte de juillet 2009 suite à l’incendie de Carpiagne. Mercredi 10 août, en fin d’après-midi, l’épais panache de fumée venu du nord recouvrait une bonne partie de la ville de Marseille, masquant le soleil pourtant encore haut dans le ciel et prenant des teintes orangées puis rosées du plus bel effet. Mais si les Marseillais pouvaient encore à ce stade observer les couleurs exceptionnelles de ce ciel chargé, plus au nord, sur le plateau de Vitrolles, c’était un véritable enfer.

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Nuage de fumée au dessus de Marseille (photo A. Jammot)

Attisé par un mistral soufflant à plus de 80 km/h, le feu qui s’était déclaré sur la commune de Rognac vers 15h30, s’est rapidement propagé vers le sud, ravageant une bonne partie des communes de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau. Paradoxalement, l’hiver et le printemps ayant été relativement pluvieux, la végétation était plutôt abondante mais avait été totalement desséchée ces dernières semaines tandis que les fortes chaleurs estivales se traduisaient par un air très sec, particulièrement favorable à l’inflammation des essences de pin.

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Pins en flammes le 10 août 2016 (photo B. Horvat / AFP)

Il est probable que ces conditions climatiques n’expliquent pas à elles-seules le déclenchement de ces incendies, attribué soit à des imprudences soit à des actes de malveillance (comme en juillet dernier où 500 hectares avaient été ravagés par les flammes sur la Côte bleue, à l’initiative d’un pyromane par ailleurs employé de la métropole Aix-Marseille…), mais elles sont largement responsables de l’ampleur prise par la propagation du feu. Les témoignages des pompiers, largement relayés par les médias, faisaient état en fin de soirée d’une « situation hors de contrôle, un feu extrêmement puissant, rapide, explosif qui continue à brûler tout sur son passage, même des maisons ».

Pompiers combattant le feu sur Vitrolles

Des moyens d’intervention très importants avaient pourtant été mis en œuvre toute la journée pour faire face à ces incendies qui, outre le secteur de Vitrolles, s’étaient déclarés en plusieurs autres endroits proches. Dans l’Hérault, un violent incendie ravageait au même moment 200 hectares de pinède près du village de Gabian, à 20 kilomètres au nord de Béziers, mobilisant plus de 300 hommes. Circonscrit vers 20h, cet incendie a piégé quatre pompiers dont trois ont été brûlés grièvement.

A Fos-sur Mer d’autres foyers se sont rapprochés très dangereusement des installations pétrochimiques particulièrement vulnérables aux incendies. Après avoir menacé deux stations service qui ont dû être évacuées le long de la RN 568, les flammes se sont dangereusement rapprochées de la raffinerie Esso et des différents dépôts pétroliers classés en établissements Seveso, menaçant même le site d’Arcelor-Mittal et le pipeline Sud-Européen, tandis que le stock de bois destiné à la centrale thermique de Gardanne partait en fumée.. Il a fallu dans ce secteur industriel particulièrement sensible non seulement l’intervention des pompiers aidés de moyens aériens importants, mais aussi la mobilisation des équipes de sécurité interne, dans le cadre du déclenchement des procédures adaptées.

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

Autoroute coupée à Coudoux dans une atmosphère chargée… (photo P. Laurenson / Reuters)

D’autres foyers d’incendie s’étaient déclarés dans la journée sur les communes de Martigues, de Port-Saint-Louis, de Coudoux (provoquant la coupure de l’autoroute A8 afin de permettre l’intervention des pompiers, au prix d’un bel embouteillage), et surtout à Istres où un départ de feu s’est déclenché vers 18h, se propageant rapidement vers des lotissements habités malgré l’intervention rapide d’une cinquantaine de pompiers et de moyens aériens conséquents. Près de 300 personnes ont dû être évacuées en urgence, dont les occupants d’un camping, et trois maisons ont été détruites par le feu ou sévèrement endommagées.

Mais le foyer le plus important auquel ont dû faire face les pompiers est celui du plateau de Vitrolles qui s’est propagé à grande vitesse sur près de 2 500 hectares, dans un secteur très urbanisé. La plupart des milliers d’habitants concernés ont pu être confinés chez eux mais plus de 2 000 d’entre eux ont néanmoins dû être évacués, dont plusieurs centaines hébergées pour la nuit dans des gymnases aménagés en urgence.

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

Localisation des principaux foyers (infographie parue dans La Provence du 12 août 2016)

La progression des flammes a été spectaculaire, prenant de vitesse certains habitants, trois d’entre eux ayant été brûlés dont l’un assez grièvement. De l’ordre de 1 200 pompiers ont été mobilisés sur cet incendie hors norme et comme toujours en pareille situation, ils ont dû faire preuve de beaucoup de persuasion voire de fermeté pour évacuer certains habitants refusant d’abandonner leur maison menacée par les flammes, ou écarter de nombreux gêneurs irresponsables venus se rapprocher du front pour prendre des photos !

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Les flammes sur les hauteurs de Vitrolles (photo B. Horvat / AFP)

Sur le plateau de l’Arbois, le feux s’est largement propagé en direction de la voie ferrée après avoir sauté la RD 9, puis la RD 113 et enfin l’autoroute du Litoral, bloquant même pendant un moment l’accès à la gare TGV d’Aix-en-Provence. A la tombée de la nuit, le feu était largement hors contrôle et se dirigeait à grande vitesse en direction des confins de l’agglomération marseillaise, obligeant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, à déclencher le Plan communal de sauvegarde.

Hélicoptère bombardier d'eau au dessus de l'A7 (photo B. Horvat / AFP)

Hélicoptère bombardier d’eau au dessus de l’A7 (photo B. Horvat / AFP)

Heureusement, le feu a pu être stoppé avant qu’il n’atteigne les premières habitations de l’agglomération marseillaise, mais le bilan est néanmoins sévère. Les rebords sud du plateau de l’Arbois, sur les hauteurs de Vitrolles et des Pennes-Mirabeau, véritable petit paradis de pinèdes entourant l’écrin de verdure par où jaillit la source de la Cadière au lieu-dit l’Infernet, a laissé place à un spectacle de désolation recouvert de cendres et de troncs calcinés. Sur Vitrolles, trois habitations ont été détruites et 17 endommagées. Un restaurant et un garage automobile ont été totalement détruits, tandis que le groupe scolaire des Pinchinades a été fortement endommagé à quelques semaines de la rentrée scolaire. Des centaines d’usagers ont été privés d’électricité suite à la combustion de nombreux poteaux électriques et une douzaine de véhicules ont été calcinés.

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Illustration parue dans La Provence du 12 août 2016 (photo P. Laurenson / Reuters)

Sur la commune des Pennes-Mirabeau, qui avait privilégié depuis des années la mise en place d’un habitat huppé parsemé dans la pinède, favorisant le mitage des espaces naturels, le sénateur-maire, Michel Amiel, déplorait dans une interview rapportée par Le Monde : « J’ai la moitié de ma commune qui brûle. C’est une catastrophe, je n’ai jamais vu cela ».

Maisons des Pennes-Mirabeau après l'incendie (photo B. Horvat / AFP)

Maisons des Pennes-Mirabeau après l’incendie (photo B. Horvat / AFP)

Ce proche de Jean-Noël Guérini, maire de la commune depuis plus de 15 ans et largement responsable à ce titre de l’extension des constructions dans les secteurs périphériques de la ville, regrette désormais que les obligations de débroussaillement qui incombent aux propriétaires n’aient pas été mises en œuvre avec un peu plus de vigilance…

Le même élu se plaignait pourtant en 2012, à l’occasion de la réalisation du Plan local d’urbanisme de sa commune, que les services de l’État aient la mauvaise grâce d’évoquer les risques naturels d’inondation et de feux de forêt pour tenter de limiter un tant soit peu sa volonté d’expansion urbaine. L’avenir dire si cette nouvelle catastrophe fera évoluer sa position sur le sujet ou s’il ne s’agit que de propos de circonstance vite oubliés au fur et à mesure que la mémoire s’estompe et que les affaires reprennent…

L.V.  LutinVert1Small

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2 Réponses to “Marseille brûle t-il ?”

  1. La France toxique passée à la loupe | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] se sont notament traduits par la disparition de 375 ha le 15 juillet sur la Côte Bleue, puis le 10 août de 800 ha autour de Fos-sur-Mer et de 2700 ha sur le plateau de Vitrolles, avant les 390 ha partis […]

  2. Inondation : une nouvelle stratégie pour la métropole marseillaise | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] comme dans le reste de la Provence, on craint traditionnellement surtout la sécheresse et les feux de forêt mais le risque d’inondation est loin d’être négligeable et souvent bien plus […]

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