Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit

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L’ancien premier ministre Michel Rocard s’est éteint le 2 juillet 2016, à l’âge de 85 ans, sans avoir pu exercer la fonction de Président de la République à laquelle il avait longtemps aspiré. L’ancien scout dont le nom de totem était Hamster érudit, figura pourtant un temps parmi les personnalités politiques les plus populaires auprès des Français.

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Son père était le physicien renommé Yves Rocard, qui dirigea, après la mise à l’écart de Frédéric Joliot-Curie, les programmes scientifiques ayant conduit à l’élaboration de la bombe atomique française avant de se passionner pour le magnétisme et de tenter d’expliquer rationnellement l’utilisation de la radiesthésie par les sourciers. Il semblerait d’ailleurs que le physicien, impérieux et plutôt conservateur, n’ait jamais beaucoup apprécié les orientations professionnelles ni le parcours politique de son fils, ce qui fut assez mal vécu par le jeune Michel Rocard…

Ce dernier intègre Sciences Po et l’ENA où il se lie d’amitié avec un certain Jacques Chirac qu’il essaie de convaincre d’adhérer également à la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, dont Michel Rocard était membre dès ses 17 ans. Peine perdue : pas assez à gauche pour Chirac qui n’avait pas encore fait son revirement idéologique !

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

Michel Rocard et François Mitterrand en avril 1988 à la Roche de Solutré (photo P. Herzog / AFP)

D’ailleurs, le militant Rocard quittera lui-même le navire dès 1958, en plein désaccord avec Guy Mollet et François Mitterrand, quant à la position des socialistes sur l’indépendance de l’Algérie. Il entame alors une carrière de haut fonctionnaire à l’Inspection des Finances tout en continuant à militer, sous le pseudonyme de Georges Servet… Il participe ainsi à la création du Parti socialiste autonome, puis unifié, le PSU, dont il prendra la tête en 1967.

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

Michel Rocard, en 1969, alors dirigeant du PSU (photo Juillet / SIPA)

En 1969, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle suite au départ anticipé du général de Gaulle et recueille à peine 3,66 % des suffrages. Ce n’est pas brillant, mais le candidat de la SFIO, Gaston Deferre, fait à peine mieux avec 5 % des voix ! Ce n’est qu’en 1974, 3 ans après le congrès d’Epinay, que Michel Rocard finit par rejoindre le PS, où il incarna longtemps l’aile droite, la fameuse « deuxième gauche » sociale-démocrate et réformiste, désormais représentée notamment par Manuel Valls qui débuta d’ailleurs sa carrière politique dans son cabinet…

Elu brièvement député des Yvelines dès 1969, c’est en 1977 que Michel Rocard devient maire de Conflans-Sainte-Honorine avant de retrouver son mandat de député en 1978. En 1981, il se voit obligé de retirer sa candidature à la Présidence de la république au profit de François Mitterrand mais sera nommé dans le gouvernement de Pierre Mauroy ministre du Plan (où il fut à l’origine des fameux contrats de plans État-Régions, les CPER, toujours en vigueur actuellement), puis ministre de l’agriculture, avant de démissionner en 1986 pour protester contre l’adoption du scrutin proportionnel qui permettra au Front National de rentrer à l’Assemblée.

En 1988, c’est la consécration puisque François Mitterrand, nouvellement réélu, le nomme premier ministre. Mais les élections législatives qui suivent ne lui donnent qu’une majorité relative, ce qui l’amène à nommer dans son deuxième gouvernement des « ministres d’ouverture », tels que Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru.

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Michel Rocard sur le perron de l’Elysée le 10 mai 1988

Ces trois années passées à la tête du gouvernement laisseront de nombreuses traces avec notamment la création du RMI, le revenu minimum d’insertion, qui entre en vigueur début 1988. C’est lui aussi qui met en place la CSG, la Contribution sociale généralisée, destinée à élargir l’assiette des contributions sociales. Lui aussi qui contribue à ramener la paix civile en Calédonie après l’épisode sanglant de l’assaut à la grotte d’Ouvéa. Lui enfin qui devra faire face à une forte poussée de la xénophobie attisée, déjà, par le Front National, en pleine affaire du foulard islamique à l’école. Il prononcera d’ailleurs dès juin 1989 une phrase souvent reprise depuis « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ». Certains ont voulu depuis édulcorer sa pensée mais, comme l’a encore rappelé Libération, ses paroles reflétaient bien alors un discours de fermeté face à l’immigration économique.

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Edith Cresson avec François Mitterrand en 1991 (photo archives AFP)

Et pourtant, malgré un bilan plus qu’honorable, le mercredi 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie sans prévenir pour nommer à sa place la maire de Châtellerault, Edith Cresson, qui ne restera que moins d’un an en poste. Le coup est rude pour Michel Rocard qui avait déjà beaucoup souffert, durant son séjour à Matignon, d’une hostilité à peine masquée de la part du Chef de l’État.

En 1993, Michel Rocard espère que son heure est enfin arrivée. Il devient premier secrétaire du PS suite à l’échec des législatives et se prépare pour les présidentielles de 1995. Mais en juin 1994, la liste PS qu’il conduit pour les élections européennes ne recueille que 14,5 % des voix : un score dérisoire qui est dû à la concurrence de la liste Tapie, largement soutenue par François Mitterrand. Cette dernière peau de banane sera fatale puisqu’elle lui fait perdre son fauteuil de premier secrétaire du PS et le conduit même à abandonner en 1994 sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine.

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Michel Rocard dans un meeting à Tours en février 1993 (photo P. Wojazer / Reuters)

Il se place alors largement en retrait de la vie politique même s’il a du mal en 2007 à rester coi face à la candidature de Ségolène Royal qui l’exaspère. En janvier 2009, il démissionne de son dernier mandat au Parlement européen, sous les applaudissements de l’hémicycle. Il continue néanmoins à s’investir auprès de la fondation Terra Nova et accepte même plusieurs missions que lui confie Nicolas Sarkozy en 2009, dont un rapport sur la taxe carbone et une réflexion sur la mise en œuvre du grand emprunt national.

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

Michel Rocard en mission sur la banquise (photo Le Cercle Polaire)

A 80 ans, il est même nommé ambassadeur de France chargé des négociations relatives aux pôles Arctique et Antarctique ! Un âge qu’il a d’ailleurs bien du mal à accepter malgré un grave accident cardio-vasculaire qui l’avait atteint en 2007 lors d’un voyage en Inde. Le Monde rapporte qu’il avait coutume de dire : « La vie active s’arrête à 60 ans, on devient caduc à 65 et les gens pensent que l’on sucre les fraises à 70. Il faut s’habituer à être moins attendu, à n’avoir plus d’avenir, quoi ! » Une belle leçon de vie en tout cas de la part d’un homme de conviction, travailleur acharné et débateur passionné dont le débit de mitraillette et les phrases alambiquées laissaient souvent perplexe mais rarement indifférent…

L.V.   LutinVert1Small

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Une Réponse to “Disparition de Michel Rocard, alias Hamster érudit”

  1. travail isolé code du travail Says:

    Je vous remercie beaucoup pour cette page, vous m’avez une chose !

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