Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…

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L’événement aura marqué profondément les esprits en pleine confrontation sportive de l’Euro 2016 : le Royaume-Uni vient de décider à une large majorité de près de 52 % de quitter l’Union européenne. C’est une grande première depuis les tout débuts de la construction européenne et son élargissement tous azimuths, le début de la fin pour le radeau européen qui tangue de plus en plus fort ?Blog316_PhRadeau

Il faut reconnaître que, depuis des décennies, les rapports entre le Royaume-Uni et les autres pays de l’Union européenne ne sont pas si simples, au point d’ailleurs qu’Emmanuel Macron avait traité le royaume britannique de « passager clandestin de l’Europe », quelques jours seulement avant la tenue du référendum. Déjà au début des années 1950, lorsqu’il avait été question de créer la Communauté économique du charbon et de l’acier, amorce de la construction européenne, les Britanniques ont refusé d’y participer et ont aussitôt lancé leur projet concurrent de zone de libre échange, l’AELE, avec 6 autres pays dont la Suisse et la Norvège qui n’ont toujours pas rejoint l’Union européenne à ce jour.

Margaret Thatcher

Margaret Thatcher

Après l’échec de cette construction opportuniste et sans lendemain, c’est Charles de Gaulle qui par deux fois, en 1961 et 1967, a mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans CEE. Il a donc fallu attendre 1973 pour que ce pays intègre enfin la construction européenne mais avec la ferme volonté d’y servir d’abord ses propres intérêts comme l’exprima crûment Margaret Thatcher en 1979 avec son célèbre « I want my money back ».

On a connu position plus altruiste… Mais les Britanniques finiront par obtenir gain de cause en 1984, obtenant des arrangements pour contribuer de manière allégée au budget de la Politique agricole commune. Depuis le début de la construction européenne, il semble en fait que le Royaume Uni ait toujours eu pour principale préoccupation de vouloir empêcher cette construction de se développer et ait pour cela longtemps hésité entre la détruire de l’intérieur ou de l’extérieur. Depuis que ce pays a mis le pied dans l’édifice, il a donc tout fait pour essayer d’en contourner les règles et d’affaiblir autant que possible toute construction sociale ou politique de cet espace communautaire.

Pour cela, il a constamment cherché à négocier des dérogations, sous forme d’opting out, qui sont des dispenses de participation à l’espace Schengen, à l’espace de liberté, de sécurité et de justice, à la charte des droits fondamentaux et surtout à la zone euro. A chaque fois, les Britanniques ont tenté d’imposer leur point de vue ultralibéral et, quant ils n’y ont pas pleinement réussi, ils ont négocié une dérogation pour ne pas être soumis aux règles communes…

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

David Cameron, grand perdant de ce scrutin (© P. Macdiarmid / Getty)

Dans ces conditions, le résultat du référendum du 23 juin est assez logique même s’il constitue un véritable camouflet pour celui qui l’avait organisé, le premier ministre David Cameron. Ce dernier avait voulu surfer sur les sentiments europhobes de son électorat conservateur en tapant du poing sur la table à Bruxelles pour négocier des conditions encore plus avantageuses pour son pays. Mais il ne pensait pas que la plaisanterie irait aussi loin et se retrouve désormais obligé d’annoncer sa propre démission à la suite d’un tel résultat. A force de critiquer l’Europe, il a fini par convaincre son propre électorat de la nécessité d’en sortir, au grand regret des milieux d’affaire londoniens qui, eux, avaient bien compris tout l’intérêt de se maintenir dans l’Union européenne…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Brexit or not Brexit : une simple affaire de banane…

Dans cette affaire, les caricatures n’ont pas manqué de part et d’autre. L’ancien maire de Londres, l’opportuniste Boris Johnson, s’y est distingué en se moquant allègrement de « ces eurocrates qui nous gouvernent et qui nous pourrissent la vie », les accusant de se concentrer sur la normalisation de la courbure des bananes plus que sur les priorités du peuple britannique. La campagne a avivé les pires sentiments xénophobes et nationalistes, culminant avec l’assassinat en pleine rue de la député travailliste Jo Cox une semaine avant le scrutin. Elle a aussi mis en évidence les contradictions du camp conservateur au point que pas moins du tiers des membres du gouvernement ont fait campagne pour le Brexit, à l’inverse du chef du gouvernement…

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l'UE (© Getty)

Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste en campagne pour le maintien dans l’UE (© Getty)

Les travaillistes eux-mêmes, pourtant traditionnellement pro-européens, se sont montrés assez partagés dans cette campagne. Leur nouveau leader, Jeremy Corbyn, a timidement prôné le maintien dans l’Union européenne dont il critique pourtant à longueur de temps les dérives néolibérales, reconnaissant que la situation serait encore bien pire si le Royaume-Uni était livré à lui-même et à ses propres démons, mais laissant à Tony Blair ou au nouveau maire de Londres, Sadiq Khan, le soin de porter le discours anti Brexit.

Bien malin qui pourrait dire désormais quelles vont être les conséquences de ce vote. Les plus immédiates se sont traduites par un net fléchissement des marchés boursiers, celui de la City ayant paradoxalement moins réagi car les transactions qui y sont opérées touchent finalement assez peu le marché européen lui-même. La livre devrait voir son cours baisser par rapport à celui de l’euro et la Banque centrale d’Angleterre a déjà annoncé son intention d’injecter pas moins de 326 milliards d’euros pour en stabiliser le cours : la note est pour le moins salée !

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

« Laissez ouvert ! » © Chappatte dans The International New York Times

En Ecosse, qui a voté à 62 % pour le maintien dans l’Union européenne, les conséquences risquent d’être un peu rudes, même s’il est trop tôt pour savoir si cela pourrait accélérer une nouvelle velléité d’indépendance après le référendum perdu de 2014. Gibraltar, qui a voté à 95 % contre le Brexit, pourrait aussi remettre sur le tapis la question de son éventuel rapprochement avec l’Espagne, tandis que l’Irlande pourrait voir une nouvelle frontière physique s’établir entre le Nord et le Sud, ce qui constituerait un formidable retour en arrière pour ce pays encore meurtri par des décennies de guerre civile…

Une véritable onde de choc donc que ce référendum, d’autant que chacun perçoit bien que, s’il avait eu lieu dans les mêmes termes, dans un autre pays européen dont la France, le résultat n’aurait peut-être pas été très différent…

L.V.  LutinVert1Small

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Une Réponse to “Brexit : un passager clandestin de l’Europe saute à la mer…”

  1. José Manuel Barroso, le traître de l’Europe | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] semaines seulement après le référendum qui a vu les Britanniques décider majoritairement de quitter l’Union européenne, voici que […]

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