A vendre synagogue. Beaux volumes.Transf. possible mosquée

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Non, cette annonce n’est pas parue sur Le Bon Coin car la transaction s’est faite directement sans qu’il n’ait été nécessaire de publier une petite annonce… En revanche, une fois connue, la nouvelle de la vente de la synagogue marseillaise de la rue Saint-Dominique près de la gare Saint-Charles à Marseille a fait le tour du monde et a été reprise par nombre de médias internationaux !

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Vue intérieur de la synagogue de la rue Saint-Dominique (photo C. Paris / AP)

Le secrétaire de l’association israélite Or Thora qui a vendu pour 400 000 euros cette synagogue à une association musulmane désireuse de la transformer en mosquée s’en est d’ailleurs longuement et sereinement expliqué dans le quotidien La Provence, qui avait ébruité l’affaire dès le 26 avril dernier, afin de dédramatiser la situation qui avait affolé le monde entier jusqu’en Russie…

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l'ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Les rouleaux de la Thorah en cours de déménagement de l’ancienne synagogue (photo La Provence du 3 mai 2016)

Il faut dire que cette synagogue, créée en 1967 par des Juifs séfarades originaires de Tlemcen, n’ouvrait plus que le samedi et avait bien du mal à rassembler les 10 croyants nécessaires pour que les prières du shabbat puissent se tenir. Les populations juives autrefois nombreuses en centre ville de Marseille ont largement déserté ces quartiers et plusieurs des 58 synagogues de la ville se retrouvent de fait dans la même situation, alors même que les musulmans sont à la recherche de lieux de culte pour se réunir.

La transaction s’est donc fait tout naturellement avec l’association musulmane Al Badr comme l’explique le responsable à La Provence : « Un jour j’ai croisé un jeune musulman de l’association. On a discuté. Je lui ai dit que ça n’allait pas très bien à la synagogue. Il m’a demandé si ça ne me dérangeait pas qu’il en parle aux responsables de son association. J’ai dit OK. Le soir, ils sont venus. On a commencé à négocier… »,

Eh oui, tout est si simple. Comme s’il s’agissait d’un simple transfert de bail commercial… Un commerce périclite faute de clients, un autre en plein essor vient le remplacer… Bien sûr, les autorités rabbiniques ont été consultées mais n’y ont vu aucun problème : du moment que le local reste un lieu de culte… Comme l’a expliqué Zvi Ammar, le président du Consistoire israélite à Marseille au Figaro : « Je ne vois rien de mal dans cette opération […] Nous prions pour le même Dieu, celui de l’amour et de la fraternité. J’espère, bien sûr, qu’il y aura toujours, dans ce lieu, l’esprit de tolérance et de vivre ensemble dont nous avons besoin ».

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

Dalil Boubakeur, recteur de la Grande mosquée de Paris (photo C. Petit-Tesson / Max PPP)

A se demander en effet comment il peut exister un différent entre Juifs et Musulmans au Proche Orient alors qu’à Marseille des questions de transfert de lieu de culte entre les deux religions se font de manière aussi naturelle ! On aimerait même qu’il en soit de même entre Chrétiens et Musulmans, ce qui ne semble pourtant pas aller de soi comme le montre l’émoi qu’a causé récemment une déclaration pourtant bien anodine du recteur de la mosquée de Paris, le très modéré Dalil Boubakeur. Interrogé sur la transformation éventuelle d’églises en lieux de cultes musulmans, il avait répondu benoîtement « Pourquoi pas ? ».

Le bon sens même alors que les églises françaises se vident et que les musulmans pratiquants ont bien du mal à trouver des lieux adaptés pour accueillir leur prière du vendredi. Mais ceci a suffi à mettre le feu aux poudres et à réveiller la fibre combative des milieux catholiques réactionnaires qui ont illico lancé un appel intitulé « Touche pas à mon église », à l’instigation de l’écrivain Denis Tillinac. Une pétition relayée par le magazine Valeurs actuelles et que se sont empressés de signer dans un bel élan conservateur Eric Zemmour, Philippe de Villiers et même Nicolas Sarkozy.

Vue de l'intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Vue de l’intérieur de la Grande mosquée de Cordoue désormais cathédrale

Ce ne sont pourtant pas les précédents qui font défaut en la matière et on pourrait naturellement évoquer la basilique Sainte-Sophie transformée (parmi bien d’autres) en mosquée lors de la prise de Constantinople par les armées ottomanes en 1453, ou la grande mosquée de Cordoue devenue cathédrale en 1236 à l’issue de la Reconquista, mais ces deux reconversions immobilières ne sont certes pas le fruit d’un esprit oecuménique accompli…

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En revanche, d’autres exemples abondamment illustrés dans le cadre d’une exposition temporaire admirable récemment organisée par le MUCEM et centrée sur la question des lieux saints partagés montrent que les lieux de cultes peuvent passer d’une célébration à l’autre, y compris parfois de manière simultanée. N’est-ce pas d’ailleurs un des points communs de la plupart des religions de prôner l’esprit d’ouverture et de partage avec l’autre ?

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Le temple libre de Moncton (Canada) en 2004

Des lieux de cultes partagés dans lesquels chacun peut pratiquer sa foi existent déjà dans les aéroports et dans les hôpitaux. Un exemple souvent cité de lieu de culte interconfessionnel est le temple libre de Moncton, au Canada, construit en 1921 pour accueillir les croyants des différentes religions en attendant que leurs lieux de cultes respectifs ne soient construits et qui a fonctionné jusqu’en 1963, avant de devenir un monument historique. A Berlin, un projet de « Maison de l’Unique » a ainsi été lancé en juin 2014 par le pasteur Gregor Hohberg, le rabbin Tovia Ben-Chorin et l’imam Kadir Sanci. L’édifice, qui devrait voir le jour en 2018, sera érigé sur les ruines de Petrikirche, la plus vieille église de Berlin, découverte par des archéologues en 2009. Il réunirait en un seul lieu trois salles de prières de dimensions égales, donnant sur une salle commune où les fidèles pourraient échanger.

Il existe aussi en France une initiative notable à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne, où un projet de quartier multicultuel a vu le jour, comme le relate un article du Figaro. Il s’agit en l’occurrence d’un ensemble de bâtiments composé de deux temples bouddhistes, une mosquée, une synagogue et une église évangélique protestante chinoise, construits côte-à-côte pour favoriser le dialogue inter-religieux. Certains à Londres imaginent également un lieu qui pourrait servir de mosquée le vendredi, de synagogue le samedi et d’église le dimanche. Après le covoiturage, le cocultuel ?

L.V.  LutinVertPetit

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