Pêcheurs de déchets en Méditerranée

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La Mer Méditerranée, comme malheureusement bien d’autres dans le monde, croule sous les déchets de toute sorte. Le constat n’est pas nouveau et nombreux sont ceux qui depuis des décennies tirent la sonnette d’alarme, dénonçant ce véritable 7ème continent qui flotte au large, agglomérat de déchets de toutes sortes. Les images spectaculaires des cadavres d’oiseaux éventrés sur l’île de Midway en plein milieu du Pacifique, dont le contenu stomacal révèle tout un bric-à-brac de déchets hétéroclites ayant conduit à leur mort par étouffement ont fait le tour du monde et en ont ému plus d’un.

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Mais rien n’y fait et nos déchets continuent année après année à se déverser en mer, sans d’ailleurs que cela résulte forcément d’une action volontaire de l’homme. Les plastiques qui s’envolent de nos décharges comme ceux que l’on abandonne dans nos rue sont poussés par le vent, véhiculés par les cours d’eau et finissent immanquablement dans la mer, exutoire naturel de tous les emballages imputrescibles que produit en quantité sans cesse croissante notre société de consommation devenue incontrôlable !

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

Un pêcheur retire un sac plastique de son filet de pêche près des côtes de Villajoyosa en Espagne (photo © P. Armestre / AFP)

En Espagne, à plusieurs kilomètres des côtes, les pêcheurs remontent ainsi chaque jour dans leurs filets d’énormes quantités de déchets plastiques, au point que certains d’entre eux ont décidé de rapporter à terre tous ces matériaux afin de soulager un peu le milieu naturel où ils font des ravages parmi la faune aquatique. Et les volumes deviennent si importants qu’une véritable filiale de recyclage s’est progressivement mise en place pour valoriser tous ces déchets…

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d'appétissantes méduses (affiche Surfrider)

Des sacs plastiques vus par les tortues marines comme d’appétissantes méduses (affiche Surfrider)

L’association Surfrider estime ainsi que 8 millions de tonnes de déchets sont rejetés chaque jour dans les océans (à comparer aux 400 000 tonnes d’ordures ménagères collectées annuellement par la seule ex-communauté urbaine MPM…), sur les 300 millions de tonnes de matière plastique produite annuellement de par le monde : des volumes considérables qui se fragmentent peu à peu et font des ravages dans les organismes de ceux qui les ingèrent, poissons, cétacés, oiseaux de mer ou tortues notamment. La Mer Méditerranée constitue l’un des sites les plus vulnérables du fait de son caractère fermé et de la densité d’urbanisation de ses franges littorales. L’Espagne à elle seule jette chaque année plus de 4 millions de bouteilles en plastique dont une partie finira inévitablement sa course en mer…

C’est un reportage de France 2 diffusé dans le 20 heures du 7 avril 2016 qui s’est fait l’écho récemment de l’histoire de ces 150 chalutiers espagnols qui ont accepté de passer une partie de leur temps en mer à trier les déchets remontés dans leurs filets plutôt que de les rejeter à l’eau comme le font tous leurs collègues. Le reportage montre à quelle vitesse se remplit le conteneur dans lequel sont déversés les déchets de toute sorte piégés dans les filets : bidon de lessive, bouteilles, canettes, sacs plastiques ou vêtement usagé… Pour 80 kg de poisson pêchés, 20 kg de déchet rapporté à terre par ces nouveaux éboueurs des mers qui trouvent là une bonne occasion de redorer leur image auprès du public tout en procédant à la sauvegarde de leur gagne-pain.

Javier Goyeneche, fondateur d'Ecoalf

Javier Goyeneche, fondateur d’Ecoalf

En réalité, le mouvement est plus ancien et plusieurs médias dont La Dépêche en avaient déjà fait leurs gros titres fin 2015. Tout est parti de la création en 2009 par Javier Goyeneche de la société madrilène Ecoalf, baptisée ainsi en référence à la naissance de son fils Alfredo qui l’aurait incité à développer une activité économique en faveur de la sauvegarde de notre planète pour les générations futures. Le personnage est charismatique, bon communicateur et persévérant, si bien que sa société a prospéré sur la base d’une idée simple mais bien exploitée : il s’agit de créer une nouvelle ligne de vêtements et accessoires fabriquée principalement à partir de fibres textiles issues de matériaux recyclés.

Ecoalf a ainsi développé des partenariats avec d’autres acteurs pour alimenter ses usines en vieilles bouteilles, pneus usagers et filets de pêche en fin de vie. « Là où d’autres voient des ordures, nous voyons une matière première et pouvons la transformer en tissus à travers des processus sophistiqués de recherche et développement », explique le fondateur d’Ecoalf, dont les doudounes ou sacs à dos sont en vente chez Harrods à Londres ou Bloomingdale’s à New York.

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

Une nouvelle gamme de vêtements Ecoalf

L’objectif de cette société est désormais de créer une nouvelle collection de vêtements haut-de-gamme, qui devrait être présentée en juin prochain à Florence, et qui serait issue exclusivement des déchets récupérés en mer par les chalutiers espagnols d’Alicante, de Valence et de Castellon dont les pêcheurs jouent les éboueurs des mers. C’est la société PET compania (filiale de l’Italien Dentis), une des grandes entreprises de recyclage en Espagne qui traite dans son usine de Chiva, près de Valence, les déchets collectés par les pêcheurs, afin d’en extraire le matériau constituant, le fameux PET ou polytéréphtalate d’éthylène. Ce matériau une fois soigneusement trié est réduit sous forme de petites perles appelées pellets qui sont ensuite transformées en fibre textile par la société espagnole Antex, basée à Girona en Catalogne.

C’est ce fil textile qu’Ecoalf utilise pour sa collection de maillots de bain, vestes, sacs, chaussons qui sera dans un premier temps constitué avec 35 % de déchets plastiques d’origine marine et 65 % d’origine terrestre, mais qui, à terme, devrait être réalisé à 100 % à partir de détritus collectés en mer. Une façon, pour Javier Goyeneche, de « faire prendre conscience aux gens de ce qui se passe au fond de la Méditerranée ».

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Ségolène Royal en visite à La Villa Méditerranée, le 21 mars 2016

Une belle leçon en tout cas qui prouve que l’économie du recyclage n’est pas une simple vue de l’esprit. Une histoire que Ségolène Royal avait certainement en tête lors de sa récente visite à Marseille, le 21 mars dernier, où elle s’est longuement attardée à l’exposition organisée à la Villa Méditerranée et intitulée « La mer, destination finale ? Projet sur les déchets plastiques », avant de signer le décret d’application précisant les modalités d’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques à usage unique. Un début de prise de conscience collective du danger que constituent nos déchets pour le milieu naturel marin ?

L.V.  LutinVertPetit

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Une Réponse to “Pêcheurs de déchets en Méditerranée”

  1. La Terre croule sous des milliards de tonnes de plastique ! | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] de l’Europe et des Etats-Unis y sont également en quantité inquiétante. La situation de la Méditerranée le confirme d’ailleurs […]

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