Au MUCEM, l’Algérie joliment encartée…

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BloG294_PhMucemDepuis le 20 janvier et prolongée jusqu’au 8 mai 2016 se tient au MUCEM à Marseille, le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, construit à l’entrée du Vieux Port, une exposition temporaire qui aura beaucoup fait parler d’elle et qui mérite vraiment le détour.

Organisée en collaboration avec l’Institut National d’Histoire de l’Art et la Bibliothèque Nationale de France, cette exposition est intitulée « Made in Algeria, généalogie d’un territoire ». Tout un programme, destiné à illustrer comment a évolué la représentation cartographique de ce vaste pays, parallèlement à sa conquête coloniale et à son histoire récente.

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« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage publié en 1976 par le géographe Yves Lacoste et force est de constater que la principale fonction des cartes, avant de servir à guider les touristes sur leur route des vacances, a été de faciliter le travail des armées en campagne : les fameuses cartes d’état-major, éditées au 1/80 000, avec leurs fines hachures destinées à figurer les reliefs, ont bel et bien précédé nos cartes routières Michelin…

Jean Antoine Simeon Fort, vue générale de l’itinéraire depuis Constantine jusqu’à Alger - Chateau de Versailles, photo C.Fouin

Jean Antoine Simeon Fort, vue générale de l’itinéraire depuis Constantine jusqu’à Alger – Chateau de Versailles, photo C.Fouin

Jusqu’au débarquement du corps expéditionnaire français à Sidi Ferruch en juin 1830, amorce de la colonisation française en Algérie, ce pays reste relativement méconnu des Européens, surtout en dehors de sa frange littorale. C’est ce que montrent les premières salles de l’exposition, justement dénommées « Vue de loin ». Si dans l’Antiquité le royaume de Numidie ne se distinguait guère du reste du monde méditerranéen, ce n’est plus le cas au-delà de la chute de Grenade en 1492 et de l’expulsion vers l’Afrique du Nord des maures d’Espagne.

Des relations conflictuelles s’instaurent dès lors avec le royaume de Tlemcen puis avec la régence ottomane qui s’installe à partir de 1515. Le territoire prend alors le nom, pour les Européens de « Barbarie », ce qui en dit long sur le climat de méfiance qui s’instaure entre les deux rives de la Méditerranée. Le terme actuel de « Berbère » en est d’ailleurs directement dérivé et l’exposition insiste sur la méconnaissance qui règne à cette époque en Europe quant à la configuration de cette contrée, vaste terra incognita ubi sunt leones, même si certains s’aventurent, à leurs risques et périls, dans cette contrée jugée hostile, tel l’espion Vincent Yves Boutin, dont les notes prises en 1808 seront précieuses lors de la conquête de l’Algérie.

Blog294_PhDessinOn entre ici dans la deuxième partie de l’exposition, intitulée « Tracer le territoire : de la conquête à la colonisation ». Ou comment la cartographie se met au service de la conquête militaire, à la fois outil pour guider les mouvements de troupes et instrument de propagande pour affirmer sa main-mise sur un territoire dont la toponymie est largement modifiée, histoire d’affirmer à tous que c’est le vainqueur qui prend possession du territoire et qui nomme les lieux.

Peu à peu, les zones blanches des cartes de l’Algérie se remplissent et les contours se précisent dans l’intérieur du pays. A partir de 1842, les soldats laissent la place aux colons qui commencent à s’installer pour prendre possession des terres et les cultiver. On entre dans le troisième temps de l’exposition où il est question de « capter l’Algérie ». Le territoire se structure tandis que de nombreux scientifiques, mais aussi des artistes, sont envoyés sur place, un peu dans la lignée de l’expédition scientifique en Egypte, pour déchiffrer les paysages, comprendre la géologie des lieux et en découvrir les richesses naturelles. En 1899, une expédition scientifique à travers le Sahara facilite la prise d’In Salah, à 1000 km d’Alger, ouvrant la porte aux explorations de vastes étendues désertiques…

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A partir de 1842, le territoire algérien fait son entrée dans un atlas national et à partir de 1848, il est directement intégré au territoire français, auquel il apporte trois départements supplémentaires. L’imagerie cartographique coloniale insiste alors sur la richesse de ce nouvel eldorado dont les trois-quarts de la production agricole et manufacturière sont envoyés en métropole alors que les populations indigènes s’enfoncent dans la misère. Il en résultera la guerre de libération à partir de 1954, jusqu’à l’indépendance accordée en 1962 au terme d’une période sanglante qui laissera, de part et d’autre, des traces amères et des cicatrices encore difficiles à refermer.

La dernière partie de l’exposition donne des « Aperçus de l’Algérie après 1962 » avec les réalisations du nouveau régime socialisant et des regards plus contemporains d’artistes algériens qui se réapproprient leur pays. Une note d’optimisme qui permet de confirmer que décidément l’Algérie est tout sauf la « Barbarie » qu’on a voulu lui faire endosser. Un magnifique parcours en tout cas qui mérite la visite et suscite la réflexion !

L.V.  LutinVertPetit

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