Quelle attitude face au terrorisme de Daech ? Propos iconoclastes

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Difficile de réagir sereinement face au carnage provoqué le 13 novembre 2015 au soir par une poignée de terroristes déterminés, se réclamant de Daech… La colère et le désir de vengeance dominent bien des réactions recueillies par les médias. L’appel à un renforcement des mesures de sécurité, à l’enfermement préventif de toute personne soupçonnée de sympathie islamiste et à des frappes aériennes meurtrières pour tuer au cœur des territoires syriens et irakiens tombés aux mains de Daech, telles sont certaines des pistes avancées par plus d’un responsable politique.

Policier près d'une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Policier près d’une victime des attentats du 13 novembre 2015 (photo MAXPPP)

Dès le lendemain des attentats, les avions français ont largué leurs bombes sur des camps d’entraînement de Daech à Raqqa et en quelques jours on a assisté à un spectaculaire renversement d’alliance conduisant la France à rejoindre la Russie de Poutine dans son déferlement de violence contre les opposants à Bachar Al-Assad. Oublié le contentieux pourtant tout récent qui avait conduit François Hollande à revenir sur la vente de frégates à la marine russe après son annexion à la hussarde de la Crimée et ses incursions militaires musclées en territoire ukrainien.

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Bombardements russes en Syrie (photo Abd Doumany / AFP)

Mais en pareille circonstance, la colère et la haine de l’autre ne sont pas forcément bonnes conseillères. On voit comment des années d’escalade dans la répression et l’apartheid ont conduit certaines nations au chaos et combien il est difficile ensuite de sortir de cette spirale infernale qui s’auto-entretient. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens en est un bon exemple qui montre à quel point le tout répressif ne fait qu’alimenter le terrorisme dans une guerre asymétrique, renforçant encore la détermination de ceux qui n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour la cause qu’ils défendent.

Il n’est pas question bien évidemment de faire preuve d’angélisme et encore moins d’indulgence vis-à-vis de ces fous d’Allah dont beaucoup voient dans le jihadisme un simple prolongement de la délinquance ordinaire comme le montrent certains des profils mis en lumière lors de ces récents attentats. Mais il n’est pas interdit non plus de réfléchir pour chercher quelles sont les meilleures réponses face à des comportements aussi dangereux pour nos sociétés démocratiques multiculturelles.

Parmi ceux qui se sont risqués à explorer d’autres voies que celles qui viennent spontanément à l’esprit, citons l’analyse du journaliste Nicolas Hénin. Présent en Irak pendant la quasi totalité de l’intervention de l’armée américaine, il a couvert de nombreux conflits au Soudan, en Somalie ou au Yémen et c’est un excellent connaisseur du monde arabe. Enlevé en juin 2013 à Raqqa par des combattants jihadistes, il a été détenu pendant près d’une année par Daech, ce qui lui a permis de côtoyer de près ses militants et de bien en percevoir les ressorts.

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Nicolas Hénin sur le plateau de Laurent Ruquier (capture France 2)

Invité par plusieurs médias juste après les attentats du 13 novembre, il a rappelé ce qu’il avait déjà développé en mars dernier, notamment dans l’émission « On n’est pas couché » animée par Laurent Ruquier. Il tente en particulier d’expliquer les motivations de Daech et sa vision apocalyptique basée sur une confrontation frontale avec les sociétés occidentales, mais aussi les arguments que ce mouvement met en avant pour recruter, y compris parmi certains jeunes Européens. Le journaliste a vu comment les mouvements jihadistes se sont développés suite à l’invasion de l’Irak par les Américains et il redoute que les bombardements massifs de la coalition actuelle franco-russo-américaine ne vienne encore renforcer les arguments de Daech auprès de la population civile locale.

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Maison bombardée à Alep en Syrie (photo AFP

Vivre sous la terreur permanente des bombardements, même ciblés sur des objectifs militaires, conduit forcément la population à se rapprocher de ceux qui disent la défendre, seuls contre le reste du monde occidental coalisé. Une telle vision iconoclaste a d’ailleurs valu à son auteur de vertes critiques de la part de nombreux commentateurs : il n’est jamais bien vu d’aller contre l’avis général…

Faut-il pour autant ne rien faire ? Certainement pas, mais les solutions sont rarement exclusivement militaires, surtout lorsqu’on se contente d’une guerre aérienne à distance faute du courage politique d’envoyer des combattants au sol. Plusieurs voix s’élèvent pour suggérer d’œuvrer en parallèle à un rapprochement diplomatique entre l’Iran et l’Arabie saoudite, deux pays émergents de la région qui participent largement à attiser les braises dans le conflit syrien, mais aussi à ramener à la raison la Turquie qui, sous la conduite de son président Recep Tayyip Erdogan a longtemps soutenu les mouvements jihadistes et réprime sévèrement les pechmergas kurdes qui les combattent.

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Le président turc Erdogan (photo M. Azakir / REUTERS)

Rien n’est jamais simple et les solutions ne peuvent être univoques face à la menace que font peser sur nos sociétés des mouvements organisés comme Daech, qui s’appuient sur des individus radicalisés et sur une propagande terriblement efficace. Contre cet embrigadement et cette exploitation du désespoir, n’oublions pas que l’échange et l’ouverture à l’autre dans le dialogue peuvent aussi avoir un rôle à jouer. La haine et la soif de vengeance ne sont certainement pas les meilleures réponses, la peur et le repli identitaire non plus. Plus facile à dire qu’à faire, bien entendu, mais c’est le génie de l’homme que d’arriver à surpasser ses sentiments les plus immédiats grâce à la réflexion et à l’usage de la raison…

L.V.  LutinVertPetit

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