Caroline Fourest, pasionaria de la liberté républicaine…

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S’il est un nom qui provoque des réactions contradictoires, c’est bien celui de Caroline Fourest, journaliste et essayiste, abonnée des médias audio-visuels, de France-Inter à C dans l’air, et qui déclenche bien des passions. « Cheval de Troie ou Jeanne d’Arc ? » selon l’expression du blogueur Achille1 qui rappelle que ces deux figures emblématiques périrent dans les flammes et qui met en garde la journaliste de se brûler à son tour au feu des médias à force de surexposition…

Il suffit de se promener sur la toile pour découvrir à quel point elle attise les haines et se fait honnir aussi bien par une partie de la Gauche qui la taxe d’islamophobie que par les milieux catholiques traditionalistes qui lui reprochent son féminisme ou par les islamistes qui l’accusent d’intolérance, elle qui milite au contraire, avec beaucoup de mesure et d’humanité pour que des mamans voilées aient le droit d’accompagner leurs enfants dans les sorties scolaires en dépit de la loi sur l’interdiction du voile à l’école et qui ne ménage pas ses efforts de médiatrice en cas de conflit entre lycéennes provocantes et chefs d’établissement rigides…

Blog183_PhFourest1Née en 1975 à Aix-en-Provence, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales, Caroline Fourest a débuté sa carrière comme journaliste et s’est fait renvoyer du magazine étudiant Transfac pour lequel elle avait infiltré une secte évangéliste, car jugée trop militante. Depuis, ses combats n’ont pas varié, en faveur du féminisme, de l’anti-racisme et de la laïcité, ce qui l’a amenée à se frotter aussi bien à l’extrême-droite qu’à tous les milieux intégristes religieux, catholiques comme musulmans.

Un combat dangereux qui l’a conduite à subir plusieurs agressions violentes, notamment en 2012 où elle a été sévèrement prise à partie par des militants enragés de l’association intégriste Civitas alors qu’elle suivait pour un reportage une manifestation des Femens. La revue Prochoix, qu’elle a fondée en 1997 et dont elle est rédactrice en chef s’est justement donnée pour mission de « défendre les libertés individuelles contre toute idéologie dogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste » : tout un programme qui résume bien les valeurs qui sous-tendent son engagement militant.

Ancienne journaliste à Charlie Hebdo, l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs de ses ex-collègues et amis, ne pouvait bien évidemment pas la laisser indifférente. Surtout au vu des réactions de certains qui n’ont pas tardé à laisser entendre qu’au fond les caricaturistes de Charlie Hebdo l’avaient bien cherché et qu’on ne se moque pas impunément des valeurs religieuses millénaires.Blog183_PhSkyNews L’hypocrisie des médias anglo-saxons en particulier l’a fortement touchée, elle qui s’est retrouvée censurée en direct par la chaîne britannique Sky News pour avoir seulement voulu montrer à l’antenne la couverture de Charlie Hebdo afin de la commenter aux téléspectateurs.

C’est cette réaction qu’elle a tentée d’expliquer dans son dernier ouvrage qui vient de paraître, quelques mois après les attentats de janvier 2015. Intitulé « Éloge du blasphème », cet essai, édité chez Grasset, est un véritable plaidoyer en faveur de la laïcité à la Française qui heurte tant les milieux fondamentalistes, qu’ils soient américains, israéliens ou saoudiens… Elle y dénonce en particulier le puritanisme des outils à diffusion planétaires que sont You Tube, Twitter ou Facebook, qui, sous la pression des États et des grands organisations religieuses, traquent impitoyablement toute photo de torse féminin dénudé et toute critique jugée blasphématoire envers les pratiques religieuses, mais laissent se diffuser largement les appels à la haine des jihadistes et autres fondamentalistes.

Blog183_PhLivreElle s’y inquiète aussi du fait que la conception même de la laïcité en France serait désormais fragilisée, avec une recrudescence des attaques contre ceux qui la défendent. Ce ne sont pas seulement les dessinateurs de Charlie Hebdo qui sont menacés physiquement pour avoir osé faire figurer Mahomet dans leurs caricatures, mais aussi de nombreux intellectuels et leaders religieux de toutes confessions voire des universitaires dont le seul crime est de vouloir réfléchir à la place du voile dans les établissements scolaires ou au conflit israélo-palestinien. « Les figures emblématiques de la laïcité ne peuvent plus parler en public sans crainte d’être assassinées ou de faire courir un risque aux autres. Pas une semaine n’est passée depuis l’attentat sans que l’on s’inquiète pour l’un des nôtres. […] A l’enterrement de Charb, chaque rangée finissait par des agents de sécurité. […] Les démocraties auront-elles les moyens de protéger ceux qui défendent la liberté ? ».

Delacroix, Die Freiheit fuehrt das Volk - Delacroix / Liberty leading the People - Delacroix, La liberte guidant le peuple

De vraies questions qui interpellent le citoyen habitué à vivre dans un monde où le respect des libertés individuelles est considéré comme un acquis intangible alors qu’il relève d’un éternel combat. Un livre courageux et engagé, d’une grande lucidité, qui mérite d’être lu par tous ceux qui sont attachés à un vivre ensemble ouvert et démocratique !

L. V. PetitLutinVert

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