Guerre d’Algérie : les aveux tardifs du général Aussaresses

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Défilé militaire à Alger de la 10ème division parachutiste du général Massu (été 1957)

Défilé militaire à Alger de la 10ème division parachutiste du général Massu (été 1957)

Janvier 1957 : alors que la violence des attentats du FLN s’accentue, s’engage la bataille d’Alger. Le général Massu, à la tête de 10 000 parachutistes, s’installe à Alger et y proclame la loi martiale. Secondé par le commandant Paul Aussaresses et le lieutenant-colonel Roger Trinquier, il traque les militants indépendantistes du FLN et fait régner la terreur dans les rues d’Alger, internant les détenus dans des centres de rétention où l’armée française pratique la torture. La méthode heurte plusieurs autorités militaires dont le général Jacques Pâris de Bollardière qui demande à être relevé de ses fonctions, mais elle s’avère efficace et aboutit à un sérieux affaiblissement des réseaux du FLN, même si elle contribue aussi à souder la population algérienne contre l’armée coloniale.

Suite à l’affaiblissement du FLN sous les coups de cette  » contre-terreur  » et comme les attentats se poursuivent malgré tout, les paras du général Massu s’attaquent aux militants du Parti communiste algérien qu’ils accusent de soutenir clandestinement le FLN. Le 11 juin 1957, le jeune professeur de mathématiques Maurice Audin est arrêté et transféré au centre de détention d’El Biar. Il y est rejoint le lendemain par un autre militant communiste, directeur du journal Alger républicain, Henri Alleg. Ce dernier est torturé pendant un mois puis emprisonné mais il ressort vivant et publie dès 1958  » La question « , un livre autobiographique qui dénonce les actes de torture pratiqués à Alger par l’armée française et qui sera censuré à sa sortie.

Maurice Audin (photo AFP)

Maurice Audin (photo AFP)

En revanche, Maurice Audin disparaît le 21 juin 1957 et son corps ne sera jamais retrouvé. Sa veuve, Josette Audin, harcèle les autorités militaires qui finissent par prétendre qu’il s’est évadé, version officielle qui ne sera jamais démentie. Josette Audin alerte l’opinion publique et de nombreux intellectuels se mobilisent autour de cette affaire. Dès 1958, Pierre Vidal-Naquet publie un livre,  » L’Affaire Audin « , qui établit clairement l’assassinat du jeune militant lors d’un interrogatoire mené par le lieutenant Charbonnier.

Blog64_PhLivreDeniauCinquante-sept ans plus tard, la vérité est enfin connue sur ce qu’il s’est réellement passé, et la thèse établie dès 1958 par Pierre Vidal-Naquet est confirmée, grâce aux confidences recueillies par Jean-Charles Deniau et publiées dans son dernier ouvrage intitulé  » La Vérité sur la mort de Maurice Audin « . Ces aveux tardifs proviennent de Paul Aussaresses en personne, devenu depuis général, et qui est décédé le 3 décembre 2013 à l’âge de 95 ans. Il reconnaît ainsi que le jeune professeur de mathématique a été torturé puis délibérément assassiné à coups de couteau, avec  » la couverture pleine et entière du pouvoir politique « . Son corps a ensuite été jeté dans une fosse de la banlieue algéroise, une version confirmée par un ancien sergent de la 10ème division parachutiste, Paul Misiri.

Reste une question : pourquoi avoir tué ce jeune militant dont l’implication dans le soutien au FLN était manifestement bien modeste ?  » Pour l’exemple  » répond Paul Aussaresses, qui confirme avoir en cela obéi aux ordres du général Massu en personne. Avec du recul, l’explication paraît bien dérisoire et montre surtout à quel point les services secrets français était à l’époque, en pleine guerre froide, totalement obnubilés par l’obsession anticommuniste. Même si le Parti communiste algérien a soutenu le FLN, sa participation à la lutte armée est restée très marginale et il paraît évident que les tortionnaires de Maurice Audin ont exagéré le rôle de ce jeune militant, victime d’une période trouble où certains officiers de l’armée française ont montré un visage bien peu glorieux.

LutinVertPetit

 L.V.

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Une Réponse to “Guerre d’Algérie : les aveux tardifs du général Aussaresses”

  1. Algérie : Macron met les pieds dans le plat à couscous… | Cercle Progressiste Carnussien Says:

    […] déclaré en novembre dernier dans une interview au Point : « Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de […]

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