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Et vous voudriez que l’on ne s’indigne pas !

21 février 2011

C’est le jackpot pour les compagnies pétrolières. Les profits de l’année 2010 s’envolent ! 10,3 milliards d’euros pour Total pour 2010, en progression de 32 % par rapport à l’année précédente. + 58 % pour le géant Exxon-Mobil (à 22,6 milliards d’euros), + 61 % pour Shell (à 14,9 milliards), + 79 % pour ConocoPhillips (6,5 milliards) et + 81 % pour Chevron (14,1 milliards d’euros).

De toutes façons, Total fait toujours de faramineux profits : 7 milliards d’euros en 2003, 9,6 milliards en 2004, 12 milliards en 2005, 12,6 milliards en 2006, un petit 12,2 milliards en 2007, 13,9 milliards en 2008,  7,8 en 2009, 10,3 milliards l’année dernière. Plus de 85 milliards en 10 ans !

Alors, je sais, je vais encore entendre la chanson : “Il faut se féliciter de la présence d’un grand groupe français dans les premiers mondiaux, et il vaut mieux qu’il fasse des profits que des pertes… Pourquoi s’attaquer aux entreprises françaises florissantes ? Elles enrichissent le pays.” Déjà en février 2009, la même remarque simpliste avait été avancée. “C’est une formidable, bonne, nouvelle et nous avons besoin de bonnes nouvelles. Total est la plus grande entreprise française, c’est un des plus grands champions du monde parmi l’ensemble des entreprises globales, mondiales”, avait déclaré Laurence Parisot, présidente du MEDEF sur RMC. “C’est une excellente nouvelle de voir nos entreprises gagner de l’argent”, avait-t-elle ajouté.

Une première remarque s’impose : les actionnaires français ne possèdent que 25% du total des actions (voir ici ). Les trois quarts des dividendes enrichiront donc des actionnaires étrangers. C’est aussi ce qu’ils toucheront des bénéfices qu’ils engrangent lorsque nous faisons le plein de nos réservoirs.

Seconde remarque, les bénéfices ne servent pas à l’investissement. Ils continuenet d’augmenter la trésorerie de Total, car Total gagne tellement d’argent que même s’il voulait le réinvestir, ils ne pourrait pas. La trésorerie de Total est en inflation : 2,5 milliards de cash au 1er janvier 2007, 7 milliards au 1er janvier 2008, 12.3 milliards au 1er janvier 2009 … Et même si les investissements annoncés (20 milliards d’euros en 2011) sont importants, ils affectent peu l’énorme trésorerie, qui elle même fait aussi fructifier son capital.

Troisième remarque : Total ne paye pas d’impôts en France. On pourrait s’attendre, qu’avec  des profits de l’ordre de 10 milliards d’euros par an, la Société Total paye des impôts conséquents. Que nenni ! Comme une entreprise du CAC40 sur quatre, Total ne paye aucun impôt en France… Nombre de dispositifs fiscaux, comme le report illimité des pertes, le crédit impôt-recherche ou encore la déductibilité des intérêts d’emprunt, lui permettent d’échapper à l’impôt (voir ici ) … C’est légal, c’est génial, et ça s’appelle le bénéfice mondial consolidé (BMC). Le principe est simple : si un groupe international réalise des profits dans plusieurs pays, il paye ses impôts dans plusieurs pays. Mais il joue comme il veut de cette répartition. Total estime son activité française à 5%. Mais, en février 2008, l’UFC Que Choisir a enquêté et penche plutôt pour un chiffre de 20%. Pendant ce temps là, Total verse 700 à 800 millions de dollars à la junte birmane, finançant ainsi l’armée et l’argent de poche des généraux au pouvoir. Ainsi, Total paye des impôts minimes dans les pays d’extraction, ce qui occasionne un manque à gagner annuel pour le fisc français estimé à 3,5 milliards d’euros.

Quatrième remarque : Total supprime des emplois en France. Gonfreville et Notre-Dame-de-Gravenchon près du Havre, Carling en Moselle, siège de La Défense à Paris : des centaines d’emplois ont été supprimés en 2009. Et il n’y a aucune raison que cela s’arrête.

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