Avenir des retraites : le débat s’invite à Carnoux…

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La prochaine conférence du Cercle

Depuis bientôt 20 ans, les réformes des retraites se suivent à un rythme effréné, dégradant chaque fois davantage la situation des futurs retraités. On se souvient d’Edouard Balladur qui s’était attaqué en plein mois d’août 1993 à la retraite du régime général des salariés du secteur privé, en faisant passer de 37,5 à 40 le nombre d’annuités nécessaires pour une retraite à taux plein, calculée désormais non plus sur les 10 meilleurs années mais sur 25. On se souvient aussi de la réforme conduite en 2003 par François Fillon, alors ministre des Affaires sociales, loi votée également au creux de l’été et qui allonge à 40 ans la durée de cotisation pour les fonctionnaires, tout en prévoyant de porter cette durée à 41 ans pour tout le monde d’ici 2012. Toutes ces réformes avaient pour objectif de rééquilibrer les comptes des régimes de retraites, pour lesquels les projections démographiques prévoyaient des déficits croissants du fait de l’allongement de la durée de vie.

C’est d’ailleurs toujours le même argument qui est mis en avant par le gouvernement actuel qui vient de lancer les discussions en vue d’une n-ième réforme, qui devrait être adoptée d’ici la rentrée prochaine et pour laquelle les concertations préliminaires sont d’ores et déjà engagées. Selon l’état des lieux présenté sur le site officiel du gouvernement, « il y a en France 16 millions de retraités, soit près d’un quart de la population. Les pensions qui leur sont versées représentent 279 milliards d’euros, soit plus de 14 % du PIB. Elles permettent d’assurer un montant moyen de pension de 1 400 € mensuels, en augmentation de 0,6 % en plus de l’inflation chaque année. En raison de la forte croissance du nombre de retraités (+ 280 000 par an depuis 2006), les régimes de retraite sont confrontés à des déficits importants. Ce déficit s’élève aujourd’hui à 32 milliards d’euros et on estime que si rien n’est fait, il ira en s’aggravant dans les années à venir (70 Mds € en 2030, 100 Mds € en 2050). Seule une réforme pourra rétablir l’équilibre financier de notre système de retraite et garantir sa pérennité ».

Présenté de cette manière, on comprend qu’il y a péril en la demeure et qu’il importe de rechercher au plus vite les solutions adéquates pour sauver notre système de retraite par répartition, élaboré au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui est basé sur la solidarité inter-générationnelle.

On pourrait toutefois s’interroger sur le type de solution proposée par le gouvernement, à savoir une nouvelle fois l’allongement de la durée de cotisation, recette déjà appliquée à plusieurs reprises par les gouvernements de droite, y compris en 2003 par les mêmes acteurs que ceux actuellement au pouvoir, et qui n’a manifestement pas amélioré la situation. Toutes les études, dont l’une réalisée en 2006 par la Caisse nationale d’assurance vieillesse à la demande du Conseil d’orientation des

Evolution age de la retraite

retraites, montrent en effet sans ambiguïté que l’âge moyen de départ à la retraite ne cesse de baisser en France. Il était de 60,9 ans en 2006 et la durée moyenne de cotisation des salariés qui liquident leur retraite est restée inférieure à 37 ans, malgré les différentes réformes successives. La réalité est donc bien loin des discours officiels pour la bonne raison que deux salariés du privé sur trois ne sont plus en activité au moment de prendre leur retraite : ils sont au chômage, en pré-retraite, en maladie ou en invalidité. Dans ces conditions, allonger la durée de retraite revient purement et simplement à baisser le niveau de retraite auquel les salariés pourront prétendre à l’avenir, pour cause d’annuités insuffisantes.

Le discours officiel met naturellement l’accent sur la nécessité de faciliter le maintien en activité des seniors, ce qui serait un corollaire naturel de l’allongement de la durée de vie moyenne. Mais ce discours se heurte à des réalités incontournables. Les méthodes de management en vigueur dans bon nombre d’entreprises se traduisent par l’éviction fréquente des salariés au-delà de 50 ans et le marché du travail est tel qu’il devient difficile de retrouver un travail au-delà de cet âge. La recrudescence actuelle du chômage, en particulier chez les jeunes qui ont beaucoup de mal à s’insérer de manière durable dans le monde du travail, fait qu’il devient complètement illusoire d’espérer, dans le contexte économique actuel, des carrières stables pour la majorité des salariés sur une durée de 41 ans ou davantage.

Par ailleurs, si certains cadres, professions libérales ou hauts fonctionnaires n’ont effectivement aucune difficulté à prolonger leur activité au-delà de 60 ans et y trouvent même une émulation intellectuelle salutaire, il ne faut pas perdre de vue que pour la grande majorité des salariés, prolonger la durée d’activité professionnelle se traduit inéluctablement par une baisse de l’espérance de vie : à partir de 60 ans, trois maladies sur cinq sont liées au travail et l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 63 ans pour les hommes (64 pour les femmes) et seulement 59 ans pour les ouvriers.

Dans ce contexte, il n’est peut-être pas inutile de prendre un peu de recul et d’écouter d’autres arguments que ceux avancés par le MEDEF et généreusement relayés par le gouvernement actuel et nombre de médias. Le sujet mérite sans doute mieux que le vote en catimini d’une nouvelle loi qui se traduira une fois de plus par une dégradation des conditions de vie des futurs retraités. Repousser encore la date de départ en retraite, est-ce bien une solution pertinente quand de toute façon la plupart des seniors ont bien du mal à conserver une activité professionnelle au-delà de 50 ans et à capitaliser les 162 trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein ? L’effet induit d’une telle réforme ne sera-t-il pas de baisser encore le niveau des retraites alors que plus d’un million de retraités français vivent d’ores et déjà sous le seuil de pauvreté et que 50 % d’entre eux touchent une pension inférieure à 1 000 € par mois ? Revenir sur la possibilité de départ en retraite à

60 ans, n’est-ce pas remettre en cause implicitement le seuil des 65 ans qui permet à chacun de bénéficier du taux plein, même en cas de carrière incomplète ? Pourquoi n’est-il question que d’allonger la durée de cotisation et jamais d’augmenter le niveau des cotisations ou de mettre à contribution d’autres sources de revenus, dont ceux du capital ?

D’ailleurs, est-il même vraiment nécessaire d’envisager une nouvelle réforme des retraites dans la mesure où les projections alarmistes du Conseil d’orientation des retraites ont été faites à PIB constant, ce qui est très loin de la réalité constatée au cours des années écoulées et laisse penser à une volonté de captation des richesses produites au détriment des retraités ?…

Gérard Filoche

Bref, autant de questions qui nous concernent directement à titre individuel et pour lesquelles un éclairage est nécessaire tant le sujet paraît complexe et le débat biaisé du fait des intérêts en jeu. C’est pour tenter d’y répondre que le Cercle progressiste carnussien a décidé d’organiser une nouvelle conférence-débat sur ce thème et a invité pour introduire la discussion un spécialiste de la question en la personne de Gérard Filoche, inspecteur du travail depuis 25 ans et auteur de nombreux ouvrages dont l’un écrit en collaboration avec Jean-Jacques Chauvigné et qui vient d’être publié sous le titre édifiant « Une vraie retraite à 60 ans c’est possible » (éd. Gawsewitch).

Alors venez nombreux le lundi 31 mai à 19h30 à la salle Tony Garnier pour mieux comprendre les enjeux de la réforme en cours et participer au débat…

L. V.

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